Salut!
Bon même si l'engouement pour cette histoire n'est pas énorme, je ne pouvais pas attendre pour publier ce chapitre :p
Comme il est plutôt cout, je pense publier le prochain rapidement, enfin si vous en avez envie parce que là,
j'ai l'impression qu'il n'y a pas grand monde dans le coin...
Un grand merci Guest (je ne sais pas si tu es la même qu'au premier chapitre) et Annabelle.
J'apprécie vraiment votre soutien!
Guest : merci pour ton compliment je suis très flattée. J'espère que la suite te plaira.
Annabelle : tes questions vont trouver une réponse tout de suite.
Mes personnages n'ont pas les traits de caractère ou les liens des persos classiques je pense, juste leur physique.
Bonne lecture !
o¤o¤o
Chapitre 3
Ace of Spades
(motörhead)
Je passe derrière le comptoir de la boutique et m'assois sur la chaise haute. D'ici je vois parfaitement les gars qui discutent gaiment avec monsieur « j'ai un jean usé mais je me la pète avec ma voiture qui vaut votre salaire de l'année ».
Il ne me plait pas et le fait qu'il ait l'air de s'entendre avec mes potes me plait encore moins.
Je le détaille discrètement pour mieux le cerner.
Il doit avoir dans les vingt-cinq ans tout au plus. Son attitude est détendue, ses vêtements peu soignés mais il a de l'argent, surement beaucoup. Je ne le remarque pas seulement à cause de sa voiture mais aussi à sa façon de se tenir, de rire, à ses expressions.
Mes amis sont conquis, même Jasper se bidonne avec lui. Il a du charme et du charisme, il est beau à se damner. Il doit avoir du succès auprès des femmes et il doit en user allègrement.
Il ne me plait pas du tout.
Emmett et beau gosse s'approche. Emmett a mis sa main sur son l'épaule, signe qu'il l'aime bien.
Ils pénètrent dans la boutique. Je fais comme si je rangeais des papiers. Je peux berner n'importe qui mais pas Emmett, il est le seul à s'occuper de la paperasse. Je ne suis même pas sûre que Jasper son associé s'en charge.
- Tu fais quoi là ? demande-t-il un peu ahuri par mon comportement.
- Je cherche un truc. Mais c'est pas important. Qu'est-ce qui se passe ?
- Vraiment ? Demande-t-il suspicieux.
Je lui lance le regard « tu sais que je mens et que je ne te dirais pas ce que je fous là alors tais-toi et accouche ».
Il comprend. Emmett comprend toujours.
- Bref… Edward veut te voir.
Le fameux Edward me regarde tout sourire.
- Je l'ai accompagné pour être sûr que tout se passe bien, ricane Emmett.
Son ton est moqueur et il m'agace passablement.
- Il est cool Bella, sois pas trop dure.
Je lance mon rictus le plus innocent et le plus hypocrite. Il tapote la poitrine d'Edward, son bras toujours sur son épaule.
- Courage mon vieux. Si elle sort les griffes tu cries, je suis pas loin.
Les deux pouffent comme des gamins et mon agacement monte d'un cran.
Emmett sort et je me retrouve devant un Edward un peu penaud.
- Désolé pour tout à l'heure, je ne voulais pas t'offenser.
Mes hypothèses se confirment. Personne n'utilise le mot « offenser ». Personne que je connaisse en tous cas.
- Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?
J'élude ses excuses et je prends mon ton professionnel
- Je viens me faire tatouer, dit-il comme une évidence.
J'avais bien compris mais il a demandé à me voir spécifiquement, d'où ma question.
- On se connait ?
La réponse est non, je n'oublie jamais un client.
- Non mais on m'a chaudement recommandé de m'adresser à toi.
Encore une fois son vocabulaire dénote une certaine distinction qui n'est pas de mon âge, ou pas de ma catégorie sociale.
- Un client ? Qui est-ce ?
- Non pas un client.
- Quelqu'un que je connais ?
- Pas vraiment.
- Le suspense est insoutenable, j'ironise.
Ses yeux brillent d'espièglerie. Il est joueur.
- Ma sœur, Alice.
- Petite chose ?
- Petite chose… C'est mignon. Ça ne lui va pas du tout mais c'est mignon.
