J'ai un peu de retard, sorry ^^' J'ai travaillé toute la nuit pour terminer ce chapitre pour vous, en espérant que vous l'appréciez. On entre enfin dans le vif du sujet ! Bonne lecture à tous !
RARs :
KarrahLynn : Je te remercie pour ton affirmation, je suis rassurée ^^ J'espère te faire voyager encore plus loin après ça, parce que l'intrigue s'annonce pleine de surprises ! Pour ce qui est de mon rythme de parution, je n'en ai pas vraiment. Je poste en fait dès que j'ai un chapitre d'avance. Pour l'instant c'est approximativement un par semaine, mais cela pourrait changer. Dans tous les cas, je vous préviendrai au préalable. Je t'embrasse, bonne lecture !
Guest : Voici la suite, j'espère qu'elle te plaira ! Et un grand merci pour le compliment ^^
Nosh : Avec ce chapitre on commence à avoir une idée claire de ce qu'il a en tête. Le prochain chapitre déterminera la fin de l'introduction et ainsi, la dérive totale vis-à-vis du canon. Tu auras tes réponses bientôt, pas d'inquiétude. Quant à Sasuke et Sakura, ils ne se rendent vraiment pas compte de ce qu'ils sont en train de perdre… mais ça en revanche, c'est propre au canon, tu n'es pas d'accord ? Je te remercie pour tes compliments, des bisous !
chapter 04: the makings of the triad
[Triade : En harmonie tonale, un accord de trois notes (un accord de trois sons ou une triade) est un accord formé d'une fondamentale, d'une tierce et d'une quinte.]
Iruka se réveilla lorsqu'on toqua à sa fenêtre. Derrière la vitre, il aperçut un visage surplombé d'une tignasse blonde balayée par le vent et des yeux ronds l'air presque désespéré.
C'était Naruto, alors, bien sûr, il descendit de son lit et ouvrit la fenêtre, laissant le garçon entrer dans la pièce.
– Naruto ? l'appela-t-il en essayant d'étouffer un bâillement.
C'était surprenant. Il jurerait pourtant que Naruto ne savait pas où il vivait.
– Ça ne va pas ?
Le blond hésita, son expression vacillait et il faisait tout pour fixer son regard ailleurs que sur la silhouette d'Iruka. Ce dernier fronça les sourcils. Naruto avait toujours été vif et plein d'assurance, il n'hésitait jamais, même quand il ferait mieux de le faire.
– Naruto ? répéta-t-il en s'installant sur le lit et en tapotant la place à côté de lui. Que se passe-t-il ?
Après une profonde inspiration qui l'arma visiblement de courage, Naruto accepta son invitation et tortilla ses doigts sur ses genoux.
– Iruka-sensei, commença-t-il timidement, chose terriblement… déroutante. Vous savez que vous êtes l'une des personnes qui comptent le plus pour moi, pas vrai ?
Iruka le dévisagea et se souvint de cette nuit-là, dans la forêt, lorsque Mizuki était à terre et que Naruto s'était tenu au-dessus de lui et avait grondé : « Je te préviens, si tu lèves la main sur Iruka-sensei, je vais te tuer ». Il sourit, tendit la main et la passa dans les mèches blondes un peu plus longues que d'habitude, les ébouriffant doucement, puisque, lui aussi, après tout, avait été à la place de Naruto. Il était exactement comme lui autrefois et il savait très bien ce que cela faisait d'enfin trouver une personne à qui se raccrocher.
– Je m'en doutais, admit-il en souriant à son élève préféré. Mais... c'est toujours agréable de te l'entendre dire. Merci, Naruto. J'en suis honoré.
Naruto lui rendit son sourire, son éclat habituel étincelant et enflammant son expression avant qu'il ne disparaisse soudain. Il avala sa salive, puis lui demanda :
– Vous n'allez pas… cesser d'être l'une de ces personnes si je ne vous... vois pas pendant un moment, si ?
Il y avait des rumeurs courant dans le village à propos de Jiraiya l'Ermite des Crapauds qui aurait décidé de prendre l'Uzumaki comme disciple. Réalisant de quoi il s'agissait, Iruka sentit le nœud qu'il avait dans le ventre s'apaiser. Naruto était un enfant très peu entouré qui s'accrochait au peu de personnes qu'il considérait comme sa famille à part entière, et il ne voulait pas laisser tomber ceux qu'il avait. Alors, bien évidemment qu'il s'inquiétait lorsqu'il était confronté à la perspective d'un long voyage loin du village pour la toute première fois.
