RARs :
Raph1978 : Haha ! Il faut bien des cliffhanger de temps en temps, pour faire monter la pression, ne penses-tu pas ? :) Merci encore, des bisous et une très bonne lecture à toi !
Yuugure : Merci beaucoup ! L'aventure ne fait que commencer, j'ai tellement hâte de poster pour ce genre de commentaire à chaque fois, et aussi parce que cette histoire est tout simplement géniale et que je me fais un plaisir de vous la traduire, vraiment. Je te souhaite une bonne lecture en tout cas, et à très vite !
Morgane451 : Voilà le nouveau chapitre, un peu en retard, j'avoue. L'intrigue commence vraiment à se poser dans ce chapitre et surtout dans le suivant, alors encore un peu de patience ! Je te souhaite une très bonne lecture, des bisous :)
A.F : Hé oui, une ellipse bien méritée ^^ On parle effectivement vaguement des choses qui se sont passés pendant ces quelques années, mais, dans cette fiction, on va surtout se concentrer sur le présent (et sur le passé d'Arashi également), donc pas vraiment de flash-back (au sens littéral du terme) de cette époque, si je ne m'abuse. Mais, ne t'en fait pas, ils ne sont pas utiles, vraiment. Uzushio est un petit paradis, c'est tout ce qu'on a besoin de savoir pour savoir qu'ils y sont heureux ;) Ino et Sasuke n'ont pas fini de nous en faire voir de toutes les couleurs, sincèrement. Surtout avec leur personnalité bien trop similaire parfois, haha ! Sur ce, je te laisse à ta lecture et te fais pleins de bisous :)
Guest : N'hésite pas à mettre un pseudo que je puisse te reconnaître la prochaine fois ^^ J'espère que ce chapitre te plaira, merci encore !
Nosh : Tu peux rire tant que tu veux, c'était vraiment ridicule de la part des indics XD Où qu'aille Karin, tout trépasse, haha, ils sont faits pour s'entendre (hum) ! Haha, tu n'es pas la seule à le voir venir, il fallait que ça arrive pour que notre petite intrigue se développe dans la BONNE direction :D Ne t'inquiètes pas, tu es sur la bonne voie (si bonne voie il y a... ;) C'est une idée intéressante pour ce qui est d'Itachi, je ne dirais pas oui, mais je ne dirais pas non non plus, en tout cas, retiens ton idée. Tu comprendras un peu mieux cette histoire de réincarnation plus tard, promis ! Sincèrement, j'attends tes reviews avec beaucoup d'impatience, tu es vraiment adorable, merci beaucoup beaucoup beaucoup d'être là (snif) Je te souhaite une agréable lecture en tout cas. Bisous !
Com : Merci beaucoup :) La suite t'attend, je ne te retiens pas plus longtemps, des bisous et à très vite ^^
chapter 07: blue ocean overture
[Ouverture : Pièce symphonique développée, et précédant l'exécution d'un opéra, d'un oratorio, d'une cantate.]
Sasuke et Ino avaient passé la porte avant même que le Chûnin ait terminé sa phrase, se précipitant sur le toit du poste de garde et bondissant de l'autre côté pour se retrouver directement devant les grandes portes. Kotetsu et Izumo étaient déjà debout, les pieds bien plantés sur le sol, et tandis que les deux Jônin approchaient, Izumo fit un geste de la main en face, montrant l'un des plus grands arbres bordant le chemin.
– Deux visiteurs, murmura-t-il à Sasuke, se penchant vers lui pour que leur conversation reste discrète. Ils affirment venir d'Uzushiogakure et demandent une audience auprès de notre Hokage.
– Uzushiogakure, répéta Ino, confuse. Je n'en ai jamais entendu parler.
– Sûrement parce que ça n'a été reconstruit que très récemment, dit une voix venant d'un peu plus haut et Sasuke plissa les yeux, scrutant l'arbre et se demandant s'il devait activer son Sharingan.
Avant qu'il ne puisse se décider, cependant, il y eut un léger bruissement et dans un discret carillon de clochettes, une silhouette sauta et atterrit avec aisance en position accroupie.
