RARs :
Nosh : Je ne nie pas l'être un peu - sadique -, mais tout auteur.e ne l' pas un peu ? Je suis contente que tu les aimes bien, ces petits genin, puisqu'on va les revoir à l'occasion ! J'ai hâte de savoir ce que tu as à dire sur ladite confrontation, puisque confrontation il y a dans ce chapitre (oups, spoil x) Je t'embrasse fort fort, encore une gros MERCI pour tout tes encouragements, que ferai-je sans toi ? Je te souhaite toujours une bonne lecture et à très vite j'espère !
Cosmo : C'est certain que dans cette histoire, ils s'embrassent assez rapidement par rapport à leurs retrouvailles, mais rappelons-le : Sasuke en avait envie depuis bien longtemps ! Haha, la frustration a pris le dessus ! Et puis, tant que Naruto est pour, y a pas de problème :p Hâte de savoir ce que tu vas penser de ce chapitre ! Je t'embrasse fort et une très bonne lecture à toi !
Raph1978 : Hé ! Merci pour avoir noté les petites fautes, quand j'aurais le temps, je ferais passer tous mes chapitres sous un logiciel de correction que j'ai acquis tout récemment (je suis déjà en train de le faire pour mes autres fictions) ! Les choses commencent effectivement à bouger et maintenant que c'est enclenché, plus rien ne peut arrêter cette roue ! Hâte de savoir ce que tu penses de ce chapitre (*grand sourire*), je t'embrasse fort et je te souhaite une très bonne lecture !
J'espère que la reprise n'a pas été trop difficile pour vous, je vous embrasse fort et vous souhaite encore du courage !
chapter 17: leitmotif for the storm's left hand
[Leitmotiv : Motif musical répété dans une œuvre, caractérisant un personnage, une situation, etc.]
Le dos de Naruto était toujours pressé tout contre le large tronc ancestral derrière lui, mais il était à présent assis sur la branche, les bras enroulés autour des épaules de Sasuke alors que celui-ci s'était agenouillé aussi près de lui que possible, à en avoir presque Naruto sur les genoux. D'aussi près, Sasuke pouvait savourer la chaleur des expirations de Naruto remuant ses mèches, et à l'endroit où son front était calé contre la naissance du cou du blond, il pouvait sentir les pulsations du sang coulant dans ses veines.
Ce n'était pas la première fois qu'ils étaient aussi proches l'un de l'autre, ils l'avaient été lors de leurs face-à-face pour l'entraînement ou lors de leurs affrontements à l'Académie, ou encore lors des missions où ils étaient collés ensemble, intentionnellement ou pas d'ailleurs, mais il était fort possible que Sasuke n'ait jamais pris le temps d'apprécier ces moments auparavant. En fait, il ne pouvait pas se souvenir d'un seul instant où il avait été aussi proche de quelqu'un dans sa vie, à l'exception de quelques coups d'un soir… peu satisfaisants lors de missions. Sasuke les avait tous tolérés, mais jamais avec enthousiasme, et quelle que soit l'attirance physique qu'il avait alors ressentie, elle était très vite retombée.
Mais comme ça, pressé tout contre Naruto et ses longs doigts si familiers - avec de nouvelles cales et d'autres, plus importantes que ce dont il se souvenait, mais toujours aussi intimement connues - qui glissait dans ses cheveux, Sasuke songea que c'était peut-être ce qui lui avait manqué dans ces moments-là. Une connexion émotionnelle, peu importe qu'il ait pu rire à cette simple mention il y a quelques années de cela. Il n'y avait très peu de personnes que Sasuke s'était laissé apprécier, et encore moins avec lesquelles il pouvait affirmer avoir un véritable lien - et parmi ceux-là, Naruto était le seul avec qui il voulait une liaison. Il en avait plus envie que jamais jusqu'alors, quelque chose d'indestructible et d'immuable, quelque chose qui n'allait pas s'essouffler, qui n'allait pas se briser, qui n'allait pas s'user, pour les lier l'un à l'autre de manière irrévocable.
