Salut!

Je suis tellement débordée en ce moment que j'ai du mal à trouver le temps d'écrire! Je suis tellement fatiguée que j'oublie même d'écrire!

Du coup désolée vraiment. Je fais mon possible mais là c'est compliqué pour moi j'avoue.

MERCI à toutes pour vos messages :)
Ravie de te revoir par ici Pouilli! Non je suis pas une usurpatrice ;p
Guest je suis désolée et c'est pas faute d'avoir cherché très longtemps, mais il n'existe pas de photo du tatouage d'Edward...
Jennifer merci! Oui alors je te préviens je vais un peu foutre le bordel dans cette histoire!;)

Des bises à toutes, bonne lecture et à bientôt!

¤o¤o¤

Chapitre 25

Delivery
(Babyshambles)

¤ Bella ¤

Je marche vite, droit devant moi. Il me faut ça pour oublier ce que je viens de faire, ce que je viens de dire et la façon dont je l'ai fait.
Edward ne mérite pas ça, pas après toute la dévotion dont il a fait preuve ces dernières heures. Cette dévotion que j'ai sentie dans ses caresses, dans ses gestes, dans ses baisers.
Putain… ses baisers…
Je ne sais pas comment ça se passe avec les autres hommes, j'ai oublié le peu que je savais mais lui… la sensualité de ses lèvres… l'odeur intime de son haleine…

Je comprends mieux ce qu'il veut dire quand il dit qu'il m'aime, je le comprends instinctivement. Durant ces deux jours, j'ai eu l'impression qu'il touchait mon âme et que je touchais la sienne. Lorsque nous sommes ensemble, notre connexion est si forte que nous formons tous les deux une entité propre. Ce que nous avons partagé était puissant, invraisemblable et je ne crois plus être capable de me passer de lui et de la façon dont il me fait me sentir près de lui à l'avenir.

Je secoue la tête et j'accélère. J'ai autre chose à faire que de m'attendrir sur Edward, autre chose à penser. J'ai besoin de mettre ces sentiments de côté et de m'éloigner pour mettre au point mon stratagème.

Il fait très beau ce matin. Les gens que je croise sont enthousiasmés par cette première journée brulante et l'éclat du soleil. Tout ceci contraste bizarrement avec mon état. On dirait que la ville et la splendeur qu'elle dégage veulent me faire passer un message, m'exhorter à ne pas continuer, à revoir mes plans.
Mais je me fais sourde à une quelconque mise en garde, j'avance plus déterminée que jamais.
Je prends un bus, puis un tram. Je me retrouve où je veux être, dans un endroit peu fréquenté parce que peu fréquentable.

J'allume mon téléphone et j'ignore les différentes tonalités qui indiquent des messages.

- Alice ?

- Bella ! Comment vas-tu ?

Son ton enjoué n'arrive pas à cacher son étonnement, je ne l'appelle jamais. Je saisis dans la seconde qu'elle n'est au courant de rien et je suis un peu surprise que Jasper ne lui ai rien dit.

- J'ai un service à te demander… un service payant…

Un silence s'étend. Alice est une femme très intelligente et n'a pas l'habitude de ne pas comprendre rapidement les choses.

J'ai remarqué l'enveloppe que tenait Renée dans le salon de tatouage et je sais qu'elle ne sort de chez elle que très rarement. Pendant ces deux jours, je n'ai dormi que d'un œil, j'ai eu le temps de réfléchir aux raisons de sa venue, en plus, j'ai entendu Edward parler au téléphone avec Emmett.
J'ai la sensation qu'elle vient réclamer quelque chose et qu'elle a l'intention de le réclamer à l'aide d'une procédure judiciaire. Ça ne lui ressemble pas du tout et je ne peux m'empêcher de penser qu'Alec est derrière tout ça.
Avant d'en avoir le cœur net, je dois consulter Alice, un professionnel qui saura me répondre.

- Tu peux me demander ce que tu veux Bella, elle affirme.

Je n'en attendais pas moins d'elle.

- J'ai besoin d'une consultation, là, tout de suite, au téléphone. Est-ce que c'est possible ?

Alice a terminé son stage ou presque terminé. Je ne sais pas vraiment si elle est habilitée à traiter des affaires seule et je dois m'en assurer.

- Bien sûr.

J'entends du mouvement, elle se déplace, surement pour s'installer dans un endroit plus discret, son bureau j'imagine.

- Je suis diplômée maintenant, je suis officiellement avocate. D'ailleurs je vais faire une fête…

Ce qu'elle me raconte n'a aucune espèce d'intérêt. Je la laisse déblatérer sans l'écouter. Je garde la tête froide.

- Je te paierai, je veux que tout ce que je dise reste sous le secret professionnel, j'enchaine.

- Mais je…

- Attends ! A partir de maintenant tu deviens mon avocate, pas de sentiments déplacés, je ne veux aucune ambivalence, tu es juste mon avocate. Est-ce que tu comprends bien ce que je te demande ?

Je suis sèche, peut-être un peu trop, mais je tiens à ce qu'elle comprenne clairement les choses.
Une fois encore elle réfléchit.
J'ai le choix, je le sais, Alice n'est peut-être pas ma meilleure option mais elle est la plus accessible et en plus, j'ai confiance en ses compétences et en son dévouement.

- Je comprends Bella.

Elle s'inquiète.

- Ce que je vais te demander ou te dire dois rester strictement confidentiel, tu ne dois parler de notre conversation à personne. Tu m'as bien compris Alice ? A personne.

Oui j'insiste, mais je dois être certaine qu'elle n'ira pas appeler son frère ou Jasper dès que nous aurons raccroché.

- C'est bon Bella, j'ai compris. Tu es ma cliente, ma première à vrai dire, je ne te décevrai pas, tu peux compter sur moi.

Je suis soulagée, je sais qu'elle est droite et ne dérogera à aucune règle professionnelle.

- Voilà…

Maintenant j'hésite, mais pas longtemps.

Je m'entretiens avec elle une bonne heure. J'en dis le minimum sur ma vie privée, je ne précise que ce qu'elle a besoin de savoir pour pouvoir répondre à mes questions et me conseiller.
Je sens bien qu'elle est impressionnée par le peu que je confesse de ma vie mais elle se reprend toujours très vite et elle reste très précise dans ses réponses ou dans ses hypothèses.

- Bella s'il te plait, ne fais pas de bêtises, finit-elle par lâcher.

- Je n'en ai pas l'intention Alice, je lui assure.

Je raccroche soulagée par ses réponses et plus motivée que jamais à tourner la page. Je dois le faire, pour moi et pour construire, ou du moins entrevoir, mon futur plus sereinement.

¤ Edward ¤

Il m'a fallu un long moment avant de me calmer.
Je voulais tout casser chez elle pour me venger, pour lui montrer à quel point j'étais vexé, blessé, humilié et j'en passe, mais il n'y a rien chez Bella qui vaille la peine d'être cassé. Je suis sûr qu'elle se fout de tout ce qui se trouve ici et je ne suis pas sûr de vouloir lui faire du mal.

Putain de connard ! Je ne suis qu'une putain de mauviette !

Bella a raison, cet amour me rend faible et incertain et… Je n'aime pas ça, je déteste qu'elle puisse me mettre à genoux et faire de moi ce qu'elle veut.
Je mets mon cœur à nu et c'est comme ça qu'elle le prend ? C'est ça qu'elle fait de mon amour ? Elle dit qu'elle tient à moi et c'est comme ça qu'elle me le prouve ?
Putain de schizo ! De tarée ! De…

Mes tremblements reprennent. C'est pas bon, pas bon du tout. Je m'assois sur le sol, la tête dans mes mains, j'essaie de reprendre le contrôle de mon corps et de mes pensées.

