Vous ne pouvez pas imaginer à quel point c'est un plaisir de traduire cette fiction pour vous. C'est une vraie bouffée d'air frais. D'abord parce que c'est une histoire géniale, que la traduction me vient facilement malgré la difficulté des phrases à rallonge (mais c'est aussi ce qui lui donne son charme) et que cela va étrangement vite à traduire bien qu'il y a quand même 5000 mots au moins par chapitre (je me mets toujours devant mon ordinateur avec enthousiasme). Puis, également parce que vous êtes géniaux, vraiment. Vous me donnez du courage. Je vous remercie pour ça. Je vous embrasse tous très fort…

Je n'ai relu qu'une seule fois ce chapitre donc il est possible qu'il reste encore plusieurs tournures étranges, désolée d'avance !


RARs :

AngelCry0o : Déjà, un gros merci pour tes compliments et ton soutien ! Je suis super contente que mon choix de traduction et la traduction en elle-même te plaise. On parle très rarement d'Uzushio, et encore moins dans le fandom français, donc, c'était l'occasion, surtout avec une perle pareille ! Je mise beaucoup sur ce chapitre, j'espère qu'il te plaira tout autant, je t'embrasse fort et te souhaite une bonne lecture !

Nosh : La menace plane, vont-ils réussir à la faire reculer ? Seuls ? Ou vont-ils devoir attendre le retour de Naruto ? Telles sont les questions (tout d'un coup au pluriel, ça le fait beaucoup moins X) Et oui ! Iruka, le fameux ! Alors, tu n'y avais pas pensé, hein ?! Pourtant c'était d'une évidence plutôt énervante (pour ceux qui ne s'en rendent compte qu'au moment où s'est dévoilé, moi entre autres, haha !). Vu ton opinion sur Danzo, j'ai un peu peur pour la suite, mais nous verrons bien ^^ Nous verrons si mes arguments seront assez convaincants ! Le jeu prend donc fin, les deux grands gagnants étant Iruka en principal et Kakashi en bonus ! Je t'embrasse fort (joyeux Noël en avance ? XD), et j'espère que ce chapitre t'inspirera !

Yuugure : Et oui, notre très cher Iruka ! Je t'avoue que je n'y avais pas du tout pensé moi non plus lors de ma première lecture, et c'est ce que j'aime dans cette fiction, il y a pleins de choses dites à moitié, mais, en fin de compte, toutes les questions trouvent leurs réponses avant la fin de l'histoire ! C'est une promesse ! Ce chapitre compte beaucoup pour moi, j'espère qu'il te plaira, des bisous et une très bonne lecture !

Raph1978 : On reverra Haku très bientôt, un peu de patience ;) De nouvelles interactions plutôt intéressantes dans ce chapitre, j'ai hâte de savoir ce que tu en penses ! Je te souhaite une très bonne lecture, j'attends ta réaction avec impatience ! Bisous.

GaiaCross : En effet le 13 était un peu plus court que les deux précédents, mais cela tourne toujours autour des 5000 en fin de compte. À part l'épilogue, ça va toujours rester dans ces eaux-là. Je suis super contente de voir que l'idée que ce soit Iruka qui le découvre vous plaise à tous ! Parce qu'on a tendance à oublier les grandes qualités de certains personnages (garde ça en tête pour le reste de cette fiction, l'auteure originale à tendance à en faire mon maître-mot !). Aussi, au sujet des thèmes musicaux, je trouve les définitions sur le net, mais il m'arrive de devoir les traduire au mot près parce qu'aucune définition ne me plaît. Alors, si tu vois une incohérence, n'hésite pas à me le dire ! Je ne suis pas trop versée là-dedans, mais j'adore également lire les débuts de chapitres de cette auteure qui fait souvent ce genre de rappel (j'apprends plein de choses, tu ne peux pas savoir !), alors je peux te comprendre sur ce point ^^ Quoi qu'il en soit, je vais te laisser à ta lecture, j'ai hâte d'avoir ton avis sur ce chapitre en particulier ! Des bisous !

