Raph1978 : On dit merci à Sasuke pour avoir eu l'illumination du siècle, merci merci, applaudissement. Maintenant, on veut la suiteuh ! Leur relation va ENFIN pouvoir avancer, ça fait plaisir ! Je suis vraiment super contente que l'interaction entre Orochimaru et Jiraiya t'ait plu. Je dois te dire que je n'étais pas fan d'Orochimaru avant de découvrir les écrits de cette auteure, mais, au jour d'aujourd'hui, c'est l'un de mes personnages préférés ! J'espère que la suite te plaira dans ce cas, ce n'est pas la dernière fois que tu le verras (c'est un des chouchous de cette auteure après tout et elle a fait changé l'opinion d'énormément de gens à son propos !). Merci encore pour ton soutien, je ne me lasse pas de tes review, des bisous ! Une agréable lecture ;)
Yuugure : Attend-toi à de grands retournements de situation pour la suite ^^ On verra à la fin lequel sera ton préféré, j'ai hâte ! Des bisous et une très bonne lecture à toi !
Nosh : Je suis trop contente qu'Orochimaru te plaise ! Comme tu dis, c'est un personnage hyper intéressant et qui a une histoire derrière ses actes. Ta curiosité est peut-être guérie, mais il reste encore plusieurs rebondissements qui risque de te plaire/te surprendre, je n'en doute pas ^^ Je t'embrasse fort fort fort, des bisous encore et une très bonne lecture !
Je ne ferais plus jamais de promesses quant aux délais... argh
chapter 15: reminiscence, rubato
[Rutabo : Une importante caractéristique de la période romantique. C'est un style où le tempo strict est en principe oublié pour un ton plus émotionnel.]
Sasuke n'était peut-être pas le genre de petit génie à pouvoir inventer un nouveau type de clone à l'âge de douze ans, mais il était au moins au-dessus de la moyenne avec son Multiclonage. Ce fut donc assez simple pour lui de laisser un clone avec Naruto - dont les moindres mouvements étaient déjà traqués par une escouade entière de l'ANBU, et qui ne remarquerait sûrement pas une personne de plus dans la masse ou n'en prendrait pas compte s'il le découvrait - et s'en sépara pour s'enfoncer plus profondément dans le village.
Il titubait, mais dans le même temps, il… ne titubait pas. En fait, une bonne partie de sa personne était plus stable qu'elle ne l'avait été en presque sept ans. Terminées, songea-t-il, mes recherches sont terminées, et même s'il n'avait jamais eu le moindre doute quant à sa résolution, c'était quand même surprenant de constater qu'il avait réussi. Qu'il avait trouvé Naruto.
Ou, Naruto était revenu de son propre gré et sans la moindre influence de la part de Sasuke à son encontre, peu importe à quel point ça pinçait, mais ça revenait au même en fin de compte, non ?
Ça allait. Ça n'avait pas d'importance. Il n'y avait aucune raison d'y penser davantage, mais il avait plutôt mille et une raisons de songer au pourquoi. Pourquoi Naruto avait-il décidé de revenir de cette manière, dans le secret, dans la clandestinité et caché au nez de tous alors que le gamin si plein de vie de onze ans, lui, avait toujours été prêt à tout pour qu'on le remarque, prêt à tout pour le peu de reconnaissance qui aurait dû être sien en tant qu'humain à part entière, en plus d'être un shinobi de Konoha. Alors, oui, Sasuke arrivait toujours à être plein d'amertume vis-à-vis de ça, parce que…
Parce qu'il se souvenait de son père, se rappelait d'Itachi qui était l'incarnation du parfait Uchiha, le frère rêvé. Et Sasuke, peu importe à quel point il pouvait être intelligent ou doué pour son âge, avait toujours été loin de suffire. Jamais assez bon pour rivaliser, pour gagner l'attention de leur père ou plus que quelques mots dédaigneux. Personne dans la famille de Sasuke n'avait été absolument parfait, pas vraiment, et bien que cela avait pris beaucoup d'introspection, une touche d'agonie et l'avait forcé à faire face à ses réels souvenirs et plutôt qu'à leurs versions idéalisées, Sasuke avait appris à l'accepter. Même si Itachi…
Respire, se rappela Sasuke en s'arrêtant subitement sur le toit de l'entrée d'un immeuble. Réfléchie. Naruto est là. Il prépare quelque chose, une chose qu'il ne veut pas qu'on apprenne. Ou peut-être qu'il dissimule sa présence à quelqu'un en particulier. Pas d'Uzushio, puisque personne ne serait capable de feindre à tel point un attachement de la sorte pour une simple couverture. Donc…
Donc il se dissimulait aux yeux de quelqu'un se trouvant plus probablement à Konoha. Ce n'était pas une blague ou un tour, pas en voyant les efforts fournis dans le déguisement, la comédie, la distance prudemment instaurée, l'affirmation selon laquelle il serait assez âgé pour connaître le père de Kakashi.
