Disclaimer : Ce chapitre contient quelques mots empruntés directement à l'anime. Ils ne nous appartiennent donc pas, ni à moi ni à l'auteure originale.
RARs :
lesaccrosdelamerceri : La réalité va vite rattraper quelqu'un dans ce chapitre, ça, c'est sûr ! Haha, pov' petit personnage que nous aimons faire souffrir *oups* je veux dire, surmonter de noirs obstacles pour en sortir toujours meilleur, bien sûr bien sûr… :) Merci merci, tu me donnes du courage, arc-en-ciel pour toi, et une bonne lecture ~
Makiang4 : Ohohoh, on commence doucement à y voir plus clair ! Chapitre un peu trop émotionnel à mon goût (que j'aime fort fort à part ça), enfin j'aurais dû m'attendre à avoir la larme à l'œil avec ce qui s'y passe ^^' Mais je ne te retiens pas davantage :) Des bisous *étoile*
Raph1978 : Haha, et bien je verrais ça, il faut dire que j'ai au moins 80 pages de « Marked for later » alors… XD Mais je suis loin de me lasser de ce fandom pour le moment, Lan Zhan et Wei Ying sont vraiment adorables ! Quels sont tes personnages préférés (à part nos 2 protagonistes, haha, ça ne compte pas sinon !) ? Les miens sont Jiang Cheng, Jin Ling et Nie Huaisang *cœur* J'espère que ce chapitre va tout autant te plaire, je l'aime beaucoup, personnellement ! Petite question (petite curiosité) : dans quels fandoms es-tu investi.e en termes de fanfictions ? Plein de bonne volonté, et une bonne lecture !
chapter 30: finale, bridge from betrayal
[Pont : Passage de transition reliant le premier thème au deuxième thème de l'allegro d'une sonate.]
Des traînées de sang baignaient son visage, glissant sur ses paupières. Kakashi inspira, tentant de reprendre son souffle, et les essuya du dos de ses mains. À ce stade, il était difficile de discerner si cela venait de son œil ou de la plaie un peu plus haut, et Kakashi avait bien certainement d'autres priorités.
Parce que Obito était là. Parce que Obito se tenait devant lui, les épaules arrondies, le souffle court et du sang au bord des lèvres. Il ne s'était pas embêté à l'effacer et ses yeux étaient vissés sur Kakashi, comme ç'avait été le cas depuis que Kakashi les avait envoyés valser dans l'autre dimension.
Obito était meilleur qu'avant. Son taijutsu avait pris en rapidité, en brutalité, un million de fois plus sournois. Son ninjutsu ne lui faisait plus défaut et il était impitoyable. Kakashi se souvenait de toutes les fois où ils avaient croisé le fer plus jeune, se rappelait des combats qu'il remportait haut la main. Il n'avait plus rien à voir avec le garçon d'autrefois - il en était même aux antipodes, et un seul regard sur sa figure lui permettait de deviner cela. Pas un sourire, pas un seul éclat de rire. Pas un geste embarrassé. Pas de fanfaronnade. Juste une analyse sans merci et une dévotion presque désespérée à son objectif final.
Mais d'un autre côté, Kakashi connaissait Obito. Il avait réévalué chaque moment qu'ils avaient passé ensemble dans sa tête un millier de fois depuis la mort de son meilleur ami, s'était dévoué corps et âme aux restes fumants, et même si, enfant, il avait été incapable de voir à travers ou au-delà des masques d'Obito, il le pouvait à présent. Différents masques, différent visage, âgé, meurtri et dangereux, mais…
Mais c'était toujours Obito. Et au final, c'était bien tout ce qui comptait.
Du sang tacha le sol sous leurs pieds, tranchant nettement avec cette étrange dimension sans soleil, et Kakashi toussa en se relevant avec peine de sa position recourbée contre ses genoux. La dernière fois qu'il avait dû se démener ainsi dans un face-à-face remontait à la dernière fois où il avait stupidement accepté de participer à l'un des entraînements de taijutsu de Gai.
– Tu n'as jamais cessé de penser à elle, je me trompe ? murmura-t-il, et ses mots eurent une intonation étrange lorsqu'il les prononça.
