Salut!
Guest : merci d'être toujours présente c'est très encourageant!
Annabelle : Oui Bella est très dure et j'espère que tu vas comprendre dans ce chapitre pourquoi elle a du mal à se laisser aller.
Donc oui elle va voir le monde en rose mais pas tout de suite tout de suite ;)
Merci pour tes commentaires, sans toi je n'avancerais pas aussi vite!
Bonne lecture!
o¤o¤o
Chapitre 7
I don't wanna grow up
(Ramones)
Au matin, j'ai dormi tout mon soul et je suis très en forme, revigorée. Je peux me dire que le sport m'a totalement détendue mais je ne vais pas me mentir.
Jamais je n'ai eu un orgasme aussi fulgurant et extraordinaire avec un homme qui ne m'a jamais touché, qui n'est même pas dans la pièce, juste dans mes pensées. Et je ne peux m'empêcher de me dire que le sexe avec ce même homme doit être dix fois meilleur.
Cette idée ne me met pas en joie et révèle un peu plus le problème qui me turlupine depuis que j'ai croisé l'homme en question. Comment vais-je bien pouvoir résister à Edward s'il m'excite déjà quand il n'est pas là ?
Je n'ai pas l'habitude de résister au sexe. Je ne l'ai jamais fait. Si un mec me plait et que l'attirance est réciproque, en général elle l'est, je ne me pose pas de question.
Je n'ai jamais eu aucun mal à dire non à un client. Je ne les envisage pas comme des conquêtes possibles, je ne les vois pas de cet œil-là. Si nécessaire je les remballe gentiment et avec tact et on passe à autre chose.
Il faut dire qu'aucun de mes clients ne m'a jamais attiré comme il le fait.
Et à bien y réfléchir, aucun homme ne m'a jamais attiré comme lui le fait.
Je ne revois pas les gars avec qui je couche. Je peux les croiser par hasard mais je ne suis pas obligée de le faire. Je ne m'attache pas, l'idée même d'être dépendante d'un homme me fait frémir. D'autant plus avec un client qui va peut-être être amené à se retrouver dans ma cabine plusieurs fois. Je veux à tout prix éviter ça.
C'est ce qui se passera si je succombe à Edward. Et on va se voir longtemps. Son tatouage, de par sa complexité et la douleur qu'il va engendrer, va me demander pas mal d'heures de travail, c'est-à-dire pas mal d'heures à côtoyer Sexy Beau Gosse et par là même à réfréner mes envies.
Je retire la couette dans un mouvement rageur.
J'enfile directement ma tenue de course et prépare un petit sac avec des habits pour le boulot. Pas de petit-déjeuner. Le burger est bien plus lourd que ce à quoi je suis habituée, mon ventre est noué.
Je place mes écouteurs sur mes oreilles et « I don't wanna grow up » des Ramones retentit.
Enfant, je ressentais le sentiment opposé, je voulais grandir vite, être indépendante et pouvoir faire ce que je voulais, avoir la liberté qui me manquait cruellement.
Aujourd'hui j'aimerais garder mes vingt-trois ans toute ma vie. Je me sens déjà décalée par rapport à ce nombre d'années qui ne signifie pas grand-chose. Je sais que je suis bien plus âgée à l'intérieur et je voudrais que ça s'arrête. Je voudrais pouvoir être insouciante, au moins un peu. Je ne suis pas sûre d'y arriver un jour. J'ai encore trop besoin de routines pour me rassurer, d'anticiper les journées voire même les mois à venir.
Toutes nouveautés est source de stress, voire de souffrance et je ne peux pas me permettre ces sentiments. Je m'atèle à garder le contrôle de mes émotions par peur de sombrer si je les laisse m'envahir.
Je vais bien, j'ai une vie qui me convient et une famille qui me comble, mais quoi que je fasse, qui que je sois devenue, cette enfance merdique, la douleur, la souffrance et la violence vive qui s'y rattachent, restent dans les tréfonds de mon cerveau dérangé et j'ai la sensation que si je déroge aux règles que je me suis imposées inconsciemment, ces angoisses vont me déborder et m'anéantir complètement.
J'y travaille depuis des années et je pense pouvoir dire que je suis passée experte dans l'art de camoufler mes ressentis, de les refouler, quitte à me voiler la face.