Même si Uzushio était, comme Sakura l'en avait heureusement informé durant leur beuverie, le village de la longévité, c'était quand même une affirmation des plus incongrues et Sasuke mit l'information de côté pour y réfléchir un peu plus tard. La chose importante pour le moment était la personne dont Naruto se méfiait autant - et c'était Naruto qui avait chargé les Frères Démons sans la moindre hésitation, qui avait fait face à Momochi Zabuza lors de leur première mission en dehors du village, qui était téméraire au-delà du sens commun - et quelle menace cette personne représentait pour lui.
Qu'il soit de Konoha ou pas, Sasuke ne laisserait rien ni personne faire du mal à Naruto. Il était le seul à en avoir le droit, et il était encore incertain quant à ce qui avait le plus d'attrait : lui ficher son poing dans la figure ou embrasser cet idiot.
Il était également possible que la raison pour laquelle il cache son identité soit la stupidité collective des habitants de Konoha à son égard et parce qu'il se trouvait être l'hôte de Kyûbi, mais Sasuke ne pensait pas que ce soit le cas. Après tout, Naruto n'avait jamais cédé devant leurs préjudices auparavant. Ses années passées loin du village n'avaient sans doute pas pu lui donner une raison d'agir de la sorte pour une telle raison, surtout s'il vivait maintenant en cohabitation avec quatre autres jinchûriki. Il était aussi peu probable que la menace soit personnelle, parce que Sasuke connaissait Naruto - cela ne ferait que l'inviter à charger la tête la première, quelque part entre une confrontation épique, une distraction propice et l'idée révolutionnaire de jouer les appâts. Ce qui lui manquait, c'était la connaissance du climat politique qui régnait à Uzushio, des détails de son Histoire et des menaces possibles auxquelles la cité faisait face.
Il était donc revenu à la case départ. Sasuke retint un soupir de frustration et passa une main dans ses cheveux. Bien, au moins, il savait quelles questions il lui poserait s'il se décidait finalement à le confronter.
Un flash de couleur en contrebas attira son attention et il fit un bond avec l'aide d'une pointe de chakra pour atterrir en face de son ancienne coéquipière.
– Sakura, la salua-t-il, se redressant et la scrutant avec sa meilleure imitation du mortel regard de chien battu d'Ino. (Pas qu'il s'attendait à ce que ça fonctionne, honnêtement. Les réactions vis-à-vis de cette expression de sa part variaient souvent entre l'hilarité - Ino -, l'horreur - Jiraiya - et une monotone incrédulité - Shikamaru, et c'était un total accident : il n'avait jamais eu l'intention de lui jeter un tel regard en premier lieu, peu importe ce qu'en disait Ino.) Tu es libre ? J'ai une faveur à te demander.
