RARs :

Raph1978 : Hé ! Ravie de te revoir ! C'est super gentil, j'en ferais également part à l'auteure ^^ Je te souhaite une très bonne lecture, des bisous !

Yuugure : C'est adorable, j'espère que ce chapitre te plaira en tout cas, un peu plus d'actions et des révélations ;) Une très bonne lecture !

Nosh : Tu as tout à fait raison, mais en plus de ça, la raison principale apparaît enfin explicitement dans ce chapitre-ci. J'aime énooooormément Jiraiya, et il y a encore quelques scènes importantes à son compteur ;) Pour ton pari, je suis au regret de t'annoncer que ce ne sera pas lui qui le découvrira le premier. Non, notre cher petit Jiraiya, nous allons l'utiliser pour une tout autre raison, et surtout, pour une tout autre personne (mes lèvres sont scellées ce concernant ^^) Ce n'est pas Sasuke non plus, même si, c'était des bonnes idées. Retente ta chance, si tu le souhaites bien sûr. Haha, je ne t'oblige à rien si tu ne veux pas être spoiler, c'est le jeu ! Sur ce, je t'embrasse et te souhaite une agréable lecture !


J'ai eu beaucoup de choses à faire, désolée pour le retard ^^'


chapter 09: requiem for bells

[Requiem : Un hymne, un chant ou une composition musicale pour le repos de l'âme d'un défunt.]

Comme toujours, il rêvait du passé et du présent de manière entrelacée, d'un Konoha où il n'y avait que trois visages sur la montagne, l'un d'entre eux tout juste taillé dans la pierre en l'honneur du troisième à porter le couvre-chef du Hokage. Il rêvait qu'il déambulait dans des rues pas encore affectées par les dommages causés par Kurama ou par la tentative d'invasion d'Orochimaru, son escorte habituelle abandonnée depuis un bon moment déjà et le soleil brûlant du Pays du Feu lui tapant sur la figure.

– Arashi ! s'exclama un homme, et Naruto se retourna, un sourire éclairant ses traits à l'entente de cette voix.

– Saru ! le salua-t-il en retour, tandis que le Sandaime, ce dernier ne portant aucun signe de son statut si ce n'est un hitai-ate marqué par le signe de Konoha, trottait rapidement pour le rattraper.

Hiruzen lui fit une grimace, peu soucieux de garder sa dignité intacte - mais, encore une fois, il n'était Hokage que depuis une poignée de semaines, pas assez donc pour raidir sa personnalité.

– J'apprécierais énormément que tu cesses de m'appeler comme ça, se plaignit-il.

Naruto éclata de rire et étira ses bras au-dessus de sa tête tandis qu'ils pénétraient sur l'un des terrains d'entraînement, se tortillant pour faire craquer sa colonne vertébrale.

– Ah, tu as peut-être raison, mais si je ne le fais pas, qui le fera ? demanda-t-il joyeusement. Si tu ne fais pas attention, tu risques de te transformer en l'un de ces vieux hommes rigides plantés dans leur bureau à longueur journées. Je suis ton ami, c'est dans mon devoir de te protéger d'un tel destin.

– Trop aimable, dit-il d'une voix traînante, n'arrivant pas complètement à dissimuler le roulement de ses yeux.

Il ne protesta pas, néanmoins, lorsque Naruto prit place sous le vieux chêne luxuriant et le rejoignit simplement, s'adossant contre le tronc rêche de l'arbre dans un soupir. C'était une journée paisible mais lourde. Une tempête menaçait au loin dans le ciel, encore assez lointaine pour ne pas s'en inquiéter dans l'immédiat, et pour une fois, il n'y avait pas de tâches urgentes dont il fallait s'occuper, rien ne requérant leur attention pour au moins les quelques heures à venir.

– Est-ce que tu restes un peu plus longtemps cette fois-ci ? demanda Hiruzen après un moment. Juste pour savoir quel montant d'indemnités je dois prévoir pour le budget annuel, bien sûr.