Il passa un bras autour des épaules du plus jeune et attira le garçon contre lui, ressentant avec affection ses moments de maladresse et surtout ses instants de génie, son amour égaré pour la couleur orange et tout ce qui allait avec.
– Jamais, Naruto, promit-il dans la touffe blonde. La distance physique importe peu quand les cœurs sont aussi proches. La proximité émotionnelle a toujours le dessus sur la séparation physique de deux personnes. Si tu dois partir, je me tiendrai toujours là dans l'attente de ton retour. Peu importe le temps que cela pourra prendre.
Toute la tension qu'Iruka n'avait pas remarquée graviter plus tôt s'apaisa aussitôt et le blond se tourna vers son aîné et l'enlaça, ses bras l'étreignant plus fortement qu'ils ne l'avaient jamais fait auparavant.
– Je veux juste… J'aime Konoha de tout mon être, dit Naruto d'un ton précipité, comme si c'était une confession, et peut-être au fond en était-ce une. Mais Iruka-sensei, je veux être accepté. Je veux l'être bien plus que je ne rêve de devenir Uzu… Hokage, mais c'est…
Il secoua la tête, comme pour se débarrasser d'idées noires, puis releva les yeux et croisa le regard d'Iruka. Il y avait quelque chose dans le bleu ciel de ses yeux qu'Iruka ne se souvenait pas déjà avoir vu auparavant et cela… l'inquiéta presque. Parce que Naruto ne devrait pas afficher une telle expression, ne devrait pas prendre cet air-là, même s'il ne savait pas bien lui-même ce que « cet air » signifiait.
– Tu devrais, commença prudemment Iruka car il avait soudain l'impression que le futur du monde entier pesait sur ses mots, faire ce qui te rend heureux, Naruto. Car même si les villageois t'acceptent, si tu n'es pas heureux, ça ne sera pas suffisant. Et plus que tout, je souhaite que tu deviennes fort, que tu vives heureux et que tu sois en pleine santé, peu importe le chemin que tu emprunteras.
Naruto détourna les yeux en direction de la fenêtre, vers l'est. Le soleil n'était pas encore levé, l'aube n'avait pas même encore montré un seul rayon, mais quelque chose de lumineux sembla baigner son visage et il sourit. Son sourire était béant lorsqu'il tourna son regard vers Iruka et quelque chose qui ressemblait beaucoup à de l'euphorie brillait dans ses yeux. C'était parfait. C'était ça que Naruto était supposé exprimer, pas cet air solennel et mélancolique, mais plutôt cette détermination à toute épreuve. Cet enthousiasme.
– Merci, Iruka-sensei ! s'exclama-t-il en enroulant ses bras autour du torse d'Iruka et en le serrant fortement.
Il se glissa ensuite en dehors du lit et bondit sur le rebord de la fenêtre. Naruto s'interrompit l'espace de quelques instants, ses yeux toujours fixés sur l'horizon, puis tourna le regard vers son aîné. Un sourire plus tard, il disparut sans le moindre bruit dans l'obscurité de la nuit.
Iruka resta éveillé pendant un long moment après ça en tournant et retournant la conversation dans sa tête. Ça ressemblait presque à…
Mais non, c'était impossible. C'était une idée stupide. Iruka secoua la tête en souriant et se morigéna lui-même pour son imagination débordante. Après un discret soupir, il éteignit la lumière et se glissa de nouveau sous la couverture en la ramenant jusqu'au menton, puis il ferma les yeux.
Le matin ne tarderait pas à venir, et à ce moment-là, il retrouverait Naruto et lui tirerait une explication détaillée de ce qui était en train de lui passer par la tête.
Il s'en occuperait plus tard. Ils avaient encore le temps, après tout.
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Haku observa Naruto se glisser à travers la fenêtre ouverte avec une facilité que peu de Genin possédaient, le fixa lorsqu'il se tint figé au centre de la pièce pendant quelques instants, faisant une liste de toutes les affaires qu'il avait acquises année après année. Le regard qu'il avait n'était pas inconnu à Haku après tant de temps passé à voyager avec Zabuza.
Qu'est-ce qui m'est véritablement cher, ici ? Qu'est-ce que je ne pourrais pas supporter de laisser derrière moi, et qu'est-ce qui ne m'est pas indispensable ?
