La poupée échappée
Résumé : La vie est toujours semée d'obstacles. , Facile à franchir, d'autres, qui semblent insurmontables. Lorsqu'Emily réapparait vivante des mains d'un violeur et tueur en série après sept mois de séquestration et de tortures, l'équipe prend conscience que rien n'est plus difficile que de devoir maintenir et réparer une famille déchirée.
Pairing: JJ / Emily (mais, sachez que ce n'est pas la base de l'histoire, donc ça prend du temps avant qu'il y est quelque chose de concret…)
Avertissement: Rien ne m'appartient.
Note: C'est centrée principalement sur le personnage d'Emily, mais pas uniquement. Toute l'équipe sera présente. J'adore Emily, c'est mon personnage préféré dans toute la série. Elle a quelque chose d'unique en son genre, je trouve, cependant, j'ai toujours pensé qu'elle était trop caricaturée, souvent encore plus dans les fics. J'ai donc voulu travailler sur son personnage. Lui donner une autre approche. Vous allez peut-être trouver cela étrange, mais ici, Emily ne sera pas dépeinte comme un «super-héros» insensible et invincible, mais plutôt comme quelqu'un d'humain.
Ici, même si elle sera forte, parce qu'on n'enlève pas à Emily tout ce qui lui appartient, elle aura des limites à ce qu'elle peut encaisser, comme tout être humain. Elle va subir des choses atroces et, j'estime que personne ne pourrait en ressortir entièrement indemne. Alors, gardez à l'esprit que dans cette fic, elle est avant tout, et surtout, une victime. J'espère que vous prendrez quand même plaisir à lire cette histoire.
La publication sera très espacée, je ne suis qu'au début de cette histoire et je ne sais absolument pas combien de chapitre elle comptera. Mais, même si ça prend du temps, je tâcherais de la terminer. Je n'oublie pas Sombre Secret, mais je suis un peu dans une impasse pour cette fic.
Bonne lecture à tous.
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Prologue
« Pour connaître toute sa force, l'homme a besoin d'avoir à combattre quelque chose d'un peu impossible à vaincre. » Un voyage autour de mon jardin (1845) d'Alphonse Karr.
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Les poumons en feu, la respiration sifflante et la bouche sèche elle avait plus vraiment conscience de ce qui l'entourait. Ses pieds nus foulaient le sol de terre, les branches fouettaient son corps douloureux, mais rien n'était plus important que de continuer à courir.
Elle retenait difficilement les sanglots qui s'amoncelaient dans sa gorge, accélérant encore sa foulée –si c'était possible- alors qu'un frisson d'effrois traversait son échine à l'idée que son agresseur pouvait la talonner de près. Elle n'avait aucune idée de l'endroit où elle se nourrit, ni même de celui où elle devait aller. La seule choisi dont elle était sûre, c'était qu'elle devait fuir, vite.
Le bruit d'une branche qui craque dans la pénombre de la nuit lui parvint et, la terreur rongea son ventre. Elle se déconcentra une seconde, faisant naviguer ses yeux autour d'elle, sondant les bois. Elle alla jusqu'à risquer un coup d'œil derrière elle, déjà terrorisée que son tortionnaire l'ait rattrapée. Malgré l'adrénaline qui faisait fonctionner ses membres, l'angoisse et l'épuisement la firent trébucher dans l'une des racines qui sortait de la terre.
Surprise, elle chuta brutalement au sol, se tordant une cheville dans la manœuvre. Elle eut à peine conscience de la douleur qui irradia son corps déjà passé alors qu'elle s'effondrait, tête la première. Un cri passa la barrière de ses lèvres et elle se recroquevilla légèrement sur elle-même, sonnée, sentant le peu d'énergie qui possède habité s'évaporer.
Elle était essoufflée, agrippant le devant de sa poitrine alors que ses poumons se vidaient et se remplissaient douloureusement. Sa vision devint floue et elle sentit la panique la gagner. Le peu de force qu'elle avait, gagnée par l'adrénaline qui avait envahi son corps à l'idée de prendre la fuite, la quitta, tous ses membres refusant de lui obéir. Elle était épuisée, avait mal partout pourtant, tout en elle hurlait qu'elle devait se relever et se remettre à courir quand le bruit d'un craquement résonna, à nouveau, faisant bondir son cœur et son estomac.
Elle se sentit soudainement prise au piège alors qu'elle était incapable de bouger, ses jambes ne répondent pas aux signaux qu'essayait d'envoyer son cerveau, ayant à peine assez de force pour continuer à respirer. Les lourds sanglots qui obstruaient sa gorge jusqu'à présent passèrent la barrière de ses lèvres sans qu'elle ne puisse les contrôler, des larmes dévalant ses joues creuses et sales lorsqu'une paire de main entra en contact avec la peau nue d'une de ses épaules. Son souffle se coupa, sa respiration devint laborieuse au point qu'elle pensa s'étouffer, une seule pensée traversant son esprit engourdis avant qu'elle ne s'évanouisse: elle allait mourir.
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Chapitre 1
Le sommeil agité qui habitait depuis sept mois maintenant, fut soudainement coupé par la sonnerie stridente de son téléphone portable. Celui-ci concerneait dans tous les sens sur sa table de chevet à cause du vibreur, avant que la sonnerie ne reprenne une deuxième fois, le volume augmentant en intensité. JJ s'en empara rapidement avec un grognement, épuisée, elle accepte l'appel et le porta à son oreille sans regarder son émetteur, pour elle, cela ne peut être que Hotch.
