Salut!
Me revoilà! J'ai dit que j'essaierais de publier deux fois par semaine et comme le dernier chapitre était assez court
j'ai pensé que la suite s'imposait rapidement :)
Même si l'engouement n'est toujours pas énorme on est bien d'accord ;)
Merci beaucoup de suivre cette histoire!
Guest : je suis ravie de te retrouver (même si je ne sais toujours pas si tu es la même depuis le 1er chapitre mais quelque chose me dit que oui).
Je suis très flattée que mon histoire te plaise.
Oui tu as bien vu, Bella va être difficile à convaincre mais Edward est têtu :)
Merci pour tes commentaires.
Annabelle : je suis contente que le point de vue d'Edward t'aie plu :)
Oui alors je ne le dirais jamais assez, je ne suis pas les personnalités "classiques" des personnages,
ça peut peut-être être un peu déstabilisant mais j'aime bien créer mes perso.
Personnellement j'aime beaucoup la Alice de cette histoire ;)
Merci à toi de laisser un mot.
Une inconnue : bon comment dire... tu captes tellement bien ce que j'essaie de faire passer dans cette histoire que c'en est troublant :)
Voilà, j'ai essayé de rendre les perso originaux et j'aime la complexité aussi ;)
Merci de (re)lire cette histoire et de laisser une trace de ton passage.
Prochain chapitre ce weekend (si tout va bien) !
Bonne lecture
¤o¤o¤
Chapitre 5
My war
(Black Flag)
¤o¤o¤
Je suis montée chez Emmett après avoir laissé Edward. Trop assommée par son histoire et la fatigue, je ne me sentais pas de rentrer.
Ce type a vécu une vraie tragédie, mais une tragédie qui finit bien. Il a plutôt de la chance. Son père est chirurgien et prêt à changer de spécialité pour son fils. Sa mère semble dévouée et patiente. Il n'a pas l'air très proche de sa sœur mais je devine qu'elle est aimante.
Même après son calvaire, il a tout. L'argent, une famille solide et incontestablement le charisme et le charme qui plait aux femmes. Je ne sais pas s'il a des amis, mais vu la façon dont il a conquis Jasper et Emmett en quelques minutes, je ne m'inquiète pas pour lui.
Je n'ose pas imaginer ce qui serait advenu si la même expérience m'était arrivée à moi ou à une personne lambda. La fin aurait sans doute été moins gaie.
Je prends une douche avant de rejoindre Emmett. Je dois laver non seulement mon corps mais aussi mon esprit.
Les mots d'Edward tournent encore dans ma tête. Je ne peux pas nier qu'il me touche. Sa détermination et son courage forcent l'admiration, pas l'apitoiement. Je ne suis pas de ce genre. La vie est dure, baisser les bras face à ce constat, c'est perdre la bataille. Je ne m'y résignerais pas et j'ai du mal à supporter ceux qui s'y résignent. Je suis peut-être trop dure mais c'est comme ça que j'avance.
J'emprunte un teeshirt qui me servira de robe de nuit et je me glisse dans les draps de mon ami.
- Bella ? il grogne.
- Oui, rendors-toi.
Il marmonne des mots incompréhensibles, je colle mon dos contre le sien. Je ne dors pas dans les bras d'Emmett, pas comme avec Jasper. Notre affection se traduit différemment.
Je ferme les yeux et le visage d'Edward s'impose. Je le revois parler sans me regarder. Je peux prendre le temps de l'observer. Il est assez difficile pour moi d'avouer que ce type est la perfection physique incarnée. Son teint doré fait ressortir ses yeux d'un vert tantôt chatoyant tantôt sombre suivant le cours de son récit. Son nez fin, sa mâchoire décidée, sa barbe de quelques jours lui donnent un charme sexy. Ses lèvres pleines sont tentantes et son sourire parfois amer reste irrésistible. Même ses grimaces ne le rendent pas laid. La souffrance qu'il relate pourtant peu se lit clairement sur ses traits. Dans un sens il a raison, tout ceci est d'une injustice insupportable.
