Note : J'utilise l'expression « Sage » toute seule par moments (je ne sais d'ailleurs pas si je l'ai utilisé dans les chapitres précédents, sorry !) et je voulais être sûre que vous compreniez que c'est une interjection (comme on pourrait le faire avec un « Par Merlin ! » dans Harry Potter), en référence à l'Ermite Rikudô, évidemment.


RARs :

A.F : Merci pour ce compliment, ça fait chaud au cœur de voir que même si tu hésitais, tu n'as finalement pas été déçu ! Les relations entre nos trois personnages (et celles de bien d'autres encore) vont être plus approfondies dans les prochains chapitres, alors pas d'inquiétude, juste un peu de patience ;) La reconstruction d'Uzushio commence dès maintenant, top départ, haha ! J'ai hâte de savoir ce que tu penses de ce chapitre-ci, personnellement, j'adore la fin, elle est excellente ! Je t'embrasse, à la prochaine !

Max132 : Merci beaucoup pour ton soutien ! Je vais faire de mon mieux pour la suite, des bisous !


chapter 05: closing, calando

[Calando : Baisser ou diminuer, aller moins vite, plus calmement.]

Uzushio était en ruines.

Pour une raison qu'il ignorait totalement, Naruto avait oublié de s'attendre à un tel spectacle, avait oublié de se préparer à contempler l'ampleur réelle de la destruction de la cité aux mains des forces de Kiri. Il était mort pour elle, mais ce n'était en rien une excuse devant… tant d'abominations.

– Je n'ai jamais vu une chose pareille, murmura Haku qui se tenait à sa droite, sa voix atténuée par l'horreur et ses yeux écarquillés devant l'étendue des dégâts qui s'étalaient jusqu'au grand large.

– Oui, sourit légèrement Naruto, son expression dépourvue de tout humour. Kiri s'est… appliqué dans sa tâche.

Il contempla depuis leur position au sommet d'une colline avoisinante le tas de débris brun morne entassés, et se dit que, d'une certaine manière, c'était cela qui paraissait être le pire des drames dans cette tragédie. Uzushio avait toujours été une cité qui resplendissait en rouge, en doré et en blanc, avec une touche de bleu ciel et de gris tourterelle incarnant le Pays des Tourbillons. À présent, il ne restait plus grand-chose : seuls des morceaux épars des tuiles rouges qui avaient un jour recouvert les toitures et quelques extraits des dorures aujourd'hui délavés et ternis demeuraient.

Il y avait sans doute des ossements parmi les gravats, Naruto en était conscient, et il enveloppa ses bras autour de son corps, agrippant fermement ses coudes pour combattre le frisson qui remonta le long de son dos. Les corps des membres de sa patrie : ceux des shinobi d'Uzushio et ceux des civils aussi ; des gens dont il se souvenait. Des gens qu'il connaissait. Ses coéquipiers : Haru avec ses yeux verts et son sourire en coin, et Fuyu avec sa ruse et son humour sobre. La tombe de Saehara-sensei se trouvait là quelque part aussi, mais sa vie avait été fauchée avant l'invasion. Yui devait être là aussi, et il se demanda l'espace d'un instant si elle avait su que ç'avait été Reisi qui les avait tous trahis. Il y avait aussi Mio, avec ses parures pour cheveux, sa gentillesse et sa ribambelle de couteaux dissimulés aux endroits les plus atypiques. Et Ookami Shunka avec ses cheveux gris, ses yeux noirs et ses lunettes glissant sans cesse de son nez. La dernière fois qu'il l'avait vue, elle se chargeait de mener les troupes dédiées à la défense de leur cité, rugissant des ordres à tout-va tandis que les ninjas de Kiri tentaient tant bien que mal d'atteindre l'hôpital. Il se demanda de quelle manière elle était tombée.

De la même façon que tous les autres, probablement : mise à terre et fauchée sans la moindre raison si ce n'était la peur que la puissance d'Uzushio inspirait à Kiri.

