RARs :
Raph1978 : Je suis super contente que le chapitre t'ait plu, les interactions avec Ino et Sakura me fascinent toujours autant ^^ Pour ce qui est de Sasuke, il est observateur, c'est juste Naruto qui est bien caché derrière des évidences beaucoup trop explicites pour être prises au sérieux par son entourage ;) Dans ce chapitre, deux nouveaux (anciens ?) personnages ! Merci encore pour tes super compliments, je t'embrasse et te souhaite une très bonne lecture !
A.F : Tu seras contente d'apprendre que ce chapitre lui est plus ou moins réservé dans ce cas ! Sasuke se trouve déjà en terrain conquis avec Sakura et Ino XD Le pauvre, comme tu dis ! J'adore aussi leurs interactions. Il y en aura plus un peu plus tard ;) Je ne dis rien pour Tsunade (elle a un rôle assez embarrassant pour certains personnages, Sasuke le premier, mais les autres viendront s'ajouter tôt ou tard X), je t'embrasse et te souhaite une très bonne lecture !
Yuugure : C'est sûr que la dernière fois avec mes deux semaines d'attente, ça fait court en comparaison, mais je reprends simplement mon rythme d'avant avec plus de régularité cette fois (tous les vendredis pour l'instant). Il y a encore pas mal de surprises à venir, c'est tout ce que tu as besoin de savoir ;) Je t'embrasse et te souhaite une bonne lecture !
Nosh : Sasuke n'est pas au bout de ses peines, mais il s'accroche ! Ahah, je t'avais prévenu, Kiri ne t'a pas plu ! C'est que Shikamaru peut être une idée intéressante, mais ce n'est pas lui. Il arrive plus tard cependant. Quant à Neji, on ne le voit pas énormément dans cette fiction, mais il a quand même ses petits moments de gloire, donc pas lui non plus, mais ne t'inquiète pas, tu vas y arriver ;D Je t'embrasse fort et te souhaite une très bonne lecture (et bonne chance pour les prochains noms, un à la fois cette fois, mais, attention, le temps imparti est presque écoulé ;)
chapter 11: fugue for false firsts
[Fugue : Composition écrite pour trois à six voix. Commençant avec l'exposition, chaque voix entre à un moment différent, créant un contrepoint les unes avec les autres.]
Leur véritable première rencontre en tête-à-tête - et non des yeux brillants dans l'obscurité, une voix menaçante et une silhouette ténébreuse dans l'égout lugubre de son esprit - se passa trois mois après que le premier groupe de réfugiés revenant au pays ait accosté à Uzushio.
Il y avait de la vie au village à présent, un bon nombre de personnes, et Naruto déambulait parmi eux et les connaissait. Il se souvenait d'eux. Une fille qui, autrefois, vendait des fleurs près de la fontaine devant le Centre Administratif, possédant davantage de cheveux blancs que de mèches brunes, à présent. Un vieil homme, à peine capable de se déplacer tout seul avec l'esprit vif et la langue acérée qui avait un jour travaillé pour le Bureau des Affectations, et qui regardait Arashi - Naruto, il était Naruto dans cette vie-là, plus ou moins - avec des yeux presque désespérés. Un petit garçon qu'il avait un beau jour porté sur ses épaules, qui était à présent adulte et parent de plusieurs enfants. Une femme courbée en deux par les années, qui était autrefois une petite fille se cachant dans les jupes de ses parents lors de son inauguration.
Et ils le connaissaient lui, le connaissaient déjà à peine le pied reposé sur les terres d'Uzushio, et Naruto ne l'oublierait jamais, ce vieil homme qui avait jadis eu les cheveux bleus tournés au blanc par le temps, un Suoh qui lui avait appris le lancer de senbon étant enfant, qui était descendu lentement, mais sûrement de la rampe du bateau en direction des docks nouvellement reconstruits. Il avait fait un arrêt une fois arrivé là - Suoh Tomi, qui avait toujours un avis sévère sur tout et toujours du temps à perdre pour répondre à la moindre petite question - ses deux pieds solidement posés sur le sol, et Naruto avait fait un pas vers lui, la gorge serrée.
– Je vous ai vu, avait déclaré Tomi, sa voix se cassant à cause de l'âge, mais le regard inébranlable, s'appuyant sur un pilier comme si c'était la seule chose qui le maintenait debout.