Edward ne me rend pas la tâche facile mais je n'ai pas dit mon dernier mot.
Je cours en faisant des détours. Je ne vais pas vraiment vite. Je profite du parc, de l'odeur des arbres et du chant des oiseaux, puis de la ville. Tout est bon pour me distraire de la présence encore trop prégnante bien qu'imaginaire d'Edward.
Je fais deux ou trois pâtés de maison de trop et je regagne le salon.
De loin, j'aperçois une petite silhouette assise sur une des chaises de la terrasse. Il ne s'agit pas d'un des gars, ils n'arriveront pas avant une demi-heure et elle est bien trop fluette.
Comme j'approche je reconnais le corps recroquevillé. Il s'agit d'Alice, la Petite Chose. D'ailleurs, vu sa tête et sa posture ce surnom lui va à merveille.
- Alice ? je demande essoufflée.
Son visage est strié de larmes et de mascara, ses épaules tremblent sous l'impulsion de ses sanglots.
Elle n'arrive pas à parler, elle hoquette, s'étouffe un peu.
Je reste sans bouger. Je ne sais pas trop quoi faire. Je suis même très surprise qu'elle soit ici dans cet état. Son amie Rosalie n'est-elle pas sensée s'occuper de ce genre de choses ?
Si j'ai réussi à la consoler dans ma cabine lors de sa venue c'est parce qu'elle était une cliente potentielle et que j'étais sur mon lieu de travail. Ici, je me sens complètement démunie.
Soudain, l'ambiance lourde qu'elle génère m'étouffe. Je ne la connais quasiment pas et elle vient chargée de toute sa détresse dans le but évident de s'épancher. Je prends son chagrin en pleine gueule et je ne peux pas me laisser submerger par ce sentiment. Elle ne peut pas faire ça, elle n'a pas le droit de m'imposer son malheur quel qu'il soit. Je m'impose de garder toujours la tête haute, de ne pas flancher et surtout de ne pas me laisser submerger par des émotions trop fortes. Le comportement d'Alice est trop prégnant, dérangeant et même agaçant.
- Alice, qu'est-ce que tu fais là ?
Ma voix est sèche, soit elle parle, soit elle dégage. Je n'ai pas de temps à perdre.
- Je… Je…
Les nerfs me montent, même mes mains tremblent, je dois à tout prix dégager, je ne peux pas supporter son affliction.
J'essaie toutefois de garder mon calme pour construire une réponse qui ne sera pas trop tranchante.
- Tu devrais rentrer chez toi Alice, j'ai du boulot.
Elle ne bouge toujours pas, n'esquisse même pas un mouvement. C'est trop pour moi, je ne supporte plus d'être autant ébranlée. Je prends la porte adjacente à celle du salon pour monter chez Emmett.
Je n'ai même pas de remords à le faire. Elle s'attendait à quoi ? Je ne suis pas le bureau des pleurs et je suis loin de l'être. Je ne suis pas non plus son amie et il me faudrait bien plus qu'une ou deux discussions pour le devenir. Je respire pour reprendre un semblant de contenance.
Je balance un rapide « salut » à Emmett et rejoins la salle de bains.
- Ne me demande pas si je vais bien ou si j'ai bien dormi surtout ! Fais comme chez toi !
Sa voix traverse les parois et arrive jusqu'à moi mais je ne réponds pas. Son ton de reproche est plutôt justifié. Je m'en soucierai plus tard.
Quand je sors Emmett n'est plus dans son appartement. Je descends pour m'installer sur la terrasse avec les gars et le café qu'il me prépare tous les matins. Je suis soulagée de ne pas y retrouver Alice.
Si les gars sont là, ma boisson est absente. Mince, Emmett fait la gueule ?
Il semblerait. Il ne me regarde pas, on dirait même qu'il m'ignore. Il se détourne pour discuter avec Ben et Tyler. Jasper n'est pas encore arrivé, ce qui est assez rare pour être étrange.
J'essaie de rattraper le coup avec Emmett.
- Salut Emmett, tu vas bien ?