Au bout d'un moment, je choisis de ne plus le regarder. J'ai l'intuition qu'il sera plus à l'aise ainsi et moi, je serais moins touchée par son récit et sa personne.
Edward est «facile», il se livre aisément et il est vraiment déterminé. J'aime son assurance.
Je tourne et me retourne dans le lit. Je ne trouve pas le sommeil. Les images d'Edward me perturbent et la chaleur d'Emmett ne parvient pas à m'apaiser.
Je me lève, franchement agacée parce que franchement crevée.
Je vais boire un verre d'eau et m'allonge sur le canapé. Je lirais bien un livre pour me bercer mais Emmett n'en a pas, que des magazines de voitures ou de tatouages, et j'ai décidément besoin de penser à autre chose.
Alors je reste là, les bras le long du corps et je regarde le plafond.
Je pense à ma mère. C'est assez étrange parce que la plupart du temps je n'y pense pas. Je ne l'ai pas revue depuis mes dix-huit ans, l'âge légal de travailler et de m'assumer seule.
Les premières semaines, Carmen me logeait dans une chambre minuscule non loin du salon. Je suis partie dès que j'ai eu les moyens de louer un petit appartement. Je ne l'ai jamais quitté depuis. Je pourrais habiter un endroit plus grand avec plusieurs pièces mais je n'en vois pas l'intérêt. Et puis les grands espaces me mettent mal à l'aise. En plus, je ne veux pas payer plus que nécessaire pour un endroit où je ne fais que dormir. Peut-être est-ce le fait que j'ai toujours manqué de tout, mais je suis très économe. Je dépense le moins possible et que pour des choses indispensables.
Je me demande ce que devient Renée. Je me demande si je lui manque, je suis presque sûre que non. Même quand j'y passais encore, elle ne montrait que de l'antipathie pour moi, aucun intérêt.
J'imagine qu'elle aurait été ma vie si j'étais née dans une famille unie. Peut-être aurais-je continué mes études, peut-être aurais-je été une scientifique, peut-être aurais-je compris les mécanismes de l'univers, peut-être aurais-je été une experte du commerce, peut-être aurais-je parlé dix langues et aurais-je voyagé dans le monde entier, peut-être…
Je m'endors sur cette foule de probabilités imaginaires.
Je sursaute en me réveillant sur les premières notes de «my war» des black flag.
Il n'a pas fait ça ! Il ne peut pas me faire ça ce matin !
Cette chanson est «notre» chanson. Celle qu'il met quand on a envie tous les deux de décompresser. Je me rappelle qu'on l'écoutait quand il sentait que les choses étaient difficiles pour moi. J'ai surement dû faire des cauchemars cette nuit et il m'a entendu hurler.
Malgré le manque de sommeil, je ne peux pas faire autrement, je frotte mon visage et saute sur mes pieds. Emmett est déjà en piste avec sa guitare invisible. Il hurle les paroles et je me joins à lui. Je saute dans tous les sens, je secoue frénétiquement la tête et les bras. On a l'air débile mais on s'en fout, on évacue.
Quand la chanson prend un rythme plus calme on monte sur le canapé et avec un micro improvisé (la télécommande de la télé) on crie plutôt qu'on ne chante. Quand la cadence reprend je saute sur le canapé comme une folle, Emmett se roule par terre en agitant ses bras et ses jambes.
My life, my pain, my war.
Putain que ça fait du bien !
Après ça, Emmett baisse le son, me propose un café et nous commençons la journée comme si de rien n'était.
- Faut qu'on sorte Beauté, ça fait trop longtemps, faut aller danser.
- T'as raison mais ne m'appelle pas beauté.
- Vendredi soir il y a un groupe au bar, ajoute-t-il sans relever ma réflexion.
Vendredi est le jour où je revois Edward. Cette soirée sera une bonne façon de décompresser. Je sens que nos séances vont être intenses en émotions, partagées ou non.