Contrairement à l'époque où ils n'étaient que des Genin, lorsqu'elle se serait jeté sur l'occasion de pouvoir être lui être utile - ou, possiblement, en tirer profit pour obtenir un rendez-vous galant, car Sakura avait toujours été étonnamment sournoise - cette dernière parut des moins convaincues. Elle lui lança un regard égal, croisant les bras sur la poitrine et arquant un sourcil dans toute son incrédulité, ce qu'elle avait sûrement appris aux côtés de son maître.
– Ah oui ? dit-elle platement.
Ce n'était définitivement pas le ton de voix le plus encourageant qu'elle aurait pu emprunter. Toutefois, Sasuke n'était pas un shinobi de Konoha pour rien et il ne fuyait pas, même devant les pires obstacles. Il acquiesça et continua :
– Tu peux me dépanner aux Bureaux des Affectations pour la journée ? Il faut que je creuse quelque chose.
Une semaine plus tôt, Sakura lui aurait refusé d'emblée, prenant cela pour un énième signe de l'obsession qu'avait Sasuke à l'idée de retrouver Naruto. À présent, avec la vérité indéniable sur Uzushio et une piste sérieuse sous la forme de leurs ambassadeurs - Sage, maintenant, Sasuke pouvait se rappeler de leur conversation au marché et en rire, parce que sérieusement ?! - elle lui lança un regard prudent, considérant la demande, et elle plissa les yeux.
– Sasuke, dit-elle en guise d'avertissement, si c'est pareil que la fois dans la maison close au Pays des Sources Chaudes…
– Non, cracha Sasuke, horrifié par la simple suggestion que ç'ait pu l'être. Et pourquoi est-ce que tu ramènes cette vieille histoire ? Je pensais qu'on s'était promis de ne plus…
– Décréter. Décréter, c'est le mot que tu cherches, Sasuke. Tu as décrété que nous n'en parlerons plus jamais, et je ne me souviens pas avoir accepté le marché lors de notre conversation…
– C'est pas ça l'important...
– Oh, mais ça a une réelle importance si je dois encore une fois te tirer d'affaire, Sasuke. Neji risque de ne plus pouvoir me faire face sans ricaner pendant au moins trois mois si c'est de nouveau le cas. Et je te parle de Neji, le prince des glaces. Est-ce que tu as au moins conscience d'à quel point cela peut être humiliant ? Je te jure que Kiba ricane encore dès que quelqu'un ne fait même que mentionner de la cire d'abeille, et si je vais devoir une nouvelle fois être traumatisée psychologiquement pour que tu puisses "creuser", il me semble qu'il est tout à fait juste que je sache au préalable dans quoi je m'embarque.
C'est vrai qu'il y avait peut-être une bonne raison pour que Sakura, plus que tous les autres, soit fatiguée de pourchasser l'ombre de Naruto. Sasuke croisa les bras sur son torse - pas du tout de manière défensive, bon sang ! - et rencontra ses yeux aussi posément que possible tout en se préparant à la joute verbale qui allait suivre. Sakura avait posé ses mains sur ses hanches, et son expression promettait un châtiment divin s'il osait lui dire autre chose que l'entière vérité.
– C'est à l'intérieur du village, promit-il, parce qu'il était plutôt certain que Naruto n'allait pas en sortir prochainement, pas alors qu'Haku était parti. C'est juste pour récolter quelques informations.
– C'est aussi ce que tu avais dit avec la maîtresse du Daimyo du Pays des Oiseaux, marmonna Sakura, mais Sasuke prétendit une surdité momentanée dans sa direction. C'était généralement une plutôt bonne tactique.
– Je dois y rejoindre Ino, en principe, indiqua-t-il, dans une dernière tentative pour l'en persuader.
Sakura tint le coup pour sept secondes supplémentaires avant de céder dans un soupir et un roulement d'yeux.
– Formidable, grommela-t-elle. C'est génial. On va pouvoir râler ensemble sur ton dos, et sur son absence de vie et ton manque de sociabilité.