Obito n'eut aucun besoin qu'il lui rappelle de qui il parlait. Ses yeux s'assombrir, se plissèrent, et il tonna :
– Jamais. À chaque seconde, nuit et jour. Toujours, où que j'aille.
Même s'il s'était déjà douté de la réponse, cela lui perça tout de même le cœur.
– Et je l'ai laissé mourir. Je n'ai pas tenu parole et je l'ai tué de mes propres mains.
Un long battement, lourd et oppressif, s'installa. Puis, à sa plus grande surprise, Obito secoua la tête.
– Non, répondit-il lugubrement. C'est ce monde qui l'a laissé mourir. Tu l'as achevé, mais tu n'étais qu'une arme. Je ne blâmerai pas une lame pour son tranchant. Tout comme je ne te blâmerai pas pour quelque chose qui était hors de ton contrôle. Mais la mort de Rin a fait de ce monde un cauchemar sans fin que je refuse d'accepter. Je ne laisserai pas cela se reproduire une nouvelle fois. Les bijû me donneront la force de restaurer le bonheur en ce monde. Le Rinnegan ramènera les morts à la vie, ainsi personne n'aura plus à souffrir de leur absence. Le monde n'en sera-t-il pas meilleur, Kakashi ? Ne serais-tu pas plus heureux dans un monde idyllique ?
Kakashi ne prit même pas la peine d'y réfléchir avant de secouer la tête en signe de négation. Ses pensées se tournèrent vers le garçon qu'il venait de croiser, l'élève qui lui était finalement retourné. Vers les hôtes aux côtés desquels il combattait. Il pensa à la manière dont les shinobi d'Uzushio s'étaient rassemblés autour de lui et l'avait accueillie en tant que Kage. Une famille et non des sujets, et Naruto en était l'épicentre. Naruto, sain et sauf, et terriblement puissant, brillant d'une flamme plus étincelante que jamais, et le monde se reflétant dans ses yeux bleus ardents. Souriant, invaincu, insoumis, et devenu plus fort sous le poids des obstacles.
Pendant des années, Kakashi n'avait cessé de s'interroger sur la raison du départ de Naruto. Était-il un mauvais sensei ? Avait-il raté quelque chose d'important ? Était-il trop cruel ? L'avait-il fait fuir avec ses mots, ses actions ou sa négligence ?
Mais… ça n'avait jamais été rien de tout ça, en fin de compte…
Naruto était parti, c'est vrai, mais il n'avait pas fui. Il n'avait pas coupé les ponts. Il avait continué d'avancer et alors même que le manque de tolérance des habitants de Konoha aurait pu l'écraser, alors même qu'il ne pouvait trouver de moyen de gagner leur confiance et leur respect et que le temps avait déjà trop longtemps coulé, lorsqu'il avait vu en Haku, Gaara et lui-même un écho d'abandon, de perte et de peine, il avait pris les choses en main. Il avait réalisé l'impossible et avait trouvé une solution que seul lui aurait pu imaginer.
Notre foyer n'est pas digne d'être nommé ainsi ?
Nous en construirons un.
Direct, audacieux, téméraire, inflexible. C'était Naruto jusqu'à la moelle.
– Tu le sens, pas vrai ? dit-il en guise de réponse. Tous les hôtes font front uni avec le reste d'entre nous et se battent pour protéger leurs villages. Ce ne sont plus juste des lames. Ils ont quitté les foyers qui les traitaient de cette manière et ils ont trouvé un chez eux où ils peuvent vivre loin de ces inquiétudes. Tu dis souhaiter la paix dans le monde ? Je pense qu'ils ont déjà entamé le changement.
Quelque chose traversa son regard, furtif mais visible. Une émotion qui disparut avant qu'elle ne puisse s'ancrer, mais qui avait tout de même fait son apparition lors d'un court instant. L'espoir qu'elle fit naître en lui poussa Kakashi à continuer d'essayer.
Après tout, s'il y avait bien une personne qui avait toujours réussi à atteindre Obito, c'était bien lui.
– Tu te fais appeler « Madara », déclara-t-il en gardant un ton neutre. As-tu vraiment baissé les bras à ce point-là ?