Je prends la voix la plus douce que je possède. Ce n'est pas de l'hypocrisie. S'il y a bien une chose que je veux éviter à tout prix, c'est d'être en froid avec Emmett. Il est un membre de ma famille. Comme Sue et Carmen il fait partie des personnes qui ont fait de moi ce que je suis. Il est indispensable à ma vie et je ne veux pas le décevoir.
- Fais pas semblant Bella, ça te va mal, crache-t-il.
Merde ! Il est vraiment fâché. Pour un simple bonjour ? Bizarre.
- Excuse-moi Emmett, je suis un peu à cran en ce moment, je sais pas trop pourquoi.
- Ah bon tu crois ? demande-t-il avec ironie. Ça fait quelques jours que tu fais chier avec ton humeur de merde. Alors trouve une solution mais arrête de faire comme si tout était normal.
Il n'a pas crié mais son ton est froid, même sombre. Je l'ai vexé.
- Je suis désolée Emmett. T'as raison.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? A toi et à ta main ? demande-t-il en soulevant mon poignet.
Bien sûr ma main est encore marquée même si elle n'est pas douloureuse.
D'habitude je lui parle de tout, c'est peut-être pour ça qu'il prend mal mon comportement. Il sent que quelque chose ne tourne pas rond et que je ne veux pas m'épancher, pire je le lui cache.
En même temps, qu'est-ce que je peux dire ? Il y a un type qui me gonfle au point que je me suis pris la tête avec Jasper, au point que je me suis battue alors que je n'avais plus fait ça depuis des années, en plus je vais tatouer son dos et donc passer beaucoup de temps en sa présence.
Tout un programme !
- C'est pas grand-chose d'important Emmett, des trucs de filles…
Je mens un peu, je prie pour qu'il ne s'en aperçoive pas. C'est mal le connaitre.
- Pff… Tu me prends la tête avec tes conneries.
Il se lève lentement et s'en va. Je sens la déception dans son ton et j'aime pas ça, mais pas du tout.
En milieu de matinée, entre deux clients, je fais une pause. Les gars sont au travail, j'en profite pour me préparer le café que j'ai loupé plus tôt.
Seule sur la terrasse, je savoure l'air saturé en gaz d'échappement et le doux bruit des moteurs.
- Bella !
Je sursaute et manque de renverser mon café. Mauvais karma il semblerait.
- Salut Jasper, souris-je hypocritement. Je vais bien merci.
- Arrête ça tout de suite. Qu'est-ce qui te prend ?
Jasper exulte. Il est rare de le voir si contrarié.
Mais qu'est-ce qu'ils ont tous ce matin ?
- Là tu vois je bois un café et j'attends mon client.
Je choisis la dérision mais je vois bien dans ses yeux qu'il m'en veut et qu'il m'en veut beaucoup. Je ne me rappelle pas l'avoir déjà vu si tendu à mon encontre.
- J'ai croisé Alice.
Si c'est que ça, je n'ai pas à me justifier, encore moins auprès de lui.
- Ça me fait plaisir pour toi.
Je suis toujours aussi ironique. Il fulmine.
- Elle était décomposée. Les premiers mots qu'elle m'a dits étaient « Bella » et elle s'est effondrée.
- Est-ce qu'elle a dit d'autres mots ou c'étaient les seuls ?
Je crois qu'il sort des flames de ses yeux mais franchement j'en ai rien à foutre.
- Comment t'as pu la laisser dans cet état ?
Là je me lève et je me plante bien en face de lui, mon nez touche presque le sien.
- Il va falloir me lâcher Jasper, je grince. Tu te préoccupes de cette nana depuis deux minutes trente et tu me demandes à moi pourquoi je ne le fais pas ? Je ne suis pas comme toi, je ne m'entiche pas des gens comme ça.
Je claque des doigts pour appuyer mes dires.
Il recule et me toise avec des yeux incrédules. A ce moment-là je comprends sans l'ombre d'un doute que j'ai merdé.
- Comment tu peux ? Souffle-t-il. Comment tu peux te servir de ce que je t'ai confié contre moi ?
Quelle conne !
- Tu... tu me débectes Bella... j'aurais jamais cru ça de toi... il bafouille.
Il entre dans la boutique en claquant la porte.
Je sens comme une pointe qui traverse mon estomac, la honte et l'amertume.
