Résumé : Anakin, Obi-Wan et le Conseil Jedi assistent à la première vision de l'Holocron Blanc dans laquelle ils découvrent la chute de la République et de l'Ordre Jedi et l'exil d'Obi-wan sur Tatooine. La dernière image qu'ils voient est celle d'une jeune fille nommée Angie. Anakin comprend qu'il s'agit de sa future fille.
Avis aux commentaires :
Nina(Guest) : Merci ! Mon premier commentaire en français ! Il faut te faire plein d'honneur ! Je suis si heureuse quand j'ai lu ce que tu as écris ^^ Je suis ravie que cela te plaise et tu as de la chance parce que j'ai pris de l'avance dans mon écriture avant de la poster :p Et je suis contente que tu aimes les personnages. Bien que j'adore la prélogie, j'ai été beaucoup influencé par Clone Wars mais j'ai (comme beaucoup de gens) vus des tas d'incohérences comme par exemple Padmé qui meurt d'un coeur brisé alors que dans la soit disant saison 6 elle dit qu'il faut faire une pause dans leur mariage avec Anakin (à cause d'un mec avec qui on ne sait pas finalement quelle était leur relation...). Ou Yoda qui sauve Anakin toujours dans la saison 6 de Sidious et qui dit après à Obi-Wan dans l'épisode III d'aller le tuer. Bon d'accord, il venait de massacrer tout le monde mais je trouvais que c'était une réaction trop rapide et pas cohérente par rapport à ce qui se serait déroulé avant... Donc par exemple, il arrivera que je vire complètement pleins d'élément de mon scénario comme Clovis mais j'en garde comme les épreuves de Yoda. Ne t'en fais pas, la suite arrive très vite ! Merci encore pour tes commentaires et n'hésite pas à en laisser dans les prochains.
P.S: Ah oui ? Angie avec les traits de Carrie ? (Full love pour toi Carrie 3) Mmmh tu es libre d'imaginer comme tu veux, la fiction est faite pour ^^ J'avoue que ce n'est pas comme ça qu'elle se dessine dans ma tête mais étonnament, j'ai d'autres scénarios Star Wars avec des Oc liés aux perso principaux où là je l'imagine parfaitement comme Carrie. Bizarre, hein ?
Aller sur ce, bonne lecture !
C'était la pagaille. Il n'y avait pas d'autres mots. Les émotions d'Anakin avaient été libérées, tel un barrage ayant sauté pour déverser des flots déchaînés et les noyer tous complètement. La Chambre du Conseil tremblait. Il y avait tellement d'émotions qu'Obi-Wan était incapable de les discerner. Pourtant, au cœur de la tempête, il lui semblait apercevoir une lumière, pure et claire, un sentiment tellement évident que des milliers d'autres que lui n'en saisiraient pas la vraie valeur.
Alors que plusieurs Jedi tentaient de calmer Anakin avec leurs pouvoirs, rien n'y faisait, les apaisements glissaient sur Anakin comme l'écume glisse sur les rochers. Certains commençaient à devenir tendus, frustrés. Et la Chambre était de plus en plus secouée par les tremblements dans la Force. Alors Obi-Wan écarta ceux qui se trouvaient sur son passage, sa main trouvant la large épaule de son ancien apprenti. Puis il plongea dans leur lien, l'appelant doucement, lui disant que tout allait bien. Son appel sembla être entendu car quelques instants après, les tremblements cessèrent et Anakin parut reprendre conscience, si ce n'est quelque peu désorienté.
Obi-Wan soupira de soulagement.
- Tu nous as fait une peur bleue, sourit-il à l'adresse de son frère.
Le Chevalier Jedi ouvrit la bouche, pour la refermer immédiatement. Il avait l'air perdu. Obi-Wan dut se faire violence pour ne pas le serrer dans ses bras comme à l'époque où il était un petit garçon appelant sa mère dans les limbes des nuits noires.
- Bon sang, Skywalker ! Qu'est-ce qui vous a pris ?! s'exclama Maître Windu.
- Je… je…
- Perdre à ce point le contrôle de ses émotions est indigne d'un Jedi ! Comment avez-vous pu vous laissez aller ainsi ?!
- Maître ! intervint Maître Ti, outrée. Je vous en prie ! Anakin a peut-être vu quelque chose que nous ignorons !
- Quand bien même il aurait vu autre chose que nous n'ayons vu, un Jedi doit toujours garder ses émotions sous contrôle au risque qu'elles nous dominent et provoquent des répercussions au travers de la Force !
- Je suis d'accord avec Maître Windu, dit Maître Opo Ramsis, le regard sévère. Sans notre intervention, qui sait si toute la Tour n'aurait pas sauté ?
- Maîtres, dit Obi-Wan la mâchoire tendue, aidant Anakin à se relever avec Kit Fisto. Ce n'est pas nécessaire de faire toute une leçon. Nous avons tous eu nos moments de confusion et d'incompréhension. Pas un seul ici ne peut prétendre qu'il n'a pas été égaré sur la voie du Jedi.
- Maître Kenobi, je crois que mieux que quiconque ici vous savez que de par la puissance de ses pouvoirs, Skywalker est celui qui a le plus intérêt à garder ses émotions sous contrôle.
- Nous étions avec lui, ici pour le soutenir, c'est aussi la voie du Jedi de prêter main forte à son prochain, en particulier si c'est un des nôtres, argumenta Maître Fisto en gardant une main sur l'épaule d'Anakin.
- Ce n'est…
Que la Force le damne s'il se mentait à lui-même mais vraiment, il trouvait que depuis que cette réunion d'urgence avait commencé, les membres du Conseil ne prenaient vraiment pas la peine de faire dans la dentelle pour masquer leur arrogance suprême. Toujours à le réprimander, toujours à le juger, toujours à le rabaisser. Ils avaient peur ! C'était clair ! Cette cacophonie ne pouvait être plus explicite. Il n'en pouvait plus. Il étouffait. Il avait besoin de sortir. Maintenant. Tout de suite.
- Skywalker ! On vous a posé une question !
Il est marrant lui… il ne savait même pas qui avait posé la question. Ni même quelle était la question…
- Par la Force ! Allez-vous cesser ! Vous voyez bien qu'il est en état de choc !
Le silence. Il avait besoin de silence. Une canne frappa le sol marbré dans un fracas assourdissant.
- Assez ! tonna Yoda.
Tous les Jedi se tournèrent vers le petit être qui pourtant en imposait à cet instant plus que quiconque. La colère n'était pas la voie des Jedi. Mais la fermeté pouvait être de mise lorsqu'elle était nécessaire. Et Yoda était à sa limite.
