Salut!

Merci beaucoup les guests pour vos messages!

Je vous avoue que je suis assez découragée par le peu de lectrices de cette histoire...
Elle n'a pas l'air d'intéresser grand monde...

Voici tout de même le chapitre 23.
Un peu de calme avant la tempête!

Bonne semaine!

¤o¤o¤

Chapitre 23
Bull In The Heather
Sonic Youth

Edward m'aime…

Je n'ai eu aucune réaction quand il me l'a avoué. D'abord parce qu'il était tard, que la soirée avait été riche en émotion et en sexe et que j'étais exténuée. Ensuite parce que je n'ai réellement pas ressenti grand-chose.

Il m'aime… Bon… D'accord…

Qu'est-ce que ça signifie au juste ? Je n'en ai aucune idée.
Je pensais que le temps me l'apprendrait. Je pensais que peut-être l'attitude d'Edward allait changer. En quoi précisément, je n'en avais pas la moindre idée.
Je pensais que nos occupations seraient différentes. De quelle façon ? Encore une fois, je n'avais pas l'ombre d'une réponse.
Mais je supposais que s'il m'aimait, alors quelque chose de différent, de notable, allait arriver.

Mais le fait est qu'Edward m'a déclaré son amour (j'ai l'impression d'être au moyen-âge quand j'utilise cette expression bien que je n'aie rien d'une princesse et qu'il n'ait rien d'un prince il faut bien l'avouer) depuis maintenant quelques jours (cinq pour être exacte) et que rien n'a changé.

Je passe chez lui toujours aussi fréquemment, nos conversations s'ouvrent toujours un peu plus sur nos passés respectifs et pour ma part sur mes ressentis, nos séances de baise sont toujours plus sensationnelles, mais rien qui n'ait à voir avec l'amour. Du moins pour ce que j'en sais.

Il a donc lancé ces mots et je suis là à me demander pourquoi. Qu'est-ce qui a bien pu changer dans sa tête pour qu'il ait envie de m'annoncer ça ? Que ressentait-il qui l'ait poussé à le dire ?
Tout ceci reste un mystère pour moi.

Je n'ai pas voulu mettre le sujet sur le tapis.
Je pourrais sans doute lui demander de quoi il s'agit précisément mais j'ai la sensation que je passerai pour une cruche si je le faisais, même si Edward est loin de me juger et qu'il me connait, moi et mon désordre émotionnel, mieux que personne.

En plus, il n'a pas recommencé.
Je veux dire, il n'a pas répété la phrase étrange, ni quand il me regarde de cette façon si intense qui coupe mes jambes, ni quand il me baise si fort que je décolle et vois des étoiles, ni même quand il cale mon corps assouvi contre le sien tendrement.
Non, jamais.
Je n'ai donc pas plus d'indices sur les fondements qui permettent d'accéder à ce stade si spécial et que recherchent la plupart des gens normalement constitués, l'amour.

Je n'attends pas qu'il le fasse mais malgré moi, je reste sur mes gardes pour analyser ce qui se passera dans son esprit ou ce qui changera dans son comportement au moment où il prononcera de nouveau ces mots.
Parce que même si ça ne me travaille pas plus que ça, je sais qu'il le fera. Ne l'avouer qu'une seule et unique fois me parait trop bizarre. Il doit y avoir une suite, quelle qu'elle soit, sinon il n'y a aucun intérêt à dire « je t'aime ». Pas quand la situation est déjà idéale.

Je suis en train de tatouer mon denier client de la journée. Une journée longue et fatigante. Depuis que mes nuits sont occupées par du sexe intense et sans limite, mes jours sont plus pénibles.
Le tatouage me captive toujours autant. Mon emploi du temps est plein pour des mois et plus je pratique, plus je suis à l'aise et m'essaie à des travaux plus périlleux mais plus originaux aussi.

D'ailleurs, je continue le dos d'Edward demain. Je suis très excitée parce que j'adore véritablement ce tatouage. Non seulement il est techniquement compliqué mais en plus il lui ressemble, chaque partie du dessin est une partie de lui et plus je le connais, plus cette idée est prégnante.

Je me suis inspirée de plusieurs influences pour son tatouage. En premier lieu, mon style de prédilection, les motifs japonais.
Le haut de son dos est couvert d'une sorte de tempête où d'épais nuages sombres très fins et arrondis prennent toute la place. Sur l'omoplate de droite, une tête de mort aérienne se confond avec la brume. Je n'étais pas vraiment pour la tête de mort, je trouve que c'est un modèle trop commun, déjà vu des dizaines et des dizaines de fois, mais Edward avait insisté.
Il voulait un symbole qui rappelait son accident et son flirt avec la mort. Contrairement à la connotation occidentale de la mort, du danger ou du mauvais sort, les crânes au Japon sont considérés comme une représentation positive du cercle naturel de la vie. En général, ils représentent le changement.
En mélangeant les deux symboliques de la mort et du renouveau, la tête de mort convenait donc parfaitement.
J'ai fait de mon mieux pour la rendre originale et pour qu'elle reste discrète, en second plan. Elle n'est pas énorme, fine et plutôt délicate.

Plus bas, sur la partie que je n'ai pas encore commencée, le sommet d'un arbre se mélangera avec les nuages qui se dissiperont pour laisser la place à un entrelacement de branches fines et larges sur lesquelles naitront des feuilles, des fleurs, la vie.
C'est moi qui aie eu l'idée de l'arbre.
Il représente la force, le courage et la résistance face aux épreuves multiples. Il est également lié à la symbolique de la vie, l'envie de vivre, à la longévité, voire l'immortalité, à cause des fleurs et des fruits qui y poussent.
Les racines de l'arbre indiquent le pont entre le passé, le présent et l'avenir. Elles seront très fines et mourront juste au niveau de ses reins.
Quelques silhouettes d'hirondelles viendront finir le tableau. Elles sont signe d'espoir et de chance, de liberté, d'évasion, de fidélité. Sa migration lui confère la symbolique de départ et d'arrivée, d'alternance et de renouveau, de mort et de résurrection.
Encore une fois, l'image va bien à Edward et au message qu'il voulait donner à son tatouage. Peut-être aussi quelques fleurs pour rajouter de la couleur.

