Il y a quelques différences avec le canon dans les extraits qui sont repris de l'intrigue originale.

Il existe une playlist pour cette histoire créée par l'auteure originale. Elle se trouve sur 8tracks et se nomme Stormborn: Songs for Uzushio (par blackkatmagic)


RARs :

Guest : J'espère que tu apprécieras tout autant ce chapitre-ci ;) Bonne lecture !

Nosh : Merci beaucoup pour ton soutien ! Les combats sont pour l'instant un peu entrecoupés, car il nous faut d'abord sortir de l'introduction et du canon qui se déroule sur les cinq premiers chapitres, mais promit, il y en aura !


chapter 02: traitor's exposition

[Exposition : Début d'une œuvre ou partie d'œuvre de musique classique dont la structure formelle est la forme sonate ; section dans laquelle le thème ou les différents éléments thématiques sont présentés.]

– Il y a douze ans… tu connais bien sûr l'histoire du scellement du démon à neuf queues, pas vrai ?

Naruto n'avait que douze ans, n'était qu'un élève, et un pas très doué en plus de ça, mais ça ne voulait pas dire qu'il ne connaissait pas cette histoire.

Ce concernant, la voix n'était d'aucune aide. Naruto l'avait remarqué : elle gardait le silence dès que les conversations se tournaient vers les quelques années de sa propre existence. C'est pourquoi il s'arrêta lorsqu'il entendit Mizuki prononcer ces mots pour le toiser avec méfiance. Il connaissait la technique du Multiclonage à présent, ce qui était légèrement rassurant, et même s'il n'avait pas autant d'affinités avec ces clones-ci qu'il en avait avec ses Clones Houleux, c'était quand même un atout en réserve pour lui.

Non pas qu'il en ait vraiment besoin, songea-t-il en observant Mizuki se moquer, se railler de lui et se donner des airs. Son esprit tournait à cent à l'heure pour déterminer ses chances de réussite. Heureusement pour lui, elles étaient plutôt bonnes.

(Naruto pensait peut-être que ce n'était que des rêves, écartait peut-être une bonne partie de ce qu'il y apprenait, mais ça ne changeait rien au fait qu'il apprenait quand même. Il n'était peut-être qu'un Genin, mais dissimulé derrière ses pensées quotidiennes, le savoir d'un Kage dormait, attendant simplement d'être mandé. Un grand Kage parmi ses pairs, et Naruto, Genin ou non, avait tout de même vécu deux vies. L'une le jour en tant que paria et petit plaisantin du village, et l'autre la nuit comme petit génie et enfant adoré de ses semblables bien qu'il ne soit toujours qu'un orphelin, une grande bouche et un mioche impulsif. Et enfin, il y avait les flashs, les bribes du temps où il était Uzukage, fort et fier. Deux vies, qui se chevauchaient et s'entremêlaient, et, même si ce n'était que des songes, ceux-ci avaient toujours un impact, une influence. Et tout ça était largement suffisant pour mettre toutes les chances de son côté.)

Mizuki lui rit au nez, reniflant avec jubilation et dit :

– Ce serment défend quiconque de te révéler que tu es en réalité l'esprit du démon renard à neuf queues.

Mito-sama, songea Naruto aussitôt, et pour une fois, il n'arriva pas à déceler si cette pensée venait de lui ou d'Arashi. Peut-être n'y avait-il aucune différence entre eux après tout. De simples souvenirs les unissaient, et celui-ci en particulier…

Jinchûriki, se rappela-t-il, et tout d'un coup, tout prit son sens. Tout ce à propos de quoi il s'était un jour posé des questions, et plus encore. Tous les coups d'œil en biais, les murmures, les enfants qu'on prenait par la main pour les éloigner de lui. Tous les regards froids et les regards noirs, ainsi que tous ces petits actes de cruauté qu'il n'avait jamais réussi à vraiment comprendre. Le mot résonnait dans sa tête comme le son d'une cloche, comme celles qui carillonnaient dans tout Uzushio pour indiquer l'heure. Et sûrement, sûrement, si c'était vrai - puisqu'il connaissait ce mot « jinchûriki », le connaissait aussi bien qu'il connaissait le nom « Mito » et comprenait tout ce que cela représentait, tout ce que cela impliquait - alors, peut-être que tout le reste était également vrai.

