Chapitre III

L'état d'Elyra Nott se dégradait de plus en plus et alors que Théodore était maintenant âgé de neuf ans, elle passait ses journées alitée, incapable de se lever. Les quintes de toux devenaient de plus en plus fréquentes, de plus en plus violentes et le jeune garçon voyait bien l'inquiétude dans les yeux de son père.

Cela faisait environ six mois que cela durait et un après-midi d'été, alors que le jeune garçon avait pris l'habitude de tenir compagnie à sa mère en lui faisant la lecture, sa respiration commença à se faire de plus en plus faible. Relevant le nez de son livre, Théodore se rapprocha de sa mère et lui prit la main. Celle-ci était glacée. Dans ses yeux bleus se lisait une grande souffrance, qui alarma soudain le jeune garçon. Même si cela faisait un long moment que la maladie de sa mère durait, Théodore n'en avait jamais pleinement mesuré les conséquences.

-Promets-moi…promets-moi de faire attention à toi, Théodore…quoi qu'il arrive…

Le petit garçon n'eut même pas le temps de comprendre ce qui se passait que tout était déjà terminé. La main de sa mère dans la sienne était toujours aussi froide, son cœur ne battait plus et elle avait fermé les yeux pour l'éternité. Pendant quelques secondes, Théodore resta silencieux, puis comprenant enfin, il poussa un hurlement déchirant. Alerté par ses cris, son père accourut aussitôt. Il resta quelques minutes à observer son fils, sanglotant, sur le cadavre de sa femme, puis déclara d'une voix blanche :

-C'est terminé…

Le petit garçon secouait la tête, toujours penché sur sa mère et se débattit un moment, alors que son père tentait de lui faire lâcher le corps sans vie de sa mère. Perdant patience, Richard Nott, lui cria dessus avec violence :

-Théodore, ça suffit maintenant ! Elle ne reviendra pas, alors quitte cette chambre tout de suite !

Pris d'une incontrôlable crise de larmes, le jeune garçon fini par obéir et alla s'enfermer dans sa chambre. Se roulant en boule dans son lit, Théodore avait l'impression que son esprit avait cessé de fonctionner. Ses larmes l'empêchaient de respirer et il ne parvenait pas à croire que sa mère venait de mourir à l'instant, sous ses yeux. Il pleura durant de longues heures, puis épuisé fini par s'endormir.

Quelques heures plus tard, quelqu'un frappa à la porte, le réveillant. Théodore ignorait s'il s'agissait de son père ou de leur vieil elfe de maison et ne répondit pas. Il n'avait envie de voir ni l'un ni l'autre. La seule chose dont il avait envie, c'était de pleurer sa mère en paix…

La nuit fut atroce pour Théodore, qui ne cessait de cauchemarder et de se réveiller en hurlant, le visage trempé de larmes A l'aube, il était enfin parvenu à se calmer un peu et à se rendormir mais cela ne dura pas, car à son réveil tout lui revint en mémoire et les sanglots reprirent. A 10h, alors qu'il broyait toujours du noir, ne sachant que faire pour aller mieux, son père l'appela lui rappelant que c'était l'heure de ses leçons avec le Professeur Smith.

Faisant la sourde oreille une nouvelle fois, Théodore se recroquevilla sur lui-même en fermant les yeux et attendit que le temps passe. C'était la première fois qu'il refusait de se rendre à ses leçons. La journée suivant la mort de sa mère était encore pire que la précédente et son état ne s'améliorait pas, bien au contraire. Le jeune garçon ne voulait voir personne, restait cloitrer dans sa chambre et refusait également de s'alimenter. Les crises de larmes incontrôlables, le frappait sans prévenir et était tellement forte qu'elle le faisait parfois se mettre à vomir de la bile.

Ce soir-là, vers l'heure du dîner, alors que Théodore était au plus mal, son père insista pour qu'il ouvre la porte. Comme à son habitude il l'ignora mais sursauta quand sa porte s'ouvrit toute seule dans un claquement.

-Viens manger…Lui dit simplement son père.

-Je n'ai pas faim…murmura-t-il faiblement.

-ça m'est égal, je veux que tu manges…

Le petit garçon résista un moment, jusqu'à ce que son père hausse la voix :

-Il est hors de question que je te laisse mourir de faim. J'ai déjà perdu ma femme, je ne veux pas en plus perdre mon fils !