Malgré tous ces détails, l'ensemble va rester très graphique mais fin, aérien et léger.
Edward veut que j'ajoute une citation, comme si tout ceci n'était pas assez parlant, « Croire en l'impossible ».
Nous ne sommes pas d'accord sur l'emplacement. Il la voudrait autour de la tête de mort, je la vois bien sur une des racines. Nous négocions toujours pour savoir qui aura gain de cause.

Les nuages, les branches et le tronc de l'arbre couvrent avec un naturel parfait les cicatrices.
Le tout le représente exactement, sombre, impétueux, et enthousiaste, déterminé.
D'ailleurs je ne voulais à la base n'utiliser que du noir et des dégradés de gris mais je pense opter pour quelques couleurs pour contraster le côté orageux de la tempête et paisible de l'arbre.
Je suis assez fière de moi. Pour l'instant ce tatouage est parfaitement réalisé et le définit parfaitement aussi.

Il me tarde de le revoir, le tatouage et Edward. Je sais, nous nous sommes vus cette nuit, sous tous les angles, mais nos visites sont devenues comme une habitude dont il est difficile de se passer.
Quand je suis avec lui je me sens… je ne sais pas l'exprimer. Mais je me sens plus que bien.

Je ne vois pas Edward ce soir, pas que j'ai besoin de me reposer, même si c'est le cas, mais Emmett et Jasper m'ont proposé une soirée entre potes, c'est-à-dire tous les trois, comme nous le faisions fréquemment avant de rencontrer nos amants respectifs.
Sans nous en rendre compte, nous n'avons plus le temps de nous retrouver exclusivement entre nous. Pour ma part, je vais chez Edward chaque soir et eux, je ne sais pas vraiment ce qu'ils font mais j'imagine qu'ils voient Alice et Rosalie.
Quoi qu'il en soit, Emmett a souhaité nous réunir en petit comité. Je ne pense pas qu'il y ait une occasion spéciale de le faire, juste l'envie de se retrouver.

Après avoir payé sa séance, mon client me propose de prendre un verre.
Il est plutôt beau, des muscles finement dessinés, sa peau est bronzée, ses cheveux très bien coiffés, son visage soigneusement rasé. On a pas mal discuté dans la cabine et je comprends sa démarche. En d'autres circonstances j'aurais pu accepter. Son tatouage est terminé et a priori je ne le reverrai pas de sitôt mais j'ai juste envie d'éclater de rire.
Il n'a aucune chance avec moi. Pas parce qu'il est mon client, uniquement parce que je fréquente l'homme le plus désirable que je connaisse.
Edward a des défauts, il n'est pas parfait, mais il est lui et je n'ai besoin de rien d'autre.

J'envoie gentiment balader mon client qui n'insiste pas mais me quitte tout de même avec un sourire et un regard enjôleur puis je retourne à ma cabine pour la ranger au carré avant de rejoindre les gars qui doivent déjà être chez Emmett.

Je prends mon temps. Je ne sais pas pourquoi mais je suis un peu intimidée de les retrouver.
Les derniers événements nous ont changés, du moins, ils m'ont changée moi. Même si je suis fondamentalement toujours la même, je sens que quelque chose de différent m'anime, je le sens au plus profond de mes tripes.
J'ai la sensation que nos « retrouvailles » à trois seront elles aussi différentes, même si je ne sais pas en quoi.

Malgré moi, je monte les escaliers en m'attendant à trouver quelque chose de nouveau. J'entends la musique, du rock évidemment, j'entends les voix enjouées de Jasper et Emmett.
Non, rien de nouveau.

Les gars m'accueillent avec un « Aaaaaah » ravi. Jasper me fait une place près de lui sur le canapé et Emmett se lève pour m'attraper une bière. Je n'en ai pas vraiment envie mais c'est un rituel entre nous. Je m'y plie volontiers parce que j'adore les rituels, les rythmes précis et qu'en plus, ils créent cette proximité entre nous.

Emmett balance un bol de chips sur la table basse et la conversation commence.
Nous échangeons d'abord des banalités. Nous abordons le tatouage bien sûr, nous parlons un peu du salon et de quelques clients excentriques ou farfelus (il y en a toujours) et un blanc s'installe. C'est rare, c'est même très rare.
Voilà où va se situer la nouveauté, dans la conversation. Nous n'avons jamais, ni les uns ni les autres, été en couple « officiel ». D'ailleurs, je ne sais pas vraiment si Emmett et Rosalie forment un couple officiel mais je suppose qu'après notre dernier diner, ils ne peuvent plus se cacher.

- Alors Bella, comment va Edward ? demande Jasper.

Aussitôt, une étincelle s'allume dans ma tête. Il en est ainsi depuis quelques temps. Plus précisément depuis que je suis quasiment installée chez Edward.
Dès que quelqu'un prononce son prénom, mon cerveau se met en mode « Edward mon magnifique mec à moi ». C'est guimauve, gnan gnan, c'est tout ce qui ne me ressemble pas mais je ne peux pas le contrôler, juste admettre que ça se passe et sourire, sûrement un peu niaisement.

- Edward va très bien, dis-je avec un sourire ridicule en allongeant mes jambes devant moi et en croisant les mains derrière ma tête.

- Et toi comment tu vas ? demande Emmett.

Son sourire malicieux n'est aucunement équivoque, il sait que je vais bien, il veut juste me l'entendre dire.