La pensée même que ça puisse être le cas était… à couper le souffle.

(J'ai tué, pensa-t-il dans une terreur sourde et accablée en se souvenant des corps portés par les vagues, le sang teintant la mer alors même que des nuages orageux se rassemblaient et que l'océan prenait vie à la moindre de ses commandes. Je les ai tous tués. Je n'ai jamais tué personne, mais j'ai aussi décimé une armée entière. Qu'est-ce que cela fait-il de moi ?)

Puis, ensuite, Iruka se retrouva devant lui, saignant, blessé, mourant, et tout ce à quoi Naruto put penser fut : c'est la personne qui compte vraiment. Cette personne est tout pour moi. Je les ai déjà tous perdus dans ce monde imaginaire puisqu'ils ne sont jamais présents lorsque je me réveille, alors je ne laisserai personne me prendre Iruka-sensei.

Il jeta un dernier regard rapide en direction du visage d'Iruka, puis se mit en position et s'élança. Il lui fallait s'éloigner loin, très loin, pour trouver ensuite une opportunité d'engager le combat. S'il ressortait vivant de cet affrontement, il se promit de s'exercer dans la réalité sur tous les jutsu qu'il avait appris dans le monde des rêves, peu importe le nombre de personnes qui étaient tombées sous leurs coups. Il s'entraînerait jusqu'à ce qu'ils lui sortent littéralement par les oreilles, ainsi, on ne le prendrait plus jamais au dépourvu comme c'était le cas maintenant. Plus jamais il ne risquerait à nouveau de perdre une personne chère à son cœur. Jamais. Pas comme c'était arrivé dans ses rêves : de par les épées, le feu et le sang, et Naruto, éloigné du front et acculé, fauché par la traîtrise et la barbarie.

Plus jamais, se promit-il avant de se mettre à courir.

Mizuki le poursuivit, poursuivit Iruka jusqu'à ce qu'il comprenne enfin son erreur, puis…

– Tu as raison, dit Iruka, et Naruto se pétrifia sur place, le froid l'envahissant.

Néanmoins, Iruka plongea ses yeux dans ceux de Mizuki, l'air entêté et continua :

– L'esprit du renard ferait sûrement ce que tu dis, mais certainement pas Naruto. C'est un garçon honnête, l'un des meilleurs élèves de l'école. Il travaille vraiment très dur pour y arriver. Il y met tout son cœur, parfois sans réfléchir, pourtant personne ne le reconnaît à sa juste valeur. Mais par contre… il sait très bien ce qu'est la souffrance humaine. Il n'a rien à voir avec l'esprit du renard.

Une simple personne l'acceptant lui, une seule parmi tout un village le voyant, mais…

N'était-ce pas déjà suffisant ?

Il envoya un de ces coups de pied qu'il avait pratiqués avec Kagami à tellement de reprises que ceux-ci étaient pratiquement gravés dans sa mémoire musculaire, fit rouler le shuriken fûma des mains de Mizuki et mit l'homme à terre. Naruto se tint au-dessus de lui, le regardant depuis sa position.

– Je te préviens, si tu lèves la main sur Iruka-sensei, je vais te tuer, dit-il vicieusement.

Et peut-être que c'était Arashi qui parlait, même si les murmures dans sa tête étaient silencieux, ou peut-être était-ce tout simplement Naruto, ou peut-être encore qu'il n'y avait vraiment pas de différences entre eux deux.

Naruto leva les mains, ses doigts formant des mûdras aussi familiers qu'étrangers et son corps se scinda en deux. Le clone recula jusqu'à se retrouver devant Iruka tandis que l'original se mit à genoux et heurta ses mains sur le sol.

Suiton - Déflagration Orageuse, gronda-t-il et il sentit le chakra se soulever comme une vague.

La cascade qui s'éleva autour et derrière lui avant s'élança sur Mizuki, ne lui laissant aucune chance d'esquiver. Seuls Naruto, son invocateur, et Iruka, étendu derrière le Clone Houleux, furent à l'abri.