- Honteux, ce Conseil est devenu ! Le Grand Maître ne mâcha pas ses mots. De revenir sur la voie de l'écoute et de la sagesse, je demande à chacun !
Les Jedi ne dirent rien, médusés. Jamais Yoda n'avait parlé ainsi. Pour qu'il atteigne la limite de la colère, c'était qu'ils avaient eu une attitude honteuse. Maître Cordova, qui était resté vautré dans son silence d'anxiété, ramassa lentement l'Holocron Blanc. Il se risqua à parler.
- Je n'ai aucune preuve de ce que j'avance, mais j'ai constaté que la plupart d'entre nous était en proie à des comportements nous éloignant de la voie du Jedi… Il est possible que l'Holocron fasse ressortir des états que nous enfouissons au fond de nous-mêmes…
La poudre était retombée, mais l'air était toujours électrique. Les paroles de Cordova flottèrent entre eux. Mace inspira profondément, les yeux fermées, avant de les rouvrir une fois sa respiration libérée.
- Bien… Puisque Skywalker n'est pas en mesure de répondre, je me permettrai de faire un résumé de ce que nous avons vu.
Il inspira de nouveau, comme si les mots allaient lui coûter. D'un certain côté, que la Force Cosmique vous annonce que vous allez tous crever, ça ne pouvait que flanquer un sacré coup au moral.
« Nous avons vu un futur de plusieurs années. Dans lequel la République est tombée ainsi que l'Ordre Jedi. Un empire a été levé par les Sith. Probablement les mêmes que nous traquons. Maître Kenobi a lancé un message d'avertissement à tous les Jedi survivants avant de laisser courir le bruit de sa mort pour aller se cacher sur Tatooine où il protège l'un des potentielles Élus de la Prophétie qui serait en mesure de renverser les Sith. »
« Si on le résume grossièrement, oui c'est cela », marmonna Eno Cordova, un poil dubitatif.
Le silence plana avant que Maître Agen ne prenne la parole :
- Nous devons empêcher la chute de l'Ordre. Nous devons trouver cette fille au plus vite.
- Je crains que cela ne soit pas aussi simple, soupira Maître Cordova. Souvenez-vous de ce que j'ai dit : il est très difficile de changer le futur annoncé par un Holocron Blanc. De plus, cette jeune fille ne semblait pas avoir plus de douze années. Je peux me tromper mais si on en déduit le temps qui a pu s'écouler contenu de l'âge avancé que semblait avoir Maître Kenobi – sans vouloir nullement vous offenser Maître – il se peut que cette enfant ne soit même pas encore née.
- Donc les deux autres Elus n'existeraient pas encore ? médita Maître Mundi.
- C'est une possibilité dont nous devons tenir compte…
Shaak Ti avait l'air pensive.
- Il se peut que Tatooine soit la planète porteuse des Elus… Après tout, Anakin est originaire de là-bas également…
- Skywalker. La maison dans le désert, l'as-tu reconnue ? interrogea de nouveau Mace Windu.
La voix du jeune Jedi était bloquée dans sa gorge. Comment pouvait-il le dire… ? Comment pouvait-il le dire quand ils étaient déjà à planifier son avenir sans se soucier de qui elle était, de ce qu'elle voulait ? Il ouvrit la bouche pour être coupé par Yoda :
- Ajournée, cette réunion est. Méditer sur ce que nous avons vu, nous devons. Pour discuter de nouveau ce soir, nous nous réunirons.
Sauvé par le gong ? Mais Anakin n'y accorda pas plus d'importance. Il avait besoin de sortir d'ici. Alors il emprunta la sortie sans saluer aucun des Maîtres, ne leur accordant aucun regard. Autour de lui, tout n'était que néant. Il ne remarqua pas qu'il traversait le couloir pour aller à l'ascenseur. Il ne se vit pas appuyer sur le bouton pour descendre. Pas plus qu'il ne vit l'ascenseur se mettre en marche. Pas plus lorsqu'il s'arrêta. Lorsqu'il en sortit. Lorsqu'il traversa les longs corridors gigantesques. Non. Il ne prêta attention à aucune de ces choses parce que pour lui, il n'en existait plus qu'une seule : sa fille.
Sa fille Angie dont il avait choisi le nom hier soir avec sa femme.
C'est une fille !
Comment peux-tu en être si sûr ?
Je la sens ! Mon amour, nous allons avoir une petite fille !
Je t'aime tellement ! Comment allons-nous l'appeler ?
As-tu des préférences ?
Eh bien… Si ça te convient, j'aimerais que tu choisisses son prénom. Après tout, j'ai attendu tous ces mois pour qu'on choisisse ensemble.
Un nom pour une petite princesse. Avec une magnifique maman ange, que dirais-tu d'Angelina ?
Angelina ?
Ma mère m'a raconté une fois que c'est le nom qu'elle avait choisi pour une fille. J'aimerais beaucoup le donner à sa petite-fille, mon ange, si cela te convient…
Oh Ani… C'est parfait… Et pouvons-nous l'appeler Angie, pour son diminutif ? Si je peux émettre une préférence, je rêve d'un enfant que je peux rapprocher de ton propre surnom…
Angie… Angelina Shmi Skywalker… ça sonne bien, non ?
Le meilleur nom, mon amour…
Angie Skywalker… Je suis tellement impatient de rencontrer notre petite Miss Skywalker !
Moi aussi, mon amour ! Moi aussi !
Sa fille qui était actuellement roulée en boule au chaud dans le ventre de sa mère.
Il repense à la pression sous sa paume ce matin…
Sa fille qui allait devenir cette ravissante adolescente qu'il a vu tout juste quelques minutes avant.
Il la revoit, riant dans la lumière du matin, plus belle que l'aurore…
Sa fille qui était sur Tatooine. Qui sera sur Tatooine…
Par les neuf enfers de Corellia ! Qu'irait-elle faire sur cette maudite planète ?! Jamais ni lui ni Padmé ne l'y emmèneraient… Non… Ils ne feraient jamais cela… Il en était sûr…
Une boule froide et lourde se tordit dans son estomac alors qu'il commençait à réaliser plusieurs choses…
Il est très difficile de changer le futur annoncé par un Holocron Blanc…
J'ai fait un rêve…
Un cauchemar ?
Cette fois, c'était toi…
Et Angie ?