- Je vais très bien, je réponds, mon sourire s'étirant un peu plus si c'est possible.

Jasper et Emmett ricanent en cœur.

- Alors ça y est, c'est le grand amour.

Jasper ne pose pas la question, il l'affirme clairement.
Mon humeur change, mes bras tombent le long de mon corps et je ramasse mes jambes. En gros, je me recroqueville et je crois bien que je palis.

- Le grand amour c'est peut-être un grand mot. Edward et moi… on est… eh bien… on s'entend bien.

Ma voix est presque un murmure. Les gars éclatent de rire et je ne vois pas du tout ce qu'il y a de si drôle.

- J'y connais que dalle moi au grand amour ou à l'amour tout court, inutile de se foutre de moi, je proteste.

- Même la tête ensevelie sous la guimauve, tu ne vois toujours pas l'évidence !

Que veut dire Jasper ? J'ai l'air si niaise que ça ?

Ma mine en dit long sur mes questionnements intérieurs et ils ne cessent de rire. J'ai très envie de les envoyer au diable et de me barrer mais je suis trop curieuse, je dois entendre ce qui les fait tant rire.

- C'est bon là ! Vous êtes lourds à la fin ! je râle.

Je n'ai pas réussi à être assez sèche pour couper court à leur moquerie mais au moins ils font un effort pour se reprendre.

- T'as vraiment un problème beauté ! s'étonne Emmett. Je t'ai jamais vu si épanouie, si éclatante…

- Eclatante ? Sérieux ?

- Oui ! Bella tu souris tout le temps, tu fais la con, tu trépignes dans les dernières heures de la journée et tu disparais comme l'éclair quand tu as fini.

Oui d'accord, je ne peux pas lui donner tort. Mais je m'envoie en l'air avec le type le plus sexy du pays, qui résisterait à ça ? Qui serait assez stupide pour ne pas attendre avec impatience le moment de le retrouver ?

Ils voient que je ne comprends pas où ils veulent en venir alors Jasper prend le relais.

- Ce qu'Emmett veut te dire, c'est que tu es amoureuse Bella.

Sa voix est douce, pourtant j'ai l'impression que le mot « amoureuse » a claqué dans l'air, comme une gifle.
J'ai envie de demander « Et alors ? C'est grave ? » mais ma première réaction est bien entendu la défense, comme s'il m'attaquait…

- Pas du tout. C'est impossible. C'est pas mon truc l'amour.

Jasper sourit de nouveau et Emmett se contient pour ne pas exploser de rire… de nouveau.

- Si tu n'y connais rien, comment sais-tu que tu ne l'es pas ?

Putain de Jasper, toujours le mot qui fait réfléchir. Je noie le poisson.

- Et toi Jasper ? Je me rappelle très bien quand tu as rencontré Alice, tu n'osais même pas la regarder.

Il baisse la tête mais je saisis l'étincelle de ses yeux. Il est comme moi, quand on parle d'Alice il pétille.

- J'ai changé, avoue-t-il comme un secret.

C'est loin d'être un secret. Jasper n'a pas changé fondamentalement mais il n'est plus exactement le même. Ça me rappelle quelque chose, ça me rappelle moi et je ne sais pas pourquoi ça me dérange. Peut-être parce qu'il a l'air d'avoir raison à propos de mes sentiments envers Edward.

- Tu es… amoureux ?

J'ai du mal à dire le mot, cette conversation est si bizarre.
Il hoche la tête en souriant.

- Mais alors… ça fait quoi ?

Nous sommes tous les trois dans une sorte de bulle, attentifs et silencieux, comme si un mystère ancestral était sur le point d'être levé.

- Je ne sais pas trop…

Si il le sait, et il va le dire, il prend juste le temps de trouver ses mots.

- D'abord c'est un peu agaçant, et très vite, c'est comme naturel, comme évident. Je suis la plupart du temps heureux, je pense beaucoup à elle. Quand on est tous les deux on a tout le temps quelque chose à se dire, quelque chose à faire, on rit très souvent et… on baise beaucoup aussi. J'ai tout le temps envie d'elle. Et même si on ne dit ou on ne fait rien, on est bien parce qu'on est juste ensemble.

Je ris. Pas vraiment pour ce qu'il dit, surtout parce que je me sens nerveuse. Ce qu'il décrit me ressemble, ça nous ressemble à Edward et moi.

- Et toi Emmett ? je demande.

Jasper tourne la tête vers lui, étonné que je puisse m'intéresser à son ressenti. Il n'est visiblement pas au courant qu'Emmett a craqué pour Rosalie.
Il évite nos regards, soudain plus sombre.

- Moi je…

Il réfléchit. Il semble avoir du mal à parler ou à avouer ses sentiments.

- Je sens que Rosalie est importante dans ma vie.

Je perçois le mouvement de stupeur de Jasper, même s'il le cache plutôt bien et qu'il l'élude dans la seconde.

- Son air quand elle me regarde, ses expressions quand elle parle, ses gestes délicats, son franc parlé, sa façon de penser, d'envisager les choses… Tout me touche en elle.

Le silence s'intensifie. Nous attendons la fin de son discours et nous savons, sans vraiment nous en rendre compte, qu'Emmett va lancer un pavé dans la mare.

- C'est la femme de ma vie.

Je viens de prendre cent kilos d'un coup. J'ai l'impression d'être enfoncée dans le canapé et de ne plus pouvoir faire un geste.

- C'est à ce point ?

J'ai envie d'ajouter « déjà ? » mais je me retiens. Emmett est dans ses pensées et il n'a pas fini de parler.

- J'ai pris une décision…

Jasper et moi sommes muets comme des carpes et dans l'expectative de cette décision qui semble si importante vu le ton solennel qu'il vient de prendre.

- Je vais demander sa main.