Lorsque la scène s'éclaira, et que l'eau reprit la forme de chakra et fût absorbée par la terre, Naruto se remit sur ses pieds, et évalua le résultat. Mizuki était complètement immobile sur le sol, mais à cette distance, Naruto n'arrivait pas à déterminer s'il respirait encore ou non. Une part de lui - celle qui se souvenait de la guerre, des corps et du sang le long du courant - espérait qu'il l'était, et le reste de sa personne - qui pensait aux êtres qui comptaient vraiment pour lui et à Iruka qui avait été incapable de se défendre contre son attaque - s'en fichait royalement.

– Iruka-sensei, tout va bien ? demanda le clone en tendant sa main vers le Chûnin.

Iruka cligna des yeux incrédules dans sa direction et hocha doucement la tête. Il la prit, laissant le clone le remettre debout et observa ledit clone lui offrir un sourire et un salut vague avant de s'accrocher à un arbre et se jeter dans les airs. Une ondulation de chakra, une pensée et Naruto tourna la tête juste à temps pour voir le clone s'élever au-dessus de la cime des arbres et exploser dans une surtension d'eau et d'air. Cela devrait au moins pouvoir capter l'attention de ceux partis à sa recherche, si la déferlante plus tôt n'avait pas déjà fait le travail.

Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'il se décida enfin à s'approcher pour vérifier l'état de Mizuki, qui respirait encore, si ce n'était d'une manière légèrement erratique. Il grimaça brièvement. La technique dont il avait usé était un jutsu de rang A que le Uzukage avait pour habitude d'utiliser lors de ses affrontements ; ici, elle était pour le moins exagérée étant donné que son adversaire était un enseignant Chûnin de l'Académie.

– Oups, murmura-t-il sans se laisser abattre.

Il tomba à genoux et ligota les mains et les pieds de Mizuki avec ses propres fils conducteurs.

Iruka l'observa faire, ses yeux sombres dégageant énormément de chaleur et, lorsque Naruto en eut terminé, il l'appela d'une voix douce.

– Naruto, approche. Viens, j'ai quelque chose pour toi.

L'hitai-ate était un poids familier sur son crâne, le tissu, légèrement réchauffé par la chaleur corporelle de son professeur, était un peu abîmé, mais c'était aussi ce qui le rendait encore plus précieux à ses yeux. Naruto leva le bras et l'effleura, traçant de ses doigts la feuille stylisée gravée en son centre, et ferma les yeux. Ce n'était pas la spirale qu'il s'attendait presque à sentir sous la pulpe de ses doigts, mais…

Ça allait quand même, car il n'y avait aucune vie, aucun point dans le temps où il n'était pas un shinobi. Pas un seul instant où il n'avait pas le pouvoir de protéger ceux qui comptent pour lui comme il l'avait fait ce soir.

Ce ne serait jamais le cas, et, mieux encore, ce ne le serait plus à partir d'aujourd'hui.

(Et s'il devait abréger des vies pour ce faire, alors qu'il en soit ainsi. Il n'apprécierait jamais l'acte en soi, n'accepterait jamais de s'y résoudre si toutes ses possibilités n'étaient pas épuisées, mais…

Il se souvenait des soldats aux portes du village, des civils massacrés à même les rues et du sang s'écoulant le long des gouttières. Il se souvenait des siens à la merci de l'envahisseur sans pitié, et il avait conscience de ce qu'il devrait sacrifier.

Puisqu'ils sont si précieux, je ferai tout ce que ça m'en coûtera pour les protéger.)

.

– Comment est-ce que tu as fait ? lui demanda Iruka plus tard lorsqu'ils furent installés chez Ichiraku, des bols de nouilles sous le nez. Ce jutsu… ce n'était pas un kinjutsu, pas vrai ? Comment est-ce que tu le connaissais ?

Naruto ne se figea pas vraiment, mais ce fut tout comme.

– Je l'ai lu dans un rouleau à la bibliothèque, mentit-il à moitié dans une bouchée de ramen, espérant déguiser la façon dont sa voix voulait osciller.

C'était un peu près vrai - il l'avait lu en tant qu'Arashi, et le rouleau en question provenait de la bibliothèque personnelle de Saehara-sensei.

– Mais je ne l'avais jamais essayé avant. Et, ensuite, il y a eu ce rouleau des techniques interdites avec tous ces jutsu que j'ai testé… et après ça, je pense que mon contrôle sur le chakra est devenu assez bon pour le tenter.

Iruka le dévisagea pendant un long moment, débattant sans doute de quelque chose intérieurement.