La première chose que Sasuke remarqua fut l'absence de veste de Chûnin ou de Jônin, même si, en soi, ce n'était pas très révélateur. Bon nombre de shinobi choisissaient simplement de ne pas les porter. En revanche, l'homme - de taille péniblement moyenne avec un corps bien bâti et une peau tannée - était vêtu d'un petit kimono bleu-ciel s'arrêtant à mi-cuisse, porté au-dessus d'un legging gris tourterelle et d'une cotte de mailles. Il y avait un étui à kunai attaché à la cuisse droite et une sacoche accrochée au obi à motifs de vagues, le haut d'un rouleau de scellement à peine visible dissimulé derrière. Un masque comme celui de Kakashi, mais d'un gris pâle, couvrait le bas de son visage, et les yeux que Sasuke pouvait voir étaient vert feuille tandis que ses cheveux étaient d'un blond décoloré par le soleil. Ils étaient rassemblés dans un nœud négligé à l'arrière de sa tête, et certaines mèches qui ne restait pas en place avaient été tressées et laissées au vent.
Les yeux de Sasuke accrochèrent les cheveux blonds et la peau tannée - une combinaison qui n'avait jamais manqué de lui faire ressentir un léger pincement au cœur - mais presque immédiatement, ils furent attirés par la bandeau frontal noué autour de son biceps. C'était un symbole qui lui était familier, étrangement : une spirale étroite contenue dans un cercle. Toutes les vestes des shinobi de moyenne classe et de classe supérieure de Konoha portait la même marque, et la voir sur l'hitai-ate d'un ninja étranger était pour le moins déconcertant.
– Bien le bonjour, fit joyeusement le blond, ignorant l'analyse silencieuse de Sasuke. Nous sommes ici au nom du Quatrième Uzukage Uzumaki Arashi d'Uzushiogakure pour requérir l'autorisation d'entrer dans l'Examen de Sélection des Chûnin qui se déroulera le mois prochain. Si nous pouvions en discuter avec le Hokage au plus vite, nous vous en serions très reconnaissant.
Au-dessus de son masque, ses yeux étaient très très verts et ne vacillaient pas, et Sasuke se retrouva dans l'incapacité à détourner le regard, lui aussi.
– Nous ? répéta Ino, ses yeux s'étrécissant tandis qu'elle scannait de nouveau le périmètre.
Le blond se tourna à moitié et fit un signe en direction du haut de l'arbre, et l'instant suivant, un autre homme apparut d'un bond à ses côtés. Les cheveux noirs cette fois-ci, portant un uniforme plus typique pour un ninja dans des tons de gris et de bleus, une visière noire sur les yeux et une queue-de-cheval impeccable.
– Nous, répéta le blond, de toute évidence peu concerné par la tension qui agitait les ninjas de Konoha.
Sasuke le rangea aussitôt dans la catégorie 'idiots' ou 'très bon acteur'.
– Lui, c'est Yuki, et vous pouvez m'appeler Youko.
Ino le toisa, puis haussa un sourcil.
– Youko ? dit-elle sur un ton léger d'incrédulité, car elle n'avait jamais, jamais, été de celles à retenir ses mots et être polie lorsqu'elle n'y était pas forcée.
S'il n'avait pas la même habitude - si ce n'est de manière un peu plus taciturne pour lui - et si les membres des Forces Spéciales n'étaient pas du type à garder le silence la plupart du temps, il y aurait fort à parier qu'elle l'aurait déjà conduit à boire journellement depuis longtemps.
– C'est un nom plutôt féminin ou je me trompe ?
Youko lui jeta un large sourire dans une torsion sournoise et nette de son masque.
– Entre autres, lui accorda-t-il sans hésitation.
Avant qu'Ino ne puisse ajouter autre chose, Sasuke fit un pas en avant et inclina la tête, lui lançant un regard en biais tandis qu'il agissait. Elle opina aussitôt, fit un pas vers l'arrière et disparut dans un tourbillon de feuilles, partie informer le Hokage de la présence de leurs deux visiteurs.
– Uchiha Sasuke, se présenta-t-il, s'autorisant enfin à lâcher la poignée de son katana. Si le Hokage est libre, nous vous emmènerons immédiatement la rencontrer.
– Quel… ingénieux service de porte-à-porte, déclara le blond, souriant toujours pleinement.
Il tomba avec grâce sur le sol, croisant les jambes ce faisant et s'installa confortablement dans l'herbe bordant la route.
– Voyons, Uchiha-san. Je suis certain que tes camarades Chûnin peuvent garder les portes jusqu'au retour de ta partenaire. Tu te joindras bien à moi, j'espère ?
Idiot, décida Sasuke, douloureusement résigné et repoussant les pensées qui l'envahirent à propos d'un autre crétin à la chevelure blonde. Encore un autre idiot… Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? Il s'installa néanmoins à une distance raisonnable de l'autre homme seulement parce que celui-ci semblait être du genre à répondre facilement aux questions posées et qu'il n'avait aucun scrupule à en prendre avantage.