La journée est longue et lourde. Emmett et Jasper ne m'adressent pas la parole, ni même un regard. Je me sens comme une pestiférée.
J'ai beaucoup réfléchi au sujet d'Emmett et j'ai décidé de passer la soirée avec lui s'il accepte. Par chance je finis tôt aujourd'hui, j'aurais le temps de lui réparer un repas.
Quant à Jasper, je suis mitigée. D'un côté il n'avait pas à m'agresser de cette façon, d'un autre, je n'avais pas à lui répondre ainsi. Un partout.
Ma dernière cliente vient de partir et je cours jusqu'à la cabine d'Emmett. Je frappe doucement.
- Entre.
Il n'a pas terminé. Il tatoue l'épaule d'une femme plantureuse. Je salue la cliente très poliment. Je suis dans mes petits souliers.
- Dis-moi Emmett...
- Ouais.
Il va mieux. Sa voix est toujours froide mais je sens un changement.
- Je pensais qu'on pourrait manger tous les deux ce soir, je débite rapidement.
- Si tu t'attends à ce que je cuisine…
- Non non, c'est moi qui cuisine, je m'occupe de tout.
- Pas de légumes, je veux un bon steak.
C'est gagné, son ton s'est largement adoucit, il sourit. Il joue les durs mais je sais qu'il plaisante.
- Je vais faire les courses, souris-je.
Je fonce à la supérette du coin. J'achète quand même des légumes, je vais les cuisiner comme il les aime. Je veux lui faire plaisir. Je ne veux pas qu'il croit que tout ce qui m'importe c'est sa douche et le café qu'il me prépare.
Ces derniers jours, je ne me suis préoccupée que de mes états d'âme. Il y a des choses plus importantes et Emmett en fait partie. Il est à lui seul mon père, mon frère et mon ami, il est mon équilibre. Je l'aime et si je ne parviens pas à le lui dire, je peux lui montrer d'une façon ou d'une autre.
Je m'attèle en cuisine pendant qu'Emmett est sous la douche. Quand il en sort, il nous ouvre une bière, je pose un bol de tomates cerise. Il fait une grimace mais je sais qu'il adore ça. J'ajoute des cubes de fromage, il me lance un clin d'œil satisfait et je souris.
Il ne peut pas jouer le macho aux gros bras avec moi et il le sait. Il fait semblant pour me charrier. J'aime cette complicité. J'aime le fait que tout soit si facile entre nous. On s'énerve, on s'explique, et tout rentre dans l'ordre.
Nous passons à table. L'ambiance est détendue, peut-être un peu à cause de l'effet euphorisant de l'alcool.
- Je suis désolée Emmett.
- T'excuse pas beauté. Je sais que tu pars vite dans les tours. Mais sois pas injuste. T'es pas obligée de tout me raconter, mais t'es pas obligée non plus de faire comme si c'était moi qui te pourrissais l'existence.
- Je sais, j'ai merdé. En fait c'est un client qui me stresse un peu.
- Un client vraiment ?
Il est étonné, au boulot je gère d'une main de maitre que ce soit le tatouage ou mes clients. Je n'ai jamais eu aucun problème.
- Vraiment, dis-je mes yeux dans les siens.
- C'est le tatouage qui est compliqué ?
- Non, c'est plutôt le gars. Je sais pas pourquoi il me rend nerveuse. Il m'agace et je m'agace d'être agacée par lui.
Mon regard se perd sur la table et j'agite mes mains devant moi. Rien que d'en parler je suis nerveuse.
- Merde… T'en pinces pour lui ?
- Non, c'est pas ça… j'ouvre de grands yeux. Enfin je crois pas... Il est quand même bien insupportable. Et puis c'est un client.
- Tu sais, commence-t-il.
Je sens que nous glissons sur un terrain délicat. Il cherche ses mots, son regard est doux.
- Cette règle de ne pas coucher avec les clients, c'est toi qui te l'imposes. C'est pas une critique, tu fais ce que tu veux mais moi je n'ai jamais demandé ça. D'ailleurs tu es la seule au salon à t'y tenir.
- Je sais, je préfère.
- Pourquoi ?
- Tu veux vraiment savoir ?
