Salut!
Je n'ai aucune bonne excuse pour mon retard... juste la vie et ses bonnes surprises.
Merci de me rassurer avec vos mots!
Je sais qu'on ne peut pas forcément laisser un commentaire sur chaque chapitre
mais quand comme moi on est seule de l'autre côté de son ordi, on se pose forcément des questions
et nos seules réponses sont vos commentaires :)
Ceci dit voici le dernier chapitre corrigé en avance. Je vais essayer de tenir les délais le plus possible
mais il se peut que je sois parfois en retard...
D'ailleurs je ne pourrais pas poster ce weekend mais je ferais au mieux pour lundi ou mardi prochain ;)
Bonne lecture!
¤o¤o¤
Chapitre 24
Stop Crying Your Heart Out
Oasis
¤ Edward ¤
Les dernières heures ont été longues et pourtant elles sont passées comme des secondes.
Comment cette journée parfaite s'est-elle transformée en cauchemar déjà ?
Ah oui, je me souviens…
Dans le salon de tatouage, Emmett me répond dans un murmure les mots fatidiques : « sa mère ».
Je me rappelle avec précision l'intonation de sa voix, son fatalisme, son inquiétude aussi, même si ce ne sont que deux mots, même s'ils ont été prononcés avec rapidité, je perçois la charge émotionnelle qu'ils recouvrent pour lui et surtout pour elle. Pour ma Bella qui est là, dans le plus strict immobilisme, le plus strict silence malgré la présence de tous les employés du salon dans mon dos. Elle est strictement face à son passé et il ne me faut qu'une demi seconde pour comprendre la tempête invisible qui la ravage.
« Isabella… »
La voix de la mère résonne de nouveau mais cette fois elle est un grincement. J'y entends distinctement la satisfaction d'avoir trouvé sa proie. Bien sûr, j'assimile très vite que cette « Isabella » est Bella. Je n'avais jamais entendu personne l'appeler ainsi, je n'avais même pas imaginé que « Bella » pouvait être un surnom et si Emmett ne me l'avait pas précisé, je n'aurais jamais fait le lien entre ma Bella et cette femme.
Elle est maigre, rachitique plutôt. Ses bras dénudés laissent entrevoir ses os saillants, ses veines gonflées et bleuies. Elle tient une canne qui supporte ce que ses jambes aussi épaisses que des baguettes ne peuvent plus soutenir. Son visage est celui d'une vieille femme, ridé, tâché, entouré par des cheveux épars, d'un blond fade et grisonnant. Seuls ses yeux bleus semblent immenses et détiennent un semblant de vie mais quelque chose de mesquin, de sombre voire d'abject.
Elle n'est qu'un tas d'os mais son aura est effrayante, elle ressemble à ces sorcières de dessin animé, le genre de femme qui vous file la chair de poule par leur seule présence, sans qu'elles n'aient besoin ni de parler ni de vous regarder.
L'idée que cette femme soit la mère de Bella, qu'elle ait vécu son enfance avec cet être nauséabond me glace.
Elle tient dans sa main cadavérique une enveloppe. J'en déduis qu'elle contient la raison de sa présence mais je n'ai aucune idée de ce dont il peut s'agir et mon esprit est trop assommé pour chercher. Ce qui m'importe là tout de suite, c'est Bella et ce qu'elle peut ressentir.
- Emmène-la.
Je suis tellement absorbé par la contemplation de la mère de Bella, figé par l'effroi qu'elle provoque dans la pièce et sur Bella, que je ne comprends pas tout de suite les mots d'Emmett.
- Quoi ?
- Emmène Bella putain ! Sors-la d'ici !
Sa voix murmure mais son ton est percutant.
Je réfléchis à toute vitesse. Je pense au fait que je suis torse nu et que j'ai un tatouage frais sur mon dos. Je passe rapidement dans la cabine de tatouage pour récupérer mes affaires et le sac à main de Bella.
Cinq secondes plus tard, je prends sa main et tire dessus. Elle est si pétrifiée que je dois insister pour que ses pieds décollent du sol.
Je ne réfléchis plus, j'ai saisi l'urgence dans la voix d'Emmett et je pense qu'il a dû réfléchir lui, qu'il a un plan. Je la soulève du sol et la prends dans mes bras. Je passe par l'appartement d'Emmett pour ne pas m'approcher de la sorcière qui nous suit des yeux sans bouger. Je dévale les escaliers, ouvre la porte donnant sur la rue avec fracas, dépose Bella sur le siège passager de ma voiture et je m'empresse de mettre le contact et de nous conduire loin d'ici, où que ce soit, mais loin.
J'ai accompli tout ça avec une facilité presque déconcertante, comme si mon cerveau avait enclenché le mode « pilote automatique ». Mais une fois que nous sommes seuls et délivrés du danger omniprésent mais indéfini que représente cette femme, je prends conscience que Bella n'a pas bougée d'un pouce. Elle s'est laissée faire, tendue comme un piquet, elle n'a émis aucune parole, n'a esquissé aucun mouvement, n'a manifesté aucune émotion.
Je lui jette des coups d'œil inquiets, moi-même pris d'une stupeur difficilement contrôlable. Sa tête est basse et ses yeux fermés. Ses mains sont jointes, coincées entre ses cuisses serrées. Arrêtés à un feu rouge, je lui passe la ceinture de sécurité. C'est alors que j'entends un vague : « Chez moi. ».
Je pose ma main sur sa cuisse dans un geste que je veux réconfortant.
- Chez toi ? je demande, pas sûr d'avoir bien compris. Tu veux qu'on aille chez toi ?
Mais elle ne répond pas, ne bouge toujours pas.
