J'indique mon avancée sur mon profil si vous souhaitez savoir combien de temps il reste avant l'arrivée d'un chapitre ;)

Je vous avoue que je ne suis pas vraiment convaincue par ma traduction de ce chapitre, enfin bon, rien ne sert de le relire encore une fois… quoi qu'il en soit, je vous souhaite tout de même une bonne lecture !


RARs :

KarrahLynn : Tu es adorable, vraiment… je te remercie pour tes mots et ton soutien ! J'aime tellement cette histoire que je n'imagine même pas abandonner la traduction en cours de publication, alors je pense qu'il n'y a pas trop à s'en faire de ce côté ;) je vais continuer comme ça et j'espère sincèrement qu'elle continuera de te plaire comme elle m'a plue ! Des bisous, et une très bonne lecture.

Nosh : Absolument ! Nous allons bientôt en apprendre plus sur Uzushio, c'est un peu autour de ça que l'histoire tourne… au début… il ne faut pas oublier notre fameux pairing haha ! Mais quoi qu'il en soit, Naruto reste toujours fidèle aux racines de ses ancêtres ;) Quant à cette fin, tu as raison, elle est craquante ! Je trouve aussi comme toi qu'il y a des choses qui auraient pu être plus approfondies dans le manga (surtout concernant Uzushio, car à part le fait que la cité est tombée sûrement pendant ou avant la Seconde Guerre (pour moi) en se basant sur la présence de Nagato et de ses parents à Ame durant cette période, et les mythes qui les entourent, on n'a pas grand-chose. C'est un peu bête parce que ça fait de Naruto quelqu'un avec un héritage sur lequel compter, mais sur lequel il ne compte pas dans le manga). Je t'embrasse fort et te souhaite une très bonne lecture !


chapter 03: rising progression, accelerando

[Progression : Mouvements réguliers d'harmonie dans une forme déterminée et prolongée.

Accelerando : Terme indiquant qu'il faut presser le mouvement d'un morceau de musique.]

Leur première mission de rang C ne fut pas une simple mission d'escorte et de protection, pas du tout de rang C d'ailleurs, peu importe ce que s'entêtait à leur répéter Tazuna Le Charpentier.

Les frères démons les trouvèrent, éliminèrent Kakashi et s'en prirent aux trois Genin. Une part de Naruto voulait hésiter, tressaillir et se pétrifier sur place, mais l'autre partie en avait rêvé de ces missions, car Arashi était devenu Genin dès l'âge de neuf ans et Chûnin à douze et s'était retrouvé dans ce genre de situations à de multiples reprises. Son instinct le fit donc plonger vers l'avant, mais ce ne fut pas que cela… il y eut quelque chose d'autre aussi.

Parce qu'il y avait un Kage endormi derrière ces pensées, enterré sous des couches de quotidien et d'ordinaire, et ce Kage, en voyant l'hitai-ate de Kiri ne put s'empêcher de s'enflammer. C'était du regret, du remords, de la colère et de la peur, le tout mixé ensemble. C'était aussi du ressentiment qui n'avait de sens que pour Naruto. Parce qu'il se souvenait avoir été Uzukage, se rappelait de la flotte de Kiri aux portes de la cité, un traître en leur sein faisant tomber la barrière au pire des moments. Il se souvenait des ninjas de Kiri massacrant les villageois, les shinobi comme les civils, et…

Cette partie de lui se déchaîna, l'envoya tourbillonner au-delà des gantelets de métal et des chaînes dont se servaient les deux frères et il cibla avec son senbon, de loin sa meilleure arme. Sasuke le suivit de près et ils bougèrent comme s'ils avaient déjà fait ça des centaines de fois avant alors même que ce n'était pas le cas. Naruto fit tomber l'homme de gauche et Sasuke s'occupa de celui de droite. Lorsque la fumée se dissipa, ils étaient les seuls encore debout.