Naruto renifla, amusé, en secouant la tête. Les deux clochettes argentées qu'il portait, retenues par des rubans rouges et maintenant ses longs cheveux dans une queue-de-cheval lâche, tintèrent légèrement dans le mouvement. Il n'avait jamais vraiment réussi à arrêter d'en porter, pas depuis que Mio lui avait offert ses parures. Ces dernières étaient réservées aux occasions spéciales, ou aux moments où il se sentait un peu plus sentimental, mais à présent, il en avait acquis bien d'autres de différentes sortes.

– Yui est aux commandes au pays, et Shunka lui… porte « assistance », répondit-il avec amusement en repensant à sa petite assistante au tempérament bien trempé et à sa paresseuse de Sous-Commandante Jônin, toujours décontractée, toujours amusée au possible, qui étaient par ailleurs certainement en train de se prendre la tête au moment même où ils parlaient.

Elles ne s'étaient jamais entendues. Naruto aimait appeler ça de la tension sexuelle en suspens, mais ça menait toujours Yui à le traiter de porc et Shunka à sourire d'une façon menaçante dans sa direction, un kunai tournant au bout de son doigt. Ginrei, le Responsable de l'Unité médicale, lui, était d'accord avec Naruto - mais là encore, Ginrei avait toujours été fan de tout ce qui pouvait froisser Shunka.

– Pour tout te dire, je crois bien que si je reste plus d'une semaine, l'une d'entre elles risque bien de venir me trouver pour me ramener au village, ficelé et hurlant.

Hiruzen en rit, car il avait rencontré les deux kunoichi la dernière fois que Naruto lui avait rendu visite, quelques mois avant la mort de Tobirama, et donc, il comprenait parfaitement qu'il y avait bien cinquante pourcent de chance qu'Uzushio soit ravagée par les flammes d'ici à ce que Naruto rentre. Peut-être même littéralement - c'était inhabituel pour un Uzumaki, mais apparemment, Yui était dotée de l'élément feu.

– Je te souhaite bien du courage. Je ne voudrais pas être à ta place même pour tout l'or du monde, l'informa son ami, secouant la tête.

Il étendit ses jambes devant lui, les croisant au niveau des chevilles, puis soupira.

– Sandaime Hokage. Sage. Qu'est-ce que Sensei pouvait bien avoir en tête ?

Naruto l'observa un moment, notant les discrètes lignes de chagrin bien cachées, et dut lui-même dissimuler une grimace. Konoha venait tout juste de sortir d'une guerre et tout le monde avait quelqu'un à pleurer. Hiruzen plus que tous les autres, avec la perte de son mentor ainsi que celle de ses camarades. Il avait atteint la position la plus haute auquel un shinobi pouvait aspirer, mais la victoire était douce-amère. Uzushio avait été chanceuse, jusque-là - ses deux précédents Kage s'étaient retirés dans de bons termes. Konoha, d'un autre côté, commençait à avoir mauvaise réputation pour ce qui était de garder ses Kage en vie.

Mais le soleil était étincelant, les arbres verdoyants et des enfants riaient un peu plus loin. Konoha tenait toujours debout, peu importe les pertes, et la journée était trop plaisante pour s'attarder sur de trop sombres pensées.

Décidé, Naruto darda sa main dans l'air, et dans un mouvement rapide, tira un peu trop généreusement sur le bouc de Hiruzen.

Sarutobi Hiruzen, Sandaime Hokage du village le plus ancien et l'un des ninjas les plus puissants du monde connu, couina, se débattant et s'étala presque sur le dos en tentant de se dégager.

N'étant pas de ceux à gâcher l'opportunité lorsqu'il avait un avantage certain, Naruto profita de l'occasion pour se mettre en sécurité, hors de sa portée. Seulement à ce moment-là s'autorisa-t-il à éclater de rire à la vue que présentait son ami.

– Tu veux dire Tobirama ? Il devait penser qu'avec cette barbe de vieil homme, tu avais la tête de l'emploi, sans doute, le titilla-t-il entre ses éclats de rire devant l'expression peinte sur le visage de l'autre homme.

– Sale gamin ! siffla Hiruzen, alors qu'il se relevait dans un grondement et qu'il se jetait vers l'avant.