Sasuke grimaça. Bon, c'était aussi ce à quoi il s'était attendu, plus ou moins. Et si leur dévouement aveugle de fangirl lui manquait bien, c'était évidemment à cause de…
Mais Sakura fit un pas vers lui, tapota ses phalanges contre sa tempe en souriant affectueusement et murmura :
– Ben alors ? T'y vas pas, crétin ?
Et Sasuke se rappela immédiatement pourquoi ça ne lui manquait pas. Parce que, ce en quoi elles s'étaient transformées…
Oui. C'était… presque parfait, peu importe à quel point il pouvait s'en plaindre.
D'un vif "Hn" pour couvrir les mièvreries qui avaient fait surface sur son visage, Sasuke se détacha, tourna les talons et bondit de nouveau sur les toits, ignorant le tintement du rire de son amie tandis qu'il s'éloignait.
.
Tsunade observait les enfants jouer dans le parc, appuyée contre le large carreau de son bureau, la tête penchée pressée contre le verre froid et lisse. Il y avait un groupe jouant à chat et un autre réunit autour d'une silhouette familière dans un gilet de Chûnin. Sarutobi Konohamaru et son habituelle tripotée de partisans dévoués, et Tsunade ne put retenir un sourire devant cette vue, se rappelant son voyage de retour à Konoha avec Naruto, de ses sourires lumineux et de sa manière de se vanter d'avoir pris sous son aile un gosse qui l'appelait "boss". En presque sept ans, Konohamaru avait honoré sa mémoire, les blagues, et tout ce qui allait avec.
(Toutefois, Tsunade suspectait, étant donné l'éternel agacement de ses ANBUs à l'idée de ne pas encore avoir réussi à attraper le coupable, que Konohamaru n'était pas le seul dans le coup. Pas qu'elle allait leur faire part du moindre de ses doutes. C'était toujours bon de les voir sur le qui-vive.)
Tsunade aimait Konoha de tout son cœur, l'aimait avec la même intensité qu'elle le détestait. C'était chez elle, mais c'était également un rappel de toutes les pertes dont elle avait souffert, de ses parents à Nawaki jusqu'à Naruto, juste au moment où elle pensait la malédiction brisée une fois pour toutes. Et peut-être que Naruto n'était pas passé dans l'autre monde, peut-être qu'il était simplement parti comme le pensait Sasuke avec tant de ferveur, mais Tsunade… pleurait son absence. Elle pleurait le petit garçon qui avait réussi à maîtriser le Rasengan en l'espace d'une poignée de jours, qui l'avait maîtrisé et avait été au-delà à tel point qu'il avait pu faire face au Serpent Blanc Orochimaru en personne et le faire reculer. Elle pleurait son optimisme, son sourire et la façon qu'il avait de la regarder, de la même manière que Nawaki, de la manière que les enfants qu'elle aurait eus avec Dan l'aurait regardée, elle en était certaine, si elle avait eu cette chance.
Et pour tout le cynisme qu'elle affichait et ses tentatives de rester dans le réel, Tsunade ne pouvait s'empêcher d'imaginer que Naruto se trouvait quelque part… de bien, là dehors. Dans un endroit où il était aimé, apprécié comme Konoha n'avait jamais réussi à le faire à son égard, si ce n'est pour quelques exceptions. Elle imaginait une famille l'entourant, des amis, un foyer, et cela la faisait sourire. C'était… une bonne chose.
Elle sortit de ses pensées lorsqu'on toqua à la porte et elle leva les yeux avec curiosité.
– Entrez.
Il était déjà bien tard, le soleil terminait sa course derrière le voile nuageux et elle savait qu'elle n'avait plus aucune réunion de prévue. Il n'y avait plus de paperasse à remplir, en partie grâce à Shizune qui l'avait assistée avec les dernières piles de dossiers. Elles avaient toutes les deux hâtes que la soirée se termine après tout.