(Kakashi leur vint en aide aussi, mais moins Naruto pensait à ce crétin paresseux et obsédé qui leur avait fait croire qu'il était mort, mieux s'en portait sa tension artérielle.)

Lorsque tout fut terminé, Sasuke le regarda, ses yeux sombres toujours aussi insondables que d'ordinaire et hocha la tête. Juste une fois, mais c'était un meilleur signe de reconnaissance que Naruto n'avait jamais réussi à lui tirer auparavant.

Ce geste seul était… étourdissant.

Parce que Naruto avait toujours par-dessus tout voulu, au-delà d'être un rival ou un ami, que cette personne le regarde sans ce voile de mépris, qu'il reconnaisse sa valeur. Il lui sourit en retour, d'un sourire large et étincelant et lui emboîta le pas tandis qu'ils reprirent la route.

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Sasuke avait pris le coup à sa place.

Naruto l'observa, le contempla alors qu'il entamait à sa chute, et tout ce à quoi il put penser l'espace d'un interminable battement de cœur, ce fut au jour où il s'était tenu sur les docks d'Uzushio lors du départ du bateau de Kagami, lui faisant signe de la main et regardant son ami se pencher par-dessus la rampe pour lui renvoyer son geste avant qu'un Jônin à l'air costaud qui avait pris la mer en même temps que lui ne l'attrape par la peau du cou et ne le tire en sécurité vers l'arrière.

Naruto avait beaucoup ri à ce moment-là. Il avait ri et continué de le saluer jusqu'à ce que le bateau ne disparaisse à l'horizon, et, il n'avait plus jamais revu Kagami après ça.

Kagami était mort sur le chemin pour revenir à Konoha, tenu en embuscade et abattu sans la moindre pitié, et maintenant, c'était au tour de Sasuke.

Naruto n'avait pas bloqué la voix dans sa tête, plus depuis Mizuki en tout cas. Il l'écoutait et l'acceptait, car elle semblait être une part de lui. Elle représentait le vrai lui, et à présent…

Et à présent, l'homme qu'il était auparavant se réveillait de nouveau, tout comme le chagrin et la colère qui l'accompagnaient, retenant au passage la moindre bribe de fureur démoniaque qui voulait s'échapper de son corps. Naruto ferma les yeux et il… arrêta de se battre contre cette voix. Il laissa l'instinct d'une vie entière prendre le dessus et n'essaya pas de résister, car son corps savait ce qu'il faisait, savait comment le faire, et savait comment bouger.

Fûton - Vent Divin des Montagnes !

Le vent se leva et Naruto montra les dents en sentant les miroirs de glace autour d'eux résister. Aussitôt, alors même qu'un vortex se formait, il joignit une nouvelle fois les mains.

Suiton - Trompette d'Eau !

Les miroirs se craquelèrent et explosèrent vers l'extérieur sous la seule force du chakra amassé et des jutsu combinés. Ils se brisèrent en mille morceaux et le shinobi - Haku l'avait appelé Zabuza, mais non, finalement, Naruto préférait que ses ennemis n'aient pas d'identités, pas d'histoires, qu'ils ne soient pas humains, puisqu'après tout c'était toujours la personne qui avait fauché la vie de Sasuke - fut projeté en arrière. Naruto plongea sur lui le plus rapidement qu'il put. Il se déplaçait si vite qu'on ne voyait de lui qu'une traînée bleue, grise et dorée. Il se déchaîna sur le ninja et brisa le masque honni d'un seul coup-de-poing en son centre.

Je te déteste, pensa-t-il de fureur, de douleur et de désespoir. Je te déteste ! Tu m'as pris un autre de mes êtres chers !

Puis, ensuite, il reconnut le garçon de la forêt, croisant son regard vide et brisé, et Naruto…

Naruto retint son attaque au dernier moment, retourna le senbon dans sa main et frappa avec son poing à la place de l'aiguille, faisant tomber Haku sur le sol.

– Pourquoi ? demanda-t-il, la voix cassée. Tu es le garçon de l'autre fois, mais…

Et Haku lui raconta.