Pendant sept ans, il avait cherché à le retrouver, depuis le premier jour où il avait repris connaissance dans un Konoha qui pouvait alors être tout aussi bien vide à ses yeux. Sept ans, et il y avait un monde entre le garçon renfrogné, obsédé par la vengeance, qu'il était, mais cette fois-ci…
Cette fois-ci, il n'allait pas laisser Naruto repartir.
Le blond remua légèrement contre lui, changeant ses membres de position et se mettant à nouveau à l'aise, et le bras autour de l'épaule de Sasuke le serra un peu plus fort, les doigts dans sa crinière lissant les mèches hérissées une dernière fois avant de glisser sur la courbure de sa nuque. Sasuke ne bougea pas d'un pouce, malgré le signe évident que ce moment arrivait bientôt à sa fin. Au contraire, il se pressa un peu plus contre lui, laissa Naruto supporter un peu de son poids pour le plaquer sur place et resserra son étreinte là où ses bras enserraient déjà le torse du blond.
– Teme, souffla Naruto après un moment, d'une voix douce, mais claire, et Sasuke pouvait sentir ce mot faire écho dans sa poitrine alors qu'il s'évaporait dans l'air. C'est super tout ça, mais il y a toujours une minie armée à nos trousses, là. Nous devrions partir avant qu'ils nous trouvent.
– Après toi, tu veux dire, le corrigea Sasuke, simplement pour être contradictoire - et parce qu'il nierait toujours le sentiment de chaleur qui avait explosé dans sa poitrine lorsque Naruto avait admis apprécier leur position actuelle (même s'il se servait encore de mots enfantins comme "super", ce qui n'était même pas proche de pouvoir la décrire, et Sasuke était plus qu'offensé qu'il ose résumer ça avec n'importe quel mot). Il ne fit pas un geste, pourtant. Et tout va bien. Un… ami a accepté de les occuper.
Il grimaça légèrement en utilisant ce titre, mais l'épine-dans-le-pied-envers-laquelle-je-suis-obligé-d'être-courtois était un nom à coucher dehors qui pouvait être facilement mal interprété.
– Sasuke !
Naruto paraissait presque alarmé.
– Toute cette affaire était censée rester secrète !
Sasuke leva les yeux au ciel.
– Et ça devait l'être avant ou après qu'ils aient envoyé ces brigades à tes trousses ? demanda-t-il sèchement, et il grogna lorsque Naruto envoya un coup sur son épaule. Hn. Dobe. Je ne lui ai rien dit, je lui ai juste demandé de les éloigner. Il était dans la Racine avant, il sait comment les tenir occupés.
Naruto se raidit à ces mots, mais Sasuke ne lui laissa pas le temps de réagir, et après un moment, il força son corps à se relaxer de nouveau. Une main passa dans les cheveux de Sasuke alors que le blond soupirait, l'ombre d'une aggravation dans son souffle.
– Teme, murmura-t-il à nouveau, mais ses doigts étaient tendres. Ah, bon sang. Haku va me tuer. Comment est-ce que tu as réussi à voir au travers des deux couches de mon déguisement ?
– Deux ?
Sasuke leva enfin la tête, arquant un sourcil pour signifier son incompréhension. Tu veux dire, le masque et les lentilles ?
Naruto roula les yeux.
– Non. Je veux dire…
Il hésita, puis il souffla une brève, mais nette expiration.
– Youko était la première couche. Tous ceux qui essayaient de creuser un peu plus loin étaient supposés en venir à la conclusion que Youko était en réalité Uzumaki Arashi et ne pas chercher plus loin. Mais tu as toujours été un emmerdeur borné au possible, je suppose.
Sasuke cligna des yeux, les pièces du puzzle s'assemblant enfin. Quelque part, ce n'étaient pas vraiment les révélations auxquelles il s'attendait. Naruto avait toujours crié à qui voulait l'entendre qu'il deviendrait Kage plus tard, et il les avait simplement laissés penser qu'il parlait de la place du Hokage.
– Je n'ai rien deviné, admit-il après quelques battements. Je t'ai juste… vu. Avec Iruka. Tu ne peux pas tout dissimuler, surtout quand tu es avec quelqu'un que tu aimes.