Je file chez elle. J'ai peur qu'elle me laisse en plan, qu'elle se réfugie seule dans sa grotte. Il n'en est pas question, je ne peux pas la laisser dans cet état catatonique. Je suis persuadé que le choc est trop violent, son corps ne parvient pas à réagir, à trouver une solution qui pourrait le soulager, ne serait-ce qu'un peu.
Je me gare devant chez elle, pile devant l'entrée de son immeuble.
Très vite, dans un mouvement fluide, comme si elle voulait brasser le moins d'air possible, comme si elle voulait faire que ses déplacements soient les plus discrets possibles, elle saisit son sac, sort du véhicule et se dirige d'un pas léger vers la porte.
Mes gestes sont plus désordonnés, je tiens à rester sur ses talons mais je ne veux pas la brusquer, même si je l'obligerais à me laisser entrer s'il le faut.
Mais elle ne tente rien pour m'en empêcher. Elle agit comme si elle était seule.
Elle gravit les escaliers très naturellement, sans rien qui puisse indiquer un quelconque trouble. Son calme est louche, elle ne se précipite pas, elle ne tremble pas alors que je sais de façon certaine qu'elle est bouleversée.
Elle ouvre la porte de son appartement et la pousse violemment. Je mets mon pied dans l'embrasure pour ne pas qu'elle claque sous mon nez. A ce moment-là, je me demande si elle a perçu ma présence, si elle sait que je suis là et qu'elle ne veut pas que j'entre, si elle n'a pas l'énergie de me repousser ou si elle ne s'en rend même pas compte.
Je ne comprends pas son comportement mais je la suis avec obstination en me persuadant qu'à un moment ou un autre elle aura besoin de moi, que ma place est près d'elle.
Aussitôt à l'intérieur son pas se fait rapide. Elle se dirige vers les placards de la cuisine américaine et en sort une bouteille d'alcool. Elle prend un verre qu'elle remplit du liquide transparent. Elle le boit en deux gorgées. Elle grimace et râle un peu quand le feu de la boisson passe dans sa gorge mais elle recommence et avale un autre verre d'une traite, sans sourciller cette fois.
Je suis stupéfait, je ne savais même pas qu'elle pourrait avoir de l'alcool chez elle et je m'attendais encore moins à ce que sa première réaction soit celle-ci.
Je ne m'attarde pas vraiment sur l'intérieur de Bella, mes yeux sont sur elle, je reste prêt à intervenir au moindre signe de sa part. Je vois cependant que son studio, on ne peut pas appeler cet endroit un appartement, est minuscule et spartiate. La cuisine est équipée d'une simple kitchenette et séparée de la pièce à vivre par un petit comptoir avec une seule chaise haute. Ladite pièce à vivre n'est meublée que d'une commode et d'un canapé deux places qui doit faire office de lit une fois déplié. Il y a une porte qui, je suppose, donne sur une salle de bains. Le sol comme les murs sont d'une sorte de couleur marron passé. Rien ne traine, aucun bibelot, rien. L'ensemble est fade.
Bella reste un long moment derrière le comptoir, les mains plantées de chaque côté du verre, ses yeux noirs sur celui-ci.
Je n'ose pas parler, je n'ose pas marcher ou même penser, je n'ose rien faire. Quelque chose va sortir et je ne sais vraiment pas à quoi m'attendre mais dire que je suis serein est un mensonge, je dois me contenir parce que je suis en ébullition. Les idées les plus délirantes passent par mon esprit, des plus lucides aux plus invraisemblables. Elle est capable de tout et je me tiens prêt à intervenir à tout moment.
Enfin, ses yeux se plissent, elle secoue la tête et la lève dans ma direction.
- Tu veux un verre ? demande-t-elle.
Sa voix est vacillante et sa main tremble quand elle saisit la bouteille pour se resservir.
- Bella… Tu ne devrais pas…
Elle verse le liquide plus vite, il déborde sur le plan de travail. Elle le prend maladroitement, l'alcool dégouline dans son cou. Elle s'essuie négligemment du revers de la main.
- Ne me dis pas ce que j'ai à faire ! claque-t-elle sèchement.
Malgré les trois verres, elle ne parait pas soule, elle parait même tout à fait maître d'elle-même.
Elle avance vers moi. Son regard est sombre et me promet tous les tourments du monde.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Rentre chez toi !
Sa fureur va s'abattre sur moi, je le vois dans ses mains, sa respiration haletante, son air rude.
- Je ne te laisserai pas, j'assure fermement.
- Tu ne peux pas rester si je ne le veux pas !
- Je ne te donnerai pas le choix.
Alors son attitude change, ses yeux se font doux et sa démarche féline. Elle vient coller son corps contre le mien, dans un geste lascif elle remonte son genou sur ma hanche et place ma main sur sa fesse pour que je la maintienne.
- Alors baise-moi ! susurre-t-elle.
Ses lèvres attaquent déjà ma jugulaire et sa main passe sur mon jean pour trouver mon membre.
- Non, je la repousse avec douceur. Pas comme ça, parle-moi, dis-moi ce que je peux faire.
Ni vexée ni outrée, elle revient à l'assaut avec langueur.
- Je viens de te dire ce que tu peux faire. Baise-moi !
Je sais ce que ça signifie, je sais qu'elle veut sortir de son corps et de sa tête pour oublier jusqu'à elle-même, et l'orgasme lui procure ça. Mais je ne veux pas qu'elle se serve de moi ainsi.
Le sexe entre nous a toujours été grandiose mais il a changé au fil du temps, au fur et à mesure que nous apprenions à nous connaitre et à nous apprécier, à nous aimer pour ma part.