En fin de compte, ils étaient pareils, non ? Jinchûriki et enfant aux techniques héréditaires, tous deux haïs, craints et rejetés. C'est pourquoi lorsque Haku lui murmura achève-moi, Naruto serra les dents, rassembla quelques souvenirs au-devant de ses pensées, et bondit en avant, bien trop rapidement pour être vu à l'œil nu. Il attrapa le bras de Haku et sous ses doigts une marque sombre en forme de sceau apparut. Haku battit des paupières et elles se fermèrent d'elles-mêmes. Il tomba, aussitôt inconscient, et Naruto se précipita vers l'endroit d'où il pouvait sentir le chakra de Zabuza provenir.

Il y eut un bruit au travers du brouillard, des voix échangeant des mots, puis le son du pépiement de mille oiseaux avant qu'un corps ne s'effondre sur le pont dépourvu de son âme.

Il ferma les yeux et tourna les talons.

Je suis désolé, s'excusa-t-il intérieurement, parce que Haku se réveillerait dans un monde démuni de sens, tout ça parce que lui n'avait pas été assez rapide et n'avait pas pu éviter la mort de Zabuza. Je suis tellement désolé pour ta perte.

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Haku sanglota lorsqu'il apprit la nouvelle, inconsolable et fortement ébranlé, et lorsque Naruto s'agenouilla à son côté, l'autre garçon se reposa sur lui. Il laissa Naruto passer une main autour de ses épaules et l'étreindre comme personne ne l'avait jamais fait pour le blond auparavant, et…

Ils étaient toujours des shinobi. Ils n'étaient que des instruments, c'est vrai. Mais ils étaient humains aussi et étaient capables d'avoir du chagrin, d'avoir peur et d'espérer. Sauf s'ils s'arrachaient le cœur, ils ne pouvaient pas ignorer ces sentiments. Ça n'allait pas bien, ils ne se sentaient pas bien, pas même un peu, mais ils respiraient encore, même s'ils étaient des indésirables, des mal-aimés même, alors peut-être, juste… peut-être pouvaient-ils s'appuyer l'un sur l'autre jusqu'à ce qu'ils apprennent à tenir eux-mêmes debout devant ce monde de glace, s'ils y arrivaient même un jour.

(Kakashi ne fit aucune objection lorsque, alors qu'ils quittaient les lieux, Haku leur emboîta le pas. Emboîta le pas de Naruto, en fait, qui lui jeta un regard et qui lui sourit tristement et ne lui dit pas Je suis vraiment désolé. Je préférerais que tu me blâmes moi, ça rendrait les choses bien plus faciles pour toi.

Mais rien n'était jamais facile, et Haku lui rendit son sourire triste alors qu'ils marchaient côte à côte.

Sasuke, qui se trouvait devant eux, ne commenta pas, mais Naruto songea, en voyant ce qui se cachait derrière ses yeux sombres, qu'au final, c'était presque comme s'il marchait avec eux.

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Après que tout fut terminé, après la paperasse, les explications, la visite médicale et leur bon rétablissement, il n'y avait plus… qu'eux. C'était Naruto et Haku et c'était Haku et Naruto, vivant ensemble dans un petit appartement un peu trop grand pour une seule personne, mais juste à la bonne taille pour deux. Ils partageaient leurs repas et leur chagrin silencieux, et leurs cauchemars étaient apaisés au son de la respiration de l'autre. Ils échangeaient des bonjours et des au revoir, et étaient finalement capables de dire « Je suis rentré » et de recevoir une réponse.

Il y avait encore les rêves qui les tenaient à distance l'un de l'autre - des souvenirs plus exactement, pour Haku, de la mort de Zabuza, pour Naruto, de la chute d'Uzushio - et ils n'en parlaient pas, mais ça leur allait comme ça.