Tsuki Banritt : Des larmes de joie j'espère ? Des gros bisous, et une super lecture à toi ! J'attends de voir ce que tu en as pensé avec impatience !


chapter 14: sonatina for the sleepless, stretto

[Sonatina : Petite sonate de caractère facile.

Stretto : Partie d'une fugue qui précède la conclusion et dans laquelle le sujet et la réponse se poursuivent avec des entrées de plus en plus rapprochées.]

Tu es sur le point de faire quelque chose de complètement irresponsable, je me trompe ? souffla Kurama, et malgré la formulation, ça n'avait rien d'une question.

Naruto roula les yeux, ajoutant une dernière série au sceau inscrit sur le tronc de l'arbre devant lui. Il y avait six autres sceaux, six arbres de plus choisis de façon circulaire sur lesquels ses sceaux étaient gravés à même leur tronc et orientés vers l'extérieur. Après toutes les heures à ressasser cela dans sa tête - chose qu'il avait cachée à Haku, Gaara, Utakata et à toutes les personnes qui risqueraient de lui faire remarquer les risques qu'il prenait malgré le fait que Naruto les ait déjà pris en compte - ce fut un travail de dix minutes seulement pour lever une barrière. C'était surtout une des séries d'agents d'altération des tendances dont Saehara-sensei raffolait, combiné avec des sceaux permettant de toucher l'esprit et de rediriger l'attention ailleurs. Ne regarde pas par là, était le message donné. Ne regarde pas, ne t'arrête pas, il n'y a rien à voir par ici.

– Ce serait irresponsable si je n'avais pas considéré toutes les éventualités au préalable, nota-t-il, reconnaissant envers l'absence de compagnie qui lui permettait de répondre à voix haute sans avoir l'impression de passer pour un schizophrène. Ça va, j'ai même convaincu Orochimaru de distraire Ero-Sennin pour moi ! J'ai tout prévu, tu vois ?

Non, l'irresponsabilité dont je parle implique que ton plan stupide a bien trop de variables et de risques idiots à compter, contra Kurama. Et le Serpent est et restera toujours un sale type.

– Est-ce que Haku et toi vous vous êtes concertés pour savoir qui joue la nourrice ? grogna Naruto en se glissant à travers la barrière avant d'attraper un rouleau de scellement qu'il gardait dans sa manche gauche. Une seule goutte de sang, puis soudain une lourde tige en bois apparue dans sa main, une extrémité couverte de fer et l'autre bout arborant une lame parfaitement aiguisée d'une quarantaine de centimètres, le métal brillant d'une lueur bleutée sous le clair de lune. Le naginata d'Arashi, Sâji, déterré parmi les décombres lors de la reconstruction, et Naruto l'accueillit dans sa main comme si c'était une extension de son propre bras, balayant l'air dans un large cercle avec et s'autorisant un dernier tourniquet flamboyant au-dessus de sa tête avant de réaffirmer sa prise dans un sourire.

Le naginata était considéré comme une arme faite pour la gente féminine, mais Naruto - tout comme Arashi - n'était pas l'exemple même du spécimen masculin tout en force et en stature. Honnêtement, il était plutôt petit et il n'aurait jamais la portée de Kakashi ou de Sasuke. Sa rapidité, son astuce et son imprévisibilité étaient ses plus grands atouts, et Sâji amplifiait les trois. Il convenait parfaitement à sa main, collait avec sa façon de se battre, lui permettait une marge de sécurité pour qu'il puisse prendre avantage de ses réserves de chakra et puisse marteler son adversaire avec ses jutsu, mais lui permettait aussi de s'approcher suffisamment pour utiliser des sceaux, qui pouvaient être apposés directement sur la peau.