Cependant, elle se redresse vivement dans son lit, allumant la petite lampe sur sa table de chevet lorsque la voix à l'autre bout de la ligne ne fut pas celle attendue. Elle fronça les sourcils, décollant l'appareil de son oreille pour jeter un coup d'œil au numéro qui s'affichait sur son écran. Elle inspira légèrement, son souffle restant bloqué dans le creux de sa gorge visible se rendit compte qu'elle ne connaissait pas l'appelant. Il était à peine cinq heures du matin et l'intonation dans la voix de l'homme de l'autre côté du téléphone, lui indiquait que ce n'était certainement pas appel de courtoisie, mais probablement plutôt l'inverse. Il n'était pas question d'un chef de police qui l'appelait aux aurores pour lui demander ses services ainsi que ceux de son équipe et,
Elle déglutit, se mordant la lèvre inférieure. Une sourde angoisse lui noua soudainement l'estomac et elle retint à peine un souffle tremblant.
- Allo?
La voix de l'homme résonna, de nouveau, dans les hauts enceintes de son téléphone et elle reporta aussitôt l'appareil à son oreille.
- Oui, je vous écoute, souffla-t-elle, son instinct lui hurlant, encore une fois, qu'il ne présente pas d'une bonne nouvelle.
Ça faisait des mois qu'elle et l'équipe redoutaient ce coup de téléphone.
- Vous êtes bien Jennifer Jarreau?
Le ton était poli et doux, beaucoup trop doux. Elle reconnaissait parfaitement les intonations hésitantes et compatissantes qu'elle prenait elle-même avec les victimes, lors de leurs propres enquêtes. Elle ferma brièvement les yeux, son estomac ayant un soubresaut désagréable.
- Oui, finit-elle par répondre simplement. C'est bien moi.
L'homme mit un instant avant de répondre. Finalement, il se racla légèrement la gorge, puis se lança.
- Bonjour. Je… Je suis l'inspecteur Colins, de Washington. Je sais qu'il est très tôt et je suis vraiment désolé de vous dérangez à une heure pareille mais…
Il fit une pause, reprenant son souffle. Il était évident qu'il ne savait pas comment poursuivre et cela angoissa encore plus JJ. Elle sentit des larmes inonder ses yeux, une boule obstruer sa gorge la forçant à déglutir sans qu'elle ne réussisse à soulager sa gêne. Elle n'avait plus aucun doute maintenant et elle ne savait pas si elle voulait vraiment poursuivre cette conversation ou y mettre un terme, avant que cet inspecteur ne lui annonce la terrible nouvelle qu'elle et l'équipe redoutait d'apprendre depuis sept mois.
Bon sang ! Ils avaient tellement espérés un miracle. De par leur métier ils auraient tous dû se faire à l'idée que c'était impossible pourtant, chacun avaient bêtement cru que cela ne toucherait jamais leur famille. JJ se demanda soudainement ce qui était le pire. L'ignorance dans laquelle ils avaient vécu pendant ces sept derniers mois, ou l'inévitable vérité que cet inspecteur allait lui révéler.
- Madame ?
La voix de l'homme la fit cligner des yeux, la tirant de ses sombres pensées.
- Oui ? répondit-elle, la gorge nouée.
- Je sais que cela va être difficile, continua Colins, mais il y a sept mois, vous avez bien déclaré, vous et votre équipe, la disparition de votre amie Emily Prentiss, c'est bien ça ?
Le souffle de JJ eut un accroc alors que sa poitrine se serait douloureusement. Elle déglutit, incapable de répondre, craignant que les sanglots qui s'accumulaient dans sa gorge ne la submerge si elle prononçait un mot.
- Madame ? insista toutefois Colins, lorsque son silence sembla certainement trop long.
JJ inspira et expira profondément avant de réussir à sortir un son.
- Oui, articula-t-elle, je suis toujours là.
Elle passa sa langue sur ses lèvres sèches, des larmes s'échappant de ses yeux.
- Vous l'avez retrouvée, c'est ça ? demanda-t-elle ensuite, la voix tremblante. Elle… Elle est… morte…
Elle réprima difficilement un sanglot. C'était leur peur la plus grande, à tous… A elle encore plus. Emily avait disparu sans laisser aucune trace, comme volatilisée dans les airs et, même si chacun savaient que c'était impossible, ils n'avaient trouvés aucunes pistes à suivre. Ils avaient passés des semaines à la chercher, retraçant ses moindres faits et gestes sans aucun succès. Pour la première fois depuis longtemps, ils s'étaient retrouvés impuissants.
Perdre Emily sans pouvoir faire quoique ce soit avait soudé leur groupe un peu plus tout en les rendant plus distant et méfiant avec les autres, mais cela avait laissé une plaie béante au sein de leur famille. Rossi, pour éviter de laisser sa colère éclater, s'était enfermé dans l'écriture d'un nouveau roman. Morgan abattait plus de murs qu'il n'avait de maison, Reid était plus renfermé que jamais, lui-même ayant été une victime entre les mains d'un tortionnaire. Il était facile pour lui d'imaginer ce que pouvait vivre Emily entre les mains des siens, sans pouvoir rien faire pour l'aider. Quant à Garcia, elle était inconsolable, d'autant plus qu'elle se sentait responsable de la disparition d'Emily.