(De plus, si l'homme était bien l'émissaire d'un Kage, il ne pouvait pas être aussi stupide que ça. Aucun chef de village, particulièrement d'un village caché nouvellement formé - ou reformé, comme ça devait être le cas ici - ne prendrait le risque d'envoyer quelqu'un d'idiot comme messager pour qu'il déblatèrent quelque chose d'inapproprié et endommage les relations avant même qu'elles ne soient constituées.)
– Tu dis que ton Kage se nomme Uzumaki Arashi ? lui demanda Sasuke, car il avait, bien sûr, retenu ce nom, et même s'il ne s'autorisait pas à espérer…
– C'est ça, confirma Youko, haussant un sourcil dans sa direction, comme si c'était quelque chose qu'il devrait déjà savoir. Ce sont les Uzumaki qui ont fondé Uzushio à l'origine, et ils sont toujours notre clan le plus important. Votre Shodaime a épousé la fille de notre Shodaime : Uzumaki Mito, elle venait d'Uzushio.
Ce ne fut pas vraiment de la… déception qu'il ressentit. Juste de la résignation au fait que ses recherches n'étaient pas encore achevées. Et Sasuke savait, il savait, que Naruto n'était pas le seul à porter ce nom de famille, mais juste l'espace d'un instant, il avait voulu y croire.
Il voulait y croire un peu trop souvent, ces jours-ci. Il n'y avait rien de nouveau à cela.
Youko détourna le regard et le posa sur le peu de Konoha qu'on pouvait apercevoir depuis les portes, et Sasuke pu noter le sourire qui lui vint aux lèvres. Il ne dit rien cependant, et fredonna simplement pour lui-même. Yuki, de son côté, demeura parfaitement immobile et silencieux.
Sasuke toisa le blond, repensa à des yeux bleus qui avaient la même teinte que le ciel en plein été et aux cheveux blonds plusieurs tons plus sombres que ceux de l'homme, et étouffa l'envie de fermer les yeux et de détourner la tête. Il était en service et ce n'était vraiment pas le moment de montrer la moindre faiblesse. Il y avait des centaines de personnes à travers le monde avec cette combinaison de couleurs en particulier. Il n'avait aucune raison de se sentir aussi… contrarié.
Mais, comme toujours, il souhaita que ce soit Naruto qui était assis à ses côtés, et à ce stade, il n'essaya même plus de combattre ce désir.
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Gaara se tenait sur les pierres chaudes des docks, les bras croisés sur le torse tandis qu'il observait deux enfants à la chevelure rouge et un garçon aux cheveux blonds courir sur la surface de l'eau. Ils riaient, bondissaient et se tournaient autour, se la jouant inutilement tandis qu'ils guidaient un navire marchand au travers des nombreux récifs en direction du littoral, et Gaara ne pu retenir le petit sourire qui courba ses lèvres. Aki et Natsu, tous deux Uzumaki, et Kin Makoto, d'un des nouveaux clans qui avaient suivi la masse - et, il ne savait comment, par quel coup de folie ou de génie (et avec Naruto, c'était difficile à différencier), mais, ces trois-là, ils étaient à lui.
Il se demandait parfois ce qui serait arrivé s'il était retourné à Suna, s'il était resté avec sa sœur et son frère dans ce village qui le haïssait tant. Il n'aurait pas eu de Genin à sa charge, de ça, il était certain. Il n'arrivait pas à les imaginer lui faire confiance avec une pauvre plante d'intérieur, alors il ne fallait même pas réfléchir lorsqu'il s'agissait de trois enfants influençables. Pas de position de Commandant Jônin non plus, gagné non par le biais de pistonnage et de la peur qu'il inspirait aux autres, mais à force d'efforts, de temps et de dévouement.
Pas de Naruto, avec ses continuels sourires lumineux, son contact spontané et l'obscurité marquant ses yeux qui faisait écho à celle assombrissant ceux de Gaara, mais qui ne l'empêchait pas d'être absolument inondé par une joie de vivre pure et simple. Et en fait, c'était tout ce qui comptait vraiment en fin de compte. Car Gaara était absolument certain qu'il suivrait Naruto partout où le vent le mènerait, peu importait les obstacles. Il le suivrait en enfer et en reviendrait à ses côtés s'il le fallait, car pour Naruto, l'échec n'existait pas.
– Sensei, sensei ! s'exclama Aki en trébuchant sur les docks et titubant jusqu'à là où il se trouvait, les garçons sur ses talons.
Ils étaient trempés par l'embrun, l'eau salée laissant leur cheveux rêches sous le soleil matinal et leur peau tannée plus sombre qu'avant leur sortie aux aurores. La jeune fille lui envoya un sourire, aussi éclatant que l'étaient ceux de tous les Uzumaki, et reprit :
– Le capitaine du port dit que notre service est terminé. Une autre équipe vient prendre la relève pour le prochain navire.