Quatre longs balancements du bout métallisé et un motif se métamorphosa sur la terre compact et dénuée de toute feuille pour cette raison précise. C'était large, presque de deux mètres de diamètre, mais simple au possible. Une fois que Naruto l'aurait activé, le sceau laissera échapper un type de chakra bien spécifique dans l'air - un chakra qui lui était lié, mais en doses suffisamment insignifiantes pour que même le clan Hyûga ne le remarque pas. Il restait dix jours avant le premier du mois, dix jours avant l'examen des Chûnin, et ça voulait dire qu'il avait sept jours avant qu'il soit temps pour lui d'activer les sceaux spatio-temporels qu'il avait amené avec lui pour permettre aux quatre équipes de se rendre à Konoha par ce biais.

Sept jours - dix tout au plus - pour dénicher des preuves de ce que cachait Danzo et les faire parvenir à Tsunade, scellées par un gros nœud rouge.

Sept jours. Bien sûr qu'il allait faire preuve de témérité. Mais il n'avait plus à compter Haku dans la ligne de tir, et toutes les autres personnes qui pourrait être vulnérable se tenaient encore en sécurité derrière une barrière presque inviolable. Il avait de quoi être téméraire sans trop avoir à s'inquiéter, à présent, même s'il ne l'avait plus été depuis sa toute première intronisation en tant qu'Uzukage.

Un pas vers l'arrière lui permit d'observer le motif dans son entièreté, le contour extérieur enfin achevé. C'était inscrit en larges traits et en épaisses lignes incurvées creusées dans la terre, et avec un hochement de tête satisfait, Naruto retourna Sâji pour utiliser la longue lame pour les détails complexes nécessaires à l'intérieur.

Ce n'est pas que je sous-estime le vieil homme, mais tu ne penses pas que c'est un peu… excessif ? questionna Kurama d'une voix bourrue mais intéressée. Il y eut une brève éruption de chakra signifiant qu'il regardait le monde extérieur depuis les yeux de Naruto, étudiant le motif que prenait le sceau.

– Il vaut toujours mieux en avoir trop que pas assez, répliqua joyeusement Naruto, passant un coup d'œil d'un relief à un autre sur les arabesques formant le modèle de sortie, avant de se mettre à la matrice de conversion. Il n'y avait pas une seule hésitation dans ses gestes, pas une seule pause - il avait tout en tête depuis quelques bonnes semaines déjà. En plus, Danzo a toute la Racine. Tout ce que j'ai, moi, c'est un démon renard grincheux, quelques jutsu et divers sceaux. C'est toujours bien d'avoir des atouts dans sa manche.

Tu formules ça comme si tu réfléchissais vraiment à un plan d'action au-delà d'attaquer sans relâche jusqu'à ce que la menace soit terrassée. Enfin, ça, c'est seulement quand tu ne parles pas jusqu'à ce ton adversaire commence à regretter tous les choix qu'il a fait dans sa vie et qu'il se repente.

– Ne parle pas comme si tu ne prenais pas part à la prise de décision, Kurama. Si tu n'aimes pas mes idées, tu es parfaitement libre de te prononcer. Et puis, si je me rappelle bien, c'est bien toi qui me guidait la dernière fois que nous étions en mission, je me trompe ?

Kurama ronchonna d'un air hautain.

Je suis un puissant esprit de noblesse et de sagesse, éduqué par le Sage des Six Chemins en personne. J'ai bien mieux à faire de mon temps que critiquer tes prétendus plans, Pâté de poisson.

– Ne m'appelle pas Pâté de poisson, teme ! Au moins, moi, je n'ai pas peur d'une fille !

Je suis navré de devoir te l'annoncer, gamin, mais ta mère est une vraie terreur. Le fait même que tu n'aies pas peur d'elle, ou même de sa forme spirituelle, veut tout simplement dire que c'est génétique. Ou que c'est infectieux.

– Kurama ! Arrête de faire comme si ma mère était une sorte de maladie !

.