- Tu ne veux pas revoir dans le salon le gars avec qui tu as couché.
Alors là, je tombe des nues. Je parle sexualité avec Emmett, c'est très rare.
- Heu… exact…
- Je te connais un peu Bella. Je sais que t'as jamais eu de mec et que t'as pourtant une vie sexuelle.
- Heu…
- C'est très masculin ça.
- N'importe quoi ! Je ne veux pas me retrouver au lit avec un type que je suis en train de tatouer, je ne vois pas ce qu'il y a de masculin là-dedans.
Je n'aime pas trop ces clivages, certainement parce que ce n'est pas la première fois qu'on me fait la remarque. Je suis dure, c'est un fait, je le sais mais je ne crois pas ressembler à un homme pour autant.
- Parce que tu ne veux pas qu'il empiète sur ton territoire. Et dans ton cas c'est vrai pour toutes les personnes que tu rencontres. Tu peux aussi laisser rentrer des gens dans ta vie, tu ne seras pas forcément déçue.
- Je fais ça ! dis-je avec aplomb.
Je crois... non ?
- Et qui est-ce que tu connais bien en dehors du salon ? Je ne parle pas de Sue et Carmen bien sûr.
Silence. Je dois me rendre à l'évidence. Personne. J'ai des connaissances mais je ne peux même pas les appeler des copains.
- Je sais pas qui est ce gars, mais il te chamboule d'une façon ou d'une autre. Il y a peut-être quelque chose à creuser.
Il me donne à réfléchir. Je savais Emmett doté d'une certaine profondeur mais là il me laisse sans voix.
- Tu es une maitresse.
Ses yeux sont mystérieux. Je suis un peu perdue.
- Tu parles de sexe là ?
- Coucou réveille-toi, c'est Emmett ! dit-il en agitant ses doigts. Je vais pas te parler de ce genre de sexe.
Forcément qu'il ne parle pas de sexe, pas de cette façon.
- Tu es la maitresse du jeu. Prends les rennes, ressaisis-toi. Tu sais faire ça mieux que personne. Tu sais prendre en main les choses.
Il a raison, personne ne peut me désarçonner. Je dois me réveiller.
- Qui que soit ton type, il n'aura que l'emprise que tu lui laisseras prendre. N'aie pas peur de ça, aie confiance en toi.
Je ne peux m'empêcher de penser qu'Edward a déjà une emprise sur moi, une emprise qu'il m'est tout de même difficile de maitriser. Mais je tais ce commentaire.
Je repense aussi à Alice, à ma façon de lui parler, je me sens un peu contrariée.
Il prend ma main et me regarde avec tendresse. Il ne demande pas de qui il s'agit et j'apprécie. J'ai pas envie de me confier à ce point.
- En attendant va falloir que t'apprenne à te calmer ! s'exclame-t-il en secouant mes doigts.
- J'ai trouvé un truc.
- Quoi ?
- La boxe, souris-je.
- Cool ! Dans un club ?
Il est comme un gosse au matin de Noël.
- Pas loin d'ici.
- Je le connais ! C'est un indien super baraqué qui le tient c'est ça ?
- C'est bien ça.
- J'en suis. Ça me fera du bien de tâter des gencives.
La discussion continue sur des choses légères. On se marre bien, toujours avec lui.
Il fait allusion à la balade qu'il a faite avec Edward et sa splendide voiture. Edward est trop cool, il écoute de la trop bonne musique, il conduit trop bien, il est trop marrant... Je ne bronche pas, pas intéressée.
On se quitte en bon terme dans un gros câlin spécial Emmett, notre petite dispute bel et bien enterrée.
Je pense à Jasper. Peut-être que je devrais attendre un peu avant de le voir mais je me sens bien alors je tente de passer chez lui.
La fenêtre de son appartement, visible depuis la rue, est éclairée. Il est là, ce fait confirme mon choix de le voir sans attendre.
Je vais pour sonner quand la porte de l'immeuble s'ouvre sur Alice. Son sourire se fane quand elle me voit.
Je ne suis pas assez naïve pour ne pas comprendre qu'elle sort de chez Jasper. Ils se sont rencontrés ce matin et ont fait connaissance au point de se revoir ce soir.