Naruto esquiva la première salve, mais il riait bien trop pour faire du bon travail. Inévitablement, le Hokage finit par le toucher en plein torse dans une feinte et les emporta tous les deux au sol. Ils luttèrent un moment, tentant de planter le visage de l'autre dans l'herbe, avant que Hiruzen ne finisse par prendre l'avantage de la proximité et ne fauche les clochettes des cheveux du blond. Naruto bredouilla lorsque ses mèches cascadèrent sur ses yeux et sa bouche, et Hiruzen exulta un cri de triomphe devant la défaite du Uzukage, se tortillant hors de portée du blond telle une anguille et reculant de quelques pas en brandissant sa prise.

– Elles sont à moi, maintenant ! dit-il à Naruto d'un air suffisant, les plaçant dans sa sacoche dans un geste théâtral absolument inutile. Considère que c'est ce que tu me dois pour avoir agressé la personne du Hokage.

Naruto lui tira la langue et se redressa. Dans un soupir, il passa ses mains dans ses cheveux et repoussa les mèches qui traînaient devant ses yeux, grimaçant en sentant les feuilles et les nœuds qui s'y étaient logés.

– Crétin, marmonna-t-il sans conviction. Qu'est-ce que tu vas bien pouvoir faire avec des clochettes ? Aussi mignon que tu sois, Hiruzen, je ne pense pas que ce soit vraiment ta couleur.

– Tu mens, contra Hiruzen avec enthousiasme, et il finit par céder en offrant à Naruto une paire de senbon pour les remplacer. Le rouge est tout à fait ma couleur. Et je ne suis pas encore sûr. Peut-être que je vais m'en servir dans un exercice. Mh, peut-être pour évaluer la collaboration de mes Genin lorsque j'en aurais à ma charge, qui sait ?

– Avec des clochettes ? répéta Naruto, sceptique, tordant ses cheveux dans un chignon lâche et passant les fines aiguilles dans la coiffure pour la maintenir en place. Quelle sorte d'exercice de collaboration tu peux bien inventer avec des clochettes ?

– Ne sous-estime jamais l'imagination sadique d'un sensei Jônin, lui sourit Hiruzen avant de se tourner en direction du village. Allez, viens. Un nouveau restaurant de ramen vient d'ouvrir près de l'Administration et je veux absolument l'essayer. C'est ta tournée, pas vrai ?"

Roulant les yeux, Naruto le suivit.

Ma tournée ? Hiruzen, si tu crois que tu peux être exempté de payer à chaque fois simplement parce que j'ai raté ta cérémonie de nomination…

– C'était un jour très important pour moi, dit Hiruzen, l'air solennel, alors même qu'une étincelle dansait dans ses yeux noirs. Du genre qui change une vie. Et ça m'a vraiment brisé le cœur de constater que l'un de mes meilleurs amis n'a même pas pris la peine de faire une apparition. Tu l'as réduit en miettes, je ne rigole pas, et tu dois prendre la responsabilité de tes actes, Arashi.

– Est-ce que Konoha sait qu'ils ont un gros profiteur en guise de Hokage ? rétorqua Naruto, mais sans résister, cependant, lorsque Hiruzen les conduit au stand de ramen. Je me sens socialement obligé d'informer quelqu'un de la situation. Ça pourrait être un vrai désastre au niveau de votre économie, et ensuite, il n'y aurait plus qu'Uzushio pour récupérer les morceaux après la fatale destruction de Konoha par leur énorme profiteur de leader.

– Et ça sort de la bouche d'un homme qui laisse deux ennemies mortelles en charge de son village lorsqu'il s'absente ? Et pas que des ennemies mortelles, mais aussi une utilisatrice de feu ridiculement puissante avec un tempérament instable et une assassin tellement doué dans l'art des attaques silencieuses qu'elle donne des cauchemars aux Chasseurs de Déserteurs de Kiri ?

– Je n'irais pas jusqu'à les appeler des ennemies mortelles…

– Ah, vraiment ? Dans ce cas, dis-moi, comment nommerais-tu leur relation ?

– … euh. Elles sont… rivales ?

– En général, la rivalité n'inclut pas une volonté d'égorger l'autre à mains nues. Et je sais parfaitement que c'est ce que Yui-san a menacé de faire la dernière fois que tu l'as laissée seule en présence d'Ookami-san.

– Oh, tais-toi, Saru.

.