Je pourrais dire une foule de choses, de la plus raffinée à la plus grossière, de la plus sensée à la plus dingue mais le fait est que je suis juste incapable d'émettre la moindre parole ou le moindre mouvement, tétanisée.
Jasper, l'homme qui a toujours le mot opportun au moment opportun est comme moi.
Du coup, le silence s'étend.

- Putain dites quelque chose, me laissez pas moisir dans ma merde !

Emmett ne s'agace pas vraiment, il se sent mal et je peux le comprendre.
Mais qu'est-ce qui lui prend ? Se marier c'est une chose sérieuse, une chose de grande personne et en plus qu'est-ce que ça signifie ? Quel besoin a-t-il donc de se marier ?

J'y vais doucement, je ne veux pas le vexer, même s'il se doute bien qu'il n'aura pas mon soutien.

- En fait Emmett… je trouve que c'est un peu tôt, j'ose.

- C'est même très rapide, je ne savais même pas que tu voyais Rosalie et je ne pense pas qu'Alice le sache, elle m'en aurait parlé.

Jasper est lui aussi bouleversé par la nouvelle, plus que moi si c'est possible.

- Je sais que c'est rapide et soudain et que personne ne s'attend à ça, peut-être même pas Rosie…

Oh putain, il l'appelle Rosie…

- … mais j'aime cette femme. Je suis convaincu que je vais passer ma vie avec elle. Pour moi, le mariage représente ça avec elle, mon serment de l'aimer pour l'éternité.

Bon, c'est bien joli tout ça mais est-ce qu'il se demande ce que pense Rosalie ?

- Ecoute Emmett, tu connais le passé de Rosalie ?

Il jauge ce que je sais d'un regard pénétrant, il me comprend et hoche la tête.

- Tu ne crois pas que c'est la dernière chose dont Rosalie a envie après ce qu'elle a vécu ? Le mariage a été l'élément déclencheur, ce qui a fait basculer sa vie.

Jasper est perdu mais j'avoue qu'à cet instant, raisonner Emmett est plus important que d'informer Jasper.

Emmett frotte sa tête vigoureusement. Il a pensé à ça.

- Je sais tout ça Bella. Je sais aussi qu'elle est bien avec moi et qu'en peu de temps on est devenu inséparable. Elle sait qu'elle peut me faire confiance, pas comme avec l'autre tordu.

- Tu t'engages sur un terrain glissant Emmett. J'ai peur que tu précipites les choses et que tu la fasses fuir.

- Je l'aime, c'est aussi simple que ça.

Son expression torturée me touche et j'ai envie de le réconforter mais je ne vois pas bien comment m'y prendre, et surtout, je ne serai pas sincère. Pour moi, il fait une connerie, une grosse.

- Vous savez, j'ai bientôt trente ans, j'ai envie d'être stable, d'avoir des enfants et quelqu'un sur qui compter. Rosalie est cette personne.

- Et si tu te trompais ? Si elle t'envoyait bouler après ça ?

- Si Rosalie n'est pas cette personne, alors personne ne le sera.

Une fois de plus, Emmett nous laisse sans voix. Je sais qu'il est plutôt traditionnel dans sa façon de voir les choses même si la vie qu'il a choisie n'est pas conventionnelle pour la plupart des gens. Je comprends mieux son désir mais je reste persuadée qu'il va droit dans le mur avec Rose.

Les propos d'Emmett sans refroidir l'ambiance l'ont un peu alourdie. Nous nous quittons peu après, tous les trois un peu abasourdis.
Jasper me raccompagne chez moi. Nous parlons longuement d'Emmett, de cette discussion. Jasper est inquiet, il le trouve préoccupé et un rien déprimé. Je lui assure que ça passera, qu'Emmett est un roc increvable mais je ne suis moi-même sûre de rien.

- Bonne nuit l'amoureuse, me taquine Jasper devant ma porte d'entrée.

Je lui frappe l'épaule en souriant et je disparais.

Au lit, après une douche apaisante, je pense à Edward bien sûr. Outre le fait que j'ai reçu cinq messages de lui après avoir allumé mon téléphone, il occupe toutes mes pensées dès que je suis seule, dès que je suis ailleurs qu'avec lui.
Je n'essaie pas de l'oublier ou de faire quelque chose en attendant que ça passe. Déjà je suis persuadée que je n'y arriverai pas, mais en plus, j'aime penser à lui quand il est loin. Ça me permet de prendre du recul, de l'envisager dans son ensemble et de ressentir dans ma poitrine cette excitation, cette impatience à le revoir.

Sous ma couette, j'imagine son odeur, ses bras autour de moi, son nez dans mes cheveux.
Est-ce que tout ça signifie que je suis amoureuse de lui ?
Je n'en sais rien et je ne crois pas vouloir savoir.

¤o¤

Il est très tôt ce matin quand j'ouvre les yeux.
Je suis très bien réveillée pourtant je me sens agitée. Je le sens dans mes bras, mes jambes, mon corps entier. Il faut que je bouge.

Ma première idée est d'aller courir mais elle est vite éludée par une autre, retrouver Edward pour une séance de baise intense.
J'ai souvent envie de lui, c'est un fait, mais ce matin, c'est presque douloureux de ne pas l'avoir.
Au même moment, la sonnerie de mon téléphone indique un message.

« Je suis tout seul dans ce grand lit et je suis si dur pour toi. Tu me manques. »

Putain de hasard, de destin, de signe ou de je-ne-sais-quoi et peu importe ce que c'est.
Edward n'est jamais réveillé avant moi, jamais, sauf quand il met son réveil à sonner à l'heure où je me lève. Et encore, il se rendort parfois.
Il est d'autant plus étrange, stupéfiant même, qu'il m'envoie un message si matinal.