Mignon ? Je déteste ce mot. En plus, à la base, Petite chose est plutôt sarcastique. Mais ce n'est pas le propos.
- Je n'ai pas tatoué Alice.
- Je sais et je te remercie de ne pas l'avoir fait.
Son air est plus sérieux. Il est sincère et son regard me touche. La considération des clients ou des gens en général pour mon travail est importante pour moi. Mon job est la seule chose dont je sois fière.
- Elle n'était pas du tout prête, continue-t-il.
- J'ai fait ce que j'avais à faire.
Mon échange avec Alice a été exceptionnel pour moi, mais en ce qui concerne le tatouage, je n'ai fait que mon travail.
- Elle a été éblouie par les tatouages que tu lui as montrés. Ça et ta personnalité, ton professionnalisme si tu préfères.
Ses yeux sont si pénétrants que je les fuis. Comme sa sœur il me déstabilise, mais pas pour les mêmes raisons. Il est aussi déterminé qu'elle semble perdue.
Je cherche mes disponibilités dans mon agenda sur l'ordinateur. Je dois me reprendre.
- Je ne suis pas libre ce matin.
- Ok mais si tu es libre ce soir on peut se faire un resto. Tu aimes l'italien ?
Encore une fois j'avais vu juste. Le tombeur fait surface. Pourquoi je ne suis pas surprise ?
Je continue de scruter l'écran comme si je n'avais pas entendu.
- J'ai un créneau en fin d'après-midi à 17 heures.
- Ça me convient.
- Pendant le premier rendez-vous en général je ne tatoue pas. Tu m'expliques ce que tu veux, où tu le veux. Je fais un dessin et on se revoit pour le retoucher ou le tatouer si c'est bon. Ça te va ?
J'ai besoin de discuter un moment avec les clients pour déterminer le meilleur tatouage possible en fonction de ses gouts, ses envies, sauf évidemment s'il s'agit de quelque chose de simple et que le client est déjà bien décidé.
Quelque chose me dit que ce ne sera pas le cas pour Edward.
- Ça me va très bien.
- Bien à tout à l'heure.
Je suis expéditive. Je ne tiens pas à m'attarder. Sa présence me rend nerveuse et je n'aime pas cette sensation.
Edward sort tandis que ma cliente entre. Il lui lance un « salut » charmeur. Elle s'attarde en passant la porte et lui sourit avec toute la grâce qu'elle possède. Quand elle arrive devant moi, des étoiles brillent dans ses yeux. Je ne peux pas dire qu'elle soit pathétique, je la comprends. Edward est vraiment beau gosse, mais céder aussi facilement, c'est… inintéressant.
Je suis un peu frustrée, j'aurais voulu l'observer plus longtemps. Quelque chose m'échappe. Je ne vois pas du tout ce qu'il fait dans la vie. Il n'a pas l'air d'être étudiant, ni d'avoir une profession qui lui permette de gagner beaucoup d'argent. Mais puisque c'est le frère d'Alice, ses parents doivent en avoir. Il est peut-être rentier ou gigolo…
Je suis en train de tatouer une fleur de lotus entre les omoplates de ma cliente quand je m'aperçois que je pense à lui. Je n'aime pas ça.
Lorsque ma matinée se termine, j'ai une heure et demi de pause. Je décide d'aller courir. La tension qu'Edward a engendrée est tenace. J'ai besoin de m'en défaire.
Mes foulées sont grandes, la musique entrainante, je dirais même furieusement entrainante, je vais à une vitesse hallucinante. Je m'épuise.
Je rentre me doucher chez Emmett. C'est un peu ma deuxième maison. Je me prépare un sandwich et je vais le manger seule au soleil.
Je repense au beau gosse. J'essaie de comprendre pourquoi il m'agace. Plusieurs raisons me viennent à l'esprit.
D'abord sa beauté. Les gens beaux sont énervants, ils ont de la chance dès le départ. Le physique ouvre des portes, amicalement, professionnellement.
Ensuite, le fait qu'il soit charmant et charismatique. Il dégage quelque chose de très positif, comme si tout était facile pour lui, comme si sa vie était fluide, sans entraves, sans problèmes. Son comportement attire l'amitié.
Puis, le fait qu'il soit si sûr de lui. Il semble qu'il sache qui il est et ce que la vie lui réserve. Il semble que rien ne puisse lui résister.
