Bonjour!
Merci les filles Annabelle, Guest, Une inconnue, les mots que vous laissez me touchent beaucoup et me donnent la motiv pour publier ! Je vous adore!
Tous les personnages vont évoluer et leurs relations aussi mais ce ne sera pas facile.
J'aime bien les personnalités compliquées et les relations complexes et j'aime bien torturer mes persos ;)
Si vous passez par ici et que l'histoire vous plait n'hésitez pas à laisser un petit message...
A bientôt!
o¤o¤o
Chapitre 8
Ain't no sunshine
(Bill Withers)
Il entre dans la cabine et immédiatement chaque centimètre cube de l'espace est saturé par son charisme et chaque centimètre carré de mon corps se raidit.
Je lui montre l'esquisse finale de son tatouage grandeur nature. Il est vraiment très emballé et me félicite. Je suis touchée mais je ne réagis pas. Il me semble que moins j'en dirais, moins j'en ferais, plus je réussirais à échapper à son charme. Parce que c'est bien ça qui me déstabilise, son charme. La force tranquille qu'il dégage à la fois fascinante et insupportable.
- On va commencer, tu es prêt ?
- Je n'attends que ça depuis le début de la semaine.
Il n'y a aucune hésitation dans ses yeux, même si j'y lis une sorte de crainte.
- Tu as deux possibilités, soit tu t'allonges sur le ventre, soit je redresse le fauteuil, et tu t'assois à califourchon.
- Que me conseilles-tu ?
- Je dirais assis, on peut changer plus tard si tu veux.
- Alors ce sera assis.
- Si à un moment tu sens que la douleur est trop forte, on peut faire une pause. On n'est pas pressé, tu ne dois pas hésiter à me dire ce que tu ressens.
- Compte sur moi.
Son regard est pénétrant. Encore une fois, Edward fait passer dans ses mots bien plus qu'une simple réponse à ma question. Son ton doux et déterminé me l'indique, comme le pas qu'il fait vers moi.
A l'inverse, je recule. Je pense qu'on ne peut compter que sur soi-même et je ne suis pas assez folle pour lui faire déjà confiance.
- Déshabille-toi, lui dis-je tandis que j'imprime le calque.
- Avec plaisir, sourit-il.
Il est taquin comme d'habitude mais plus tendu. Il sait que la séance qui va suivre sera lourde, physiquement comme psychologiquement.
Je ne relève pas. Je m'affaire à préparer mes instruments et relever le fauteuil.
Je lève les yeux sur lui et pendant un centième de seconde, je reste figée.
Ce type est beau au-delà des mots. Son torse est d'un parfait agaçant, musclé finement, sa peau hâlée, sa taille imposante et son jean arrive bien trop tôt sur ses hanches dessinées comme au crayon.
Pour une fois, il ne fanfaronne pas. Une main est dans ses cheveux qu'il décoiffe encore et encore, l'autre dans sa poche, il marche sans but dans le petit espace en regardant tout et rien, il attend que je le guide. Il est attendrissant. Je ne prétends pas bien le connaitre mais je sais que cette attitude n'est pas banale de sa part.
Je l'immobilise et pose le calque sur son dos. Je prends soin de lui expliquer chaque geste que je fais pour le rassurer. Même si je supporte mal sa présence, il est mon client et Edward ou pas, je resterais fidèle à moi-même, sérieuse et pro.
- Tu peux regarder. Ce ne sera pas exactement comme ça mais ça donne une idée.
Je positionne un grand miroir dans son dos, un autre est devant lui.
- Bella… C'est juste magnifique…
Je le laisse admirer quelques secondes. Si ça lui plait, alors il sera d'autant plus motivé pour supporter la douleur. Je dois avouer que ce tatouage lui va bien. Il me tarde déjà de voir le résultat final. Je suis très excitée par ce boulot, ce sera difficile, technique, mais magnifique.
- Assieds-toi.
Il prend place sur le fauteuil sans me regarder. J'ai l'impression qu'il se concentre. Tant mieux, il en aura besoin.
J'enclenche la musique en fond.
- Je vais commencer à tatouer, n'hésite…
- C'est bon Bella, me coupe-t-il. J'ai compris. Vas-y maintenant.
Je suis un peu surprise mais je n'ajoute rien. Il est prêt.
Le bruit caractéristique de la bécane retentit et les fines aiguilles percent sa peau. Je commence sur une partie saine pour qu'il s'habitue.
Je fais tout ce que je peux pour limiter sa souffrance. Je sais que se faire tatouer n'est pas une partie de plaisir et la douleur fait partie du processus, comme un rituel, mais je sais aussi que le passage sur des cicatrices est bien plus aigu qu'un tatouage sur n'importe quelle partie du corps.
En même temps, et je ne comprends pas exactement pour quelle raison, je suis émue. Sa peau n'est pas douce, elle est veloutée, elle prend bien l'encre, saigne très peu, elle est absolument parfaite.
Je ne m'apitoie pas mais je réalise l'injustice qu'il a vécue. Il n'y a aucun intérêt à donner tant d'attributs physiques et tant de privilèges familiaux à une personne pour les lui retirer ensuite.
D'un autre côté, ses cicatrices font maintenant parties de lui. Elles sont son tatouage unique, intime. Je trouve un peu absurde de vouloir les cacher parce que tout ce qu'il a vécu fait de lui ce qu'il est mais c'est sa décision. Je n'ai pas à intervenir là-dessus.