Finalement, sur ordre de leurs supérieurs, ils avaient dû relayer leur recherche à une autre équipe pour qui Emily n'était pas une priorité. Hotch, avec l'aide de Rossi, avait bien essayé de s'y opposer, mais il avait dû s'aplatir au risque de se voir être mis à pied, rongeant sa colère en silence. A cause du passé de la brune, la nouvelle équipe chargée de la retrouver pensait qu'elle avait probablement encore pris la fuite, l'absence de pistes et de preuves les menant à cette conclusion facile.
Mais pour JJ et son équipe c'était autre chose, ils en étaient persuadés. Après ce qui s'était passé avec Doyle, Emily n'aurait jamais commis la même erreur une deuxième fois. Pour eux, ça ne faisait aucun doute : elle avait été enlevée sans qu'ils n'arrivent à trouver comment, où et pourquoi. Et, chose encore plus angoissante, ils savaient ce qui était réservé aux victimes de ce genre d'enlèvement. Plus les jours passaient, plus les chances de retrouver Emily indemne s'amenuisaient. Puis, les jours étaient devenus des semaines et après sept mois, JJ n'avait plus aucun espoir.
Elle tourna la tête vers sa table de chevet, ses yeux tombant sur le petit cadre photo faiblement éclairé par la lampe. Sans qu'elle le veuille vraiment des images d'Emily traversèrent son esprit, ces dernières encore plus réelles que les nombreux rêves qu'elle faisait, nuit après nuit. Il lui était inconcevable d'imaginer cette femme forte et pleine de vie inanimée dans un sac mortuaire. Cette pensée lui retourna l'estomac, plus encore que d'envisager les tortures auxquelles la brune avaient dû être victime avant de succomber. JJ n'était pas encore prête pour entendre cette terrible nouvelle. Elle refusait l'idée même qu'Emily soit morte.
- Madame ! Vous m'écoutez ?
La voix de l'inspecteur Colins la tira brutalement de ses pensées, lui faisant prendre conscience des larmes qui coulaient abondamment le long de ses joues et, de sa respiration laborieuse sous les sanglots qu'elle retenaient toujours.
- Je… Je suis désolée… articula-t-elle difficilement. Je…
- Madame ! coupa Colins, elle est vivante !
Il fallut presque une minute entière pour que JJ assimile la nouvelle, ayant peine à y croire réellement après sept mois de séquestrations et probablement de tortures.
- Qu… Elle est… Comment ? Elle est… en vie ? finit-elle par souffler.
- Oui madame, répondit Colins, sans qu'elle ne prête attention à l'intonation de sa voix.
- Oh mon dieu ! expira JJ.
Elle sentit son corps s'engourdir, sa tête et ses épaules s'alléger d'un poids qu'elle n'avait pas eu conscience de porter.
- Je… Je dois prévenir le reste de la famille… c'est…
- Madame, coupa Colins, une fois de plus.
Cette fois, quelque chose dans le ton de l'inspecteur interpella la blonde, éveillant en elle la profileuse endormie. La peur revint au galop et elle se sentit s'affaisser sur place.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle doucement.
- Votre amie a été conduite il y a deux jours à Bethesda. Elle y est hospitalisée depuis.
- Depuis deux jours, répéta la blonde qui sentit la colère enflammer son ventre.
- Oui madame, approuva Colins. Je suis désolée, mais étant inconsciente, elle n'a pas été en mesure de nous fournir son identité. Il a fallu un peu de temps pour que nous découvrions qui elle était.
L'inspecteur fit une pause, laissant à JJ l'opportunité de se lever. Le cœur battant la chamade, elle courut jusqu'à son armoire, attrapant au vol les premiers vêtements qui lui tombaient sous la main. Finalement, Colins reprit alors qu'elle fermait le bouton de son jean.
- Suite aux résultats de l'examen médical une enquête a été ouverte et, j'aimerai m'entretenir avec vous et votre équipe… le plus tôt possible.
JJ fronça les sourcils. Il était évident que la brune était, à présent, l'objet d'une affaire et, même si la blonde était soulagée de savoir son amie en vie après sept mois de chagrin et d'angoisse à l'idée de découvrir, un jour, son cadavre, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir mortifiée à l'idée de voir son visage sur l'une des photos à l'intérieur d'un dossier. Malheureusement, c'est ce qu'était Emily maintenant : une survivante… une victime et JJ savait pertinemment ce que cela voulait dire. Cependant, même si elle comprenait l'inspecteur Colins, il y avait des choses plus urgentes avant tout.
- Madame ? fit Colins, sa voix résonnant sinistrement aux oreilles de JJ.
- Oui, répondit-elle, désolée. Je… Nous devons d'abord voir Emily.
- Je comprends votre impatience mais, il me semble primordiale de vous voir...
- Inspecteur Colins…
- C'est très important ! coupa ce dernier. Peut-être pouvons-nous nous rencontrer dans la matinée… ? Après votre passage à l'hôpital ?
- Oui… Oui d'accord. Je vais enregistrer votre numéro et je vous recontacte dès que nous serons disponibles.