Jasper est vraiment un tombeur.
Je fais volte-face. Je préfère l'éviter, je n'ai pas envie de m'énerver et je ne sais définitivement pas comment l'aborder autrement.
- Bella ! Attend !
Je repense aux paroles d'Emmett. Je ne sais pas si je suis capable de « laisser entrer » des gens dans ma vie mais je ne perds rien à essayer avec Petite Chose.
Je m'arrête sans me retourner. J'entends les talons d'Alice trottiner dans mon dos.
- Je voulais te dire Bella…
Elle a ce timbre de voix de petite fille, elle semble si impressionnable.
- Je suis désolée.
Silence. Je la laisse se démerder.
- Je me suis laissée emporter par mes sentiments. Je n'aurais pas dû venir au salon et t'infliger mes pleurs. Excuse-moi s'il te plait.
Demandé si poliment avec un vocabulaire si étoffé, je ne me sens pas de refuser. En plus, j'entends clairement le repenti dans ses paroles.
Je me retourne enfin. Sa tête est basse, elle tripote ses doigts, mal à l'aise.
- C'est bon Alice, tout va bien.
Elle lève son visage et me donne un petit sourire contrit.
Je voudrais lui expliquer ce que son comportement a déclenché à moi, pourquoi j'ai réagi de cette façon, mais d'abord je suis trop pudique et même un peu honteuse pour me dévoiler à ce point et les mots ne se mettent pas en place dans mon esprit pour lui raconter sans trop m'épancher. Je ne suis pas forte pour parler aux gens et peut-être aussi ai-je besoin d'être plus proche, plus en confiance pour le faire.
- J'allais passer chez Jasper. Comment il va ?
Je ne vais pas faire comme si je n'avais pas compris qu'elle sort de chez lui, même si ça doit la gêner. Elle rougit au moment où je prononce son prénom et plus fort encore au moment où elle comprend que je sais d'où elle vient.
- Ho… Heu… Jasper ?... Je crois… qu'il va… bien…
Très bien. Cueillir un Jasper en phase post coïtale pour une explication est une bonne idée.
Alice reste là. Je me risque à ce qui me semble être un rapprochement.
- Tu vas mieux ?
- Oui.
Son visage s'éclaire un peu. Elle est contente que je lui adresse la parole.
- J'ai croisé Jasper ce matin. Il a su me remonter le moral alors qu'il ne connaissait pas la cause de mes tracas.
Cette fille parle comme dans un livre, c'est hallucinant.
- Oui Jasper trouve souvent les mots justes.
- Il est adorable.
Vu les étoiles qui brillent dans ses yeux, « adorable » est bien en-dessous de ce qu'elle pense. Je ne suis pas assez curieuse pour vérifier cette théorie et pas assez compatissante pour lui poser plus de questions.
- Je vais monter le voir.
- Au revoir Bella.
J'attends qu'elle soit hors de vue avant de sonner.
- Oui ?
J'entends son sourire tout guilleret, il s'attend à ce que ce soit Alice qui revient pour une raison ou pour une autre. Je ne sais pas comment je le comprends mais je le comprends.
Soit je prends un ton mielleux pour lui signifier que je viens faire la paix, soit je le nargue. Je choisis la seconde option, c'est plus drôle et j'adore le faire chier.
- Jasper chéri ? Dis-je avec la voix la plus fifille que je connaisse.
- Hein ?
- Je viens pour un deuxième round.
- Bella ?! Putain tu fais chier ! Qu'est-ce que tu fous là ?
- Ouvre dieu du sexe je me caille les miches.
La porte grésille et je la pousse en ricanant.
En entrant dans l'appartement je trouve un Jasper plutôt détendu. Il fait mine qu'il m'en veut mais je sens bien qu'il force le trait.
Je balance mon sac dans un coin, il s'installe sur le canapé et je le suis. L'un près de l'autre nous observons un moment notre reflet sur l'écran éteint de la télé.
Je brise le silence la première.
- J'aurais pas dû te dire ça tout à l'heure, mais…
- J'aurais pas dû te sauter dessus et t'accuser.
Nos têtes se tournent l'une vers l'autre et nous échangeons un sourire. L'orage est déjà passé. Je n'en attendais pas moins de lui.