Faire couvrir des cicatrices n'est pas anodin. C'est souvent le symbole d'un changement, le début d'une nouvelle vie. Forcément, le client s'en trouve chamboulé.
- C'est d'accord.
- Comment ça s'est passé hier soir ? Demande-t-il en me tendant un café.
- Bien.
- Tu es montée tard.
- Oui ça a duré.
J'en dis le moins possible. Emmett me connais trop, il va savoir que je lui cache quelque chose si je m'étends sur le sujet.
- Qu'est-ce qu'il veut le beau gosse ?
Je tarde un peu à répondre. Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas très envie de lui confier le fait qu'Edward a des cicatrices. Après tout, ce n'est pas un secret, juste une information que je partage avec lui. Je me rappelle qu'il m'a demandé de nous isoler pour les voir, mais c'est certainement parce qu'il n'aime pas les montrer. Et puis, je ne suis pas docteur, je n'ai pas fait vœu de confidentialité.
- Il veut recouvrir des cicatrices.
- Où ça ?
- Dans le dos et sur les jambes.
Je mange un biscuit desséché et je fais la grimace. Emmett bouffe vraiment n'importe quoi.
- Ça fait beaucoup d'encre.
- Ouais.
- Qu'est-ce que t'as ?! il s'énerve.
Je lève la tête de ma tasse, étonnée par son exaspération.
- Quoi ?
Je soulève mes épaules pour lui montrer mon incompréhension.
- Tu dis rien !
Voilà, mes réponses courtes lui semblent anormales. Sa perspicacité est passablement agaçante.
- Je suis crevée Emmett ! Je me suis endormie super tard.
- Et tu as mal dormi…
Ce n'est pas une question, c'est un constat.
- Tu m'as entendu…
J'adopte le même ton.
- Toute la nuit.
Je ne réponds pas, pas la peine. Je change de sujet.
Mes cauchemars sont récurrents, il le sait.
- Edward était très décidé donc on a fait son dessin cette nuit. Je vais couvrir une bonne partie de son dos pas juste ses cicatrices. On en reparlera quand on se reverra mais il est très décidé et motivé par mes propositions.
Un sourire m'échappe.
J'aime quand les clients sont séduits par mes idées et si je veux être tout à fait honnête, j'aime qu'Edward en particulier aime mon travail.
- Elles sont où exactement sur son dos ?
- Surtout sur sa colonne vertébrale et sur ses omoplates aussi. Celles de sa colonne sont profondes et sinueuses.
- Il va déguster.
- La douleur n'a pas l'air d'être un problème pour lui.
- J'imagine...
- Je vais galérer mais je vais y arriver.
- Ça c'est certain.
On continue comme ça à parler de détails techniques. Emmett est très bon dans son domaine et me donne quelques conseils dont je n'ai pas vraiment besoin.
J'aime discuter tatouage avec lui, ça me rappelle le bon vieux temps quand il m'expliquait et que je buvais ses paroles, toujours plus avide de précisions sur le sujet.
- On va courir ?
Emmett éclate de rire.
- Il est 9h30 beauté. Va prendre une douche et rejoins-moi en bas.
- Merde !
Je fonce faire ma toilette et m'habiller. Quinze minutes auront suffi. Aucun maquillage ne cachera mes cernes mais de toute façon Emmett n'en a pas et je m'en fous. Ce qui m'importe c'est d'être en forme pour ne pas avoir la main qui tremble.
Sur la terrasse, mon café m'attend (je bénis Emmett pour ça) et Jasper assis sur une des chaises. Les autres sont déjà au travail. Je ne commence qu'à 10h30, visiblement Jasper aussi.
- Comment tu vas? je commence.
- Pas mal. T'as dormi là ?
Son «pas mal» sonne faux mais je ne relève pas. Je hoche la tête.
- T'aurais pu venir chez moi.
- T'es jaloux ? Souris-je.
- D'Emmett ? Tu rigoles ?
