RARs :
Raph1978 : Oh ! Merci pour cet adorable compliment ! Je comprends ta préférence pour ce moment, il est vraiment poignant. En outre, je suis contente que tu aies apprécié le passage avec Jiraiya et Orochimaru, je suis toujours plus qu'impatiente d'avoir des retours sur ces deux-là ^^ Encore désolée pour le retard, je t'embrasse fort et je te souhaite une très bonne lecture !
Guest : Oui, ce moment où Naruto laisse tomber est à couper le souffle et le manière d'écrire de l'auteure rend celui où Sasuke comprend tout très poétique ^^ Deux très bons choix, il n'y a pas de doutes ! Sur ce, je t'embrasse fort et je te souhaite une très bonne lecture !
Cosmo : Merci beaucoup pour ta compréhension ^^ Ça fait vraiment plaisir de vous voir tous si gentils. Tu es l'un.e des seul.e à m'avoir parlé de l'enfance et des flash-back de Naruto, et franchement, ce sont de beaux passages. Personnellement, j'adore les flash-back, rien que les premiers, lorsqu'il est tout gamin et qu'une voix dans sa tête lui dit que ce que raconte l'instructeur est complètement faux ! Ça s'accorde si bien avec le canon en gardant une touche de magie que j'apprécie énormément. Sur ce, je te laisse à ta lecture et je te plein de bisous !
J'ai vraiment, vraiment eu du mal à terminer le chapitre 20... Nous entamons le troisième mouvement, j'espère que vous aimerais ce chapitre, car personnellement, il y a pleins de personnages que j'adore,
Des bisous à tous.
chapter 19: false traitor's trill
[Trille : Chant, émission sonore faite d'un battement continu et très rapide sur deux tons très voisins.]
L'épuisement rongeait Itachi jusqu'à l'os.
Il avait vécu plus longtemps qu'il ne l'avait jamais prévu, plus longuement qu'il n'avait même jamais considéré être capable de tenir. Il y a douze ans de ça, lorsqu'il avait planté la graine de la destruction dans l'esprit de son petit-frère, il l'avait fait en ayant pleinement conscience de la vraie nature de Sasuke, de sa témérité, de sa ténacité et de la souche de folie leur venant de leurs ancêtres. Il avait même compté sur le fait que Sasuke grandirait seul, loin de l'influence de son clan, et y serait de ce fait moins exposé. Quelques mots, un cauchemar sanglant inoubliable, la traîtrise de celui que Sasuke aimait le plus au monde - c'est tout ce qu'il avait fallu pour activer l'œil de la haine, la malédiction si profondément inscrite dans leurs gènes.
C'était chose amusante, cette malédiction. La source de leur pouvoir, le Sharingan, mais également, leur inévitable perte. Itachi connaissait bien cette douleur, celle de la transformation qui débloquait le Mangekyo. Parfois, encore aujourd'hui, il sentait Shisui presser son œil dégoulinant de sang dans sa main, souriant tout du long. Il pouvait encore le sentir dans chaque fibre de son être, ce chagrin et ce est-ce que c'est de ma faute, qu'ai-je fait, et la perte du seul Uchiha qui l'avait toujours compris. Après ça, le blâme à l'égard de sa mort ne semblait que trop mérité, ça, et le fait d'être vu comme un meurtrier, puisqu'après tout, ne l'était-il pas ?
(Il se prenait parfois à écrire le nom de Shisui avec les signes représentant la mort par l'eau, plutôt qu'avec ceux de l'eau plate, et cela lui donnait envie de rire jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à ce que les regrets soient bien enfouis, même s'ils ne l'étaient jamais vraiment. Cela lui donnait envie de hurler aussi, parce que la malédiction aurait dû le submerger à ce moment-là, le noyer et lui donner le sursis de la simple folie. Mais sa loyauté envers Konoha l'avait autant sauvé que condamné, et il avait été laissé vivant et seul, un pacifiste responsable de plus de morts que la plupart des meurtriers de masse, un traître aux yeux du village pour lequel il ferait tout, un ennemi mortel pour le petit-frère qu'il aimait plus que la vie elle-même.)