Gaara jeta un regard au port pour trouver l'endroit où se tenait l'homme montant la garde et reçut un hochement de tête et un salut. Il opina en retour avant se concentrer de nouveau sur son équipe.
– Combien de mission cela vous fait-il à présent ?
Makoto, facilement le plus calme et le plus digne des trois, hésita quelques instants avant de répondre d'une voix douce :
– Dix-neuf missions de rang D et quatre de rang C, Gaara-sensei.
– Ça veut dire que vous allez nous laisser participer à l'Examen ? lui demanda Natsu, partageant un regard plein d'excitation avec sa jumelle, presque dansant sous l'émoi contenu.
Gaara ne leur indiqua pas qu'il avait proposé leurs candidatures à la minute où Naruto avait désinvoltement suggéré d'utiliser l'Examen de Sélection des Chûnin pour révéler au monde la reconstruction d'Uzushio. Il se contenta à la place de hausser un sourcil vers les trois visages plein d'espoir en face de lui et garda une expression totalement neutre.
– Peut-être, dit-il après quelques secondes de silence, puis il contrôla la position du soleil. Vous avez deux heures pour vous changer et pour manger. On se retrouve au terrain d'entraînement n°9 pour vos exercices quotidiens avant d'effectuer la dernière mission de la journée.
– Oui, Gaara-sensei, dirent-ils en chœur et Aki agrippa aussitôt les mains des deux garçons et les entraîna en courant, ignorant leurs plaintes alors qu'ils disparaissaient dans le labyrinthe de rues.
Gaara les observa s'en aller, légèrement amusé. Lorsque Naruto lui avait dit qu'il l'avait mis sur la liste des éventuels sensei Jônin, il avait été… horrifié. Ajustements au sceau de Shukaku ou pas, il n'en était pas moins… nuisible. Différent. Et sûrement, sûrement, quelqu'un ayant toute sa tête n'infligerait pas cela à un enfant innocent, encore moins à trois.
Mais Naruto avait insisté, chose qu'il ne faisait que rarement. Il avait ignoré les objections (parfaitement justifiées) de Gaara, avait quand même ajouté son nom à la loterie, et lui avait ensuite dit où il devait rejoindre l'Équipe 1 lorsque la sélection s'était achevée. Et parce que c'était Naruto, parce que, si Gaara avait jamais eu une dette envers quelqu'un, c'était bien envers le blond, il y était allé et avait rencontré les trois Genin rayonnants et débordants d'optimisme qu'on lui avait confié.
Au jour d'aujourd'hui, il était… satisfait de la manière dont tout ça avait tourné.
Normalement, à cette heure de la matinée, il rejoignait Naruto pour déjeuner, ou, s'il n'apparaissait pas à l'heure escomptée, était pourchassé par le blond, le plus souvent, avec Haku à sa suite. Parfois, il se rendait simplement seul déjeuner avec Haku, si les fonctions d'Uzukage de Naruto empêchaient le blond toute sortie. Il y en avait d'autres aussi dont il appréciait la compagnie bien sûr - Fû et Utakata, Rôshi et Kabuto, quelques Tokubetsu Jônin et une poignée de Jônin qui le respectaient sans une once de terreur à son égard et qui le considérait comme leur ami.
C'était… extraordinaire de pouvoir profiter de tant de choses. D'appartenir à un endroit où personne ne tremblait ou ne se détournait lorsqu'il marchait dans les rues. Naruto s'était assuré que quiconque voulait vivre Uzushio traiterait de manière égale civils, shinobi et jinchûriki.
Le passé n'importe pas ici, disait-il sans cesse. Si vous cherchez refuge dans ce village, ce que vous êtes importe moins à qui vous êtes.
Gaara avait été sceptique au début. Lorsque le premier navire rempli à ras bord de gens, de shinobi, de fermiers, d'artisans et de familles, avait jeté l'ancre sur le rivage, il s'était attendu à un tollé devant la seule présence de deux jinchûriki et de quelques déserteurs, mais…
Ce n'était pas arrivé. Ça n'était même toujours pas arrivé en fait, et Gaara était toujours dubitatif ce concernant. Haku lui avait dit que ceux qui s'étaient rendus à Uzushio étaient si désespérés de trouver un chez-eux qu'ils s'en moquaient bien, qu'ils étaient tous un peu décalés de la réalité, des parias à part entière, et qu'ils pouvaient témoigner de la sympathie à l'égard de ceux se trouvant dans la même situation. Et après six années et très peu d'incidents relevés, Gaara était presque convaincu.