Je ne sais pas…
S'il croyait l'Holocron, Angie survivrait à la prédiction de son cauchemar. Il se sentit un instant soulagé. Sa fille au moins était épargnée. A moins que la fille qu'il avait vue ne soit pas son enfant. Impossible. Il l'avait senti. Et honnêtement ? La ferme des Lars ? Une jeune fille qui partage les traits de sa femme et ses propres traits et dont l'aura était aussi incandescente que la sienne ? Et pour couronner le tout, Beru, la femme de son demi-frère, qui l'appelle Angie. C'était comme ne pas voir l'obésité d'un Hutt. Mais Padmé ? Où était-elle ? Était-elle là-bas sur Tatooine avec Angie ? Il avait l'affreuse sensation que non… Alors son rêve deviendrait réel ? Padmé allait mourir et Angie serait emmenée sur Tatooine ? Mais lui dans tout ça ? Il avait dû lui arriver quelque chose. Jamais il n'aurait amené sa fille unique sur la planète qui avait été la cause de tant de ses malheurs… Les Sith étaient-ils venus à bout de lui ? Étaient-ils la cause du décès de sa femme ? Était-ce pour cela qu'elle criait à l'aide dans ses rêves et qu'il ne pouvait venir ? Et Obi-…
- Anakin !
Obi-Wan. Quand on parlait du loup… Le Chevalier Jedi se retourna vers son Maître qui courait vers lui. Arrivant à sa hauteur, le Maître Jedi s'accorda un temps pour reprendre son souffle.
- Anakin… Je… Je suis désolé pour ce qui s'est passé… Je ne peux même pas expliquer cette attitude de la part du Conseil.
Le jeune homme secoua la tête, se remémorant comme certains membres avaient même été odieux avec Obi-Wan, le Jedi parfait par excellence. Ce n'était pas la première fois qu'il le pensait – en fait, il le pensait depuis le jour où il avait mis les pieds dans ce Temple – mais ce qui s'était passé n'était qu'une preuve de plus que les Jedi avaient peur de lui et ne le considéraient pas comme l'un d'entre eux. Non, se ravisa-t-il. Kit Fisto l'avait défendu face aux autres membres malgré sa place de semi-permanent au siège du Conseil. Il l'avait même appelé l'un des leurs. Shaak Ti aussi s'était levée pour sa défense. Eno Cordova qui affirmait devant tout le monde qu'il le croyait être l'un des Elus. Et Yoda… il était quasi sûr que le Grand Maître avait fait exprès d'ajourner la réunion pour l'épargner d'une nouvelle humiliation devant le Conseil. Il y avait des Jedi qui lui faisaient confiance ou tout du moins qui lui donnaient crédit. Et ça, il lui semblait que c'était la première fois que cela arrivait…
- Ne vous en faites pas, Maître, soupira Anakin. Vous aussi, vous avez eu droit à votre lot aujourd'hui.
- Pas comme toi. Rien comme toi en fait. Je ne comprends pas, je n'ai jamais vu Maître Windu comme ça…
Il se perdit dans ses mots, ne sachant pas lesquels employer. Obi-Wan semblait déchiré et en même temps les choses commençaient à lui devenir claires.
- Je veux dire… C'est la première fois depuis mille ans que l'on met la main sur un Holocron Blanc… Ils pourraient être un tant soit peu indulgents !
Anakin ne dit rien et regarda son maître, repensant au vieil homme qu'il avait vu dans la vision. Obi-Wan vieux. Obi-Wan sage. Obi-Wan changé. Obi-Wan veillant sur…
Il coupa le train de ses pensées. Son vieux Maître l'observa, avant d'inspirer.
- Marchons, proposa-t-il.
Ça y est, Anakin le sentit. Obi-Wan avait compris. Obi-Wan savait. Comment ne pourrait-il pas ? Silencieux, religieusement, les deux Jedi marchèrent côte à côte dans l'immense corridor baigné d'une lumière dorée rougeoyante. La couleur d'un crépuscule. Comme si malgré la matinée continuant de monter, ces murs comprenaient que leur fin était imminente. Le cœur d'Anakin se serra. À quoi avait servi tout cela ?
oO0Oo
Ils marchèrent ainsi pendant longtemps. Personne ne vint les arrêter. Leurs pas les menèrent vers les jardins de la Sérénité. Là, ils arrivèrent devant l'arbre Majo dont les feuilles d'or se détachaient des branches pour virevolter dans la brise du vent. À travers elles, sur une branche un peu plus haut, Anakin aperçut le petit bourgeon d'une fleur bleue. La vue lui fit recourber le coin de ses lèvres…
La Silencieuse Princesse… Tel était le nom qu'on lui donnait. Un spécimen rare, en voit d'extinction. Pour la préserver, des Jedi l'avait ramener ici au Temple mais pour des raisons que personne ne saisissait, les fleurs mourraient de plus en plus malgré toutes précautions misent en place pour favoriser leur croissance. Cette petite fleur à cinq pétales bleue et blanche était peut-être vouée à disparaître et pourtant Anakin s'y refusait à accepter un tel sort, même pour une si jolie fleur sans importance. Cette belle fleur semblait si fragile. Et pourtant elle était si forte…
Quand il voyait la beauté et la fragilité du monde, il n'avait qu'une envie : trouver un moyen de les protéger à tout prix…
Le vent secoua leurs robes de Jedi.
- Cette fille… C'était ta fille, n'est-ce pas… ? parla enfin Obi-Wan.
Là, c'était dit. Et il était inutile de nier. En fait, Anakin n'allait rien faire pour le nier. Le visage ferme et pourtant tellement serein, il tourna son regard bleu saphir vers son ami et plongea dans le sien cristallin. Les yeux parlent mieux que les mots. Tellement mieux que ça brûle.
Obi-Wan soupira.
- Toi et… Depuis combien de temps ?
- Le début de la guerre. Après la bataille de Géonosis.
- Et tu le sais depuis…
- Hier. Dès que vous m'avez laissé sur la plateforme d'atterrissage du Sénat.
Le vent s'engouffra dans leurs cheveux. Il semblait tout couvrir.
- Félicitations, Anakin…
La Force tinta de sa sincérité. Avant de laisser place à un éclat de surprise. Et l'expression d'Anakin la traduisit à merveille sur son visage. Avait-il bien entendu ? Son Maître, membre du Conseil, incarnation du modèle Jedi, lui présentait des félicitations ? Certes, il savait qu'Obi-Wan soupçonnait sa relation avec Padmé depuis un moment. Ils en avaient même presque parlé ouvertement quand Anakin avait appris les sentiments entre Obi-Wan et la Duchesse Satine. Mais toujours les règles Jedi réduisaient ces conversations au silence et aux secrets. Sans doute qu'Obi-Wan devait se dire qu'une relation ça va, mais un enfant… Non, c'était clair et net, il avait outrepassé les limites, bientôt tout le Conseil si ce n'est tout l'Ordre Jedi l'apprendrait, il serait banni et les Vingt Perdus deviendraient Vingt et Un… Alors pourquoi… ?