– Je l'ai plutôt bien caché lorsque j'étais avec toi, grommela Naruto, et Sasuke ressentit une autre de ces vagues de chaleur dans la poitrine devant l'admission déguisée qu'il était bien quelqu'un de précieux aux yeux de Naruto. Il le savait déjà, mais… il ne l'avait tout simplement pas encore compris jusque-là.
Mais il n'allait certainement pas révéler ça à voix haute, donc il couvrit l'éclat de l'émotion qui l'avait traversé avec un reniflement moqueur…
– Hn.
… et avec un petit coup de son poing contre la tête du blond.
– Ça, commença-t-il, ses propos passant au-dessus des protestations de Naruto, c'est pour cette stupide conversation au marché, usuratonkachi.
– Je suis Kage, objecta Naruto, se frottant le crâne en jetant à Sasuke un regard furibond. C'aurait certainement été plus efficace s'il ne luttait pas contre un sourire et si Sasuke n'était pas distrait par ses yeux stupidement bleus. Tu ne peux plus m'appeler comme ça maintenant, teme !
Sasuke lui lança un regard plein d'incrédulité, parce qu'il le pouvait, tout simplement.
– Hn, fut son seul accusé de réception, mais il se mut légèrement, se remettant sur ses genoux tout en gardant ses mains étroitement enroulées autour de Naruto. Il ne prendrait pas le risque que Naruto puisse s'enfuir en plein milieu de la discussion ; il voulait des réponses. Plus que ça, il n'autoriserait jamais plus Naruto à le fuir. Pas une seconde fois.
– Explique, lui ordonna-t-il.
Il pouvait presque voir Naruto débattre avec lui-même pour savoir s'il jouerait à celui qui ne comprenait pas ou qui n'avait pas bien interprété la question, mais heureusement pour la patience de Sasuke, il finit par céder dans un autre soupir et dit platement :
– Danzo est corrompu.
Sasuke considéra l'idée, considéra ce qu'il savait par Sai des actions passées de Danzo, jusqu'à en arriver à forcer l'inclusion de Sai à l'équipe 7 pour retrouver et soumettre Naruto à sa volonté, ou s'en débarrasser si cela s'avérait impossible. Puis, oui, finalement, il arrivait à y croire. Mais il avait comme l'impression qu'il n'y avait pas que ça, et il arqua un sourcil pour faire cracher le reste à Naruto.
Le blond marque une hésitation. Il mordit sa lèvre et Sasuke sentit quelque chose de froid lui enserrer la poitrine, faisant disparaître toute la chaleur que la proximité avec Naruto faisait naître en lui.
– Naruto ? l'appela-t-il, parce que même lorsqu'il cachait son identité, Naruto avait toujours été franc. Même lorsqu'il esquivait un problème - son enfance, sa solitude, son fardeau en tant qu'hôte de Konoha - il n'avait jamais évité une question comme il le faisait maintenant. Et, c'était… inquiétant.
Une autre seconde de silence, puis Naruto replanta ses yeux dans les siens, quelque chose comme une prise de décision affligée brillant dans ses yeux.
– Il y a tellement de choses à dire, Sasuke, finit-il par sortir, la voix peinée, épuisée et démunie. C'est… c'est lui la raison de la destruction d'Uzushio la première fois. Si Danzo n'avait pas trouvé la faiblesse d'Uzushio et n'avait pas donné à Kiri un moyen de contourner les barrières, les miens seraient encore en vie. Il a détruit l'organisation initiale de l'Akatsuki, qui était supposé apporter la paix, et… et…
Il laissa sa voix se perdre, fermant les yeux et passant ses mains dans ses longs cheveux, les doigts se coinçant sur le chemin des fines tresses et dans les nœuds lâches qui s'y trouvaient, et faisant tomber plusieurs mèches claires devant ses yeux. Un autre long moment et il posa une fois de plus les yeux sur lui, rencontrant immédiatement ceux de Sasuke.
– Je… Sasuke…
Il s'interrompit de nouveau, l'impuissance retournant à pleine force, un sentiment que Sasuke n'avait jamais vu sur le visage de Naruto jusque-là, même lors des pires situations.