Enfin, il y a la faille. Il semble parfait sous tout rapport, mais je sens cette fêlure qui fait la différence. Ce truc un peu sombre qui fait d'un homme banal, un homme intéressant. Il a ça en lui et c'est très attirant.
Je soupire bruyamment en m'apercevant qu'une fois de plus il occupe mes pensées. Emmett m'apporte un café au même moment.
- Qu'est-ce que t'as ?
- Rien, je râle.
- Pourquoi tu te prends la tête ?
- Pour rien je te dis.
Mon ton est sec et grognon. La plupart du temps, je ne me cache pas, je lui raconte ce qui me tracasse mais là, je ne sais pas pourquoi mais je me l'interdis. Peut-être parce que je n'ai jamais parlé d'homme avec Emmett, certainement parce que d'habitude les hommes me laissent indifférente.
- Je sais qu'il n'y a pas rien.
Bien sûr qu'il sait, il me connait par cœur.
- Je suis un peu fatiguée et un peu tendue, rien de grave.
- Ok ok comme tu veux.
Ma décision est prise, je vais le tatouer et je vais coucher avec lui. Je ne serais plus tourmentée quand je l'aurais consommé. Mais je choisirais le moment. Je ne veux pas que ce soit trop facile pour lui. J'aime jouer.
- Bon… moi je me casse. Je te laisse gérer ça.
Je ne comprends pas ce qu'Emmett raconte jusqu'à ce que je lève les yeux sur Alice et son amie Barbie.
Merde !
Je reste assise. Je ne cherche pas la confrontation, mais je suis sur mes gardes, prête à me lever si la grande dit un mot de trop.
- Bonjour Bella ! chantonne Petite Chose.
Elle s'avance et m'enlace. Je me fige, incapable ni d'apprécier son étreinte ni de la repousser. C'est Petit Diable que je devrais l'appeler.
- Bonjour.
Je ne sais pas trop à quoi m'attendre de la part de Barbie alors je reste simple.
- Je voudrais te présenter Rosalie, ma meilleure amie.
Elle s'approche, gênée visiblement.
- Bonjour Bella. Je voulais m'excuser pour hier. J'ai été vraiment maladroite et impolie. Je te remercie d'avoir pris soin d'Alice.
Il me semble que c'est le moins qu'elle puisse faire. J'ai quand même l'impression qu'elle se force un peu.
Cette fille n'a pas l'air commode.
- Tout va bien.
Je ne suis pas chaleureuse. Je me demande surtout ce qu'elles viennent faire là. Quand j'ai proposé à Alice de repasser je ne pensais pas qu'elle le ferait si tôt, je ne pensais même pas qu'elle le ferait à vrai dire.
- Génial ! s'écrie Alice. Alors comment vas-tu ?
Mince, elle copine. Elle s'assoit sur la chaise près de la mienne, Barbie en face. Que suis-je sensée faire ?
- Je vais bien merci. Et toi ?
Répondre est un bon début.
- Très bien. Merci Bella, tes conseils m'ont été précieux.
- Je lui répète la même chose depuis des mois, mais elle préfère te croire toi, rouspète la blonde à l'air guindé.
- Parce qu'elle y a mis les formes, répond Petite chose.
Je ne sais pas quoi dire. Je ne suis pas franchement mal à l'aise mais pas franchement à l'aise non plus.
- Mon frère est-il passé au salon ?
- Oui, il est venu ce matin.
- Super ! Vas-tu le tatouer ?
- Je ne sais pas encore. On n'a pas encore discuté de son projet. Je le revois tout à l'heure.
- Oh…
Le « Oh… » d'Alice m'intrigue au possible.
- Il y a quelque chose que je dois savoir ?
- Non, rien de particulier…
Elle est suspecte. Son frère doit avoir une demande bizarre. J'évite ou je refuse les demandes bizarres. Je ne tatoue pas les sexes par exemple, je n'aime pas la torture. Mais je ne crois pas que ce soit son style non plus.
Barbie regarde au travers de la vitrine. Elle matte Emmett mais je ne sais pas si lui l'a remarqué.
- Intéressée ?
Je veux la surprendre, peut-être même la mettre mal à l'aise, je n'aime pas particulièrement cette fille. J'hausse les sourcils avec un air complice, ce que nous ne sommes pas.