- Je… Tout à l'heure dans la Chambre… J'ai senti tes émotions. C'était un véritable maelström… Impossible de comprendre un tel flux d'énergie. Mais… j'ai reconnu la maisonnée et… cette fille… Il faut être aveugle ou abruti pour ne pas voir qu'elle ressemble à Padmé, expliqua Obi-Wan, souriant à demi.
Mais dans ce cas, d'autres Jedi ont dû le voir ! A moins qu'ils ne soient abrutis, comme l'avais suggéré Obi-Wan… Mais son Maître continua.
- Cependant j'ai reconnu quelque chose au milieu de toutes tes émotions. Cette lumière. Je n'ai jamais vu quelque chose de si fort et pur… Et c'est là que j'ai compris que tu savais qui elle était pour toi…
- Comment avez-vous su qu'elle était à moi ?
- Honnêtement, dès que la vision avec Maul s'est dissipée, je me suis demandé qui pouvait bien être la personne que je protègerai au-delà de tout ce que j'ai pu connaître jusqu'alors… Et l'évidence est venue dès l'instant où je l'ai vue.
Le cœur d'Anakin battait à la chamade, les yeux écarquillés de stupeur.
- Qu'est-ce que vous dites ?
Obi-Wan sourit avec tristesse.
- Anakin… Je veux dire… Bien sûr que c'est évident… C'est ta fille… Protéger la fille de mon frère… Qu'elle soit Élue ou non… c'est bien la meilleure façon dont je me vois terminer mes jours…
La Force parut scintiller de mille feux. Comme une ode dont on chanterait les louanges si longtemps attendues. Anakin tombait des nues. L'émotion qui l'assaillit était presque aussi forte que celle qu'il avait éprouvée en voyant sa fille. Et il se sentit immédiatement honteux. En un instant, tous ses doutes, tous ses préjugés, toutes ses inquiétudes sur son maître lui parurent si faux, si déplacés. Comment avait-il pu douter à ce point ?
- Maître…
Sa voix s'étranglait. Il n'avait pas les mots et Obi-Wan le comprit très bien. Le Maître Jedi s'approcha de son frère et l'enlaça dans ses bras.
- Je suis désolé, Anakin… Je t'ai laissé tomber…
Le jeune Jedi resta raidi. Qu'est-ce qu'il racontait maintenant ? Pourquoi dire cela ? C'est lui qui l'avait laissé tomber. Il lui avait menti. Pendant des années, il lui avait caché la vérité. Sans le lâcher, le grand Négociateur abandonna toutes ses élocutions et parla crûment :
- Pas un seul jour ne s'écoule sans que je ne fasse appel à la sagesse de Qui-Gon. C'est ce que je t'ai dit le jour où tu as été adoubé. J'ai vraiment fait de mon mieux. Mais je vois bien que ça n'a jamais suffi. Qui-Gon te comprenait mieux que je ne le pourrai jamais. Il ne t'aurait jamais empêché de rendre visite à ta mère. Il n'aurait pas réprimé la relation que tu partages avec Padmé. Il ne t'aurait pas demandé de ne plus la voir juste après t'avoir laissé des semaines avec elle.
De nouveau les larmes embuèrent les yeux d'Anakin. Lentement, ses propres bras s'enroulèrent autour de l'homme qui le serrait. La voix d'Obi-Wan était de plus en plus éraillée.
- Il ne t'aurait pas laissé tout ce temps dans l'ombre d'une mission qui t'aurait fait croire à sa mort. Il t'aurait soutenu quand ta Padawan était accusée à tort d'un crime qu'elle n'aurait jamais pu commettre.
C'était trop. Enfouissant son visage dans l'épaule de son ami, Anakin y pleura à chaudes larmes, Obi-Wan pleurant avec lui.
- J'étais sévère. Je sais. Je pensais t'enseigner mieux que ne l'aurait fait Maître Yoda. Je ne pouvais avoir plus tort…
- Vous êtes le meilleur enseignant que l'on puisse demander, Obi-Wan… Vous êtes plus sage que Maître Yoda et plus fort que Maître Windu. Je l'ai toujours pensé…
- Je trouve ça difficile, ria-t-il avec un gloussement aqueux.
- Vous êtes vraiment du genre à vous sous-estimer, vous savez ?
Et ils éclatèrent de rire. Le genre de rire qui provoque des crampes. Un rire qui faisait un bien fou. Leurs éclats retentirent en échos dans la cour du jardin, se mêlant au chant des oiseaux. Avant qu'ils ne se remettent à pleurer. Tous les secrets, les non-dits, tout ce qu'ils avaient enfoui des kilomètres sous les gravats laissés par la guerre resurgissait.
- Je… je n'ai jamais osé rêver que vous me diriez ces mots, Obi-Wan… Je vous demande pardon… J'ai été arrogant et je vous ai déçu…
Le Maître Jedi secoua la tête, faisant face à son ancien Padawan pour le regarder droit dans les yeux.
- Tu ne m'as jamais déçu, Anakin. Tu ne m'as jamais laissé tomber.
- J'étais pendant tellement longtemps en colère contre vous…
- Tous les élèves éprouvent du ressentiment vis-à-vis de leurs professeurs à un moment ou un autre.
- Je vous disais jaloux de moi… Que vous m'empêchiez de grandir…
- Je suis tellement désolé de t'avoir fait subir ça… Je… je voulais d'une certaine manière te protéger… J'avais si peur de te perdre comme j'ai perdu Qui-Gon… Si j'échouais à ma mission… l'ultime promesse que j'ai faite à celui que je voyais comme mon père…
Il soupira, reprenant son souffle. Il s'écarta, allant s'asseoir sur l'un des bancs de marbre à proximité. Il se laissa choir dessus, se passant la main sur le front.
- Tu as peut-être raison quand tu dis que tu m'as trouvé jaloux. Tu étais comme le petit frère surprise chamboulant la relation privilégiée que j'entretenais avec Qui-Gon. Soudain, je me retrouvais à partager mon Maître. Et ça m'a déplu, plus que je n'ose te l'avouer maintenant…
Anakin écouta, n'en revenant toujours pas.