Une épaule cogna la sienne dans un contact bref et calme, mais de manière assez imprévisible pour sortir Naruto de ses pensées, et il tourna les yeux vers Gaara qui contemplait toujours les ruines. Sa bouche n'était plus qu'une fine ligne, seule craquelure dans son masque d'indifférence, et Naruto en fut… heureux. Heureux qu'autre chose que le sang versé puisse parvenir à le faire réagir. Gaara avait besoin de ressentir les choses, de les comprendre. Il s'était renfermé sur lui-même pendant bien trop longtemps, chose qui ne pouvait pas être saine dans son état.

– Pardonne-moi, Gaara. Je réfléchissais, s'excusa-t-il en changeant légèrement de position. Qu'est-ce qu'il y a ?

Une part de lui aimerait se mettre à courir, partir et ne plus jamais revenir pour assister à ce spectacle tragique. L'autre…

L'autre part brûlait, souffrait, et Naruto savait très bien que cette douleur resterait à ses côtés tant qu'Uzushio ne serait pas entièrement restaurée. Il n'y avait pas d'échappatoire, et à tout bien réfléchir, il ne savait pas vraiment s'il le prendrait s'il y en avait un.

– C'est ici que se trouve notre chez-nous ? demanda Gaara, et son ton énigmatique empêcha Naruto de savoir s'il était plutôt déçu, indifférent ou s'il exprimait juste les faits.

Pourtant, c'était une bonne question, et Naruto se força à ne pas soupirer trop vite tandis qu'il reprit sa marche, se faisant à chemin sur la pente en contrebas. Ils se trouvaient déjà sur le territoire d'Uzushio, même s'ils n'avaient pas encore atteint la cité. Il pouvait le sentir dans le sol sous leurs pieds : un subtil fredonnement qui faisait vibrer chacun de ses os. Uzushio savait qu'il était de retour et elle faisait savoir à quel point cela l'enchantait.

Étant donné la discrète agitation qui marquait leurs traits, Haku et Gaara pouvaient le sentir également alors qu'ils avançaient à sa suite, passant par-delà les pierres bardées de sceaux qui marquaient la frontière.

– Ça le sera, finit par dire Naruto en effleurant de ses doigts un sceau taillé profondément dans la roche. Une étincelle s'en échappa à son toucher et un brin de chakra finit de l'enluminer.

Il y eut un cliquetis net, un crépitement, et la vague de chakra dorée disparut jusqu'à la prochaine pierre de protection, la réveillant avant de passer à la suivante dans une réaction en chaîne telle une traînée de poudre. Naruto observa le phénomène s'estomper au loin, et se figea entièrement pour le suivre depuis son champ de perception intérieur. Uzushio était une cité d'une certaine taille, mais cela ne l'empêcha pas de sentir l'éveil précipité de l'enceinte extérieure et des sceaux qui étaient destinés à ne pas laisser entrer quiconque n'étant pas spécifiquement invité par un habitant d'Uzushio.

C'était une protection facilement contournable, comme l'avait prouvé Reisi, mais ce serait suffisant le temps que Naruto grave de nouveaux sceaux.

– C'est un peu à l'abandon, murmura Haku avec son humour pince-sans-rire habituelle, ne le lâchant pas d'une semelle.

Si ça avait été quelqu'un d'autre, Naruto aurait peut-être mal pris la remarque, mais il savait que Haku n'exprimait pas de méchanceté dans ses propos.

Sage ! Haku n'avait certainement pas une once de méchanceté en lui, si on faisait exception de son petit épisode suicidaire.

– Ça pourrait être pire, rétorqua Naruto en pimentant son ton d'une pointe d'enjouement.

Lorsqu'ils arrivèrent là où les premiers gravats étaient amassés, il mit un genou à terre et écarta quelques débris pour atteindre la partie incurvée d'un large pilier sculpté avec complexité. Il passa sa main dessus, puis leva les yeux à la recherche des autres du même type qui devaient se trouver tout près.

– Ce sont les supports structuraux qui composaient chaque bâtiment principal de chaque secteur. En théorie, si nous arrivons à nous rendre là où se trouve la clé de voûte, en imaginant que je n'aie pas oublié quelque chose d'important sur la manière dont cet endroit a été créé par les fondateurs, je devrais être capable de… faire revenir les bâtiments à leur forme d'antan, plus ou moins. Seulement pour les plus importants, mais ce sera toujours un début.

– Tu as utilisé du fûinjutsu pendant notre combat.

Gaara paraissait intéressé et observait Naruto, les bras croisés et un sourcil levé.