Je saute sur mes pieds et lui réponds.
« J'arrive. »

J'entends la notification d'un autre message mais je ne prends pas la peine de le vérifier, trop impatiente, excitée.
J'enfile ma tenue de sport, incapable d'attendre un quelconque bus et je cours.

Je ne m'attarde pas sur ce sentiment, j'en suis à peine consciente mais tout de même, c'est étrange. Jamais je n'ai eu envie, voire même besoin de lui à ce point. Tout mon être le réclame, non seulement mon corps, mais il me semble mon âme aussi.
Je cours en imaginant ses yeux foncés par le désir, sa bouche serrée par l'excitation et son corps nu, en moi, durement.
J'accélère.

Après vingt minutes de course (j'ai battu mon record, d'habitude j'en mets trente), je suis devant chez lui et l'excitation n'a pas baissée d'un cran. Haletante mais toujours aussi pressée, je sonne. Le grésillement de l'ouverture du portillon me fait grimacer et je me dépêche d'entrer.

La porte s'entrouvre sur un Edward ensommeillé, brumeux et décoiffé comme j'aime, vêtu d'un simple boxer.
Aussitôt à l'intérieur, il entoure ma taille de son bras et colle son érection contre mon bas-ventre. Sa main caresse mes cheveux tandis que je frotte mon visage contre ses pectoraux. C'est doux, tendre et en même temps tendu et exigeant.
Nos respirations accélèrent. Il empoigne ma fesse dans un geste possessif et vient rapprocher un peu plus nos bassins.

- Edward, je geins. Je dois prendre une douche.

- Je m'en fous, dit-il en mordant mon cou.

Je suis perdue. Si la sueur ne le dérange pas, elle ne me dérange pas plus.
Il me soulève vigoureusement et me dépose sur le canapé.
Il se relève face à moi qui suis toujours habillée mais jambes écartées et pantelante. Il est magnifique. Il a l'exacte expression que j'imaginais. Les yeux noirs, la bouche serrée comme s'il se retenait, les mains en alerte comme si j'allais m'échapper.
Sa langue passe sur ses lèvres quand j'enlève mon tee-shirt. Ses pouces passent sous la ceinture de son boxer et le descendent doucement. Son sexe jaillit et c'est sans aucune retenue que je me jette sur lui. Je l'avale avec gourmandise en éludant le mouvement de surprise d'Edward.

- Bella… siffle-t-il.

Il agrippe mes cheveux pour me contraindre à arrêter mais je suis bien plus têtue et surtout j'aime qu'il tire mes cheveux. J'aime son gout et son odeur, j'aime qu'il soit mien, qu'Edward soit à ma merci et j'aime le sentir chancelant sous ma langue et mes mains.
Son sexe se tend un peu plus et je sais qu'il n'est pas loin. Alors il tire plus durement sur mes cheveux et recule.

Je suis abasourdie et surtout frustrée. Il me pousse contre le dossier du canapé et tombe à genoux devant moi. Sa bouche fond sur mes seins, ses mains s'activent pour baisser mon short moulant sous lequel il n'y a pas de culotte. C'est ma petite surprise du jour.
Edward me dévisage quand il s'en aperçoit.

Il colle son front au mien entre un doigt en moi en disant : « Tu as parcouru la ville sans culotte ? »

- Oui… je geins.

Je réponds à la fois à sa question et au mouvement de son doigt en moi.

- Tu es une…

Il entre un deuxième doigt et je soupire de bien-être.

- Putain ! réagit-il à mon soupir.

Je me tortille sur ses doigts.

- Tu es une déesse et je suis ton foutu esclave.

Mes yeux trouvent les siens. Un éclair puissant de désir passe entre nous.
A cet instant précis, j'ai envie de l'embrasser, d'explorer sa bouche avec ma langue, de me fondre en lui de toutes les façons possibles mais non, pas maintenant.
Je ne veux pas l'embrasser sous le feu du désir et je ne sais pas vraiment expliquer pourquoi.

- Baise-moi, j'exige d'une voix rauque.

Il tire mon bassin sèchement sur le bord du canapé, écarte mes genoux repliés et me pénètre sans ménagement.
Je crie sous la surprise et il râle de plaisir.

Putain que c'est extraordinaire !

J'ai le cou cassé sous ses à-coups, la tête enfoncée entre les coussins mais pour rien au monde je ne changerais de position. Il taquine déjà ma partie sensible et je sais qu'il va venir parce que moi-même, je sens le début de la jouissance s'insinuer dans tous mes muscles.
Son front perle, ses yeux se plissent et ses dents se serrent. Il râle, fort, il se retient pour ne pas venir déjà. Moi je m'en fous, je veux qu'il vienne.
Alors mes doigts descendent pour aider les siens sur mon bouton de plaisir.

- Oui, murmure-t-il. Touche-toi.

Et je ne me prive pas.
Il regarde son sexe entrer dans le mien, mes doigts rouler juste au-dessus et un éclat de folie traverse ses yeux. Il accélère encore ses poussées, ses râles deviennent plus profonds. Je suis tellement subjuguée par son physique que le plaisir me prend par surprise.

Je me cambre durement alors que mes muscles se raidissent et qu'un cri aigu s'échappe de mes lèvres. Il m'immobilise en plaquant mes épaules sur le canapé et geint lui aussi plus fort. Nous restons deux secondes sans bouger, sans respirer, au paroxysme du plaisir, tous deux transportés et anéantis.
Puis nos membres se relâchent, nos respirations reprennent. Edward, plus sensuel, plus doux, s'enfonce encore quelques fois en moi, comme s'il n'avait pas envie d'arrêter alors qu'il est évident que nous sommes assouvis, et enfin, il se calme, se cale contre moi et reprend son souffle.

- C'est foutument magnifique Bella… chuchote-t-il.