Bien sûr que je rigole, il n'a aucune raison d'être jaloux.
- J'ai fini tard, j'avais la flemme de rentrer.
- Tu étais avec qui ?
Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à me poser cette question ? Je leur demande moi quel est le nom de leurs clients ?
- Avec le gars qui a une jolie décapotable.
- Edward ? Il est trop cool ! Et sa caisse n'est pas « jolie », elle est sublime.
- Si tu veux.
- Pourquoi tu boudes ?
- Je ne boude pas !
Ils m'exaspèrent ces deux.
- Il se passe un truc entre vous ?
Là, je le regarde bien en face, les yeux plissés.
- C'est mon client Jasper.
Je détache bien chaque mot de ma phrase.
Emmett, après lui ? Pourquoi croient-ils qu'il pourrait se passer quelque chose avec un client ? Ça n'est jamais arrivé.
- Ouais, mais il est plutôt pas mal.
Je repense à ce qu'il vient de me dire au sujet de la voiture. Edward n'est pas « pas mal », il est « un putain de beau gosse foutrement sexy » !
- Ouais, pas mal.
Ma réplique n'est pas à la hauteur de ce que je pense mais il n'a pas besoin de savoir.
Je soupire. Il sera bientôt l'heure et pour une fois, l'énergie me manque.
- Qu'est-ce que tu nous a fait hier ?
- A propos de quoi ?
- Alice.
Il baisse la tête et se renfrogne.
- Vous étiez là toutes les trois… Et… Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ?
- Je sais pas, un simple bonjour aurait été un bon début. On dirait que tu fais la gueule quand tu la vois.
- Elle me met mal à l'aise.
Je me redresse.
- Qui ? Toi ? Mal à l'aise devant une nana ?
Je m'esclaffe.
- C'est ça moque toi…
- Tu es Jasper, le gars le plus beau et le plus sexy du coin, t'as pas besoin de mode d'emploi. Un sourire et elles tombent toutes.
Il marmonne et se renfrogne un peu plus.
- C'est juste une fille Jasper, dis-je plus douce.
- Je sais. Juste une fille qui me plait alors que je l'ai vu deux fois et que je lui ai même pas parlé.
- Justement ! Elle te plaira peut-être moins quand tu lui auras parlé. Elle est pas bien différente des autres nanas.
- Pourtant, elle en a l'air.
- C'est toi qui fais dans la guimauve ce matin.
- Je suis à cran.
Il pose ses coudes sur ses genoux et prend son visage dans ses mains.
- Viens dormir avec moi ce soir.
Il tourne la tête vers moi sans changer de position.
- Juste dormir ?
- Non.
Son ton est sans équivoque et son regard tombe droit dans le mien. Un frisson agréable parcourt mon échine. J'aime le voir si déterminé et un rien dominateur.
Mon client arrive au même moment.
Je me lève en lui répondant « non ». Je ne suis pas un met de substitution. Si elle l'excite alors il doit se débrouiller pour l'avoir.
La journée passe avec une lenteur abominable. Il me tarde d'être chez moi et plus précisément dans mon lit.
Vers 16h, je sors de ma cabine pour raccompagner une cliente quand j'entends une voix et un rire que je reconnais sans l'ombre d'un doute.
Non, je n'hallucine pas. Edward est là, il parle joyeusement avec Emmett. Je bloque une seconde sur son tee-shirt des Black Flag. Je ne peux pas nier qu'il a de bons gouts. Quand il m'aperçoit, il s'approche à grands pas.
- Salut Bella.
Je lui lance un « salut » sans m'arrêter ni même le regarder. Je passe derrière le comptoir pour faire payer ma cliente. Celle-ci s'attarde un peu.
- Bonjour !
Son sourire est gigantesque et son œil pétillant. Il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer qu'elle met tout en œuvre pour attirer l'attention d'Edward.