Naruto grimaça à ce souvenir. Il avait en effet tenté d'utiliser le contre-sort de la technique dont il s'était servi sur Haku pour l'endormir sur le pont, mais il n'avait pas eu cette fois le temps de l'ajuster ou de la fignoler. En fin de compte, au lieu de réveiller Gaara, il avait donné à Shukaku l'équivalent dans l'art des sceaux d'un boost à la caféine. Ça n'avait définitivement pas été sa meilleure performance.

– C'est vrai, j'ai essayé, répondit-il. Mais ce type de sceaux donne aux miens l'air d'être des dessins d'enfants. Ils ont une place énorme à Uzushio, et je dis ça littéralement. Notre Sandaime les a inscrits dans tous les secteurs du village en cas de tremblements de terre ou de tsunami, à l'origine, mais… enfin… (Il hocha les épaules et se redressa, débarrassant son pantalon de la poussière qui s'y était accroché.) Ils devraient fonctionner tout aussi bien pour le moment, tant que suffisamment de morceaux sont encore intacts.

Haku le regardait, silencieux et songeur, de la même manière qu'il le faisait depuis qu'ils avaient quitté Konoha.

– Tu connais tout ça, alors même que cet endroit a de toute évidence été détruit il y a plusieurs dizaines d'années, dit-il doucement, pensivement. Et tu n'arrêtes pas de dire « notre ». Notre cité, notre Sandaime… Naruto-kun, je pensais que tu venais de Konoha.

– Mais je viens de là, protesta le blond. Ou, plutôt, à présent j'en viens. Cette fois-ci. Mais je me souviens d'une époque durant laquelle je venais d'Uzushio, si ça a le moindre sens pour vous. Elle a fait quelque chose, d'après ce que j'ai compris, pour m'empêcher d'être réincarné normalement, c'est à dire sans le moindre souvenir. Du coup, tout est encore là.

Il tapota son crâne et ne put étouffer le sourire qui lui vint aux lèvres, car ça avait beau être une ruine, un entassement de restes osseux et de corps, ça n'empêchait que c'était toujours . Il pouvait sentir au moment présent Uzushio en personne chanter sous ses pieds, chaleureuse et accueillante.

– Absolument tout. Du commencement jusqu'au moment de ma mort. Et je n'ai pas l'intention de laisser ma propre maison en ruines. Pas si je suis en mesure de faire quelque chose.

Gaara observa les alentours pendant de longues secondes, son expression absolument illisible, puis hocha une fois de la tête.

– Il va y avoir trop de corps à enterrer, même si nous creusons les tombes à l'aide d'une technique Doton, dit-il franchement, mais sans dureté dans la voix. Nous pourrions faire un bûcher puis édifier un mémorial ensuite.

Dans un soupir qui le fit se sentir très âgé, Naruto retomba à genoux, pressant ses mains sur le sol froid et humide et exhala.

Fuyu et Haru. Yui. Shunka. Mio. Hisoka. Shin. Tout le monde.

– Oui, finit-il par réussir à dire, sa voix légèrement grave, et Gaara et Haku furent assez diplomate pour ne pas en faire la remarque. Un... bûché, c'est certainement ce qu'il y a de mieux à faire. Mais nous devons trouver la clé de voûte avant de faire quoi que ce soit. Ça permettra de réduire la quantité de décombres que nous devrons fouiller. Et, comme ça, je pourrais faire savoir à tout ceux qui descendent des lignées des anciens membres d'Uzushio que nous reconstruisons. Peut-être que certains d'entre eux reviendront.

Haku lui offrit sa main et un bref, mais chaleureux, sourire.

– Ils reviendront, affirma-t-il avec sérieux. N'importe qui ferait n'importe quoi pour trouver un chez-soi qui lui appartiendrait, Naruto-kun.

Gaara opina, solennel et silencieux, et ne détourna pas le regard.

– Tu as sûrement raison, souffla Naruto, sentant l'espoir et l'optimisme naître dans sa poitrine tels des bulles à l'effervescence pleine de lumière.

