XVI
La Bénédiction
« Tell me would you kill to save a life?
Tell me would you kill to prove you're right?
Crash, crash, burn, let it all burn
This hurricane's chasing us all underground
No matter how many deaths that I die I will never forget
No matter how many lives that I live, I will never regret
There is a fire inside of this heart and a riot about to explode into flames »
- Hurricane, by Thirty Seconds To Mars
La journée avait démarré tard.
Souffrante et épuisée, Mal ne parvenait pas à quitter son lit.
Evie avait ordonné aux garçons de rester dans la chambre et s'était rendue dans leur repaire. Les médicaments volés par Carlos n'avaient que modérément fait baisser la fièvre de leur capitaine et avaient été inutiles contre les douleurs trop fortes qui l'affaiblissaient.
Il était déjà le milieu de matinée lorsqu'Evie termina la potion. Elle redescendit discrètement et évita les autres élèves un maximum jusqu'à arriver à leur chambre. Carlos jouait à un jeu vidéo dont il avait coupé le son, et Jay se tenait près d'une des fenêtres couvertes par un rideau épais, lançant en l'air une petite balle rouge à intervalle régulier distraitement. Son attention était bien plus accaparée par ce qu'il pouvait apercevoir de l'extérieur via l'interstice entre le rideau et le mur, ainsi que par ce qu'il pouvait entendre du couloir.
Hochant la tête pour le remercier de sa vigilance, Evie se dirigea vers Mal et se tint près de son lit.
« Mal ? »
Aucune réponse. Elle semblait dormir profondément, ce qui était mieux que le sommeil peuplé de cauchemars qu'ils subissaient tous dernièrement.
« Mal ? »
Sachant qu'elle ne pouvait la toucher sans risquer quelque chose si Mal ne la reconnaissait pas de suite, Evie opta pour taper une fois dans ses mains. Elle eut tout juste le temps de contrer la vague de magie instinctive que lui envoya son amie.
« Hey, » salua-t-elle quand Mal ouvrit les yeux en se redressant douloureusement.
« Hey. »
« Bois ça, s'il te plaît. »
Cela stupéfierait toujours Evie que ses alliés acceptent ainsi de d'avaler sans hésitation les potions qu'elle leur tendait. Ils étaient peut-être liés par les règles implicites qui régissaient les gangs, mais en-dehors de marchés personne n'accepterait jamais de consommer ce qu'elle préparait à part eux.
Lorsque Mal termina, elle grimaça et lui rendit le verre.
« C'est encore pire que les autres. »
« Désolée, j'ai pas pris le temps de l'assaisonner. La prochaine fois tu voudras quel parfum ? Un sandwich et une tasse de café avec ça aussi ? »
Le ricanement de Carlos se fit nettement entendre et Mal haussa un sourcil.
« Je veux bien du café. »
« Rêve pas, je suis pas ta serveuse. »
« Mais c'est trop bon ! Avec des fraises. »
« On dirait que notre capitaine va mieux, » commenta Jay en croisant les bras. « Comment tu te sens ? »
« Comme si une potion surpuissante était en train de me requinquer. Qu'est-ce que t'as mis dedans, Evie ? C'est dingue, je me sens mieux de seconde en seconde. »
« Elle repoussera la fièvre et les spasmes musculaires et t'aidera à avoir le dessus sur ta magie malgré l'influence de Maléfique. Mais c'est que temporaire. J'en ai fait assez pour que tu puisses en prendre cet après-midi et ce soir. »
Elle ne dit pas l'évidence. Après ce soir Mal n'en aurait plus besoin.
La capitaine repoussa la couette pour s'asseoir lentement au bord du lit. Elle était pâle et éreintée, les traits tirés, un peu tremblante, mais au moins elle n'avait plus l'air à l'agonie.
« On a eu de la visite ? »
« Pas encore, » répondit Jay sans bouger de son poste. « J'ai l'impression que l'école est au ralenti. Pas mal d'élèves sont partis pour le week-end, et les autres dorment ou traînent, j'imagine. »
« Bon. Faut qu'on parte avant qu'on se fasse alpaguer. »
« Tu crois vraiment que ce serait pas déjà fait ? » demanda Carlos en les rejoignant.
« Possible, mais je préfère pas prendre de risques. »
Jay hocha la tête en jetant une fois encore un œil dehors, sa main sur le bord du rideau pour le décaler légèrement.