La confusion d'Obitio était facile à déceler, surtout quand on avait autant d'entraînement que Kakashi.
– Qu'est-ce que tu racontes ? Je n'ai pas baissé…
– C'est exactement ce que tu as fait.
Kakashi leva ses yeux hétérochromes pour rencontrer leur semblable et s'étonna lui-même de la conviction qu'il parvenait à injecter dans chacun de ses mots. En définitive, cela faisait vingt ans qu'il n'en avait plus parlé. Peut-être que le temps était venu.
– Qui es-tu ? Quel est ton nom ?
Il n'y avait aucune once de triomphe à voir Obito faiblir, seulement de la douleur.
Si j'avais été meilleur. Si j'avais été plus rapide. Si je ne l'avais pas abandonné pour le bien de la mission. Si j'avais été un bon ami. Si. Si. Si.
Je ne veux pas d'un monde parfait, mais je ne dirais pas « non » à une chance de pouvoir rectifier mes erreurs.
– Je ne suis personne, tonna Obito, d'une voix étranglée et froide qui couvrait tout juste son incertitude. Tout ça n'a plus aucune importance. Je peux être « Madara » ou « Tobi », ou personne. Tant que je sauve ce monde, qu'importe le reste !
Kakashi exhala et telle l'aube se levant devant lui, il se souvint d'un jour sur le terrain d'entraînement à regarder Rin soigner les blessures d'Obito. Ce dernier s'était vanté et avait couvert sa peine d'une bravoure vide de sens et Kakashi avait fait comme si de rien n'était jusqu'à l'arrivée de Minato-sensei. Ce qu'avait dit Rin à ce moment-là, encore aujourd'hui il s'en souvenait.
– Tu n'arrêtes pas de dire que tu ne penses qu'à elle, murmura Kakashi et sa voix fit écho dans le vaste silence. Mais est-ce vraiment le cas ? Le Obito dont je me souviens tenait toujours parole et cette promesse-là, tu ne l'as pas tenu. Tu disais que jamais tu ne fuirais comme un lâche, mais regarde-toi. Depuis combien de temps n'es-tu plus Uchiha Obito ? Est-ce que tu peux me le dire ?
Obito devint blême, l'horreur et la fureur apparaissent l'une après l'autre sur son visage.
– Rin n'est plus là, rugit-il et quelque chose de sauvage étincela dans ses yeux. Jusqu'à ce que je remodèle ce monde, elle…
Kakashi s'assura de garder un ton neutre, bien qu'en réalité, la seule chose qu'il avait envie de faire était de hurler et déchirer ce voile illusoire qui aveuglait Obito.
– Et qui seras-tu après ça ? Madara ? Personne ? Même si tu ne t'en souviens pas, moi je me le rappelle : Rin aimait Uchiha Obito.
Le visage d'Obito s'assombrit, mais avant qu'il ne puisse rétorquer, Kakashi continua.
– Rin aimait Uchiha Obito. Tu sais que c'est la vérité. Mais si tu n'es plus Obito, alors jamais elle ne posera sur toi un seul regard. Et tu le sais, pas vrai ? Alors, dis-moi ? Est-ce que tout ça en vaut la peine ? Devenir quelqu'un d'insignifiant aux yeux de Rin ? Quelqu'un qu'elle pourrait même haïr ? Tout ça parce que tu la pleures encore ?
Cela lui valut un nouveau hurlement de rage, cette fois dénué du moindre mot et chargé de toute sa fureur.
– Tu ne comprends pas ! Rin était tout pour moi ! Elle était tout ce que j'avais toujours voulu et tout ce dont j'avais besoin ! Même si elle ne m'aimait pas comme je l'aimais, ça n'avait aucune importance, parce qu'elle était là et je pouvais encore croire qu'il y avait du bon dans ce monde ! Mais elle n'est plus là, elle est morte, alors qu'est-ce qui peut bien avoir encore de l'importance ? J'apporte la paix dans ce monde, comme nous l'avons tous toujours voulu. N'est-ce pas suffisant ?