Il se tourne à peine vers elle et répond sans même lui adresser un regard. Elle semble un peu vexée. Il faut dire qu'elle est magnifique. Une belle blonde aux cheveux longs soyeux, à la peau halée et très bien foutue. Je ne comprends pas bien pourquoi il n'en profite pas. Mais en réalité, je m'en fous.
Ma cliente partie, je m'assois sur la chaise haute derrière le bureau pour attendre la suivante. Emmett est monté chez lui.
Edward vient poser ses coudes sur le bois du comptoir. Son charisme prégnant et sa proximité crée une intimité entre nous. Il me sourit comme s'il comprenait quelque chose que je ne saisis pas. Ses yeux sont brillants comme souvent mais aujourd'hui ils sont moins lumineux, un peu cernés. Une de ses mèches folles tombe sur son œil. Il dégage une volupté unique.
- Tu as bien dormi ?
Je m'adosse contre le mur pour prendre un peu de distance, je croise les jambes et les bras. Oui je me ferme, sa présence m'envahit et m'attire mais je résiste.
- Oui mais j'ai eu une longue journée de boulot alors je suis cassée. Tu as l'air en forme.
Je ne vais pas être honnête sur le fait que ma nuit a été un cauchemar, au sens propre comme au figuré.
- Ça va. On peut recommencer ce soir si tu veux, il sourit avec malice.
- Tu ne travailles jamais ?
- Si, mais j'aime bien passer mes nuits avec une jolie fille.
Je roule des yeux, ringard.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
Mon ton est trop froid, je le sais, et je le remarque d'autant plus que le sien est chaleureux.
- Emmett était si impressionné par ma voiture que je lui ai proposé de la conduire. On va faire un tour.
Emmett adore tout ce qui a quatre roues et qui roule vite, ce qui est assez surprenant pour quelqu'un qui ne se déplace qu'à vélo ou en skate.
Je ne suis pas surprise qu'il porte Edward dans son cœur s'il lui laisse conduire sa « sublime » voiture.
- Tu nous accompagnes ?
Il est coriace. Il joue la désinvolture mais je sais que je lui plais et qu'il veut plus qu'un tour de voiture.
- Je n'ai pas fini. J'ai un travail moi.
Son air espiègle est contagieux, presque insupportable. Je retiens le sourire qui menace de poindre.
- Une prochaine fois, il propose.
- Je ne suis pas fan de la conduite.
A vrai dire je n'ai pas mon permis, je ne sais même pas faire du vélo, personne ne m'a jamais appris. Mes jambes ou les transports en commun sont mes seuls moyens de locomotion et ça me convient très bien. Mais il n'a pas besoin de le savoir.
- Tu ne seras pas obligée de conduire.
- Je suis très occupée.
- Je vois ça, dit-il avec dérision.
La clochette de l'entrée résonne et me donne une réponse toute faite.
- Tu vois maintenant ? je lui donne un sourire suffisant, satisfaite que ma cliente arrive au bon moment.
- Je ne vois que ça, souffle-t-il.
Le double sens de sa phase ne m'échappe pas. Il est très fort. Sa légèreté et son enthousiasme lui donnent un charme rare. Le nombre de ses conquêtes doit être impressionnant. Non, je n'arrive pas à me laisser aller avec lui, je ne peux pas croire qu'il ne serve pas le même numéro à toutes les filles qui lui plaisent.
Ma cliente lui adresse un sourire spectaculaire. Je me demande un instant si je ne vais pas monter le fan club d'Edward avec toutes ces clientes qui se pavanent devant lui. A croire qu'elles sont toutes célibataires, ce dont je doute.
- A bientôt bébé, dit-il alors que je me dirige vers la cabine.
Ma peau se hérisse et mon majeur menace de se lever. Je me retiens, il est mon client. L'ignorance est le meilleur des mépris parait-il.
- Est-il votre petit-ami ? demande la cliente une fois dans ma cabine.
- Pas du tout, juste un client un peu trop entreprenant.
- Bon sang ! Cet homme est magnifique. Je pourrais le laisser entreprendre tout ce qu'il veut avec moi ! rit-elle.