– Et ce clone ? Je n'ai jamais vu une chose pareille auparavant, Naruto.

Il lui sourit en entendant ça, d'un sourire large et fier, puisque Naruto ou Arashi, ça n'avait pas beaucoup d'importance. Le Clone Houleux lui appartenait, intégralement et exclusivement, car jamais personne n'avait réussi à faire quelque chose de similaire.

– C'est moi qui l'ai inventée ! C'est pas énorme ça ? Mais à chaque fois que vous me demandiez que je fasse un clone en classe, je voulais toujours faire celui-là, et comme il explose, je me souvenais toujours à la dernière minute que ce n'était peut-être pas une bonne idée. Du coup, j'échouais tout le temps.

Il ne reçut pas de réponse, mais Iruka lui ébouriffa les cheveux et lui sourit en leur commandant une autre tournée de ramen. Naruto supposa que le sujet était clos et que la curiosité d'Iruka était enfin satisfaite.

(– De sa propre création ? murmura l'Hokage dans sa pipe.

Ses yeux n'étaient pas sur Iruka, mais sur le portrait de son successeur accroché au mur.

– Un tout nouveau genre de clone… c'est plutôt impressionnant pour un garçon de douze ans. Et il a réussi à exécuter une technique de rang A sans même l'avoir pratiqué auparavant. Hm. Peut-être qu'il est bien le fils de son père, finalement.

– Je ne comprends pas, fit Iruka l'air impuissant en écartant ses mains. J'ai vérifié tout son travail des années précédentes de l'Académie et c'est vraiment… étrange. Il y a des choses comme le lancer de kunai, de shuriken ou de senbon où il est vraiment doué. Et dans certaines évaluations, les questions les plus dures sont correctement remplies alors que les plus faciles sont laissées sans réponse. Je… je pensais qu'il avait une manière kinesthésique d'apprendre ou quelque chose comme ça, mais…

Il s'interrompit et secoua la tête.

– Je ne sais pas, Hokage-sama.

Sarutobi ferma les yeux et s'appuya contre son dossier, réfléchissant à la situation. Naruto avait apparemment hérité du contrôle du chakra de son père et des larges réserves de sa mère : une formidable combinaison. Il y avait une sorte de génie là-dedans, aussi, pour être capable d'utiliser un jutsu de rang A après l'avoir simplement vu sur un rouleau.

Mais il fallait aussi se rappeler que Naruto avait raté l'examen trois fois de suite et ne l'avait passé cette fois-ci qu'en considérant les circonstances atténuantes. Le tout était… déroutant.

Peut-être était-ce l'influence du renard qui passait au travers du sceau, mais au vu des actes du garçon cette nuit-ci et de sa défense à toute épreuve du seul professeur à l'avoir accepté, Sarutobi ne pensait pas que c'était le cas.

– Je te remercie, Iruka, dit-il en étirant ses mots. Rentre et repose-toi. Tu l'as bien mérité après ce qui s'est passé hier.

Il ne regarda pas le Chûnin s'en aller, mais retourna à son observation du portrait de Minato, l'air penseur et légèrement triste.

– Je me demande, murmura-t-il dans le silence ambiant. Je me demande à quel point cet enfant te ressemble, Minato. Plus que je le suspectais, ça, c'est certain.

Très peu en vérité. Naruto était et serait toujours bien plus l'enfant de sa mère.)

.

Au final, ce fut Kakashi qui lui fournit l'idée ainsi que la preuve dont il avait besoin, aussi involontaire que ce soit. Ils se trouvaient devant le mémorial, observant les noms alors que leur éventuel sensei s'éloignait et que Sakura et Sasuke le regardaient partir.

Mais Naruto, lui, n'en faisait rien. Ses yeux étaient fixés sur les lignes nettement gravées, sur ces noms soigneusement imprimés dans la pierre. Sur un nom en particulier qui paraissait pour lui être un déchirement au cœur rien qu'à le regarder.

Uchiha Kagami, était-il écrit, et tout ce que Naruto put voir pendant ce court instant qui lui sembla interminable furent ces cheveux noirs coupés à hauteur du menton, ces yeux sombres et cette éternelle pointe d'amusement vis-à-vis du monde l'entourant, ce sourire chaleureux et cette cicatrice pâle sur cette mâchoire ferme.