Les rayons du soleil chauds caressant ses épaules, il leva la tête vers le ciel dépourvu de nuages, élevant une main pour se protéger les yeux. Comme toujours, l'odeur salée était très présente dans l'air et elle lui était devenue plus que familière après une demi-douzaine d'années dans ce village. Il s'autorisa un sourire discret. Ici, il ne doutait jamais de son but dans la vie. Ici, il ne doutait jamais de ce pourquoi il était venu au monde. Il était Commandant Jônin et chef d'une équipe de trois Genin, il était second en terme d'autorité juste derrière l'Uzukage et était un membre estimé des forces shinobi. Les gens lui souriaient et riaient librement lorsqu'il était aux alentours, le saluaient, osaient le toucher et ne sursautaient pas d'horreur en sa présence. Peut-être que c'était en grande partie parce qu'ils ne l'avaient jamais connus avant, lorsqu'il était piégé derrière la soif de sang de Shukaku, mais c'était toujours des choses qu'il doutait avoir pu un jour obtenir s'il était resté à Suna.
Gaara expira, attentif et calme, et tourna les talons pour retourner au village. Cela faisait déjà deux jours depuis le départ de Naruto avec Haku pour que ce dernier lui évite les ennuis, et Gaara avait assez de travail en tant que chef intérimaire du village pour que ces quelques heures passés avec ses Genin lui soient reprochées s'il fuyait plus longtemps. Et, comme pour lui donner raison, une jeune femme vêtue d'une veste de Jônin ouverte sur le devant descendait la rue dans sa direction, ses cheveux rouges se hérissant et ses lunettes, comme toujours, légèrement de travers.
– Karin, la salua-t-il par-dessus la série d'obscénités qu'elle sifflait.
L'ourlet de son t-shirt et l'une de ses manches étaient complètement trempés, et Gaara était prêt à parier son salaire mensuel qu'elle revenait tout juste d'une bruyante dispute avec Suigetsu.
– Gaara-san, retourna-t-elle, ses yeux envoyant des pics. Tu sais ce que cette garce de Fû a osé dire ? Que Suigetsu et moi ressemblions à un couple marié ! Un couple marié ! Argh ! On aurait dû la noyer dès la naissance cette petite…
Elle retomba vers des insultes grondées entre ses dents et Gaara s'assura que son amusement ne s'exprimait pas sur son visage. Karin était doué dans l'art d'être passive-agressive derrière toute sa fulmination et Gaara préférait ne pas être celui à se retrouver enfermé dans le bureau du Uzukage jusqu'à minuit passé à signer de la paperasse. Le repos était un luxe qu'il appréciait s'offrir maintenant que les modifications qu'avait apportées Naruto à son sceau rendaient impossible à Shukaku toute possession.
– Si nous sommes un couple marié, alors nous sommes clairement sur le point de divorcer ! cracha Karin en faisant un mouvement brusque avec ses bras. Je le déteste, Gaara-san ! Ah, quel crétin !
– Je présume que si tu es là, c'est qu'il y a des désaccords à superviser ? lui demanda doucement Gaara, reprenant son chemin vers le village.
Quelques shinobi qu'ils croisèrent lui offrirent des sourires amusés ou compatissants lorsqu'ils aperçurent la rousse déchaînée à ses côtés, puis inclinèrent légèrement la tête en guise de salut.
Karin plissa les yeux dans sa direction derrière sa paire de lunettes, mais lui autorisa tout de même le changement de sujet dans un reniflement dédaigneux.
– Tu devines bien. Un différend a éclaté entre deux clans du Quartier Ouest sur un morceau de terrain neutre qu'ils clament tous les deux être le leur de droit. Ine-san, de la bibliothèque, a fouillé les archives, mais nous pensons qu'il vaudrait mieux que tu t'occupes de poser le verdict final. Il y aura moins de chance que cela tourne au bain de sang comme ça. Il y aussi trois groupes qui demandent la permission d'entrer au village. L'un est un marchand venu du Pays des Vagues, le deuxième se compose d'une poignée de shinobi qui veulent rejoindre nos rangs et le troisième est une délégation envoyée par le Pays des Sources Chaudes qui espère le renouvellement notre accord commercial. J'ai déjà mis en place un planning, donc, je t'en pris, suis-le. Tu ne disparais plus avec tes Genin cette fois !
Si Gaara ne roula pas les yeux, il fut bien tenté. Karin était l'assistante de l'Uzukage et elle faisait très bien son travail, mais elle était aussi très… bruyante. Et habituée à traiter avec Naruto qui avait, à son goût, un peu trop l'habitude de se laisser distraire par les villageois.