Théodore céda immédiatement, il ne supportait pas que son père hausse le ton sur lui. Se levant avec difficulté du lit, il se traîna jusqu'à la porte où son père l'intercepta et le dévisagea. Le jeune garçon était extrêmement pâle et ses yeux étaient rougis et gonflés de larmes.

-Va te passer un peu d'eau sur le visage et rejoins-moi dans le salon…

S'exécutant il se rendit dans la salle de bain, puis au salon, où son père était déjà installé à table. Théodore s'assit à l'autre extrémité de celle-ci et observa un long moment le contenu de son assiette sans y toucher.

-L'enterrement de ta mère aura lieux demain à 11h, est-ce que tu veux la voir avant qu'on la mette dans le cercueil ?

Théodore ne savait que répondre. Il n'en avait pas spécialement envie de peur que ses crises de larmes reprennent et ne soient encore une fois incontrôlable, mais il avait à la fois peur de le regretter s'il ne la voyait pas une dernière fois.

-Oui…Finit-il par répondre, en se forçant à avaler une bouchée de sa nourriture.

-Très bien alors je veux te voir debout à 8h30…

Le petit garçon hocha la tête, puis se mis à jouer avec la nourriture qui se trouvait dans son assiette. Un silence pesant s'était installé dans le salon et sans vraiment savoir pourquoi, cela l'oppressa et il se remit à pleurer. Au lieu de le consoler comme l'aurait tant voulu Théodore, son père le réprimanda :

-Arrête de pleurer, ce n'est pas ça qui la fera revenir…

Entre deux sanglots il demanda la permission de sortir de table et après l'avoir obtenu, il courut se réfugier dans sa chambre. Une fois de plus, la nuit fut un désastre. En se levant, le lendemain, le jeune garçon ressemblait à un cadavre et avait très mal au ventre. La cérémonie funèbre l'angoissait particulièrement car il savait pertinemment qu'il serait incapable de ne pas se mettre à pleurer et que cela agacerait fortement son père.

A 8h30, il rejoignit comme prévu son père dans le salon, qui le mena à la chambre de sa mère. Théodore, le ventre toujours noué, pénétra doucement dans la pièce et s'approcha du lit où reposait sa défunte mère. Il la regarda quelques instants, puis s'effondra. Son père le fit sortir de la pièce et lui dit :

-Il va falloir que tu prennes un peu sur toi, mon garçon…Il en va de l'honneur de notre famille. Va te préparer maintenant.

Séchant avec tant bien que de mal ses larmes, il remonta dans sa chambre et revêtit ses vêtements de deuil. A 11h pile, Théodore et Richard Nott se trouvaient devant le cercueil et attendaient patiemment la mise en terre de celui-ci. Richard n'avait pas souhaité s'exprimer à propos de la mort de sa femme et il était hors de question que Théodore ne prononce ne serait-ce qu'un mot car il était certain que celui-ci se mettrait à pleurnicher à peine aurait-il ouvert la bouche. Même s'il ne le montrait pas Richard était sincèrement affecté par la mort de sa femme et l'état de son fils, le préoccupait plus qu'il ne le laissait voir.

Toujours très anxieux, le jeune garçon attendait au côté de son père en observant autour de lui. Il n'aurait jamais imaginé qu'autant de gens viennent à l'enterrement de sa mère. De nombreuses personnes était déjà venus leur adresser leur condoléance et à chaque fois il avait lutté pour ne pas fondre en larmes. Cependant, lorsque le cercueil fut mis en terre, il craqua et éclata en sanglot. Tandis qu'il sanglotait silencieusement une femme vint à son tour présenter ses condoléances. Après s'être adressé à Richard, elle s'agenouilla auprès de Théodore et voulu le prendre dans ses bras en murmurant d'un ton compatissant :

-Je suis désolée, mon pauvre petit…

Le jeune garçon se recula farouchement et à travers son regard empli de larmes, il perçu celui de son père, réprobateur. Théodore par peur des représailles se laissa finalement prendre dans les bras et il dut admettre que l'étreinte de la femme, lui fit du bien.

Quand tout le monde fut parti et que son père eut invité certaines personnes influentes à l'intérieur du manoir, le jeune garçon resta seul, un moment sur la tombe de sa mère, à y pleurer tout son saoul.