Je perçois une pointe d'émotion dans sa voix, mais je fais comme si je le comprenais mal, ça ne peut pas être ça.
Il relève son visage face au mien, très près.
Je vois l'émotion de sa voix dans ses yeux. Une fois de plus je suis troublée. Il va parler et j'ai tellement peur qu'il me répète qu'il m'aime que je détourne le regard.

Sa tête retombe. Je crois l'avoir vexé jusqu'à ce qu'il me prenne dans ses bras pour me soulever.

- Qu'est-ce que tu fais ? je ris.

- Tu as dit que tu avais besoin d'une douche, sourit-il.

Pas de trace de mélancolie, je suis rassurée.

- Ce serait plus pratique si tu sortais ta queue de moi.

Il me donne un sourire angélique et ajuste la position.

- Ton minou est trop doux, trop chaud, je ne veux pas en sortir.

C'est ainsi qu'il nous conduit à la salle de bains.

Dans la cabine de douche, il appuie mon dos contre le carrelage froid. Une de ses mains soutient mes fesses, l'autre est sur ma nuque. Je m'accroche à ses épaules et je serre mes jambes autour de sa taille.

- Je voudrais rester tout le temps comme ça.

Il me regarde dans les yeux, son sourire se fane et son expression devient plus sérieuse.
Il va le dire, il veut le dire, mais pourquoi donc ?

Sa main remonte de ma nuque jusqu'à ma joue. Sa bouche s'ouvre. Les mots redoutés tombent.

- Je t'aime Bella.

Voilà, la bombe est lâchée. Mais contrairement à la première fois où il n'attendait pas de réponse puisque nous nous étions endormis la seconde suivante, contrairement à la première fois où j'étais si fatiguée que j'aurais pu croire l'avoir rêvé, il attend ma réplique et il sait que j'ai très bien compris puisque je ne suis vraisemblablement pas sourde.

Je cherche, je cherche très fort quoi dire ou quoi faire. Je ne trouve pas. Alors je sors ce qui me passe par la tête.

- C'est… bien… je crois…

Vue l'expression de son visage, ce n'est pas la réponse qu'il espérait.

Je le repousse et me remets sur mes pieds. Je soupire bruyamment pour me donner le temps de construire une réponse honnête.

- Je comprends pas ! Je sais pas pourquoi tu veux absolument me dire que tu m'aimes… de cette façon… Je tiens à toi, tu le sais, alors qu'est-ce que tu attends de plus ?

Il me regarde avec des yeux ronds, puis il rit. Ça commence à bien faire. Qu'est-ce qu'ils ont tous à se foutre de ma gueule ?

- Tu me soules ! je râle.

Je vais pour sortir de la cabine de douche mais il me retient.

- Soit tu t'expliques, soit tu me laisses passer mais dans tous les cas tu arrêtes de rire, j'intime en le regardant durement.

Il se ressaisit et caresse mes épaules en signe de paix.
J'abdique. Je décide d'écouter ce qu'il a à dire mais je croise fermement mes bras sur ma poitrine.

Il s'assoit contre la faïence de la cabine de douche et je prends place en face de lui en tailleur en mettant la plus grande distance possible entre nous malgré l'espace réduit.
Je m'aperçois que ses yeux luisent d'érotisme alors qu'il regarde mon entre jambe largement offert à sa vue, alors j'allonge et croise mes jambes.

Il passe ses mains sur son visage et commence enfin.

- Je n'ai jamais dit « je t'aime » à personne avant toi.

- Parce que ce n'est pas nécessaire ! je m'emporte. On est bien ! Qu'est-ce que tu veux changer ? Qu'est-ce que tu veux de plus ?

Il me regarde d'une drôle de façon.

- Changer ? Je ne veux rien changer, ni rien de plus.

- Alors pourquoi le dire ? C'est… bizarre ! Je n'arrive pas à comprends…

- Eh bien… Je suis foutrement heureux Bella. Et quoi que je fasse, tout me ramène à toi. Je suis heureux d'être avec toi, de partager tout ce qu'on partage, les soirées, les nuits, les discussions, le silence, le sexe…

A ce moment-là il sourit et je sais qu'il a envie de moi. Un frisson se répand dans mon corps. Putain de mec trop sexy pour être vrai !

- Ces mots prennent tout leur sens avec toi. Tu es l'unique, la seule qui me fait sentir comme je me sens, aussi bien, aussi sûr de moi et aussi heureux… Je ne me rappelle plus ni les visages ni les prénoms des filles que j'ai connu avant toi, il ne reste rien de ce que j'ai connu avant toi, tu as tout effacé.

Putain ! Mes mains tremblent et ma poitrine se serre.

- Parce que je n'ai besoin de rien d'autre que de toi.

Il me regarde mais ses yeux sont voilés. Il se met à nu et ça n'a pas l'air si facile.

- Je t'aime Bella. Ça signifie que tu comptes pour moi, plus que n'importe qui ou n'importe quoi. Ça signifie aussi que je t'appartiens.

- Est-ce que tu me demandes en mariage ?

Il éclate de rire.

Je crois qu'Emmett m'a tourné la tête avec ses histoires.

- Non, dit-il difficilement. Je veux juste que tu le saches et je n'attends pas de réponse. Ce sentiment me déborde, il prend toute la place et je voulais le partager avec toi parce que tu es la première concernée.

- C'est égoïste. Maintenant je vais m'en vouloir si je ne réponds pas.

Il se relève et me tend sa main pour m'aider à lui faire face.

- Du moment que tu es heureuse…

Sa main caresse mon sein.

- … que tu ne me prives pas de ça…

Il appuie plus fermement sa caresse et je soupire.

- … que je peux te rendre heureuse aussi fort que possible…

Son autre main se pose sur mon sexe.
Mes jambes s'écartent d'elles-mêmes et mon dos se cambre.