Bien que pervertie par la colère et la douleur, c'était une réponse typique de sa part. Kakashi eut un pincement au cœur. Obito avait toujours, toujours, mis les autres avant lui, avant l'entraînement, avant sa survie - l'œil gauche dont il avait hérité été une preuve suffisante de cela.
– Reviens, murmura Kakashi en faisant un pas vers l'avant.
Obito fléchit, prêt à se dérober à nouveau, mais finit par garder ses positions et Kakashi laissa tomber tous ses instincts, son sens commun, sa prudence, et tendit une main pour agripper son épaule d'une poigne ferme.
– Reviens. Redeviens Uchiha Obito. Ce que tu tentes d'accomplir n'est qu'un raccourci qui ne te mènera nulle part et on ne te haïra et on ne te rejettera que davantage si tu vas jusqu'au bout.
Kakashi avait été un ninja de Konoha toute sa vie, pratiquement depuis le jour où il avait pour la première fois eu un kunai entre les mains. Et pourtant. Les mots qui s'apprêtaient à passer ses lèvres étaient incroyablement faciles à proférer. C'était presque un soulagement de pouvoir enfin les faire entendre à voix haute.
– Laisse-moi t'aider. Laisse-moi être là pour toi. Laisse-moi rester à tes côtés comme je n'ai jamais pu l'être. Tu as vu ce qu'a accompli Naruto. S'il est parvenu à rassembler cinq armes humaines et à en faire une famille, alors instaurer la paix dans le monde ninja est possible. Ça ne sera pas simple et cela prendra plus d'une génération. Mais ensemble, nous en sommes capables. Et elle sera durable.
Les paupières d'Obito se clore. Il serra les poings, baissa les yeux avant de les détourner.
Kakashi expira un soupir de soulagement et attira son meilleur ami à lui, l'encercla de ses bras et maintint sur lui une prise ferme de ses membres tremblants. Et, juste l'espace d'un instant, Obito lui retourna son étreinte, des mains tout aussi désespérées glissant sur ses épaules et un souffle haché contre sa gorge, un son étouffé et…
Un murmure, aussi doux qu'un baiser papillon contre sa peau.
– Désolé.
Un coup sec contre l'arrière de son crâne et l'obscurité.
.
Encore aujourd'hui, le Raikiri est son meilleur jutsu, mais cela n'empêchait rien au fait qu'il soit bien peu utile contre un ennemi capable de fusionner avec la terre. Sasuke jura à voix basse, sollicitant avidement son Sharingan et ses cinq sens en tournant prudemment sur lui-même, étudiant les alentours pour tout indice de l'endroit d'où Zetsu comptait émerger. Le silence régnait pourtant, une quiétude inquiétante de la forêt, malgré le clapotis des gouttelettes s'écoulant sur les feuilles des arbres. La poignée de son épée se faisait glissante, mais Sasuke n'osa pas la relâcher ne serait-ce qu'une seconde pour avoir une meilleure prise - ce ne serait pas la première fois que Zetsu lui montrait qu'il était prêt à se servir du moindre de ses ouvertures.
Il n'osa pas non plus reporter son regard sur le combat qui faisait rage entre Naruto et Madara, mais les explosions de chakra avaient cessé pour le moment et Sasuke ne pouvait se permettre d'imaginer que cela signifiait la victoire de ce dernier. Naruto en sortirait vainqueur. Il n'y avait aucun doute là-dessus ; étant la personne qu'il était, Naruto ne pouvait faire autrement.
– Tu sais, murmura une voix chuchotante et Sasuke plissa les yeux, ralentissant pour tenter de repérer la source du bruit en question. Tu es plutôt bon pour quelqu'un avec aussi peu d'entraînement.
Sasuke renifla et n'essaya pas même de le ravaler, parce qu'après tout, il avait été entraîné par le Ninja Copieur et le Sannin Jiraiya. Il avait survécu à l'ANBU pendant plusieurs années et aux deux ans de voyage et d'espionnage avec l'Ermite. Il avait eu le courage de confronter Haku, Orochimaru et un jinchuriki ayant perdu l'esprit à l'âge de douze ans, qu'importe qu'il ait remporté ces batailles ou non, et il n'avait fait que se renforcer depuis lors. Il ne perdait plus, à présent - il ne le pouvait pas, pas alors qu'il savait ce qu'il y avait à perdre. Madara avait beau être l'un de ses ancêtres, avait beau être un membre de sa famille, il n'était en rien un allié de Konoha, et c'était son village, son foyer. Il ne comptait pas le laisser être détruit aussi facilement.