Mon téléphone sonne. Je sursaute. Ce doit être Bella !
J'aimerais que ce soit elle, je le voudrais tellement mais l'idée parait insensée.
Je me rue tout de même sur l'appareil coincé dans ma poche. Je me contorsionne en grognant pour enfin apercevoir le prénom « Emmett » sur l'écran.
Mes doigts se serrent et j'ai envie de crier, d'exploser cette merde de téléphone autant que de me jeter contre les murs. Mais sans réfléchir et peut-être aussi pour me défouler, je réponds.

- Hey mon vieux ! Comment va Bella ?

Bella par ci, Bella par là, tout le monde se soucie de Bella, et moi ? Personne ne me demande à moi si je vais bien, si je tiens le coup !
En même temps, une petite voix tapie dans le fond de mon esprit saccagé me dit que s'il le demande c'est qu'elle n'est pas chez lui. Mais alors où peut-elle bien être ?
Elle me démolit et je m'inquiète encore pour elle. Quel sombre connard !

- Elle s'est cassée, je réponds cinglant.

- Cassée ? Mais où ?

Il est étonné que je ne sois pas avec elle, que je ne l'aie pas suivie comme un petit chien.
Est-ce que c'est ce que je suis censé faire ? Est-ce que je ressemble vraiment à un clébard, un foutu toutou à sa mémère ?!

- J'en sais rien bordel ! Je suis pas son putain garde du corps ! Bella peut bien aller se faire foutre où elle veut !

- Hey ! Doucement mon pote ! C'est quoi ce bordel ?

- Ce bordel ? C'est que ta petite protégée est une putain de psychopathe ! Elle ne sait que foutre la merde partout où elle passe ! C'est une vipère, venimeuse et tordue !

- Arrête Edward, calme-toi mon pote. Viens, passe au salon, on va discuter.

- Discuter ?! je rugis. Mais ça ne sert plus à rien de discuter. Je te dis qu'elle s'est barrée, elle m'a laissé comme un con sans un mot sans une explication et je suis censé venir DISCUTER ?!

Il raccroche. Cet enfoiré me raccroche au nez !

De rage, je balance le téléphone à l'autre bout de la pièce. Il atterrit sur le canapé. Je ne suis même pas capable d'exploser un putain de téléphone.
Des larmes chatouillent mes cils. Putain de mauviette ! Reprends-toi ! Lève-toi et sois un homme bordel ! Tu ne peux pas te laisser détruire par cette femme ! Tu vaux mieux que ça ! Tu t'es sorti de bien pire !

Ces phrases tournent dans ma tête et je retiens de toutes mes forces les larmes et ce même sentiment d'injustice qui comprime ma poitrine depuis que Bella a passé les portes de son appartement.

La sonnerie de l'appartement résonne. Je pense immédiatement à Bella bien sûr, mais elle a les clés, elle ne sonnerait pas. Je sais qu'il s'agit d'Emmett.
J'appuie sur le bouton de l'interphone et ouvre la porte du studio. Après tout, il n'y est pour rien et je n'arrive plus à lutter, je me sens lourd et comme déconnecté.
Emmett entre en trombe, essoufflé et en sueur.
Il ferme la porte et reste un moment sans rien dire, attendant certainement que je me justifie. Ce n'est pas le cas, je reste moi aussi sans mot.

- Dis-moi ce qu'il s'est passé mon vieux.

Emmett met beaucoup de persuasion dans son ton, il me parle doucement et m'appelle « mon vieux » avec affection.

Alors, blasé, je lui explique dans les moindres détails le comportement de Bella. Me le remémorer n'est pas simple mais j'essaie de mieux comprendre. Je n'y arrive pas et mes mains recommencent à trembler.

- Putain de tarée, murmure Emmett.

Il ne l'accable pas, ne l'insulte pas non plus, ses mots n'ont pas cette teneur, lui aussi a du mal à la suivre.
Je ne relève pas, il a tellement raison. J'ouvre la fenêtre pour reprendre mon souffle, oppressé par toute cette histoire.
Emmett s'approche et pose sa main sur mon épaule. Une fois de plus, il tente de me réconforter et j'avoue que je suis rassuré. Je ne suis pas un putain de dingue, je n'ai pas imaginé son attitude, Bella est foutrement incohérente et imprévisible.

- Ecoute, ton tatouage doit être nettoyé. Viens chez moi, je vais m'en occuper et comme ça si Bella…

J'ai passé ces deux jours sans dormir, sans manger correctement, sans me laver, aux petits soins pour elle en oubliant ma propre condition et je dois dire que pour l'heure, j'en ai strictement rien à foutre.

- Non ! Je ne veux plus rien avoir à faire avec Bella. C'est bon, j'ai donné, j'en ai ma claque de ses sautes d'humeur.

- Attends un peu, tu…

- Ta gueule.

Je ne crie pas et je ne veux pas m'énerver contre Emmett, il m'a prouvé que je pouvais compter sur lui comme un ami mais je ne veux pas qu'il essaie de me convaincre. Je sais ce que je fais et ce que je dis. Elle ne peut pas se foutre de ma gueule comme elle le fait, pas après ce que nous avons partagé, je ne la laisserai plus faire. Toute ma détermination à rester près d'elle quoiqu'il arrive s'est annulée quand elle est partie, quand elle m'a laissé là comme le pauvre connard que je suis.

Emmett est surpris par ma réplique mais il insiste.

- Ok mon frère, je comprends, je t'assure que je comprends, mais viens au moins que je jette un œil au tatouage. Je ne voudrais pas que tu aies une infection, ça serait pas bon pour la réputation du salon.

Sa répartie est si inattendue qu'un petit sourire m'échappe. Et je dois dire qu'effectivement je me sens compris. Même de loin, Emmett est resté un soutien pour moi, il ne m'a pas lâché quand je m'inquiétais et que je ne savais plus quoi faire pour elle.
Ce gars-là est unique, Bella a beaucoup de chance de l'avoir, je ne suis pas sûr qu'elle s'en aperçoive.

Je le suis.

Je regarde une dernière fois l'appartement de Bella avant de claquer la porte. A jamais.

¤ Bella ¤

Je suis au pied d'un immeuble que je connais comme ma poche. Ce n'est pas un grand building, juste trois étages et quelques appartements passablement délabrés. Ici même si tout le monde ne se côtoie pas, tout le monde se connait.
J'ai une clé. Je l'ai gardé comme un souvenir pénible qu'on enfouit au fond d'un tiroir.

Je pense à Edward. Au lieu de m'attendrir, il me donne du courage. C'est aussi pour lui que je fais ça, pour me libérer de ce poids inconfortable qui pèse sur notre relation depuis le début, pour tenter d'être celle que j'ai envie d'être pour moi et pour lui, celle que je mérite d'être et qu'il mérite que je sois après tout ce qu'il a fait pour moi.

Je tourne la clé doucement dans la serrure. Dans les escaliers qui mènent à l'appartement, je refais le scénario que j'ai imaginé, encore et encore.
Je suis concentrée et déterminée.

Je sonne avant de me rappeler que la sonnette ne fonctionne plus depuis longtemps.