Maintenant je dois me taper les réflexions déplacées.
- Il n'est pas du tout mon style.
Elle écarquille les yeux et me regarde comme si j'avais un troisième œil.
- Non ? ! Alors vous êtes vraiment difficile ! elle s'étonne.
- Pas forcément. Je n'aime pas son arrogance.
En réalité, Edward n'a rien d'arrogant mais il est très sûr de lui. La différence est infime mais bien présente. Et si je veux être honnête avec moi-même, en réalité j'aime qu'il soit si déterminé.
- Moi je m'en moque. Je donnerais n'importe quoi pour qu'il m'appelle bébé !
Elle m'agace. De quoi je me mêle ?
Je reviens sur le sujet qui m'intéresse, son tatouage. Quand je commence à tracer sur sa peau, elle se tait enfin, trop concentrée sur sa douleur pour parler.
Deux heures plus tard, je ferme le magasin.
Les gars ont terminé. Je suis la dernière comme souvent. Je ne sais pas trop si Emmett est rentré et je ne tiens pas à le savoir.
Je n'ai pas fait deux pas sur le trottoir que j'entends un ronflement de moteur dans mon dos. Je soupire. Encore lui.
- Salut.
Je ne me retourne pas, pas utile. Je ne réponds même pas.
- Monte, je vais te ramener.
- Non merci.
- Pourquoi pas ?
Quelques voitures klaxonnent. Il roule lentement et gêne parfois la circulation.
- Parce que j'aime marcher.
Il ne répond pas, il file. Je suis surprise qu'il laisse tomber si vite mais je ne m'en plains pas.
L'avenue que j'emprunte est bondée. C'est l'heure où les gens rentrent chez eux après une journée de labeur. L'ambiance est électrique, des cris et le son des accélérations retentissent, l'odeur est nauséabonde.
- Tu as raison, moi aussi j'aime marcher.
Je sursaute. Trop concentrée sur mes pieds je n'avais pas vu Edward s'approcher, tout sourire comme d'habitude.
- Est-ce qu'il y a quelque chose dans le mot « non » que tu ne comprends pas ?
Je parle tout à fait sérieusement, comme s'il se pouvait qu'il ait une maladie qui l'empêche de prendre en compte mes paroles.
- « Non » n'est pas une réponse satisfaisante.
Et ma main sur ta figure ? C'est une réponse satisfaisante ?
Je me tais, il reste un client. Un client envahissant et collant mais un client tout de même.
- Tu rentres chez toi ?
- Non.
- Tu vas chez un ami ?
- Oui.
- Tu vas répondre par oui ou non à chaque question ?
- Oui.
Il prend un temps de réflexion.
- Tu as des frères et sœurs ?
Là c'est moi qui fais une pause. Il n'a pas besoin de savoir ce genre de choses. Je m'arrête et ancre bien mon regard au sien pour qu'il m'écoute attentivement.
- Edward, tu es mon client. Nous ne sommes pas amis, nous ne sommes rien l'un pour l'autre, alors ne cherche pas quelque chose que tu ne vas pas trouver avec moi.
Il met ses mains dans ses poches et me regarde par-dessous ses cils. Il approche doucement. Ses yeux sont espiègles et son petit sourire en coin délicieux.
Je n'ai qu'une envie, le faire disparaitre.
- J'ai quand même envie d'essayer, avoue-t-il comme un secret.
Sa voix douce coule comme du velours dans sa bouche.
- Tu perds ton temps.
- Jamais avec toi.
Le « truc » d'hier refait son apparition. Dans l'agitation de l'avenue gigantesque et surchargée, je ne vois que lui. Les sons se sont tus pour laisser la place au rythme de sa respiration. J'ai la sensation d'être dans une bulle invisible que sa présence rend exceptionnelle. Mon souffle se coupe et mes membres pétillent autant que ses pupilles.
Merde !