Il y eut une pause, une hésitation, et, enfin, Jiraiya entra dans la pièce. Cela suffit pour faire arquer un sourcil à Tsunade et lui faire poser son verre, parce qu'elle ne pouvait pas se souvenir de la dernière fois où Jiraiya avait utilisé la porte plutôt que la fenêtre. Il avait l'air épuisé, aussi, fatigué, mais également tendu, les membres bandés par l'agitation alors qu'il approchait du bureau, ses geta claquant bruyamment sur le sol de la pièce silencieuse. Elle ne voyait aucune blessure, aucun problème pour bouger qui exprimerait une douleur quelconque, néanmoins...
Néanmoins.
– Jiraiya ? fit-elle et sa voix avait l'intonation d'un Hokage, parce qu'il était clair que cet homme devant elle était son meilleur Jônin, son maître dans l'art de l'espionnage, plus qu'il n'était son coéquipier ou son ami d'enfance.
Jiraiya lui offrit un bref sourire blafard, mais il ne se détendit pas, ne se relaxa pas bien qu'en principe, il serait déjà affalé dans le siège.
– Tsunade, retourna-t-il. Je… vais quitter le village pour quelques jours.
Le jour de l'ouverture du premier Examen de Sélection des Chûnin depuis la dernière désastreuse tentative d'invasion d'il y a sept ans approchait pour Konoha. Le village était puissant, c'est vrai, mais les autres nations l'étaient également, et avec l'état pacifié du monde aujourd'hui, la moindre faiblesse serait dénotée durant l'évènement. C'était la manière la plus innocente de cerner quelques rivalités, après tout, et un parfait tremplin pour la démagogie des Kage, aussi. Tsunade avait besoin de la présence de tous ses Jônin, et elle s'apprêtait à ouvrir la bouche pour le rappeler à Jiraiya lorsqu'il leva une main pour la stopper, secouant la tête.
– C'est à propos de l'Akatsuki, dit-il et elle resta silencieuse. Ce matin, je me suis entretenu avec l'un de mes contacts qui a réussi à infiltrer leur base. Avec les informations qu'il m'a fournies, nous pouvons attaquer les premiers, et vu que leur attention est ailleurs pour le moment, c'est maintenant ou jamais.
Dans un léger soupir, Tsunade retourna à sa chaise, s'enfonçant dans le siège confortable qui ne l'était pas assez et accordant toute son attention à l'Ermite des Crapauds en croisant les mains sur son bureau.
– Ce n'est pas aussi simple, objecta-t-elle. Jiraiya, nous utilisons déjà toutes nos ressources entre les préparations pour l'Examen et les missions de routine. Je ne peux pas me permettre d'envoyer un autre Jônin avec toi et ce serait signer son arrêt de mort de demander à un Chûnin d'y aller, même pour l'élite. Et je ne te laisserais pas y aller seul, ce serait du suicide.
Ce ne fut pas… surprenant de constater que Jiraiya ne semblait pas le moins du monde intimidé à cette idée. Elle le connaissait depuis qu'ils étaient gosses et il n'avait jamais, jamais bien accueilli l'idée de renforts. Il fit un simple geste de la main, écartant l'affirmation et lui offrit un sourire qui n'aurait pas dû être aussi insouciant qu'il l'était présentement.
– Ne te fais pas de bile, hime, mon informateur m'y accompagne.
En tant que shinobi, en tant que Kage, Tsunade avait parfaitement conscience du genre de personnes qui vendaient des informations - particulièrement des informations aussi confidentielles, dangereuses et importantes que celles-ci - aux villages cachés, et ils étaient toujours soient désespérés pour un peu d'argent ou à la recherche de quelque chose en retour. En plus de ça, il y avait toujours un pourcentage de chance pour que l'information soit fausse, ou qu'elle soit manipulée par son sujet pour tendre un piège à Konoha. Mais si Tsunade, elle, le savait, il n'y avait pas de doute que Jiraiya en ait davantage conscience, et elle pouvait voir la détermination s'inscrire sur toutes les lignes de son visage.
Elle se demandait, parfois, à quel point sa vie serait différente si Jiraiya avait un degré d'entêtement dans la moyenne au lieu de la quantité surnaturelle avec laquelle il était né.