C'était légèrement surprenant sachant qu'il n'y avait aucune mission de prévue à sa connaissance et aucun voyage comme il en avait effectué lorsqu'il était parti à la recherche du Godaime, non plus. Et Naruto avait toujours - toujours, toujours - donné l'impression qu'il était entièrement dévoué au village des feuilles, là où son équipe et lui vivaient et avaient grandi.
– Naruto-kun ? l'appela-t-il d'une voix douce en repoussant un rouleau sur le côté et en posant ses mains sur ses genoux tandis qu'il scrutait son ami du regard.
Son premier ami, en vérité. Le premier et l'unique, puisque même si Konoha n'était pas fermé vis-à-vis des dons héréditaires, il n'en restait pas moins un inconnu, un étranger, et même si on était assez poli à son égard, il savait qu'il ne s'intégrerait jamais complètement.
Naruto releva les yeux vers lui, brusquement et de manière un peu distraite, et Haku interrompit toute pensée pour plonger son regard dans ces yeux bleus. Ils lui étaient aussi familiers qu'étrangers. C'était bien les yeux de Naruto, mais… il y avait, d'une certaine façon, un air de sérieux qui brillait en leurs seins. Ils étaient différents. Comme s'ils avaient atteint le seuil de leur netteté. La personne qui se cachait derrière ces orbes-là était davantage Naruto que celui-ci ne l'avait jamais été auparavant, et l'étincelle les transperçant était…
Puissante, songea Haku, parce que c'était le seul mot qui rendait justice à son expression.
C'en fut assez pour qu'il se décide. Après un léger soupir grognon, il sortit de son futon et se redressa, attrapant le petit sac abîmé dont il se servait depuis que Zabuza le lui avait offert et commença à y ranger ses maigres possessions.
– Haku ? l'appela Naruto, aussi confus qu'amusé et - légèrement - résigné.
Sachant qu'il avait déjà gain de cause concernant la conversation qui s'en suivrait, Haku leva les yeux et croisa son regard assez longtemps pour offrir à son ami un sourire bref, puis continua de faire le compte de ses senbon.
– Tu n'arrêtes pas de regarder vers l'est, déclara-t-il. Et tu parais agité, la même chose arrivait à Zabuza lorsqu'il restait quelque part un peu trop longtemps. Il disait toujours que c'était parce que Kiri lui manquait et qu'il ne se sentait chez lui nulle part ailleurs.
Où se trouve ton chez-toi, Naruto ? n'exprima-t-il pas à haute voix.
Il y eut un silence pesant, puis un soupir bref avant que Naruto ne commence à sortir les rouleaux de scellement et son propre sac.
– Tu pourrais devenir ninja-médecin si tu restais, fit-il remarquer, sans sembler espérer que cet argument aurait le moindre poids pour le faire changer d'avis.
– Et toi, tu as une équipe ici, rétorqua facilement Haku. Une équipe, un sensei et le Godaime Hokage qui te soutiennent.
Naruto interrompit son rangement, ses yeux toujours posés sur la fenêtre, dans la direction qui verrait le soleil se lever dans une poignée d'heures.
– Sasuke-teme et Sakura-chan s'en sortiront très bien sans moi, dit-il, et la solitude transparaissant dans sa voix fut tout à fait familière à Haku.
On parlait là d'un petit garçon laissé seul dans la neige et d'un autre garçon assis seul sur une balançoire à regarder les parents sourirent et les enfants rirent.
– Ils vont tous les deux devenir de grands ninjas, ils s'en sortiront. Ils ne savent pas à quel point ils me rendent heureux et combien ils comptent pour moi, mais…
Il s'arrêta là, secouant la tête, et retenta sa chance.
– Sakura, Sasuke, Kakashi-sensei et Iruka-sensei survivront sans moi. Je les aimerai toujours, mais ce n'est pas à Konoha que je trouverai le vrai bonheur. Cet endroit… il a besoin de moi, Haku, plus que Konoha n'a besoin de moi. Et j'ai besoin de cet endroit, aussi.
Haku sourit brièvement pour lui-même, puis hocha la tête, fermant son sac et sécurisant correctement le rabat.
– Konoha n'est pas le seul village où je peux devenir ninja-médecin, affirma-t-il avec sérieux. Et il m'en faudra plus que ça pour te laisser y aller tout seul, Naruto-kun.