Il y avait eu du déchirement dans ses yeux, du déchirement, de l'espoir et un profond et douloureux désir de vouloir croire que tout ça était réel.
– Je jurerais devant les Dieux vous avoir vu tomber, Arashi-kun.
Naruto avait fait un autre pas dans sa direction, puis un autre et encore un autre jusqu'à ce qu'il soit assez proche pour poser une main - ferme, jeune, trop jeune pour l'affliction qui lui tiraillait la poitrine et le chagrin qui lui déchirait le cœur - sur l'épaule qui n'avait pas été arrondie par le passage des années.
– Pas éternellement, avait-il murmuré en rencontrant les yeux de l'homme. N'était-ce pas ce que vous disiez toujours ? Uzushio ne tombera jamais, pas tant qu'une seule âme sera encore présente pour la faire tenir.
Et Tomi avait souri, tel un solide rocher épargné par le temps. Il avait tapé Naruto sur l'épaule en retour et répondu :
– Précisément, et une âme telle que la vôtre est plus qu'acharnée, cela va sans dire, Uzukage-sama.
(Il n'y eut aucune acclamation de la part de ceux se trouvant derrière lui, pas une seule vague d'exclamations, mais… il y eut un murmure. Une lueur brève et puissante d'espoir juste en dessous de la surface, tel le retrait de la mer avant un tsunami.
Vraiment chez nous, les gens s'étaient-ils chuchotés entre eux. Uzushio. Uzukage. Notre foyer.
Ils étaient venus en nombre, des plus vieux aux plus jeunes, et lorsque Naruto marchait à leurs côtés, ils murmuraient « Arashi-sama » et « Yondaime », et lui souriaient, les yeux pleins d'affection. Et… cela faisait du bien, car Uzushio se reformait tout autour de lui, s'élevant depuis les gravats avec l'aide de multiples mains, et ça soulageait une douleur dans sa poitrine qu'il se souvenait toujours avoir été présente.
Mais il n'était plus seulement Arashi. Il avait eu une autre vie pour se forger, et il n'avait qu'à jeter un regard à Gaara - résolu, dévoué, son bras droit tandis que Haku tenait la place à sa gauche - pour se souvenir de tout cela. Il n'avait qu'à malaxer un peu de chakra et contempler le sceau en spirale, si simple, mais à la fois tellement complexe, prendre vie pour se souvenir de ce qui le mettait en marge à présent. Pas le statut du petit prodige orphelin du village, le plus grand des Uzumaki de sa génération, pas non plus le soutien inébranlable d'une cité entière à son égard, mais le Kyûbi.
Un démon.
L'enfant du démon, chuchotaient-ils parfois, à Konoha. Personne n'avait jamais été vraiment abusif à son encontre, jamais une main n'était tombée sur lui, mais des fois, c'était même… pire. Pire parce que les murmures n'avaient jamais cessé, alors qu'un coup aurait peut-être mis un terme à tout ça.
Naruto comprenait parfaitement ce qu'il était. Il se souvenait de Mito et d'une poignée d'autres, neuf sacrifices pour neuf bijû et la puissance de leur chakra, mais aussi celle de leur cœur. Et il se dévisageait, puis toisait Gaara et se demandait ce qui avait bien pu mal tourner. Le sceau de Gaara était instable, menant inévitablement à ce qu'Ichibi rôde trop près de la surface et celui de Naruto avait coûté à Konoha son Quatrième Hokage, mais ça restait des choses complètement hors de leur contrôle. Être haïs pour ça… c'était tout comme si on le détestait pour la couleur de ses cheveux ou celle de sa peau.
Encore sept autres, songea-t-il en sortant par la porte d'Uzushio à l'aube. Gaara se tenait derrière lui, sinistre et flagrant sous les rayons de la lumière naissante, vêtu de sa tenue de ninja, même si, dernièrement, il l'avait rangé pour aider avec la reconstruction. Haku se trouvait juste à la porte, l'air contrarié, mais Naruto ne le laisserait pas venir avec eux pour accomplir cela. Pas en sachant le nombre de choses qui pouvaient mal tourner. Pas avec le degré de puissance auquel ils allaient certainement avoir recours.
Il y en a sept autres comme nous, et je ne doute pas une seconde que nos situations ont au moins une base similaire.