– Tu lui fais confiance ? lui demanda Tsunade la voix sûre, et c'était la question à un million de ryô, pas vrai ? C'était aussi ce genre de questions auxquelles, dans le monde des shinobi, on pouvait rarement répondre par oui. Jiraiya, tu vas te frotter à l'Akatsuki. Est-ce que tu fais confiance à ton informateur pour protéger tes arrières dans cette situation ?
Jiraiya resta silencieux, tournant et retournant l'idée dans sa tête. Une partie de Tsunade était heureuse de voir qu'il y réfléchissait sérieusement, mais une autre était aussi très inquiète de constater qu'il ne pouvait pas lui donner une réponse immédiate.
Au bout d'un moment, Jiraiya lui sourit, et elle voyait bien qu'il retenait quelque chose derrière cette expression, mais… il sourit. C'était chaleureux, joyeux et enthousiaste, et Tsunade ne l'avait pas vu sourire comme ça depuis des années. Pas depuis que Naruto avait maîtrisé et perfectionné le Rasengan, puis s'était envolé.
– Oui, dit-il, croisant ses yeux avec franchise. Je peux lui faire confiance. Et puis, de toute façon, je ne voudrais personne d'autre pour cette mission, hime. La discrétion va nous permettre d'avancer bien plus vite que d'enfoncer la porte d'entrée. Même moi je ne suis pas assez téméraire pour foncer tête baissée après une telle organisation. Nous nous faufilerons par la porte cachée qu'il connaît tant qu'ils se trouvent encore tous dans la base, nous en ferons tomber autant que nous le pourrons avant qu'ils ne sonnent l'alarme, et ensuite nous filerons avant qu'ils puissent riposter. Ce sont tous des déserteurs de rang S, mais ensemble et avec un plan assez solide, je crois bien que nous pouvons réussir à prendre le dessus.
Un informateur qui a réussi à infiltrer le quartier général de l'Akatsuki, qui était assez puissant pour que Jiraiya se sente confiant à l'idée de courir après huit impitoyables et redoutables shinobi avec lui, auquel Jiraiya faisait confiance, mais ne la lui accordait pas entièrement, dont il ne voulait pas lui révéler le nom… sincèrement, il n'y avait pas beaucoup de personnes qui pouvaient correspondre à la description, et Tsunade mordit sa lèvre sous une inquiétude étroitement contenue. Mais pour tous les démons d'Orochimaru, malgré tout ce qu'il avait fait, Tsunade avait toujours su lire en lui. Leur affrontement, il y a sept ans, lorsqu'il avait offert de ramener Dan et Nawaki à la vie, c'était honnête. Et chez lui, Tsunade avait revu l'ombre du petit garçon terrifié et furieux devant les pertes qu'il devait supporter, qui souhaitaient rendre immortels tous ceux autour de lui pour qu'il n'ait plus jamais à en passer par là.
Les gens - et elle également - oubliaient toujours que sous le monstre, il y avait un homme. Un shinobi qui avait combattu lors de deux guerres et qui avait un jour été l'une des armes les plus efficaces de Konoha. Ils le traitaient comme tel, aussi, traitaient tous les Sanin de la même façon, et alors que Tsunade avait eu Dan pour l'en distraire, alors que Jiraiya avait eu les orphelins d'Ame, puis l'équipe avec Minato, Orochimaru - lui, si distant et réservé, si intelligent qu'il se trouvait à un niveau complètement différent des autres - Orochimaru n'avait eu personne. En partie parce qu'il l'avait choisi, c'était certain, mais aussi parce qu'il était terrifiant, si froid et lié si étroitement aux serpents que personne n'osait s'approcher. Et donc, personne ne le faisait.
Elle le détestait, oui. Il avait tué Sarutobi et avait tenté de détruire Konoha. Il menait des expériences sur des êtres humains et mettait fin à la vie de nombreux innocents en tentant de jouer les dieux. Mais elle l'aimait également, aimait le garçon qu'il était par le passé et l'homme qu'il était devenu, l'ami, le confident et le "frère" qu'elle avait perdu il y a longtemps.