Aussi peu d'entraînement ? Peut-être, comparé à quelqu'un comme Madara, mais là n'était pas son seul atout. Car il se battait pour son chez lui, pour ses amis. Pour Naruto.
Il n'y avait pas de doute non plus sur sa propre victoire. Il remporterait cette bataille. Il ne pouvait pas en être autrement.
– Sors de là et viens te battre, espèce de lâche, insista Sasuke d'un ton mauvais en renforçant sa prise sur son épée. Et je te montrerai combien l'entraînement me manque.
Zetsu laissa échapper un ricanement rauque.
– Ce n'était pas une insulte, morveux. Tu es puissant. Imagine donc ce que tu pourrais devenir s'il y avait quelqu'un pour te guider, plutôt que de te laisser patauger et de te tirer vers le bas comme Konoha aime à le faire. Imagine combien il serait facile d'accomplir ta vengeance. Ton frère ne serait rien face à toi. Tu pourrais le tuer, prendre ta revanche pour le massacre des membres de ton clan. Tu pourrais obtenir justice. Madara peut t'aider à parvenir à tes fins. Il sait tout ce qu'il a à savoir à propos du Sharingan. Il se battait contre Hashirama à égale mesure. N'est-ce pas ce que tu recherches, un pareil pouvoir ? Ne veux-tu pas trouver Itachi et lui enfoncer ta lame en plein cœur pour ce qu'il a fait ?
Sasuke prit une inspiration tremblante - pas de colère ou de peur, et encore moins parce qu'il était tenté par l'offre en question. Tout ce qu'il ressentait à cet instant précis était une rage noire, épaisse et asphyxiante. Elle le fit s'étranger sur la prochaine expiration et déchira son cœur battant à toute allure, son écho envoyant de virulents éclairs pulser le long de son système nerveux. Et ce, parce qu'il en avait plus qu'assez. Assez qu'on lui dise ce qu'il devait être et qui il devait être. Assez qu'on lui dise ce qu'il devrait penser ou comment il devrait envisager les choses. Assez d'être manipulé.
Tous l'avaient fait. Danzo, Itachi, le Sandaime, Kakashi, Sai, Sakura, et maintenant cette créature - ils avaient tous essayé à un moment ou un autre. Avec de bonnes intentions, parfois, mais cela n'en était pas moins de la manipulation, une tentative pour le changer, le transformer en quelque chose d'autre.
Naruto n'avait jamais rien fait de tel, ne s'était jamais présenté devant lui comme étant plus que ce qu'il était vraiment, même lorsqu'il se cachait encore sous un masque. Leur relation avait toujours était plus ou moins la même, logée sur un terrain d'égalité. Et pour cela, Sasuke lui en serait à jamais reconnaissant.
Mais Sasuke était un shinobi - il comprenait la logique, et bien que tous ses nerfs et son instinct lui hurlaient leur déni, il autorisa ses muscles noués à se détendre, sa prise se relâchant peu à peu sur son chokuto. Il se releva de sa position à moitié accroupie, les yeux se plissant, et bien qu'il continuait de se mouvoir, ses yeux étudiant avec attention les alentours, Sasuke laissa paraître un intérêt.
– Tu fais partie de l'Akatsuki, énonça-t-il d'une voix plate, et cela lui demanda expérience et volonté pour rester aussi neutre. Pourquoi m'aiderais-tu à éliminer l'un des tiens.
Un tremblement agita le sol et Zetsu en sortit telle une plante en pleine croissance, un rictus satisfait sur son visage inhumain ; à en croire qu'il était une plante carnivore ayant tout juste piégé tout un essaim.