Mais la malédiction ne s'était pas emparée de Sasuke, en fin de compte, et pour tout son génie, c'était quelque chose qui le rendait encore aujourd'hui perplexe. Durant cinq longues années, tout s'était passé exactement comme il l'avait prévu. Sasuke l'avait haï, l'avait pourchassé, et avait paru prêt à tout pour en finir avec lui, et Itachi n'avait ressenti que du soulagement au lieu du regret qui aurait dû s'enraciner. Ainsi, il avait continué sur ce chemin-là, avait continué de travailler pour l'Akatsuki et leur plan délirant et avait observé Madara se servir d'eux depuis les ombres comme de petites poupées avides de pouvoir jouer son jeu, et il s'était contenté de la certitude que tout se passait comme il l'avait voulu.
Puis, un jour, Sasuke s'était juste… arrêté. Il n'y avait plus eu une seule question au sujet de la localisation d'Itachi et de ses plans. Au lieu de ça, Sasuke s'était mis à en poser à propos de son coéquipier disparu, le jinchûriki du Kyûbi. Il avait passé deux ans en dehors du village - avec Jiraiya, et quelque chose à l'intérieur d'Itachi grinçait à l'idée même du nombre de dommages que ce pervers autoproclamé avait causés chez son innocent petit-frère - pour se mettre à la recherche du Uzumaki, et encore maintenant, cinq ans après, n'avait toujours pas donné une seule indication qu'il tenait toujours à sa vengeance.
C'était…
Comment dire ?
Dans l'ensemble, Itachi ne savait pas trop s'il était plutôt contrarié ou réjoui à cette pensée. D'un côté, cela avait fichu en l'air tous ses plans. De l'autre, dans son esprit, Sasuke serait à jamais un garçon de sept ans, adorable et souriant, peu importe combien le temps pouvait bien passer, et le transformer en un meurtrier qui ne vivait que pour se venger ne lui avait jamais tant plu, bien qu'il ait été plus que résolu à procéder de la sorte.
Si Itachi souhaitait à nouveau… motiver son frère, il y avait de bonnes chances pour qu'il doive prendre la vie d'Uzumaki Naruto. C'était peu original, sans le moindre doute, mais l'amour pouvait pervertir l'esprit et faire rebrûler la malédiction dans les yeux de Sasuke, parce qu'après tout, Itachi était sûr et certain que c'était bien l'amour de son frère pour cet Uzumaki qui l'avait fait émergé la première fois. En toute logique, la mort du Uzumaki ferait sauter ses dernières barrières. Une telle chose s'alignerait même très bien avec les plans de l'Akatsuki, et rapprocherait Itachi du cercle de confiance - aussi petite soit-elle - de Madara, du moins l'espérait-il.
Toutefois, faucher la vie du Uzumaki était un problème en soi, comme l'était celui de rassembler les démons à queues - à savoir : le fait que cinq d'entre eux se soient volatilisés et qu'ils soient si bien cachés que même Madara avec tout son pouvoir, même Pain avec son Rinnegan, même Sasori et son réseau d'espions, avaient été dans l'incapacité de trouver la moindre trace de leur existence. Deux d'entre eux avaient été capturés, c'est vrai, mais les deux derniers - très célèbres et honorés, ce qui augmentait également la difficulté à les attraper - étaient devenus très méfiants et difficiles à atteindre, toujours à deux pas devant n'importe quels poursuivants, comme s'ils étaient au courant du moindre mouvement de l'Akatsuki. Itachi soupçonnerait bien volontiers une taupe, mais il doutait sincèrement que les présents membres trahissent l'organisation. Ils étaient tous bien trop contents de pouvoir jouer les pions sur un plateau de jeu bien plus grand qu'eux.
Se tirant de la roche sur laquelle il avait pris place sur le toit de leur cachette, Itachi s'étira subtilement et expira un souffle silencieux. Il n'y avait aucune rigidité dans ces mouvements - il était bien trop entraîné comme ninja pour autoriser ses muscles à se raidir, même en l'état, si proche de ses alliés -, mais la fatigue pesait encore plus lourd que lorsqu'il était sorti observer le lever du soleil. Le sommeil était difficile à attirer dans son cas, un petit plaisir qu'il n'arrivait que trop rarement à toucher du doigt. Sa maladie se rappelait toujours à lui au creux de sa poitrine, brûlante et lancinante, et en dépit du traitement que Kabuto arrivait à régulièrement voler à Orochimaru pour le lui faire parvenir dès lors qu'il avait rendez-vous avec Sasori pour son rapport, il n'allait pas en s'arrangeant. Subsister était tout ce qu'il pouvait espérer faire pour le moment, et même cela était tâche compliquée.