Au début, je n'étais qu'un homme parmi d'autres qui l'aidait à atteindre cet état de plénitude qu'elle ne parvenait pas à atteindre seule. Aujourd'hui, nos relations sont plus fortes, plus puissantes et surtout, elles sont emplies de quelque chose que nous ne trouverons jamais avec quelqu'un d'autre. Je veux dire, on peut le définir comme des atomes crochus, des affinités, l'amour peu importe, le fait est qu'elle a trouvé ce qu'elle ne cherchait pas, ce qu'elle ne soupçonnait pas d'exister avec moi. Je le sais parce qu'il en est de même pour moi avec elle. Alors il est hors de question que je me conduise comme si tout ça n'existait pas, que je la baise juste pour lui faire oublier le choc provoqué par sa mère. La rage qu'elle a en elle ne sortira pas de cette façon, ce n'est qu'un moyen de l'éluder.
- Non Bella, je ne veux pas.
Je prends ses épaules pour la décoller de moi plus fermement.
Sa réaction est immédiate.
- Alors barre-toi ! Ne restes pas là sans rien faire ! Tu n'es qu'un boulet ! Tu sers à rien !
Je serre les dents, les poings et j'encaisse. C'est difficile mais je sais qu'elle ne le pense pas vraiment. Au moins elle exulte, c'est ce dont elle a besoin.
Son visage et sa voix sont déformés par la colère. Je ne l'ai vu jamais vu ainsi, elle est impressionnante et je suis d'autant plus déterminé à ne pas céder.
- Mais réponds !
Elle me pousse en arrière.
- Réagis bordel de merde !
Elle me secoue.
- Fais quelque chose !
Elle frappe mon torse mais elle ne veut pas me faire mal, si c'était le cas, je serai déjà à terre.
- Bouge !
Soudain sa main s'abat sur ma joue dans un claquement sourd et une douleur aigue envahie la moitié de mon visage. Sa fougue est si vive que ma tête se retourne sous le coup.
- Putain ! je grince entre mes dents.
Mais je me redresse, le plus dignement possible et je me tends, lui indiquant que je ne bougerai pas, même si elle besoin de me détester, même si elle a besoin de me casser le dos, ce que je redoute le plus, je resterai là et je l'aiderai à évacuer, quoiqu'il m'en coute.
La folie la gagne, ses yeux sont haineux, possédés, elle ne sait plus ce qu'elle fait. Elle marche de long en large dans la pièce exiguë, elle suffoque.
Alors, aussi soudainement et incompréhensiblement que sa claque a frappé ma joue, elle me saute dessus.
Je recule d'un pas tellement je suis surpris. Ses bras entourent mon cou, ses doigts s'accrochent aux cheveux de ma nuque, ses jambes autour de ma taille et ses lèvres… bordel ! Ses lèvres s'ouvrent et sa langue s'enfonce dans ma bouche.
Tout va si vite que je reste pétrifié. C'est sauvage, brusque, presque brutal, mais elle continue comme si sa vie en dépendait.
Quand je réalise ce qu'elle fait, comme au ralenti, mes lèvres se mettent à bouger contre les siennes, ma langue s'accorde avec la sienne, une de mes mains passe sur sa taille, l'autre se perd dans ses cheveux et je la serre aussi fort que je peux. Je baisse les armes, envouté par son baiser. Chaque parcelle de mon être s'abandonne à ses lèvres d'une façon intense, puissante, sans commune mesure avec ce que je n'ai jamais connu.
Mais aussi subitement qu'elle s'est jetée sur moi, elle me repousse une fois de plus, et saute sur ses pieds.
Elle a du mal à respirer, ses jambes chancellent.
Elle me regarde avec des yeux exorbités, surement autant que les miens, comme une enfant prise en faute, un animal pris au piège qui ne comprend pas ce qui lui arrive.
Très lentement, sa main remonte vers son visage et ses doigts tremblants touchent ses lèvres. Elle n'arrive pas à réaliser ce qu'elle vient de faire, elle me regarde comme si elle s'en voulait. Elle s'aperçoit qu'elle perd le contrôle, elle semble brisée.
Au même moment, une larme dévale sa joue. Elle a un léger soubresaut et sa main pour en avoir le cœur net, passe sur la ligne humide. Elle regarde ses doigts mouillés, ses tremblements s'accentuent, elle s'aperçoit qu'elle pleure effectivement. Elle réagit comme si ça ne lui était jamais arrivé, comme si c'était la pire des choses qui puisse lui arriver.
Elle craque.
Son regard m'implore. Elle comprend que ces événements la dépassent et qu'elle ne parvient pas à gérer.
J'avance d'un pas, d'un seul, arrêté par sa voix.
- STOP ! Arrête ! Tu vois bien que je suis une détraquée ! crie-t-elle en tendant son bras vers moi.
Ses pleurs redoublent.
- Tu vois bien que je ne suis pas fiable, que je suis une putain de psychopathe, une putain de folle ! elle hurle, emportée par la douleur et par ce qui ressemble à de l'hystérie.
Je fais un pas de plus.
- Tout ça c'est ta faute ! C'est toi qui essaies de faire remonter tout ce que j'ai enfoui pendant toutes ces années !
Son cri est comme un coup de poignard dans ma poitrine, elle me brise littéralement. Je suis meurtri par ses mots mais aussi de la voir si démunie. Je sens mes yeux s'humidifier.
- C'est toi et ton amour à la con qui fait de moi une faible ! Je déteste ça ! Je « te » déteste !
Elle ne peut pas faire ça, elle ne peut pas me virer comme ça, et moi je ne peux pas la laisser seule dans cet état. Elle ne sait pas ce qu'elle dit, il ne peut pas en être autrement, je dois m'en persuader et passer outre ses mots.