Je baisse les yeux pour rompre le charme. Il est doué, vraiment doué.
Je continue ma route sans l'inviter. Il me suit pourtant.
- Depuis combien de temps es-tu tatoueuse ?
Je ne réponds pas. Je l'avais prévenu.
- Parce que je trouve ton travail un peu approximatif.
Est-ce que j'ai bien entendu ?
- Et tu connais la définition de ce mot avant de l'employer ? Mon travail n'a rien d'approximatif.
- Qu'elle est ton expérience professionnelle ? J'ai le droit de savoir en tant que client non ?
Il me prend à mon propre piège. C'est un malin.
- Plusieurs années.
- J'en doute. Tu dois avoir dans les vingt ans, tu ne dois pas avoir plus de deux ans d'expérience.
- J'ai vingt-trois ans et bien plus de deux ans d'expérience. Ne t'inquiète pas pour ton dos. Je t'ai assuré qu'il serait magnifique et il le sera.
- Je ne m'inquiète pas. Mais alors, tu as dû travailler avant l'âge légal ?
- Qu'est-ce que ça peut faire ? Tu es avocat ? Flic peut-être ?
- Non rien de tout cela. Je trouve que tu es jeune pour avoir autant d'expérience.
- J'ai commencé tôt. Quand on a une passion, on y passe des heures et forcément on s'améliore. J'ai toujours travaillé légalement, pas besoin d'aller me balancer.
Ce n'est pas tout à fait vrai. J'ai fait mes armes bien avant l'âge légal de travailler et Carmen avait insisté pour me payer. Personnellement, j'étais tellement excitée de tatouer que j'aurais pu faire ça gratuitement. Évidemment, nous n'en avons jamais parlé à personne, même Sue n'est pas au courant.
Encore quelque chose qu'il n'a pas besoin de savoir.
- Je n'en avais pas l'intention. Je sais ce que c'est d'avoir une passion.
La question me brule les lèvres. Ma curiosité aura raison de moi mais je meurs d'envie de savoir ce que fait ce type dans la vie.
- Quelle est ta passion ?
Je ne le regarde pas mais je vois son visage se tourner vers moi et le sourire amusé qui l'anime.
- La musique.
Mince, ça ne me dit pas ce qu'il fait dans la vie.
- Comme tu le sais, j'ai passé pas mal de temps assis ou semi assis ou allongé. Pour ne pas devenir fou et pour oublier un peu la douleur, j'ai appris à jouer de plusieurs instruments. La guitare, le piano, la batterie, la basse.
- Tu en as fait ton métier ?
- J'aurais aimé mais non...
Nous arrivons un peu trop tôt à mon gout. Je ne saurais pas ce soir quel est son job. Mais je ne suis pas pressée.
Nous sommes devant chez Jasper. J'ai changé d'avis au sujet de sa proposition de ce matin.
Il ébouriffe ses cheveux, une main dans sa poche. Je le trouve attendrissant. Il dégage tellement de sensualité sans en faire des tonnes. Sans rien faire de spécial en fait. Il n'est pas coiffé, je dirais même complètement décoiffé, son tee-shirt est froissé, son jean bien élimé mais son charisme est surprenant.
- Passe une bonne soirée Bella.
- Salut Edward.
Je préfère quand il m'appelle par mon prénom. Un petit sourire m'échappe alors que je sonne à l'interphone de l'immeuble.
Dans l'ascenseur, je ne comprends pas bien ce qu'il m'arrive. Une excitation très reconnaissable emplit chacun de mes muscles. Je sais qu'il existe une certaine tension sexuelle entre nous mais là tout de suite, elle est difficilement supportable ou éludable, elle prend toute la place. Je repense à ses yeux, son sourire agaçant, sa voix et quelque chose au fond de mes tripes s'agite férocement.
Il me faut ce type.
Je toque et je tombe sur un Jasper surpris par ma venue mais pas mécontent.
- Finalement j'ai besoin de baiser.
Il sourit et ouvre plus largement la porte.
