Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la 154e nuit du FoF sur le thème "confier". Aujourd'hui étant la journée mondiale des animaux, j'ai ai profité pour mettre en avant une relation humain - animal.


- Miss Teigne, reste tranquille une minute ! Supplia Rusard.

D'ordinaire, le concierge n'avait pas besoin de s'y reprendre à deux fois pour se faire écouter de l'animal. Néanmoins, depuis que la chatte avait été réveillée de sa pétrifaction, elle était plus nerveuse. Rusard avait l'impression qu'elle ressentait le besoin de rattraper ces mois d'immobilisation forcés qui avaient dû être une vraie torture pour elle. Mais si il comprenait bien ce fait, il était actuellement plus embêté qu'autre chose.

Madame Pomfresh lui avait donné un traitement à appliquer matin et soir et Rusard avait toutes les peines du monde à le mettre à exécution : Miss Teigne refusait absolument d'avaler la potion. Depuis l'immobilisation, elle avait même refusé de se nourrir de ses croquettes habituelles, préférant parcourir le château et jardin en quête d'insectes et petits animaux. Impossible donc de lui faire passer la potion via la nourriture... Sauf s'il se rapprochait de tous les nuisibles du château pour leur donner le traitement ? Miss Teigne pourrait ainsi l'ingurgiter en les mangeant. Mais il faudrait une quantité monstre pour réussir, et l'infirmière de l'école était déjà réticente à le fournir en doses.

« Cette potion est rare, il faut donner la priorité à nos élèves touchés »

N'importe quoi ! Comme si ces morveux avaient besoin de se remettre de leur pétrifaction ! Ces gamins passaient déjà leur journée à se geindre d'être debout, qu'ils voulaient retrouver leur lit, que la vie s'était trop fatiguant..., alors pourquoi devrait-on les aider à se remettre de ce qui leur avait justement permis d'accéder à le plus grand rêve, rester allongé sans rien faire ? Alors qu'un chat, c'était fait pour bouger ! Mais Pomfresh avait refusé d'écouter ses arguments, ne lui octroyant que quelques doses de potions que lorsque Dumbledore avait interféré en sa faveur.

Rusard avait remercié le directeur d'un petit hochement de tête, mais avait surtout eu une nouvelle preuve de l'implacable vérité : pour bien des humains, la vie des animaux n'était pas importante.

Combien de fois n'avait-il pas entendu pendant l'attaque du Basilic qu'il allait s'en remettre, que « ce n'était qu'un chat » ? Miss Teigne était un chat, certes. Mais c'était aussi et surtout un fragment de son cœur : sa seule et véritable amie, sa partenaire de patrouilles. Beaucoup se moquaient quand il expliquait cela, arguant qu'elle ne faisait que de suivre le mouvement, mais lui, savait bien lire en elle. Il voyait l'intelligence dans ses yeux, sa détermination à traquer les fauteurs de trouble. Bordel, pour toute haine qu'il éprouvait envers les jumeaux Weasley, même eux reconnaissaient le talent de la chatte à les poursuivre !

Mais surtout, Miss Teigne était la seule à qui il pouvait se confier sans jugements. Devant elle, il pouvait se laisser aller au doute, à la faiblesse.

Alors vivre plusieurs mois dans l'incertitude qu'elle ne se réveille jamais avait été horrible. Cette pression continuait de lui peser dessus ; s'il échouait à donner ses potions à Miss Teigne, s'en remettrait-elle ? Il ne voulait pas échouer, ne pouvait pas mais... mais tout lui paraissait si difficile.

La pression fut elle qu'il lâcha quelques larmes incontrôlables.

Le chat, qui s'amusait jusqu'alors à griffer le canapé du bureau, se tourna vers lui. Avisant les soubresauts qui agitaient son maître, elle marcha de son pas gracieux et bondit sur ses genoux. Quand il sentit sa petite tête se frotter contre sa main, Rusard fit un sourire tremblant. Comme toujours, son amie avait senti sa peine et essayait de le réconforter. Encore une preuve de cette vérité pourtant évidente : les animaux n'étaient pas des sous êtres vivants. Ils étaient de véritables compagnons et amis.

En attendant que le reste du monde ne s'en rende compte, Rusard rendit ses caresses au chat, s'apaisant de le voir ronronner calmement.