- DÉGAGE !
Ses yeux sont injectés de sang et elle tire sur ses cheveux. Son visage est ravagé par la fureur et une sorte de crainte. Elle n'a pas peur de moi, elle a peur d'elle-même et de la façon dont elle réagit.
Je suis tiraillé par mes sentiments, embrouillé par son comportement, je ne sais vraiment plus quoi faire. Je ne veux pas partir mais je ne veux pas non plus accentuer sa folie sans parler du fait que j'en prends plein la gueule.
Je baisse la tête, vaincu. Je prends le chemin de la porte, seulement deux petits mètres m'en séparent. Je mets la main sur la poignée mais je n'arrive pas à me résigner. Je me retourne pour m'assurer que c'est bien ce qu'elle veut.
Elle est assise par terre contre le mur, recroquevillée sur elle-même, ses poings dans ses cheveux, sa tête entre ses genoux, elle bouge d'avant en arrière, elle étouffe ses pleurs qu'elle ne peut plus contenir.
Ma poitrine se serre, mon cœur est sur le point d'exploser. Je suis incapable de la laisser comme ça. Tant pis si je prends une autre claque, tant pis si elle se défoule sur moi, et si elle devient dingue je la maitriserai, du moins j'essaierai.
Le plus doucement possible, je fais les quelques pas qui nous séparent. Elle ne m'entend pas. Je passe mes bras dans son dos et sous ses genoux pour la soulever. Elle sursaute quand elle s'aperçoit de ma présence mais je la tiens plus fermement sans lui laisser la possibilité de s'enfuir. Je m'assois sur le canapé sans la lâcher.
- Va-t-en, pleure-t-elle.
A bout de force, la voix cassée par les sanglots, elle n'ordonne plus, elle m'implore plutôt.
Je caresse ses cheveux pour au moins essayer de la calmer mais même avec la meilleure volonté du monde, je ne suis vraiment pas sûr d'y arriver.
- Tu vois bien que je ne vaux rien, geint-elle.
Je suis en miette. Mes gestes n'ont qu'une seule intention, consoler ce chagrin trop lourd pour elle, lui assurer qu'elle est tout pour moi. Je caresse sa tête, ses bras, ses jambes avec toute la passion dont je suis capable.
Fatiguée de lutter contre elle-même et ses émotions, et je l'espère rassurée par ma présence, elle rend enfin les armes, elle se cale contre mon torse et s'accroche à moi. Je l'étreins avec autant de force que possible, lui assurant par là-même que je ne la lâcherai pas, jamais.
Son corps blotti contre le mien est secoué par ses pleurs. Elle n'essaie plus de se cacher, elle s'abandonne et son désespoir est si prégnant qu'il m'oppresse, quelques larmes m'échappent malgré moi. Bella ne s'en aperçoit pas, trop embrouillée par sa douleur.
Je ne comprends pas tout à fait les tenants et les aboutissants de sa réaction, je ne comprends pas tout à fait comment une femme telle que Bella peut sombrer à ce point face à sa mère qui parait si insignifiante comparée à elle qui est si forte. Je ne comprends pas tout, c'est vrai, mais je partage son ressenti comme s'il était le mien.
Après un très long moment, ses larmes et ses gémissements se tarissent. Je crois qu'elle dort pendant un temps mais je ne suis pas sûr, peut-être réfléchit-elle.
Je suis moi-même dans un état second, étrange. Je cherche les raisons qui ont poussé sa mère à venir voir Bella.
Pourquoi au salon ? Pourquoi pas chez elle ? Pourquoi ne pas téléphoner plutôt ? Et que veut-elle ? Elle n'a jamais eu aucun intérêt pour Bella, pourquoi maintenant ?
Je sens bien que je n'ai pas toutes les cartes en main pour trouver les réponses mais ça ne change rien, les questions tournent et tournent encore dans ma tête.
Un mouvement de Bella me fait revenir sur Terre. Elle redresse son visage vers moi. Ses gestes sont prudents, elle semble ankylosée, surement à cause de sa nervosité plus tôt, de sa position immobile sur moi. Ses yeux sont rougis, ses traits bouffis mais son regard est droit dans mes pupilles.
Elle passe ses doigts sur mes joues. Je crois qu'elle constate que j'ai pleuré parce qu'elle semble s'attendrir. Elle caresse et observe en même temps mes cheveux, mes yeux, mon nez, ma bouche. Elle s'attarde sur mes lèvres. Je repense au baiser qu'elle m'a donné plus tôt. J'en ai des frissons. Même s'il n'est pas celui que j'avais imaginé il reste grandiose.
Son regard se pose enfin dans le mien et je lis en elle. Son visage est marqué par sa tristesse mais ses yeux ont toujours cette lueur de force et… d'envie.
Lentement, sans jamais lâcher mon regard, elle avance ses lèvres vers les miennes. Quand elle ferme ses paupières, nos bouches se trouvent. Elles ne sont pas timides et prennent d'elles-mêmes une cadence naturelle. Sa langue s'enfonce langoureusement pour trouver la mienne et je suis perdu. Je saisis légèrement sa nuque pour la rapprocher, ma main dans son dos agrippe sa taille pour la posséder.
Je pourrais dire que Bella a un gout sucré, un gout de miel, un gout de paradis mais ce ne serait pas exact. D'abord au paradis j'y suis dès qu'elle est près de moi et si le paradis avait un gout, ce serait certainement le sien, mais pour l'heure, son baiser a le gout de la vodka et de ses larmes, de son amertume et de son désespoir et sa détermination à m'embrasser exprime sa reconnaissance et la confiance qu'elle me donne.