- … je ne demande rien de plus…

Il embrasse ma gorge et je fonds, prête à m'abandonner aux plaisirs multiples que m'offre Edward.

Mais j'ouvre les yeux et me retrouve nez à nez avec la petite horloge étanche suspendue à la barre de douche. Edward étant qui il est, souvent en retard et pas du matin, il a besoin de ce genre de gadget, et visiblement moi aussi…

- Putain ! dis-je en brisant le moment et tout contact entre nous. Je vais être en retard !

J'allume la douche sans me soucier de sa réaction. L'eau froide nous fait crier, puis rire. Je me lave en vitesse en repoussant ses mains baladeuses.

Nous nous habillons rapidement dans la chambre.

- Tu n'as pas oublié que je viens cet après-midi au salon ?

- Tu me prends pour qui ? je demande revêche. Je suis une pro, je connais mon emploi du temps par cœur.

Et bien entendu la présence d'Edward quasi nu sous mes aiguilles ne m'a pas échappée. Je ne suis pas rassasiée de lui, je reste frustrée après la douche sans sexe de ce matin. Il va falloir que je prenne sur moi pour ne pas le laisser me prendre sauvagement sur le fauteuil de ma cabine.

Il rit, pas du tout vexé par ma répartie.

- Je vais te conduire au salon, j'ai un peu de temps.

Je ne le contredis pas pour la bonne raison que sans ça je ne serai jamais à l'heure. En plus, je crois que je commence à prendre gout à nos petits tours en voitures.
La conduite d'Edward est vive mais souple, le vent s'engouffre dans mes cheveux, fouette doucement mon visage et me permet de me réveiller.
Il a enclenché la musique, sa main caresse distraitement mon genou dénudé, le soleil brille, le ciel est bleu et nos sourires s'étendent sur nos lèvres parce que nous sommes bien, nous profitons du moment présent.

Il se gare devant le salon. Je lance un « Merci, à plus tard » en sortant précipitamment du véhicule.

- Hey Bella attend !

Je me retourne pour voir Edward accourir vers moi comme si j'avais oublié quelque chose. Il approche avec un air malicieux. Il prend mon visage en coupe et m'observe un instant.
Je grimace un peu, je ne comprends pas ce qu'il me veut, j'ai l'impression qu'il va m'embrasser alors je recule d'un pas. Ses mains se raffermissent sur mes joues et avec aplomb, il vient poser un baiser sur la commissure de mes lèvres, sans bouger plus, sans rien entreprendre de plus.
Je suis toujours frappée et sur la retenue vis-à-vis de ses marques d'affection, d'autant plus en public. Mais je ne peux pas cacher que c'est agréable, même furieusement excitant. Parce que le fait que ses lèvres soient si pudiques alors que nos échanges physiques sont délurés, le fait qu'il n'exige pas plus que ces ridicules baisers d'adolescents alors que nous aurions pu sauter le pas depuis longtemps, le fait que ces stupides bisous fassent autant pétiller mes tripes, laisse présager que notre premier vrai baiser sera extraordinaire et sera comme un cadeau spécial, un moment spécial, comme une promesse que nous vivrons quelque chose de spécial, quelque chose qui n'appartient qu'à nous, juste nous deux.

Lorsqu'il décroche ses mains, nos yeux restent un moment suspendus dans ceux de l'autre, puis, comme si le monde avait décidé de continuer à tourner autour de nous, nous reprenons l'usage de nos jambes et nous séparons.

Lui remonte en voiture pour aller je-ne-sais-où et je passe les portes du salon, plus légère et rayonnante que jamais.

¤o¤

Le temps passe vite. Je suis sur un nuage. Les clients me paraissent plus sympas que d'habitude, les tatouages plus intéressants, les conversations plus agréables, le soleil plus brillant… Bref, je suis heureuse, sans raison particulière.

Je suis sur le tatouage d'une cliente quand j'entends le rire d'Edward.
Il est en avance et papote avec Emmett dont la grosse voix spéciale « blague foireuse » retentit dans le salon.
Je les imagine tous les deux et je souris. Combien y avait-il de chances pour que je sois en couple ? Combien y avait-il de chances pour que mon mec s'entende aussi bien avec mon frère ? Je n'en sais foutrement rien mais je sais que je suis une putain de chanceuse c'est certain. Les choses ne pourraient pas être meilleures qu'en ce moment.

Je m'aperçois que la présence d'Edward (et un peu mes pensées aussi) me déconcentre de ma tâche. Maintenant qu'il est là, tout près, j'en ai marre de tatouer cette nana aussi sympa soit-elle. Alors je me dépêche de finir. De toute façon le travail n'est pas bien compliqué, des papillons, j'en ai fait des milliers.

Après dix minutes, je raccompagne ma cliente. Elle est devant moi et lorgne sur le cul d'Edward lorsqu'elle passe près de lui. Très discrètement, ma main glisse sur ses fesses sans s'y attarder. Il sursaute et sourit quand il s'aperçoit que c'est moi. Il me lance un clin d'œil qui signifie qu'il va se venger et je me dis que j'ai eu tort de le provoquer.

Ma cliente partie, je rejoins les gars dont la discussion semble plus sérieuse.

- Tu te jettes dans la gueule du loup, dit Edward.

- Je ne peux pas faire autrement, je veux qu'elle sache, répond Emmett.

- Il y a des façons plus simples et moins risquées de le lui faire comprendre.

- Je joue le tout pour le tout.

- Ecoute Emmett, je t'adore, tu le sais, et je connais très bien Rose. Là c'est quitte ou double et je crois vraiment qu'elle va t'envoyer chier. Sois patient et surtout sois moins direct. Vous avez le temps.

- Non, pas vraiment, on n'a pas beaucoup de temps, la vie passe vite. Il faut faire maintenant ce dont on a envie.