- Alors heureux ?
Je le charrie tant que je peux même si son air niais m'a déjà donné la réponse à cette question.
- Putain t'es lourde tu sais ça ?
- Tu déconnes ?! Me dis pas que j'ai grossi, je raille en exagérant largement.
Il ricane en bredouillant « quelle plaie c'te nana ».
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? il demande en allongeant ses jambes et en croisant les mains derrière sa tête, un sourire satisfait aux lèvres.
A l'inverse je recroqueville mes genoux contre moi, les entoure de mes bras et me tourne complètement vers lui.
- Comment tu te sens ?
- Je sais pas trop... Alice est… je sais pas… je suis… léger, serein et excité…
- Encore ? Ça ne t'a pas suffi ?
- De quoi tu parles ? demande-t-il en tournant brusquement son visage vers moi.
- Eh bien, de votre séance de baise !
- Que… quoi ? Mais on n'a pas baisé ! dit-il en se relevant complètement.
Je suis stupéfaite et un peu incrédule.
- Non ? je m'étonne.
- Non ! il affirme.
- Mais vous avez fait quoi alors ?
- On a parlé, dit-il comme si c'était évident.
Il se renfonce dans le canapé en souriant un peu bêtement.
- Mais pourquoi ?
- Bella, tu m'inquiètes. Tu sais que deux êtres humains de sexe opposé peuvent passer une soirée ensemble sans avoir de relation sexuelle ?
- Tu commences à parler comme elle, je ne sais pas si c'est bon signe.
- Tu l'as croisé en bas ?
- Oui.
- Et tu lui as parlé ?
- Oui.
- Elle est super non ?
Spontanément je dirais non mais je ne veux pas gâcher son plaisir.
- Oui.
Il ne voit pas que je mens. Je ne sais pas s'il se rend même compte que je suis dans la pièce tellement il est absorbé par ses pensées.
- Alors tu ne l'as pas consommé ?
- Alice ne se consomme pas, elle se déguste.
- Putain Jasper arrête tu me fais flipper.
Je serre un peu plus mes genoux contre moi. C'est vrai, je ne connais pas cette version fleur bleue de Jasper.
Il se redresse.
- Elle n'est pas du tout le genre de fille que je drague dans les bars ou au salon. Je ne sais même pas si elle sort. Elle bosse beaucoup, elle vit encore chez ses parents. Elle est un peu timide. J'ai pas osé l'embrasser, j'ai pas osé la toucher. Elle est… précieuse.
- Est-ce que je suis passée dans une dimension parallèle ?
- Toi je sais pas mais moi oui.
- Quel bordel ! Et tu vas la revoir ?
Je m'inquiète réellement, je ne sais pas exactement pourquoi mais je suis réellement soucieuse.
- Bien sûr ! Je vais la chercher samedi soir.
- Pour… diner ?
Je fais à peine la grimace, mais je n'en reviens pas.
Jasper et moi fonctionnons de la même façon en ce qui concerne les relations, c'est-à-dire qu'on n'en a aucune, ou juste des sexuelles. Je ne le reconnais plus.
- Oui.
- Tu passes chez ses parents ? Tu n'as pas peur de leur faire peur justement ?
Quoiqu'on en dise et quoiqu'on en pense, Jasper n'a pas le profil du gendre idéal, même si je suis persuadée qu'il pourrait l'être.
- Elle m'a dit qu'ils étaient cool. Alors je la crois.
C'est à peine croyable à quel point il est détendu.
- Et elle bosse dans quoi ?
- Avocate, dernière année. Elle est en stage dans un cabinet renommé apparemment.
- Oui ses parents ont dû lui trouver ça.
- Non, elle se débrouille toute seule.
Je soupire. Soudain Jasper me parait moins marrant. Tant qu'il était comme moi, je pouvais me dire que je n'étais pas la seule dégénérée sur Terre. Là tout de suite, un gros doute s'installe.
C'est peut-être la raison pour laquelle je m'inquiète d'ailleurs.
- Je vais y aller…
Je suis un peu cafardeuse. Je devrais me réjouir pour lui, je sens bien qu'il est heureux et qu'il plane littéralement, au lieu de ça j'ai envie de me terrer.