(Jiraiya alla voir son vieux sensei, la première fois qu'on lui assigna une équipe de Genin, et demanda si ça ne dérangeait pas Sarutobi qu'il utilise le Test des clochettes que sa propre équipe avait dû passer lors de leur premier jour.

Sarutobi le regarda simplement pendant un long moment, assis derrière son bureau, sa pipe dans une main, puis avec beaucoup, beaucoup, de soin, il plongea son autre main dans le pan de ses robes et en retira une paire de clochettes argentées enfilées sur des rubans cramoisis. Il les pesa dans sa main durant quelques instants, puis il demanda :

– Te souviens-tu avoir un jour rencontré Uzumaki Arashi, Jiraiya ?

Jiraiya cligna des yeux devant la question inattendue, se balançant sur place et mordant le bout de sa lèvre.

– Je… me souviens, affirma-t-il après un moment, car il était difficile d'oublier un homme comme Arashi, toujours souriant, riant, mais pas moins dangereux pour autant, telle la mer en plein été, amicale mais dissimulant sous les apparences la plus terrible des tempêtes à l'horizon.

Jiraiya avait contemplé les suites de l'invasion sur Uzushio, et malgré la cité en ruine, la première chose qui avait retenu son attention avait été le cimetière de navires de Kiri échoué sur la côte, mis en pièce par les éléments vent et eau maniés par un homme qui faisait plus qu'honneur à son titre.

Il se souvenait aussi avoir rendu visite à son sensei au terrain d'entraînement un matin clair et lumineux - longtemps après qu'ils soient tous devenus Jônin et une poignée de semaines après que la mort de Mito ne laisse derrière elle Kushina en tant que nouvel hôte de Kyûbi - simplement pour trouver l'endroit dans un état de destruction totale, ne laissant qu'un tas de décombres, des cratères et un incendie, et Sarutobi au milieu de tout ça, l'expression fixe et une lueur brillant dans ses yeux. Tsunade avait demandé ce qui n'allait pas, mais il n'avait pas répondu, et ce ne fut que plus tard qu'ils apprirent qu'Uzushio avait été détruite il y a deux semaines de ça, avant même qu'ils ne puissent demander de l'aide.

Sarutobi soupira, rappelant sur lui l'attention de Jiraiya, et tendit la main. Prudemment, comme on l'aurait fait lors d'une cérémonie, il attrapa le poignet de Jiraiya et plaça les clochettes dans le creux de sa paume, puis referma doucement ses doigts dessus.

– C'étaient les siennes, dit-il calmement, se retirant trois pas plus loin pour se tenir près de la fenêtre, son visage à contre-jour impossible à lire. Il me les a laissés après que je les lui eue fauchées lors d'un affrontement, et je m'en sers pour le Test des clochettes pour faire honneur à la loyauté qu'il accordait à ses amis et à son dévouement envers les siens. Je te les offre avec grand plaisir, Jiraiya, mais… si tu as un jour l'occasion, toi aussi, de les transmettre, te souviendras-tu ?

La gorge nouée, Jiraiya opina simplement, portant soigneusement les clochettes à sa sacoche, puis il s'inclina devant son sensei.

– Je n'oublierai pas, promit-il, et c'est ce qu'il fit.

Minato entendit cette histoire à son tour, lorsqu'il eut sa propre équipe de Genin.

Kakashi l'entendit, lui aussi, néanmoins, ça avait déjà moins de signification à son époque, car Uzushio se fondait dans les mémoires collectives desquelles on ne discutait presque jamais. Mais il l'entendu, se rappela, et Sarutobi observa le temps passer et se souvint d'un rire lors d'une journée ensoleillée et du tintement clair et doux des clochettes.)

.

Ils étaient arrivés à Konoha juste au bon moment - il n'y a pas de lune, et les nuages couvraient une bonne partie des étoiles, laissant le village dans une ambiance obscure et étrange, les ombres prenant le dessus dans une vague presque ininterrompue. Naruto se déplaçait rapidement et silencieusement en travers de leur route, et il n'avait pas besoin de regarder derrière lui pour savoir que Haku le suivait à la trace.