Je l'étreins, je la caresse, je la déguste. Mes idées ne sont pas claires pourtant je suis convaincu que je vis un des meilleurs moments de ma vie. Ce que je partage avec elle n'a pas de mot et pas de prix.
Avec grâce et sans jamais rompre notre baiser, elle s'installe à califourchon sur moi. Je m'avance sur le canapé pour serrer étroitement son corps. Elle caresse mes cheveux avec une douceur particulière, différente. Je me débarrasse de mon teeshirt et la défais de son haut pour sentir sa peau glisser contre la mienne. Nos sexes sont en contact et frottent doucement l'un contre l'autre, sans urgence.
Toujours très lentement, je l'allonge sur le canapé et me place au-dessus de son corps parfait. Nous prenons très rarement cette position. Mais aujourd'hui, je veux savourer chaque seconde, je veux serrer son corps tout contre moi, voir chaque expression de son visage et l'embrasser, encore et encore.
Avec une minutie précise et instinctive, je baise le moindre centimètre carré de sa peau, sa poitrine, ses seins, son ventre. J'y mets toute la dévotion que je possède, tout l'amour aussi.
Délicatement, je baisse son short et sa culotte le long de ses jambes et j'embrasse son sexe. Elle soupire lourdement. Je bande si fort que je dois défaire mon pantalon pour libérer ma queue.
Bella tire un peu sur mes cheveux, juste assez pour m'indiquer de revenir vers elle. J'obéis à son geste en remontant vers ses lèvres, ma langue s'insinue dans sa bouche et nous geignons de concert. Mon sexe se retrouve à l'entrée du sien. Elle avance ses hanches et je la pénètre doucement. Encore une fois, nos soupirs meurent dans notre baiser.
Nos mouvements s'accentuent, se font plus rapides mais pas brutaux, ils gardent cette lenteur et cette douceur particulières, ce quelque chose de profond que nous n'avons jamais expérimenté jusqu'à présent mais qui se trouve être tout à fait naturel et d'une intensité démesurée. La sensualité de notre échange est prégnante et notre abandon l'un à l'autre total.
Nos corps sont étroitement serrés, nos peaux se caressent et nos bouches ne se lâchent plus.
Elle soulève ses genoux et presse ses pieds sur mes fesses pour que j'entre en elle profondément et plus lascif que jamais, j'exécute ses moindres désirs. Je me fonds en elle et elle en moi.
L'orgasme nous surprend tous les deux, nous plonge dans cet état d'apesanteur, nous libère du poids de nos tourments et nous emporte, au moins pour un instant, dans un monde où plus rien n'importe que nous, nos odeurs, nos peaux.
Je pars loin, très loin et l'atterrissage est long, très long. Jamais je n'ai vécu ce genre d'expérience, jamais je ne me suis senti si comblé par une femme et jamais je n'ai ressenti cette appartenance viscérale à quelqu'un.
Bella me parlait de mariage, franchement, à quoi peut bien me servir un bout de papier quand elle me donne déjà tout ce que je désire et même bien plus ?
Je l'aime à en crever… Je donnerais tout et n'importe quoi pour elle.
Je soulève mon visage enfoui dans son épaule pour lui faire face. Elle me regarde d'un air que je ne connais pas et que j'ai du mal à définir, peut-être de la gratitude mais l'idée est absurde, c'est moi qui lui suis redevable, elle n'a à me remercier de rien.
Ses yeux clignent comme deux papillons et une larme coule sur sa tempe. Elle plisse les paupières et grimace avant de l'essuyer dans mon cou.
- Bella… je murmure. Je suis là.
Je voudrais lui dire que tout va bien se passer pour elle et pour nous mais je n'en sais foutre rien. La voir si désemparée me torture. J'aimerais tellement faire quelque chose mais je ne sais vraiment pas quoi.
Je vais pour me lever mais elle m'en empêche.
- Je vais t'écraser, souris-je essayant de faire tomber la pression.
- Je m'en fous.
Elle me force à rester allonger sur elle de tout mon poids. J'ai peur de lui faire mal mais elle ne bronche pas, ses bras et ses jambes m'enlacent avec force.
Je caresse ses cheveux, j'essaie d'atténuer sa peine, ou du moins de la bercer.
Au bout d'un long moment, ses membres se détendent, sa respiration se fait régulière, elle s'est endormie.
Alors, sans bruit, je m'extrais de Bella et je me lève.
Je suis un peu désemparé, je me sens comme un intrus. Je sais que Bella a refusé longtemps que je pénètre dans son intimité et je sais qu'elle m'y a autorisé aujourd'hui sans vraiment y penser.
Sur la pointe des pieds, tel un voleur, je vais à la cuisine et je me sers un grand verre d'eau pour reprendre un semblant de contenance. Je lave le verre d'alcool laissé par Bella et je nettoie ce qu'elle a renversé plus tôt sur le plan de travail et sur le sol. Je range la bouteille à l'endroit où elle l'avait trouvé. Je me rhabille.
Après avoir accompli ces tâches sans réflexion, mon cerveau se remet à fonctionner. Je pense à beaucoup de choses différentes, Bella étant au centre de mes préoccupations. Je cherche quelles sont les priorités, le travail de Bella et démêler les raisons qui ont poussé la mère indigne à rencontrer Bella.
Je dois appeler Emmett.
Je ne veux pas réveiller Bella alors je choisis de m'isoler dans la seule pièce séparée du reste de l'appartement que je suppose être la salle de bains. Je suis mal à l'aise de « visiter » le studio de Bella sans son accord officiel mais je dois prendre les choses en main.