Naruto avait ses défauts, mais la lâcheté n'en avait jamais, jamais, fait partie. Et à présent, avec autant de choses pesant sur ses épaules, avec autant de personnes dépendant de lui, comment pouvait-il détourner les yeux ? Ça pourrait mal tourner, mais ça pourrait également leur être d'une grande aide, car Naruto n'avait aucun doute quant à la menace toujours présente de Kiri et au fait que les autres villages prendraient Uzushio pour une proie facile.
Le village était encore de petite taille, toujours vulnérable. Mais Naruto n'allait pas laisser Uzushio tomber une seconde fois.
Vers la côte au nord-est du Pays des Tourbillons se trouvait un endroit aride et rocheux, presque inhabité si ce n'est pour quelques pêcheurs obstinés et une poignée d'âmes éparses. Ce fut à cet endroit que Naruto emmena Gaara, se faisant un chemin entre les rochers érodés et le bois flotté ballotté par les tempêtes jusqu'à ce qu'ils se retrouvent à l'extrémité du plateau, là où celui-ci laissait place à l'océan. La brise avait gardée sa fraicheur nocturne sur la surface de l'eau et quelques nuages s'obstinaient dans le ciel s'illuminant à l'horizon, mais depuis la falaise jusqu'à l'orée de la forêt, il n'y avait pas âme qui vive.
Naruto prit une profonde et lente inspiration et s'installa en tailleur au-dessus du rocher le plus proche.
– Tu es prêt ? demanda-t-il à Gaara qui effleura le bord de sa gourde avant de hocher une fois de la tête. Naruto lui offrit un sourire, aussi lumineux et confiant qu'il le put, et ferma les yeux, laissant le monde extérieur s'estomper.
Ce fut un tunnel, comme ceux menant au cœur d'Uzushio, qui l'accueillit, large et sombre, mais recouvert par des ténèbres de nature paisible, avec des sceaux qui vacillaient et s'illuminaient sur les murs. Il perdit quelques secondes à les étudier - genjutsu mineurs, pour la plupart, ancrés à l'endroit par le biais du fuinjutsu afin de leur procurer durabilité et puissance, tous dirigés vers une tranquillité d'esprit et la sérénité de son âme. Des agents d'altération des tendances, c'est ainsi que Saehara-sensei les appelait ; plutôt que frontalement, ils influençaient indirectement l'esprit. Et il y en avait un bon nombre, tous un peu différents, mais suivant un même modèle.
Quoi qu'il en soit, c'était un bon signe ; l'apparence de cet endroit. Naruto sourit et passa ses doigts sur le sceau le plus à sa portée, puis il remonta le couloir en direction des larges portes à doubles battants en amont. Cet endroit ressemblait au cœur d'Uzushio - un secret, mais un bon secret. Quelque chose à protéger. Quelque chose qui avait permis de sauver son village.
Il poussa les battants et s'immisça dans la lumière blanche et légère de la pièce circulaire, et rit doucement, car il n'avait pas l'apparence du garçon de douze ans qu'il devrait être en ce moment même. Ses mains étaient les siennes, celles dont il se souvenait de sa première vie, jusqu'à retracer la même cicatrice sur sa paume que Fuyu lui avait administrée lors d'un entraînement et qui n'avait jamais vraiment disparu. Les mèches de ses cheveux étaient un poids familier sur ses épaules, d'un blond vif blanchi par le soleil, et son hitai-ate était noué tout contre son front. Naruto savait, sans même avoir à regarder, quel symbole il y trouverait - le bon, et il aimait Konoha aussi bien sûr, mais ce village n'était pas le sien de la même manière que pouvait l'être Uzushio.
Il y eut un bruit dans l'obscurité et lorsqu'il releva la tête après avoir longuement examiné ses mains, il croisa des yeux acérés dirigés sur lui, une silhouette immense recroquevillée parmi les ombres. Naruto put à peine percevoir le murmure du balancement de neuf queues contre la pierre lorsque Kyûbi se redressa sur ses pattes.
– Tu n'es pas ce gamin, gronda-t-il, ses yeux se plissant. Qui es-tu ?
– Mais c'est pourtant bien moi, le corrigea Naruto, le cœur battant une folle danse. Je suis davantage celui que je suis en réalité que je ne l'ai été en douze ans d'existence. Et tu es Kyûbi. Mito-sama ne parlait que très peu de toi.