Sûrement. Car Uzushio avait été détruite une fois déjà, mais elle était quand même toujours là, toujours vivante, en attente, s'accrochant à l'idée que lui - Naruto, Arashi, l'un ou les deux - puisse arranger les choses. Puisse les rectifier. Il lui avait promis qu'il le ferait, tout comme il avait promis à Mito qu'il ferait d'Uzushio quelque chose de grandiose.

Il n'avait pas eu le temps de tenir ces promesses la première fois, mais c'était à ça que servaient les secondes chances, non ?

Cette fois-ci, se promit Naruto en prenant la main de Haku. Cette fois-ci, ce sera différent.

.

Au petit matin, Sasuke se réveilla aux chants des oiseaux avec un sentiment insidieux et envahissant que quelque chose clochait, comme un miasme dans l'air ambiant. Il ouvrit les yeux, raide et immobile sur le lit d'hôpital dur et pensa aussitôt : Quelque chose est arrivé.

Il se redressa, fit des yeux le tour de la pièce - vide, heureusement, malgré la persévérance ridicule d'Ino et de Sakura devant son indifférence perpétuelle - puis accrocha son regard aux rues calmes qu'il pouvait apercevoir derrière la vitre de la fenêtre de sa chambre. Il n'y avait rien. Pas le moindre soupçon de panique sur les visages de ceux qu'il pouvait voir, pas de déplacements furtifs, pas de personnages suspicieux. Et pourtant, quelque chose semblait inexacte, comme si le ciel avait soudain tourné au vert ou que les directions avaient toutes été inversées - quelque chose de subtil et à la fois d'énorme. Sasuke était presque tenté d'activer son Sharingan pour voir s'il y avait quelque chose que ses yeux normaux ne pouvaient pas détecter.

Avant qu'il ne puisse - et il n'y avait pas de doute qu'un infirmier serait venu lui crier dessus pour le gaspillage du chakra qu'il aurait perdu dans la tentative - la porte de la chambre s'ouvrit en grinçant légèrement et une silhouette familière se glissa par l'ouverture, les épaules un peu arrondies par la fatigue et des cheveux argentés pas aussi indisciplinés qu'à leur habitude.

Kakashi fit une pause dans l'encadrement de la porte, ayant l'air d'avoir vieilli de près de dix ans depuis la dernière fois que Sasuke l'avait vu il y a un peu plus de vingt-quatre heures - dont il avait usé pour se reposer, son corps terminant le travail qu'avait entamé Tsunade. Il y avait des nouvelles lignes sur son visage et une peine dans ses yeux qui n'était pas là auparavant, et Sasuke n'avait jamais regardé son sensei et pensé brisé, mais maintenant… il pouvait. Il le pouvait… aisément.

– Il s'est passé quelque chose, dit-il, ses émotions - la terreur, l'appréhension, la colère - tourbillonnantes et faisant des tortillons au creux de son ventre. Dites-moi.

Kakashi hésita, juste l'espace d'un battement, mais c'en fut déjà trop pour la patience de Sasuke, car la dernière fois qu'il avait ressenti ça, ç'avait été lorsqu'il s'était réveillé après qu'Itachi ait massacré le clan entier, et sûrement… sûrement n'avait-il plus rien à perdre, maintenant, pas vrai ?

Kakashi prit une profonde et lente inspiration, releva les yeux et lui prouva qu'il avait tort en seulement trois mots.

– Naruto est parti.

Pendant un interminable instant, Sasuke le dévisagea, perplexe. Apparemment, quand Tsunade avait soigné son esprit, elle devait avoir endommagé ses oreilles, parce qu'il ne pouvait pas avoir entendu ce qu'il croyait avoir entendu, il ne pouvait pas, il ne pouvait pas, il ne pouvait pas, car Naruto ne pouvait pas être parti, d'aucune manière que ce soit.

– Parti, répéta-t-il, et sur ce seul mot, sa voix se brisa. Qu'est-ce… qu'est-ce que vous voulez dire par « parti » ?

Un autre silence, douloureux et tendu, et Kakashi traversa la pièce à pas traînants et las pour aller s'asseoir au pied du lit de son élève. Sa main gauche était serrée dans un poing qui rendait ses jointures blanches, et l'autre était plongée au fond de sa poche - des signes évidents qu'aucun shinobi expérimenté ne montrerait sauf en cas de bouleversement émotionnel ou en cas d'effondrement total, et, pour être tout à fait honnête, Sasuke ne pouvait pas dire lequel des deux correspondait le mieux à la situation dans laquelle se trouvait son sensei.