« Je suis d'accord. Maintenant que tout est prêt, on devrait rien faire qui pourrait éveiller les soupçons. Y a plus de gardes que d'habitude. Ceux de l'école, mais en plus il y en a qui portent les mêmes fringues que ceux qu'on a vu au château. »
« La garde royale, » soupira Mal. « Ils ont dû renforcer la sécurité pour la Bénédiction de ce soir. »
« Ouais. »
« Vaut mieux pas qu'on aille dans la forêt, ça pourrait être suspicieux et j'ai pas envie d'avoir des gardes sur les talons. On oublie le repaire, on ira ce soir pour faire le ménage avant de partir. »
« Bon, bah il reste plus qu'à traîner ici alors, » conclut Carlos en sautant par-dessus le dossier du fauteuil pour attraper sa manette et reprendre sa partie. « Evie, tu veux essayer ? »
« D'accord. »
Elle alla s'asseoir près du garçon qui lui donna une manette avant de se lancer dans une explication concise du scénario et de la façon de jouer. Il avait l'air enthousiaste, elle sentit son ventre se réchauffer de le voir aussi insouciant l'espace de cet instant.
Alors qu'elle commençait à bien contrôler son personnage (un guerrier explorant une étrange forêt pleine d'ennemis en quête de son passé, le personnage de Carlos étant son frère et allié), elle entendit la voix de Mal dans son dos.
« Des fraises. Génial. »
« Ouais, » s'amusa Jay. « Mais c'est pas moi qui suis allé les voler ce matin. »
Lorsqu'elle sentit le regard de Mal sur elle et la chaleur de sa magie en train de s'apaiser, Evie dut lutter pour se concentrer assez sur le jeu pour suivre les instructions de Carlos et ne pas se faire dévorer par une plante un peu trop dentue.
Vingt minutes plus tard, Evie avait décidé qu'elle aimait les jeux vidéo. Peut-être parce que la difficulté de celui choisi par Carlos la forçait à ne penser à rien d'autre, peut-être parce qu'elle trouvait la technologie fascinante, ou peut-être tout simplement parce qu'elle appréciait ce moment de complicité avec son ami. En tout cas lorsqu'ils décidèrent d'arrêter leur plongée dans le monde de Blackwoods près d'une heure après avoir commencé, elle se surprit à rêver qu'ils puissent un jour reprendre leur partie.
« Vous émergez enfin ? » taquina Jay en levant les yeux de la tablette sur laquelle il regardait un film.
« Evie est bien plus douée que toi. Elle au moins ne nous a pas fait tuer au bout de dix minutes en se trompant dix fois de bouton. »
« Va te faire foutre. »
Un ricanement lui répondit alors que Carlos attrapait quelques-uns des biscuits qui traînaient encore sur la table.
Evie ignora les garçons et alla s'asseoir près de Mal, plongée dans un livre d'art.
« Vous avez eu l'air de vous amuser, » remarqua la demi-fée sans lever la tête.
« Oui. »
« Et au moins vous ne vous insultez pas toutes les deux secondes comme ces deux crétins quand ils jouent ensemble. »
« On a nos habitudes. »
« Oui, vous baragouinez des trucs que vous êtes les seuls à comprendre comme quand vous travaillez. »
« On ne baragouine pas, » protesta doucement Evie en la poussant légèrement.
Mal leva la tête avec un rictus moqueur et des yeux pétillants.
« Bien sûr que si, vous murmurez et baragouinez comme les deux scientifiques fous que vous êtes. »
« Retire-ça tout de suite ! »
« Jamais. »
La réplique d'Evie mourut sur ses lèvres quand un bruit derrière la porte de la chambre se fit entendre. Ils furent en alerte avant même que la personne toque à leur porte.
« Il est plus de treize heures. Fallait bien que ça arrive, » maugréa Jay sans pouvoir vraiment leur cacher son angoisse naissante.
Mal avança dans la pièce.
« C'est sans doute rien. »
Derrière la porte se trouvait Fée Marraine.
Ce n'était peut-être pas rien, finalement.
Le sang d'Evie se glaça lorsqu'elle se souvint de la veille et de tous les incidents. Elle sentit la magie de Mal répondre à la sienne et prit une lente inspiration pour mieux se contrôler.
« Bonjour, » leur sourit Marraine. « Je ne vous dérange pas ? »
Les manières et les politesses du continent ne cesseraient peut-être jamais de les désarçonner. Mais Mal se reprit en une seconde et secoua la tête.
« Non. On se repose, c'est tout. Un problème ? »
« Puis-je entrer ? »
Tous se tendirent, mais il valait sans doute mieux accepter. Ils ne pouvaient se permettre de faire des histoires si près du but, ni risquer d'être désinvités de la Bénédiction.
« Oui, entrez. »
Tous les quatre gardèrent une certaine distance vis-à-vis de la fée. Elle était seule et réussissait à avoir l'air aussi avenante que soucieuse. Evie se demandait à quel point c'était voulu.
« Je suis revenue de mes obligations un peu plus tôt ce matin, et il m'a été rapporté que la soirée d'hier n'a pas été aussi festive qu'elle aurait dû l'être pour vous. »
Aucun d'eux ne laissa transparaître ses véritables émotions. Mais Evie pouvait voir qu'ils étaient tous trop figés, trop fermés.