- Comment ?
Sa voix monte dans les aigus, elle se vexe, j'ai réussi mon coup. Elle me fusille du regard et je lui fais un sourire détendu. Elle essaie de m'impressionner mais ça ne fonctionne pas, peu de choses m'impressionnent.
On n'a pas grand-chose à se dire et je me demande pourquoi elles tardent quand j'aperçois Jasper. Bien sûr, Barbie est venue me présenter ses excuses mais Petite chose est là pour lui et c'est sans doute la seule raison pour laquelle elle est passée.
Les rayons du soleil illuminent ses boucles blondes en bataille, son allure est incroyable, son pas déterminé. Il est absolument à tomber. Elles sont absorbées par le spectacle. C'est fou la tonne de détails qui deviennent des évidences quand on observe un peu les gens.
Il arrive devant les portes de la boutique, salue d'un signe de tête et entre sans s'arrêter, sans un mot, sans un sourire.
Bien que la chaleur provoquée par son apparition soit retombée, Alice est rouge pivoine. Je suis un peu déçue. Je pensais qu'après notre discussion d'hier Jasper aurait pris une seconde pour lui parler.
Mais je suis sûre d'une chose, Alice reviendra, elle est accro.
- Je dois aller travailler, dis-je en me levant.
Mon client vient de débarquer. Il a déjà pas mal de tatouages, je suis curieuse de ce qu'il va me demander. Barbie est limite consternée par sa dégaine, Alice ne se formalise pas. Elle a l'air plus ouverte d'esprit.
Elles s'éclipsent et je rejoins l'intérieur.
¤o¤o¤
Il est 17h30 quand je finis avec ma dernière cliente. Ce travail était intense. Elle voulait un souvenir de sa sœur décédée. J'ai dessiné sur son cœur une petite fille à genoux. Elle souffle sur des bulles qui remontent vers l'épaule. Ma cliente en a pleuré de joie. J'avoue avoir retenu une larme. Je suis encore troublée.
Je ne suis pas insensible même si je suis dure. Je m'implique entièrement dans mes tatoos, j'y mets une part de moi-même et une part de mon client. Je suis forcément touchée même si je le montre peu souvent.
Lorsque je me retourne, je tombe sur Edward. Il a vu mon échange et je ne sais pas expliquer pourquoi ça me dérange autant. Son regard est attendri, compatissant. Je me fous de sa complaisance, je crois que je la déteste.
- Salut Edward.
Je suis trop froide. Il est un client, je dois le traiter comme je le ferais avec n'importe lequel d'entre eux. Il faut croire qu'il n'est pas un client comme les autres parce que je n'y arrive pas.
- Salut bébé, sourit-il.
Il ne se formalise pas de mon ton glacial. Ce type est toujours de bonne humeur, rien ne le fait flancher.
- Ne m'appelle pas bébé ! Je ne suis le bébé de personne ! je m'emporte.
- C'est bon à savoir !
Je suis trop exténuée pour renchérir.
- J'ai pas rangé mon atelier et il est tard, on va rester ici pour parler.
Je suis rassurée que les gars assistent à notre échange. Même si la boutique est déserte pour l'instant, je sais qu'ils ont fini et qu'ils ne vont pas tarder.
- Je ne veux pas être impoli…
Une lueur dans son regard me fait réaliser qu'il est au courant pour la petite histoire avec Barbie. J'imagine que cette fille n'a pas l'habitude qu'on la remette à sa place.
- …mais je préférerais qu'on soit seul. Si possible, je voudrais éviter tes collègues.
Je le sonde quelques secondes. Ce n'est pas une sorte de drague, il parait honnête. Je ne peux pas refuser sa demande.
- Viens.
Il me suit jusque dans mon antre. Je range rapidement mon matériel pendant qu'il s'imprègne du lieu.
Ses yeux sont partout, sur mes outils, le fauteuil, les cadres aux murs, et moi.
- Ton travail est… exceptionnel !
Son enthousiasme fait plaisir.
- Merci.
- Qu'est-ce que c'est ?
Il désigne le tatouage sur la peau de porc. Je lui explique.
Il pose beaucoup de questions. Il est curieux. J'en dis le minimum. Il n'a pas besoin de savoir plus que le fait que je suis une tatoueuse expérimentée.