Tout ce qu'il put entendre fut un idiot soulagé et un joyeux Arashi, te voilà !

Tout ce qu'il put sentir fut une tape amicale sur son épaule, une étreinte étroite, la chaleur d'un feu contre sa technique d'eau et de vent, et il ferma les yeux et s'adossa contre le tronc auquel il avait été attaché, ses pensées s'envolant.

Ils passèrent le test avec succès, évidemment. Naruto ne s'attendait pas à autre chose, mais dès qu'il réussit à se défaire de ses liens, il ne s'arrêta pas pour célébrer. Au lieu de ça, il se dirigea vers la bibliothèque centrale, se faufila à l'insu de la femme au bureau à l'entrée qui avait pour habitude de renifler de mépris en sa présence, puis se rapprocha des archives contenant l'enregistrement de tous les shinobi.

Il y en avait énormément, et le clan Uchiha n'était pas en reste côté nombre. Mais il y en avait peu nommé Kagami, et un seul dont le nom s'écrivait avec le kanji du Kagami de Naruto. Le rouleau était usé et poussiéreux, de toute évidence peu touché. Naruto s'accroupit dans l'allée centrale avec le rouleau en main, chassa la saleté du mieux qu'il le put et se pencha en avant pour tenter de déchiffrer les petites lettres soignées dans la lumière diffuse.

Uchiha Kagami, Premier Ambassadeur à Uzushiogakure par nomination du Sandaime Hokage Sarutobi Hiruzen, au service du Sandaime Uzukage Uzumaki Arashi.

La date de sa mort était signalée au début de la Seconde Grande Guerre Ninja, et les quelques maigres détails furent largement suffisants pour glacer le sang de Naruto.

Abattu lors d'une embuscade tendue par des ninjas de Suna alors qu'il tentait d'informer Konoha de la demande d'assistance d'Uzushiogakure contre les forces de Kiri.

Naruto s'assit sur ses talons, tentant de garder un souffle régulier. C'était comme dans son rêve, avec tous ces bateaux à l'horizon, cette armée de shinobi venue dans l'unique but d'envahir et de détruire. Aussi forte que la cité puisse l'être, Uzushio était un village relativement petit et le Pays des Tourbillons était tout aussi infime en termes de taille. Ils étaient isolés, seuls au monde, même avec des alliés sur le continent, piégé entre la puissance vicieuse de Kiri et la froide indifférence de Kumo.

Kagami avait rendu son dernier souffle en tentant d'apporter de l'aide, et au moment où Konoha l'avait réalisé, Uzushio, aussi, était tombée.

Le papier se froissa sous les doigts du blond lorsqu'il le serrât trop fermement et il poussa une expiration prudente. Il pouvait presque, presque se souvenir de la chute de la cité, de sa complète destruction aux mains du Mizukage et de ses meilleurs shinobi. Il aurait pu essayer avec plus de ferveur, mais…

Mais il n'était pas certain de vouloir se rappeler. Pas de ça. Pas de la mort, de la destruction et de la tragédie lorsque, pendant si longtemps, ses rêves avaient été source de paix, de beauté et de bonheur.

Mais… ce n'étaient pas seulement des rêves, pas vrai ?

(Ces jutsu, ces techniques qu'il n'arrivait pas à se résoudre à essayer… elles avaient vraiment tué des gens, non ?)

Naruto fit une pause, fixant toujours le nom inscrit sur le rouleau, puis il prit une profonde inspiration et se releva. L'Histoire des différents pays se trouvait trois rangées plus loin, arrangée par ordre alphabétique. Il trouva la section réservée à Uzushio avec sa poignée de bouquins et ses quelques rouleaux sans le moindre problème. Il s'empara du premier au hasard puis le posa pour entamer sa lecture.