- Je vais maintenant passer sur les plaies. Tout va bien ?
- Oui.
Il appréhende. Il se réajuste et s'accroche au siège.
Lorsque la pointe de mon instrument touche ses blessures, il se tend. J'y vais doucement, délicatement, mais je sais que tous mes efforts seront vains.
Je dois me concentrer et éluder son mal. Je suis trop empathique sur le coup. Je ne veux pas trop me laisser aller à ce sentiment sans quoi la qualité de mon dessin en pâtira.
Il serre les dents et les poings, les phalanges de ses doigts en sont blanchies.
Je m'aperçois alors que je le caresse. Inconsciemment, je fais de petits ronds avec le pouce de ma main libre. J'arrête ça tout de suite.
- S'il te plait, continue.
Sa voix est voilée et je n'ai pas le cœur de refuser mais je stoppe tout de même mes mouvements sans pour autant retirer pas ma main. Il n'insiste pas.
La séance dure ainsi une bonne heure et demi, bien plus longtemps que ce à quoi je m'attendais. Il n'a pas émis d'objection, ne s'est pas plaint, il a vraiment bien encaissé.
A la fin, nous sommes tous les deux comme groggy. Nous sortons de notre concentration. Il nous faudra quelques minutes de répit avant d'aller tout à fait bien. Moi j'ai l'habitude, Edward semble chamboulé.
Je le ramène à la réalité. Je lui conseille de se lever doucement, je lui propose un verre d'eau qu'il accepte. Il reste quelques instants assis sur le siège tandis que je lui explique les soins qu'il devra y accorder.
Lorsque je lui montre enfin son tatouage il est ébloui, ses yeux brillent d'émotions et j'avoue que je suis touchée.
- Merci Bella, tu es très délicate.
- Je ne fais que mon job, j'élude.
- Et tu le fais exceptionnellement bien j'en suis sûr.
Je suis troublée par ses compliments et je n'arrive pas à le remercier comme je le ferais d'habitude. Il ne va pas me laisser le temps d'y penser plus longtemps.
- Allons boire un verre ce soir.
- Non, j'ai déjà des projets.
Je ne suis plus vraiment surprise par son acharnement par contre, la raison pour laquelle il insiste autant pour me connaitre est plus obscure.
- Alors demain.
Il ne demande pas, il propose plutôt.
- Tu ne lâches jamais ? je m'exaspère.
- Pas quand la personne en vaut la peine, sourit-il.
- Tu ne me connais pas. Je ne vaux peut-être pas tant d'efforts.
- Je suis sûr que si.
Une fois de plus son charme me dérange plus qu'il ne le devrait. Je me reprends.
- Non.
- S'il te plait Bella. Nous avons déjà mangé ensemble et rien de mal n'est arrivé.
- C'est toujours non.
- C'est insensé, donne-moi une seule bonne raison de refuser.
- Je ne sors jamais avec mes clients. Professionnalisme oblige, souris-je de toutes mes dents.
Bien sûr mon sourire est ironique, Edward l'a très bien compris.
Il remet son vêtement en rechignant. J'attends qu'il soit prêt pour l'accompagner vers la sortie.
Dans le salon je croise James.
- Hey salut ma Bella !
Il me fait une accolade à laquelle je réponds vaguement sans m'attarder. Je connais assez bien James. C'est la raison pour laquelle je le laisse m'appeler « ma » Bella.
Nous avons couché ensemble une ou deux fois l'année dernière. Il est plutôt un bon coup si je me souviens bien. Il voulait me revoir, j'ai refusé. Je ne fréquente jamais très longtemps le même homme, pas intéressée.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je vais boire un verre avec Tyler et Ben. Tu viens ? demande-t-il avec un regard aguicheur.
Je vais les rejoindre plus tard avec Emmett et Jasper mais je ne le précise pas, il pourrait prendre ça pour une invitation à autre chose qu'un verre.
- Non. Amusez-vous les gars.
Sans lui laisser le temps de répondre je passe derrière le comptoir pour encaisser la séance et noter un futur rendez-vous pour Edward.
- Le professionnalisme hein ? lance-t-il dans un murmure.
Je lève les yeux sur lui. Il a cet air mutin et ce foutu sourire en coin. Il a compris qu'il y avait eu quelque chose entre James et moi. Il est particulièrement observateur.
Je m'approche par-dessus le comptoir en prenant tout mon temps. Je le fixe bien droit dans les yeux.
- Il n'était plus mon client quand j'ai couché avec lui, souris-je avec la même expression.
Edward reste pantois, quelques secondes pas plus, il est tenace.
- Quand est-ce qu'on se revoit ?
- Quand veux-tu revenir ?
- Le plus vite possible bébé.
Il s'amuse et mon poing a envie de faire sauter ses dents parfaites. Au lieu de ça je tape sur le comptoir.
- Ecoute-moi bien Edward, on a déjà parlé de ça. Je suis Bella, B. E. 2L. A. Je ne suis pas ton bébé, je suis loin de l'être et je ne le serai jamais. Ne m'appelle plus jamais comme ça, je grince.
Il voit que je ne plaisante pas et client ou pas je suis sur le point d'exploser.
- Bien… La semaine prochaine c'est bon ?
Son manque de répartie m'ébranle un peu mais je le cache en prenant un ton plus sec que je ne devrais.
- Même jour même heure, c'est bon.
Il règle sa séance et je le raccompagne pour lui ouvrir la porte.
Ses yeux sont sur moi, son regard et sa prestance m'enveloppent complètement. C'est aussi inconfortable que flatteur.