Mais il ne succomberait pas, pas tant que Sasuke ne viendrait pas le faucher. C'était sa pénitence pour le massacre de leur clan, mais il était vrai que parfois, l'envie d'en finir était féroce.
Itachi jeta un dernier coup d'œil à l'astre solaire, déjà bien au-dessus de la ligne d'horizon et versant sa lumière matinale sur la vallée. Il s'autorisa un dernier moment à lui, imprimant la vue devant lui dans son esprit, puis tourna les talons et se dirigea vers l'entrée. Il n'y avait pas de missions prévues aujourd'hui, donc il valait mieux pour lui essayer de grappiller au moins quelques heures de sommeil.
Il réussit à faire trois pas en direction de la porte avant que tout le mur de terre explose devant lui.
Itachi cligna des yeux.
Il y eut un rugissement, semblable à celui d'un animal blessé, un ouragan de lourds bruits de pas, et une silhouette élancée dans des robes grises s'envola par-delà la nouvelle béante ouverture, atterrissant accroupie sur le versant, Kisame se mettait à sa poursuite. Samehada était sortie et les bandages déroulés, mais une bonne partie de la bouche qui lui rappelait celle d'un requin manquait, et de longues et étrangement profondes balafres l'avaient réduit à une taille bien moins effrayante. Kisame rugit, de toute évidence plus furieux qu'Itachi ne l'avait jamais vu, et bondit, l'épée en avant. Sans une seule hésitation, la silhouette en gris se mit en mouvement pour le rencontrer à mi-chemin et Samehada s'écrasa contre un jian bien plus fin dans le clairon d'une clochette.
Des écailles gris-violet battirent avant de tomber au sol et l'autre shinobi sourit d'un air mesquin, ses longs cheveux noirs tourbillonnant autour de lui alors qu'il désengagea, esquiva une autre attaque et se mit hors de portée.
– Et tu oses te prétendre épéiste ? se moqua Orochimaru, faisant prétentieusement tourner Kusanagi dans une main. Tu ne vas pas me dire que l'un des derniers des sept de la Brume ne peut pas faire mieux que ça.
– Je vais très vite te mettre en pièces ! promit Kisame, et ce serait normalement à ce moment-là qu'il ferait jaillir son eau, élevant un dôme immense autour d'eux duquel son ennemi ne pourrait s'échapper, mais au lieu de ça, il s'élança de nouveau. Orochimaru éclata de rire, froid, méprisant, orgueilleux, comme si un tel acte était en soi une victoire, et reprit sa garde.
Itachi était déjà en mouvement, puisqu'en dépit de sa loyauté pour Konoha, Orochimaru n'était certainement pas inclus dans le « contrat », et même si le Serpent Blanc pouvait se tenir face à Kisame en un contre un, il n'aurait aucune chance contre Kisame et Itachi en même temps. Cependant, un instant avant qu'il n'atteigne les deux combattants, une boule de feu le détourna de son but, et il dut faire un rebond vers l'arrière pour éviter d'être brûlé. Lorsque le feu s'éteignit, il put apercevoir Jiraiya se tenant devant lui, ses yeux noirs, perçants et durs.
– Uchiha Itachi, murmura-t-il, et Itachi était bien trop habitué à voir l'idiot qu'il incarnait plutôt que l'homme sévèrement dangereux qu'il était en réalité, tellement dangereux qu'un seul regard l'effrayait presque de son intensité.