– Son appartement est vide, dit le Ninja Copieur en essayant de garder un ton impassible, mais échouant complètement. Personne ne l'a vu depuis au moins trois jours et son chakra n'apparaît nulle part à Konoha. On… dirait presque qu'il est parti de lui-même, mais nous n'avons pas encore écarté la possibilité d'un kidnapping. Il est possible qu'on veuille qu'on pense qu'il soit parti de son plein gré.

Sasuke renifla de dédain avant de pouvoir s'en empêcher.

– Dans ce cas, ils ne devaient pas très bien connaître cet idiot, rétorqua-t-il tout en sortant les jambes de la couverture. Il ne ferait jamais ça.

Kakashi le scruta, usé et se sentant plus vieux que jamais.

– Haku a disparu et leurs affaires aussi. La photo de l'équipe également.

– Non ! nia Sasuke, se surprenant lui-même de la véhémence avec laquelle il avait prononcé ce mot. Naruto ne partirait pas !

– Il rêve de devenir Hokage, dit une voix chevrotante, et Sasuke et Kakashi tournèrent de concert le regard et trouvèrent Sakura sur le seuil, les yeux ronds et le visage pâle. Il ne peut pas accomplir son rêve en dehors du village. Sasuke a raison. (Elle se glissa dans la pièce, les yeux fixés sur leur sensei.) Kakashi-sensei, vous le savez, n'est-ce pas ? Naruto ne trahirait jamais le village.

L'hésitation de Kakashi en disait plus que des mots n'auraient pu le faire. Il baissa les yeux et passa une main dans ses cheveux.

– Naruto n'a pas eu... une vie facile en grandissant, dit-il en détachant ses mots. Vous êtes tous les deux plutôt observateurs, donc je suppose que vous avez remarqué. Si ce poids était devenu trop lourd à porter… Et avec la mort du Sandaime et son recalage à l'Examen de Sélection des Chûnin, il est possible que Naruto ait décidé qu'il… serait mieux autre part. Le Hokage est en train de rassembler une équipe pour tenter de le retrouver…

– Je viens avec eux, dit Sasuke aussitôt.

Son cœur battait à toute allure dans sa poitrine, parti parti parti, et il y avait quelque chose de froid et de fixe enveloppant fermement ses poumons. Il se glissa hors du lit et se mit sur ses pieds, ignorant le tremblement de ses jambes ce faisant, car ça, c'était bien plus important.

Il se souvenait bien sûr. Il ne pouvait pas oublier toutes ces nuits où ils s'étaient croisés après l'entraînement en se dirigeant vers leurs appartements respectifs. Tous deux trop épuisés pour faire plus qu'un signe de la main las ou un grognement en guise de salutation, mais Sasuke se rappelait, et il pensait que Naruto lui aussi l'avait ressenti : ce qu'il y avait entre eux. Il pensait qu'il l'avait ressenti lorsqu'ils avaient affronté les Frères Démons côte à côte, lorsqu'ils avaient fait face à Zabuza ensemble, lorsque Sasuke avait regardé Naruto et qu'il avait vu quelqu'un à reconnaître. Naruto avec son Fûton et son Suiton, et son étrange génie aux moments les plus incongrus, ses plans bancals qui finissaient toujours par marcher à la perfection, la façon dont il souriait à Sasuke sans demander plus en retour si ce n'est une simple amitié.

Il pensait que…

Mais il avait eu tort, apparemment.

– Quelqu'un l'a emmené, grinça-t-il en croisant d'abord le regard de Kakashi, puis celui de Sakura. Ou quelqu'un l'a fait partir. Je vais traîner cet idiot jusqu'au village et lui faire cracher le morceau, et ensuite nous pourrons régler le problème.

Sakura et Kakashi échangèrent un regard, puis tournèrent leurs yeux vers lui. Sakura était toujours pâle, mais sa bouche s'était retroussée en une fine ligne et alors qu'elle se redressait, une détermination à toute épreuve brillant dans ses pupilles. Kakashi acquiesça lentement.

– Tu pourrais…, commença-t-il prudemment, ne pas avoir le temps de te concentrer sur ta vengeance avec une telle chasse a l'homme.