- Ecoute vieux, je suis plus que d'accord avec toi, mais pas dans ce cas, pas avec Rose. Je ne t'empêche pas de le faire et peut-être que ça marchera, mais prépare-toi au pire.

- Je sais ce que je fais. Si elle doit me larguer tant pis, je dois le faire quand même.

Edward pose sa main sur l'épaule d'Emmett et la serre dans un geste fraternel. Ils se regardent et semblent se comprendre sans mot.
Je sais de quoi ils parlaient, je suis de l'avis d'Edward mais quelque chose m'échappe, l'urgence soudaine que ressent Emmett. Il va avoir trente ans, pas quatre-vingt non plus, il n'est pas au bout de sa vie.

Ce n'est pas le moment d'approfondir le sujet, je prends Edward par la main. Il parait surpris mais il sourit.

- On y va beau gosse ?

- Je te suis bébé.

Emmett nous regarde nous éloigner avec un air bienveillant.

- Tu ne pourras plus nier après ça beauté ! lance-t-il.

Je lui fais un doigt d'honneur sans me retourner, j'entre dans la cabine et ferme vivement la porte coulissante.

- De quoi parle Emmett ?

Il parle du fait qu'il suppose que je suis amoureuse d'Edward et que je ne veux pas me l'avouer, mais je ne vais pas répondre.

- De conneries, comme d'habitude.

Je suis très forte pour éluder, même si Edward n'est pas dupe et qu'il sent ma manigance, il laisse couler.

- Déshabille-toi, j'enchaine.

- Je n'attends que ça, dit-il après avoir passé son tee-shirt par-dessus sa tête.

Son air malicieux me rappelle les premières fois où il faisait ce genre de blagues et la fureur qu'elles provoquaient en moi. On est bien loin de ça aujourd'hui et je n'aurais pas parié un dollar dessus, sur lui, sur nous.

- Installe-toi, j'exige avant de craquer et de me jeter sur lui et son corps de top model.

- Tu ne veux pas profiter de ton pauvre client en perdition pour toi ? demande-t-il en laissant trainer ses mains sur ma taille.

Il sourit largement mais je vois bien que l'idée de me prendre ici sur ce fauteuil lui fait envie.

- Jamais au boulot, dis-je en me retournant pour préparer mon matériel.

Si je le regarde, il va comprendre que l'idée me tente à moi aussi.

- Comment tu te sens ? je demande quand nous sommes tous les deux prêts à commencer.

- Un peu tendu. Je n'arrive pas à me rappeler la sensation.

- Je vais y aller doucement. N'hésite pas à me dire ce que tu ressens.

Il hoche la tête fermement, s'assoit plus confortablement. J'enclenche la musique, puis la bécane et je commence.

Comme promis, j'essaie d'être la plus douce possible. Je commence d'abord sur les parties saines de sa peau, puis plus tard sur les cicatrices.
Edward est sensible à la musique, il se concentre sur elle pour oublier la douleur, parce que même s'il ne bronche pas, même s'il ne bouge pas d'un millimètre, il a mal, je le sais.

Un morceau de Sonic Youth débute. Je le remarque parce qu'il commence à chanter doucement. Je me laisse prendre par la mélodie et le charme de sa voix. J'entre dans le morceau et je suis d'autant plus concentrée pour tatouer.
Nous sommes dans notre bulle, totalement déconnectés du monde extérieur. Je crois que je pourrais passer ma vie à tatouer la peau d'Edward, dans cette cabine, sur ce morceau. Je suis tellement bien, à l'aise, comblée, que c'en est ridicule, voire exaspérant.

« Isabella ! »

Mes doigts se crispent sur la machine que par réflexe je soulève aussitôt.
Ce prénom est comme un souvenir honteux, un cauchemar du passé qui refait surface au moment où je m'y attends le moins et je ne peux pas croire que je l'entends quand de nouveau il me parvient depuis le salon.

« Isabella ! »

D'abord je ne bouge pas, complètement tétanisée et surtout effrayée. Le croque-mitaine m'a trouvée, il va venir me dévorer. C'est à peu près ce qui se passe dans mon esprit.
Je suis prise d'une torpeur enfantine, une frayeur comme j'en ai connu il y a si longtemps de ça que je ne me rappelle plus l'avoir précisément déjà ressentie et pourtant c'est le cas, elle m'est familière, autant que cette voix.
Cette voix rauque, rocailleuse, éraillée par les centaines de paquets de clopes aspirés, caractérisée par le dédain, voire le mépris de son ton.

Putain ! Ça ne peut pas être ça !

« Isabella ! »

Je me réveille. Après la peur, c'est la fureur qui s'empare de moi ou plutôt le feu de la curiosité. Je dois en avoir le cœur net, je ne peux pas rester sans réponse.

Je balance la bécane sur mon plan de travail et je repousse le tabouret à roulettes qui vient s'écraser contre le mur. L'angoisse est toujours présente mais au lieu de m'immobiliser, elle anime mes membres.
J'entends un « Bella ? » diffus. Je suis comme dans un rêve, toute réalité s'est atténuée, je n'ai qu'une idée en tête, marcher jusqu'à l'origine de cette voix.

J'y arrive en quelques pas.
De nouveau, l'effroi est trop intense.

Je vois cette personne, elle me reconnait, elle semble sourire mais ses traits n'ont aucune joie. Ses yeux sur moi sont un supplice.

Je ne bouge pas mais à l'intérieur je suis en ébullition. Je ne sais plus quelles émotions me traversent. Je ne sais plus où je suis, ce que je fais là ni même qui je suis.
Je sais juste qu'elle est là, face à moi, et qu'elle me cherche, moi.

Poussée par quelque chose qui ressemble à un instinct de survie, je recule d'un pas. Je perçois alors la présence d'Edward et Emmett derrière moi.

- Qui est-ce ? demande Edward dans un murmure.

- Sa mère.