J'ajuste mon sac en bandoulière sur mon épaule, je m'éclaircis la voix, souffle un bon coup et je frappe fort contre la porte. Je pose un doigt sur le judas même si je ne suis pas sûre qu'elle ait la présence d'esprit d'y jeter un coup d'œil. Je colle mon oreille pour épier le moindre mouvement mais je n'entends rien.
Je recommence, plus fort, plus longtemps et je finis par un coup de pied.

Elle va ouvrir, je vais finir par la réveiller la junkie.

J'entends du bruit derrière la porte. Ça y est, elle approche. Aussitôt le loquet déverrouillé, je pousse sur le battant, je ne lui laisse pas le choix, j'entre.
Elle trébuche en arrière, ses gestes mal assurés.

- Qu'est-ce que c'est ? s'agite-t-elle.

Je ne réponds pas et je me rends directement dans le salon. Je suis à bout de souffle, mon cœur tambourine dans ma poitrine, je prends quelques instants loin d'elle pour me calmer. J'y suis, je ne peux pas tout faire foirer maintenant.
J'observe alentours.
Rien n'a changé, il semble que rien n'ait bougé. Le moindre bibelot est à la même place que la dernière fois que je suis venue, tout est impeccablement propre et rangé.
Tout excepté la table basse, jonchée de petits sachets ouverts ou fermés d'où s'éparpille une poudre brune, des cuillères déformées, une boite fermée dans laquelle doivent se trouver des seringues, des verres vides sales, un fond de bouteille.

Tout ça me donne la nausée, j'ai envie de gerber, pourtant, cette table a toujours été ainsi. Je remarque toutefois que des sachets sont encore intacts, ce qui signifie qu'elle devait en avoir une grosse quantité sinon il n'en resterait plus, ce qui est rare.
Mes hypothèses se confirment.

Elle arrive à petits pas, vaseuse, encore à moitié endormie.

- Hum… C'est toi…

J'ai envie de répondre « Oui c'est moi, ta fille, l'enfant qui est sorti de ton corps et que tu n'as jamais choyé ! » mais ça fait bien longtemps que j'ai laissé les reproches au placard.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Elle s'assoit avec difficulté sur le canapé et je prends place en face d'elle sur une chaise, très droite.
Je me force à la regarder. Cette femme a failli anéantir ma vie. Elle m'a toujours terrorisée mais pour la première fois, je la regarde et je m'aperçois que je n'ai pas peur. Elle ne m'inspire plus de crainte mais plutôt un profond mépris.

- Tu devrais le savoir, c'est toi qui es venue me voir. Qu'est-ce que tu me veux ?

Elle baragouine quelque chose que je ne comprends pas.
Elle tend le bras pour saisir un verre mais elle tremble trop pour soutenir la bouteille. Cette femme est une loque. Je prends la bouteille avec aisance, lui arrache le verre des mains et la sers moi-même.
Elle me regarde curieusement, elle trouve mon attitude louche. Je veux juste qu'elle recouvre ses esprits et je sais qu'en bonne alcoolique qu'elle est, elle a besoin de sa dose. Elle n'a rien mangé, elle vient de se lever, mais au lieu d'un café elle préfère boire un gin.
Bienvenue dans ma vie.
Je ne prends aucun plaisir à la servir ou à la voir boire. Il m'est juste nécessaire qu'elle soit en état de répondre à mes questions.

Elle porte le verre à ses lèvres et boit une première gorgée avec méfiance, peut-être croit-elle que je veux l'empoisonner. Au fur et à mesure qu'elle avale l'alcool, ses yeux reprennent vie et ses tremblements diminuent. Encore un petit et elle sera assez lucide pour parler.

Soudain je me lève.
Si « des » verres trainent sur la table, ça signifie qu'elle n'était pas seule hier soir et qu'elle ne l'est peut-être toujours pas. Je m'en veux de ne pas avoir pensé à cette éventualité.

- Qu'est-ce que tu fous ? crie ma mère

- T'occupe, je réponds entre mes lèvres sans qu'elle ne puisse l'entendre.

Furieuse, je fais le tour de l'appartement en commençant par sa chambre, parce que si rien n'a changé, alors c'est là que je trouverais l'intrus.
J'ouvre la porte à la volée et je manque de gerber, encore. Je ne connais pas cet homme mais le contraire m'aurait étonné. L'odeur de sueur, de tabac froid et d'alcool est nauséabonde.
Je retiens ma respiration et je passe à l'action.

« Réveille-toi ! »

Je secoue le matelas et l'homme, certainement dans le coltard, sursaute, mais je ne fais pas vraiment attention à lui. Je lui balance son slip du bout du pied sur la gueule. J'ouvre grand la fenêtre pour faire entrer un maximum de lumière et pour dissiper la brume de cigarette et l'odeur.

« Habille-toi ! »

Mon ton est sans appel et je ne compte pas le ménager. Il ne devait pas s'attendre à un tel réveil mais sérieusement, qu'est-ce que je peux bien en avoir à foutre ?
Il enfile le sous-vêtement en râlant. Il a l'air incohérent, encore défoncé de la veille. Pendant ce temps je ramasse ses affaires rapidement et les place sous mon coude.
Il bascule et finit par s'assoir sur le bord du lit en frottant son visage.
Je saisis son avant-bras avec force. Il s'offusque, tente de se libérer mais je suis si énervée que je pourrais le porter à bout de bras pour le mettre dehors. J'ouvre la porte d'entrée, lance ses vêtements sur le palier et le repousse à l'extérieur.

« Réunion de famille, tu n'es pas invité ! » je lance avant de lui claquer la porte au nez.

Je ferme le verrou et je reste quelques secondes contre le battant à l'observer par le judas. Comme je m'y attendais, il n'essaie pas de revenir. Il s'habille le plus vite que son cerveau embrumé puisse le lui permettre et s'en va en grommelant. Il ne fait pas d'esclandre et n'attire pas la curiosité des voisins, c'est tout ce que je voulais.

Lorsque je reviens au salon, Renée dort, assise, la tête renversée contre le dossier du canapé. La nuit a dû être longue. Je ne vais pas l'épargner et je vais finir par la réveiller mais avant, je fais tranquillement le tour de l'appartement.
C'est pour ça que je suis là, pour me confronter à mon passé, tirer un trait et envisager l'avenir.

Je connais l'endroit dans ses moindres recoins, je ne l'ai quitté que trois ans auparavant, mais aujourd'hui, je lui dis adieu, à lui, à Renée et à tout ce que j'ai pu ressentir en vivant ici. Un adieu réfléchi et muri, qui j'espère me délivrera, au moins un peu ou partiellement, de mes névroses.

Je me lave les mains en passant devant la cuisine, j'ai l'impression que l'odeur de la chambre de ma mère est tenace.

Je sais exactement où je vais. Je me fous des pièces de la maison, mais pas du placard.
Ce placard hante encore la plupart de mes cauchemars. Il est encastré dans le couloir qui dessert la chambre de Renée et la salle de bains. Renée ne me punissait pas dans ce placard, d'ailleurs elle ne m'a jamais puni, il était mon refuge. Même s'il me faisait peur, une peur irrationnelle, je préférais me cacher à l'intérieur que d'affronter la colère de Renée. Elle ne s'en prenait pas à moi, moi elle m'ignorait, du moins tant que j'étais petite et que je vivais chez elle, mais l'entendre crier m'effrayait, certainement parce que je n'en comprenais pas la raison.

Mon ventre se tord à ces souvenirs.