Pendant un long moment, Naruto parut débattre intérieurement du mérite qu'aurait la prolongation de cette argumentation, puis Haku posa un regard déterminé sur lui et il céda en exhalant. Il passa une main dans ses cheveux, prit une inspiration, puis releva la tête vers lui avec un doux sourire plein de chaleur.
– C'est d'accord. Merci, Haku. Mais tu es au courant qu'on va devoir filer en douce, pas vrai ?
Haku cligna une fois des yeux. Naruto ne lui avait jamais paru être du type furtif, et se faufiler dehors au beau milieu de la nuit nécessitait de l'être, en tout point.
– Tu… ne penses pas qu'ils te laisseront t'en aller si tu le demandes ?
La bouche de Naruto se tordit dans une indécision passagère et lorsqu'il croisa de nouveau les yeux de Haku, il lui sembla… nerveux.
– Je sais qu'ils ne me l'autoriseront pas, admit-il rapidement. Parce que je suis un jinchûriki. Tous les principaux villages sont supposés en avoir au moins un, pour garder l'équilibre des puissances, et peu importe combien ils peuvent me détester, ils ne me laisseront pas m'en aller aussi facilement.
Tout à coup, les pièces trouvèrent leurs places dans le puzzle. Haku cligna rapidement des yeux, triant les informations, et tomba sur le sinistre souvenir d'un garçon aux cheveux rouges.
– Gaara-san aussi ? demanda-t-il.
Naruto étudia son visage l'espace d'un battement avant que ses épaules ne se détendent, son corps entier suivant l'exemple et il acquiesça.
– Gaara est l'hôte du Ichibi et moi du Kyuubi. Sauf que mon sceau empêche le démon de toucher mon esprit si je ne vais pas vers lui d'abord. Ce n'est pas le cas avec le sien. C'est pour ça qu'il est un peu dingue.
Si Gaara était « un peu dingue », alors l'océan était « un peu mouillé ». Toujours est-il que la mère de Haku l'avait élevé de manière à ce qu'il ait un soupçon de tact, ce pourquoi il étouffa derrière la barrière de ses lèvres tout désir de s'exprimer à voix haute et opina simplement à la place. Il observa Naruto sceller le dernier rouleau dans un plus grand rouleau de scellement avant de l'enrouler de nouveau sur lui-même. Il se redressa sur ses pieds et suivit le blond.
– Je peux savoir où nous allons ? murmura-t-il alors que le blond balayait une dernière fois l'endroit du regard.
Naruto hésita, puis se retourna vers lui, ses yeux étincelants d'un bleu brillant, comme un océan sous le soleil printanier. Sa bouche était courbée dans une ligne qui allait au-delà de l'entêtement, au-delà même de la détermination - il n'y avait simplement dans son cœur aucune place pour le doute ou pour l'échec.
– Uzushio, dit-il. Nous allons à Uzushio.
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Il restait encore trois jours avant qu'ils ne quittent pour de bon Konoha. Ils faisaient partie des derniers shinobi de Suna à partir après leur reddition inconditionnelle. Gaara, bien sûr, avait conscience que son frère et sa sœur étaient tendus, alertes, qu'ils marchaient sur des œufs et qu'ils étaient très prudents vis-à-vis des shinobi de Konoha qu'ils rencontraient. Ils avaient hâte de rentrer, mais…
Lui n'avait absolument pas hâte.
Peut-être parce qu'il n'avait aucune attache qui le retenait à Sunagakure, aucun bon souvenir et pas le moindre lien qui l'y raccrochait. Peut-être était-ce parce que même s'il était une créature du sable, il trouvait que Konoha, avec ses pans entiers de verdure, son air humide et son climat tempéré avait un certain charme. Peut-être était-ce parce que c'était ici, à Konoha, et pas dans la rude aridité de Suna, qu'il s'était fait son premier ami.
Et Naruto était toujours un ami, ou plutôt, était son ami en dépit de sa part de responsabilité dans l'invasion et la destruction de son village. Peu lui importait le fait qu'il ait un démon lui murmurant à l'oreille. Et peu lui importait les litres de sang qu'il avait versé pour justifier son existence. Le tout était… stupéfiant.
Gaara s'appuya contre le châssis de la fenêtre, assis sur le vaste rebord tandis qu'il surveillait le village endormi. Il ferma les yeux et se souvint de la vague de vent et d'eau, comme une tempête s'abattant sur terre, se souvint de la main tendue dans sa direction alors même qu'il n'avait rien fait pour mériter un tel geste. Il se rappela tout ça et se mit à réfléchir.