- Je t'en ai très peu parlé mais… tu sais que sans Qui-Gon… je ne serais jamais devenu Jedi…
- Oui, il vous a tout appris… mieux que quiconque…
- Ce n'est pas de cela dont je te parle. Je… j'avais été jugé comme n'étant pas indispensable. Personne ne voulait de moi. J'allais être renvoyé au Corps Agricole.
Dire que le Chevalier Jedi était sous le choc serait un euphémisme. Jamais de sa vie Anakin n'aurait cru qu'Obi-Wan se serait retrouvé au Corps Agricole ! Cela relevait de la pure fiction ou d'une mauvaise blague…
- Maître Barr et moi étions en compétition pour nous trouver un Maître. Ce n'était pas que nous n'étions pas doués, mais nous étions beaucoup trop nombreux à être doués et il n'y avait pas assez de Maîtres disposés à enseigner. La date d'envoi approchait et c'est à ce moment que j'ai compris qu'il n'y aurait pas d'ouverture pour moi.
Il fit une pause, ses souvenirs défilant devant ses yeux.
- Le jour de notre affiliation au Corps, nous nous sommes entraînés une dernière fois. Et Qui-Gon était là ce jour-là. Aucun Padawan n'avait jamais pu jouir de ses enseignements. Pourtant tout le monde voulait être son apprenti. Il était l'un des Jedi les plus talentueux de l'Ordre, bien qu'ayant toujours des idéaux en contradiction avec la doctrine Jedi. C'était propre à son Maître, le Comte Dooku. Et justement, sa renommée venait de là également : l'élève de Dooku, lui-même élève de Maître Yoda. Nous avons tous été un moment donné l'élève de Yoda mais c'était Dooku son Padawan, son héritage. Et Qui-Gon suivait dans cette lignée.
Il sourit, se remémorant les souvenirs en tête.
- Et il m'a vu. Et m'a proposé de devenir son apprenti. C'était l'un des plus beaux jours de ma vie. Il m'a mis en garde contre le fait qu'il serait exigeant et il l'a été mais toujours tolérant. Maître Barr a été choisi par un autre Maître sur la recommandation de Qui-Gon. Je crois qu'il n'a pas apprécié le fait qu'il n'ait pas été choisi à ma place…
- C'est pour cela que Maître Barr a toujours du ressentiment pour vous ?
- Peut-être… La jalousie mène au Côté Obscur, c'est ce qu'on nous enseigne et c'est pour cela que nous apprenons à lâcher toutes ces formes d'émotions. Mais ce qui s'est passé ce matin montre à quel point nous sommes désunis et que nous cachons depuis trop longtemps de vieilles rancunes qui nous enveniment et nous affaiblissent… Cela expliquerait pourquoi le Côté Obscur grandit avec force.
Il pencha la tête en avant, les épaules affaissées.
- Et moi, quand j'ai vu Qui-Gon déclarer aussi vite qu'il te prendrait pour apprenti alors que je n'étais même pas encore adoubé, c'était comme un abandon… Je me demandais comment toi, qui sortais littéralement de nulle part, tu avais pu faire autant impression…
Une déchirure frappa tout l'intérieur de la poitrine d'Anakin sans pour autant qu'il l'éprouve comme une trahison… C'était un aveu et une preuve qu'il n'était pas fou, qu'il n'avait pas imaginé tout cela à l'époque… Et maintenant Obi-Wan le reconnaissait devant lui, quelque part c'était quelque chose dont il avait eu besoin depuis si longtemps. Il était un homme franc. Les mensonges et les cachoteries étaient tout ce qu'il exécrait. Et parce qu'il exécrait le mensonge et le secret, sa vie s'était transformée en enfer depuis le jour où il avait épousé Padmé. Il en riait presque.
Quelle ironie… Dire que c'est lui-même qui avait proposé cette vie de secret à celle qu'il aimait par-dessus tout. Mais il était prêt à tout affronter pour Padmé. Tant qu'il avait sa femme, il était capable de tout…
Il restait que Skywalker aimait plus la vérité que le secret.
Le fait qu'Obi-Wan lui avouait qu'il était jaloux de lui, c'était une délivrance. Ça voulait dire qu'ils allaient pouvoir discuter. Mettre tout à plat. Expliquer. Comprendre. Et enfin pouvoir avancer. Reconstruire en mieux. C'était sans doute cela, les premiers pas vers la paix…
- Puis nous sommes retournés sur Naboo et j'ai compris que j'avais la même réaction que Maître Barr l'avait eu pour moi le jour où Qui-Gon m'avait choisi. C'était injuste envers toi. De la même façon qu'on ne m'avait pas jugé indispensable, je te jugeais dans le sens du Conseil comme trop dangereux. J'ai présenté mes excuses à Qui-Gon et il m'a simplement répondu que j'étais plus sage que lui et que je deviendrai un jour un très grand Jedi…
Il pouffa de rire.
- Je trouve cela difficile aussi. Être plus sage que Qui-Gon Jinn.
Le vent souffla de nouveau, faisant vibrer les branches d'or.
- Toute ma vie tourne autour de l'Ordre Jedi. C'est ce que j'ai toujours cru. J'ai eu beau aimer Satine du plus profond de mon cœur, je n'ai jamais eu le courage de lui avouer mes sentiments parce que cela aurait voulu dire que je tournais le dos à Qui-Gon et à son enseignement. Et c'était inconcevable pour moi… Puis Qui-Gon a été tué et tu étais d'une certaine façon tout ce qu'il me restait de lui. J'ai pu obtenir l'accord du Conseil pour t'entraîner parce que j'étais le premier Jedi depuis mille ans à avoir affronté un Sith et à en être ressorti vainqueur. Et je t'ai tout appris et très vite, c'était devenu facile de t'aimer. Tu étais talentueux, tu donnais ton maximum et surtout, en dépit de ton arrogance et ton côté casse-cou, tu avais un cœur tellement généreux. C'est ce qui m'a le plus impressionné chez toi… C'est ce qui continue de m'impressionner.
Anakin alla s'asseoir à côté de son Maître, ne disant rien. Obi-Wan laissa un instant de silence avant de continuer.
- Tu es toujours là pour aider ton prochain, peu importe qui c'est. Malgré ton départ dans la vie à travers la souffrance et la misère, tu as su préserver ton cœur gentil et bon. Tu connais la compassion, l'amour inconditionnel et c'est le cœur même, c'est l'essence d'un Jedi. J'ai moi-même beaucoup appris en te regardant, Anakin. Tu es la meilleure personne qui m'a été donné de rencontrer.