Sasuke grinça des dents, détourna le regard et serra les poings.

Naruto le battait lors de leurs affrontements, le surpassait en ninjutsu. Naruto le regardait et voyait, non pas un autre camarade de classe, mais quelqu'un digne d'être son rival. Pas seulement un coéquipier, mais aussi un ami.

Il repensa à son frère, à sa vengeance. Repensa à ce jour-là où Itachi avait pris la vie de tant d'hommes, de femmes et d'enfants, dans le seul but de mesurer sa force.

Il repensa à sa propre quête de puissance, à la marque maudite dans son cou, et il réfléchit. Le ferais-je ? Si je devais m'abaisser à le faire pour en finir avec Itachi, le ferais-je ?

La chose la plus terrifiante résidait dans son incertitude vis-à-vis de cette question.

– C'est… bon, dit-il, le ton résolu, tentant de ne pas laisser sa voix trembler. Si Itachi meurt avant que je ne le trouve, j'aurais quand même eu ma vengeance.

Il aurait laissé cette tâche à Naruto s'il était mort sur le pont. Il lui aurait laissé et s'en serait allé satisfait, car il savait que Naruto aurait mené à bien sa vengeance à sa place, la sienne et celle de son clan. Dans l'intérêt du sauvetage de la seule personne à laquelle Sasuke aurait fait confiance avec une partie si vaste de lui-même, patienter quelques années pour réaliser le but qu'il s'était fixé paraissait… acceptable.

Sasuke apprendrait la patience. Ça ne pourrait que lui être utile à long terme. Et en attendant, il partirait à la recherche de Naruto, il le trouverait et il le ramènerait chez eux.

Kakashi hocha la tête et se leva, serrant son épaule avant de s'éloigner.

– Très bien, dit-il, l'étincelle d'un petit quelque chose ressemblant fortement à de l'espoir dissimulé dans sa voix. Allons retrouver Naruto, dans ce cas.

.

Le cœur d'Uzushio se trouvait sous terre, lourdement protégé par des sceaux et des barrières. Naruto était seul lorsqu'il se mit à remonter le long du couloir illuminé seulement par les lueurs bleues provenant des gravures sur les murs. Haku avait protesté et Gaara avait froncé les sourcils lorsqu'il leur avait dit qu'ils ne pouvaient pas l'accompagner, mais ils étaient quand même restés à la surface malgré leur mécontentement.

Seul l'Uzukage descendait ici. Seul l'Uzukage connaissait les secrets de cet endroit.

Naruto passa ses doigts sur le mur, faisant s'embraser de lumière les sceaux par ce geste avant qu'ils ne reprennent leur douce lueur dans un crépitement. L'endroit entier était toujours intact, et ce, parce qu'Uzumaki Reisi, aussi studieux eût-il pu être, n'en avait pas pu trouvé la moindre mention dans les livres qu'il avait pu lire. Le secret était gardé par des mots seulement, des mots et un simple document surprotégé se trouvant dans le bureau de l'Uzukage. Rien d'autre, pour des circonstances telles que celle-ci.

Trois pas de plus, un autre effleurement des gravures dans la pierre, et les portes au bout du couloir s'ouvrirent d'elles-mêmes, aussi silencieusement qu'un murmure.

La chambre derrière elles était étroite, trente-cinq mètres carrés tout au plus. C'était une pièce circulaire avec un sol de couleur ivoirin sur lequel étaient gravés des centaines de noms. Naruto s'arrêta pour les lire. Le nom Uzumaki était celui qui revenait le plus, mais ils étaient tous là : Ookami, Ginrei, Suoh, et bien d'autres. Tous les clans qui avaient pu s'enorgueillir d'au moins quatre familles et d'une douzaine de membres, tous ceux dont au moins une poignée se décidaient à servir la cité en tant que ninja. Tous ici, tous les noms brunis par le sang donné par le chef de chaque famille, avaient ajouté au moins une goutte de leur chakra dans la clé de voûte. Cette dernière en elle-même était quelconque ; une pièce hexagonale de marbre incrustée d'une série de sceaux entrelacés, tous aussi simples les uns que les autres. Pourtant, Naruto pouvait sentir son bourdonnement, sa palpitation sous la puissance contenue dans ce fragment de roche, et il traversa la pièce sans doute et sans peur. Uzushio murmurait avec enthousiasme tout autour de lui.