Quand bien même avait-il peut-être vécu au travers des yeux d'Arashi, qui qu'Arashi fût (C'est toi, murmura la petite voix derrière ses pensées. Je suis toi, ne vois-tu pas ? Je l'ai toujours été.), quand bien même avait-il vécu cette vie, avait respiré cette vie, avait transpiré et saigné pour le village d'Uzushio qui n'existait qu'au cœur même de ses songes, au final, il ne savait pas grand-chose de tout ça, pas vraiment. Il connaissait des détails, comme la manière dont le marché brillait comme un joyau aux mille et une couleurs sous le soleil de l'après-midi, combien le sol était dur sous ses pieds, la manière qu'avaient les oiseaux de s'élever d'un même mouvement lorsque le vent de la tempête se faisait sentir. Et pour sûr, il avait connaissance de bribes de l'Histoire, quelques faits insolites, le ninjutsu et le taijutsu du village et la façon qu'avait Saehara-sensei de se battre avec son épée dans une main et son fouet dans l'autre, mais…

Mais, il ne connaissait pas les faits glaciaux et mis à nu écrits dans les livres, et d'une certaine façon, c'était exactement le genre d'informations que Naruto recherchait pour le moment. Il ne voulait pas voir le sang ni entendre de respirations ou bien en parler avec des personnes encore en vie, mais bien lire les mots d'un historien qui s'intéressait à une période donnée.

Il se souvenait de leurs leçons, en classe, sur les cinq grandes nations et le grand nombre de pays plus petits. Mais jamais là, jamais nulle part, Uzushio n'avait été mentionnée. Il n'y avait pas de cours sur une cité étincelante ou sur un homme nommé le Dieu de la Tempête. Pas une seule mention à la guerre qui les avait opposés à Kiri ni à la chute d'un village ninja tout entier. Pas un mot, pas une seule pensée, et Kagami était mort pour tout ça, pour une cité perdue dans sa lutte contre le temps.

Naruto ne pouvait pas le supporter.

Kagami était mort. Ils étaient tous morts, et les survivants avaient fui, disparaissant dans l'obscurité des autres nations, puisque la leur était complètement détruite, et ça…

Ça faisait souffrir Naruto ou Arashi, ou peut-être bien les deux.

J'étais heureux là-bas, songea-t-il en scrutant le livre sur ses genoux. Uzushio me rendait heureux. J'aime Iruka-sensei et Hokage-jiji, et Sakura-chan. Peut-être Kakashi-sensei aussi. Je peux probablement… tolérer Sasuke, même.

Mais… je ne suis pas vraiment heureux ici, si ? Pas de la même façon que je l'étais là-bas en tout cas.

Il éloigna ces pensées, mais elles s'attardèrent, restèrent profondément ancrées lorsqu'il tituba jusqu'au bureau de la bibliothécaire sous une pile de bouquins de presque un mètre de haut. Elles ne disparurent pas, ni lorsque le soleil était encore haut ni lorsque la lune le remplaça, et toujours pas quand il vint à la rencontre de son équipe le matin suivant pour leur séance d'entraînement. Elles firent du sur-place, persistèrent et restèrent.

(Et pour être tout à fait honnête, Naruto ne tenta même pas de les chasser.)

.

Naruto est… imprévisible, songea Kakashi en observant le garçon se frayer un chemin jusqu'au pont. Kakashi, lui, était perché sur un arbre, souhaitant avoir une meilleure idée de leur dynamique d'équipe.

Il se souvenait encore de la veille lorsqu'ils avaient eu leur test. Naruto avait été le premier à se précipiter, le seul aussi à rester à découvert et à le défier directement. Son taijutsu avait été… inattendu. Ce n'était le style de base de l'Académie, pas non plus un mélange d'une vingtaine de différents katas qu'il aurait obtenus après avoir observé les autres ninjas s'entraîner. C'était… différent. Pas du tout familier, mais sans le moindre doute un style à part entière. Et bien rodé en plus de ça.

Ça ne lui avait pas été d'une grande aide, bien entendu. Pas contre un Jônin. Mais pour un dernier de la classe, ça avait quand même été au-dessus de ses attentes.

Puis…

Le jeter dans l'eau avait peut-être été une erreur, surtout compte tenu du rapport d'incident avec ce traître de Mizuki. Il s'était servi d'un jutsu Suiton cette nuit-là, invoqué d'ailleurs sans la moindre source d'eau à proximité et qui avait été assez puissant pour immobiliser un Chûnin. Mais Kakashi ne voyait que sa grande bouche et son extérieur aux couleurs vives et avait dressé des conclusions hâtives en choisissant de croire que son succès avait été un coup de chance cette fois-là. Il avait complètement sous-estimé le garçon, exactement comme il l'avait toujours fait avec Obito.

Et, comme Obito dans ses derniers instants, Naruto lui avait prouvé à quel point c'était une mauvaise idée.