Ici et là, éparpillés aux quatre coins du village, il y avait, rassemblés en petits groupes, des traces de chakra, non pas celles venant de personnes, mais plutôt celles émises par des sceaux. Des petites parcelles d'obscurité, des fragments que personne si ce n'est un maître dans l'art du scellement familier avec l'organisation en question ne pourrait remarquer, mais Naruto, lui, pouvait les sentir comme si elles étaient chacune épinglées à sa peau. Chacun de ces petits parasites.

Il fit halte aux limites de la barrière, grande, imposante et bien plus dangereuse qu'elle ne pouvait le paraître au premier coup d'œil, et sentit Haku plus qu'il ne l'aperçut se glisser en travers des branches du chêne au coin. Une pause, et Naruto compta les battements de son cœur pour dompter son impatience - il s'était amélioré dans ce genre de missions, il avait assez de souvenirs de sa vie en tant qu'Arashi et de l'époque où il était encore Genin pour se contenir, mais ce n'était toujours pas lui. Ce n'était pas naturel et il le faisait avec très peu d'enthousiasme.

En fin de compte, il ne suffit que de quelques secondes avant que quatre formes glacées n'apparaissent juste sous ses pieds, dans un rang parfaitement organisé.

Quatre gardes, donc. Tous appartenant à la Racine, mais il se doutait que ça serait le cas. Naruto donna le signal d'avancer et bondit par-dessus la clôture tel un éclair, à peine visible à l'œil nu, puis retomba de l'autre côté dans un jardin superbement arrangé et s'agenouilla derrière un buisson, tous les sens en alerte à la recherche du moindre mouvement. Si ce n'est pour le murmure discret de la brise qu'il savait être naturelle, il n'en trouva pas un seul. Il poussa une lente et silencieuse expiration de soulagement.

Un obstacle de passé. Il ne lui en restait qu'une bonne centaine de plus.

Sage, Danzo était vraiment un enfoiré paranoïaque.

Pourtant, à son plus grand malheur et vu le nombre de personnes qui se feraient un plaisir de lui trancher la gorge - et pas seulement parmi les ennemis du village des feuilles - peut-être que, dans un sens, c'était parfaitement justifié.

Une autre trentaine de secondes de silence, juste pour s'assurer qu'ils n'avaient pas été repérés, puis Haku le rejoignit avec rapidité dans un vacillement des ombres. Sa visière avait disparu, tout comme le masque du blond - les deux accessoires étaient trop identifiables, et ils savaient que s'ils se faisaient prendre ici, ils auraient bien plus de choses desquelles se préoccuper que leur identité mise à nue.

Un garde passa, se dirigeant vers la gauche, et, l'instant d'après, un autre prit la direction opposée. Naruto sentit leurs sceaux disparaître au loin et il leva une main, ses doigts se tordant alors qu'il signait « prendre la direction inverse des aiguilles d'une montre », « présence de sceaux tous les dix mètres », « une fenêtre de trois minutes pour se rejoindre au point de rendez-vous ».

Haku opina pour montrer qu'il avait saisi l'idée, sortant déjà de sa sacoche une pile de papiers rectangulaires tandis qu'il glissait dans l'ombre. Naruto ne se laissa pas perturber par le départ de son ami - il avait le niveau d'un Kage, Haku était un Jônin expérimenté et jouait régulièrement son garde du corps ; ils étaient parfaitement capables de s'occuper d'eux-mêmes.

De son côté, il sortit son propre matériel de scellement et déposa un des papiers au mur, juste à l'endroit où il rejoignait la terre et il le fixa avec une pointe de chakra. Tant qu'il attendait que les gardes soient passés avant de les activer, ils ne devraient pas être repérés.

Les sceaux étaient des dispositifs d'enregistrements d'une simplicité folle, franchement parlant, néanmoins cela avait tout de même pris au blond des semaines pour les fignoler afin qu'elles fonctionnent pour quelque chose de ce genre. Cet endroit était la forteresse de Danzo, son repère, et lorsque Haku et lui auraient fini de le barder de sceaux conçus pour consigner toutes les signatures de chakra, l'ensemble les barrières en activités autour du domaine et toutes les rotations des gardes, ils auraient un point d'entrée libre dans sa demeure.