Aujourd'hui, le placard me semble ridiculement petit et insignifiant. Je l'ouvre, il grince toujours de la même façon qu'à l'époque et il est, comme avant, vide. Je m'assois à l'intérieur. Bien sûr je suis trop grande, je ne pose qu'une partie de mes fesses et ma tête dépasse mais je reste un moment.

Je me remémore l'angoisse que j'y ressentais, la façon dont mes orteils maintenaient la porte à peine ouverte pour laisser un peu de lumière entrer, la façon dont je me bouchais les oreilles, dont mon corps se tendait à chaque cri, enfin, la façon dont j'étouffais mes sanglots de petite fille apeurée et seule.
Mes mains passent sur mon visage et remontent pour tirer mes cheveux en arrière.

Je suis prête et même plus que prête à affronter Renée. J'ai envie d'en finir rapidement mais je vais m'armer de patience, j'en aurais besoin.

Je regagne le salon et l'observe un instant, debout devant elle. On dirait un cadavre, mis à part le bruit de sa respiration rocailleuse et la bave qui s'échappe d'un coin de sa bouche.
Je grimace. J'ai honte d'être sa fille, honte que cette épave soit ma mère. Nous n'avons vraiment rien en commun.
Je la secoue du bout du pied.

« Réveille-toi. »

Je ne crie pas mais je parle assez fort pour troubler son sommeil. Elle grogne un peu et je la secoue plus fort.
Ses yeux s'ouvrent sur moi. Elle reprend contenance, du moins elle essaie. Une nouvelle fois, elle tente d'attraper un verre mais je l'éloigne.

- Ça suffit pour l'instant. Tu boiras plus tard.

- Je suis chez moi ! Tu ne peux pas m'empêcher de faire ce que je veux !

Rien dans son ton ou sa voix ne m'impressionne, au contraire, elle est pathétique.

¤ Edward ¤

Emmett conduit ma voiture jusqu'à son appartement. Si d'habitude ses yeux pétillent d'excitation à conduire ma voiture, aujourd'hui il reste sérieux. Il réfléchit et s'inquiète pour Bella, je le sais, mais il ne dit rien. Je ne peux pas m'empêcher de me demander où elle peut être mais j'avoue que je n'ai pas la force de chercher. Je m'en remets à Emmett, je ne doute pas du fait qu'il saura la trouver. Et si elle a décidé de faire n'importe quoi, je ne pense pas qu'un seul d'entre nous puisse l'en empêcher.

Nous arrivons chez Emmett qui me propose de me doucher avant de prendre soin de mon tatouage. J'obéis sans sourciller.
Ça ne me calme pas. Je passe sous l'eau chaude, puis l'eau froide mais rien n'y fait. La tension de mes muscles est toujours bien présente, comme la torpeur de mon esprit.
J'ai beau faire, rien n'efface Bella et l'image que j'ai d'elle, dos à moi, ses cheveux cascadant avec grâce, sa chute de rein parfaitement mise en valeur par son short, ses longues jambes tendues, sa main sur la poignée et ses derniers mots « claque la porte en sortant. »
C'est tellement cliché, tellement incompréhensible que pendant un moment je me persuade que c'est une manigance, qu'elle le fait parce qu'elle a un plan et qu'elle va appeler bientôt pour se faire pardonner, pour me dire qu'elle m'aime, je me persuade que je comprendrais ses explications et que j'accepterais ses excuses.
Je tape ma tête contre la faïence de la cabine de douche.

Voilà ce qu'elle fait de moi ! Un putain de connard trop sentimental !

Dans le miroir je m'aperçois que j'ai cogné ma tête plus fort que je ne le croyais, j'ai maintenant une égratignure sur le front. Je m'en fous, ma rage provoque ça, j'ai envie de me faire mal physiquement pour étouffer la douleur de mon esprit.
J'entends Emmett parler au téléphone. Il se démène pour trouver Bella mais ça ne sert à rien. Où qu'elle soit, si elle ne veut pas qu'on la retrouve, on ne la retrouvera pas. Elle se fout d'inquiéter la Terre entière, elle fonctionne comme ça, elle ne pense qu'à elle.

Je rejoins Emmett dans le salon, en grande conversation avec je ne sais qui. Il tend un doigt devant lui pour m'intimer d'attendre. Je m'assois sur un fauteuil, habillé d'un simple jean. Je pose mes coudes sur mes genoux et joins mes mains. Mon regard est perdu quelque part sur la table basse, mais je ne manque pas une parole de sa discussion.

- Du calme, Bella sait ce qu'elle fait, on va la trouver.

- …

- Je sais, je sais, mais il faut lui faire confiance, de toute façon on ne peut rien faire d'autre.

- …

- J'y ai pensé… T'affole pas… Elle va réapparaitre.

Je suppose qu'il parle à Carmen. Je ne vois pas l'intérêt de la déranger et surtout de la tourmenter. Carmen ne mérite pas ça et je ne suis pas sûr que Bella vaille la peine qu'on se donne autant de mal pour elle.

- Je te rappelle…

- …

- Oui je t'embrasse et t'inquiète pas.

- …

- Non, il est là avec moi.

Les yeux d'Emmett se posent sur moi, je le sens mais je ne bouge pas.

- …

- Non, il va pas fort.

- …

- Je lui en parle. Je t'embrasse Carmen.

Il raccroche et soupire lourdement.

- Bella…

- Je veux pas savoir, je le coupe.

- Je suis sûr que si !

- Emmett, on est venu ici pour s'occuper de mon tatouage, après ça je me casse.

Nos regards s'affrontent un moment mais il capitule. Sans un mot il descend au salon et revient avec différents produits.

- Carmen te propose de passer chez elle si tu veux.

- C'est gentil, j'y penserai...

Je mens, je n'irais pas chez Carmen mais sa sollicitude me touche.

Il s'occupe de mon dos, les picotements diminuent, mais quand il en a fini avec les soins, il ne peut pas s'empêcher d'en remettre une couche.

- Edward, ne baisse pas les bras si vite, Bella…

Toute ma rage revient avec sa réplique. Il se fout de moi ou quoi ?

- Bordel Emmett ! Comment peux-tu dire ça ? Tu trouves que je baisse les bras si vite ? Franchement ?!

- Tu sais comment est Bella…

- Je sais comment elle est ? Non ! Non Emmett je ne sais pas ! Et je ne vois pas comment j'aurais pu imaginer qu'elle réagirait comme ça ! Chaque fois elle me surprend plus et pas de la meilleure des manières !

Emmett met les mains devant lui en signe de paix. C'est vrai qu'il ne m'attaque pas et qu'il ne me reproche rien mais je n'arrive plus à me contenir. Le sujet « Bella » provoque une réaction épidermique que je ne peux plus contrôler.

- J'essaie juste de te dire d'attendre un peu avant de tirer des conclusions. Bella n'est pas tarée mais elle ne fait pas les choses comme tout le monde et elle sait ce qu'elle fait la plupart du temps.

- La plupart du temps… je grince plus pour moi-même.

- Je voudrais que tu regrettes rien, que tu t'emballes pas. Tu sais mieux que moi que la vie est courte, ne gâche pas ce que vous avez trouvé tous les deux.

- T'es gonflé Emmett ! Tu me connais, tu sais à quel point j'ai été patient avec elle jusqu'à présent. Comment peux-tu me sortir ce genre de conneries ?

Je me lève, je prends sur moi pour ne pas m'énerver contre lui mais ça devient difficile.