Parce que c'était ça qu'il voulait : cette confiance, cette ténacité face à la peur, cette capacité à pouvoir garder quelqu'un à ses côtés. Il le voulait même s'il ne l'avait jamais eu sous une forme qui ne dégoulinait pas de mensonges. Il ne voulait pas ça de la part de Yashamaru, ni de Temari qui tentait bien d'être bienveillante à son égard, mais qui tressaillait dès qu'il posait un regard sur elle. Il ne le voulait pas non plus de Kankuro qui était éternellement méfiant de lui. Non, il voulait obtenir ça de Naruto, un complet inconnu qui avait toutes les raisons du monde de la haïr.
Alors, c'est vrai, Gaara n'avait aucune envie de partir, même si cela voulait dire rester dans un endroit où il était considéré comme l'ennemi, un envahisseur. Ce n'était pas très différent de ce qu'il avait toujours connu, de toute manière. Mais ce n'était pas Konoha dans son ensemble qui le rattachait ici. C'était un garçon avec un cœur un peu trop gros pour sa petite personne : un garçon avec des yeux bleus, un sourire lumineux et une âme digne d'une tempête en sommeil. Un garçon juste comme lui, mais qui lui était en même temps si différent.
Un garçon qui rampait au-dessus des toitures juste au moment où il songeait à cela, en vérité.
Gaara cligna des yeux et se pencha vers l'avant, plissant les paupières à la vue de la silhouette familière qui se fondait dans l'obscurité, assez furtivement pour que personne ne la détecte. Un battement plus tard, une autre personne vint se tenir derrière elle… cet autre ami, celui qui s'était empressé de frénétiquement contrôler l'état de Naruto lorsqu'il était arrivé avec un autre ninja-médecin après la bataille. Ils se déplaçaient silencieusement, presque secrètement, dirait-il, leurs sacs bien accrochés sur leurs dos.
Quelque chose… lui pinça le cœur. Gaara les observa depuis sa position, les voyant partir autre part et il les… envia.
C'était absurde, illogique. Il ne tourna pas même le regard vers l'endroit où sa sœur et son frère étaient en train de dormir dans la chambre. Il appela simplement à lui son sable, prudemment et lentement même si les ANBUs qui les surveillaient habituellement n'étaient pas présents cette nuit-ci, et le laissa le porter depuis la fenêtre jusque dans la rue tandis que Naruto et son compagnon se laissaient retomber sur le sol.
– Uzumaki, dit-il platement, croisant les bras sur son torse, même s'il n'avait pas de but précis, pas de raison de commencer cette conversation.
Des yeux bleus se posèrent sur lui, clignant de stupéfaction, et l'autre Genin lui offrit un léger sourire.
– Hé, Gaara, répondit-il, puis fit un geste derrière lui, là où l'autre garçon émergeait tout juste de l'obscurité.
Beau, calme, et puissant, la sensation de son chakra contre la peau de Gaara était à la fois glacée et étrangère, mais pas d'une manière déplaisante.
– Haku, voici Sabaku no Gaara. Gaara, mon ami Haku.
Haku inclina la tête dans un sourire discret et poli, mais son corps resta complètement à l'écoute de celui de Naruto, attendant sans doute un signal.
– C'est un plaisir de te rencontrer, Gaara-san.
Gaara hocha la tête, ses yeux également sur le blond. L'autre jinchûriki n'arrêtait pas de regarder ailleurs, vers l'est, même si l'aube ne s'était pas encore levée. Il fronça légèrement les sourcils, étudiant le blond avec son sac, ses rouleaux de scellement qui dépassaient de la sacoche accrochée à sa ceinture et arriva à une conclusion en l'espace d'un instant.
– Tu t'en vas, dit-il, et cela sonna presque comme une accusation.
Naruto le scruta quelques instants, puis soupira et se passa une main dans les cheveux.
– Je m'en vais, admit-il d'une voix lasse et légèrement triste. Konoha est un village fantastique, il y a juste un autre endroit où je dois me rendre à présent. Un endroit qui représente un… autre chez-moi.
– Un chez-toi, répéta Gaara, testant le mot comme s'il lui était complètement étranger.