- Non.
- Quoi ?
- Non. Je ne suis pas une bonne personne, Obi-Wan.
Un lourd et terrible silence s'abattit sur eux.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
Les traits d'Anakin s'étirèrent dans une souffrance incommensurable. Une peur froide et vicieuse s'entortilla jusque dans ses tripes alors qu'il présentait le pire.
- Je les ai tués… Je les ai tous tués… comme des animaux, avoua le jeune homme.
oO0Oo
Un souffle.
- Qui, Anakin ?
Un battement.
- Les Tsukens… pas seulement les hommes… mais les femmes… et les… enfants…
Le puzzle commença à prendre forme dans la tête de Kenobi. Et il comprit.
- Oh…
C'était tout ce qu'il fit. « Oh ». Il lui avouait qu'il avait massacré une population entière et des enfants, par la Force et lui tout ce qu'il faisait c'était « Oh » ?!
- Ces gens… Ce sont eux qui ont pris ta mère ?
Il n'y avait pas besoin de demander. C'était écrit en grosse lettres sur le visage de son ancien apprenti. Obi-Wan regarda le sol, la douleur s'installant dans sa chair.
- Je suis tellement désolé, Anakin…
- Pourquoi continuez-vous de dire cela ?!
- J'aurais dû être à tes côtés dans cette épreuve… J'aurais dû être auprès de mon frère…
Anakin réprima un sanglot, enfouissant son visage dans ses mains. Obi-Wan le regarda avec peine. Débattant s'il pouvait le toucher ou non, il approcha doucement sa main de son épaule et la posa délicatement comme quand on touche du cristal fin. Anakin tressaillit mais ne s'écarta pas.
- Ça ne retire rien de ce que j'ai dit, Anakin. Je crois même que, quelque part, ça renforce ce que j'ai pu dire.
Le jeune Jedi se retourna vers lui, le dévisagea au travers de la brume des larmes qu'il retenait.
- Toute cette guerre a poussé chacun de nous au bout de nos limites. Et toi, avec ce terrible secret et ton amour interdit, tu es resté fidèle aux principes Jedi. Tu affrontes constamment la peur et le Côté Obscur. Tu es toujours celui qui vient nous sauver quand tout est perdu. C'est toi qui as capturé plus de la moitié des prisonniers de guerre. Tu es un véritable héros et un grand Jedi, Anakin. N'en doute pas.
- Un héros n'a jamais peur. Moi, j'ai tout le temps peur.
Là, c'est dit. Le Héros sans Peur avouant qu'il a toujours peur. Il constatait vraiment qu'il n'était qu'une bouffonnerie de lui-même.
- Alors tu es plus qu'un héros : tu es courageux.
Les deux frères se dévisagèrent. Et Obi-Wan ajouta :
- Affronter la peur est le destin de tout Jedi.
C'est vrai. C'était l'une des premières choses que l'on enseignait aux novices. Mais c'était tellement loin dans leur formation que c'était également l'une des premières choses que les Jedi pouvaient oublier. Obi-Wan serra plus fort son épaule.
- Et s'il y a une prochaine fois… Cette fois tu ne seras pas seul. Je serai à tes côtés.
La boule dans la gorge, les larmes s'écoulèrent des yeux d'Anakin alors qu'il serra la main de son frère dans la sienne, y déversant toute sa gratitude. Obi-Wan soupira.
- Tu sais ce que j'ai dit à Maître Yoda le jour où on est rentré de ta toute première mission avec moi ?
La curiosité piqua Skywalker mais il resta silencieux, incitant Kenobi à continuer.
- J'ai vraiment cru que j'allais te perdre ce jour-là. Ce chasseur de prime t'avait menacé. J'étais paralysé par la peur et toi, tu as retourné la situation en te libérant. En rentrant le Conseil t'a réprimandé pour tes méthodes peu orthodoxes mais j'ai argumenté que sans tes méthodes orthodoxes, s'aurait été toi qui girait six pieds sous terre. Plus tard, Yoda m'a dit qu'il se pourrait qu'un jour tu choisisses de quitter l'Ordre Jedi. J'ai donc répondu que si cela devait arriver, moi aussi je quitterais l'Ordre Jedi…
Anakin ne savait vraiment plus quelle était la révélation la plus choquante de la journée : que sa fille aille vivre sur Tatooine, qu'Obi-Wan soit désolé pour lui alors qu'il avait tué des enfants ou qu'il lui dise qu'il quitterait l'Ordre Jedi.
- Maître… L'Ordre Jedi… C'est toute votre vie ! Comment avez-vous pu affirmer quelque chose d'aussi… !
- Comme je te l'ai dit, moi aussi je croyais de ma vie était dédiée à l'Ordre Jedi. Mais quand Qui-Gon m'a dit qu'il ferait ce qu'il doit faire, j'ai mis longtemps à comprendre mais j'ai fini par voir où était mon devoir. Ce n'était pas avec l'Ordre dont je voyais les paroles comme sacrées. Si Satine me l'avait demandé à l'époque, je suis sûr que j'aurais quitté l'Ordre Jedi. Nous n'avons juste pas eu le courage, ni l'un ni l'autre… Mais ma véritable dévotion était avec Qui-Gon. Elle l'a toujours été. Et à travers lui, ma dévotion s'est liée à toi.
Il lui sourit, un sourire témoignant de son amour pour son frère :
- C'est pour ça que ce que tu partages avec Padmé est précieux, Anakin. C'est un amour qui ne vous empêche pas de penser aux autres. Au contraire, je constate qu'il vous inspire. Je suis certain aujourd'hui que si je lui en avais parlé et s'il avait été en vie, Qui-Gon m'aurait encouragé dans ma relation avec Satine. Alors je fais pour toi ce qu'il aurait fait pour moi.
- Obi-Wan…
Anakin n'avait vraiment pas de mots. Tout se mélangeait et explosait dans sa tête. Mais une chose était sûre : il était extrêmement, extrêmement reconnaissant envers Obi-Wan. Il bénit la Force, remercia les dieux de l'univers tellement il était heureux. Obi-Wan était de son côté. Obi-Wan n'était pas son ennemi. Il était son frère et il l'aimait tellement.
- … je ne suis vraiment qu'un ingrat, pleura le jeune homme.
Le Maître qui commençait à se faire vieux l'enlaça par les épaules, collant son front contre le sien.