- C'est elle qui a tout gâché Emmett, je baisse la tête et serre les poings. Je lui ai tout donné, elle n'avait qu'à se servir et elle a tout foutu en l'air. Personne ne peut se battre indéfiniment contre quelqu'un qui te rejette constamment. J'ai pas les épaules Emmett… je suis découragé… je laisse tomber…

Je me dirige vers la sortie et Emmett ne me retient pas. Il semble accablé par ma souffrance et je pense qu'il me comprend.

Je rejoins ma maison rapidement, mon cerveau est en mode « pilote automatique » ou « zombie », au choix.

Je me dirige directement dans ma chambre parce que je suis sans force. Je n'ai dormi que quelques heures ce week-end et j'imagine que c'est là aussi une des raisons qui font que je suis à cran.
Mais quand je pénètre dans la chambre, je tombe sur un tee-shirt de Bella plié sur une chaise. Mon cœur rate un battement. Jusqu'à présent, voir ses vêtements chez moi me comblait, me donnait le sentiment qu'elle était près de moi, qu'elle reviendrait bientôt et m'offrait la fierté de partager mon existence avec une femme telle que Bella.
Aujourd'hui, mes mains recommencent à trembler et il semble que je n'ai plus que du mépris pour elle, du moins je m'en convaincs. Parce qu'il est trop dur de croire qu'elle pourrait revenir, trop dur d'attendre sans savoir, trop dur de garder espoir. Je suis peut-être faible ou égoïste, mais sérieusement, elle me fait péter un câble.

Je passe un tee-shirt au hasard et remplis un sac, là encore, un peu au hasard, trop perturbé pour seulement réfléchir. Je dois prendre mes distances non seulement avec elle mais avec cet endroit trop empli de souvenirs qui ne me sont plus que douloureux.
J'hésite à prendre mon téléphone mais je ne suis pas comme elle, je me soucie des gens qui m'entourent et je donnerai de mes nouvelles, au moins à ma famille et peut-être à Emmett.
Je regarde l'écran furtivement, avec le mince espoir d'apercevoir un appel de Bella. Mais non, je ne vois qu'un message d'Alice que j'ignore en jetant l'appareil dans mon sac.

Je ne sais plus quels sentiments m'habitent, je sais juste que je dois partir, tout de suite, loin.
Je charge mon sac dans le coffre, je démarre la voiture et je prends la direction du sud.

¤ Bella ¤

Je mets fin aux élucubrations de Renée avec détermination, je ne compte pas passer ma journée là.

- Qu'est-ce que tu me veux ?

- Tu le sauras bientôt… dans ton courrier.

Elle fait la maligne mais elle n'a pas encore compris à quel point je veux en finir avec tout ça.

Je sors mon joker. Je veux l'intimidé doucement mais assez pour qu'elle réponde avec franchise et un maximum de lucidité.
Je mets la main dans mon sac et j'en retire un revolver. Je n'ai pas le droit d'en avoir un. Ici, les citoyens lambda ne sont pas autorisés à en posséder un. Là encore, il s'agit d'un souvenir passablement honteux, enfoui au fond d'un tiroir.
Je ne l'arme pas, je ne vise pas Renée, je le pose juste sur la table, devant son nez, pour qu'elle comprenne que je ne plaisante pas et qu'elle va devoir me fournir plus d'explications. Je sais qu'elle ne sera jamais plus rapide que moi si elle tente de l'attraper, je ne crains rien à ce sujet.

- Te fous pas de moi Renée, je lance durement en la regardant droit dans les yeux.

Elle avale difficilement sa salive, ses yeux vont de l'arme à moi, paniqués.

- Tu ne feras pas ça…

- Ne parie pas là-dessus.

Nos regards s'affrontent un instant, elle baisse le sien et cherche quelque chose sur la table.

- J'ai besoin d'un verre… souffle-t-elle.

- Et tu en auras un, mais d'abord réponds à mes questions, je lance fermement.

Elle se redresse un peu, essaie de reprendre ses esprits et ouvre enfin la bouche.

- Un homme est passé à la maison. Il m'a dit qu'il connaissait ma situation. Il a dit qu'il savait que j'avais des problèmes d'argent et que j'avais une fille qui travaillait. Il m'a montré tes fiches de salaires.

Le putain de fils de pute ! Je suis quasiment sûre qu'il s'agit de Alec et je suis presque sûre qu'il n'a pas le droit de se procurer mes fiches de salaire !

- Est-ce que tu les as gardées ?

- Quoi ?

- Les fiches de paye ! je m'agace. Est-ce que tu les as gardées ?!

Elle secoue la tête de gauche à droite.
Evidemment qu'il ne les lui a pas laissées. C'est un malin, tordu et vicieux.

- Il a dit que tu devais me verser une pension, que j'avais le droit de t'en demander une puisque j'étais ta mère.

Je suis à vif. J'ai envie de tout défoncer en commençant par elle. Mais ce n'est pas judicieux, je dois me focaliser sur mon objectif.

- Tu n'es pas ma mère.

- Bien sûr que…

- La ferme !

J'essaie de ne pas crier et c'est difficile mais j'y arrive.

- Si tu étais ma mère, tu aurais pris soin de m'élever correctement. Je ne me rappelle pas une seule fois que tu te sois comportée comme une mère avec moi.

C'est la première fois que je lui dis ce genre de chose, la première fois que nous avons ce genre de conversation.
Je ne peux pas dire que je me sente soulagée mais je sens que c'est nécessaire, inévitable.

- C'est faux ! Je t'ai nourri, je t'ai fourni un toit, des habits…

J'ai envie de rire tellement son attitude est déplacée. Le pire c'est qu'elle semble y croire.

- Très bien raconte-moi un souvenir que tu as de moi, un souvenir heureux, un moment où on rit toutes les deux par exemple.

Elle se tait. Je crois qu'elle cherche dans les tréfonds de sa mémoire, mais d'abord elle est encore trop défoncée pour cogiter, et ensuite, ce genre de souvenir n'existe pas.

- Moi je me rappelle clairement que tu ne m'as jamais regardé, que je devais escalader le plan de travail pour trouver de la nourriture, je me rappelle que parfois je n'avais même pas la force de me lever tellement j'avais faim, je me souviens à quel point tu me détestais d'avoir quitté la maison pour aller vivre en foyer, je me rappelle ce que tu me disais quand je revenais les week-end, que j'étais une ingrate, une connasse sans cœur parce que je ne te ramenais pas d'argent alors que j'avais des habits neufs, une moins que rien.

Je fais une pause pour reprendre mon souffle et ne pas craquer, pas devant elle.
Je me retiens de lui jeter à la gueule ces souvenirs mais du coup, la douleur reste tapie dans mes entrailles et j'avoue qu'à cet instant, je ne suis pas sûre qu'avoir pris une arme soit une bonne idée.

- J'en ai pleins des souvenirs comme ça « maman ».

Je prononce le mot « maman » avec ironie et dédain. Elle me répugne.

- Alors atterris et arrête de déconner avec moi. J'étais là et je suis pas une junkie moi, mes idées sont claires, bien en place, mais ma patience a des limites.

Mes yeux dérivent sur le revolver. Elle frémit.

- Je te dis la vérité, ce type voulait que je fasse une requête pour obtenir une pension de toi.

- Que tu es naïve…

Ce mot ne définit qu'en partie ce que je pense d'elle, je fais beaucoup d'effort pour rester polie parce que j'ai rarement vu une femme si stupide.