Il tomba à genou, perça son pouce de ses dents jusqu'à faire couler le sang et l'étala sur les sceaux sans la moindre hésitation.

– Revenez à la maison, dit-il, et sa voix - la voix d'Arashi - fit écho comme s'il criait depuis le haut d'une montagne au lieu de parler dans une petite pièce fermée. Uzushio a demeuré en ruines pendant trop longtemps. Si vous avez un jour cherché une terre qui serait vôtre, une terre de liberté, un refuge, revenez à la maison. Uzushio vous attend.

Il s'arrêta, un sourire spontané lui montant aux lèvres.

– Votre Kage vous attend. Revenez à la maison.

Le chakra éclata dans un blizzard de précipitation et Naruto ferma les yeux. Il pouvait le sentir jusque dans ses os, sous sa peau. Il pouvait sentir la brusque montée et la ruée des anciens sceaux se réveillant, rappelé par le sang, le chakra et par la volonté d'Uzushio. Ils réassemblaient et redressaient les bâtiments, les routes et les arches, des structures depuis longtemps réduites en tas de pierres et de débris qui s'élevaient de nouveau sous l'action des sceaux brûlant en leur sein et redevenaient ce qu'elles avaient un jour été.

Pas toutes bien entendu, mais ça viendrait.

Pas toutes, mais suffisamment.

Naruto rouvrit les yeux et sourit, car il pouvait le sentir jusque dans son âme : le cri d'Uzushio s'étendre sur toute la longueur et la largeur des cinq grands pays à la recherche de ceux portant en eux le sang contenu dans cette chambre.

Revenez à la maison, pensait-il, et tout autour, Uzushio se mit à chanter.

Revenez à la maison.

.

(Tel un écho, tel la lumière, telle l'aube se déversant sur les collines, telle la foudre grondant sur le haut des montagnes et les ondulations se propageant à la surface de l'eau calme, la voix d'Uzushio se diffusa sur chaque terre.

À Konoha, endormie sur son bureau et rêvant d'un homme aux cheveux blancs et aux sourires charmants, Tsunade soupira et tourna la tête, ignorant le chuchotement en faveur d'une maison qui avait besoin d'elle.

À Oto, une jeune femme, se releva soudainement, ses cheveux rouges tournoyant autour de ses épaules, son cœur se mettant tout d'un coup à tambouriner dans sa poitrine. Au même moment, du verre se brisa bruyamment sur le sol et elle tourna les yeux pour croiser ceux effarés d'un homme à l'autre bout du couloir. Des yeux noirs couverts par des mèches gris cendré désordonnées lui rendirent son regard et il posèrent de concert leurs yeux sur le vase à bec tombé sur le sol, puis toujours d'un même mouvement les tournèrent vers le sud-est.

À Kumo, un vieil homme avec des cheveux blanchis par le temps s'arrêta d'un seul coup et resta tout simplement là, n'entendant rien des questions subites et inquiètes de sa belle-fille. Il y avait des larmes sur son visage alors qu'il souriait, alors qu'il riait, et il se tourna vivement vers le sud sans la moindre hésitation.

À Ame, profondément dissimulé dans l'obscurité, un homme baissa la tête et se mit à pleurer, ses épaules et son corps décharné tremblant fortement.

Sur un sentier quelque part à la frontière du Pays de la Terre, un couple aux cheveux rouges interrompit progressivement sa marche. Autour d'eux et même derrière eux, leur famille fit de même, la charrette des marchands grinçant sous l'arrêt soudain tandis qu'un par un, ils tournèrent leurs regards vers l'est.

Aux quatre coins du monde, dans chaque pays, dans mille endroits oubliés de tous, des personnes chancelèrent et se figèrent, leurs visages se tournant en direction de la source du cri qui résonnait au sein même de leur sang.

Votre maison, disait-elle, une voix d'homme, mais aussi celle d'une femme, une voix dont seules les anciennes générations pouvaient se souvenir entrelacée à celle de quelque chose qui était aussi humaine qu'elle ne l'était pas.

Revenez à la maison, disaient ces voix.

Et c'est ce qu'ils firent.)