Elle attendit à peine la réponse de l'homme avant de raccrocher, le cœur battant la chamade. Elle avait encore du mal à réaliser ce qui se passait et, maintenant, il était de sa responsabilité de prévenir les autres. Elle inspira profondément, ses yeux s'égarant une nouvelle fois vers la photo sur sa table de chevet. Submergée par ses émotions, JJ secoua doucement la tête, passant sa langue sur ses lèvres puis, rapidement, elle appuya sur la touche raccourci de son téléphone, porta l'appareil à son oreille et attendit que la personne de l'autre côté de la ligne réponde à son appel.
Cela ne mis pas longtemps, habitude professionnelle certainement, avant que la voix de Hotch ne se fasse entendre. Cependant, la blonde se retrouva étrangement muette, une boule dans la gorge et le ventre noué. Depuis la disparition d'Emily, elle s'était plusieurs fois imaginé cette scène, lorsqu'elle avait encore l'espoir de la retrouver vivante mais, il s'avérait que c'était loin d'être comme dans ses rêves. Un sanglot passa la barrière de ses lèvres, inquiétant soudainement le chef d'équipe.
- JJ ! Qu'est-ce qui se passe ? fit-il d'un ton brusque et plus haut.
Il fallut un instant à la blonde pour retrouver ses esprits. Bon sang ! Elle était heureuse de savoir Emily vivante pourtant, elle ne ressentait aucune joie à l'annoncer.
- JJ ?! claqua, de nouveau, la voix de Hotch.
La blonde cligna des yeux et finit par souffler :
- Oui… Désolée.
- Quelque chose ne va pas ? qu'est-ce qui se passe ?
L'instinct naturel de Hotch s'était aussitôt éveillé, ce dernier s'étant considérablement aggravé depuis le drame.
- JJ, tu as besoi…
- Ils l'ont retrouvée, articula-t-elle doucement.
Elle inspira profondément, ses yeux ne quittant toujours pas la photo sur sa table de chevet.
- Hotch… Ils l'ont retrouvée ! répéta-t-elle un peu plus fort alors que ce dernier n'avait eu aucune réaction la première fois.
- Comment ?... Où ? fit-il enfin après un moment de silence, visiblement sous le choc, lui aussi. Est-elle…
- Elle est vivante ! coupa JJ. Je viens de recevoir le coup de téléphone d'un inspecteur de police de Washington. Elle serait hospitalisée à Bethesda… depuis deux jours.
- Deux jours, grogna presque Hotch.
- Je ne comprends pas non plus, répondit JJ. Apparemment, étant inconsciente, c'est le temps qu'il leur a fallu pour découvrir qui elle était.
Elle ne reçut aucune réponse cependant, elle perçut nettement le bruissement de déplacements. Comme elle, une fois le choc passé, il avait dû se précipiter sur les premiers vêtements à sa disposition. Finalement, la voix de Hotch résonna, de nouveau, à son oreille.
- Je préviens Reid et Garcia. Tu te charges de Morgan et Rossi ?
- Oui.
- On se retrouve à l'hôpital, dans une heure.
JJ n'eut pas besoin de répondre. Ils raccrochèrent chacun de leur côté et, avant de composer le numéro d'un de ses amis, elle s'empara de son petit cadre photo. Le cliché remontait à il y a presque deux ans. Une des rares photos que JJ avait réussies à avoir d'Emily.
Ça avait été un dimanche ordinaire. Aucune affaire en cours, ils avaient tous profités d'un pique-nique ensemble. A la fin du repas, Hotch et Morgan avaient cédés à Jack pour improviser un match de football pendant que les deux blondes discutaient tranquillement, à côté de Reid et Rossi qui avaient entamé une partie d'échec. Et à quelques mètres d'eux, assez loin pour être légèrement isolée, mais pas assez pour être entièrement exclue, Emily était assise dans l'herbe, adossée au tronc énorme d'un chêne, lisant l'un des nombreux livres qu'elle avait en attente.
Malgré l'attention qu'elle portait à sa conversation avec Garcia, JJ avait eu bien du mal à détacher son regard de la brune, ce jour-là. Elle se rappellerait toujours des mots de sa meilleure amie, qui avaient eu raison de toutes ses hésitations.
- Tu devrais l'inviter à boire un verre un de ces jours, fit Garcia, un large sourire étirant ses lèvres.
- Quoi !? répondit JJ, surprise, détournant vivement son regard de la brune.
Garcia pencha légèrement la tête dans la direction d'Emily, cette dernière toujours plongée dans son livre, inconsciente de ce qui se disait sur elle.
- Tu devrais te lancer… avant que quelqu'un te devance, repris la technicienne. Elle est belle, lumineuse et pleine de vie… si tu veux mon avis, elle ne va pas rester célibataire éternellement.
- Co… comment… balbutia JJ, faisant rire Garcia.
La profileuse blonde pinça les lèvres tandis que sa meilleure amie reprenait.
- JJ… je pense que la seule personne qui ne soit pas au courant des sentiments que tu nourris… c'est elle, dit-elle gentiment, pointant la brune du menton.
- Tu veux dire…
Au lieu de lui répondre Garcia haussa les sourcils, acquiesçant lentement. Elle capta ensuite les regards peu discrets de Reid et Rossi. Elle ne pensait pas qu'ils se doutaient tous de ce qu'elle ressentait pour Emily mais, elle ne devrait pas en être surprise, après tout, il était question de profileurs. Ce qui l'inquiétait en revanche, c'était que la brune était aussi profileuse et, si ses amis avaient compris alors c'était certainement le cas d'Emily également.