Haku s'entraînait pour devenir ninja-médecin, et Naruto avait toujours le rang de Genin, mais avec l'Examen de Sélection des Chûnin à l'horizon, Kakashi les poussait à sa manière à se donner à fond. Ils étaient tous deux un peu perdus, mais ils n'étaient plus seuls, alors, ça allait quand même. Ils représentaient l'un pour l'autre un réconfort dans un monde où il était difficile d'en trouver.

Naruto rêvait chaque nuit et ressassait sans cesse une autre vie au travers de bribes, d'éclats et de fragments brisés qui tourbillonnaient trop vite dans son esprit pour qu'il puisse suivre le fil. Malgré cela, il se laissait tout de même aller au gré de ce courant infernal, car Arashi c'était lui, et qu'importe le mur qu'il avait placé entre leurs deux identités, celui-ci n'était plus très épais à présent, si cette épaisseur avait même un jour importée.

Il rêvait d'avoir été Genin, puis Chûnin et enfin Jônin. Il rêvait avoir avancé dans la vie, avoir couru pour en suivre le cours et avoir donné tout ce qu'il avait pour aller de l'avant, une cité entière sur ses épaules, le clan Uzumaki résolument uni derrière un jeune homme que tous nommaient un prodige, mais qui riait et souriait comme tout le monde, qui se dévouait corps et âme à son village sans faute et sans la moindre hésitation. Il se souvenait d'un vieil homme avec de longs cheveux blancs se tenant devant lui, soulevant un couvre-chef ornementé de sa tête et le plaçant doucement sur celle du blond, leurs habits bleu et blanc de bureau brillant sous le soleil printanier. Il se rappelait avoir signé de son nom avec son nouveau titre pour la première fois Sandaime Uzukage Uzumaki Arashi.

Puis, il se réveillait et déambulait dans les rues, les gens murmurant dans son dos à quel point il était inapte à être shinobi, inapte à vivre parmi eux comme un humain alors même qu'il n'en était pas un.

Ça faisait encore plus mal maintenant que lorsqu'il ne connaissait pas la raison derrière cette haine, d'une certaine façon. Ça piquait, c'était poignant et ça brûlait… parce qu'il avait passé douze ans dans ce village, grandissant, courant et riant comme tout autre garçon de son âge, alors comment, comment avaient-ils pu en être témoin, avaient-ils pu le voir lorsqu'il n'était encore qu'un enfant et continué de le traiter de démon ?

Haku ne saisissait pas vraiment, mais… il en comprenait assez pour que cela suffise. Il n'était ni sourd ni aveugle. Il avait bien remarqué les murmures, les regards noirs et le fait que peu à l'exception de Sasuke, Sakura et Kakashi le reconnaissaient à sa juste valeur. Parce qu'il était une figure de gentillesse, il ne lui posa jamais de questions, mais Naruto avait bien remarqué la manière qu'il avait de marcher toujours un pas devant lui pour à chaque fois se trouver entre lui et les rues les plus bondées du village dès qu'ils étaient en public. C'était adorable de sa part, et Naruto lui jetait dans ces moments-là un regard en biais et lui souriait en repensant à Uzumaki Yui avec ses cheveux rouges rassemblés en une queue-de-cheval haute et à sa manière d'être immédiatement sur la défensive lorsque quelqu'un tentait de rabaisser Arashi. Elle n'avait été que son assistante lorsqu'il était Uzukage, mais elle était rapidement devenue une amie, aussi. Haku l'aurait appréciée, pensa-t-il en souriant vivement à son nouvel ami qui était assez beau pour se faire passer pour une fille, mais dont les griffes étaient assez aiguisées pour trancher une âme derrière son masque inébranlable.

– Allons voir si Iruka-sensei est disponible pour aller manger des ramens, suggéra-t-il en croisant ses bras derrière sa tête, se prélassant sous les rayons du coucher de soleil de fin d'après-midi.

Haku ne roula pas vraiment les yeux, mais ce fut tout comme.

– Que dirais-tu de cuisiner quelque chose nous-même pour une fois ? proposa-t-il. Je suis certain que le portefeuille de ton sensei nous en sera reconnaissant.