« C'est-à-dire ? » interrogea prudemment Mal.
Marraine se tourna vers Carlos.
« J'ai cru comprendre que d'autres élèves ont été insultants et agressifs envers toi. »
D'après ce qu'Evie avait compris, ils avaient été insultants certes, mais agressifs...
La définition de ce mot par Auradon n'avait rien à voir avec celle de l'Île.
Carlos haussa les épaules.
« C'est rien. »
« Ce n'est pas rien. Ça n'aurait pas dû arriver et j'en suis désolée. »
Pourquoi ?
Mais Evie ne prononça pas sa question. Elle avait conscience que les remarques et interrogations qui lui traversaient parfois l'esprit paraissaient souvent incongrues et étranges aux autres, et si ça servait parfaitement ses buts la plupart du temps, ça avait aussi tendance à craquer son image.
« D'accord, » répondait Carlos maladroitement.
Lui non plus n'avait pas grande idée de ce qu'il était censé faire suite à cette étrange manifestation d'inquiétude ou de sollicitude.
Avec un petit sourire brillant, peut-être un peu contrit, Marraine lia ses deux mains ensemble.
« Est-ce que vous êtes prêts pour ce soir ? »
« Oh oui. » Le sourire de Mal était tout aussi grand et s'il n'atteignait pas ses yeux et avait un contour carnassier, la fée n'en fit pas de remarque. « On a si hâte. »
« Vous avez des questions ? »
« Ben et Jane nous ont déjà répondu. »
« Très bien. Est-ce que vous avez besoin d'aide éventuellement pour vos tenues ? »
« Non, » répondit immédiatement Evie en luttant pour ravaler sa condescendance et afficher une excitation et une joie candides. Des conseils vestimentaires de la part de Marraine ? Qu'était-elle censée ressentir le plus ? Le dégoût, l'horreur ou la vexation ? En tout cas elle réussit à ne pas la fusiller du regard et à ignorer l'amusement discret de ses alliés. « Tout est déjà réglé. »
« Parfait, » sourit Marraine. « Je vais vous laisser profiter de votre journée. Mais j'aimerais que nous passions un moment ensemble demain après-midi, pour que nous parlions de ce qu'il s'est passé hier et que nous fassions le point sur votre temps ici et sur vos besoins. D'accord ? »
« Demain, » acquiesça Mal.
Evie ignora la sensation glaciale qui serra son ventre et accéléra son rythme cardiaque. Elle salua Marraine quand elle quitta la chambre et laissa les quelques secondes de silence qui suivirent son départ enterrer les sentiments qui dansaient en elle.
« C'est tout ? » souffla finalement Jay en fronçant les sourcils. « Rien sur tout le reste ? Vous croyez que personne lui a rien dit ? »
« Bizarre, mais possible. Si ça se trouve, ils s'en foutent tous. »
Carlos n'avait pas nécessairement tort. Ils partaient du principe, après leurs observations des deux dernières semaines, que les Continentaux les observaient soit par méfiance soit par compassion. Mais peut-être que ça n'avait été que temporaire. Ou peut-être que tant que leurs attitudes ne contrecarraient pas leur quotidien ou leurs plans, les charmants habitants des royaumes se complaisaient dans l'indifférence.
Cette possible conclusion se trouvait étrangement rassurante par sa familiarité.
« Si tout lui était venu aux oreilles, je doute fort qu'elle et la famille royale en seraient restés là, » contredit sombrement Mal.
Evie fronça les sourcils, sentant derrière ses mots que la jeune fille ne leur disait pas tout. Mais si Mal songeait que ce n'était pas nécessaire de partager, il y avait forcément une raison. Elle attrapa sur le visage de Jay une expression qui l'informa qu'elle n'était pas la seule intriguée par ce que cachait la gravité de Mal, mais comme elle le garçon l'ignora.
Il s'appuya contre la commode, faussement détendu.
« Bon, en attendant, on a l'après-midi pour nous. On continue à éviter les autres ? »
« Vous pouvez aller prendre l'air, mais oui, évitez tous nos camarades. Gardez en tête qu'on est surveillés, ne faites rien ni ne dites rien qui pourrait alerter qui que ce soit. »
« Je vais aller faire un tour en cuisine, » conclut Carlos. « Hors de question de ne pas me taper un festin aujourd'hui. »
« Putain, ouais, » approuva Jay. « Qui sait quand on aura de nouveau l'occasion de bien manger. Les filles ? »
« Pourquoi pas. Le dernier repas, c'est une tradition. »
Evie aurait aimé que Mal soit un peu moins nonchalante en abordant le sujet de leur probable mort prochaine, mais bon.
Ce n'était pas comme si elle avait tort.