– … Jiraiya, des légendaires Sannin, le salua-t-il après une seconde de confusion. Son esprit tournait d'ores et déjà à cent à l'heure, parce que Jiraiya et Orochimaru étaient dos à dos, ce qui était… pour le moins inattendu. Ils étaient venus ensemble, combattaient côte à côte, et le fait que Deidara et Sasori n'aient pas encore émergé du tunnel signifiaient certainement qu'on s'était déjà occupé de leur cas. Le simple fait que deux des Sannin soient sur les lieux d'une des bases les plus secrètes de l'Akatsuki était suffisamment inquiétant, mais tous ces éléments réunis dépeignaient une image qui déplaisait beaucoup à Itachi…
Ce dernier jeta un coup d'œil rapide vers Kisame et échappa de peu à une grimace en voyant Kusanagi arracher un autre morceau de l'épée-requin. De toute évidence, les rumeurs selon lesquelles elle pouvait vraiment presque tout trancher étaient fondées. Dans ces conditions, ce n'était pas très étonnant de voir que Kisame avait perdu le contrôle - il aimait son épée à un degré presque malsain.
– Alors, reprit Jiraiya d'un ton léger, et Itachi retourna toute son attention sur lui, sentant déjà le chakra être canalisé et amplifié. Se tendant - parce que, qu'importe ce que Jiraiya était en train de préparer, c'était probablement énorme et capable d'une destruction des alentours pour le moins massive - Itachi se prépara à bondir hors de portée et d'attaquer le Sage avec un Genjutsu, simplement pour se retrouver complètement déstabilisé lorsque Jiraiya continua le plus normalement du monde à parler : Une idée pourquoi Nagato, Konan et Madara nous ont vus venir et ont aussitôt déguerpis ? Ils ont même laissé tête de poisson là-bas pour nous distraire.
Itachi papillonna de nouveau.
Quoi ?
– Ils sont partis ? demanda-t-il, et sa voix sortit sur un ton bien plus marqué que ce qu'il avait souhaité. Pain et Madara étaient tous les deux capables de faire face à quiconque se mettait en travers de leur chemin, y compris les deux Sage et n'importe lequel de leur renfort. Partir - surtout partir sans rassembler le reste des membres de l'organisation, sachant qu'il n'y avait toujours pas la moindre trace de Deidara et Sasori, et qu'il ne restait donc que Kisame et Itachi pour les affronter - sans s'arrêter pour engager le combat, ou même pour tenter de les affaiblir ?
Ils étaient sur le point de faire quelque chose, quelque chose d'épineux qu'ils ne pouvaient pas se permettre de remettre. Mais Itachi n'avait rien entendu de tel pour leurs prochaines missions. Pas un seul mot, et en dépit de sa véritable allégeance, il était quand même l'un des membres le plus fort et entraîné. Pourquoi n'avait-il pas été informé ?
– Tu l'as dit, confirma Jiraiya, scrutant de près la réaction d'Itachi. Réalisant cela, il lissa son visage rapidement de toute émotion, et espéra n'avoir rien vendu de ses pensées. Je trouve ça étrange, pas toi ? 'videmment, Orochi et moi avons eu la malchance d'interrompre leur petite réunion, mais honnêtement, je suis un peu déçu de voir qu'on ne mérite pas plus qu'un écran de fumée. Tu ne saurais pas quoi que ce soit à ce propos, hein, Uchiha ?
Avant même qu'il ne puisse répondre, Orochimaru apparut entre eux, presque trop rapidement pour que l'œil puisse suivre, et Itachi dut faire un bond vers l'arrière pour éviter de se faire écraser par son partenaire, qui était toujours en chasse, un large et particulièrement sanglant sourire au visage.
– Jiraiya, maugréa le Serpent Blanc, une tonne de sentiments et de sens exprimés à l'aide de ces trois simples syllabes, avant de glisser sur le côté comme l'une de ses invocations pour esquiver un coup qui lui arracha quelques mèches de cheveux. Alors qu'ils atterrissaient au sol, Orochimaru se mit à siffler dangereusement à l'intention de Kisame, sa rage très mal contenue, et l'envoya valser à travers deux arbres à l'aide d'un violent Fûton.
Jiraiya éclata de rire, comme si c'était bien la chose la plus drôle qu'il avait vue de toute la semaine et se pencha vers l'avant.