Tendant la main devant lui, Sasuke posa brièvement ses doigts sur la joue du blond, puis les fit glisser sous sa douce chevelure pour aller gentiment pincer l'arrière de son cou et le fit se rapprocher, jusqu'à ce que leurs fronts se touchent et que leurs souffles se mêlent.
– Dobe, murmura-t-il et l'habituelle insulte portait plus de tendresse que ne le pourraient jamais n'importe quel mot doux. Je t'écoute. Dis-le.
Un poids s'était déjà installé dans son estomac. Ça… allait être mauvais, quoi que ça puisse être.
Naruto expira, inspira à nouveau et reprit très doucement :
– Il y a douze ans, le clan Uchiha se sentait complètement ostracisé par le reste du village et préparait un coup d'État pour reprendre le pouvoir à Konoha. Le Sandaime et Danzo en eurent vent. Sarutobi voulait que cela se règle dans la diplomatie, mais ce n'était… pas le cas de Danzo. Il a fini par prendre les choses en mains derrière le dos du Hokage et…
– Il s'est servi d'Itachi, termina Sasuke lorsque Naruto n'eut plus les mots, parce qu'il pouvait voir là où ça les menait. Plus encore, il savait où cela les menait. Il se souvenait du sang, des corps et de son frère se tenant devant lui, le visage complètement impassible si ce n'est pour ses yeux hagards. En y repensant, Sasuke avait toujours cru que la folie qu'il y voyait était ce qui avait engendré ce massacre. Mais… se pourrait-il que ce soit le contraire ?
Il ferma les yeux, déchirés entre le chagrin et la rage, sentiments tous deux aussi brûlants l'un que l'autre tandis qu'ils se confondaient au sein même de ses entrailles, et une sorte d'étrange et vertigineux soulagement le submergea. En toute logique, il ne devrait pas ressentir cela, ne devrait même pas y penser, car en dépit de la cause, Itachi avait quand même commis le crime en question. Il les avait quand même tous fauchés, même la vie de leurs parents, il avait massacré un clan entier en l'espace d'une seule nuit, mais…
Mais ce n'avait pas été sa décision. Il obéissait à des ordres, comme il l'avait toujours fait. Des ordres donnés par la mauvaise personne, peut-être, mais il devait bien y avoir une raison pour ça, quelque chose qui expliquerait pourquoi Itachi, qui détestait la violence, comploterait avec Danzo au lieu de Sarutobi, lui qui n'appréciait en rien les meurtres gratuits. Une raison pour laquelle Sasuke avait été le seul à en réchapper cette nuit-là, et une appréhension naissante se fit une place au cœur de son ventre lorsqu'il réalisa que les deux avaient certainement un lien.
Chantage, songea-t-il, malade, et c'est vrai qu'il n'avait rien d'un innocent, étant devenu shinobi à l'âge d'onze ans et membre de l'ANBU depuis qu'il avait atteint la quinzaine, mais ça… c'était un clan dans son entièreté. Un clan de Konoha, depuis les aînées jusqu'au dernier nouveau-né, et…
Sasuke expira un souffle tremblotant, la douleur dans sa poitrine lui indiquant qu'il avait oublié de le faire l'espace de quelques battements. Un faible bruit passa ses lèvres sans l'approbation de son cerveau étourdi, un son bref et meurtri, presque bestiale, et ses mains agrippant fermement Naruto étaient endolories, mais le blond ne protestait pas.
– Désolé, souffla Naruto dans l'espace les séparant, et Sasuke sut au ton qu'il emprunta qu'il l'était vraiment - désolé d'être porteur de si terribles nouvelles, désolé de la perte que Sasuke avait subie, désolé de lui infliger un tel désarroi émotionnel à l'aide d'une simple poignée de mots. Désolé, Sasuke. Je suis tellement désolé.
De nouveau, il passa ses bras autour de lui et le tira dans son étreinte tandis qu'il appuyait son dos contre le tronc de l'arbre, laissant Sasuke s'affaisser contre son torse. Ça faisait… du bien. Ainsi, Sasuke pouvait prétendre, même à lui-même, qu'il était retenu contre son gré. Que Naruto avait initié ce… cette étreinte, et qu'il n'avait aucune part là-dedans. Qu'il ne rêvait pas du réconfort que lui apportait cette proximité, de la chaleur d'un autre être humain, des battements de cœur qui s'imprimait doucement contre sa joue.