Je passe la porte et je m'aperçois qu'il ne s'agit pas d'une salle de bains mais d'une chambre. Comme le reste de l'habitation, elle est épurée et exiguë, un lit deux places qui me semble minuscule comparé au mien king size et une armoire. Pas de photo, pas de bibelot, rien qui traine, rien d'excentrique, rien de personnel. Trois piles très droites de bouquins sont à même le sol, sous la fenêtre étroite.
La salle d'eau attenante est dans le même esprit, étriquée et dépouillée.
L'ensemble sans être glauque est trop simple, sans âme. Ça ne ressemble pas à Bella, contrairement à ma maison qui elle lui sied parfaitement.
Cette idée me frappe, Bella est faite pour vivre avec moi, chez moi. Mais j'ai beau avoir le sourire quand j'y pense, je sais qu'elle n'est pas à l'ordre du jour.
Je dois appeler Emmett et j'ai une certaine crainte. J'ai peur de ce qu'il a appris, si toutefois il sait quelque chose au sujet de la mère de Bella.
J'allume mon portable que j'avais laissé éteint pendant la séance de tatouage. Aussitôt il sonne et annonce plusieurs messages, tous d'Emmett et Jasper. Je ne perds pas de temps à les écouter et j'appelle Emmett. Il me semble que c'est un meilleur choix que de joindre Jasper, je sais qu'Emmett a la bienveillance d'un frère pour Bella et aura géré d'une façon ou d'une autre la situation.
- Comment elle va ?
Pas de bonjour ou de blablas, Emmett est inquiet. Il fait bien de l'être parce que je n'ai jamais vu Bella dans cet état mais je reste optimiste, elle va remonter la pente, il lui faut juste un peu de temps.
- Pff… Comment te dire ?
- Ok j'ai compris.
Emmett est dans l'urgence, laquelle je ne sais pas mais je ne vais pas tarder à le savoir.
- Elle ne pourra pas venir bosser demain.
- Je m'en doute, j'ai pris les devants, j'ai annulé ses rendez-vous pour les deux jours à venir.
Je ne sais même plus quel jour nous sommes… Si, jeudi…
- J'espère qu'elle va pas râler. Qu'est-ce qu'elle fait ? Tu peux me la passer ?
Il ne se rend pas compte de la situation.
- Non Emmett, Bella a pété un plomb, elle est devenue hystérique mon pote.
- Bordel de merde !
- Là elle dort.
- Si elle dort c'est qu'elle va mieux.
- J'ai fait comme j'ai pu pour l'aider, mais elle a besoin de temps je suppose.
- Je suppose…
Emmett est songeur, il ne s'attendait pas à ce qu'elle réagisse aussi violemment et encore, il ne connait pas les détails mais ce sera pour une autre fois.
- Que voulait sa mère ?
Silence. Emmett réfléchit.
- Ecoute Edward, Bella est très secrète en ce qui concerne…
- Arrête Emmett, te fous pas de moi, je le coupe. Je suis là, je ne la lâche pas, Bella me fait confiance tu le sais parfaitement. Me fais pas ça, pas à moi.
Je ne veux pas parler trop fort pour ne pas réveiller Bella mais mon ton est catégorique, il va me dire ce qu'il sait.
- Ok, ok… Renée s'est présentée avec une sorte de requête ou je sais pas quoi, elle m'a pas montré et elle a pas voulu m'en parler. Comme d'habitude elle était défoncée, je sais même pas si elle comprend ce qu'elle dit ou ce qu'elle fait.
- A ton avis que veut-elle ?
Je sais qu'il a une idée, il la connait.
- Je crois qu'elle veut du fric et je crois qu'elle a pas eu l'idée toute seule. Renée sort jamais de chez elle et elle se fout de Bella, sauf si elle peut lui rapporter de l'argent. Je crois que quelqu'un l'a influencé.
- Alec…
- Dans le genre…
- Tu en as parlé à quelqu'un ?
- Non mais j'imagine qu'on pourrait demander à ta sœur si elle peut avoir accès au document qu'avait Renée.
- Je préfère attendre que Bella se réveille. Elle voudra régler son problème toute seule et si elle a besoin d'aide, on sera là.
- Ouais t'as raison… Merci mon pote, c'est cool ce que tu fais pour elle.
Cool ? Franchement il n'y a rien de cool là-dedans.
- Non, c'est normal, c'est tout.
Un ange passe. Je regarde dans l'embrasure de la porte pour surveiller Bella. Elle est toujours endormie, en position fœtale mais elle n'est pas sereine, son visage est tendu.
Je m'assois sur le lit, accablé et perdu, je m'offre un instant de répit.
- Tu veux que je passe ? Tu as besoin de quelque chose ?
Je réfléchis à toute vitesse mais je ne suis pas vif.
- J'en sais trop rien…
Je pense aux besoins vitaux les plus élémentaires et notamment se nourrir. Je n'ai aucune idée du contenu de son frigidaire et comme elle mange chez moi la plupart du temps, j'imagine qu'il est vide.
- Je te rappellerai pour…
Soudain j'entends un cri. Un hurlement poignant sorti des tréfonds des entrailles de Bella sans aucun doute.
Je saute sur mes pieds et cours jusqu'au canapé. J'en laisse tomber mon téléphone au passage.
Bella se débat dans le vide, ses bras et ses pieds s'agitent, des larmes coulent sur son visage mais elle est toujours endormie.
Je saisis ses poignets pour ne pas qu'elle se fasse mal.
- Bella ! Réveille-toi !
La panique m'envahit, elle semble si terrorisée.
Elle continue de gémir et je dois la secouer fermement pour l'éveiller.
Elle ouvre enfin les yeux, la frayeur se lit dans ses pupilles. Affolée, elle regarde dans tous les sens et finit par bloquer son regard sur moi.