O
« Tu iras aussi chercher le registre auprès de Monsieur Ritier et –oh ! Il faut qu'on pense à rappeler aux chauffeurs de prévoir une voiture de plus, au cas où. Je ne suis pas certaine que Mal et les autres consentent à monter avec nos invités s'il le faut lors du retour. »
« Oui, maman, mais – »
« J'aimerais aussi que tu sois prête plus tôt, nous aurons sans doute besoin de veiller à ce que tout se déroule correctement. Tout retard serait vraiment très malvenu. »
« J'aimerais – »
« Est-ce que ta robe est prête ? Elle aurait dû arriver ce matin. Peu importe, au pire je pourrais t'en confectionner une au dernier moment ! Pour le buffet après la cérémonie, tu crois que nous devrions faire des demandes particulières ? Ben a suggéré plusieurs desserts au chocolat, mais peut-être qu'un peu de variété – »
« Maman ! »
Marraine cessa enfin ses mouvements et sa diatribe avec un petit sursaut. Elle se tourna vers Jane, les yeux ronds de surprise. Sentant ses paumes moites et son cœur cognant dans sa poitrine, la jeune fille lutta pour prendre une petite inspiration et garder ses yeux sur sa mère, le rouge montant automatiquement le long de son cou jusqu'à ses joues.
« Jane, » souffla Marraine. « Qu'est-ce que – »
« Je suis désolée, mais j'essaye d'attirer ton attention depuis bientôt un quart d'heure, » coupa Jane rapidement avant de perdre son courage. « Non, en fait, j'essaye d'attirer ton attention depuis des années ! Et je sais que tu es très occupée et que tu veux juste veiller à ce que la paix perdure et que les enfants dans cette école soient guidés correctement, mais j'ai besoin que tu m'écoutes. J'ai... J'ai besoin que... J'ai besoin que tu m'accordes de l'attention aussi. »
La fée n'aurait pas pu apparaître plus choquée. Elle se laissa presque tomber assise sur le fauteuil en face de sa fille dans leur salon.
« Jane, je t'ai toujours écoutée. »
« C'est faux. Tu as toujours été accaparée par tes devoirs et tes fonctions. Tu ne passes jamais une journée avec moi seule, jamais, même quand l'école est fermée. On ne fait jamais rien d'important ensemble, et le peu de temps qu'on passe ensemble, j'ose jamais vraiment te parler honnêtement parce que... parce que tu détournes toujours tout. »
Il fut un temps où Marraine aurait balayé ses remarques avec un signe de la main et un grand sourire, plus en raison d'un besoin viscéral que tout aille à merveille dans son monde que d'un réel désir d'ignorer Jane. Mais cette fois le regard de sa mère ne la quittait pas, il n'y avait plus de sourire sur son visage, son immobilité était inquiétante et la voir ainsi, presque éteinte dans son attention, poussa quasiment Jane à s'étouffer avec un élan de culpabilité.
Mais non.
Parce que les mots de Carlos dansaient dans son esprit.
Et Jane se demanda quelle influence l'arrivée des Insulaires avait aussi eu sur sa mère pour qu'elle réagisse ainsi.
« Je sais que tu m'aimes, » rassura-t-elle immédiatement. « Je sais ça. Et je t'aime. Mais je veux... je veux pouvoir passer du temps avec toi et pas seulement pour organiser des événements ou à l'école. Je veux qu'on fasse des choses ensemble. Rien que toi et moi. »
« Oh, Jane. Je suis désolée, c'est vrai que je peux être absente et je n'avais pas conscience de... Oui, nous passerons du temps ensemble. Bien sûr. Pourquoi ne m'en as-tu jamais parlé ? »
« Je ne voulais pas te décevoir. »
« Tu ne me décevras jamais. » Elle avait l'air un peu pâle et il y avait l'ombre de quelques larmes dans ses yeux. « Je suis désolée de ne pas avoir été la mère que tu aurais méritée. »
« Non ! Non, c'est pas... Maman, je suis bien avec toi. Je veux juste... Il y a des choses dont tu ne me parles jamais. Et j'ai besoin de savoir mais tu refuses toujours d'en parler. »
« Il y a des choses qu'une enfant ne devrait pas savoir. »
« Mais je ne suis plus une enfant et je ne suis pas comme les autres. Je ne suis pas comme les autres ! Parce que je n'ai pas été un don de la nature et que je suis à moitié humaine, maman. Et les autres me traitent différemment à cause de ça. Je ne suis pas comme toi mais je ne suis pas non plus comme eux ! Je ne suis pas une fée, je ne suis pas une humaine, et parce que personne ne connaît toute l'histoire je suis juste une bête curieuse. Et ma magie... Je peux la sentir sans arrêt, et je sais que tu préférerais que ce ne soit pas le cas, mais ça l'est, et j'ai besoin d'en parler et j'ai envie d'apprendre à l'utiliser. »
« Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée. »
« Et pourquoi pas ? Même Auradon permet aux personnes ayant des pouvoirs de s'en servir dans le cadre privé. De quoi est-ce que tu as peur ? »
« La magie est un don merveilleux, Jane. Mais même avec le plus pur des pouvoirs l'on peut commettre les pires crimes. »
Il y avait des ombres chez sa mère que Jane n'avait encore jamais perçues. Marraine ne faisait usage de la magie que lors d'occasions officielles depuis longtemps, depuis qu'elle avait été parmi ceux à accomplir l'exploit le plus remarquable de tous les temps.