– On échange, princesse, proposa-t-il joyeusement, un orbe de chakra tourbillonnant déjà dans sa main, et Orochimaru se retira comme s'ils avaient pratiqué ce mouvement des centaines de fois auparavant.
– Il est tout à toi, répondit Orochimaru et sourit mauvaisement à Itachi en s'arrêtant devant lui. Ce qui, je présume, fais de toi, le mien.
Itachi ne retint pas sa grimace. À l'époque, Orochimaru s'était déjà fait bannir avant qu'il n'ait pu réellement s'y intéresser, mais il avait rencontré l'homme à quelques reprises en tant que déserteur et c'était vraiment quelqu'un qu'il n'affectionnait pas. Surtout connaissant la menace qu'il représentait pour Sasuke au vu de son désir d'obtention du Sharingan.
Avant qu'il ne puisse répliquer, cependant, Jiraiya, en enfermant Kisame dans un dôme de terre, le railla d'un :
– Arrête de parler comme un vieux tordu, teme !
Orochimaru se mit à feuler dans sa direction, bien que ses yeux ne quittèrent pas Itachi une seule seconde.
– Ne crois pas que je vais oublier comme tu m'as appelé de sitôt, imbécile, l'avertit-il sévèrement, puis ses yeux semblèrent remarquer quelque chose à l'intérieur du corps d'Itachi, non loin de ses veines de chakra, et son sourire se fit encore plus large qu'auparavant. Aha. Comme c'est commode. Je vois que tu as pris ton traitement comme un grand garçon.
– Toujours aussi tordu, teme ! rit Jiraiya, un cocon d'épines se refermant sur lui alors que Kisame s'apprêtait à attaquer, mais Itachi n'avait aucune attention à gaspiller pour le petit jeu des deux Sannin. Il se tendit, la signification des mots du Serpent Blanc se faisant enfin brutalement connaître à lui. Kabuto. Kabuto était le traître, alors même que Sasori leur avait toujours assuré qu'il n'était rien de plus qu'un pantin, et de ce fait, ces affirmations selon lesquelles il avait volé son remède à Orochimaru étaient probablement fausses. Ce qui voulait dire qu'Itachi avait ingéré un traitement donné par Orochimaru, et c'était…
Son corps se raidit, aussi rigide que s'il venait d'ingurgiter une double dose de paralysant, et il tomba à genoux avant de s'écraser complètement par terre, tentant désespérément de malaxer son chakra. Il parvint à en rassembler assez, mais au même moment une main froide se poser sur son estomac et une éruption de pouvoir qui n'était définitivement pas de son fait éclata à l'intérieur de lui. Lorsqu'elle s'estompa, il n'y avait… plus rien. Plus de Sharingan, plus de jutsu, plus une seule goutte de chakra.
Itachi ne s'était plus senti aussi horriblement et douloureusement sans défense depuis qu'il avait commencé l'entraînement.
– Et une fois de plus, la ruse l'emporte sur la puissance, médita Orochimaru quelque part au-dessus de lui. Le génie et la volonté, c'est une chose, mon garçon, mais ce ne sont pas les seules choses sur lesquelles il faut compter, surtout lorsque ton adversaire est de la même trempe que toi.
Le Serpent Blanc s'éloigna, le pas léger, et un jutsu nettement sifflé fit trembler le sol. Kisame émit un cri, un grognement, et il rugit alors que le bruit de ses pas indiqua son élancement vers l'avant.
– "Orochimaru !" cria Jiraiya, puis d'un côté et de l'autre, en tandem, une vague de flammes et de vent s'éleva. Un corps tomba au sol, mollement et bien plus lourd à cause de cela, et l'odeur de la chair roussie atteignit Itachi là où il était allongé. Il fermerait bien les yeux s'il le pouvait, le pleurerait s'il en était encore capable, parce que Kisame était un ami trouvé au dernier endroit où il s'y attendait. Mais ils étaient aussi deux déserteurs, et de toutes les manières desquelles Kisame aurait pu mourir comme bon servant de l'Akatsuki, ç'aurait très certainement été celle de son choix. Un combat contre un adversaire puissant - deux, même - et une mort relativement propre. "Techniquement, c'était de la triche," dit-il après un moment.