Suiton - Tornade d'Eau !

Une mauvaise idée, définitivement, songea Kakashi en riant doucement, frottant la bosse qui grossissait sur son crâne. La technique n'avait pas été assez puissante pour mettre un Jônin à terre, elle ne l'était pas encore, mais… avec un peu d'exercice, elle le serait. De l'exercice, du temps et une opportunité.

Son équipe lui plaisait déjà un peu plus.

.

Sasuke observait Naruto. Il l'avait toujours fait.

Ils étaient similaires après tout. Pas exactement pareils, mais peut-être la seconde meilleure option, même avec le volume sonore du blond et sa réjouissance exubérante, même avec ses étranges échecs alors même que Sasuke savait qu'il était bien meilleur que ça, même avec son air bizarre et distrait de temps à autre, comme s'il était en train d'écouter quelque chose qu'il était le seul à pouvoir entendre.

– C'est un jutsu très puissant, avait dit Kakashi avec légèreté alors qu'ils échangeaient des coups.

Naruto envoya une rafale en direction d'un arbre avec une combinaison d'eau et de vent que même un Chûnin n'aurait pas été capable de produire.

Naruto en avait simplement rigolé en se frottant l'arrière de la tête et avait détourné le regard.

– Je l'ai trouvé dans un rouleau, avait-il joyeusement répondu, puis avait couru vers Sakura et commencé à s'extasier devant elle comme s'il était un simple d'esprit, imbécile et aveugle.

– Ce n'est pas du niveau des standards de l'Académie, fit remarquer Kakashi, regardant par-dessus les pages de son bouquin Naruto botter les fesses de Sasuke avec une combinaison de taijutsu que ce dernier n'avait jamais vu auparavant.

Naruto eut une expression de dégoût profond.

– Vous n'avez pas dit qu'on devait utiliser le style de l'Académie ! protesta-t-il. Kakashi-sensei, je ne suis pas doué avec ces katas-là ! Je ne peux pas utiliser les miens ?

Sasuke se souvenait de leurs affrontements en classe, lorsqu'il battait Naruto à tous les coups et il s'interrogea. Il s'interrogea, parce qu'il n'y avait rien d'autre qu'il puisse faire, pas alors que Naruto était capable de grimper aux arbres et de faire bouger l'eau et le vent par la force de sa volonté, pas lorsque ses moments d'idioties étaient interrompus par des instants de pur génie. Un contrôle du chakra presque parfait, leur avait dit Kakashi, et il avait promis d'apprendre à Sasuke et à Sakura à un moment ou un autre. Et au lieu de se vanter, Naruto avait détourné les yeux et les avait fixés sur un point à l'horizon, comme s'il voyait quelqu'un d'autre entièrement.

Naruto arrêta de porter de l'orange trois jours après qu'ils eurent passé le test. À la place, il porta du bleu. Pas le bleu marine Uchiha, mais plutôt un bleu indigo, un bleu ciel et un bleu nuit, assemblés à du blanc, du noir et un gris tourterelle. La spirale qui se trouvait sur sa combinaison était minutieusement cousue sur chacun de ses vêtements. Il s'entraînait autant que Sasuke, du matin au soir, et, parfois, Sasuke le croisait en rentrant chez lui. Ils étaient dans ces moments-là tous deux épuisés, meurtris, mais satisfaits.

Ils étaient toujours rivaux, même Sasuke pouvait le reconnaître, mais c'était… plus facile. Plus simple. Sasuke n'avait pas envie d'un ami, pas pour le moment, pas alors qu'il lui fallait encore en finir avec son frère, mais…

Un rival, il pouvait faire avec. Tout allait bien. Battre Naruto, avec son Suiton, son Fûton, son taijutsu étrange, mais terriblement rapide, avec sa détermination sans borne accompagnée des brefs moments de son écrasant génie serait une bonne préparation en vue de son face-à-face avec Itachi. Ce n'était pas parfait, mais… c'était suffisant, ça le serait sûrement.

(Et si parfois, lorsqu'il faisait noir et que les ombres s'allongeaient dans son appartement, il roulait dans son lit jusqu'à être dos à la fenêtre et qu'il touchait prudemment et doucement ses lèvres, se rappelant l'espace d'une seconde…

Enfin. De toute manière, personne n'avait à le savoir.)