Bien entendu, Gaara savait aussi que c'était une des raisons pour laquelle il était tant aimé. Les gens pensaient souvent aux Kage comme à des personnages intouchables et distants dans leurs lourdes robes de cérémonie et leur grande tour, lointain et presque divin en terme de puissance. Mais Naruto était différent. Il déambulait dans les rues comme tout le monde, riait, souriait et saluait par leurs noms un nombre incroyable de personnes, comme un vieil ami, prenait les enfants dans ses bras, taquinait les Genin qu'il croisait et commentait le travail des artisans. Souvent, lorsque Gaara le regardait, il avait l'impression de contempler Uzushio sous forme physique, un village entier qui avait placé toute son essence dans un homme radieux et absolument brillant.
Il fit une pause au sommet d'une petite montée, se tournant pour observer de nouveau l'océan qui s'étirait au loin, puis pour contempler la cité qui s'étalait tout autour d'eux dans son arc-en-ciel de brun doré, de rouge et de blanc, et ne put enrayer la course du petit sourire qui courba ses lèvres devant ce paysage.
Six ans maintenant, presque sept, et pas une seule fois n'avait-il regretté sa décision. Pas même l'espace d'un instant.
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– D'Uzushio, tu dis ? soupira Tsunade, avant de poser ses coudes sur son bureau, massant le haut de son nez d'un air las.
Devant elle, Ino opina avec respect.
– C'est ça, Hokage-sama. Ils sont deux et, si je ne me trompe pas, des Jônin si j'en juge par le niveau de leur chakra. Sasuke est avec eux pour le moment, mais ils ont demandé à vous voir dès que possible.
Tsunade se demanda l'espace d'un instant si c'était un piège, un leurre ou quelque chose de la sorte, même si, au fond, elle ne voyait pas quel pourrait être le but d'une telle manigance.
– Fais-les venir ici, ordonna-t-elle après un long moment. Sauf preuve du contraire, vous les traiterez comme des invités.
– Bien, Hokage-sama.
Après un salut et un bond rapide, la jeune femme se retrouva derrière la fenêtre, faisant le chemin inverse en direction de la porte principale aussi vite que le lui permettait ses capacités. Tsunade la fixa un moment avant de reporter son attention vers l'affaire en question.
Bien qu'elle ne l'ait visitée qu'une poignée de fois, elle se rappelait encore d'Uzushio. La fois la plus mémorable, certainement, avait été l'Examen de Sélection des Jônin auquel elle avait assisté à l'invitation du Nidaime Uzukage. Tsunade ferma les yeux et repensa aux jours où elle s'était promené dans les rues pavées pleines d'éclats, son grand-oncle derrière elle et sa grand-mère juste devant, même pas encore à l'Académie et facilement impressionnable. Elle se souvint des hommes et des femmes dans leurs habits aux couleurs vives et des groupes de ninjas riant à gorge déployées tandis qu'ils prenaient les paris. Les épreuves avaient été particulièrement difficiles et les shinobi d'Uzushio avaient encouragé avec véhémence un Chûnin en particulier : un jeune homme avec des cheveux dorés, un penchant pour les sceaux et un puissant ninjutsu. Le blond avait remporté l'Examen en fin de compte, placé au-devant de la scène et aisément promu Jônin et sans la moindre surprise de la part des spectateurs, et Tsunade se rappelait avoir vu Mito lui sourire à ce moment-là, d'un sourire léger, lent et satisfait.
– Ce garçon, avait-elle dit à Tobirama, la voix basse mais imposante, c'est lui le nouvel espoir du clan Uzumaki. Un génie du Suiton et du Fûton. Ma nièce, Saehara Jin, a été son instructrice et elle raconte qu'il aurait une compréhension instinctive du chakra comme elle n'en a jamais vu auparavant. Uzukage-sama l'envisage comme son successeur.
Les yeux de Tobirama s'étaient plissés, pensifs et légèrement mécontent et il avait murmuré :
– Un enfant ?
– Un enfant brillant, avait rétorqué Mito, et il a déjà quinze ans. Certains envisagent même qu'il devienne le prochain hôte du Kyûbi, mais, même s'il est un Uzumaki, il n'est pas directement relié à la famille du Uzukage ou à la mienne.
Ses yeux s'étaient assombris, mais elle avait relevé le menton.
– Et en plus de ça, il aura passé l'âge lorsque je serais prête à confier ce fardeau à la prochaine génération. J'ai encore quelques bonnes années devant moi.