Sur le seuil il s'arrête près, très près de moi, le temps se suspend et j'entends distinctement mon cœur qui bat lourdement dans mes oreilles.
- Au revoir B. E. 2 L. A... souffle-t-il d'une voix de velours.
Je sens son haleine, son souffle sur ma bouche et sur mon nez et j'avoue que l'espace d'une seconde je flanche légèrement.
- Au revoir monsieur Cullen, fais-je glaciale.
Son visage pétille de cette espièglerie qui le rend si agaçant et attirant. Rien de ce que j'entreprends ne réussit donc à lui enlever cette joie de malheur.
Il sort enfin et mes épaules s'affaissent. Il m'épuise. Sa présence aiguise mes sens et son absence est comme un soulagement.
Jasper sorti de je-ne-sais où vient vers moi.
- C'était quoi ça ? demande-t-il discrètement.
- Quoi ?
- Ça !
Il désigne du doigt Edward dehors et moi.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Je suis de mauvaise foi ? Non si peu...
- Ce type et toi, vous couchez ensemble ?
- Non ! Lui ? Avec moi ? Pas du tout mon genre !
Il s'éloigne en me lançant un regard suspicieux. Je ne vois pas du tout de quoi il parle. Oui je suis de mauvaise foi, mais c'est pour mon bien.
Quelques minutes plus tard, ma cabine soigneusement rangée, je suis prête. Je rejoins les gars chez Emmett.
La table basse est jonchée par deux bières déjà vides et des paquets de chips et de cacahuètes entamés.
Je m'affale de tout mon poids sur le canapé.
- Cache ta joie ! Me lance Emmett.
Je souris avec beaucoup d'ironie. Il éclate de rire et se lève pour mettre de la musique. Jasper me tend une bière tandis qu'un son rock retentit dans la pièce.
Je ne crois pas que boire soit une bonne idée. Je suis épuisée par ma journée et ma semaine, l'alcool ne va pas forcément m'aider à me réveiller.
- Je suis super en forme ! hurle Emmett en brandissant sa bière.
- Putain moi aussi ! répond Jasper en écho.
Je soupire. Je ne sais pas trop ce qui rend Emmett si joyeux, son éternel enthousiasme probablement, mais je sais pour Jasper. Il sort avec Alice demain. Il est heureux d'une façon que je ne lui connais pas. Je ne comprends pas bien pourquoi, ce n'est qu'une fille et pas la plus belle ou la plus maligne qui soit. Il faut croire que je ne comprends vraiment rien aux sentiments.
- Alors Bella ? Tu en pinces pour Edward ?
Jasper fait un sourire et un regard carnassier. Emmett arrête de danser et s'approche intéressé.
- N'importe quoi ! C'est pas parce que tu es amoureux que la Terre entière doit l'être.
- T'es amoureux ?! s'étonne Emmett.
Il ne comprend rien. Sa tête navigue entre Jasper et moi et son regard abasourdi cherche une réponse.
Le sourire de Jasper se fane.
- Je ne suis pas amoureux, il boude.
Ses yeux me lancent des éclairs.
- Mais oui, j'aime bien une fille. Et j'ai pas honte moi. J'aime bien l'effet qu'elle me fait. Toi par contre, t'as honte de ce que tu ressens pour Edward. Parce que tu vas pas me faire croire qu'il ne se passe rien entre vous.
- Il se passe absolument rien entre nous, je réplique du tac au tac.
- Mais bien sûr c'est lui le client qui te met dans cet état ! s'exclame Emmett comme s'il venait de comprendre les mystères de l'univers et comme s'il n'avait pas entendu ma dernière réplique.
- Toi aussi tu l'as senti ?
- Mais oui ! Elle est à fleur de peau depuis quelques jours elle est chiante au possible. Je savais qu'il y avait un gars là-dessous.
- Mais il n'y a pas de gars !
- En plus, il est trop cool, j'adore ce type.
- C'est vrai qu'il est cool, t'as conduit sa voiture non ?
Ils continuent ainsi à bavarder sans faire attention à moi. Je crois que je vais exploser mais au lieu de ça je vide ma bière.
- Vous faites un beau couple, réfléchit Emmett.
C'est pas possible, je peux pas les laisser dire ça !
- Putain vous n'êtes que des commères ! Moi en couple ?! Mais vous avez vu ça où ? J'en ai rien à foutre d'Edward ! Mais rien de rien !
- Et c'est pour ça que tu t'énerves autant… lance Jasper.
L'ironie de son ton ne m'échappe pas.
- Je m'énerve parce que vous ne m'écoutez pas ! Depuis quand vous vous mêlez de ma vie sexuelle ?
- Je ne me mêle pas de ça, répond Emmett outré. Je vois bien que tu n'es pas dans ton état normal. Ça arrive à tout le monde…
- Oui Bella, c'est bon. Tu peux nous le dire à nous.
- Ecoutez les gars, Edward n'a rien à voir avec mon comportement. Alors foutez-moi la paix avec vos hypothèses foireuses.
Ils lèvent tous les deux les mains devant eux, affirmant ainsi qu'ils ne reviendront pas sur le sujet. Je sens tout de même qu'ils ont compris et une lueur dans leur regard me confirme que s'ils laissent tomber là tout de suite, ils remettront ça sur le tapis tôt ou tard.
- En attendant, ça te ferait pas de mal « d'évacuer la tension ».