Bien sûr, il y avait toujours une chance pour que Danzo dissimule toutes les informations qu'il détenait et ses archives dans un autre endroit, mais Naruto ne pensait pas que ce soit le cas. Après tout, cet homme était de nature méfiante et obsédée, et ne voulait donc sûrement pas risquer que quelqu'un tombe sur ses dossiers dans l'hypothèse où ce même quelqu'un tombe d'abord sur une de ses autres cachettes. En suivant cette logique, c'était probablement ici, chez lui, qu'il se sentait le plus en sécurité.

Naruto n'allait pas lui laisser s'accrocher à ce sentiment pour encore très longtemps. Pas après ce qu'il avait fait. Pas après ce qu'il risquait de faire à l'avenir s'il n'était pas immédiatement stoppé.

Il épingla le dernier sceau à la bonne place et au même moment, Haku se glissa indemne et les mains vides hors des buissons. Le brun hocha la tête pour signaler que tout s'était passé comme prévu, puis bondit au-dessus du mur d'un mouvement vif. Lorsqu'il n'y eut aucun tollé et pas un sifflement d'une alarme quelconque, Naruto prit sa suite, retombant avec légèreté dans les rues du village.

Il était… furieux, et, sincèrement, ce n'était pas un sentiment avec lequel il était très familier. Plus maintenant, du moins, car en dépit de la destruction qu'avait subie Uzushio, tout allait bien, à présent ; elle avait été reconstruite et restaurée, et était aussi puissante qu'auparavant, mais…

Mais ça ne durerait certainement pas, si Danzo avait son mot à dire là-dessus.

Uzumaki Reisi était un enfant sage et absolument adorable, Naruto le savait, toujours chuchotant et facile à vivre, l'exact opposé de son exalté de tante. La dernière vision qu'il avait eue de lui - horrifié, hanté et en colère - avait dérangé Naruto dès qu'il l'avait vu. Ce garçon n'était qu'un Chûnin, mais il faisait partie de l'élite et il était particulièrement intelligent. Il était parti à Konoha quelques mois avant l'invasion pour aller y étudier des techniques Katon que peu au Pays des Tourbillons pouvaient lui enseigner et lorsqu'il était revenu, rien ne semblait avoir changé chez lui. Mais de toute évidence, quelque chose s'était passé, et associé ces souvenirs avec les histoires comptées par Orochimaru et Kabuto sur la Racine, ainsi que toutes les machinations de Danzo durant la Troisième Grande Guerre Ninja avait permis au tableau de considérablement s'éclaircir.

Naruto n'avait aucun corps pour vérifier la présence d'un sceau, aucun moyen de savoir si ses soupçons s'avéraient corrects, mais ça ne l'empêcherait pas de fouiller les archives de Danzo de fond en comble pour dénicher la vérité sans ressentir la moindre honte ce faisant. C'était pour Reisi, pour Yui, pour tout Uzushio, et pour trouver ce que manigançait vraiment Danzo, il le ferait.

Pour eux, il ne laisserait rien ni personne l'arrêter.

.

Sakura retrouva Sasuke dans un bar juste après minuit, de la même façon qu'elle le faisait lorsque ses fins de soirée arrosées s'allongeaient un peu trop au point qu'elle considère l'heure excessive. C'était rarement le même bar, et jamais le même deux fois d'affilée étant donné que Sasuke n'avait aucun attachement à ce genre d'endroits si ce n'est pour son envie de rester dans l'obscurité, seul, et pour la diversité en alcools forts, ce qui représentait le niveau standard de tous les bars ninjas, en fin de compte. Mais, quoi qu'il arrive, dès lors que minuit était passé, s'il n'était pas encore rentré chez lui, elle se glissait inévitablement sur le tabouret à côté du sien quelques minutes plus tard.

S'il était de nature un peu plus méfiante, il pourrait penser que tout cela n'était en fait qu'une conspiration contre lui.

– Longue journée ? lui demanda-t-elle, signalant au barman de lui ramener la même chose que Sasuke avait commandé.

Ce dernier ingurgita les dernières gouttes de son propre verre et pensa vaguement qu'elle allait sérieusement le regretter, qu'elle soit dotée de la tolérance de Tsunade pour l'alcool ou pas.