Mais… peut-être qu'il n'était pas complètement perdu, ou du moins qu'il ne l'était plus.
Il y avait une part de Tsunade - celle sauvage, téméraire, têtue, celle qui lui avait permis de survivre au sein d'une équipe avec deux des meilleurs ninjas que Konoha ait jamais produits, qui lui avait permis de prospérer, de s'épanouir et de se construire à leurs côtés - qui l'incitait à se lever et partir avec Jiraiya, à se rendre jusqu'à la cachette de l'Akastuki, Jiraiya et Orochimaru de chaque côté, exactement où elle était supposée être. À laisser toutes ses responsabilités, ses devoirs et le couteau remuant dans la plaie qui venait avec sa présence à Konoha derrière elle et simplement… s'en aller. Reforger son équipe, sa famille, depuis les cendres en lesquelles elle s'était muée. Sûrement qu'en face de trois Sanin, même l'Akatsuki n'avait aucune chance. Sûrement qu'ensemble - comme ils auraient toujours dû l'être -, il n'y avait pas un seul obstacle qui pouvait se dresser sur leur chemin.
Elle était le Hokage, néanmoins. Son visage était gravé dans la roche, veillant sur le village qu'elle avait promis de protéger, et si elle avait un jour incarné quelque chose, c'était la loyauté. Toute sa vie, elle avait été loyale à ses idéaux, à la paix, la justice et la rédemption, même si elle devait se battre et tuer pour eux. Pendant trente ans, elle avait été loyale à la mémoire de Dan, à l'amour qu'ils partageaient. Pendant sept ans, elle avait été loyale à son village, comme seul un Kage pouvait l'être et elle ne pouvait pas abandonner ça.
En plus, Shizune et Sakura la pourchasseraient très certainement pour la traîner par les cheveux au village si elle osait ne serait-ce qui penser.
Avec un doux soupir aussi amusé que résigné , Tsunade fouilla dans un tiroir pour dénicher un formulaire de mission, remplit machinalement les détails importants et le tendit à Jiraiya. Mais lorsqu'il tenta de s'en emparer, elle affermit sa prise dessus et le fit la regarder droit dans les yeux.
– Juste… soyez prudent, plaida-t-elle. Tous les deux.
La surprise fleurit sur son visage marqué l'espace d'un bref instant avant qu'elle ne soit remplacée par une compréhension affectueuse et chaleureuse de ses sentiments.
– Évidemment, répondit-il dans un sourire. Nous serons de retour avant même que tu ne t'aperçoives de notre absence, hime.
C'était aussi ce qu'il avait l'habitude de dire, lorsqu'il était plus jeune. Lui et Orochimaru, tous les deux, apaisant ses inquiétudes avec des sourires et des promesses faciles, revenant à la maison la peau parsemée de bleus, et la quittant aussitôt avant même d'être complètement rétablis. Franchement… et on se demandait encore pourquoi elle était un aussi bon médecin. C'était seulement dû au fait qu'elle avait eu à de nombreuses reprises l'occasion de pratiquer en grandissant.
Soupirant, Tsunade lâcha le papier, observant Jiraiya noter le reste, puis l'accepta lorsqu'il le lui rendit et le rangea.
– Bonne chance, dit-elle, tentant un sourire. Elle n'en avait plus l'habitude, cette teinte de je-suis-inquiète-et-résignée-mais-j'ai-espoir, comme ses pensées 'Orochimaru-et-Jiraiya' ne lui venaient plus aussi facilement qu'avant, lorsqu'ils étaient encore muscles et cerveau, toupet et ruse, une équipe, plutôt que deux ennemis mortels.
Jiraiya lui lança un salut et un clin d'œil espiègle avant de partir à grandes foulées vers la porte et par-delà, dans la lumière décroissant rapidement.