Jasper est un peu penaud et fuit mon regard. Je devine que son « évacuer la tension » veut dire baiser. Si d'habitude l'idée est alléchante, aujourd'hui je ne sais même pas vers qui me tourner.
- File-moi une autre bière au lieu de me prendre la tête avec tes conneries.
Je ne suis pas trop cassante, je ne veux pas mettre une mauvaise ambiance.
Il se lève, aux petits soins maintenant, et m'offre une deuxième boisson. Le silence est un peu lourd mais Emmett se charge de le briser.
- Et toi Jasper, c'est qui cette Alice ?
- C'est la geignarde, je lance désagréable.
- La petite brune ? La copine de la blonde sexy ?
- Sexy ? Folle furieuse tu veux dire !
Je suis franchement étonnée qu'il la trouve sexy. Ce n'est pas ce que j'ai deviné au premier coup d'œil. Rosalie me parait plutôt froide et surtout coincée.
Emmett ne relève pas.
- Ouais la petite brune, rêvasse Jasper.
Mais qu'est-ce qui lui prend à avoir ce stupide sourire niais dès qu'il parle d'elle et ces yeux vitreux perdus dans d'obscurs souvenirs ?
- Regarde-le, sourit Emmett. Il est accro !
- Je vois ça.
Je ne souris pas. Je trouve toujours son attitude inquiétante. Si c'est ça l'amour, je crois que je ne suis pas prête à être aussi ridicule.
Je finis ma deuxième bière aussi rapidement que la première.
- On y va ?
- Yes ! Hurle Emmett. On va bouger nos corps !
Je ris. C'est bon de sortir avec Emmett. La soirée s'annonce festive.
En une minute nous sommes dehors et la conversation a repris un rythme léger et gai.
Emmett passe son bras sur mes épaules, je prends sa main dans la mienne et lui souris. Il en profite pour claquer une bise sur ma joue, je râle pour la forme. Jasper marche d'un pas presque sautillant. On est tous les trois impatients de voir du monde et de danser.
Plusieurs groupes de personnes sont devant le bar en train de jacasser, boire et fumer. On lance quelques bonjours à des têtes connues, des clients pour ma part, et on entre.
La salle est bondée. Jasper vire directement à gauche vers une table, Emmett à droite vers le bar. J'observe plus avant et j'aperçois Alice et Rosalie à la table qu'a rejoint Jasper. De l'autre côté, Emmett salue allègrement Edward.
Et merde !
Qu'est-ce que je peux choisir ? La mièvrerie de Jasper ou la diablerie d'Emmett ?
Je fais un tour d'horizon, je ne connais personne, ce qui n'est pas très étonnant. Je vois Tyler et Ben mais ils sont avec James. Je ne suis pas assez désespérée pour retrouver James et avoir droit à une séance de drague bien lourde.
Je me dirige vers le bar, à l'opposé d'Edward et Emmett.
- Salut Bella !
- Salut Paul.
Paul est le barman. Je le connais un peu puisqu'on vient souvent ici.
- Un jus de fraise ?
- Non pas ce soir. Donne-moi une bière.
Il est étonné, je ne bois pas souvent mais là, j'ai besoin de décompresser. La soirée que j'imaginais festive tourne au cauchemar.
Il me sert ma bière et un sourire ravageur. Je n'ai jamais couché avec lui, c'est peut-être le moment d'y penser.
- Salut B. E. 2 L. A. je ne m'attendais pas à te voir ce soir.
Edward tout sourire s'est bien sûr approché.
- Moi non plus je ne m'attendais pas à te voir ce soir, je réponds comme s'il était la dernière personne que j'avais envie de croiser.
- Ma présence t'indispose à ce point ?
- Laisse tomber.
Il ne se formalise pas. On dirait qu'il s'habitue à nos joutes verbales et il semble bien que moi aussi.
Il s'accoude au comptoir, tourné vers la foule, et boit une gorgée de sa bière.
- Il y a du monde.
Il ne trouve vraiment rien à dire pour me balancer de telles banalités.
- Il y a un groupe qui joue.
- Je sais !
Je ne vois pas pourquoi ça le réjouit autant mais je ne relève pas.
- Tu as l'air tendue.
- Je suis parfaitement bien. Tu n'as rien d'autre à faire que d'essayer de savoir comment je vais ?
- Si, mais c'est beaucoup moins amusant.
Je souris malgré moi. Finalement, il semble que nous ayons établi une sorte de complicité. Son humeur toujours au beau fixe n'est pas si déplaisante. Peut-être aussi que ma troisième bière me détend.
- J'ai vu Emmett, il est encore plus excité que d'habitude.
- Oui il est comme ça, toujours la pêche.
Ce disant j'entends son rire gras.
- Tu as de la chance d'avoir un frère comme lui.
Je le regarde avec étonnement.
- Mon frère ? Emmett ? Tu trouves qu'on se ressemble ?
- Non mais vous avez l'air très proche.
Il est observateur, plus que je ne l'aurais pensé.
- Oui mais pas par des liens de sang.
Il ne relève pas. J'aime qu'il n'insiste pas et ne pose pas de questions.
- J'adore ce morceau.
- Moi aussi, je souris.
La conversation dérive donc sur la musique. Notre échange est simple et oui, je dois bien avouer qu'il est sympa. J'imagine que l'alcool fait effet et me calme parce que je ris franchement à ses blagues fines et je bavarde sans barrière pour une fois. Le sujet est léger, je ne risque rien à m'épancher sur mes gouts musicaux.