Elle fronça les sourcils et hésita, sa voix plus basse.
« Tu parles de la barrière de l'Île des Oubliés ? »
Un instant, l'expression de Marraine se ferma et Jane s'attendit à voir un sourire apparaître, à entendre une voix guillerette lui rétorquer que ces choses-là n'étaient pas de celles dont elle devait se soucier. Mais ce ne fut pas le cas.
« C'était nécessaire, » confia la fée, et Jane frissonna. Elle n'avait jamais entendu sa mère si sombre. « Mais était-ce une bonne chose ? La magie –notre magie, ne devrait jamais être utilisée pour contraindre, pour piéger, pour priver. »
« Beaucoup de gens sont morts pendant la guerre. Les Méchants auraient forcément réussi à s'échapper de prisons normales, du moins les plus puissants. Retirer les pouvoirs d'Hadès ou Maléfique n'aurait été que temporaire au mieux. »
« Je sais ça. Les conséquences auraient été terribles. Il n'y avait guère d'alternative, hormis une plus sombre encore. Les héros ne voulaient pas que leur nouvelle vie démarre dans un autre bain de sang. Cette bonne intention a mené à une situation des plus horribles. »
Jane essaya de retenir ses questions, mais c'était la première fois qu'elle avait un échange aussi ouvert sur ce sujet avec sa mère.
« Pourquoi vous n'avez pas contrôlé ce qu'il se passait sur l'Île ? »
« Parce que nous avons perdu le contrôle dès les premières années, » avoua alors Marraine. « La Barrière a changé, elle s'est retournée contre nous. Impossible de voir à travers, impossible de l'ouvrir aisément de façon complètement sûre comme avant. Nous avons laissé nos bonnes intentions et notre arrogance corrompre nos actes et nous en avons payé le prix. Ou plutôt, des innocents en ont payé le prix. »
« Mais vous avez réussi à faire sortir Carlos et les autres ! »
« Après des années de recherche, il nous a été possible d'ouvrir une porte durant l'espace d'une minute et cela ne s'est pas fait sans risque. La Barrière s'est rebellée contre notre magie, contre notre autorité. Comme si sa nature même avait changé, elle refuse d'obéir à ses maîtres. Tant que nous ne saurons pas pourquoi, nous ne pourrons nous adapter. »
Un silence les enveloppa alors que Jane digérait ces informations. Sa mère lui avait toujours semblé toute puissante, inébranlable dans sa bonté et sa sagesse, mais elle se rendait compte brutalement que ça n'avait été qu'une vision enfantine. Il y avait quelque chose de profondément terrifiant dans ce constat.
« Je veux apprendre à contrôler ma magie, » réitéra-t-elle finalement. « Je sais que je ne suis pas complètement fée, que je n'ai pas toute la puissance d'un membre de la race, mais le peu que j'ai, je veux le maîtriser. Je veux pouvoir aider les autres avec toutes mes capacités si un jour j'en ai besoin. »
Jane ne put cette fois-ci s'en empêcher lorsque sa mère la fixa en silence, elle détourna le regard. Quelques secondes plus tard elle sentit ses mains, chaudes et tendres, se poser sur ses joues pour attirer son attention. Ses yeux étaient attentifs et brillants.
« Je t'apprendrai, » promit-elle finalement en la relâchant.
« Vraiment ? »
« Je pense qu'il est temps que je quitte un peu Auradon. Que dirais-tu de passer nos vacances à Clairfey ? Il n'y a pas d'endroit plus indiqué au monde pour commencer ton apprentissage. »
Jane ne prit pas la peine de répondre, son expression devait parler pour elle. La forêt de Clairfey ! Elle en rêvait depuis toute petite, depuis que les histoires de sa mère la transportaient dans le berceau de sa race. Le peuple fée, en tout cas celui dont venait Marraine, y vivait toujours. Elle y rencontrerait peut-être toutes les légendes contenues dans les livres que sa mère lui lisait, tous les amis dont elle entendait parler, elle serait au milieu des siens ! De l'autre partie des siens.
« Mais l'école... »
« Il n'y a personne le temps des fêtes, elle se passera bien de nous. »
Jane sourit et se leva quand sa mère fit de même. Il leur restait encore certaines choses à préparer pour la soirée, après tout.