- Bien que je doive dire que c'est tout de même une surprise de savoir que je vais être prochainement l'oncle d'une aussi jolie jeune fille. C'est Angie, n'est-ce pas ? C'est très beau comme prénom. Il va falloir qu'on s'arme pour le baptême. Avec le demi-milliard de clones de nos bataillons respectifs, ça va lui faire beaucoup de tontons et parrains. Et je ne compte pas les cadeaux. Il faudra penser à louer une grande salle pour tout entasser…
Anakin explosa de rire, tombant à la renverse avant de se plier en deux. Obi-Wan tentait de contenir son rire, continuant de faire des blagues à propos de sa future nièce pour rejoindre son frère dans le meilleur fou rire de tous les temps.
- Force, j'aurais dû écouter Padmé et venir vous voir tout de suite…
- Ah tu vois qu'il faut toujours écouter sa dulcinée, taquina sournoisement le Négociateur. Alors ? À combien de mois en est-elle ?
- Ma femme en est à son cinquième mois et demi.
- Ah parce qu'en plus vous vous êtes mariés et vous ne m'avez pas invité ? bougonna le Maître Jedi en croisant les bras.
- C'est que…
- Je te préviens, on va le refaire ce mariage et cette fois, je veux être ton témoin.
- Vous êtes sûr de ne pas avoir de la concurrence avec Rex ?
- Qu'est-ce que tu racontes ? Rex sera ton garçon d'honneur !
- Je croyais que ce serait Ahsoka le garçon d'honneur.
- Allons, c'est devenu une jeune femme maintenant, tu ne vas pas lui faire subir ça.
- Donc vous serez mon témoin, Rex et la 501ème les garçons d'honneur et Ahsoka amènerait les alliances ?
- Eh bien je vois qu'on commence à se comprendre ! Au fait, qui étaient vos témoins au premier mariage ?
- … Artoo et Threepio…
- Anakin…, soupira-t-il en secouant la tête.
- Quoi ?
- C'est un vrai miracle que ce droïde de protocole n'ait encore rien dit !
- Il sait se tenir quand son créateur le lui demande !
- Au moins il sera d'une grande aide avec son baratin, ça aidera ta fille à s'endormir quand il faudra la coucher le soir.
- Vous avez voulu dire que ça l'assommera, plutôt.
- Au moins ses parents n'auront pas à s'en charger.
La remarque était censée être humoristique mais elle provoqua l'effet inverse. Parce qu'elle ramenait Skywalker à la vision de l'Holocron et à celle de son cauchemar. Mais maintenant ce n'étaient plus des visions. C'étaient des certitudes. Obi-Wan décela le changement en son ami.
- Anakin ?
- Obi-Wan… vous vous souvenez quand je disais voir ma mère souffrir en rêve ?
- Oui…, confirma-t-il prudemment.
- Vous me disiez à l'époque que cela n'avait pas d'importance, qu'il ne fallait pas se fier aux visions et prémonitions parce qu'elles étaient considérées comme peu fiables. Pourtant c'est arrivé. Je l'ai trouvée, attachée et battue de la même façon qu'elle m'est apparue en rêve. Tous ces rêves pendant un mois qui me montraient les tortures qu'ils lui faisaient subir…
Obi-Wan baissa la tête, sentant la culpabilité monter comme jamais. C'est lui qui avait contourné le problème au lieu de lui faire face. C'est lui qui avait dit à Anakin de ne pas s'en préoccuper parce qu'il avait suivi les dogmes du Conseil, parce qu'il pensait que c'était ce qu'il y avait de mieux. Ô combien il se rendait compte que le Conseil s'était trompé bien souvent. Ils s'étaient trompés en disant qu'il était impossible que les Sith soient de retour après mille ans. Ils s'étaient trompés quand ils disaient que le Comte Dooku n'était pas un assassin. Ils s'étaient trompés sur beaucoup de choses tout au long de cette guerre. Et ils s'étaient trompés sur le sort de la mère d'Anakin. Ils l'avaient abandonnée, considérant que les esclaves en-dehors de la République n'étaient pas l'intérêt de l'Ordre Jedi. Et il avait écouté ! C'est lui qui avait la responsabilité de la mort de Shmi Skywalker sur les épaules. Anakin posa sa main sur son épaule.
- Maître… Je n'ai pas dit ça pour vous faire culpabiliser. Depuis que je suis tout petit, j'ai des visions. À cinq ans, j'ai vu les hommes de Jabba massacrer les troupeaux de banthas alors que c'était la période des naissances. Je suis monté sur la colline où j'avais vu qu'ils arriveraient pour obliger les banthas à se séparer afin de rendre la chasse plus difficile pour les chasseurs. Quand je courais dans les courses de Pod-Races, plusieurs fois, j'ai vu que j'aurais pu mourir si j'avais emprunté le mauvais chemin. À chaque fois, on nous rapportait que le passage où j'aurais dû passer avait eu un éboulement ou avait été piégé. Et puis quand nous sommes allés reconquérir Naboo il y a treize ans, j'ai vu Padmé rassembler les Gungans et les Nubiens, mais je ne comprenais pas ma vision à l'époque car j'ignorais que Padmé était la Reine. Puis, il y a eu toutes ces fois où je vous ai encouragé de changer un plan parce que j'avais eu une vision de danger à travers mes rêves.
- Tu veux dire que depuis que je t'ai comme apprenti tu as des prémonitions ?
- Oui…
- Mais… je veux dire… pourquoi tu ne l'as pas précisé ?
- Parce que… c'était à cause de ce ressenti de jalousie…
- Oh Anakin…
Il se passa les mains sur le visage, constatant sa terrible erreur. Ce n'était pas un pouvoir inconnu des Jedi de pouvoir prédire l'avenir. Mais c'était considéré comme un pouvoir rare et incertain. Mais Anakin qui avait fréquemment des prémonitions qui se réalisaient… C'était d'un tout autre niveau. Très certainement une preuve de plus qu'il était l'Élu. Un des Élus, se corrigea-t-il mentalement.
- Hier soir… j'ai eu une nouvelle vision…, murmura Anakin.
Furtivement, Obi-Wan tourna la tête vers son ancien élève, ayant un très mauvais pressentiment.
- J'ai vu Padmé… Elle mourait pendant qu'elle donnait vie à notre fille…
Le cœur d'Obi-Wan rata un battement. C'était impossible. Cela ne pouvait être vrai.
- Mais… Angie ?
Anakin lâcha presque un rire sans joie. Il avait l'impression d'avoir déjà vu cette scène.
- Si on se fie à ce que nous a montrés l'Holocron, elle survivra. Ce détail m'était caché dans ma vision.