Naruto lui envoya sa meilleure moue.

– Ah, mais Haku ! Les ramens sont sensationnels !

– Naruto-kun…

Ce regard, placide, calme et avec une petite touche d'exaspération, était de ceux dont Naruto savait qu'ils ne pouvaient signifier qu'une seule chose pour lui : des ennuis. Dans un soupir, il leva les mains avant que l'autre garçon ne se décide à viser les endroits plus ou moins vulnérables de son corps avec ses senbon et finit par céder.

– D'accord, mais est-ce qu'on peut avoir des yakitoris à la place, alors ?

Haku lui sourit comme s'il était un chiot bien dressé ou quelque chose de la sorte, et celui-ci se retint difficilement de lui tapoter la tête.

– Bien sûr, Naruto-kun. On va faire des yakitoris. Mais tu vas devoir m'aider à les préparer, entendu ?

– Haku ! Arrête de me parler comme si j'avais cinq ans !

– Je n'oserai pas. Ça doit être ton imagination, Naruto-kun.

– Haku !

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Ainsi, ce fut Naruto et ce fut Haku, mais ce fut aussi Naruto et Haku, puis vint l'Examen de Sélection des Chûnin, et il y eut Gaara aussi, qui le regardait à travers l'arène, avec des yeux vides qui reflétaient sans mal la solitude et la souffrance qu'il ressentait.

Naruto n'eut pas besoin que la voix murmurante le lui dise pour reconnaître une autre âme à la dérive comme la sienne. Il en avait rencontré deux déjà, en l'espace d'un mois, et parfois, Naruto scrutait Haku qui se trouvait à l'autre bout de la table de la salle à manger et se demandait combien d'autres y en avait-il, là dehors. Combien d'autres enfants pareils à eux, seuls au monde, des indésirables, rejetés par leurs entourages et qui devaient survivre par le seul pouvoir de leurs volontés et de leurs déterminations à toute épreuve.

Bien trop, sûrement, mais en même temps, pas assez.

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Konoha gagna la bataille, même si le Sandaime en paya le prix de sa vie - une autre personne chère perdue, une de plus… plus jamais, plus jamais… -, Sasuke fut marqué par ce maudit Serpent, et Naruto fut traîné à la recherche de Tsunade.

(Tout ce à quoi il put penser en entendant ce nom, ce fut à une petite fille s'accrochant à la main de son grand-oncle durant la session de l'Examen de Sélection des Chûnin qu'Uzushio avait organisé pour la toute première fois. Une petite fille blonde avec de grands yeux et une inclinaison bornée aux lèvres, un tempérament enflammé et un toucher tendre, et il demanda comment Arashi pouvait connaître - connaissait ? - le futur Godaime lorsqu'elle était enfant jusqu'à ce qu'il réalise à quel point elle était âgée.

Jiraiya lui enseigna le Rasengan, ou du moins, il lui montra comment commencer. Et, pendant la nuit, lorsque l'Ermite des Crapauds était endormi ou sorti pour affaires, Naruto s'asseyait seul dans son lit et regrettait l'absence d'Haku. C'était difficile à croire la vitesse à laquelle il s'était attaché à tout ça, à ne plus être seul, étrange et dérangeant parce que Naruto aimait penser qu'il était du genre indépendant et autonome. Et ça… ça ne le rendait pas en soi faible, mais c'était quand même la seconde meilleure option après ça.

Il se rappelait du chagrin d'Arashi, son chagrin à chaque fois qu'un shinobi d'Uzushio tombait. Il s'en souvenait et portait ce deuil, parce que c'était le prix à payer lorsqu'on avait des personnes chères à son cœur. Cette peur, cette terreur, si vive et évidente telle une blessure ouverte indiquant à l'ennemi exactement où frapper.