Je suis étonnée de constater qu'il connait tous les vieux groupes de rock qui ont bercé mon enfance grâce aux gouts aiguisés d'Emmett, comme les nouveaux. Il est assez incollable sur la musique en général quel que soit le style ou l'époque. Il me parle aussi musique classique. Ce n'est pas mon rayon mais il prétend que je ne pourrais qu'aimer et me propose de me faire écouter lors de notre prochaine séance.
Nous sommes dans notre bulle. Je ne fais plus attention au monde qui nous entoure. Outre son physique avantageux et quasi hypnotique, c'est sa personnalité qui m'attire. J'ai beau essayer de le blesser pour qu'il me fuit, aucune de mes tentatives n'est fructueuses, je cherche la petite bête, le défaut qui me délivrera de son charme omniprésent, rien, je ne trouve rien.
Jasper a raison. Il se passe effectivement quelque chose avec lui et ce quelque chose me dépasse. Plus la discussion avance, plus je me demande si je fais bien d'essayer de m'en échapper.
- Hey ! Mais c'est Bella Swan, la future championne de boxe !
Edward ébouriffe ses cheveux, signe je suppose d'un agacement. Jacob nous a rejoints et ça n'a pas l'air de lui plaire, pas plus qu'à moi d'ailleurs. Son air et son ton sont vraiment lourds.
Je ne souris pas, n'émet aucune parole, je fais exprès de ne pas être engageante. Ce n'est pas un ami, en plus, pour une fois j'étais bien avec Edward et j'aurais aimé faire durer ce moment.
- Tu devrais venir plus souvent au club si tu veux progresser.
- Je me fous de progresser, on en a déjà parlé la dernière fois. Mais t'étais plus intéressé par mon décolleté que par mes paroles j'imagine.
Le sourire d'Edward revient.
Jacob reste sans mot, quelques secondes.
- Il faut dire qu'il y a de quoi être intéressé, continue-t-il avec un regard lubrique.
Je m'adresse à Edward mais je prends soin que Jacob m'entende.
- C'est quoi son créneau ? La boxe ou se taper toutes les nanas qui passent par son établissement ?
- Pas toutes, répond Jacob. Juste celles qui valent le coup.
Edward approche son visage près de mon oreille.
- Tu vois, je ne suis pas le seul à penser que tu vaux le coup.
Son souffle sur ma peau déclenche un frisson le long de ma colonne vertébrale. Ce n'est pas le frisson en lui-même qui m'agace parce qu'il faut bien avouer que c'est très agréable, c'est le fait que je ne puisse le réfréner. Encore une sensation que je ne parviens pas à contrôler quand Edward est dans les parages.
- C'est parce que vous n'y connaissez rien, je lance en toisant Edward.
Cette fois, son sourire a disparu. Il me regarde, consterné ou étonné par ma dernière réplique.
Je m'enfuis mais avant que je n'aie pu faire trois pas, Jacob saisit mon poignet.
- Attend, laisse-moi te payer un verre.
Je darde un œil mauvais sur lui.
- Lâche-moi.
Je retire mon bras sans ménagement comme il fait un pas en arrière. Je ne crois pas lui avoir fait peur mais au moins il est bien refroidi.
Je rejoins Emmett et m'assois près de lui. Il boit des shoots de téquila avec une dénommée Angela et un certain Seth.
- Ah ! Ma beauté !
Emmett commence à être bien éméché. Inutile de le rabrouer sur ce surnom ridicule.
- Prends un shoot, t'as l'air toute coincée ! Où est Jasper ? Jasper ! hurle-t-il.
Heureusement la musique est plutôt forte et couvre ses cris.
- Laisse tomber Em, il est occupé. Alors tu me l'offres ce verre ?
Il me tend un shoot, s'en prend un et nous buvons après avoir trinqué.
Angela est très amicale. On discute beaucoup, on rit aussi pas mal. Elle fait partie du groupe qui va se produire ce soir. Elle joue de la batterie. J'adore l'idée qu'une fille joue de cet instrument sachant que tous les autres membres sont des gars. Seth est l'un d'eux, il s'occupe du clavier et de la boite à rythme.
Il tente une drague discrète.
- C'est ton mec le grand baraqué ?
Je regarde Emmett qui se dandine près de moi en rythme avec la musique. Je n'ai jamais utilisé ce mensonge et même si je n'ai pas envie de me prendre la tête, je ne suis pas prête à le faire.
- Em ! dis-je en lui mettant un coup de coude. Il croit que tu es mon mec, je ricane.
Emmett lui lance un regard noir en enlaçant mes épaules, j'ai du mal à me retenir de rire.
- Je suis pas son mec je suis son garde du corps, fait-il d'une voix glaciale en bombant le torse.
Seth se colle au dossier de la banquette et n'ose plus me regarder.
On éclate de rire n'y tenant plus.
- Nous on y va, me dit Angela. Mais on se revoit tout à l'heure.
- Bien sûr !
Cette fille est vraiment sympa et je n'ai aucun effort à faire pour l'aimer.
Emmett se rapproche de la scène et je me rapproche du bar.
Quelqu'un tripote une mèche de mes cheveux. D'un mouvement brusque je détache la main fouineuse. Il s'agit de James. Il a l'air un peu ivre, il s'approche trop près et son haleine me donne la nausée.
- Alors ma Bella, tu vas bien ?
Il n'a vraiment rien d'autre à dire.
- Oui.