En Californie, on ne peut pas obtenir d'argent d'un enfant qui a été placé en famille d'accueil ou en foyer. Comme j'ai vécu les deux, il n'y a aucune chance qu'elle ait gain de cause.
Si on y réfléchit ça semble logique, il faut croire que cette femme est aveuglée par les bouts de papiers floqués du portrait de Benjamin Franklin et du nombre 100.

Mes méninges fonctionnent rapidement et en viennent à la conclusion que ce salopard voulait me toucher intimement. Alec a dû bien fouiller mon passé et il savait qu'il n'était pas question que je verse une pension à ma mère. Il a fait ça pour me faire du mal, pour que je réagisse.

Putain de vicelard !

Quelqu'un toque à la porte, ni moi ni ma mère ne bougeons. Je n'en ai pas fini avec elle, il est hors de question qu'un de ses copains de défonce vienne troubler le moment.
Mais les coups retentissent de nouveau.

« Madame ! C'est la police, nous voudrions vous parler, ouvrez la porte. »

Ma mère ouvre de grands yeux, plus encore terrorisée par ces policiers que par l'arme posée sur la table.
Je réfléchis à toute vitesse. Je ne crois pas que ma mère soit une trafiquante, vu son appétit gourmand pour la drogue, elle perdrait les comptes et serait ruinée. Les flics ne sont certainement pas là pour une perquisition ou quelque chose dans le genre.

« Madame ? Est-ce que tout va bien ? »

C'est après cette phrase que je construis ma deuxième hypothèse, il se peut que le gars que je viens de mettre à la porte ce soit plaint à un voisin, ou ait fait du grabuge dans l'escalier.
Je n'en sais rien mais quoiqu'il en soit, je dois ouvrir parce que je connais leur pratique, ils vont enfoncer la porte si on ne fait rien.

Je regarde ma mère et lui intime de ne pas bouger. Elle s'en remet à moi, je le sens, elle ne dira rien. Sa table basse montre à quel point elle est coupable et elle veut autant que moi que ces hommes restent loin de chez elle.

Je range le revolver dans mon sac que je pose juste derrière la porte. Les meilleures planques sont souvent les plus évidentes.

J'ouvre rapidement et en grand, les policiers pris de court sursautent en m'apercevant. Je crois déceler du soulagement quand ils m'aperçoivent. Après tout, je ne suis qu'une fille, jeune et innocente, je n'ai pas assez de tatouage pour sembler dangereuse et ici à San Francisco, même les flics ont des tatouages, ce n'est pas un signe de culpabilité.

- Bonjour messieurs, que puis-je faire pour vous ?

Je parle doucement, comme si quelqu'un dormait.

- Bonjour mademoiselle, dit l'un d'entre eux d'une voix forte qui se veut intimidante. On nous a signalé du grabuge ici. Nous venons nous assurer que tout va bien.

Je pose ma main sur ma poitrine, surprise.

- Ici ? Dans cet appartement ? je demande en écarquillant légèrement les yeux.

- Exactement mademoiselle.

- Excusez-moi, je suis un peu intriguée. Est-ce un voisin qui vous a appelés ?

- Nous ne savons pas vraiment, c'était un appel anonyme.

- Il y a des gens qui n'ont vraiment rien d'autre à faire de leur journée, je plaisante gentiment.

Ça marche, ils sourient.

- Cela peut arriver en effet.

- Je ne comprends pas…

Je baisse alors la tête et prends un air un peu affligé.

- Je suis venue rendre visite à ma mère… elle n'est pas très en forme…

- Est-elle souffrante ? demande l'un d'eux compatissant.

Je secoue la tête, sans les regarder, leur indiquant que je suis gênée.

- Non monsieur l'agent, je réponds d'une petite voix. Ma mère est alcoolique.

Je ne peux pas cacher l'évidence, ils sentiront forcément l'alcool s'ils la voient, je m'en sers pour qu'ils s'apitoient sur mon sort de jeune fille attristée.

- Oh… Il n'y a pas eu de disputes ou de violences ? s'inquiètent-ils.

- Non. Il peut arriver qu'elle se mette en colère mais ce matin elle est plutôt calme.

- Pouvons-nous la voir ?

- Je crois qu'elle s'est endormie, dis-je contrite. Mais je vais aller la chercher, attendez-moi.

Je vais au bout du couloir, tendue lorsque les policiers font un pas pour passer le seuil. Je les garde en vue et ne pénètre pas entièrement dans le salon.

- Maman ? Ces agents de police souhaitent te voir.

La peur se lit sur son visage et je tente de la rassurer avec un regard. J'ai bien joué mon rôle, pourvu qu'elle ne fasse pas tout foirer.

Elle claudique jusqu'à moi. Je continue de jouer la fille bienveillante avec sa mère.

- Appuie-toi sur mon bras.

C'est difficile de la toucher mais je dois en passer par là, je fais abstraction de mon dégout.

- Merci Isabella.

Ouf ! Je pense qu'elle a compris ce que j'attends d'elle.
Nous avançons vers les policiers visiblement mal à l'aise d'assister à la scène.

- Est-ce que tout va bien madame ? s'enquièrent-ils.

Ma mère déblatère des phrases incohérentes sur le fait qu'elle a des rhumatismes, qu'elle ne s'entend pas avec sa voisine, qu'elle a eu une fille prévenante… Je ne sais pas trop si elle joue la comédie ou si elle a besoin d'un autre verre mais le fait est que les policiers se résignent. Il ne se passe rien de grave ici. Il n'y a qu'une mère indigne de sa fille qui essaie de la soulager.

Après un signe des policiers, je ramène ma mère au salon et la laisse seule se rassoir. Je reviens vers eux un peu nerveuse.

- Vous voyez, ma mère est inoffensive.

- Surement un petit plaisantin.

- Je suis désolée, vous êtes venus pour rien.

Ils me font l'article sur les biens faits d'une cure de désintoxication dont ma mère pourrait bénéficier. J'opine sagement.
Ils me saluent, s'excusent pour le dérangement et partent enfin. J'attends qu'ils aient quitté le palier avant de refermer la porte, et même après ça, j'attends cinq minutes avant de rejoindre Renée.

Mon cœur bat à une vitesse hallucinante. Je respire profondément pour me reprendre.
Je récupère mon sac et m'installe sur la chaise. Je n'ai pas besoin de sortir le flingue, elle sait qu'il est là et ça suffit.

Renée essaie de se servir un autre verre. Je la regarde faire sans réagir. Après tout, elle n'a qu'à se démerder toute seule. Elle ne maitrise pas ses tremblements et en renverse mais lorsque le verre est enfin plein, elle le boit goulument et laisse échapper un soupir de soulagement.

Elle me regarde par en-dessous ses cils.

- Pourquoi as-tu accepté de me trainer en justice ?

- Parce que tu me devais bien ça. Je t'ai logé…

Inutile de lui faire entendre raison, elle ne comprend rien à rien, elle vit dans sa tête dérangée. Il est trop tard, elle ne changera jamais.

- Je t'ai dit d'arrêter de te foutre de moi ! Pourquoi ?

- Il m'a filé du fric ! Un beau paquet de fric !

C'est bien ce que j'imaginais. Toute cette drogue et cet alcool viennent de là.

- Comment est cet homme ? Il t'a dit son nom ?

- Non, il m'a donné le fric et des papiers.

- Montre.

Elle désigne le buffet d'un signe de la tête. Je trouve facilement l'enveloppe. Je vois bien que le document qu'elle contient n'a rien d'officiel. Alice m'a rancardé à ce sujet, si je ne vois pas le sceau, alors rien n'atteste que le document soit fait par un avocat, ce n'est qu'un bout de papier sans valeur juridique.