Il pouvait prétendre, enfiler un masque, mais dans l'obscurité de la forêt en cette nuit, Sasuke retournait l'embrassade avec autant de fermeté, se cramponnait à lui et pressait son visage contre la poitrine de Naruto et humait son parfum de brise marine et des rayons du soleil au gré du vent, et il pleurait enfin son grand-frère comme il ne se l'était jamais permis jusqu'à maintenant.
.
– Tu vois quelque chose ?
Ao grogna, désespérément contrarié, n'essayant même pas de réactiver son Byakugan. Il y avait de bonnes chances pour que la vue n'ait pas changé, comme elle ne l'avait pas fait ces cinq derniers jours.
– Non, Chôjûrô, je ne vois rien, craqua-t-il, souhaitant en son for intérieur être n'importe où ailleurs, avec n'importe qui d'autre. Le mieux serait à Kiri, tenant son rôle de garde auprès du Mizukage comme il était censé le faire, au lieu d'être bloqué sur un bateau au beau milieu de l'océan, à la poursuite de ragots, et incapable d'échapper à la compagnie d'un des hommes - si l'on pouvait même le traiter de tel - les plus agaçants qui existent.
Fouettant l'air de la main, il scruta la brume qui s'étendait à tribord comme une sorte de mur, obscurcissant complètement ce qu'il y avait derrière. Le Pays des Tourbillons, si on en croyait la carte, pas qu'on puisse le deviner en ne faisant que regarder.
– Mes yeux discernent le chakra, ils ne peuvent pas voir à travers et lorsque je regarde dans cette direction, tout ce que je peux voir, ce sont... des taches de lumière.
Il grimaça aux derniers mots, aussi dégoûté par sa performance que par cette barrière.
Chôjûrô remonta ses lunettes, assis en tailleur sur une caisse remplie du fruit de leur pêche, seule chose productive de la mission jusqu'à présent. Toutefois, Ao avait le vague sentiment que Mei ne serait pas très impressionnée lorsqu'on lui présenterait les plusieurs kilos de poissons sous scellé plutôt que la réponse des Tourbillons pour laquelle elle les avait envoyés ici.
– Je vois… je suppose, dit-il nerveusement, et Ao leva les yeux au ciel et ravala la semonce qui voulait lui échapper. Après presque douze ans à avoir été exposé aux multiples menaces de mort de Terumi Mei, maîtriser la moindre de ses paroles était devenu une habitude, même lorsqu'elle n'était pas présente, mais il est vrai que parfois, ça le prenait encore.
C'était peut-être pour ça qu'elle lui avait assigné cette mission en premier lieu, mais Ao aimait penser que le Mizukage n'était pas aussi mesquine que ça. Elle savait ce qu'il pensait de Chôjûrô, quand même !.
Et là, Chôjûrô ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose d'autre, et son souffle sortit sous la forme d'un petit nuage de fumée blanche.
Ao se tendit, bondissant sur ses pieds, kunai au poing, mais avant qu'il ne puisse faire le moindre geste, il y eut soudain un tourbillon d'air encore plus glacial, une montée subite de chakra, et l'eau sous le navire s'éleva en se transformant en glace pour les y piéger. Le bois craqua dangereusement au brusque changement de température, et Ao eut une pensée pour la solidité de la coque alors même qu'il se jetait sur la silhouette sombre qui venait de se poser sur le pont. L'attaquant ne fit pas le moindre geste, néanmoins, et Ao reconnut la distraction pour ce que c'était vraiment une demi-seconde avant que quelque chose de lumineux et pailleté vienne aveugler complètement l'espace l'entourant. Jurant, il reprit ses positions aux côtés de Chôjûrô, immobile et méfiant, mais prêt, et cligna rapidement des yeux pour tenter d'ajuster ses yeux.