Ce fut à ce moment précis que le jeune homme s'était retourné, presque comme s'il avait entendu les mots de Mito et avait levé les yeux vers les tribunes où ils étaient assis. Des yeux bleus, se souvenait-elle. Aussi bleus que l'océan ou le ciel, et portant une telle détermination en leur sein.
Le nouvel espoir du clan Uzumaki, avait-elle pensé à ce moment-là. Un espoir.
Ça lui allait si bien.
Il y avait eu d'autres rencontres après celle-ci, même si très peu. Le blond - Uzumaki Arashi, avait-elle plus tard appris - avait déjà officié en tant qu'Uzukage depuis quatre mois avant que Sarutobi ne devienne Sandaime, et les deux hommes avaient été proches, ou du moins, autant que leurs positions respectives le leur permettait. Vu qu'elle était l'élève de Sarutobi, elle avait croisé l'homme à deux reprises lors de ses rares visites à Konoha, et il lui avait toujours paru gentil et doux, doté d'une intensité terrifiante dissimulée à l'intérieur, comme une tempête sur le point d'exploser.
Le Dieu des Shinobi et le Dieu de la Tempête. Tous deux troisième du nom à prendre les rennes de leurs villages respectifs, tous deux choisis très jeune et d'une puissance reconnue. Sarutobi avait été furieux lorsqu'ils avaient reçu les nouvelles de la chute d'Uzushio, bien trop tard pour faire quoi que ce soit. Il avait enragé, pesté et sangloté lorsqu'il pensait qu'on ne regardait pas, car Uzushio était presque une sœur pour Konoha ; ils étaient si proches. Une alliée inébranlable, un village de camarades qui avait été perdu en l'espace de quelques jours, conduit à la ruine à cause de la peur que la puissance de cette cité inspirait à Kiri.
Et à présent, on en disait que tout cela avait été reconstruit, si elle pouvait en croire les nouvelles. Reconstruit et repeuplé : redevenu un village ninja. Une cité assez puissante, apparemment, pour envoyer deux Jônin en mission dans un autre pays avec peu de garantie qu'il reviendrait de sitôt. Les Jônin étaient, pour la plupart, la première source de revenus des villages cachés. Les missions de rang C et de rang B avaient beau être nombreuses, c'était tout de même toujours celles de rang A et de rang S qui rapportaient le plus.
Se délaisser de deux Jônin signifiait que soit cette mission était de la plus haute importance, - ce qui était envisageable étant donné que c'était plus ou moins la première annonce officielle du retour d'Uzushio - soit qu'elle était considérée comme dangereuse - également probable, vu que tous les traités qui avaient été signés entre Konoha et Uzushio avaient été considérés comme nuls dès lors que la cité était tombée - ou bien encore peut-être les deux à la fois.
Son attention fut directement portée vers la porte lorsqu'on toqua et, tandis qu'elle se levait, elle déclara d'un ton ferme :
– Entrez.
Le premier aperçu qu'elle eut de leurs mystérieux visiteurs fut suffisant pour la secouer, car elle se souvenait d'un autre Jônin blond, habillé presque à l'identique que celui qui se trouvait devant elle. Mais tout ça, c'était il y plus de cinquante ans, un tout autre monde, et elle dût brutalement se rappeler que ce n'était pas l'homme qu'elle avait vu ce jour-là. Peu importe combien il lui ressemblait, jusqu'à imiter les fichues clochettes dans ses cheveux. La seule chose qui différait était les saisissants yeux d'un vert éclatant, bien loin de ceux auxquels elle s'attendait presque à voir.
Ces traits fins et chaleureux étaient exactement les mêmes, néanmoins, malgré ses dénégations intérieures, tout comme l'étaient la fermeté et la certitude avec lesquelles il croisa son regard.
– Hokage-sama, la salua-t-il poliment, mais chaudement, s'inclinant dans un salut cordial. Salutations de la part du Yondaime Uzukage Uzumaki Arashi. Je me nomme Youko et voici mon partenaire, Yuki.
Ce nouveau Uzukage portait le même nom que celui de son prédécesseur. Tsunade se demanda comment une telle coïncidence avait pu se produire. Mais, en même temps, pensait-elle : comment pourrait-il en être autrement ? Elle se reprit et inclina la tête en retour.
– Youko-san, Yuki-san, nous sommes honorés de recevoir la visite de shinobi venus d'Uzushio après tout ce temps. Puis-je demander en quelle occasion cela se produit-il ?
Cela lui valut un sourire, les yeux du blond brillants au-dessus de son masque.