Il demande à voir les photos de mon travail. Je lui donne l'album et continue de nettoyer. Mais il n'est jamais rassasié et s'intéresse à quasiment tous mes dessins. Il s'extasie sur la finesse et la beauté de chacun. Il est très bavard. Il commente : « je ne pourrais pas me faire tatouer un chien sur la poitrine » ou « c'est sexy un papillon à cet endroit » ou encore « ça doit faire mal sur la cheville ».
Il est plutôt drôle. Il a ce côté enfantin d'Alice, mais dans le propos, pas dans l'attitude.
- Alors Edward, qu'est-ce qui t'amène ?
Ses yeux se voilent. Il a l'air gêné. Voir son assurance s'ébranler même un peu est édifiant. Ça démystifie un peu son image de beau gosse parfait sous tous rapports.
- Voilà je…
Il passe la main dans ses cheveux.
- ... j'ai plusieurs cicatrices que je voudrais faire recouvrir par des tatouages.
- D'accord. Toutes les cicatrices ne sont pas recouvrables. Je dois les voir.
Je n'imaginais pas ça, à vrai dire je n'imaginais rien concernant ce rendez-vous, mais je ne suis pas déstabilisée, je le suis rarement.
Lorsque je reçois un nouveau client, je garde l'esprit ouvert afin d'être prête à n'importe quelle demande, de la plus simple à la plus farfelue.
- Maintenant ?!
Il panique.
- Oui, si on ne peut pas les recouvrir, on n'a pas besoin de continuer la discussion.
Il hésite.
- Elles ne sont vraiment pas belles, avoue-t-il.
Il n'est vraiment pas à l'aise, voire même vulnérable, il a besoin d'être rassuré.
- T'en fais pas, j'en ai vu des dizaines. Je ne suis pas choquée par ça.
Il me regarde droit dans les yeux. Je soutiens son regard. Il est inquiet, il a besoin d'être certain que je sois à la hauteur. Il n'a pas à en douter, il le lit dans mes yeux.
-Bien.
Il enlève doucement son teeshirt.
Bon sang !
Je ferme la bouche pour ne pas baver ou gémir. Son torse est sculpté de muscles fins mais bien visibles. Ses épaules larges lui donnent un côté viril très séduisant et ses abdos sont dessinés à la perfection jusqu'en dessous du nombril, jusqu'à la limite infligée par son jean.
Mes yeux remontent sur son visage, il me lance un clin d'œil avec son sourire en coin malin.
Je secoue la tête, je reprends mon souffle. Je ne suis pas une midinette, il ne peut pas me faire craquer avec un clin d'œil aguicheur. Par contre s'il n'était pas mon client il aurait pu me prendre sauvagement sur le fauteuil !
Ce mec est à tomber, physiquement tout ce que j'aime.
- Je ne vois pas de cicatrices…
Il baisse le front, à nouveau pris dans ses incertitudes et sans un mot, il se tourne doucement.
Effectivement, je suis impressionnée. Une balafre court le long de sa colonne vertébrale puis deux plus petites longes les os de ses omoplates. Elles ne sont pas vilaines, elles sont juste immenses.
- Je dois toucher Edward. Est-ce que tout va bien ?
Il hoche la tête. J'aperçois l'étendue des dégâts. On dirait que ses plaies ont été ouvertes et refermées plusieurs fois. Je brûle de lui poser la question sur la cause d'un tel traitement mais je me retiens.
Je pose le bout de mon index sur lui et nous sursautons, tous les deux surpris par une décharge d'électricité statique. Nous rions nerveusement et détendons ainsi l'atmosphère.
Mes doigts passent sur sa peau. Elle est douce, chaude. Il frissonne, surement peu habitué à ce qu'on touche ses cicatrices. Je tremble aussi. Je ne sais pas bien pourquoi je suis troublée à ce point. C'est mon boulot, je fais ça tous les jours.
J'imagine qu'il me touche. Ses cicatrices racontent son histoire, même si je ne connais pas les détails, il est évident qu'il a dû beaucoup souffrir.
- Elles sont tatouables. Mais j'ai…
- Je n'ai pas fini.
J'écarquille les yeux.
- Non ?
- Non, dit-il plus sombre.
Toujours de dos, il baisse son pantalon.