Cela lui valut un rire mauvais et grondant, et le Kyûbi sortit alors des ténèbres. Naruto resta là où il se trouvait, les pieds plantés sur le sol et les yeux fixés sur le bijû, le plus impressionnant des neuf.
– Évidemment qu'elle n'en parlait pas, railla le renard, tournant autour de Naruto dans un cercle étroit, mais sans s'approcher plus qu'à la limite du dernier cercle de pierres. Pourquoi s'exprimerait-elle au sujet d'un fardeau, d'un prisonnier ? Pourquoi parlerait-elle de celui qu'elle a enchaîné ?
Naruto croisa les yeux du Kyûbi aussi directement qu'il le put étant donné leur différence de taille. Il connaissait l'histoire aussi bien que n'importe qui. Tous à Uzushio la connaissaient, car Mito était l'une d'entre eux.
– Si elle ne l'avait pas fait, Madara aurait fait perdurer son asservissement, dit-il calmement, mais fermement. Il t'aurait utilisé pour détruire Konoha, et ensuite, il aurait certainement fait de même avec les autres villages cachés.
– Tu crois vraiment que vos histoires m'intéressent ? rugit le renard, bondissant vers lui seulement pour trouver sa route être coupée lorsque le sol se mit à luire d'un gris pâle, le retenant d'avancer plus loin. Naruto ne bougea pas.
– Je pense que ça devrait, répondit-il toujours sur le même ton. Ça n'aurait fait que créer plus de haine, plus de troubles.
Le renard renifla de dédain, reprenant ses cercles.
– Tu dis ça comme si je ressentais autre chose que de la répulsion pour vous, minables êtres humains, grogna-t-il. L'humanité est un parasite. Si je le pouvais, je vous anéantirais tous un par un.
Naruto prit une profonde inspiration, ferma de nouveau les yeux et expira lentement.
– Je haïssais les gens de Konoha, avant, murmura-t-il, une confession qu'il n'avait jamais faite à personne. Mais la haine est un sentiment tellement sombre. Si je les déteste et qu'ils me haïssent en retour, il n'y a aucune chance de sortir du cercle. La seule chose qui en naîtra, ce sera encore plus de haine. Je n'ai pas envie de ressentir ça pour quiconque, et je ne veux pas non plus te haïr toi. Tu es le plus puissant de tous les bijû, et le plus âgé aussi, je présume. Tu dois être très avisé, et… ce n'est pas mon cas. Je ne suis rien qu'un être humain. Mais je souhaite protéger ceux qui me sont chers et je pense que si tu m'épaules, nous pouvons tous les deux mettre un terme à cet engrenage de haine.
Il rouvrit les yeux, les releva prudemment en direction du renard silencieux et sourit. D'un large sourire, puisqu'il pouvait l'imaginer : ce futur où régneraient paix et espoir dans son foyer, et que Kyûbi l'aide ou non, ce serait toujours ce vers quoi il tendrait.
– Moi, c'est Naruto, dit-il en gage de réconciliation, une main tendue dans le vaste gouffre qui les séparait Uzumaki Naruto. Ou Arashi, si tu préfères m'appeler comme ça.
Il y eut un long moment de silence avant qu'il ne soit brisé par un hochement bref de tête.
– Tempête ou pâté de poisson, franchement ? Pas de troisième option ?
Et Naruto éclata de rire, un point lumineux parmi les ténèbres, et fit un pas vers son démon à lui - son espoir pour l'avenir, pour celui des siens - avec un sourire aux lèvres.
.
Youko était intelligent, curieux et en dissimulait beaucoup, de toute évidence, mais ses yeux brillaient et son sourire était honnête au marché où ils flânaient tous deux, ce jour-là. Sasuke n'était pas sûr de savoir pourquoi il se trouvait toujours là, vu qu'il avait déjà obtenu l'information pour laquelle il était venu et que Youko avait toute une escouade d'ANBUs le talonnant de près. Mais en même temps, il n'était que trop conscient que Youko représentait une connexion à Naruto, directe et réelle, alors que pendant des années, Sasuke avait chassé des fantômes et des murmures dans le vent.
– Ah, soupira le blond lorsqu'ils arrivèrent finalement dans une rue un peu moins fréquentée et animée, et ils s'appuyèrent ensemble contre un mur. C'est tellement différent d'Uzushio. J'avais presque oublié ce que c'était de se trouver ailleurs que là-bas avec le temps.