- Tu sais… je n'ai jamais pu oublier la dernière fois qu'on s'est vu.
Il avance encore, dans peu de temps son nez sera entre mes seins si je ne fais rien.
- Ne me lance pas là-dessus James. Il est hors de question qu'on remette le couvert, je grince.
- Pourquoi ? C'était bien. Je me souviens que tu aimais ça toi aussi.
- Il y a une chose que nous les filles nous savons faire.
- Et quoi ?
- On sait simuler, je souris.
Je le laisse à ses réflexions, stupéfait par ma réplique et je vais retrouver Emmett.
Jasper arrive tout joyeux et m'étreint fortement. Emmett qui n'a jamais su résister à un câlin nous entoure de ses gros bras.
- Mais lâchez-moi vous êtes trop cons.
Ils se marrent comme des baleines et je ne peux me retenir moi aussi de rire en râlant.
Je m'arrête quand j'entends une voix, pas n'importe laquelle, la sienne. La voix d'Edward Cullen résonne dans le micro. Ça ne peut pas être possible. On a discuté un long moment et il ne m'aurait pas précisé qu'il jouait ? Je reconnais bien sûr Angela et Seth, ainsi que Jacob à la basse.
La scène est juste surélevée que quelques centimètres, Edward et sa guitare sont tout près. Je recule de quelques pas, déstabilisée par sa présence.
Il remercie tout le monde d'être là. Des cris fusent de la salle. Apparemment ils sont connus et appréciés.
Il nous informe qu'ils vont faire une reprise, la seule et unique de la soirée. Il annonce : « Song 2 ». Angela entonne les premières notes sur sa batterie, suivie de près par la guitare et la voix d'Edward qui hurle.
Emmett commence à sauter dans tous les sens. Jasper prend mes mains pour m'aider à me secouer un peu. J'ai besoin de temps. Je ferme les yeux et me laisse guider par les notes. Elles s'emparent de moi et petit à petit je bouge en rythme.
Quand j'ouvre les paupières pour le solo de guitare, Edward est face à moi. Il danse en jouant. Il me fixe droit dans les yeux. Alors je continue. Je bouge furieusement et lui devant moi me suit comme mon ombre. Il est assez troublant de voir à quel point on est en osmose.
Il fait durer le solo, il tombe à genoux et lacère les cordes tant qu'il peut. Je me pétrifie. Ce type est sexy en diable. Ses cheveux hirsutes, sa bouche déformée par la concentration, ses bras tendus révélant ses muscles fins offrent un spectacle des plus séduisants.
Putain !
Quelqu'un frotte son épaule contre la mienne pour m'entrainer à danser mais je ne réagis pas. J'en suis incapable. Je suis juste médusée. Il se relève sans effort et ses yeux plongent dans les miens. Je devine sur sa bouche un « trop belle ». Il remonte sur la scène, me laissant là, désœuvrée.
La salle est survoltée lorsqu'ils s'arrêtent mais le répit est court et ils enchainent avec leurs propres compositions.
Emmett saisit mes épaules et colle son front au mien.
- Danse beauté, laisse-toi aller.
Alors j'obéis. Je danse jusqu'à épuisement, jusqu'à ce que les dernières notes du concert se fassent entendre. Plus rien n'a d'importance que les sons qui emplissent ma tête et mon corps qui exulte.
Le show était exceptionnel. Le groupe d'Edward est tout ce que j'aime musicalement. Je suis abasourdie, comme sortie d'une transe intense.
Jasper prend ma main et me conduit vers une table. Encore engourdie, je n'ai pas la force de réfléchir ni de refuser son invitation.
Evidemment, nous nous installons sur la grande banquette qu'occupent Petite chose et Barbie. D'ailleurs je ne les ai pas vues danser. Emmett s'assoit près de Barbie, son choix m'étonne.
Nous discutons du concert. Alice connait par cœur les morceaux puisqu'il s'agit du groupe de son frère, et même si elle ne vient pas les voir à chaque fois elle aime bien leur musique. Barbie ne dit pas un mot.
Puis Alice et Jasper entrent dans leur bulle. Ils parlent ensemble comme s'ils se faisaient de grandes confidences, sans se soucier de nous. Jasper caresse sa main avec tendresse, les yeux d'Alice pétillent et un léger sourire ne la quitte pas.
Je commence à m'ennuyer sévère quand Angela vient s'assoir près de moi.
- Alors ? Tu as aimé ?
- J'ai adoré ! Vous êtes très bons !
- Merci.
Pas de fausse pudeur dans son sourire. Elle sait qu'ils sont bons et ne s'en cache pas. J'aime cette attitude.
- Tu connais Rose et Alice ?
- Non pas vraiment. Jasper connait Alice.
- Oui je vois ça ! Alice n'a pas mis longtemps à retomber sur ses pattes. C'est plutôt étonnant.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Alice sortait avec un gars depuis le lycée. Le seul gars avec qui elle soit jamais sortie. Personne n'aimait ce con mais Alice était accro.
Je hoche la tête. Je m'étais fait la même idée quand Alice m'en avait parlé.
- Alice est une petite fille. Elle sort très peu, elle travaille beaucoup, elle a très peu d'amis. Alors je ne sais pas qui est ce type super sexy avec qui elle parle mais ça fait bizarre de les voir ensemble, il est complètement différent de son ex.
A moi aussi ça me fait bizarre de le voir avec elle. Mais Jasper est un grand garçon et il sait qu'ils sont très différents. Je pense que ça ne les mènera nulle part mais je n'ai pas mon mot à dire.