– Nous avons achevé la reconstruction il y a deux ans déjà, répondit-il sans hésiter. Nos première équipes de Genin ont ensuite débuté leur entraînement et la plupart d'entre eux ont aujourd'hui été déclaré apte à prendre part à l'Examen. Uzukage-sama pensait qu'il était plus sûr d'envoyer leurs candidatures maintenant étant donné que c'est Konoha qui s'occupe de l'organisation cette session-ci et que votre village a longtemps été un allié précieux.
Traditionnellement, l'Examen était un événement neutre, donc, Tsunade avait bien peu de raisons d'empêcher un pays d'entrer dans la compétition. Elle hocha la tête, se réinstallant dans son fauteuil et approchant un rouleau vierge.
– Je m'occupe de prendre les dispositions nécessaires et d'informer les examinateurs, accepta-t-elle. Combien d'équipes ?
– Quatre, répondit Youko, souriant toujours, mais cette fois, du soulagement était discernable sur son visage, et Tsunade le toisa, curieuse.
Pensaient-ils vraiment qu'elle allait leur refuser leur demande ? Reconstruit ou non, Uzushio avait toujours été une alliée et ils n'avaient encore rien fait qui pourrait lui prouver le contraire jusqu'ici. D'autre part, c'était la première fois qu'elle entendait parler de leur retour, et le fait qu'ils ne soient pas venus prier Konoha de les aider avec leur reconstruction ne l'incitait que plus encore à penser que ce n'était pas un piège. Les shinobi avaient une fierté sans borne, après tout, lorsque leur village était dans la ligne de mire.
Elle écrivit une note sur le côté et hocha la tête.
– Très bien. Vous comptez retourner à Uzushio avec ces nouvelles ?
– Je vais envoyer un message, dit Yuki, faisant un demi-pas vers l'avant avant d'incliner la tête. Uzukage-sama aura besoin de nous sur place pour activer les sceaux spatio-temporels, et il serait plus simple que nous restions jusqu'à ce que l'Examen débute.
Des sceaux spatio-temporels ? Tsunade avait bien conscience que pour les shinobi d'Uzushio, c'était chose commune, au vu de leurs aptitudes en scellement. C'est donc pourquoi elle se contenta de repousser ses questions à plus tard.
– S'il te plaît, Ino, guide-les jusqu'à une auberge et fais en sorte qu'ils soient bien installés. Uchiha, il faut qu'on parle.
– Hokage-sama, la saluèrent les Jônin, l'un avec beaucoup plus d'enthousiasme que l'autre.
Ino jeta à Sasuke un sourire suffisant même si bien déguisé, puis fit quelques pas et murmura un « Par ici, je vous prie » avant d'escorter les deux ninjas à l'extérieur.
Tsunade laissa le silence s'étirer pendant un moment, appréciant la vue du Jônin qu'elle préférait (torturer) se tendre et remuer nerveusement. Puis, enfin, avec son plus beau sourire, elle se pencha en avant en appui sur ses coudes, replia ses mains en dessous de son menton et ordonna :
– Trouve-moi Jiraiya.
Sasuke tressaillit comme si elle venait de le frapper, levant subitement la tête pour croiser son regard. Il tenta un regard de chien battu, probablement copié sur ceux de son équipier qui faisait des ravages avec, mais quelles que soient les améliorations dans son attitude, il avait toujours un côté bien trop vaurien pour que la copie soit parfaite.
– Tsunade-sama ! protesta-t-il.
Tsunade savait parfaitement pourquoi il était aussi réticent à l'idée de lui obéir. Jiraiya n'avait toujours pas perdu sa mauvaise habitude d'espionner les femmes aux bains publics, et dès lors que Sasuke se trouvait dans les parages, l'Ermite des Crapaud avait tendance à utiliser son disciple et son éternelle manque d'enthousiasme comme appât.
(C'était sincèrement la chose la plus drôle à laquelle Tsunade avait assisté dans sa longue vie, et après une enfance commune aux côtés d'Orochimaru et de Jiraiya et de leur guerre de celui qui fera la pire pitrerie, ça voulait dire quelque chose.)
– Pas de mais, contra-t-elle impitoyablement. C'est un ordre, Uchiha. Je veux Jiraiya dans mon bureau, en un seul morceau, dans l'heure. Tu peux disposer.
Le regard noir qu'il lui lança n'était pas aussi meurtrier, comme il l'avait probablement voulu, qu'il était horrifié, résigné et profondément meurtri, et il finit tout de même par s'en aller. Tsunade ricana et s'adossa au dossier de son siège, se demandant si ce serait un peu trop mesquin d'assigner à une équipe de Genin la tâche de prendre des photos de l'altercation qui s'annonçait. Elle avait autorité absolue sur son village pour une bonne raison, après tout.