La sensation de ce chakra, même étroitement contenu et réprimé, lui était pour le moins nostalgique, aussi familier que l'étaient ses souvenirs d'enfance. Jiraiya la suivit, parce que c'était ce qu'il avait toujours fait, la traqua par-delà le Monument des Hokage jusqu'à l'intérieur du bois calme en cette douce nuit. Il y avait une fluctuation non loin devant lui, des vêtements crèmes à moitié couvert par une longue chevelure noire, une peau pâle sous le clair de lune, et Jiraiya accéléra jusqu'à ce qu'il soit presque en train de courir entre les arbres obscurs.

Ce n'était néanmoins pas nécessaire. Lorsqu'il fit irruption dans la clairière, sur le point de faire appel à un crapaud et se préparant pour l'affrontement qui allait suivre, il trouva Orochimaru, l'attendant. Le Serpent Blanc était assis sur un rocher dans la pénombre, sans la moindre arme ou la moindre invocation en vue, et il avait l'air presque… en paix.

Jiraiya ne lui avait plus vu cet air depuis de très, très longues années. Dérangé, fourbe, furieux ou meurtrier, oui, mais jamais comme ça, pas depuis un temps précédant sa défection. Jamais aussi calme que ça. C'était plutôt… stupéfiant.

– Jiraiya, le salua doucement Orochimaru, inclinant la tête comme si c'était absolument normal pour eux de se croiser à peine un kilomètre des murs de Konoha.

– Tu es bien loin du Pays des Rizières, Orochimaru, fit Jiraiya en pesant ses mots.

Orochimaru ne fit pas le moindre geste, ne se leva pas, même s'il savait sûrement qu'il serait certainement désavantagé si Jiraiya se décidait à l'attaquer.

– J'ai certaines informations que j'aimerais te faire partager, et j'ai pensé que ce serait plus facile pour toi de me croire si je venais te les remettre en personne.

Jiraiya se sentit totalement en droit de lancer à son ancien coéquipier un regard nettement sceptique.

En réponse, Orochimaru leva les yeux au ciel dans ce mouvement hautain et arrogant qui parvenait toujours à rendre Jiraiya fou lorsqu'ils étaient plus jeunes. Il soupira, se sentant absolument persécuté et offrit :

– Jiraiya, tu traques l'Akatsuki depuis que je suis parti, mais tu n'as jamais réussi à aller nulle part dans tes recherches. Tu ne sais même pas qui est leur leader ou où ils sont basés. Mais il se trouve que, de mon côté, on m'a… convaincu que partager ce que je sais pourrait être bénéfique.

C'était amusant de voir que, pour quelqu'un d'aussi silencieux qu'Orochimaru, Jiraiya ne l'avait jamais entendu user de cinq mots lorsque vingt fonctionnaient tout aussi bien. Avec un roulement de ses yeux, il fit quatre pas de plus vers lui et dit, suspicieux :

– Ah, vraiment ?

Orochimaru l'observa pendant un long moment, ses yeux dorés calculateurs, puis il siffla pompeusement, tel le salaud dramatique qu'il avait toujours été, relevant l'une de ses longues manches, et offrit à Jiraiya sa main, la paume vers le ciel. Jiraiya lui jeta un regard méfiant, mais exécuta tout de même deux pas supplémentaires dans sa direction.

C'était juste une main, mince avec de longs doigts élégants, avec des calles comme sur celles de tous les shinobi valant leur kunai. Le clair de lune était assez lumineux pour que Jiraiya puisse déceler les légères décolorations causées par les cicatrices, et une cicatrice en particulier - une longue et fine entaille au centre de la paume d'Orochimaru qui remontait jusqu'au milieu de son avant-bras, ratant de près les veines principales de son poignet. Ça aussi, ça lui était particulièrement familier : un souvenir de l'une de leur première mission en tant que Chûnin, mais Jiraiya ne l'avait plus aperçue depuis un bon paquet d'années maintenant. Il plissa les yeux, soupçonneux, puis il releva les yeux vers Orochimaru avec quelque chose ressemblant à de l'incrédulité bouillonnant dans sa poitrine. Ça ne pouvait sûrement pas être…

– Mon corps d'origine, c'est cela, dit Orochimaru, parce que c'était un vrai salaud et qu'il avait fait d'un jeu l'idée de défier les attentes de Jiraiya, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Il y a eu… un manque d'hôtes appropriés, la dernière fois que le besoin s'en est fait sentir, et notre très cher Uzukage a réussi à tirer d'un de mes serviteurs que j'avais préservé celui-là. Il m'y a fiché de nouveau, avant d'y sceller mon âme et… m'a informé des erreurs que j'avais commise. (Il retira sa main dans une grimace.) Cette homme est absolument ridicule… tout autant qu'il l'était lorsque nous étions plus jeunes, du moins.