Lui, de son côté, boirait bien pour le goût, dans d'autres circonstances, mais pas dans des moments comme ceux-là. Pas lorsque l'entièreté de sa journée avait été remplie par des pensées à l'égard de leur coéquipier égaré. Il savait qu'il avait mieux à faire qu'essayer de noyer dans l'alcool ses souvenirs, savait d'expérience que l'alcool ne faisait jamais disparaître les yeux bleus et la voix douloureusement familière, mais… ça aidait. Ça émoussait l'extrémité coupante et pointue de ses pensées, et le tranquillisait assez pour qu'il puisse dormir par la suite. Même dans des moments comme ceux-là, alors qu'il venait d'apprendre que Naruto avait toujours une famille là dehors, et s'il était allé avec eux ? Et s'il avait quitté Konoha parce qu'il n'y avait plus rien pour lui ici (parce que Sasuke n'était pas assez.) et qu'il est allé vivre avec cet autre Uzumaki qui est Kage, lui, qui a reconstruit son village et qui est un parent du blond, chose que Sasuke ne serait jamais…

– Hé !

Un poing cogna le haut de son crâne - de manière douce, pour Sakura, ce qui voulait certainement dire qu'elle était inquiète pour lui. Sasuke ne glapit pas vraiment, mais ça n'en fut pas loin. Il se dégagea, se tourna brusquement vers elle et jeta un regard noir à la kunoichi qui se contenta de hausser un sourcil peu impressionné en retour.

– Longue journée ? répéta-t-elle. Parce que j'aurais parié qu'Ino et toi compatissiez ensemble à propos de votre assignation au poste de gardiens la nuit dernière, et, pour tout ce que j'en sais, il n'y a pas eu d'invasion majeure aujourd'hui. Alors, dis-moi, pourquoi essaies-tu de te noyer dans la boisson, Sasuke ?

Ce dernier lui jeta un regard sombre et faucha le verre que le barman tentait de lui donner. Il l'avala d'une traite, puis ordonna : « Contentez-vous d'apporter la bouteille » et de le congédier d'un mouvement de main.

Il n'avait fait ça que pour repousser l'échéance, et au vu de son regard, Sakura en était parfaitement consciente.

Il n'avait jamais été doué avec les mots - « terriblement mauvais » était plus proche de la vérité, en réalité - c'est pourquoi il ne tenta même pas de prendre des gants lorsqu'il passa ses mains sur son visage et dit :

– Tu as déjà entendu parler d'Uzushiogakure ?

– Oui, répondit aussitôt Sakura, et il… s'y attendait, au fond.

Sasuke se considérait comme plutôt cultivé, mais il n'avait, jusque-là, jamais rencontré quelqu'un d'aussi avide de connaissances que Sakura qui aimait savoir des choses justes pour le plaisir de les connaître.

– C'est un ancien village ninja qui se trouvait au Pays des Tourbillons et qui partageait une alliance avec Konoha. Il a été détruit par Kiri lors de la Troisième Grande Guerre. Les gilets de protections que nous portons exhibent tous la spirale d'Uzushio en signe de l'amitié de longue date qu'il y avait entre nos deux villages.

– Reconstruis, maintenant, l'informa-t-il, ses lèvres se pinçant lorsqu'il se souvint du duo qui avait débarqué à la porte principale. Deux de leurs émissaires viennent d'arriver. Et l'un d'entre eux soutient que leur Kage est un Uzumaki.

Sakura comprit de quoi il s'agissait en l'espace d'un battement, et lorsque le barman leur amena leur saké, elle s'en empara, fit voler le bouchon et prit une longue gorgée à même la bouteille. Les implications étaient assez claires. Ils avaient cherché la moindre trace de la présence de Naruto pendant des années, Sakura aussi au début, même si elle avait abandonné tout espoir à présent. Et en sept ans, il n'avait pas trouvé le moindre signe, pas un seul mot plus ou moins fiable sur le sujet.

La famille, c'est la famille après tout, et si la raison pour laquelle ils n'avaient rien trouvé était la même pour laquelle personne n'avait entendu parler de la reconstruction d'Uzushio avant ce jour - des sceaux, des barrières de protections et un bon système de renseignement avec un maître dans l'art aux commandes, avait dit Jiraiya - alors, peut-être, peut-être…

Peut-être qu'il y avait finalement une chance.