– Mais vois-tu, ton frère est faible et n'est-il pas naturel de vouloir se débarrasser des poids morts dans une meute ? Se débarrasser de ce qui ne nous profite plus ? Nous essayons de changer le monde, petit Uchiha. N'as-tu aucun intérêt pour un tel objectif ? Ne voudrais-tu pas vivre dans un monde dénué de mensonges et de traîtrises ?
Juste là, dans l'arbre derrière Zetsu… une ombre, un faible vacillement, mais le Sharingan ne peut le manquer. Sasuke n'y prêta pas attention, ne trahit pas la personne en question, quelle qu'elle soit. Ennemie ou alliée, l'une ou l'autre pourrait bien lui donner l'ouverture dont il avait tant besoin.
– Faible ? répéta-t-il à la place, et son ton se fit suffisamment dérisoire, même s'il n'avait pas cherché à ce qu'il le soit. Itachi ?
L'ombre se prépara, une tension légère et la respiration de Sasuke fut presque hachée d'un hoquet, et il se voit obligé de se demander…
– Trop tendre, murmura Zetsu en se glissant un peu plus près. Trop facilement influencé par ses émotions, trop insolent face à la vraie puissance. Te souviens-tu cette nuit-là ? Son mépris ? Il te croyait faible. C'est pour ça qu'il n'a même pas pris la peine de t'achever. Pourquoi ne pas prendre avantage de son arrogance et te venger ? Tu as fait preuve de bien de patience, Uchiha. N'est-il pas temps d'aller de l'avant et en finir une bonne fois pour toutes ?
La rage bouillonna et distordit ses entrailles tel un parasite, tel un dragon, vicieuse et implacable. Un moyen de pression, songea-t-il, comme il l'avait imaginé la première fois qu'il avait entendu la vérité sur le massacre. Je n'étais rien qu'un moyen de pression qu'on a utilisé contre mon frère.
Bien qu'il est plus difficile de se le rappeler à présent, après tant d'années ayant chassé les souvenirs de son esprit, il se souvient encore de l'étreinte de son frère, d'une main sur son épaule, d'une coiffure ébouriffée par ses soins, d'une pichenette sur son front. Sasuke avait vénéré Itachi, l'avait aimé, presque adulé, et Itachi n'avait jamais, jamais, fait quoi que ce soit pour le blesser. Pas avant cette nuit-là, pas alors que contester les ordres signifiait la mort de Sasuke.
Il ne comprenait pas, pas complètement du moins. Il ne pouvait pas imaginer pourquoi Itachi avait tant insisté pour que Sasuke soit celui à le prendre en chasse. Mais il y avait une bonne raison à cela, de ça, il était certain. Peut-être était-ce sa manière à lui de se punir, ou bien même de se repentir. Mais il y avait également quelque chose d'autre, quelque chose que Sasuke ne pouvait suspecter sans avoir les bonnes informations. Mais qu'il ait essayé de monter un tel coup était suffisant pour lui.
Malgré les années, les kilomètres et les non-dits qui grouillaient entre eux, Sasuke était toujours ce petit garçon qui aimait profondément son frère. L'avoir haï n'y avait jamais rien fait, pas exactement, du moins, et Sasuke pensait sincèrement qu'il s'agissait probablement de la raison pour laquelle il avait toujours tenté d'enfouir sa peine et son chagrin sous sa rage et son désir de vengeance. Car autrefois, il aimait son frère plus que tout au monde, et pour un Uchiha, un tel acte d'amour n'était jamais très prudent. L'amour avait toujours été leur faiblesse, c'est un fait.
À présent, Zetsu le faisait, lui jetait un regard qui lui disait qu'aucun chemin ne lui était accessible si ce n'est le sien, et Sasuke ravala sa rage pour croiser le regard de la créature. Hautain et confiant, Zetsu maintint son regard et ce fut finalement l'ouverture dont Sasuke avait besoin.
Les Genjutsu avaient tendance à être simplistes, faibles, faciles à rompre. Mais que leurs victimes ne sachent pas que le charme avait opéré, voilà en quoi résidait leur puissance. Et lorsque le Sharingan était dans l'équation, c'était doublement vrai.