- Et toi ?
- Quoi moi ?
- Qu'est-ce qui se passe avec ton mec ?
Il est sorti de son rêve éveillé et ses yeux sont concentrés sur moi.
- Quel mec ? J'ai pas de mec.
- Arrête ça Bella. Hier soir je pensais à Alice mais si tu m'avais chauffé correctement je serais monté dans les tours. J'ai jamais su te résister.
- Tu insinues que c'est ma faute ?!
- Pas forcément, mais que tu pensais à quelqu'un toi aussi… peut-être inconsciemment.
- Moi aussi je peux faire mon docteur Freud. Peut-être que tu te sens coupable et que ça arrangerait bien ton égo si moi aussi j'avais mes torts dans l'histoire.
Il se marre.
- Je sais que tu mens, je sais qu'il y a un gars derrière tout ça…
Son regard est perçant et je le fuis, un peu vaincue mais pas tout à fait à terre. Il prend ma main dans la sienne avec bienveillance.
- Je sais aussi que c'est pas facile de se laisser aller bébé.
Je retire ma main rapidement, éberluée par ce surnom.
- Comment tu m'as appelé ?!
Jasper est perdu.
- Heu… je sais pas… bébé ?
- Jasper Whitlock, tu. ne. peux. pas. m'appeler. bébé ! Tu comprends ça ?!
Ce surnom est le pire que la Terre n'aie jamais portée !
- Tout doux Bella. Désolé, je le ferai plus.
Je me reprends, tout va bien, il ne l'a pas fait exprès. Mais quand même ! Où que j'aille, il semble que le souvenir d'Edward me poursuive ! En même temps, vu les discussions que je viens d'avoir avec Emmett et Jasper, il est resté toute la soirée dans un coin de mon cerveau dérangé.
- En tout cas, je sais pas qui est ton gars mais il va falloir que tu apprennes à te calmer.
Je darde sur lui un œil mauvais. Il sourit de toutes ses dents.
Je le quitte quelques minutes plus tard. Le cœur léger ne plus être en froid avec mes amis.
Leurs paroles trottent dans ma tête quand je longe le trottoir qui me ramène chez moi, quand je shampooine mes cheveux et toujours quand je me couche.
« Me laisser aller » est une idée alléchante, je ne sais juste pas comment m'y prendre.
J'aime garder le contrôle des choses, de mon alimentation, de mes dépenses, de mon boulot, de mes relations, de mes sentiments. Je ne crois pas être très douée pour l'insouciance.
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C'est fou comme les jours qu'on redoute le plus arrivent le plus vite.
Vendredi est déjà là. L'air est chaud, les clients contents.
Je cache ma nervosité par l'excitation quant à la sortie de ce soir et un sourire figé. Je ne veux pas faire chier les gars avec ma mauvaise humeur, d'autant plus qu'ils sont ravis d'aller à un concert et de danser. Oui, ils aiment danser. Mais attention, pas de danse classique avec eux, quelque chose de brut, d'unique.
La journée se déroule ainsi, sans encombre, à une allure fulgurante et mes nerfs en pelote.
J'ouvre la porte de ma cabine pour accompagner mon client et je tombe nez à nez avec Sexy Beau Gosse.
Je fais un bond en arrière tellement je suis surprise.
Ses cheveux sont brillants et dans un désordre attirant, ses yeux pétillent de malice, sa bouche offre un irrésistible sourire taquin.
Mon sourire disparait, mon regard se fait noir, mon ventre se tord et mes doigts se crispent.
- Tu es en avance, je lâche.
- Trop impatient, enthousiaste même, sourit-il avec malice.
- La douleur t'attire à ce point ?
- Il faut croire que oui.
Son air détendu ne me trompe pas. Nos mots ne concernent pas seulement le tatouage. Nos regards s'affrontent quelques secondes avant que le client ne se fasse remarquer. Je contourne Edward sans le toucher, il suit mon mouvement des yeux avec attention.
Mon client sorti, je bois un grand verre d'eau (on n'a pas d'alcool dans la boutique), je prends une grande respiration et je vais rejoindre Edward.
Je ne sais pas bien définir le sentiment qui serre ma poitrine à ce moment-là, peut-être la peur.