Les genoux de Jiraiya lui semblèrent tout d'un coup curieusement instables. Il prit une profonde respiration et se laissa glisser au sol, se mettant en tailleur et portant une main à son visage.

– … Arashi ? demanda-t-il après quelques secondes.

Orochimaru arqua l'un de ses élégants sourcils vers lui.

– Il ne s'est pas donné beaucoup de peine pour le cacher, j'imagine. Mais, c'est ça, le Arashi dont tu te souviens est bien celui actuellement en charge d'Uzushio. (Il hésita, et ce fut d'autant plus perceptible en sachant qu'il n'hésitait jamais, puis il reprit prudemment.) On m'a… rappelé que mes intentions d'origines étaient toujours à ma portée, et bien plus… plausibles que je m'étais pris à le croire.

Tenir une conversation avec Orochimaru est et avait toujours été un exercice dans l'art d'entendre les non-dits et lire entre les lignes. Jiraiya fronça les sourcils en évaluant ces propos. Il connaissait bien sûr les intentions premières d'Orochimaru - il voulait vivre assez longtemps pour voir ses parents être réincarnés. Il les avait abandonnés il y a plusieurs années déjà, cependant, ses espoirs de pouvoir prédire et identifier les réincarnations perdus face au manque de preuves concrètes, et pourtant…

Pourtant, Uzumaki Arashi était toujours en charge de son village, même si le monde entier le pensait mort. Et Orochimaru croyait de nouveau en la réincarnation, y croyait vraiment si cette paix intérieure voulait dire quelque chose, et il n'y avait qu'une seule conclusion que Jiraiya pouvait tirer de tout cela.

Il expira, longuement et lentement, et résista à l'envie de se pincer. C'était tout simplement… irréaliste.

– Je t'accuserais bien de me faire marcher, mais je ne pense pas que même toi tu aies assez d'imagination pour quelque chose de la sorte. Sage.

Orochimaru inclina la tête, et si Jiriaya ne le connaissait pas aussi bien, il dirait qu'il y avait un discret sourire désabusé courbant le bout de ses lèvres - encore un rappel à leur enfance, à des temps où tout était simple. Et peut-être que Jiraiya devrait douter davantage, peut-être qu'il devrait reculer et fuir, mais le Orochimaru qui se tenait devant lui maintenant avait perdu cette pointe de folie qu'il abritait depuis plusieurs décennies. Il n'y avait plus cet extrême de rage frénétique, aucune touche d'aliénation dans ces yeux dorés, et même si ce n'était pas exactement parfait, même si ça ne s'en rapprochait pas le moins du monde - Sarutobi-sensei, songea-t-il avec un élancement et la morsure d'une fureur montante, d'une douleur hostile - c'était… mieux. Mieux que ça ne l'avait été depuis un bon moment déjà.

Jiraiya pouvait travailler avec une amélioration..

– Bien, dit-il d'une voix régulière, laissant tomber ses pensées et se concentrant sur l'homme en face de lui. Tu dis que tu as des informations sur l'Akatsuki ?

Les yeux d'Orochimaru parurent briller dans l'obscurité alors qu'il descendait du rocher, se posant sur le sol non loin de Jiraiya. Le clair de lune happa les lignes de son visage, la courbe sur une oreille, une lueur sur la boucle en forme de tomoe qui glissa comme de l'argent liquide dans ses cheveux à la teinte ténébreuse ininterrompue.