Alec voulait donc me piéger d'une autre façon, me faire du mal viscéralement. Le bâtard !

- A quoi il ressemble ?

Tant que j'y suis, je lui vole le plus d'informations possible.

- Grand blond, beau garçon, très gentil.

Sa description ne ressemble pas à Alec mais je suppose qu'il est trop malin pour se déplacer en personne.
Je frotte mon visage. Je veux en finir avec ma mère et les questions, cette partie de la conversation sera sans doute la plus difficile.

- Parle-moi de mon père.

- Quoi ? elle s'étrangle.

- Je veux que tu me parles de mon père.

Je détache bien chaque mot pour qu'elle comprenne et mon ton est aussi limpide que possible.
Je suis surprise par sa réaction. Ses yeux luisent et ses sourcils se froncent. Ses mains tremblent plus encore si c'est possible et elle entrelace ses doigts pour les immobiliser.
Nous n'avons jamais abordé ce sujet parce que nous n'avons jamais eu de vraie conversation. Si c'est la dernière fois que je la vois, alors je dois savoir. Lui aussi, ou du moins son absence, fait partie de mon histoire.

- Qu'est-ce que tu veux savoir ? demande-t-elle avec dédain.

- Tout.

Elle soupire, exaspérée. Elle prend son souffle et commence.

- J'ai rencontré ton père dans une soirée donnée dans la petite ville dans laquelle j'habitais. A cette époque j'étais une fille tout à fait ordinaire.

Ça signifie qu'elle ne buvait pas et ne se droguait pas. Je sais lire entre les lignes.

- J'avais à peine dix-huit ans. Ton père terminait ses études de police. Je n'avais pas la permission de sortir tard. Tu n'as pas connu mes parents, ils n'étaient pas riches, au contraire, et sous prétexte qu'ils voulaient ce qu'il y avait de mieux pour moi, leur éducation était stricte et sévère. Je n'avais pas le droit de sortir comme mes amies, ils avaient peur pour moi.

Effectivement ses parents ne devaient pas être des gens faciles. Tout ça s'est passé il y a une vingtaine d'années, on est loin du moyen-âge quand même !

- Comme moi, ils ont tout de suite été charmés par sa conversation, son élégance et sa situation. Alors quand il a proposé que nous vivions ensemble seulement deux semaines après notre rencontre, mes parents n'ont trouvé rien à redire. A moi ils ne me faisaient pas confiance, mais ils avaient une confiance aveugle en lui qu'ils venaient juste de rencontrer.

Je suis étonnée que les informations de ma mère soient si claires. On dirait qu'elle revit ses souvenirs.
Je me demande quand tout ça a commencé à merder parce que pour l'instant, même si ses parents sont sévères, tout parait rose dans la vie de ma mère.

- J'étais jeune et naïve et ton père me tournait la tête. Très vite je suis tombée amoureuse de lui.

Mes parents étaient amoureux… du moins ma mère l'était… je ne sais pas bien pourquoi cette information me soulage.

- J'étais décalée par rapport aux jeunes de mon âge à cause de mon éducation. J'attendais qu'il me fasse sa demande en mariage.

Je crois connaitre la suite de l'histoire. Il l'a engrossé, s'est rendu compte qu'il ne supportait ni l'enfant ni la mère, il s'est barré et ma mère a refait sa vie à San Francisco.
C'est tellement cliché. Mais à quoi pouvais-je bien m'attendre de sa part ?

- Mes parents étaient convaincus que ton père était un homme bon et qu'un jour il finirait par m'épouser. Je le croyais moi aussi. Et puis, je suis tombée enceinte de toi, on ne s'y attendait pas. Ton père n'a pas accepté que je garde l'enfant et mes parents non plus. J'ai dû partir, seule, sans un sous. Voilà.

Elle tend la main pour prendre un autre verre mais cette fois je saisis la bouteille. Elle me prend vraiment pour une conne !

- Ça ne colle pas.

Elle fronce les sourcils.

- Bien sûr que si ! Ils m'ont tous laissé tomber, j'ai dû me débrouiller toute seule, sans personne.

- Mon père m'a reconnue, je porte son nom. Il n'a pas pu te laisser tomber avant que je naisse.

Parmi les scénarios que j'avais imaginés, parce que je dois bien avouer que j'en ai imaginé des centaines, j'ai toujours pensé que le plus probable était que mon père avait quitté ma mère parce qu'il ne me supportait pas quand j'étais bébé. De moins point de vue, je n'étais pas digne d'être aimée puisque ma mère n'avait pas ce genre de sentiment pour moi. J'étais forcément la cause de leur séparation.
J'ai eu le temps de réfléchir à tout ça, elle ne peut pas me berner si facilement.

Elle se tortille sur le canapé, mal à l'aise et nerveuse.

- C'est moi qui ne voulais pas d'enfant. J'étais amoureuse de ton père mais je voulais qu'on se marie, je voulais qu'il me prouve et qu'il prouve à tout le monde qu'il m'aimait autant que je l'aimais et je voulais aussi vivre ailleurs, partir aussi loin que possible de mes parents que je détestais. Tomber enceinte ne faisait pas partie de mes plans.

Là son histoire devient plausible, elle ne m'a jamais aimée pas même quand j'étais dans son ventre et je me demande si elle aimait mon père ou s'il n'était qu'un prétexte pour fuir mes parents.
Je n'y pouvais rien. Qui que je sois, quoi que je fasse, cette femme n'aurait jamais eu aucune affection pour moi.

- Mais ce salaud n'a jamais accepté. Il disait qu'on n'avait pas les moyens, que rien ne nous empêchait de vivre ensemble avec notre enfant sans nous marier, qu'on partirait plus tard quand il serait assez expérimenté pour monter en grade. Le pire, c'est que mes parents le soutenaient, il avait réussi à amadouer mes parents si stricts, si pleins de moralisme quand il s'agissait de moi et si complaisants quand il s'agissait de lui.

Elle reprend son souffle. Je vois que ces souvenirs l'oppressent mais j'en ai rien à foutre, il faut qu'elle continue.

- Sers-moi un verre !

- Finis d'abord !

Je monte le ton. Tout ça est trop important pour qu'elle l'abrège.

- J'ai essayé de me débarrasser de toi.

Son ton est presque haineux.

- Mais je n'y suis pas arrivée, je me suis rendue malade mais toi, tu t'accrochais.

Mon cœur se serre. Je sais que ma mère ne m'aime pas, qu'elle me déteste même, que j'ai toujours été gênante pour elle, mais l'entendre de sa bouche est une expérience horrible.
Je suis en ébullition, mon genou saute nerveusement et je fais appel à tout mon sang froid pour ne pas exploser.

- Tu es née à Forks, glorifiée par ton père et tes grands-parents alors que moi je me morfondais de ne pas être aimée à ma juste valeur. Le jour où j'ai pu sortir de l'hôpital, avant que ton père ne vienne me chercher, je me suis enfuie avec toi sous le bras. J'étais persuadée qu'il ne souffrirait pas si je partais seule et je voulais lui faire payer de ne pas s'occuper de moi, c'est pour ça que je t'ai emmené.

Une boule de rage vient serrer ma poitrine. J'ai envie de la traiter de tous les noms, de lui montrer à quel point elle a pourri mon existence avec ses idées tordues, mais je sais au fond que ça ne sert à rien. Elle n'en a rien à foutre de moi et de ce que je peux ressentir. Alors je ravale ma fureur comme je peux et j'essaie d'en finir vite.