Obi-Wan hocha la tête, absent. Cela lui paraissait trop absurde. Ils étaient sur Coruscant bon sang ! Aucune femme d'aucune espèce, même les plus éphémères, me mourait en accouchant ! À moins…
- Et en alliant ta vision et celle que nous avons vue de l'Holocron, tu penses que la Chute de la République et de l'Ordre Jedi aurait un lien avec la cause de sa mort ?
- C'est ce que je commence à me dire…
- Si les Sith prenaient le contrôle de la Galaxie et si, d'après les dires de Maul, ils sont au courant qu'il y a plusieurs Élus, ils doivent savoir que tu es une menace pour eux…
Le cœur d'Anakin se glaça.
- Et si je suis dans leur viseur, alors ça veut très certainement dire qu'ils savent pour Padmé… et donc pour Angie !
- Alors il est tout à fait possible qu'ils s'en prennent à elles…
Une terreur qu'il n'avait alors jamais connue jusqu'ici s'empara du jeune Skywalker. Tout à coup, un ennemi se dessinait devant lui et il avait pour cible sa femme et sa fille. Et lui, il était loin d'elles. Comme possédé, il se releva, s'apprêtant à courir pour son âme.
- Je dois être près d'elles ! Je dois les protéger !
Mais il fut retenu par la main d'Obi-Wan. La fureur monta en Anakin.
- Obi-Wan. Lâchez-moi. Tout de suite !
- Anakin… calme-toi deux secondes ! Réfléchis. Même si les Sith savent que ta fille est l'un des Élus, certes ils voudront l'utiliser à leur avantage. Cela signifie qu'ils n'attenteront pas à sa vie. Ils ne peuvent pas se permettre de prendre un tel risque, surtout avec cette puissance que nous avons ressentie à travers l'Holocron. Rappelle-toi, les Sith convoitent le pouvoir plus que tout !
- Mais cela ne signifie pas qu'ils ne captureraient pas Padmé et ne la forceraient pas à accoucher !
- Tu dis vrai, mais pense : tu m'as dit que Padmé en est à son cinquième mois. Il est trop risqué de faire accoucher une mère prématurément, ne serait-ce que pour la santé du bébé, même avec toute l'avancée de notre technologie. S'ils l'ont repérée, ils doivent simplement la surveiller sans même prendre la peine d'intervenir, afin de ne pas éveiller les soupçons et de la laisser dans une illusion de sécurité.
Anakin le regarda sceptiquement mais constata à contrecœur que son vieux Maître disait vrai.
- Mets-toi à leur place. Si tu étais un Sith, que tu voulais du pouvoir et que tu avais repéré ta cible dans le ventre de la mère, tu ne voudrais pas endommager l'enfant pour qu'il puisse être sain et en bonne santé. La mère et l'enfant sont dans une période où ils sont très étroitement liés. Ce que la mère ressent, l'enfant, inconsciemment, le ressent également. Des chercheurs ont constaté que si la mère était trop stressée ou en mauvaise santé, cela pouvait avoir des répercussions graves sur le bébé. Si les Sith kidnappaient maintenant Padmé et l'enfermaient dans un lieu dont ils auraient le contrôle, elle serait obligatoirement stressée et morte de peur pour la vie de votre enfant. Ils prendraient le risque de provoquer une fausse couche ou des traumatismes à vie sur l'enfant. Et ça, ils ne peuvent pas se le permettre. Pas s'ils savent qu'Angie est une Élue, qui plus est la fille d'un autre Élu.
Anakin regarda Obi-Wan, ébahi. Il était parvenu à penser à tout cela en seulement quelques instants… Alors que lui, dans sa panique et son émotion, n'avait qu'une chose en tête, c'était de foncer dans le tas. Il grimaça. Ce n'était pas la voie des Jedi. Il avait laissé la peur le guider et lui masquer sa lucidité. Ce qui aurait pu être fatal pour celles qui lui étaient chères. Obi-Wan croisa lentement ses bras, méditatif.
- Ce qui m'amène à cette conclusion : pour l'instant, ils laissent Padmé tranquille, attendant dans l'ombre son accouchement. Mais il faut aussi se dire qu'ils peuvent très bien la surveiller à travers toi aussi. S'ils se rendent compte que tu as découvert quelque chose, ils pourraient changer leurs plans. Il faut donc que tu restes la tête froide et surveilles tes faits et gestes, ne serait-ce que pour leur sécurité.
Anakin hocha la tête, regardant avec amertume son erreur.
- Vous avez raison, Maître. Je suis désolé. Je n'ai pas réfléchi…
Obi-Wan lui enserra doucement son bras, compatissant.
- Personne n'a dit que c'était facile, Anakin. Je pense même que cela sera l'une des plus grandes épreuves de ta vie. Tu as agi par instinct et c'est normal. Qui-Gon le disait lui-même : « Écoute ce que te dit ton instinct ». Même sur les champs de bataille tu étais comme ça à tes débuts. Et j'étais là pour te rattraper. Enfin j'ai essayé si on parle de Dooku sur Géonosis. Mais j'étais là, comme tu l'as été pour moi. Et dans cette épreuve pour protéger ta fille et ta femme, je serai là aussi. Je ne te laisserai pas tomber, je te le jure.
- Obi-Wan… Je ne sais pas… Je suis tellement maladroit avec les mots… je ne sais pas comment vous remercier…
- Maintenant revenons à ta vision. Est-ce que Padmé était attaquée dans ta vision ? Était-elle seule ?
- Je n'en sais rien. C'est très flou. Elle est sur une table d'opération, mais je ne vois pas la pièce. J'entends les cris d'Angie. Padmé pleure, crie… de douleur et elle m'implore de l'aider… Elle est en détresse et je ne peux rien faire…
Obi-Wan le dévisagea, ravalant son empathie.
- C'est ça le plus insupportable. Je ne peux rien faire ! Absolument rien !
- Nous trouverons une solution, Anakin. Je te le promets.
- Obi-Wan, je ne peux pas… Cette fois je ne laisserai pas ces visions devenir réelles !
- Tu n'es plus seul. C'est terminé.
- Non, plus seul, tu n'es, affirma une autre voix bien connue.
Les deux Jedi relevèrent d'un même mouvement la tête.
- Maître Yoda… dit Obi-Wan.
- Maître Cordova, dit Anakin.
Les deux Maîtres Jedi se tenaient devant eux. Eno Cordova, tenant toujours entre ses mains la sacoche contenant l'Holocron, se dandinait sur ses pieds.
- Hum… La demande est peut-être mal placée, mais… peut-on se joindre à vous ?
À suivre…