Lorsqu'il fut de nouveau capable de voir correctement, la première chose qui entra dans son champ fut la silhouette d'une personne brune se tenant devant la rambarde, ses expirations sortant par bouffées blanches, avec quatre autres compagnons ninjas groupés tout autour d'elle. Dans l'air au-dessus de leur tête, volant à l'aide d'ailes de coléoptère battant si rapidement qu'on ne les voyait pratiquement pas, se tenait un autre shinobi, sûrement celle qui leur avait jeté de la poudre à la figure.
– Ils portent des bandeaux frontaux, souffla Chôjûrô, l'air abasourdi même s'il avait déjà Hiramekarei en main et prête, et Ao leur jeta un autre coup d'œil. C'étaient bien des hitai-ate et la spirale qui s'entortillait dessus lui était familière, même si cela faisait un moment qu'il ne l'avait pas vu en vrai. Ce n'était pas des dissidents, donc, ni des déserteurs.
– Douze de plus sous le pont les informa une kunoichi aux cheveux rouges appartenant à leur groupe, le regard dans le vague d'une manière qui n'était pas inconnu à Ao. Un ninja sensoriel, donc. Plus, ces deux-là et l'idiot qui se cache derrière cette caisse là-bas et qui se prépare à faire quelque chose de vraiment stupide.
Ao risqua un coup d'œil et, effectivement, l'un de leur Jônin le plus impétueux croisa ses yeux et grimaça. Il s'arrêta tout juste avant de rouler des yeux. À son époque…
– "Toujours aussi fourbes," fit celui ? celle ? enfin, la personne se trouvant tout devant, dans un bref sourire, un de ceux qui n'atteignit pas ses yeux marrons. L'attention du shinobi se tourna ailleurs, et elle (il ?) la porta sur Ao, l'identifiant clairement comme leur leader. "Kirigakure devrait savoir que ces eaux appartiennent au Pays des Tourbillons," reprit-il (certainement ?) le plus poliment du monde, confirmant par là les soupçons d'Ao ; il ne s'agissait donc bien pas d'un groupe de voyous clamant leur une partie du territoire. Pas s'il défendait le Pays des Tourbillons dans son entièreté. Veuillez préciser vos intentions ou nous serons obligés de vous faire disparaître. Par la force, si nécessaire.
– Haku…
L'homme immense aux cheveux oranges derrière le brun (la brune ?) interrompit son mouvement vers l'avant, et le shinobi aux cheveux sombres se figea. Une inspiration, puis il (elle ?) hocha faiblement de la tête.
– Oui, Jûgo, je suis au courant de nos ordres.
Le regard perçant se releva sur eux, se braqua dans celui d'Ao, et le shinobi haussa un sourcil élégant.
– Votre explication ?
– Votre identité ? répliqua Ao. Qui êtes-vous ? Donnez-moi une seule bonne raison pour que je doive m'expliquer à vous.
Les yeux du leader se plissèrent légèrement, mais la réponse vint immédiatement.
– Je suis Haku, garde du corps en chef du Yondaime Uzukage. Voici Uzumaki Karin, à la tête de l'Unité des Traqueurs… (La fille aux cheveux rouges renifla en remontant ses lunettes sur son nez.) … Jûgo d'Otogakure… (Un hochement de tête poli de la part de celui aux mèches orangées.) … et Uzumaki Anzu et son mari, Ken, deux de nos Jônin d'élites.
Les deux à sa gauche, une femme aux cheveux rouges si sombres qu'ils étaient presque noirs et un homme blond à la même peau foncée qu'on retrouvait souvent à Kumo, inclinèrent la tête sans le lâcher une seule seconde du regard et en gardant leurs mains solidement accrochées à leurs armes.
Toutefois, le cerveau d'Ao s'était arrêté entre le mot 'Uzukage' et la gravité avec laquelle il avait été prononcé. Ce n'était pas un imposteur, pas un usurpateur, mais un Kage, un Kage même très respecté par son peuple, de toute évidence, le chef d'un village assez large pour posséder une Unité de Traqueurs et des Jônin d'élites, même.