Une pointe de chakra, une inspiration et Zetsu était sien à tourmenter selon son bon vouloir. Sasuke prit grand plaisir à le dépourvoir de son ouïe, à limiter sa vue, jusqu'à ce que ses sens soient enserrés dans un nuage de coton. Un mouvement de ses doigts, comme s'il tentait de refaire circuler le sang dans sa main après de longues minutes d'une poigne trop passionnée sur son épée, mais il s'agissait en réalité d'un signe ANBU signifiant « piégé ». Si l'ombre en question était l'ennemie, alors elle ne le comprendrait pas, mais s'il s'agissait d'un ami, Sasuke venait tout juste de leur donner la parfaite ouverture.
Et l'ombre se mit en mouvement, rapide et silencieuse, sa trace s'effaçant entre les arbres. L'éclair d'un regard rouge et noir, un roulement d'un poignet, et un brasier ébène rugit, s'enroulant autour de Zetsu telle une poigne se refermant sur sa proie. Zetsu laisse échapper ce qui ressemble plus à un grognement ou à un piaillement qu'à un hurlement. Il bondit, mais il ne pouvait l'esquiver, ne pouvait l'éteindre car il en était la seule cible et Sasuke profita du spectacle de cette créature réduite à un petit tas de cendres avec une jouissance malsaine.
Et seulement à ce moment-là se décida-t-il à se tourner vers son frère, qui était appuyé contre le tronc d'un arbre. Itachi lui rendit son regard, exprimant, de sa peau pâle et de son visage marqué, une fatigue et une vieillesse tellement plus apparentes que la dernière fois qu'il l'avait vu. Un corbeau était perché sur une branche au-dessus de sa tête, un Sharingan vissé sur Sasuke et il l'observa avec suspicion quelques secondes avant de reporter son attention sur Itachi.
Un énième moment de silence, tendu et chargé, et Sasuke expira d'un coup sec avant de rengainer son chokuto.
– Désolé, aniki, dit-il d'une voix blanche. Tu voulais que lors de notre prochaine rencontre, nous ayons les mêmes yeux. Je dois te décevoir.
Le visage d'Itachi se contracta un peu plus à ses mots, mais ses yeux s'adoucirent, et une émotion ressemblant à du regret sembla le traverser.
– Non, otouto, répondit-il d'une voix calme et il ne laissa pas son regard dévier. Je pense que c'est à moi de m'excuser.
Sasuke empoigna la poignée de son épée plus fermement, puis se força à la relâcher petit à petit. Il était tendu et agité, l'incohérence gagnait ses pensées, car bien qu'il ait toujours eu pour objectif primaire de retrouver Naruto, sa vengeance ne l'avait jamais vraiment quitté. Une idée plutôt vague, parfois, distante, mais la pensée était là. Et aujourd'hui, après, tout au plus, une petite semaine depuis qu'il avait appris la vérité sur le massacre, il se sentait… déchiré. Douze ans de haine ne pouvaient pas être si aisément apaisés.
Cela dit…
– Mère… Père…, fit-il, et sa voix trembla contre sa volonté. Ils…
Itachi ferma les yeux et pour la toute première fois, Sasuke devina l'agonie, crue et lasse, sur son visage.
– Ils m'ont demandé de prendre soin de toi, avoua-t-il dans un murmure. C'était… leur dernière volonté.
Sasuke serra le poing jusqu'à presser ses ongles à même la chair, jusqu'à ce que ses yeux cessent de brûler. Il ne souhaitait pas attendre ce qu'il avait à dire sur le sujet, mais il ne pouvait pas non plus lui-même se dépouiller de cette chance. Pas s'il avait encore l'espoir de mieux comprendre ce qu'il ressentait en ce qui concernait son frère.
– Ils savaient ?
– Ils le suspectaient, certainement, affirma Itachi, triste et si fort, même alors qu'il avait une telle croix à porter.
Ses yeux étaient toujours clos, dissimulant son expression. Mais Sasuke pouvait lire dans chacune des lignes de son visage son regret. Sa voix déchirée par la peine se mit finalement à trembler lorsqu'il ajouta sur le ton de l'incrédulité :
– Ils m'ont dit que j'ai toujours été… trop gentil.