- Je suis contente pour elle qu'elle aie rencontré quelqu'un, il a l'air cool.
Je hoche la tête de nouveau. Même si je m'inquiète pour lui parce que je sais que la chute est souvent rude quand on tombe de haut, Jasper semble heureux et quelque part, je suis moi aussi heureuse de le voir ainsi.
La discussion continue sur nous. Elle n'est pas très personnelle et j'arrive à parler facilement. Quand elle apprend que je suis tatoueuse son visage s'éclaire. Elle a un dessin qu'elle veut faire tatouer mais n'a pas trouvé de professionnel qui lui corresponde. Emmett a fait faire des cartes du magasin mais bien sûr je n'en ai jamais sur moi. Je lui donne mon numéro personnel. Cette fille me plait, il se pourrait même que je la revois pour boire un verre.
Edward vient à notre table avec une boisson pour chacun. Il me tend un jus de fraise, surement que Paul l'a conseillé. Je ne suis pas mécontente. J'ai soif après la danse et je ne veux plus d'alcool.
Nos regards s'accrochent quelques secondes de trop.
Puis il s'assoit près d'Emmett et discute avec lui et Rosalie qui semble sortir de sa léthargie quand elle le voit. Elle semble beaucoup l'apprécier et je ne vois pas pourquoi ça me dérange autant.
- Beau gosse non ?
Angela n'a rien perdu de mes regards.
- Pas mal…
J'élude comme je peux.
- Pas mal ? Il est foutrement sexy !
On éclate de rire.
- Il t'aime bien, me confie-t-elle.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Il a dansé avec toi et… sa façon de te regarder. Je le connais très bien, je sens ça.
- C'est qu'il n'a pas peur des déceptions alors.
- Edward n'a peur de rien. J'ai rarement vu autant de force chez quelqu'un.
Je ne sais pas trop quoi dire. Je ne le connais pas assez bien pour rebondir.
- Fais gaffe.
- Comment ça ?
- Amuse-toi avec lui mais ne tombe pas amoureuse. Il est incapable de s'attacher à quelqu'un.
Sa réflexion me déçoit. En même temps, je le sais depuis le début. Un gars comme lui ne s'attache pas, il profite.
- On peut pas dire qu'il soit un salaud parce qu'il est toujours sincère. Mais il a un charme à se damner, peu de filles y résistent.
- Tu as l'air de savoir de quoi tu parles !
Je souris, je joue la plaisanterie mais au fond la réponse m'intéresse.
- Oui je sais parce qu'on est pote et que je le vois faire. Mais lui et moi on n'a jamais rien fait. Ça passe pas entre nous, pas de cette façon-là.
- Il ne se passera rien entre lui et moi, j'affirme.
- Pourquoi pas ? Tu pourrais en profiter.
Décidément, j'aime beaucoup cette fille, on est sur la même longueur d'ondes.
- Parce qu'il est mon client.
Elle prend un instant de réflexion.
- C'est toi qui le tatoues ? demande-telle étonnée.
Je hoche la tête.
- Edward m'a parlé de toi ! Tu es une super tatoueuse apparemment.
- Il exagère.
- Je ne sais pas s'il exagère mais il est vraiment ravi et j'ai vu son dos, même si ce n'est que le début ça va être grandiose.
- Merci, je souris.
- En tous cas, je comprends maintenant, elle plisse les yeux comme elle m'observe.
- Quoi ?
- Il m'a parlé de toi.
- De moi ou de mon boulot ?
- De toi.
Son regard est énigmatique.
- Est-ce que je vais devoir te torturer pour en savoir plus ?
Elle rit.
- Il t'aime bien… Il t'aime vraiment bien…
Elle m'examine comme pour déterminer ce qui lui plait vraiment chez moi, comme si j'étais un spécimen curieux.
Je n'insiste pas, je ne suis plus si intéressée par cette discussion.
Je regarde autour de moi. Tous sont en train de bavarder, de rire, même Rosalie le glaçon se marre.
La fatigue se fait sentir. Je salue tout le monde et je prends la direction de la sortie.
Je marche sur le trottoir depuis quelques petites minutes quand je l'entends dans mon dos. Je ne suis pas surprise, je crois même que j'aurais été déçue s'il ne m'avait pas rejoint.
- Le ciel est magnifique ce soir.
Nous sommes en ville, à San Francisco, on voit à peine le ciel. J'imagine qu'il cherchait une entrée en matière pour faire remarquer sa présence.
Je ne réponds pas, pas utile. Je le laisse me raccompagner. Maintenant il m'intrigue.
- Le concert t'a plu ?
- Oui beaucoup.
Je ne suis pas aussi enthousiaste qu'avec Angela. Bizarrement, même si je le connais depuis plus longtemps, je suis moins en confiance avec lui qu'avec elle.
- Vous tournez beaucoup ? Vous arrivez à vivre de votre musique ?
- Non, le groupe c'est notre plaisir. On fait quelques dates mais rien de sérieux.
La question me brule les lèvres et je la laisse sortir.
- Tu fais quoi dans la vie ?
Il sourit, il ne devait pas s'attendre à une question personnelle de ma part.
- Ce que je fais est beaucoup moins glamour.
Vue sa dégaine, je l'imagine mal homme d'affaire ou commercial.
- Je suis psychiatre…
Il laisse passer quelques secondes, comme pour me laisser digérer ses propos.
- Plus exactement, je suis pédopsychiatre.