« J'ai remarqué ta nouvelle coiffure, » informa Marraine, retrouvant doucement sa personnalité joyeuse.
Jane s'empourpra un peu.
« Oui, Evie et Mal m'ont aidée, » avoua-t-elle. « Elles savent couper les cheveux et m'ont donné des conseils pour les coiffer. »
« Ça te va très bien. »
« Vraiment ? Merci. Hum, maman, à ce propos, j'aimerais bientôt aller faire les magasins... »
O
« Où sont les garçons ? » demanda Mal lorsqu'Evie entra dans leur chambre.
« Probablement en train de digérer quelque part. »
Sans se tourner vers la jeune fille qu'elle sentait s'approcher d'elle, Mal sourit avec un amusement un peu amer.
« Ouais, c'était vraiment beaucoup de bouffe. »
« Un peu trop, » reprocha Evie en s'arrêtant près d'elle.
Elle put la sentir regarder ce qu'elle tenait, un dessin au fusain représentant les jardins dans toute leur splendeur, et Mal se tendit un peu. Chaque fois que des yeux se posaient sur l'une de ses œuvres, elle se sentait dangereusement mise à nue.
« Il est magnifique. »
« Ouais, » répondit Mal, un peu mal à l'aise. Elle déchira la page de son carnet puis la jeta dans la cheminée devant elles. « Ça change des ruines de l'Île. »
Observer les flammes engloutir le parc de l'école avait quelque chose de poétique, et de possiblement prophétique.
« Combien de temps ? »
« Quatre heures, » répondit immédiatement Evie, même si elle savait que Mal n'avait en réalité pas besoin qu'on le lui dise.
Le dessin suivant (la salle de bal) disparut dans l'âtre à son tour.
« La nuit tombe. Ils vont bientôt aller dîner. On pourra se charger du repaire. »
« Oui. »
« Les garçons ont fait ce qu'il fallait ? »
« Rien dans leur chambre n'était d'importance, ils ont vérifié. »
« Bien. »
Elle hésita à déchirer le dessin suivant. Elle observa les arbres qu'elle avait mis en couleurs, ses alliés au milieu d'eux, le calme et l'amusement qu'elle avait ancrés dans leurs traits,...
Jeter ça au feu était un peu trop symbolique pour elle.
Evie sentit son tourment, comme toujours, et bougea jusqu'à ce que son épaule soit contre la sienne. Leurs magies dansèrent et Mal serra un peu plus fort son carnet.
« Tu pourrais simplement le cacher. »
« Au risque que quelqu'un tombe dessus un jour ou l'autre ? »
Mal savait ce que ce carnet révélerait. Elle savait ce qu'elle y avait dessiné depuis l'enfance. Beaucoup trop de vérités, beaucoup trop de secrets. Le moindre dessin exposait une pensée, une émotion, une faiblesse.
« Et alors ? » rétorqua Evie simplement.
Et alors ?
Et alors...
Son regard se balada sur les arbres, sur Carlos et Jay se charriant, leurs expressions rieuses, sur Evie appuyée contre un arbre, l'air sereine.
Elle referma le carnet avec une petite inspiration peut-être trop tremblante.
Lorsqu'elle se tourna vers Evie, son cœur se brisa un petit peu.
« T'as l'air si calme, » remarqua-t-elle.
« Je suis toujours calme. »
Un petit son échappa à Mal, amusé et triste. Elle put voir une étincelle d'incompréhension dans le regard chocolat d'Evie et secoua la tête.
« Je me sens pas calme, » avoua-t-elle dans un murmure, un peu honteuse parce qu'elle aurait dû être au contrôle de ses émotions, parce qu'elle aurait dû être la leader posée à la tête froide qu'elle avait toujours été.
Mais Evie se contenta d'afficher un rictus assuré.
« Tant mieux. Tu es toujours plus dangereuse quand t'es en colère. »
En colère ?
Ouais, elle était en colère. Livide, furieuse, amère.
La peur et l'appréhension étaient noyées sous cette émotion brûlante et sa magie chauffa un instant lorsqu'elle s'en rendit compte. Mais celle d'Evie vint l'apaiser, une caresse glacée qu'elle accueillit avec une inspiration un peu trop brusque.
« Même si ça devait déraper, ils le méritent, Mal. »
« Vraiment ? » murmura-t-elle. « C'est vraiment ce que tu crois ? »
« Pas toi ? »
Elle prit quelques secondes pour apprécier ses pensées, évaluer ses sentiments.
« Si, » avoua-t-elle. « Un peu. Ça veut pas dire que j'aimerais pas avoir plus de contrôle. Tu n'as pas répondu. »
« Tu prends ces conversations honnêtes un peu trop au sérieux, » remarqua Evie avec un soupçon d'amusement dans la voix, un sourcil levé en signe de défi.