Sasuke balaya la foule des yeux, tentant de voir ce que voyait Youko sans vraiment y parvenir.
– Différent ? l'interrogea-t-il après un battement, car juste là se trouvait un autre lien à Naruto. Ce nouveau village devait être… facile à aimer, s'il n'était pas revenu à la maison après presque sept ans.
Dans un faible bourdonnement pensif, Youko pencha la tête vers l'arrière, ses clochettes tintant légèrement.
– C'est… magnifique, dit-il en espaçant ses mots, et la courbure de ses lèvres était nette malgré le masque. Des fonds marins, notre Shodaime a dressé les terres sur lesquelles repose Uzushio et s'est servi de la plupart des pierres à même le sol pour ériger les bâtiments. Lui et une poignée d'autres ont édifié la cité avec du chakra seulement, imbriqué en l'espace d'un unique mois, et lorsqu'on la voit, c'est... facile à dire. Uzushio a plus été bâtie avec un œil pour l'esthétisme que la plupart des villages ninjas. Il y a beaucoup de colonnes, de chemins en courbe et différents plateaux surplombant la baie. C'est… somptueux.
Il rit doucement et Sasuke pouvait l'entendre dans sa voix : l'émerveillement, la révérence, l'extrême pointe d'adoration pour une série de bâtiments. Il ne comprenait pas, mais il pouvait les percevoir clair comme le jour.
Youko balaya une main devant eux, couvrant le marché et les rues au-delà, et dit :
– Konoha est… agité. Il y a tellement de vie ici, et Uzushio lui ressemble sur ce point. Mais d'une manière différente, aussi. Plus petite, définitivement, et l'air est étrange en comparaison.
Son sourire était chaleureux, même si ses gestes étaient hésitants, clairement à court de mots.
– C'est juste que… Konoha est peint en tons de verts et de marrons, des teintes naturelles. Uzushio, c'est du bleu, du rouge, du doré, la mer, le ciel et le coucher de soleil à l'horizon.
Sasuke… ne comprenait toujours pas là où il voulait en venir. Ne pouvait pas comprendre comment on pouvait parler d'un endroit avec tant de dévotion à peine dissimulée dans la voix. Il aimait Konoha, il y était attaché, l'appréciait en tant qu'endroit où vivre et grandir, et bien sûr, il se battrait jusqu'à son dernier souffle pour ce village, mais c'était surtout pour les gens qui y habitaient. Youko décrivait Uzushio comme si le village était en lui-même une personne à défendre et à chérir.
Il avait pensé à s'en aller, auparavant. Il s'était simplement levé et avait passé les portes, ignorant toutes les personnes qui se trouvaient ici pour partir à la recherche de Naruto - ou de son frère dans ses moments les plus sombres. Il n'avait plus aucune attache permanente à Konoha, aucun lien indéniable l'y retenant. C'était son village, son foyer, et il y avait un certain degré de fierté qui venait avec cette affirmation, mais pas au même niveau que ce qu'exprimait Youko en l'espace de quelques mots.
Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, cependant, le murmure d'un chakra familier entra dans son champ de perception, et il jeta un regard au bourg animé pour apercevoir son sensei se soustraire à la masse. À côté de lui, Youko se figea et se tendit imperceptiblement, mais Sasuke supposa que c'était compréhensible. Après tout, la plupart des shinobi étrangers faisaient des cauchemars à l'idée même que Kakashi au Sharingan s'approche un peu trop près de leur personne. Et Youko avait lui-même dit qu'Uzushio était composée de réfugiés cherchant l'asile, que c'était une cité composée de dizaines d'autres, donc il était tout à fait probable que Youko ait déjà croisé le fer avec Kakashi par le passé.
Kakashi fit semblant de les chercher aux alentours du regard avant de finalement les trouver, mais Sasuke n'était plus un stupide gosse de douze ans à présent et il n'y crut pas un seul instant. Hatake Kakashi était un maître dans l'art de jouer à l'imbécile, mais sous la surface, il était tout ce qu'il a de plus observateur, futé, et assez puissant pour être considéré comme l'une des armes de destruction de masse de Konoha. Avoir eu la chance qu'il lui enseigne tout ce qu'il savait à propos du Sharingan - et dans le même temps, lui révélant que cet homme pervers et éternellement en retard possédait le Mangekyô Sharingan - avait ouvert les yeux de Sasuke assez violemment sur ce fait.