Non pas que cela compte. Pas du tout en fait, puisque Naruto ne comptait pas perdre une seule personne qui avait vraiment touché son cœur de sitôt. Pas comme il l'avait fait à Uzushio, dans le sang et les flammes, avec la guerre et la mer tâchée de rouge sous le soleil couchant. Pas comme il avait perdu le Sandaime. D'aucune manière que ce soit, plus jamais.

Il parvint à maîtriser le Rasengan en l'espace de quelques jours. L'excitation brûla dans sa poitrine lorsqu'il regarda sa main et qu'il vit pour la toute première fois la technique parfaitement exécutée. Ça avait été difficile à maîtriser, ça n'avait pas été sans douleur, mais il y avait tant de potentiel. Naruto savait, objectivement, que le Yondaime était un pur génie - tout le monde le disait -, mais ça…

Il plia les doigts et sourit, puis échappa à l'œil peu vigilant de Jiraiya et trouva une clairière à l'abri des regards pour s'entraîner.

Ils appellent - appelaient ? - Uzumaki Arashi le Dieu de la Tempête pour sa maîtrise du vent et celle de l'eau. Le vent lui venait plus aisément, comme toujours, et Naruto l'invoqua sous sa forme la plus basique, la plus brute et l'incorpora à la sphère de chakra tourbillonnante, et ce, tout simplement parce qu'il le pouvait, tout simplement parce qu'il s'était toujours poussé à faire mieux, que ce soit en tant que Naruto ou qu'Arashi depuis la toute première fois où il avait accepté que ses songes avaient une sorte de réalité propre. Parce qu'il était le garçon qui, à l'âge de douze ans, avait entremêlé l'eau et le vent dans un clone juste pour voir ce que cela pouvait donner et que ce qu'il était en train de faire à l'instant était la même chose, précisément.

Le jutsu qui en résultat ne lui explosa pas exactement à la figure, mais ce qui se passa fut un bon compromis à cela.

(Orochimaru vint pour Tsunade et Naruto sourit de toutes ses dents, un Rasengan dans une main, l'orbe tourbillonnant absorbant le chakra de l'élément vent, et un Suiton - Torrent Destructeur dans l'autre main. Il avait déjà utilisé cette technique, contre les miroirs de glace d'Haku en fait, mais celle-ci était cent fois plus puissante qu'une tornade redirigée et un jet d'eau.

Ce fut suffisant en tout cas pour stopper net un Sannin même si ça ne le fut pas assez pour l'envoyer rouler à terre. Bientôt. Bientôt, ça le serait. Il ne lui fallait que s'exercer encore un peu.)

Par la suite, il fut de nouveau tiré jusqu'à Konoha et Tsunade soigna Sasuke.

Puis Sakura - la seule fille que Naruto avait jamais regardée, la seule dont il avait toujours voulu un mot gentil ou un geste doux - l'ignora complètement. Elle jeta ses bras autour du cou de Sasuke alors qu'il se redressait et s'y accrocha, sanglotant sans même un regard pour le blond, même si c'était lui qui l'avait sauvé du sable de Gaara, même si c'était lui qui avait convaincu Tsunade de revenir au village et de guérir Sasuke.

Pas une seule seconde, ne le regarda-t-elle lui, et Sasuke…

Sasuke non plus. Il garda ses yeux fixés sur le mur tandis qu'il posait une main sur l'épaule de Sakura, dans un geste aussi proche de l'acceptation de ses sentiments que Naruto ne l'avait jamais vu émettre.

Naruto les observa pendant un long moment, sentant son sourire disparaître, puis il se le colla de nouveau au visage et tourna les talons, sortant de la pièce, seul.

Ils ne remarquèrent pas son absence, non plus.

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Cette nuit-là, il rêva de mort et de solitude, rêva qu'il était acculé au bâtiment qui avait été un jour le centre administratif d'Uzushio, le Mizukage et quatre de ses meilleurs shinobi face à lui. Il rêva du visage grave et pâle d'un garçon aux cheveux rouges qui le regardait, le regret brillant dans ses yeux et la colère déformant sa bouche.