– C'est ce que j'ai dit, répondit-il, et ça, c'était le Orochimaru dont Jiraiya se souvenait de l'époque où ils n'étaient que des enfants en mission, puis de celle de leur adolescence, d'avant la mort de Dan et celle de Nawaki, celle précédant le départ de Tsunade, et celle avant que le choix de Sarutobi se portant sur Minato pour lui succéder ne brise le voile de bon sens en lui. Alangui et mortelle telle une vipère, toujours sur ses gardes même s'il le dissimulait derrière un sourire en coin et un regard oblique. Dis-moi, Jiraiya, qu'est-ce que tu sais au sujet d'Uchiha Madara ?

.

Sasuke se réveilla sous un ciel déjà chargé de nuages, bas et épais, gagnant du terrain sur le bleu du ciel, et la senteur de la pluie comme du mercure au fond de sa gorge. L'air ambiant était toujours lourd, assez humide pour le rendre irritable et misérable. Pendant de longues minutes, il débattit les mérites de tout simplement rester au lit jusqu'à la tombée de la nuit, son jour de garde au Bureau des Affectation soit maudit, puis, ensuite, il se rappela que la garde en question se passait avec Ino et qu'elle ne le laisserait jamais sauter le travail. Non seulement cela, mais elle le traquerait, le traînerait dans la rue en boxer et procéderait à joyeusement l'humilier jusqu'à ce qu'il se repente du grave péché que représentait son abandon pendant un tour de garde entier de mortel ennui.

Parfois, les jours où son principal but dans la vie était de lui plaire manquait à Sasuke.

Avec un soupir et une grimace, Sasuke céda devant l'inévitable et se sortit de ses draps humides de transpiration en les jetant sur le côté et traîna les pieds jusqu'à la salle de bains pour une courte douche froide.

Le jaillissement de l'eau fut un bref soulagement qui prit fin bien trop tôt à son goût et il renonça à son uniforme habituel pour un débardeur bleu foncé en dessous du gilet marquant son rang de Jônin et son pantalon le plus clair.

Bon sang. Il détestait l'humidité.

Même le café était plus chaud qu'il ne pouvait le supporter et il tourna en rond dans sa cuisine pendant un moment, à court de choses à faire durant les vingt minutes que le fait de ne pas en boire lui libéraient. Lorsque Sasuke se surprit à mettre la tête dans le congélateur pour la troisième fois, cependant, il se tira à contrecœur à l'extérieur de son appartement, rejoignant la foule matinale dans les rues du village. Son tatouage des Forces Spéciales mis à nue lui valut quelques regards en biais, tout comme le débardeur, mais Sasuke ignora les indiscrets avec une facilité due à une longue pratique tandis qu'il se mit en direction du magasin de fleurs des Yamanaka.

Il était à mi-chemin lorsque le tintement d'un rire déchirant de familiarité le figea sur place.

Sasuke chancela presque en entendant ce son. C'était comme si ses jambes avaient été coupées, comme si la gravité avait complètement changé sous ses pieds et que tout ce qui restait était une reconnaissance douloureuse et aiguë qui résonnait profondément dans son âme et qui remontait bouillonnante vers son cœur. Parce qu'en presque sept ans, il avait cherché cet exact rire absolument partout, pendant chaque mission et dans tous les endroits qu'il avait visité. Ce son l'avait plus hanté la nuit que ne l'avaient faits les derniers mots d'Itachi, plus que l'ombre de son frère dans le village. Plus que se tenir au temple Naka ne l'avait jamais fait, parce que c'était Naruto, alors comment pourrait-il en être autrement.

Il se retourna vivement vers la source du bruit, le cœur battant à toute allure dans sa poitrine tandis qu'il scannait la rue pour une chevelure blonde ébouriffée, une peau tannée et…

Là, une touche de doré, mais elle était trois tons trop pâles, la peau, trois teintes trop foncées, et par tout ce qui étaient sacrés, comment se faisait-il que Youko ait le rire de Naruto ?