Orochimaru renifla et il y avait une nuance de douleur sous cette raillerie qu'il n'y avait pas tout à l'heure.
– Ça a fonctionné, répondit-il sèchement. À ce titre, d'après le code des shinobi, ce n'est pas tricher. On appelle ça une intelligente stratégie.
– Droguer son traitement ? Ça ressemble à de la triche pour moi. Surtout sachant que j'ai dû affronter le costaud sans même un sabre.
– Et je t'y ai aidé, d'abord en l'affaiblissant au préalable et en le déconcentrant par la suite. D'après ta propre définition du mot, j'appellerais ça de la triche également.
Un léger reniflement moqueur, un son de claquement comme si Jiraiya venait de poser sa main sur son épaule et un ironique :
– Je n'ai jamais dit que je n'avais pas apprécié, teme. (Silence.) Alors, on commence par quoi ? Une idée d'où peuvent se trouver les autres ?
Il y eut une longue pause, puis un soupir.
– Dans quatre jours, Uzushio enverra au moins trois hôtes à Konoha, peut-être plus si Rôshi ou Utakata décide de jouer au diplomate et à l'assistant. Ce sera la première fois depuis la création du champ de force d'Uzushio qu'il y aura plus de jinchûriki à l'extérieur du village qu'à l'intérieur. Même si l'Akatsuki ne sont pour le moment pas au courant de la présence des démons à queues, ce serait une chance à ne pas manquer de pouvoir déterminer l'actuelle puissance d'Uzushio, et une fois qu'ils comprendront qui est à la tête du village…
Une autre pause, une autre inspiration peinée, puis des bruits de pas rapides.
– Orochimaru, idiot, tu dois me le dire quand tu es blessé !
– En dépit de ce que tu penses de moi, Jiraiya, cracha Orochimaru, je ne suis pas une demoiselle en détresse que tu dois secourir à chaque fois que nous combattons.
– Tu penses que je ne le sais pas ? Tu m'as sauvé autant de fois que je l'aie fait pour toi lorsque nous étions gosses, et tu n'es pas plus une demoiselle en détresse que Tsunade…
– Jiraiya…
– Ah, oups, eum… Prisonnier ! Qu'est-ce qu'on fait de lui ?
Le silence qui s'étira était plein de dangerosité. Mais après un battement, Orochimaru finit par soupirer et dire :
– Plusieurs sceaux sont apposés sur lui pour le moment, un pour réguler son chakra et celui des Cinq Éléments pour balancer le premier en perturbant le flux de son système. Étant donné son niveau, il faudra que je les redessine une nouvelle fois dans quelques heures, mais les effets de la drogue ne devraient se dissiper que lorsque je romprais le jutsu. Ça devrait être suffisamment sans danger de l'emmener avec nous.
Itachi aurait aimé être apte à grincer des dents. Le Sceau des Cinq Éléments, évidemment. Il rencontrait si peu d'individus se servant de l'art du scellement pour se battre lors de ses voyages qu'il l'anticipait très rarement. En général, cela suffisait, vu que personne ne l'avait assez masterisé pour en user en plein affrontement, mais s'il survivait à ça, il ne ferait plus jamais cette erreur.
Et tant qu'il ne le tuait pas - et une grande partie de lui était encore abasourdie de voir qu'ils ne l'avaient pas encore achevé, étant donné la réputation d'Orochimaru et de la dévotion de Jiraiya envers la protection du village - tout irait bien. Il avait glané suffisamment d'informations pour faire à nouveau tourbillonner ses pensées.
Les hôtes se trouvaient à Uzushio ? Leurs barrières avaient gardé les six démons à queues à l'abri ces six dernières années ? C'était tellement logique, et Itachi se demandait pourquoi il n'avait jamais connecté les pièces du puzzle par le passé. Les jinchûriki qui disparaissaient, Uzumaki qui s'en allait, des shinobi désertant leur pays et prenant la direction de la côte pour s'évaporer, tout simplement : Uzushio avait été reformée, et il semblait que le village avait commencé à prendre les chiens errants sous son aile.
Un bruit de papier se bruissant atteignit ses oreilles, comme un rouleau étant déroulé, le tirant de ses pensées.