– Reisi, l'appela Naruto, sa propre amertume tournant et se tortillant dans ses entrailles, parce qu'il connaissait ce Chûnin, l'avait déjà vu déambuler avec sa tante Yui, et le pensait poli et intelligent, même si un peu discret et réservé. Reisi, pourquoi ?

Seulement, Uzumaki Reisi n'avait pas de réponse à donner et Naruto n'avait pas le temps de lui en faire expulser une. Le Mizukage approchait.

Il combattit. Bien sûr qu'il combattit, mais le Mizukage était en pleine forme et avait ses Jônin pour l'assister. Naruto, lui, se battait depuis presque trois jours d'affilée et n'avait personne. Les autres envahisseurs combattaient sur les docks et dans les rues, dans les endroits les plus vulnérables du village, dans les zones les plus importantes comme l'administration, le point d'où les ordres étaient distribués, ceux de communication, de soins, ne laissant pas le moindre répit aux shinobi d'Uzushio et pas la moindre chance de venir en aide à leur Kage. Il n'y avait aucune chance de s'échapper, pas lorsque Naruto pouvait déjà sentir ses réserves (toute Uzumaki qu'elles soient) toucher à leurs limites.

En fin de compte, il s'éteignit.

Et tandis qu'il chutait, la gorge tranchée par-derrière, le sang chaud et humide sur sa peau, les pierres dorées d'Uzushio parurent s'élever pour le rattraper, berçant son corps jusqu'à ce qu'il touche le sol. Ce fut toujours un coup dur au vu de toutes ses blessures, mais pas autant que ç'aurait pu l'être. Loin de là.

Le Mizukage poussa un rire moqueur, alors même qu'il saignait et qu'il était à bout de souffle lui aussi. Dans une mesquine sorte de méchanceté, il donna un coup dans l'épée de Naruto. L'arme s'en retrouva projetée au loin, hors de portée.

– Notre victoire, dit l'homme et l'obscurité se substitua à la réalité.

Mais pas entièrement.

S'il n'était pas déjà en train de rêver, il aurait pu croire que ça aussi, c'était un rêve. Une sorte d'hallucination, peut-être. Il y avait une vaste forme de chagrin tout autour de lui, quelque chose sans âge d'intouchable enfoui au cœur même des pierres d'Uzushio comme les sceaux utilisés pour la créer. Jadis, le Shodaime Uzukage et les autres fondateurs avaient dressé les pierres d'Uzushio hors de la mer, depuis la terre dans leur forme la plus pure et y avaient ajouté leurs sceaux pour créer une cité tout entière, et ce, en l'espace d'un mois seulement. Et les sceaux étaient restés, subsistaient toujours, encore aujourd'hui, au sein des rues, des murs et des bâtiments. Du cœur des fontaines de la place du marché jusqu'aux piliers attaqués par l'érosion : elles étaient présentes d'un bout à l'autre d'Uzushio.

Normalement, elles étaient dormantes, en sommeil, silencieuses, se faisant oublier.

Seulement, chaque importante famille de shinobi avait un jour versé son sang au cœur de la cité, là où des séries de sceaux incroyablement complexes cachés profondément dans les sous-sols d'Uzushio maintenaient le village debout. La cité les connaissait, avait reconnu leur sang, et aujourd'hui, depuis trois jours en réalité, ce sang avait coulé dans les rues et s'était déversé dans les gouttières à mesure que des shinobi d'Uzushio tombaient.

Le sang n'était pas sans pouvoir. Le chakra détenait ce même pouvoir. Il avait une certaine sentience qui le rendait puissant, et durant les trois dernières générations, les sceaux qui avaient créé la cité avaient été liés à ces deux énergies. Énergies qui avaient été versées en copieuse quantité pendant l'invasion.

C'en était assez. Une étincelle, un vacillement, et soudain, tout autour de Naruto, il y eut une respiration, un battement de cœur, un savoir.

Enfant, murmurait une voix dans son oreille, sans limites d'espace ou de temps et sur un ton abattu par le chagrin.