Elle soupire de soulagement quand elle vient contre moi et entoure mon cou de ses bras. Elle me serre si fort que j'en ai le souffle coupé mais c'est bien le dernier de mes soucis. Je l'étreins de la même manière et j'attends qu'elle se calme.
Mais bien avant que ce soit le cas, elle prend mon visage en coupe et sa bouche s'effondre sur la mienne. J'obéis à ses désirs. Je l'embrasse avec ferveur. Elle rapproche son corps du mien, enlace ma taille avec ses jambes et je ne peux plus rien lui refuser. Je la soulève et l'emmène dans la chambre.
Dans une urgence intense, nous faisons l'amour. Il n'est plus question de baise entre nous, notre relation vient de prendre une dimension différente.
Peut-être parce que nous nous embrassons, peut-être parce qu'elle vient de me livrer sans le vouloir vraiment un pan de sa personnalité dont je n'avais aucune idée, peut-être parce qu'elle s'aperçoit qu'elle peut compter sur moi quoiqu'il arrive, ou peut-être un peu de tout ça, je n'en sais foutre rien et je m'en fous.
L'évidence me saute aux yeux inconsciemment, je l'aime, et ce que nous partagerons à présent sera sans commune mesure plus grand et indéfectible que ce que nous connaissons.
Bella se rendort calée contre moi, accrochée serait un terme plus exact.
Le téléphone sonne dans l'autre pièce depuis un moment. Emmett doit essayer de me joindre après avoir entendu le cri de Bella, même à l'autre bout du fil, je suis certain qu'il l'aura perçu.
Je ne sais pas pourquoi je n'arrive pas à trouver le sommeil et comment Bella y arrive si facilement. Le fait est que mes yeux sont fixés sur le plafond, dans la pénombre, et que les questions sans réponse trottent toujours dans mon esprit.
Je voudrais aller cueillir la mère sorcière, lui dire ses quatre vérités et lui interdire de revenir dans la vie de Bella, quitte à la payer pour ça, mais je sais que Bella m'en voudrait. En plus, je crois que c'est à elle de tirer un trait sur sa mère, c'est à elle de régler ce problème et bien entendu, si elle le veut, je la soutiendrai de toutes les façons possibles.
Je suis trop agité pour rester allongé et les sonneries de mon téléphone me rendent nerveux.
Délicatement, je sors du lit. Aussitôt, Bella se recroqueville sur elle-même. Je la couvre comme si je voulais la protéger, avec une simple couette… ridicule… mais je suis un peu à côté de mes pompes. Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est, je n'ai aucune sensation de faim ou de soif, mon corps est engourdi, mon esprit vaseux.
J'appelle Emmett.
- Putain mon vieux ! Qu'est-ce que tu foutais ?! Ça fait une heure que j'essaie d'appeler ! J'étais sur le point de venir !
- Ne viens pas.
- Je sais tu me l'as déjà dit. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi elle criait comme ça ?
- Cauchemar…
Mes réponses sont courtes et concises, je n'ai pas le courage d'épiloguer.
- Je m'en doutais, elle en fait toutes les nuits.
Je suis étonné.
- Non… jamais…
- Si ! Je te dis qu'elle en fait très souvent !
Je me redresse, intrigué.
- Ecoute Emmett, elle dort chez moi tous les soirs, si elle faisait des cauchemars je le saurais, je n'ai pas le sommeil lourd à ce point et vue la façon dont elle crie, elle pourrait réveiller tout le voisinage.
- C'est bizarre… Ça m'étonne qu'elle n'en fasse pas avec toi.
Non, ça ne m'étonne pas à moi, ça me réconforte. Bella se sent rassurée par ma présence et je suis rempli de fierté à cette idée.
Je me lève pour vérifier si les placards et le frigo contiennent quelque chose à manger. Même si je n'ai pas faim, il faut que nous mangions. Je trouve deux bananes, des pâtes et des oeufs.
- On a ce qu'il faut pour manger ce soir. Je ne sais pas comment elle ira demain, je te rappelle.
- Ok mon pote. Prends bien soin d'elle et appelle au moindre souci. Je laisse mon téléphone allumé toute la nuit.
- Merci Emmett.
J'en profite pour annuler mon rendez-vous de demain.
Quand je coupe la conversation téléphonique, ma tête bascule en arrière sur le dossier du canapé. Je me laisse aller, mon corps soudain lourd.
- Edward !
Je me précipite, son hurlement est comme le dernier, déchirant. Une fois encore je trouve Bella se battant contre des fantômes imaginaires, en sueur, terrorisée.
Quand elle s'aperçoit qu'elle est en sécurité contre moi, elle fond sur mes lèvres, encore. Cette fois je réfléchis et je ralentis notre baiser et sa fougue.
- Attends, j'intime doucement.
Je me dépêche d'aller à la cuisine et lui ramène un grand verre d'eau et une banane.
Elle est sans force. Je l'assois contre la tête de lit et lui donne moi-même à boire. Elle boit goulument et s'en renverse sur la poitrine. Je cours à la salle de bains pour en remplir un nouveau qu'elle absorbe aussi vite que le premier.
J'épluche la banane et de la même façon je la lui fais manger. Elle a plus de mal à avaler mais reprend des couleurs.
Nous sommes dans l'obscurité, les rideaux sont tirés mais je perçois l'étincelle de ses yeux. Elle me regarde, lascive, et ouvre grand la bouche pour croquer le fruit. Elle m'allume sciemment et je ne vais pas pouvoir lui résister parce que je trouve dans le sexe la même chose qu'elle, un répit réconfortant, une bulle de bien-être où plus rien n'a d'importance et dont nous avons besoin pour l'instant.