Et qu'importe à quel point porter la mort de son clan et grandir seul pouvait lui être pesant, il ne pourrait jamais imaginer à quel point cela avait dû être dur pour son frère, qui avait toujours méprisé la violence, d'être à l'origine de leur meurtre. Ni la culpabilité, la rage impuissante, le soulagement et le devoir, le tout embourbé dans un enchevêtrement chaotique, et c'était à se demander comment quelqu'un pouvait rester sain d'esprit après tout ça. Il se souvint de ce qu'il avait pensé lorsque Naruto lui avait dit que ce n'était pas la folie qui avait causé le massacre, mais bien le massacre qui avait entamé la santé mentale d'Itachi, et peut-être qu'au final, il n'en était pas ressorti entièrement indemne, dans cette l'histoire. Peut-être que le rôle qu'il jouait était la seule chose qui lui permettrait de s'agripper du bout des doigts aux restes de sa lucidité, et pourtant… c'était suffisant.
Sasuke pouvait s'en sortir avec ça. Il pouvait l'accepter. Peut-être même qu'un jour, il serait apte à aimer son frère comme jadis il l'avait aimé, avec aisance et sans réserve.
Ce n'était pas pour aujourd'hui, ni pour les jours à venir, mais…
Un jour, peut-être.
– Tu l'es, dit-il en se retournant et les mains d'Itachi retombèrent, la stupéfaction évidente sur son visage.
Parce qu'il était toujours aussi têtu, il garda ses yeux cloués au petit tas de cendres qu'était Zetsu.
– Tu l'as… toujours été.
Il y eut un long moment de silence, puis Itachi laissa échapper un petit rire, pénible et faible mais avenant.
– Tu as grandi, Sasuke. Tu es devenu… si fort. Je suis fier de toi.
Une autre pause et lorsque Sasuke osa finalement tourner son regard vers Itachi, celui-ci souriait, tel le frère qu'il avait été.
– Même si tu n'as rien suivi de mes prédictions et du plan que j'avais imaginé depuis le départ de ton coéquipier.
Sasuke renifla avant de pouvoir ravaler son amusement, un sourire tiraillant ses lèvres. Il y avait une sorte de légèreté dans sa poitrine, comme s'il venait de se délester d'un énorme poids qu'il n'avait jamais eu conscience de porter.
– Naruto a toujours eu le don pour ça, admit-il sèchement. Même lorsque ça n'a rien à voir avec lui.
Itachi réduit l'espace les séparant en quatre enjambées et tendit la main. Lorsque Sasuke ne fléchit pas, Itachi s'autorisa à doucement la poser sur son épaule et à le tirer vers lui jusqu'à ce qu'ils soient face à face et qu'il puisse se pencher. Il reposa son front contre celui de Sasuke et murmura :
– Je lui en suis reconnaissant, dans ce cas.
– Et moi donc, chuchota Sasuke en guise de réponse.
Il ferma les yeux. Ce n'était pas parfait, rien de tel, mais qu'importe. Rien ne l'avait jamais été pour Sasuke et il saurait s'adapter, comme il l'avait toujours fait.
Le fin sourire d'Itachi se fit affligé, mais une chaleur s'en dégageait encore - quelque chose comme de l'espoir.
– Je n'exige pas ton pardon, Sasuke. Mais sache que quoi qu'il advienne, quel que soit le chemin que tu empruntes, sache que je t'aimerais toujours.
Le pardon ne lui viendrait pas aisément. Ce pourrait même être la chose la plus difficile que Sasuke ait jamais entreprise.
Mais en fin de compte, c'est toujours comme ça pour celles qui comptaient vraiment.
– Je sais, répondit-il, une main trouvant le poignet de son frère pour venir l'enserrer d'une poigne ferme.
Un écho, suivi d'un éclair de chakra attirèrent son attention et il se força à reculer et à détourner les yeux.
– Suis-moi, ils ont encore besoin de nous.
D'un roulement du poignet, Itachi agrippa le sien en retour, le serrant tendrement.
– Il semble bien, en convint-il, et il lui emboîta le pas tandis que Sasuke prenait la direction de la lisière du village.