Un rêve, se dit Sasuke sèchement. Tu es en train de rêver. Ou tu perds la tête. Ça ne pouvait pas…

Mais le son se fit de nouveau connaître, vif, bruyant et plus libre que tout le reste ne pourrait jamais l'être, exactement comme Sasuke s'en rappelait, sauf qu'il venait de Youko et que c'était impossible. Absolument impossible, parce que Youko se comportait différemment, ne balançait pas au quart de tour la moindre de ses pensées, ne fonçait pas inconsciemment dans le tas et ne souriait pas naïvement devant tout et n'importe quoi. Il ne se frottait pas l'arrière du crâne sous l'embarras lorsque Sasuke arquait un sourcil dans sa direction et son indignation n'enflait pas sous les yeux scrutateurs de Tsunade, il ne passait pas son bras sur les épaules de Sasuke en signe d'amitié de cette façon que personne d'autre

Ce n'était pas Naruto. Mais…

Mais il était en train de discuter avec Iruka. Il lui parlait comme s'ils étaient de bons vieux amis, se tenant sur le côté de la rue et coincés entre les étalages de deux boutiques différentes. Iruka était en uniforme, comme toujours, et Youko était vêtu d'un autre kimono court, cette fois d'un bleu marine vif, mais le blond le portait… différement. Juste légèrement, et ce n'était rien que Sasuke aurait remarqué sans rien d'autres pour attirer son attention, mais… il ne pouvait pas s'empêcher de se souvenir de la fois où Sakura l'avait traîné à un festival auquel Naruto les avait suivis. Ils avaient joué à des jeux et s'étaient détendus - autant que Sasuke se l'autorisait du moins, à l'époque - et durant l'espace d'une très courte période de temps, ils avaient été des gosses avant d'être des ninjas.

Naruto avait porté un kimono, clairement de seconde main et encore plus clairement emprunté à Kiba si les poils de chien le recouvrant voulaient dire quelque chose, et il avait eu l'air… à l'aise. Pas comme Sasuke se serait attendu à le voir, étant donné que c'était la première fois qu'il portait des habits formels. La façon dont il s'était déplacé, la manière dont il s'était tenu avait évoqué une élégance naturelle qu'on ne voyait pas souvent. Une économie des gestes et une compréhension de son corps qu'aucun Genin ne possédait.

Lorsqu'il était arrivé au village, Youko se tenait plutôt comme le faisait Kakashi, alangui, à l'aise et insouciant, mais seulement en surface. En dessous de cette façade, il y avait eu de la tension, de l'hésitation et de la méfiance, exactement ce à quoi Sasuke se serait attendu de la part d'un ninja étranger approchant une puissance dont le bon accueil à son égard était incertain. À présent, néanmoins…

À présent, Youko bougeait comme l'avait fait Naruto cette nuit-là. Il pouvait le voir dans la gestuelle de ses mains alors qu'il parlait, l'inclinaison de sa tête lorsqu'il souriait ostensiblement au Chunin. Il le nota dans sa manière de prendre chaque pas, la façon dont il balayait occasionnellement ses longues mèches blondes - le soleil, pensa Sasuke, et il sentit comme le plus grand des crétins pour ne pas l'avoir remarqué avant. Le soleil et la lumière se reflétant à la surface de l'eau, et combien de temps cela prendrait-il pour rendre la peau de quelqu'un aussi sombre ? Combien pour blanchir les cheveux d'une personne et lui faire perdre trois tons de couleur ? Qu'est-ce que sept ans de constante exposition pourraient bien y changer ? - pour les tirer hors de son champ de vision et la manière dont il touchait l'arrière de sa tête, l'ombre d'un geste familier que Sasuke avait tant cherché parmi les masses.

Quel pourcentage de l'aisance diplomatique de Youko faisait en réalité partie du rôle qu'il s'était donné ? Quelle portion de sa personne avait bien pu être si affecté pour qu'il soit aussi éloigné de l'exubérante tête blonde qui avait disparu ? Celle qui avait disparu avec Haku, et qui, ensuite, était revenue avec Yuki, et bon sang, Sasuke faisait parti des Forces Spéciales. Il était censé être plus intelligent que ça.