Effectivement, rien de sexy là-dedans. Je ne m'attendais pas à ça, je l'imaginais plutôt dans un domaine artistique.
- Alors tu étudies des enfants.
Il se marre comme si j'avais dit la plus grosse connerie du monde. En attendant je connais sa profession, j'ai vu un paquet de psy durant mon enfance et c'est la sensation que j'ai eu à chaque fois. Être examinée, analysée, mon comportement déchiffré dans les moindres détails. Non je ne pouvais pas imaginer Edward faire ce genre de métier.
- Je ne dirais pas ça comme ça. Je les observe c'est vrai et je les écoute beaucoup. J'essaie d'alléger leurs souffrances. Mais j'ai levé le pied sur les séances, dorénavant, je fais des conférences, j'écris beaucoup d'articles, j'ai même écrit un bouquin.
Merde ! Il est pointu sur le sujet. Je suis sans mot.
- Je travaille un peu dans un foyer sur la 35ème.
Bon sang ! Je le connais ce foyer, je le connais même très bien.
- La directrice est une perle. J'ai rarement rencontré quelqu'un d'aussi investi.
- Sue ?
Le prénom est sorti tout seul. Je m'aperçois de ma stupidité au moment où je le dis.
- Oui, Sue Clearwater. Tu la connais ?
- Un peu.
Je baisse la tête à présent, je ne peux pas me dévoiler à ce point, par honte ou par pudeur je ne sais pas trop. Edward semble le sentir parce qu'il ne s'entête pas.
- Tu ne t'attendais pas à ça n'est-ce pas ?
- Non c'est vrai.
- Pourtant ça me ressemble. J'ai tellement souffert dans ma jeunesse que j'ai voulu soulager la peine des enfants qui en avaient le plus besoin et même bien plus besoin que moi.
- C'est tout à ton honneur.
- Je ne sais pas. Je réagis à l'instinct.
Ce type est une bonne personne. Edward Cullen est sans aucun doute ce qu'on appelle quelqu'un de bien. Et même si son métier me fait horreur, je pense qu'il est investi, que son choix est mesuré et que probablement, il existe des psy qui valent la peine d'être croisés.
Nous arrivons devant chez moi. Je m'appuie contre la porte de l'immeuble. Les yeux d'Edward s'ancrent aux miens, comme chaque fois que nous sommes en face l'un de l'autre, ils sont comme aimantés. Cette espèce de magie opère entre nous. L'air se raréfie, la tension est plus douce, plus supportable, il me semble ne plus voir que son visage, tout le reste est flouté.
Je perçois à peine qu'il s'approche jusqu'à me frôler, à peine sa main se lever vers mon visage. Il déglutit avant de prononcer ces mots.
- Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau que toi.
Immédiatement, une boule se forme dans ma gorge. Je suis émue. Je me sens comme une enfant, fragile.
Son pouce caresse ma joue et ses lèvres avancent vers les miennes. Mon ventre pétille, mon cœur bat durement dans mes tempes, mais quand son souffle vient chatouiller ma bouche, je pose une main sur son torse, stoppant son avancée.
- Je n'embrasse pas.
Il recule légèrement et ses yeux s'ouvrent sous la surprise.
- Tu… quoi ?
- Je n'embrasse pas sur la bouche.
- Jamais ?
- Jamais.
Alors son regard s'assombrit et son sourire en coin apparait. Rien ne le fait céder, rien ne l'arrête.
Il approche de nouveau, lentement, dans une direction différente. Il vient déposer un baiser sur ma joue, il s'attarde un peu. Ses doigts se raffermissent sur ma nuque.
Son odeur emplit l'espace, elle recèle quelque chose de familier, comme sa joue sur la mienne, ses lèvres, sa peau. C'est la raison pour laquelle je ne bouge pas. Je savoure l'instant, mais pas longtemps.
Un peu brusquement, je baisse la tête et entre dans l'immeuble sans un au revoir. J'ai le souffle court et mes jambes ont du mal à me porter jusqu'à mon appartement.
J'ouvre directement la fenêtre, j'ai absolument besoin d'air et je rejoins la salle de bain.
Devant le miroir, je touche ma joue comme s'il y avait laissé sa trace, une partie de lui. Je me douche en repensant à la soirée. J'essaie de décrypter les sensations qui assaillent aussi bien ma poitrine que mon ventre sans y parvenir.
Edward est mon énigme personnelle. Comment est-ce qu'il fait ça ? Pourquoi lui ? Je m'embrouille à me poser des questions sans réponse.
Je reviens au salon plongé dans l'obscurité à peine égaillée par les lampadaires en contre-bas. Je me sens enfin détendue.
Seule, je suis protégée des sensations inédites qui m'habitent, d'Edward.
Une musique monte de la rue, « Ain't no sunshine » de Bill Withers. Je m'assois sur le canapé et je profite de ce morceau que j'aime beaucoup. Une idée fait son chemin dans mon esprit.
Je me penche discrètement à la fenêtre. Devant mon entrée, j'aperçois Edward dans sa voiture décapotée. Un de ses bras est allongé sur la portière, l'autre sur le dossier du siège passager, sa tête est renversée vers le ciel. De cette hauteur je ne distingue pas ses traits. Je l'imagine fermant les yeux, un léger sourire aux lèvres, appréciant la musique sortie de son autoradio.
Alors je m'accoude sur le rebord de la fenêtre, je regarde les étoiles et je profite moi aussi des paroles, un léger sourire aux lèvres.