- Comment il s'appelle ?

- Qui ? Ton père ?

- Oui mon père !

J'ai quand même du mal à garder mon calme.

- Ton père est décédé un an après mon départ. Il s'appelait Charles, Charles Swan.

Son air s'assombrit et si je ne la connaissais pas si bien, je pourrais croire que ça l'affecte.
Quant à moi, je ne sais pas vraiment quoi faire de cette information. Je suis seule, sans famille, je l'ai toujours été, que mon père soit vivant ou mort ne change pas grand-chose j'imagine. Cela explique tout de même le fait qu'il n'ait jamais cherché à me retrouver. Si j'en crois les dires de ma mère, et je ne sais pas bien jusqu'à quel point je peux les croire, mon père m'aimait. Dans un sens cette idée me réconforte.

Mais pour l'heure je ne peux plus rester là, j'étouffe.

- J'ai mis mon numéro de téléphone sur le frigo, si quelqu'un te contacte et qu'il est question de moi tu m'appelles.

- Et pourquoi je ferais ça ? Au moins lui, il m'a donné du fric !

Cette femme est abjecte, je n'ai plus aucune haine envers elle ni aucune compassion, juste de la pitié et un profond mépris.

- Tu le feras parce que je te donnerai le double d'argent qu'on te proposera et qu'en plus, la prochaine fois qu'on se verra, je risque d'être bien moins patiente maintenant que je sais à quel point tu es répugnante !

Ses yeux s'assombrissent. Elle sait que je parle de l'arme et de la façon dont je pourrais m'en servir contre elle.

- Tu n'oserais pas, dit-elle sur un ton de défi.

- Ne me tente pas, je grince très sérieuse.

Ma main passe sur mon sac, à l'endroit exacte où se trouve le revolver.
Je vois l'éclat de peur dans ses pupilles, je sais qu'elle comprend que je ne plaisante pas.

- Tiens ! je balance 500 dollars sur la table. Ça c'est pour que tu fermes ta gueule. Je ne suis pas venue ici, on n'a pas discuté, tu ne m'as jamais vue. Est-ce que c'est bien clair ?

J'ai envie de la secouer dans tous les sens et en même temps j'éprouve du dégout à la toucher.
Elle hoche la tête. Je ne suis pas sûre de pouvoir lui faire confiance, non en réalité, je n'ai aucune confiance en elle mais quoi qu'il en soit, c'est le prix de mon affranchissement.

Je sors de l'appartement sans un regard en arrière ni même un regret mais avec une urgence vive.

Au pied de l'immeuble, je ne peux plus me retenir, je vomis mes tripes. J'ai l'estomac vide et c'est douloureux, mais pas plus douloureux que ce que je viens d'entendre. Je m'accroche au mur pour ne pas flancher, je serre mon ventre, je suis en sueur et tremblante. Les larmes dévalent mes joues sans que je ne m'en aperçoive vraiment.
Quand les spasmes se calment, je poursuis mon chemin en marchant rapidement. Les larmes coulent toujours. J'essuie mes joues avec rage et accélère encore le pas jusqu'à courir.

Je ne peux pas dire à quel point je suis déçue, meurtrie, ni à quel point je me sens désespérément seule mais je sais que je dois en passer par là.
Je vais aller mieux, il le faut.

Je regagne mon appartement dans un flou cotonneux. Il me semble vide d'une façon particulière. Je pense aussitôt à Edward et je suis encore plus émue.
Edward a cet effet sur moi, il me trouble, fait ressortir mes émotions, mais je me suis aperçue, même si ça a été difficile, que sa présence me réconforte.

J'ai honte d'avoir pleuré, de m'être montrée si faible, mais quand j'y réfléchis, je sais que je n'ai rien à craindre d'Edward. Il ne me juge pas et il me console, il reste attentif à mes besoins sans rien demander, sans se plaindre ou me brusquer. Je ne dois pas avoir peur d'être moi-même avec lui.

Il m'aime bordel ! Qu'est-ce que j'attends de plus ?

Pour la première fois depuis que je suis partie, je consulte mon téléphone. J'ai besoin de savoir qu'il a appelé, qu'il s'est soucié de moi. C'est foutrement égoïste mais j'ai besoin de savoir qu'il sera là, toujours, même quand je suis la pire des garces.

J'ai un nombre incalculable d'appels d'Emmett, de Jasper et de Carmen.
Un message attire mon attention. Il vient d'un numéro inconnu :
« Mon cadeau te plait ? Tu devrais réfléchir à deux fois avant de t'en prendre à plus fort que toi. Tâche de t'en rappeler à l'avenir. »
Je serre mon téléphone de toutes mes forces. Je n'ai pas besoin de signature pour comprendre qu'il s'agit de ce trou du cul d'Alec. J'ai envie de me venger, envie d'aller le trouver et de lui défoncer la gueule. Mais en réalité ça ne servirait à rien. Dans un sens, grâce à lui, je vais pouvoir passer à autre chose, laisser le passé derrière moi et avancer.

Je cherche un message d'Edward, mais aucun ne vient de lui. C'est louche et ma poitrine se serre à ce constat.
J'ai merdé, vraiment merdé, et cette révélation m'envoie un coup de poignard, droit dans le cœur.

J'appelle Edward. Je ne sais pas bien ce que je vais lui dire mais je sens d'instinct que quelque chose ne tourne pas rond et je dois m'en assurer avant de devenir dingue.
Les sonneries s'enchainent les unes après les autres et son répondeur s'enclenche.
Merde !
Je rappelle, prise d'une frénésie difficilement contrôlable. Même topo. J'appelle encore et encore mais il ne répond toujours pas.
J'essaie de me rassurer, peut-être qu'il dort et qu'il a laissé son téléphone sur silencieux, ça lui arrive parfois… non ça ne lui arrive jamais… mais peut-être…

Je décide de laisser un message. Je ne sais pas trop quoi dire, je me sens intimidée, perdue.

« Edward… je... je voudrais rentrer à la maison. »

Ma voix est un murmure, je me sens grotesque.
D'habitude je ne lui téléphone pas, je passe chez lui et il est toujours là pour moi, toujours.
Je ressors et me dirige chez lui, emplie d'un espoir imbécile, impatiente, fiévreuse.
Devant sa maison, je sonne plusieurs fois. J'attends longtemps avant de réaliser l'évidence.

Je trépigne. Il y a bien quelque chose à faire, il y a forcément quelque chose à faire.

Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que j'ai foutu ?

Je rebrousse chemin pour me rendre chez Emmett. Il doit avoir une solution, un début de résolution du problème, Emmett a toujours réponse à tout.
Je suis dans un état second, j'avale les kilomètres à pied sans m'en rendre compte.

J'ouvre la porte de son immeuble et je gravis les escaliers en criant : « Emmett ! Emmett ! »
Il se précipite sur moi dès que j'entre dans l'appartement.

- Bella… Putain tu m'as fait peur…

La seule raison pour laquelle je ne le repousse pas est que je le sens soulagé, profondément soulagé, et je comprends que mon silence l'a angoissé, que mon départ précipité et sans explication est d'une absurdité flagrante.

Quelle putain de tarée…

Là encore, quelques larmes m'échappent mais je ne m'effondre pas.
Fébrile, je m'accroche au cou d'Emmett de toutes mes forces.

- Emmett, dis-je essoufflée. Où est-il ?!