Nous passons les heures suivantes ainsi, à faire l'amour, à manger ce que je ramène dans la chambre et à dormir, beaucoup en ce qui concerne Bella, très peu en ce qui me concerne.
Elle ne quitte pas le lit, pas même pour se doucher. Je reste auprès d'elle autant que je le peux, je remarque qu'elle ne cauchemarde pas quand je suis là, mais quand je sens que je deviens fou de rester immobile, je fais les cent pas dans l'espace étroit, sans la force physique d'un lion en cage mais avec la même torpeur dans l'âme.
Je tiens Emmett au courant, mais je n'ai pas grand-chose à raconter. Il passe une fois pour emmener des provisions. Nous sommes tous deux démunis mais d'accord sur le fait que nous allons attendre encore.
Il s'inquiète et j'avoue que 48 heures après la visite de sa mère, l'état inchangé de Bella ne me rassure pas. Ma conviction à croire qu'elle va se remettre s'étiole et je cherche un moyen de la secouer sans pour autant la braquer.
C'est sur ces pensées que je me suis endormi au petit matin du dimanche suivant, mon corps anéanti par la fatigue et mon esprit plombé.
J'ouvre un œil sur la chambre plongée dans la même pénombre que ces derniers jours. J'ai du mal à émerger, du mal à me rappeler où je suis, ce que je fais là et pourquoi.
Je frotte mon visage et les souvenirs réapparaissent, tout comme ce poids qui oppresse ma poitrine et mon ventre.
Aussitôt, je pense à Bella. Elle n'est pas contre moi et c'est bien la première fois depuis notre arrivée chez elle que je ne la sens pas. Mon bras se tend dans la direction où elle devrait se trouver mais je ne trouve que du vide.
Je me redresse vivement sur mes coudes et inspecte l'endroit, je tends l'oreille mais je ne vois ni n'entends rien.
La porte d'entrée qui claque me fait sursauter. Je sors du lit en titubant, manquant de me vautrer au passage.
J'ouvre la porte à la volée et aperçoit Bella qui tourne la tête subitement vers moi. Elle est en tenue de sport, elle revient vraisemblablement de son footing, en sueur, ses écouteurs sur les oreilles.
Comme si de rien n'était, elle m'ignore et se dirige vers la cuisine pour boire un grand verre d'eau. Elle prend son temps, toute trace de son désarroi récent effacée.
Je reste comme un con, stupéfait.
Elle vient vers moi sans un sourire, l'air sérieux. Je ne capte rien. Elle se plante devant moi et dit sur un ton un rien agacé.
- Je dois prendre une douche.
Encore à moitié dans le coltard, j'ai l'impression de louper un épisode. Je me dégage pour la laisser passer.
- Tu vas bien ? je demande perplexe.
Pour toute réponse elle me claque la porte au nez.
Merde, c'est quoi ce bordel ?
J'ai presque envie d'appeler Emmett pour qu'il m'aide à comprendre son comportement parce que là, je suis complètement perdu et peut-être aussi pas assez réveillé pour tout saisir.
Je n'ose même pas la rejoindre dans la salle de bains, chose qui est tout de même devenue une habitude entre nous.
Il semble qu'en quelques secondes, tout ce que je croyais acquis et indéfectible soit devenu incertain.
Je vais faire du café, je me dis qu'elle a besoin de temps, que la douche va lui éclaircir les idées et qu'elle viendra m'embrasser quand elle en sortira.
Je suis attentif au moindre bruit, guettant avec impatience et appréhension son apparition.
L'eau finit de couler. Cinq minutes plus tard, la porte de la salle de bains se ferme. Cinq minutes après Bella daigne enfin se montrer.
Elle est habillée comme d'habitude, coiffée comme d'habitude, mais son attitude n'est pas à la hauteur de ce que nous venons de vivre, de partager. Je ne veux pas la brusquer mais je dois en avoir le cœur net.
- Bonjour !
J'essaie d'être enjoué mais l'enthousiasme n'y est pas.
Elle ne répond pas.
- J'ai fait du café.
Elle prépare son sac comme si elle allait sortir sans faire attention à moi.
Putain ! Mais qu'est-ce qu'elle fout ?
N'y tenant plus, je m'avance vers elle et prends son bras pour la forcer à me regarder.
- Hé ! Bella ! Je suis là ! Je te parle !
Son regard est noir mais aucune peine ne l'habite. Au contraire, elle a parfaitement recouvré ses esprits et ce constat m'inquiète plus encore.
- Lâche-moi, lance-t-elle en se défaisant de ma poigne.
- Qu'est-ce que tu fais ? Où est-ce que tu vas ?
- C'est pas ton problème.
- Pas mon problème ?!
A ce moment-là, toute la tension accumulée ces dernières heures, toute la fatigue et l'angoisse remontent à la surface.
- Bien sûr que c'est mon problème ! Ça fait des jours que tu ne me dis rien, que je m'occupe de toi, que je me soucie de toi et c'est comme ça que tu réagis ?!
- Personne ne t'a rien demandé.
Son ton est sombre et cassant.
- Bordel ! Comment tu peux me faire ça ? Tu n'es qu'une putain d'égoïste ! Parle-moi ! Dis-moi ce que j'ai fait de mal !
Elle est devant la porte d'entrée, la main sur la poignée et ne consent même pas à se retourner.
- Claque la porte en sortant.
Elle disparait et je cogne la première chose à ma portée, le mur. Je geins sous la douleur qui se répand dans mon poignet.
- Putain de bordel de merde ! je hurle en m'arrachant les cheveux.
Je deviens fou, son attitude me démolit et à ce moment précis je pourrais faire n'importe quoi pour effacer le sentiment d'injustice qui m'accable.