Finalement, c'est le bruit caractéristique d'un flash qui l'a tira de ses pensées et elle porta son attention sur Garcia. Cette dernière agita l'écran de son téléphone portable devant son nez, un large sourire aux lèvres. Elle était visiblement contente d'elle et JJ haussa un sourcil en voyant le cliché. Elle pinça les lèvres, jalouse et frustrée de ne pas avoir saisi l'occasion, elle aussi.
- Ne t'inquiète pas Boucle d'or, souffla Garcia, je vais t'en faire un joli portrait.
Et c'est ce que fit la technicienne. C'était une petite photographie, pas plus de dix sur quinze, en noir et blanc, mettant en valeur le contraste physique naturel d'Emily. Sa peau blanche se détachant sous la noirceur de ses longs cheveux. Captivée par son livre, elle était inconsciente du monde extérieur, mordillant sa lèvre inférieure, ignorante de la beauté qu'elle dégageait. JJ caressa la photo du bout de l'index. Après cette journée, la blonde avait décidé de suivre les conseils de Garcia. Elle y avait été doucement, tâtant d'abord le terrain car, même si elle était prête à essayer, elle ne voulait pas non plus se faire humilier.
Elle s'était rapprochée de la brune, profitant de n'importe qu'elle occasion pour multiplier les contacts et, pour son plus grand plaisir, Emily avait semblé réceptive. Lorsque cette dernière avait disparu, JJ n'avait pas encore sautée le pas à l'inviter, cependant, il était plus qu'évident que ce n'était qu'une question de temps. Cette photo avait été tout ce qui lui restait de la brune après sa disparition, son unique trésor.
Il n'y avait rien de plus merveilleux que de savoir Emily vivante, mais rien n'était plus angoissant encore que de se demander dans quel état ils allaient la récupérer. JJ reposa doucement le cadre, reportant son attention sur son téléphone. Peu importe ce que la brune avait vécu, l'état de sa santé, qu'elle soit mentale ou physique, elle serait là pour elle, à chaque instant. Elle appuya rapidement sur le numéro abrégé de Morgan et porta l'appareil à son oreille, écoutant distraitement la tonalité résonné dans son tympan avant que la voix groggy de sommeil de son ami ne se fasse entendre.
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Deux heures plus tard, ils se retrouvaient tous dans le hall de l'hôpital Bethesda. Chacun arborait un air fatigué, des visages pâles et cernés pourtant, pour la première fois depuis sept mois, une nouvelle étincelle faisait briller leur yeux : celle de l'espoir. Morgan fut le dernier à arriver et, une fois à leur hauteur, il s'exclama :
- Est-ce que vous avez déjà parlé à quelqu'un de l'hôpital ?
L'urgence dans sa voix fit écho à celle qu'ils ressentaient tous et ils secouèrent la tête pour lui répondre, l'ayant attendu avant d'aller chercher les réponses qu'ils désiraient. Il s'approcha aussitôt de Garcia et entoura ses épaules d'un bras réconfortant, celle-ci semblant encore plus éteinte que ces sept derniers mois, ce qui était plutôt inquiétant vis-à-vis de son caractère normal.
Depuis la disparition d'Emily, Garcia n'était plus la même et, le fait qu'elle se jugeait responsable de ce qui était arrivé, ainsi que la froideur avec laquelle JJ la traitait, n'arrangeait pas son état. Il se tourna d'ailleurs vers cette dernière, qui se trouvait aux côtés de Reid, ignorant volontairement sa meilleure amie. Morgan retint un soupir de frustration. Dans un sens, il comprenait le comportement de JJ mais, cela ne voulait pas dire qu'il l'acceptait.
Ils avaient tous essayés d'améliorer la situation, de faire entendre raison à la profileuse blonde sans que celle-ci n'en fasse grand cas. Ils avaient gérés assez de personnes provenant des familles des victimes pour savoir parfaitement qu'ils ne pouvaient pas lui dire comment réagir et Garcia le savait, elle aussi. Peut-être que c'était pour cela qu'elle se mettait de côté, voulant passer inaperçue. Morgan essayait de les soutenir toutes les deux, chacune à sa façon mais, rien n'était plus difficile que de gérer la colère de JJ et la culpabilité de Garcia. Avec le retour d'Emily, il espérait, au fond, que cela les aiderait à se réconcilier.
C'est la voix de JJ, s'adressant à la secrétaire de l'accueil, qui tira Morgan de ses pensées. Adressant un léger sourire à Garcia, qu'il espérait tout aussi confiant que réconfortant, il rejoignit les autres auprès du bureau. Une jeune femme, brune, les yeux vert, bien trop pimpante à une heure si matinale pour Morgan, les regarda chacun leur tour avant de répondre à JJ, celle-ci venant de lui demander à quel service avait été admise Emily.
- Troisième étage. Adressez-vous au secrétariat pour connaître la chambre.
- Bien, merci, répondit JJ, un sourire poli étirant ses lèvres.
Ils prirent l'ascenseur dans un silence pesant, chacun plongés dans leurs pensées, l'inquiétude rongeant leurs ventres. Ils arrivèrent rapidement à l'étage désiré, les couloirs de l'hôpital étant encore désert en dehors du personnel médical. Toutefois, ils ne passèrent pas inaperçu en arrivant au niveau du secrétariat. Les infirmières qui vaquaient à leurs occupations les observaient avec curiosité avant de détourner le regard.