– Je peux nous faire faire la moitié du chemin dans l'autre sens, déclara Orochimaru. On devra courir pour le reste. Redresse-le et viens par là.
Une large main attrapa le biceps d'Itachi et le releva, mais son corps resta mou et bien au-delà de son contrôle. Itachi ignora la manière dont cela lui fit tourner la tête et s'occupa en réfléchissant à la façon dont il allait faire regretter Orochimaru et Jiraiya tout ça jusqu'à la fin de leurs jours.
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La tempête les menaçant ne leur était toujours pas tombée dessus, en dépit du fait que les nuages s'étaient de plus en plus rapprochés de leurs têtes toute la journée durant, même si le soleil terminait enfin sa course et que l'air ambiant était de nouveau calme et moite.
Ino leva une main pour protéger ses yeux des rayons du soleil couchant qui passaient tout juste à travers le rideau de nuages loin dans l'horizon, et inspecta le ciel pour trouver l'ombre d'un point bleu. Il y en avait encore quelques touches plus tôt dans la journée, mais désormais, le ciel était entièrement gris et noir, et s'assombrissait encore.
À sa gauche, Shikamaru plissa lui aussi les yeux vers le ciel avant de se retourner vers l'entrée du bar en soufflant.
– Pénible. Je ne vais pas pouvoir correctement regarder les nuages avec ce temps.
Ino roula les yeux.
– Tu pourrais, fit-elle remarquer. Tu ne verras que ça, des nuages. Et je te botterais les fesses pour n'être qu'un gros paresseux.
– Si ma mère ne t'appréciait pas…, grommela Shikamaru entre ses dents, et pour son bien, Ino prétendit ne pas l'avoir entendu. Il avait dit « oui » lorsqu'elle lui avait demandé sa main, donc il n'avait pas à se plaindre. Tout ce qui était arrivé depuis était classifié comme de sa faute, entièrement.
– Est-ce que tout le monde vient ce soir ? demanda-t-elle à la place, et elle offrit à Shikamaru son plus beau sourire jusqu'à ce qu'il se décide à ouvrir la porte pour elle, ayant l'air de souffrir rien qu'à ce geste.
Shikamaru s'arrêta l'espace d'un battement, faisant défiler dans sa tête le registre des missions et des assignations comme seul lui en était capable. (Ino n'oubliait jamais vraiment qu'il était un vrai petit génie en réalité, mais parfois, elle se surprenait à l'apprécier davantage qu'à d'autres.)
– Neji et Tenten viendront dès qu'ils ont fini leur service, dit-il en fronçant légèrement les sourcils. Hinata est en permission, donc elle devrait, et Kiba… a dit qu'il serait là, mais il avait l'air distrait. Chôji devrait bientôt arriver et Shino a affirmé qu'il viendrait après l'entraînement. Lee et Sakura aussi.
– Merveilleux. Cela fait quelques semaines depuis la dernière fois où on a pu tous se réunir.
Ils étaient en avance, donc Ino ne s'attendait pas à voir quiconque installé dans leur coin à eux tandis qu'elle traînait Shikamaru entre les tables. Mais alors qu'elle tourna après une colonne, son fiancé et elle firent halte sous la surprise. Elle se trompait : la place était déjà occupée.
Sasuke les avait devancés.
Ino jeta un regard ahuri en direction de Shikamaru et il le lui rendit, les sourcils se haussant brièvement dans une stupéfaction bien dissimulée. Parce que Sasuke les avait devancés, et il était actuellement assis à sa place habituelle avec une chaise en plus ramenée à côté de lui. Cette dernière était également occupée, ce qui rendait la surprise encore plus étonnante, d'autant plus que la personne en question ne leur était pas étrangère, mais n'appartenait pas au groupe des Douze. Les yeux d'Ino glissèrent sur la cascade de cheveux blonds, le masque omniprésent, le petit kimono violet foncé par dessus un legging et une cotte de mailles, et l'hitai-ate d'Uzushio enveloppant son biceps, et se demanda quand, exactement, Sasuke était devenu aussi proche de l'émissaire d'Uzushio.
Puis, Sasuke se pencha encore plus en avant, et Youko fit de même, et c'est…
C'était un baiser, pas de doute là-dessus. Ino cligna des yeux et se rejoua les dernières secondes en tête.