« Et tu éludes encore. »
Evie soupira alors, laissa son expression trop lumineuse s'éteindre et révéler son sérieux, son hésitation.
« Je... n'accorde pas d'importance à ça. Certains d'entre eux sont peut-être dignes d'intérêt, mais ça ne change rien. Ce qui compte c'est le plan. »
Dignes d'intérêt ?
C'était nouveau.
C'était stupéfiant et nouveau.
Mal retint son sourire et se détourna de la cheminée. Elle posa son carnet sur son lit au passage et alla attraper la petite sacoche sur sa commode avant de la montrer à Evie.
« Vernis ? »
« On ne va tout de même pas aller à une bénédiction royale sans avoir refait notre manucure, » acquiesça dramatiquement la sorcière en la rejoignant.
« Rouge ? Bleu ? »
« Noir. »
Le rictus ravi de Mal fut presque involontaire.
« C'est pas très convenable. »
« C'est absolument pas convenable pour une occasion pareille. »
« Parfait. »
« Je savais que tu approuverais. »
O
La soirée était entamée. Le froid demeurait plus que tolérable sous ce ciel étoilé. Evie n'eut aucune difficulté à trouver Mal dans les jardins déserts de l'école, baignant dans la douce lueur des astres et des lampes.
Elle s'arrêta à quelques mètres du mur d'expression et observa son amie en plein travail un instant, jusqu'à ce qu'elle descende de son perchoir pour changer de bombe.
« Où tu étais ? »
« J'avais quelque chose à finir. »
Mal ne creusa pas, secoua la bombe et reprit place sur l'échelle. Evie ne commenta pas non plus son œuvre. Elle attendit patiemment qu'elle termine et, près d'une heure plus tard, marcha à ses côtés pour retourner au dortoir. Il leur restait une demi-heure pour se changer et rejoindre les autres au point de rendez-vous.
Une fois dans la chambre, Mal lança son sac sous son bureau et passa dans la salle de bains. Evie se changea puis vérifia une dernière fois qu'elles n'avaient rien laissé d'important. C'était plus un réflexe qu'autre chose, elle savait qu'aucune d'elle n'était négligente à ce point. Elle finissait les tresses qui serviraient à tenir ses cheveux loin de ses yeux quand Mal la rejoignit. En levant le regard pour voir son reflet dans le miroir, la respiration d'Evie lui échappa un instant.
La robe d'un violet profond aux lignes simples mais élégantes de Mal lui allait parfaitement. Bien sûr qu'elle lui allait parfaitement, Evie l'avait dessinée et l'avait confectionnée, mais elle ne l'avait pas encore vue la porter et...
Oui, bon, il était peut-être temps de reprendre le contrôle sur ces envahissantes émotions et horripilantes hormones.
Elle prit le temps de terminer son maquillage avant de se lever. Puis elle se tourna vers Mal et lui sourit.
« Elle te va parfaitement. »
« On aurait dû peut-être prévoir des manches longues, ils vont se poser des questions. »
« Pitié, il fait au moins douze degrés, » s'amusa Evie. Elle plia son bras pour s'habituer à la sensation du sortilège courant sur sa peau et sa robe bleue. « Tu as bu ta dernière dose de potion ? »
« Oui, » rétorqua Mal en levant les yeux au ciel. « Je suis debout, non ? »
« Garde cette attitude pour tout à l'heure. »
Mal s'était rapprochée d'elle pendant la conversation, et elle tendit la main pour passer une mèche rebelle d'Evie derrière ses oreilles. Il y avait toujours une hésitation avant qu'elle termine un tel geste, un moment de flottement où elle la sondait et si Evie trouvait ça agaçant, son cœur faisait néanmoins un petit bond à chacune de ces attentions.
« Ta robe est très réussie. »
« La tienne aussi, » sourit Evie, prenant le compliment pour ce qu'il était réellement. « Mais n'y pense pas. »
Une lueur de défi alluma les yeux émeraude.
« À quoi ? »
« Nous sommes toutes les deux maquillées. »
« Et ? »
« Et il reste à peine dix minutes. »
« Et ? »
« Et nous n'aurons pas le temps de réappliquer du – »
« Je me dis qu'on a pas besoin de gloss ou de rouge à lèvres finalement. »
« Mal... »
« Arrête-moi. »
Elle ne l'arrêta pas.
Au contraire, dès que ses lèvres touchèrent les siennes, elle passa ses bras autour de Mal et la serra contre elle. Pendant quelques minutes elle oublia ce qui les attendait, elle oublia tout. Ce fut finalement sa capitaine qui cessa leur étreinte en posant son front contre le sien, le souffle un peu court.
« Il faut qu'on y aille. »
« Oui. »
Les doigts de Mal étaient chauds contre sa peau alors qu'elle s'appliquait à retirer les dernières traces de son rouge à lèvres. Evie fit rapidement de même pour elle, avant d'hocher la tête lorsqu'elle eût fini.