Arrivé devant le bureau, JJ prit les choses en mains et les autres lui laissèrent naturellement la place, trouvant certainement cela normal. Elle se retrouva devant une femme d'une quarantaine d'année, brune, forte au visage rond et lumineux. Cette dernière adressa un rapide coup d'œil à JJ avant de reporter son attention sur son écran d'ordinateur.
- Bonjour, fit-elle toutefois. Je suis à vous dans une minute.
JJ acquiesça et se tourna vaguement vers ses amis en attendant que la secrétaire ait terminé ce qu'elle avait en cour. Lorsque la femme boucla son travail et se tourna enfin vers elle, elle le fit avec un sourire accueillant que la profileuse blonde trouva presque trop joyeux.
- Que puis-je pour vous ? demanda la secrétaire.
- Nous sommes là pour Emily Prentiss, répondit doucement JJ. Nous aimerions connaître le numéro de sa chambre.
Le sourire agréable de la femme disparu, devenant compatissant, ses lèvres se pinçant en une fine ligne.
- Oh… Oui, articula-t-elle. Avant de la voir, le docteur Manford a jugé préférable que vous vous entreteniez avec lui...
JJ haussa légèrement un sourcil et se tourna vers les autres, avant de reporter son attention sur la secrétaire.
- Bien… Est-il possible de le voir maintenant ?
- Vu l'heure, il a certainement commencé ses visites, acquiesça la secrétaire. Je vais le prévenir de votre présence.
- Merci, souffla JJ.
Après un dernier échange de sourire avec l'autre femme, la blonde se tourna vers ses amis et ils se regroupèrent dans la salle d'attente. La nervosité qui les habitait était presque palpable et savoir que le médecin d'Emily préconisait une entrevue avant qu'ils puissent la voir, n'arrangeait pas l'état de leurs nerfs. Dans un silence pesant ils investirent la pièce déserte, Garcia se laissant tomber lourdement sur une chaise, les yeux rouges plongés dans le vague. Reid s'assit à côté d'elle alors que Morgan s'appuyait contre le mur, passant ses mains sur son crâne chauve. La large et unique fenêtre qui donnait sur l'extérieur agressait leurs rétines fatiguées et Rossi se plaça à l'autre bout, appuyant ses coudes sur ses genoux tandis que Hotch restait debout, les mains dans les poches de son pantalon.
JJ, quant à elle, croisa les bras sous sa poitrine, serrant fermement les poings. Elle arpenta la pièce de long en large sans que personne n'ose lui dire quoique ce soit, guettant chaque personne qui passait devant dans l'espoir de voir le docteur Manford arriver rapidement. L'angoisse lui nouait l'estomac et, plus l'attente se faisait longue, plus elle perdait patience, se mordant la lèvre inférieure pour se contenir. Ce fut la voix de Hotch qui la tira de ses pensées quand il demanda :
- Que ta dit exactement l'inspecteur Colins lorsque tu l'as eu au téléphone ?
JJ déglutit et secoua vaguement la tête avant de répondre.
- Pas grand-chose. Il m'a juste prévenu qu'elle était vivante et avait été admise ici il y a deux jours.
- Deux jours ! s'exclama Morgan, se redressant du mur sur lequel il était appuyé. C'est une blague !? Il leur a fallu deux jours pour nous contacter ?
- Elle était inconsciente et incapable de donner son identité, ils ont dû faire des recherches pour savoir qui appeler.
- Sa disparition n'ait pas passé inaperçu, répliqua Rossi, qui était resté silencieux jusqu'à présent. En dehors d'être agent du FBI, elle est aussi fille de politiciens… ça a fait le tour des infos du soir pendant des mois… Son visage n'était pas inconnu.
- Je le sais bien, soupira JJ. Il est évident qu'après sept mois… elle a été oubliée par la population.
- Il n'a rien dit d'autre ? insista Hotch.
- Non.
JJ secoua, de nouveau, la tête et se détourna.
- Je n'ai pas poussé la conversation, avoua-t-elle doucement. Il m'a dit qu'elle était vivante et je voulais seulement… la voir.
- Ça n'engage rien de bon cette entrevue, n'est-ce pas ? souffla Reid.
Ce dernier, toujours assis tranquillement à côté d'une Garcia silencieuse, semblait presque irréel dans le décor. Son corps filiforme était raide sur son siège, ses longues mains serrées sur ses cuisses en deux poings. Il échangea un regard avec JJ, cependant, ni elle ni personne ne s'aventura à lui répondre. Finalement, après une attente qui parut interminable, un homme se présenta dans l'encadrement de la salle d'attente. Grand, sa longue blouse blanche lui conférant la prestance que tous les médecins ont sans le vouloir, avait un visage ovale dont les traits, bien que sévère, restaient doux. Des yeux noisettes, perçants, sous une épaisse tignasse rousse, il les détailla tous du regard une fraction de seconde avant de faire un pas dans leur direction.
- Bonjour, je suis le docteur Manford, se présenta-t-il. Je m'occupe d'Emily.
- Comment va-t-elle ? demanda aussitôt Hotch.
C'était la question qui leur brûlait les lèvres à tous. Cependant, l'angoisse leur noua rapidement le ventre lorsque le visage du médecin pris un air sombre.