Malgré l'émotion, je louche sur son cul aussi musclé et appétissant que le reste de son corps. Cet homme a un corps parfait. D'ailleurs il se retourne et je recule d'un ou deux pas, je ne peux pas m'empêcher de lorgner sur lui, avec seulement un boxer pour vêtement.
Mais je me reprends. J'inspecte ses jambes.
Les balafres y sont symétriques. Une longue ligne plutôt fine au milieu de chaque cuisse, une sur chaque côté des mollets.
Je suis certaine qu'il s'agit d'un accident de la route mais je ne dis rien. Il en parlera plus tard, s'il le décide.
- C'est bon tu peux te rhabiller.
Je ne peux pas me concentrer s'il est moitié nu, mais ça, j'évite de le préciser.
Nous nous asseyons côte à côte, face à la table longue qui me sert de bureau pour dessiner.
- Je peux les recouvrir mais tu dois savoir deux ou trois choses.
- Bien.
Il est attentif et pas encore remis d'avoir montré ses blessures. Il parait vulnérable, ça ne lui donne que plus de charme.
- D'abord, tatouer des cicatrices est douloureux.
- Tu as vu mon dos, j'ai l'habitude de souffrir.
Il ne me regarde pas dans les yeux, il n'aime pas parler de ce qui lui est arrivé.
- La peau reconstruite est plus fine, plus délicate. On ne peut pas faire n'importe quel tatouage ou n'importe quelle couleur.
Il acquiesce sagement.
- Tu dois être à jeun. Je veux dire que tu ne peux pas prendre de médicament pour amoindrir la douleur avant les séances.
Il reste silencieux, le regard vers un dessin qui traîne sur la planche.
- Donc, on fera des séances plus courtes, mais plus nombreuses.
Il esquisse un sourire, sans lever les yeux.
- Est-ce que tu veux recouvrir toutes les cicatrices ?
- Oui.
Cette fois il me regarde et son ton est ferme et définitif.
- Par laquelle on commence ?
- Celle du dos.
Là encore, pas de place au doute.
- Tu as des idées de dessins ?
- Plusieurs, mais celle qui me tient à cœur est un fauteuil roulant.
Je bugge. Cette idée est si terre à terre, si étrange.
Je suppose qu'il a passé du temps sur un de ces engins alors pourquoi vouloir se le tatouer ?
J'interviens avec tact. Il serait dommage de graver une chose si horrible sur un corps si parfait.
- Pourquoi un fauteuil roulant ? je demande avec douceur.
- Parce que j'ai passé beaucoup de temps dessus.
Ses yeux se ternissent. Il évite mon regard de nouveau.
- Et tu as aimé ça ? C'est un souvenir heureux ?
- Eh bien… non… mais il est une partie de ma vie, une large partie.
- Et tu as envie de le retrouver sur ton corps toute ta vie ?
Il me dévisage. Il réfléchit.
- Peut-être pas en effet…
- Bien Edward, il va falloir que tu me racontes ton histoire et on va trouver ensemble quelque chose qui te convienne vraiment.
Son visage s'éclaire. Il est satisfait de ce qu'il entend.
- D'accord !
Sa joie de vivre revient. Je ne sais pas pourquoi je ne peux pas m'empêcher de sourire moi aussi. Il faut croire que sa bonne humeur est contagieuse.
- Mais pas ce soir. Je vais réfléchir de mon côté à ce qui pourrait correspondre et tu réfléchis du tien.
- Pourquoi pas ce soir ?
- Parce que nous allons bientôt fermer.
- Allons diner.
- Non.
- Ce n'est pas un rencart. Tu n'as qu'à m'écouter, tu n'as rien d'autre à faire.
- Bien sûr que si. D'après ce que tu me racontes je commence à envisager plusieurs possibilités de dessins. Je ne suis pas curieuse de connaitre ta vie, je dois savoir où je vais et ce qui pourrait t'aller.
Il est sceptique.
- Est-ce que tu veux quelque chose de décoratif ? quelque chose en rapport avec ton accident ? Quelque chose de plutôt figuratif ou de symbolique ? Quelque chose de grand ? de discret ? en dégradé de noir ou en couleur ? Il y a une infinité de paramètres à prendre en compte !