Mais c'était certainement le cas, du moins en grande partie. Un chez-soi, c'était un endroit que d'autres possédaient, presque un mythe, quelque chose qui lui était totalement inconnu. Il examina Naruto du regard, notant les marques sur son visage, le vrombissement de ses énormes réserves de chakra dans l'air ambiant et… considéra les choses. Parce que Naruto, lui aussi, était un jinchûriki, et un chez-soi qui l'accepterait voulait dire…
– Ils se moquent que tu sois un démon ? demanda-t-il franchement.
À sa grande surprise, cela fit rire le blond. Il lança un nouveau regard vers l'est, puis plongea de nouveau ses yeux droits dans ceux de Gaara.
– Oui, répondit-il avec un léger sourire de renard, malin et sournois. Le contraire serait difficile étant donné qu'il ne reste rien aujourd'hui de l'endroit que des décombres, en surface en tout cas. C'était mon chez-moi, autrefois, et je vais le reconstruire. Pierre par pierre, s'il le faut.
Ces yeux-là peuvent dévaster quelqu'un, songea Gaara, piégé qu'il était dans un brasier de flammes bleues qui renvoyait une telle détermination, une certitude si tenace que c'en était presque bouleversant. Ce chez-lui… Gaara n'avait aucune idée d'en quel état il était, mais il savait, en avait la conviction sans le moindre doute : Naruto allait le faire renaître en faisant couler son propre sang s'il le fallait.
Ils étaient exactement pareils et en même temps complètement différents, alors si Naruto comptait se construire une maison pour lui et son ami, ami qui avait le même regard vide que Gaara connaissait si bien…
Sûrement, cet endroit pouvait-il être également le sien.
Un filet de sable retourna à la fenêtre de la chambre de l'hôtel, se glissa à l'intérieur, et émergea quelques secondes plus tard avec le sac de Gaara. Il l'accepta lorsque le sable le lui présenta, le mit sur ses épaules, et se tourna silencieusement pour regarder en direction du blond.
Naruto ne tenta pas d'argumenter. Il toisa Gaara un long moment - qui lui sembla presque infini, sous le poids de ses yeux bleus - puis il demanda calmement :
– Ton frère et ta sœur ?
Gaara n'exposait pas au grand jour ses émotions la plupart du temps, mais cette question lui fit courber ses lèvres et détourner le regard en se rappelant de la peur de Temari, de la terreur et de la méfiance de Kankuro à peine dissimulées derrière une once de courage. Peut-être - il disait bien peut-être - qu'avec des efforts suffisants, il pourrait arriver à les considérer comme faisant partie intégrante de sa famille. Un jour peut-être, mais dans un futur lointain. Un futur distant. Et se tenir là, faisant face au choix qu'il devait faire entre suivre la seule personne qui lui montrait ouvertement un peu de bonté ou retourner vers ceux qui n'en montreraient pas avant des années, s'ils y parvenaient même un jour…
Eh bien. C'était une décision simple à prendre, même pour quelqu'un comme Gaara.
– Vers l'est, dit-il au lieu de répondre à la question, mais peut-être qu'au fond était-ce suffisant. Nous allons vers l'est ?
Pendant un bref moment, Haku parut vouloir protester, puis ses yeux se firent pensifs et il finit par les reporter de nouveau sur le blond, le plus jeune d'entre eux et qui, pourtant, était sans conteste leur leader. Naruto croisa posément le regard de Haku, un sourire aux lèvres, puis hocha la tête en direction de Gaara.
– Exact, confirma-t-il joyeusement.
Il replaça son sac sur ses épaules et tourna les talons.
– Nous allons couper directement par le Pays des Sources Chaudes vers l'océan. Il y a un petit village de pêcheurs là-bas et après ce ne sera qu'un court trajet en bateau pour atteindre la cote. Une fois arrivé sur l'île, il ne nous restera même pas une demi-journée de marche jusqu'au Pays des Tourbillons. Nous devrions arriver à y entrer assez facilement étant donné que ce pays n'est pas très bien protégé. Et si nous n'y parvenons pas comme ça, je me rappelle encore assez bien de la manière de passer les récifs, même si je ferai un très mauvais pêcheur.
Cette dernière phrase était une plaisanterie qui lui était destinée entièrement, et elle le fit légèrement sourire tristement. Nostalgique, plus que mélancolique, mais toujours transpirant de regrets.
Gaara jeta un regard à Haku, constata qu'il était autant dans le flou que lui et se résigna au sentiment de curiosité qui l'envahit tandis qu'il emboîtait le pas de Naruto.