- C'est délicat à dire, répondit-il avec délicatesse.
- Comment ça ? demanda Reid.
Ils observaient tous le docteur Manford, aussi tendus que des arcs, attendant avec angoisse sa réponse. Finalement, le médecin soupira doucement et enfonça ses grandes mains dans les poches de sa blouse.
- Premièrement, commença-t-il doucement, sachez que son état est stable. Nous avons notés plusieurs blessures, notamment d'anciennes fractures, certaines mal ressoudées qui lui laisseront probablement des douleurs.
Il laissa ses paroles en suspens, détaillant rapidement le visage de chacune des personnes face à lui. De son métier, en dehors de devoir annoncer la mort de son patient aux membres de la famille, c'était l'une des situations qu'il méprisait le plus.
- Elle est couverte d'hématomes, reprit-il après un instant, mais aucune hémorragie n'a été diagnostiquée. Cependant, nous avons dû immobiliser sa cheville droite à cause d'une entorse du ligament externe…
Il inspira, imaginant comment la jeune femme avait dû obtenir ce genre de blessure, et se racla doucement la gorge avant de poursuivre :
- C'est bénin, mais pour soulager la douleur nous lui avons mis une attelle.
Le docteur Manford les vit tous acquiescer avant que la voix du plus âgés du groupe ne résonne.
- Qu'a-t-elle d'autre ? demanda Rossi. Si vous vouliez nous voir en premier lieu… c'est bien parce qu'il y a quelque chose de plus.
Le docteur soupira légèrement, hochant doucement plusieurs fois de la tête. Il se passa la langue sur les lèvres et partit s'asseoir sur l'accoudoir d'un des fauteuils de la salle d'attente, les détaillant tous de son regard.
- Le premier examen médical réalisé lorsqu'elle est arrivée, commença-t-il, nous a évidemment révélé qu'Emily avait été retenue captive… Au vu des traumatismes, certainement pendant une très longue période.
- Ça fait sept mois qu'elle a disparu, articula lentement Morgan.
A ses côtés, Garcia semblait faite de marbre, tétanisée sur sa chaise, son teint devenu encore plus blanc que d'ordinaire. Ses grands yeux cernés étaient inondés de larmes, qu'elle n'essayait même pas de retenir. Morgan entoura ses épaules d'un bras et JJ se détourna d'eux, sentant son ventre se contracter, de chagrin mais aussi de colère. La voix du docteur Manford la tira de ses pensées et l'empêcha de s'attarder sur les émotions négatives qu'elle ressentait.
- Effectivement, acquiesça-t-il, les plus anciennes blessures remontent à ce laps de temps. Notamment une clavicule cassée, mal ressoudée, qui lui laissera des douleurs à vie.
- Vous ne pouviez pas faire quelque chose ? demanda Morgan.
Alors que le docteur Manford allait répondre, Reid lui coupa la parole, attirant l'attention de tout le monde.
- Cela aurait nécessité de casser, de nouveau, l'os pour le replacer correctement… Au final, ça aurait engendré plus de douleur.
- Oui, approuva Manford, c'est pourquoi nous avons jugés préférable de ne pas y toucher, ça mobilité n'étant pas affectée. Et puis… Elle va devoir gérer bien assez de douleur comme ça, sans en rajouter d'autre.
- Que voulez-vous dire ? interrogea JJ, la gorge nouée.
Manford étira légèrement les lèvres, plongeant son regard dans celui de la blonde en face de lui.
- Emily souffre de déshydratation ainsi que de malnutrition. Pendant de long mois elle va devoir suivre un rythme et un régime alimentaire adapté, pour que son corps se réadapte à recevoir de la nourriture et qu'elle retrouve un poids correct. Je vous préviens… ça ne va pas être facile.
- Pourquoi ça ? demanda Hotch, fronçant les sourcils.
- Le peu qu'elle ait ingéré depuis son admission ici a été instantanément rejeté et depuis, elle refuse de s'alimenter.
- C'est normal, répliqua Rossi. Elle doit surmonter le traumatisme qu'elle a vécu, ça va prendre du temps.
- Je suis entièrement d'accord, approuva Manford, mais cela risque de prendre beaucoup de temps. Vous allez devoir vous montrez patients, compréhensifs et…
- Et, quoi ? grogna Morgan, semblant à cran.
Le docteur Manford soupira. Il se frotta le front du bout des doigts. En l'espace de quelques secondes c'était comme s'il venait de prendre dix ans de plus, alors qu'il était évident qu'il rebutait à poursuivre ses révélations.
- Elle va avoir besoin d'aide, commença-t-il doucement, avant d'être coupé.
- Nous en sommes parfaitement conscients ! fit sèchement Hotch.
- Non ! Vous ne comprenez pas, répondit Manford. Elle va avoir besoin d'une aide psychologique. Mon personnel et moi-même avons passés des heures à soigner son corps. Les blessures ne mentent pas.
- Que voulez-vous dire ? craqua JJ, croisant les bras.
Son cœur battait si vite dans sa poitrine que ça en était douloureux, puis la voix du docteur Manford la ramena brutalement à la réalité.
- Elle a était torturée… sexuellement.
- Oh mon dieu !