Il se tait. Il n'a visiblement aucune idée de ce qu'est mon métier. Je sais que beaucoup de gens pensent qu'un tatouage, c'est facile. Ce n'est pas le cas. Un bon tatouage demande plus qu'un joli coup de crayon.
- Comment sais-tu qu'il s'agit d'un accident ?
- Je n'en sais rien, juste une supposition.
Il se rembrunit de nouveau. Je le rassure.
- Edward, tu veux recouvrir tes cicatrices mais tu ne sais pas comment. Je peux t'aider mais il faut que j'en sache plus sur toi.
- Viens dîner avec moi.
Mince ! Il persiste !
Je réfléchis. Est-ce que j'irais diner avec un client que je ne connais pas ? Non.
Mais je sens qu'Edward est prêt, il a besoin qu'on commence son projet ce soir. Est-ce que je dînerai avec un client pendant qu'il me raconte son projet ? Oui, mais alors dans la boutique.
- Ok Edward. Je vais commander à manger et tu vas me raconter ton histoire. Ça te va ?
Son visage s'allume d'une lueur enfantine et je souris. Il est difficile de résister à son charme. Mais j'y arriverai.
- Ça ne veut rien dire Edward, ce n'est certainement pas un rencard.
- Je sais.
Il hoche la tête, son foutu sourire toujours accroché à ses lèvres.
- D'accord mais à une condition.
- Tu sais que tu es un parfait…
Non, je ne peux pas dire emmerdeur !
- … un parfait…
Je ne peux pas dire casse couilles non plus !
- … un…
Mais alors qu'est-ce que je peux dire ?
- Tu es quelqu'un de parfaitement têtu.
Il se marre comme un collégien.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- C'est moi qui paie le repas.
- Bien sûr ! Et tu payes la séance aussi. Et on mange des sushis.
C'est sur son rire mélodieux, il n'y a pas d'autre mot, que je vais prévenir Emmett. Il est sur le point de monter chez lui quand il m'aperçoit.
- Salut beauté !
Je soupire bien fort. Je lui ai demandé des centaines de fois de ne pas m'appeler comme ça, il faut croire qu'il ne veut pas m'entendre.
- Les gars sont partis ?
- Yep, t'es la dernière.
- Je vais fermer un peu plus tard. J'ai un rendez-vous plus long que prévu.
- Ok pas de soucis.
Ce n'est pas la première fois que je fermerai plus tard, par contre c'est la première fois que je mangerai sur place.
- Tu es avec qui ? Je le connais ?
Mais pourquoi cette question ? Emmett a un sixième sens passablement agaçant.
- Je suis avec Edward.
- Edward le beau gosse ?
On a presque été élevé ensemble, on a les mêmes références en ce qui concerne les surnoms.
- Oui.
Je réponds comme si tout cela était normal. Et dans un sens ça l'est alors je ne comprends pas pourquoi je me sens comme si je faisais quelque chose de mal.
- Tu ?... Tu ?... Non rien. Je veux pas savoir.
- T'es con Em franchement ! C'est un client, tu sais bien que je suis carrée.
- T'as raison, viens là.
Il me prend dans ses gros bras Je ne lui rends pas l'étreinte et pourtant je suis bien.
- Je m'en fous, tu fais ce que tu veux, murmure-t-il dans mon oreille.
Je ricane un peu. Je sais de façon certaine que s'il y a bien quelqu'un dans ce monde qui ne me juge pas, c'est bien Emmett. Mais je n'ai besoin de personne pour me mettre des barrières, je le fais moi-même. Ne pas coucher avec un client en est une.
Lorsque je me retourne vers ma cabine, Edward est appuyé contre la porte. Il me regarde avec un air doux, un léger sourire étrange flotte sur son visage.
Quelque chose d'étrange se passe en moi.
Une chaleur fait pétiller mon ventre, mes joues me brûlent et mes mains tremblotent. Ma vue se trouble, comme si je voyais Edward au milieu d'une fumée très aérienne, comme si je ne voyais que lui, comme s'il n'y avait que lui.
C'est quoi ce truc ?
Je me détache difficilement de ses yeux et reprends possession de mes membres. Quoi que ce soit, c'est très désagréable. J'approche à pas décidés et lui tend la brochure du resto.
- Choisis en premier.
Il la prend en souriant et j'ai envie d'effacer ce sourire de malheur de toutes mes forces.