Un autre rire, une nouvelle inclinaison de la tête de la part de Youko, et…

Youko, songea Sasuke, et les pièces s'assemblèrent enfin - plus que s'assembler, elle s'encastrèrent les unes avec les autres tel un kunai lancer sur une cible. Qu'est-ce qu'il avait dit déjà, lorsque Ino lui avait demandé son nom ? "Youko est plutôt un nom féminin, entre autres". Youko. L'esprit du renard. Kitsune. Le Kyûbi no Kitsune. Bordel, l'unique moyen d'être encore plus flagrant aurait été de se faire directement appeler 'Renard'.

Il n'avait même pas admis être un Uzumaki avant que sa personnalité ait bien été ancrée dans l'esprit de tout le monde. Et Sasuke était tombé dans le panneau, avait cru ces yeux verts parce qu'il avait été trop obsédé à en chercher des bleus, si fixé sur le fait de retrouver Naruto qu'il n'avait même pas réalisé que le blond en question avait paradé dans tout Konoha littéralement sous son nez.

(Ça, au moins, ça lui permit un instant de fatuité. Sasuke était toujours plus grand que lui de quelques centimètres. Enfantin, peut-être, mais ça n'en restait pas moins satisfaisant en fin de compte. Sasuke n'avait jamais admis être des plus matures.)

Le monde se mit à tourner, puis se stabilisa, et Sasuke prit une bouffée d'air.

Youko était Naruto. Et toutes ses prudentes esquives et tous ses détours dans leur conversation la dernière fois au-dessus du marché, le voile omniprésent de ses émotions… c'était parce que Youko était en réalité Naruto.

Son cœur était prêt à exploser. Il semblait aussi rapide que les mouvements d'ailes d'un colibri, mais Sasuke était solidement ancré à la réalité, la gravité étant retournée à la normale, ancré au soudain bouleversant sentiment d'allégresse qui le submergeait. De la joie, une vaste satisfaction et une jubilation suffisante pour l'étrangler, tout cela attaché et noué ensemble avec le savoir que cette personne était Naruto.

Naruto qui avait passé ces sept dernières années à construire un village que cinq hôtes au moins appelaient leur foyer. Qui avait un autre foyer qui n'était pas Konoha, mais cela comptait si peu maintenant que Sasuke avait dû mal à se le rappelait.

Parce que Naruto était là.

Il avait envie de marcher jusqu'à eux, d'interrompre leur discussion et de se placer au centre même de l'attention de Naruto. Il avait envie d'attraper Naruto par le col de son kimono si trompeusement soigné et de lui coller son poing dans la figure, sauf qu'il était bien trop heureux pour avoir une telle réaction. Il avait juste envie de l'attraper par le col, de le tirer jusqu'à lui et de…

De l'embrasser. Sasuke avait envie de l'embrasser, avait envie de l'attraper et de ne plus jamais le laisser repartir, avait envie de le secouer, de l'étreindre, de le frapper et de juste le toucher. Parce que tout ce que Sasuke avait toujours voulu depuis cette terrible et hideuse matinée où il s'était réveillé à l'hôpital pour simplement constater que Naruto n'était plus là, c'était qu'il revienne, et il…

Il était revenu.

Il était revenu.

Inconscient de la foule autour de lui, de l'humidité, de tout si ce n'était pas d'un blond flamboyant, éclatant de vie et d'enthousiasme, et qui se tenait à une dizaine de mètres seulement, Sasuke leva les yeux vers le ciel et ferma étroitement les paupières, juste pour un instant. Juste l'espace d'une seconde pendant laquelle il ne savait pas s'il préférait sourire, rire, pleurer ou fulminer, Sasuke détourna les yeux.

Puis il les reposa sur lui, parce qu'une fois, déjà, il avait détourné le regard et son monde s'était écroulé.

Jamais.

Jamais plus.