– Yo, fit allègrement le Ninja Copieur en approchant, levant la main dans un signe nonchalant. Tu divertis notre invité, Sasuke ?
– Hn.
Sasuke croisa les bras sur son torse et plissa les yeux à l'ex-instructeur Jônin, devinant avec facilité les raisons de sa présence.
Kakashi avait été presque aussi obsédé à l'idée de retrouver Naruto que lui, après tout. Il n'y avait aucune chance pour qu'il ait manqué la connexion à Uzushio.
Kakashi lui offrit un long regard lourd de sens, puis tourna un œil courbé dans un pli accueillant - masque de fausseté - vers le jeune ninja blond.
– Hatake Kakashi, dit-il gaiement. Bienvenue à Konoha.
Il y eut une demi-seconde d'hésitation, juste assez pour être remarquée, puis l'autre shinobi inclina la tête en retour.
– … Uzumaki Youko, répondit-il doucement. Vous êtes… le fils de Sakumo.
Kakashi devint raide et vraiment très, très, silencieux. Il ne dit rien, et même le faux sourire s'estompa pour ne laisser qu'une étincelle de méfiance dans son unique œil visible. Sasuke, de son côté, était aussi circonspect qu'impressionné. Six mots avaient été suffisants pour déstabiliser l'un des meilleurs de Konoha, six mots et une demi-seconde d'hésitation. C'était une tactique… particulièrement efficace.
Youko croisa les bras, rentrant ses mains dans les manches du haut de son kimono vert foncé comme s'il n'y avait pas le moindre souci à l'horizon, mais il n'en restait pas moins un ninja. Il était plus que probable qu'il porte des armes à cet endroit, et qu'il sache exactement sur quel terrain dangereux il venait de s'aventurer.
– Ce n'est pas, commença nonchalamment Kakashi, la première chose que les gens disent habituellement.
Les yeux de Youko brillèrent légèrement et il inclina la tête, les clochettes tintant doucement dans le mouvement.
– Je suis plus âgé que je n'en ai l'air, fut sa réponse. Je l'ai rencontré à plusieurs reprises, et malgré tout ce qu'on a pu dire de lui, c'était un homme bien. Très puissant. Notre Sandaime l'aimait beaucoup.
Cela atténua une petite portion de la tension des épaules de Kakashi, mais pas complètement.
– Uzumaki Arashi… mon père m'a parlé de lui, accepta le Ninja Copieur dans un léger hochement de tête.
Une pause, un battement, puis il se détendit nettement, se forçant clairement à se relaxer et le stupide œil rieur revint à la charge.
– Maa. J'aime beaucoup le masque.
Le visage de Sasuke rencontra sa main et il dut étouffer un grognement.
Heureusement, Youko parut faire avec le changement de sujet incroyablement peu subtil, même si un sourire amusé courbait définitivement ses lèvres.
– Le vôtre n'est pas mal non plus. J'ai considéré des bandages, mais ça n'avait pas exactement la même… classe.
Kakashi lui fit un large sourire en mettant ses mains dans ses poches.
– J'allais chercher mon déjeuner, dit-il, l'air enjoué. Vous vous joindrez bien à moi ?
L'estomac de Sasuke choisit ce moment exact pour lui rappeler qu'il avait sauté le dîner au profit de son tour des bars la veille, et le petit-déjeuner de ce matin pour échapper aux griffes d'Ino et de Sakura. Il lui fit un gargouillement sourd, mais Sasuke refusa de se sentir embarrassé et passa devant Kakashi et ses stupides ricanements la tête haute.
– Vous régalez, menaça-t-il en bondissant sur un toit dans un saut rapide.
Le tintement des clochettes suivit tandis que Youko prit sa suite, et Sasuke se demanda comment l'homme pouvait bien gagner ses combats lorsqu'elles trahissaient le moindre de ses mouvements. Peut-être qu'il était assez rapide pour que cela ne compte pas, mais ça paraissait tout de même une prise de risque inconsidéré.
Il y avait toujours plus rapide que soi, après tout.
– Des ramen ? suggéra Kakashi en les rejoignant sur les tuiles et en en prenant la direction sans même attendre leur réponse.