– Le Pays des Tourbillons ? Je ne pense pas en avoir déjà entendu parler.
Cela lui valut un autre sourire tordu, mais cette fois-ci, le blond ne détourna pas son regard de l'horizon et du mur qui le bordait.
– Oui, murmura-t-il sur un ton usé, affligé et même un peu amer. C'est le cas de la plupart des gens.
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(Il repensa à Mito alors qu'ils se faufilaient en dehors de Konoha en passant par-dessus le mur et en se glissant dans la forêt sans être détectés. Il repensa à la dernière fois où il l'avait vu lors de ses rares visites à Uzushio.
Elle était grande, particulièrement pour une femme, l'air royal, imposante et très très belle, même pour son âge. Elle avait tout ce qu'il fallait pour être la femme du tout premier Kage, et Naruto-en-tant-qu'Arashi pouvait aisément voir le poids du fardeau qu'elle portait sur ses épaules, pouvait lire les lignes marquant son visage qui exprimaient des temps d'intenses conflits intérieurs.
Naruto venait tout juste d'être nominé. Le couvre-chef du Uzukage était une charge nouvelle sur son crâne et la robe bleue et blanche exsudait la formalité et la projection, néanmoins, ça ne l'empêcha pas de s'incliner devant cette femme, devant Senju Mito, née Uzumaki. Il s'inclina fortement et profondément avec tout le respect qu'il ressentait à son égard, parce que c'était une chose terrible que de choisir de devenir un sacrifice, d'être conscient de tout ce qu'on abandonnait ce faisant et d'y renoncer pour une question de devoir et d'honneur. Tout Uzushio savait ce qu'elle avait fait cette nuit-là. Ils connaissaient tous les répercussions que cela avait eues sur les autres principaux villages et il la révérait pour ça. Uzumaki Mito était l'une des leurs et le serait à jamais. La meilleure d'entre eux, songeait parfois Naruto.
– Mito-sama, murmura le blond à la femme majestueuse et grandiose qu'il admirait depuis tout jeune. Uzushio est honoré de pouvoir compter sur votre présence.
Elle le scruta, ses yeux sombres, sérieux et résolus, puis elle sourit brièvement.
– Ce n'est pas tous les jours qu'Uzushio se choisit un nouveau Kage, dit-elle, le ton léger et chaleureux.
Une main se posa sur l'épaule du blond, l'exhortant à se redresser. Il cligna des yeux curieux vers elle tandis qu'elle reculait, ses traits s'adoucissant.
– Sandaime Uzukage, dit-elle pensivement. Encore un Uzumaki, je présume que c'était à prévoir. Et tu es le plus jeune de tous, Arashi-kun, si je ne m'abuse. Je me souviens de toi lorsque tu n'étais qu'un Genin, suivant Saehara-san de près comme un petit caneton égaré. Tu avais une telle soif d'apprendre tout ce qu'elle voudrait bien t'enseigner.
Il y eut une longue pause tandis qu'elle le dévisageait, mais son sourire ne trembla pas.
– Et regarde ce que tu es devenu à présent… elle serait fière de toi, Arashi-kun. Tout Uzushio est fier de toi, aujourd'hui. Tu feras un bon leader, j'en suis persuadé.
Après ça, elle s'en alla, disparaissant dans la foule, ses domestiques la suivant de près, et Naruto ne put que la contempler de dos, plein d'admiration et d'incrédulité.
Uzumaki Mito, jinchûriki du plus puissant démon et l'un des plus grands maîtres dans l'art du fûinjutsu encore en vie.
Uzumaki Mito, femme de Senju Hashirama, et l'un des moteurs qui avait conduit à la paix dans le monde.
Mito, qui venait juste de lui dire qu'il ferait un bon Kage.
Il se sentait enivré, nerveux, bouleversé, incrédule, mais surtout, il était heureux, très heureux.
Lui qui pensait que ce jour-là n'aurait pas pu être meilleur.
– Oui, Mito-sama, murmura-t-il, longtemps après qu'elle ait disparu.
Il effleura des doigts le symbole en forme de spirale qui était gravé sur la ceinture de sa robe et retraça la marque de leur village comme s'il faisait un serment.
– Je vous le promets, même si cela me prend tout ce que j'ai, je ferai rayonner le nom d'Uzushiogakure comme jamais avant il n'a brillé.)