Les réactions ne se firent pas attendre et furent diverses. JJ écarquilla les yeux, choquée. Elle tourna instinctivement la tête vers Garcia, qui venait de s'exclamer pour la première fois depuis leur arrivée à l'hôpital. Les mains recouvrant son visage, elle était dévastée et, JJ, dans la tourmente de son propre chagrin fut presque contente de la douleur qu'éprouvait son amie. Morgan entoura aussitôt la technicienne de ses bras. Il arborait un air fermé, une colère froide, inquiétante, tout en essayant de réconforter la blonde. Reid était penché en avant, la tête entre ses mains, les épaules secouées par des sanglots qu'il ne retenait pas. Rossi et Hotch étaient tétanisés sur place, les seuls à n'afficher aucun sentiment malgré ce qu'ils devaient réellement ressentir.
JJ, quant à elle, ne savait pas quoi faire. Elles tremblaient de tous ses membres, incapable d'analyser toutes les émotions qu'elle sentait monter en elle. Emily… Son Emily, la femme qu'elle aimait depuis des années, torturée, violée… JJ était dépassée, dévastée, c'était horrible, mais Emily était vivante et c'était le plus important… C'était suffisant.
- Je veux la voir ! souffla-t-elle doucement.
Elle fit un pas vers la porte de sortie. Emily avait besoin d'elle. Plus que jamais, la brune avait besoin d'une présence rassurante auprès d'elle, quelqu'un qui pourrait repousser l'horreur de ce qu'elle avait vécu pendant ces sept derniers mois.
- Je veux la voir ! répéta-t-elle plus fort.
Cependant, avant qu'elle ne puisse quitter la pièce, elle se fit arrêter par le docteur Manford.
- Madame, fit-il, avant ça, vous devez réellement être préparée.
- Préparé à quoi ? gronda-t-elle. A faire face à une victime traumatisée ? J'ai parfaitement compris ! Je sais comment ça se passe.
Le docteur Manford ne se formalisa pas de l'agressivité de JJ. A la place, il soupira doucement et plongea son regard dans les deux grandes prunelles bleues gorgées de larmes.
- C'est toujours différent lorsqu'il est question d'une personne proche, répondit-il gentiment.
- Elle a besoin de nous… de moi, souffla JJ, la gorge nouée.
- Oui, acquiesça Manford. Plus que jamais elle a besoin d'être entourée des personnes qui l'aime mais, avant que vous ne la voyiez, il faut que vous soyez préparé à ses possibles réactions.
- Ses réactions ? fit Hotch.
- Elle s'est montrée agressive… à cause de la peur, répliqua le docteur Manford. Elle n'avait pas conscience de l'endroit où elle se trouvait. Nous avons été obligés de la mettre sous sédatif.
- Vous l'avez droguée ?! gronda Reid d'un ton sec, que ses amis ne lui connaissaient pas.
- C'est la seule façon que nous avons eu pour la calmer.
Pour sa défense, le docteur Manford semblait culpabiliser assez pour que ni Reid, ni les autres ne lui sautent plus à la gorge. D'une certaine façon, cet homme n'avait fait que son travail avec les capacités et les connaissances qu'il avait par rapport à la situation présente devant lui. Pourtant, sous les regards noirs de chacun, il parut se tasser sur lui-même, devenant mal à l'aise malgré le sentiment d'avoir bien fait son devoir.
- Je n'en suis pas fier, se justifia-t-il néanmoins, mais nous n'avons pas eu vraiment le choix.
Il adressa un regard à chacun des hommes présents dans la pièce, plus appuyé envers Hotch, Morgan et Rossi, avant de poursuivre :
- Si vous allez la voir, je dois vous prévenir, elle accepte assez facilement la présence d'une femme, mais ne tolère, pour l'instant, aucun contact masculin.
- Nous irons à chaque fois avec une femme alors, répondit Hotch sous l'acquiescement de ses amis.
Le docteur Manford hocha la tête, plongeant ses mains dans les larges poches de sa blouse blanche.
- Est-ce tout ? demanda JJ. Pouvons-nous aller la voir.
Le médecin soupira, mais ne put refuser. Maintenant, c'était à eux de jouer. Le temps serait long, la guérison aussi, cependant, en dehors de guérir son corps, il ne pouvait rien faire de plus. Emily allait devoir, à un moment, replonger dans le monde, le mieux était que ça commence rapidement.
- Oui, vous pouvez y aller. Par contre, nous avons cherché à contacter ses parents…
- Ils sont en déplacement, répondit Hotch. Nous avons une ligne directe avec sa mère, nous la préviendrons aussitôt.
- D'accord… Toutefois, je suppose que vous savez qu'au vu des résultats médicaux, j'ai dû prévenir la police, ajouta Manford.
- Oui, l'inspecteur Collins nous attend dans la matinée pour s'entretenir avec nous, rétorqua JJ, une boule persistante dans le creux de sa gorge.
- Très bien, acquiesça Manford, alors je lui laisse le soin de vous mettre au courant du reste du dossier, s'il le juge nécessaire. Bonne journée.
Sur ces paroles ils froncèrent tous les sourcils, curieux de ce qu'ils voulaient dire exactement. Cependant, Manford ne combla pas les vides et se contenta d'esquisser un léger sourire avant de quitter la salle d'attente, prêt pour son patient suivant.
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«On mesure l'union d'une famille à sa capacité à traverser ensemble les épreuves difficiles. »