Sasuke roula les yeux, conscient que ce n'était en rien une suggestion, mais plutôt une décision délibérée de trouver l'endroit le moins cher possible, et il emprunta le même chemin. Après un moment, Youko leur emboîta le pas, silencieux et attentif, avec ses yeux fixés sur le dos de Kakashi, et Sasuke était curieux de connaître l'histoire qu'il y avait entre eux. Il y avait certainement quelque chose, vu la réaction de Kakashi ; il n'avait jamais entendu personne mentionner le père de son sensei de manière aussi directe. Hatake n'était pas un nom de famille commun, et le seul autre à le porter qui lui venait en tête était Hatake Sakumo, le Croc Blanc de Konoha, mais Sasuke n'avait que des connaissances basiques à son propos et rien concernant sa famille.
Bien sûr, jusqu'hier encore, il n'avait jamais entendu parler d'un village caché au Pays des Tourbillons, donc il était possible que son éducation ait quelques manqués.
Néanmoins, il n'irait pas fouiner. Kakashi était quelqu'un de… compliqué.
(Il se souvenait du jour où, un mois et demi après la disparition de Naruto, il avait joué un tour pour la toute première fois. Ç'avait été soudain, une folle idée, mais la femme qu'il avait prise pour cible avait toujours été particulièrement rude à l'égard de Naruto lorsqu'ils désherbaient son jardin pour elle : elle amenait toujours des cookies et de la limonade à Sasuke et Sakura et prenait chaque fois soin d'oublier le blond, l'ignorait et reniflait de mépris dans sa direction quand elle pensait que Kakashi ne regardait pas. Cela avait toujours brusquement noué quelque chose au creux de ses entrailles, quelque chose comme de l'indignation ou de la colère, ou peut-être même du dégoût. Alors, quand elle passa à côté de lui dans la rue et qu'elle lui sourit, qu'elle sourit alors qu'il n'y avait rien à propos de quoi se réjouir, parce que Naruto était parti, il lui joua ce tour. Il le fit et se mit à courir ensuite, le cœur au bord des lèvres alors qu'il fuyait, s'attendant presque à regarder en arrière et à voir une flopée d'ANBUs à ses trousses à chaque pas qu'il faisait.
Il termina sa course dans un arbre aux abords du village, recroquevillé parmi les branches et tremblant comme jamais il ne l'avait fait en mission. Tremblant et en même temps résistant à l'envie d'éclater de rire, parce que, franchement, qu'est-ce qu'il fichait, bon sang ? Lui, Uchiha Sasuke, le plus jeune fils du Chef du clan Uchiha et autoproclamé vengeur, avait joué un tour.
Et il avait aimé ça.
Ça avait été satisfaisant.
Quelque chose avait bougé juste au-dessus de lui, mais il n'avait pas réagi si ce n'est pour le relèvement de sa tête. Kakashi ne lui avait pas jeté un seul regard, n'avait pas du tout détourné les yeux de son livre, mais il avait dit :
– Te souviens-tu du jour où je vous ai dit que le nom de mon meilleur ami se trouvait sur la pierre du mémorial ?
Certain que ça allait tourner au sermon, ou à un autre avant-goût de compassion, Sasuke s'était détourné sans même répondre.
Kakashi avait simplement fredonné en guise de réponse. Lorsqu'il avait repris la parole, sa voix était amicale, affectueuse et exprimait toutes les choses auxquelles Sasuke n'était pas habitué de sa part.
– Il s'appelait Uchiha Obito et il était absolument… ridicule. Toujours en retard, toujours à donner les pires excuses comme si nous ne pouvions pas voir immédiatement au travers. Toujours enjoué, quelle que soit la situation.
Cela avait fait relever les yeux de Sasuke sur lui, la gorge une nouvelle fois serrée, et il avait tenté de déglutir suffisamment pour pouvoir prendre la parole. Il n'y était pas parvenu, mais… ça allait quand même. Ça allait même très bien, car il ne pouvait de toute façon pas trouver les mots.
– Uchiha ? avait-il fini par demander, et le fait que Kakashi ait un Sharingan avait enfin eu plus de sens, d'une façon aussi tragique qu'épouvantable.
Kakashi avait opiné. Il ne l'avait toujours pas regardé, mais il avait répondu avec un sourire clair, même derrière son masque.
– C'est ça. Obito.
Et peut-être, qu'en soi, ça n'améliorait pas les choses. Peut-être que ça ne changeait rien. Mais c'était… suffisant ne serait-ce que pour quelques instants. Un souvenir et un rappel, et juste…
Suffisant.)