Alors, c'était ça la cause de la subite baisse d'affectation de missions pour Kiri de la part des îles alentours. C'était ça la raison pour laquelle les Tourbillons étaient couverts d'une barrière assez puissante pour faire obstacle à une armée entière, et pour laquelle le Pays s'était soudain isolé, à l'exception de quelques voies commerciales clandestines qu'ils empruntaient toujours pour marchander avec les plus petits pays. Après tout, un village était toujours plus faible durant sa construction - ou sa reconstruction, dans le cas présent - et son Kage devait certainement vouloir éviter toutes fuites pour devancer ceux qui voudraient en prendre avantage. Et, étant donné que c'était Kiri qui avait détruit Uzushiogakure la dernière fois… Ao retint une grimace en réalisant que ce n'était pas une approche absolument antagoniste envers une simple observation totalement pacifique, mais plutôt une réaction totalement compréhensible après la dernière fois où Kiri avait violé les eaux des Tourbillons.
– Nous ne sommes pas là pour nous battre, dit Chôjûrô en avançant, les mains se levant dans un signe de paix. Mizukage-sama était inquiète à propos de la situation du Pays des Tourbillons après qu'il se soit complètement retiré du réseau des autres nations. Elle se sent responsable de son état, sachant...
Il laissa un blanc, l'air mal à l'aise, évidemment incertain quant à la manière d'aborder le sujet.
– Sachant que l'un de ses prédécesseurs est la cause principale de la perte de la première ligne de défense d'Uzushio le jour où elle a été rasée ? finit la femme la plus âgée pour lui, la bouche serrée en une fine ligne. Ao l'étudia du regard, et au vu de son âge, elle devait n'avoir été qu'une enfant lorsque Uzushio était tombée - peut-être même Genin ou nouvellement admise au rang de Chûnin. Il ravala le douloureux pincement de regret et se força à opiner de la tête.
– Oui, confirma-t-il. Mizukage-sama aimerait corriger les torts de Kiri, peu importe à quel point ils peuvent être anciens. C'est pour cette raison qu'elle nous a envoyées. Nous ne vous voulons aucun mal.
Dans le bourdonnement des ailes d'un insecte et un bruit sourd, la kunoichi aux cheveux verts - la seule qui n'avait pas été présentée, nota Ao, ses yeux se plissant de suspicion - se posa sur la rambarde, gardant facilement l'équilibre en dépit de l'angle prononcé du basculement du navire.
– Ils disent la vérité, au cas où vous vous demandez, fit-elle joyeusement, mais ses yeux étaient toujours aussi perçants, voguant d'un shinobi de Kiri à l'autre.
Elle seule, réalisa Ao, portait une hitai-ate légèrement différent de celui de ses compagnons. Il arborait toujours la spirale d'Uzushio, mais il y avait six ailerons et une ligne ressemblant à une queue recourbée qui s'échappait du cercle externe, bien espacés et dessinés avec soin ; pas quelque chose fait au kunai dans un élan de créativité. Cela avait une signification, c'était évident, mais Ao suspectait que ce n'était sûrement pas le bon moment pour demander.
Haku la regarda un moment, puis détourna les yeux, mais la tension sembla disparaître quelque peu de ses épaules et il recula d'un pas.
– Le Pays des Tourbillons se porte bien, dit-il en levant le menton, et il y avait quelque chose ressemblant à du défi dans ses yeux, bien que ses mots restaient toujours aussi polis. Tout comme l'aurait appris votre Kage d'ici quelques semaines si elle participe bien à l'Examen des Chûnin. Je vous prie, la prochaine fois que vous venez en mission diplomatique, veuillez nous en informer à l'avance, que l'on puisse vous accueillir correctement.
D'un mouvement fluide et rapide de la main, la glace maintenant le navire sur place se brisa dans une fissure nette. La kunoichi aux cheveux verts se laissa tomber par-delà la rambarde puis les autres sautèrent de l'autre côté, et en moins de dix secondes, ils s'étaient tous les six retirés derrière la barrière, laissant les shinobi de Kiri retrouver leur équilibre avec beaucoup de difficultés.
Autant, songea Ao avec amertume, sur le navire qui tanguait et dans un sens plus général.
Il n'arrivait même pas à imaginer la tête que tirerait Mei lorsqu'elle apprendrait ça.