Dors à présent, lui disait-elle tandis que les ténèbres se dressaient devant lui comme une vague immense.

Dors à présent. La cité est tombée et le peuple a fui, mais ton âme demeure en ces terres.

Un jour, mon enfant, je te rappellerai et tu viendras à moi.

Sous son toucher, il se sentit en paix et toutes ses peines disparurent. Soulagé et sans douleur, l'espace d'un battement, Naruto oublia la guerre, le chagrin et la mort qui le guettait au loin. Il ferma les yeux, se laissant bercer par les pierres dorées chauffées par les rayons du soleil et songea à des temps meilleurs avec Kagami, Saehara-sensei et ses coéquipiers Haru et Fuyu. Il se rappela des toits rouges, des pierres opalines, des rues brun doré sous le soleil et des tempêtes se levant par-delà la mer dans leur immense puissance. C'était des personnes et des paysages qu'il n'avait vus qu'une fois, mais qu'il chérissait. Une pointe d'humanité dans cette espèce de tragédie.

Je viendrais, avait-il promis alors même qu'il disparaissait entièrement. Je reviendrais vers toi.

C'est une promesse.

.

Cette nuit-là, lorsque le vent se leva dans un murmure à la cime des arbres, lorsque la lune apparut derrière les nuages épars et qu'elle précipita sa lumière blanchâtre sur le village endormi, Naruto ouvrit les yeux dans son lit et se redressa.

L'air tremblait autour de lui, frissonnant, chantant. Le sang dans ses veines semblait bouillir au clair de lune comme une étoile en pleine explosion. Il était tendu, prêt à courir, mais il courrait vers quelque chose cette fois, au lieu de courir pour fuir.

Il y avait une voix qui dansait au gré du vent, pas celle qu'il avait entendue toute sa vie - pas la mienne, pensa-t-il, surpris. Oh, ça a toujours été moi, c'est ça ? Je suis Arashi. Arashi me représente dans son entièreté - mais quelque chose de plus profond, de plus vaste, quelque chose d'écrasant qui submergeait l'horizon telle une vague et l'oblitérait d'un coup de tonnerre silencieux. C'était une voix, mais de la même manière que le soleil était une étoile, le mot n'était pas suffisant pour englober tout ce qu'elle était.

Reviens à la maison, murmurait-elle, et ce murmure seul fut suffisant pour faire hurler Naruto et lui faire presser ses mains sur ses oreilles. Je t'en prie, mon enfant. J'ai attendu pendant si longtemps.

Et Naruto se souvint. Il se souvint comment le sol de la cité chantait sous ses pieds, comment elle fredonnait et bourdonnait de vie, comment elle arrivait à s'adresser à lui sans prononcer le moindre mot et comment elle paraissait presque vivante autour de lui. Enfant, devenu homme puis ensuite en tant qu'Uzukage, la cité lui avait toujours parlé. Elle lui avait toujours parlé.

Uzushio.

Uzushio le rappelait à la maison.

– Naruto-kun ? l'interrogea Haku, l'air somnolent, mais d'un ton prudent en se redressant sur le futon de l'autre côté de la pièce. Est-ce que tout va bien ?

Naruto le regarda, observa ce garçon sans racine, sans famille, avec pour seul futur ce qu'il arriverait bien à se construire par la force de son sang, de sa transpiration et de ses efforts. Il le regarda et pensa : Nous sommes exactement pareils, en fin de compte, n'est-ce pas ?

Il détourna le regard, rejeta le drap et dit doucement :

– Pardon, Haku. Je reviens vite. Ne m'attends pas.

Puis, il sortit par la fenêtre sans même s'embêter à se changer. À l'extérieur, il se mit à courir, car, de tout ce qui le retenait à Konoha, un seul de ces liens était incassable, et à ce moment-là, c'était tout ce dont il avait besoin.

(Mais incassable ou pas, peut-être pouvait-il tester sa force.

Peut-être qu'il avait envie de la tester.)