Oh.
Oh.
Un sourire fendit son visage et elle s'élança vers la table avant de se jeter dans son siège, souriant de toutes ses dents en direction de son partenaire.
– Oh, Sasuke. Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas dit que tous ces soupçons ne servaient qu'à dissimuler ton béguin ?
Sasuke s'étrangla.
– Évidemment, continua gaiement Ino, puisqu'elle prenait ça comme une revanche pour tous les novices qu'il lui avait fait garder, j'aurais certainement dû m'en douter, pas vrai ? Parce qu'il est totalement ton type. Je veux dire… (Elle fit un grand geste en direction de Youko, de son air stupéfait, de ses cheveux blonds, son corps svelte et musclé.) … il ne fait pas que pousser tous tes boutons, je me trompe, Sasuke-kun ? Il fait carrément un tango dessus, et une valse ensuite pour faire bonne mesure. Je suis encore surprise que tu n'aies pas bavé rien que la première fois que tu l'as vu.
Sasuke parut tiraillé entre l'envie de disparaître, celle de claquer sa tête contre la table une ou deux fois et la dernière presque irrésistible d'étrangler Ino à son tour.
– Et moi ce qui me surprend, grinça-t-il, c'est que personne ne t'ait noyé à la naissance.
– Oï, souffla Shikamaru en glissant dans une chaise à côté d'Ino. Il lui jeta un regard et elle lui renvoya un sourire, se prélassant tout simplement dans son siège et bien trop ravie à l'idée d'avoir réussi à enrager autant l'Uchiha.
– Tu défends mon honneur ? Adorable.
Ino se pencha et embrassa Shikamaru sur la joue, et il roula les yeux vers elle, bien qu'un fin sourire vint s'inscrire sur ses lèvres.
– Ce n'est pas comme si j'en avais besoin, ou dois-je te le rappeler ?
Shikamaru fit une grimace.
– Tu n'arriveras plus jamais à me traîner dans un face-à-face contre toi, femme. Je ne peux toujours pas regarder Shizune dans les yeux après la fois dernière.
Si elle était d'humeur clémente, Ino le laisserait s'en tirer avec ça. Mais elle n'avait jamais été bonne joueuse, et elle inspecta ses ongles avec un sourire en coin tandis qu'elle reprit d'une voix traînante :
– Oh, mais tu n'as pas à t'en faire, Shika, je lui ai déjà raconté toute l'histoire. Elle sait.
Pendant un long moment, Shikamaru la regarda impassiblement. Ino lui offrit un large sourire en retour et envoya un clin d'œil furtif à Youko qui avait explosé de rire. Ce dernier lui sourit et Sasuke se demanda s'il vaudrait mieux pour le bien du reste de la planète de les séparer tant que c'était encore possible.
– Tu en as d'autres comme celle-ci ? demanda joyeusement Youko, ses yeux verts étincelant d'espièglerie, et Ino lui sourit à nouveau tandis les deux autres protestaient bruyamment.
– De ce genre ? Plein ! confirma-t-elle. Oh, tu veux entendre parler de celle où les cheveux de Sasuke ont pris feu ? Ou alors ! Que dirais-tu de celle où il est resté coincé dans un des pièges de Konohamaru ? Ou quand Shika a confondu la femme du Daimyo du Pays de la Foudre avec un…
– NON, s'exclama Sasuke.
– Si, contra Youko et Ino offrit à Sasuke son plus beau sourire. Il n'y avait pas de doute sur l'identité de la personne qu'elle allait écouter.
– Je disais donc, commença-t-elle, pleine d'allégresse, et Sasuke poussa un juron. Shikamaru grogna et laissa tomber sa tête contre la table.
– Réveillez-moi lorsque ce cauchemar sera terminé, leur dit-il sans relever les yeux.
Ino éclata simplement de rire. Parce que Sasuke avait ramené quelqu'un, quelqu'un auquel il s'intéressait, une personne qui ne le connaissait pas, mais qui était de toute évidence intéressé, et c'était définitivement un pas dans la bonne direction.
Elle pouvait bosser avec ça.