Mal l'arrêta devant la porte en lui prenant la main.
« Tu te souviens de ta promesse ? »
Un sentiment glacé envahit son estomac et sa magie dut le traduire parce que la main de Mal se crispa autour de la sienne. Mais Evie maintint son regard et ne laissa rien paraître.
« Je m'en souviens, » assura-t-elle.
« Bien. »
Il y eut une hésitation étrange, une vulnérabilité dans son expression, puis Mal sembla laisser tomber toute précaution et l'attira à elle pour la serrer dans ses bras avec un peu trop de force. Evie ferma les yeux quelques secondes pour profiter de sa chaleur et de son odeur jusqu'à ce que Mal se redresse lentement, sans oublier de déposer un baiser contre sa tempe.
Evie ne put empêcher son sourire, pas plus qu'elle ne put contrôler la vague d'émotions qui l'envahit. Elle détourna le regard et essaya de ravaler tout ce que cette tendresse et cet amour éveillaient au fond d'elle.
« Cesse de me déconcentrer, » reprocha-t-elle doucement en ignorant l'expression pleine de malice et d'affection de l'autre fille.
« J'aime bien ce sourire. »
« Mal ! »
« J'ai rien dit. Tu viens ? »
O
Ce fut une foule de voitures noires qu'ils trouvèrent en bas des marches. Mal compta sept véhicules et trois fois plus de gardes royaux contenus à l'intérieur.
Elle accepta machinalement les compliments de Marraine et Jane sur leurs tenues et leva les yeux au ciel quand la fée insista pour les séparer. Chaque voiture pouvait accueillir quatre passagers à l'arrière, mais elle tint à ce que l'un d'eux les accompagne, Jane et elle. Jay se dévoua à son ordre, et bientôt les voitures se mirent en route.
Le trajet dura une demi-heure à travers la forêt. Ils passèrent par une route barrée par d'autres gardes avant de s'enfoncer encore plus dans la nuit. Lorsqu'ils s'arrêtèrent, Mal reconnut aisément l'endroit et elle prit immédiatement une profonde inspiration en descendant de voiture.
L'odeur des arbres, de la terre humide et de l'air salé lui firent autant de bien que la magie contenue dans cette simple inspiration. Ils avancèrent sur le chemin, laissant une partie des gardes en rejoindre d'autres pour établir le périmètre de sécurité.
Marraine les abreuvait de ses connaissances sur ce coin sacré de la forêt, sur ce qui avait rendu la Clairière Grondante aussi baignée de magie, mais Mal ne l'entendit qu'à peine. Ils savaient déjà tout ça, l'avaient appris lors de leurs recherches. C'était aussi pour ça qu'elle savait ce qu'ils allaient trouver en arrivant en haut du chemin.
Une large clairière percée de quelques gros rochers polis par le temps et aussi anciens que les immenses arbres la bordant. Une herbe si verte qu'elle en paraissait émeraude, des fleurs multicolores qui ne mouraient jamais, et au fond, le vide. Aucun arbre ne bordait la falaise vertigineuse contre laquelle venait s'écraser violemment l'océan, ouvrant la vue sur le ciel plein d'étoiles.
C'était beau.
Ben, ses parents, Audrey, Aziz, cinq autres personnes et cinq gardes du corps les attendaient déjà au centre de la clairière. Les robes et costumes que tous portaient étaient faits pour l'hiver, et Mal ne savait pas si elle devait être amusée ou écœurée de les voir aussi frileux en cette nuit qui aurait eu sa place en été sur l'Île.
Les torches de cérémonie installées tout autour de la clairière leur prodiguaient de la lumière. Mal glissa un regard vers les autres convives plus loin alors que Marraine et Jane s'éloignaient. Aladdin et Jasmine étaient très reconnaissables par leurs traits autant que par le style de leurs vêtements, et près d'eux il n'y avait pas l'ombre d'un autre adulte d'Agrabah et encore moins d'un mec volant.
Pas de génie, donc. C'est ce qu'avait assuré Aziz en passant, mais Mal était soulagée de voir que c'était vrai. Leur plan aurait été sérieusement compliqué par la présence d'une créature mystique. Ils avaient prévu des contre-mesures cela dit, mais ça aurait amoindri leurs chances de réussite en-deçà du tolérable, même pour eux.
Mal prit le temps de respirer plusieurs fois, lentement, en balayant les alentours du regard.
Tout le monde avait l'air détendu. Rien ne semblait avoir bougé. Elle pouvait sentir sa magie dans les sorts de dissimulation à plusieurs endroits de la clairière. Elle pouvait apercevoir les très légères irrégularités dans l'herbe à l'endroit où Carlos et Jay avaient enterré leurs pièges. Elle ressentait jusque dans ses veines le pouvoir d'Evie s'enfoncer dans la terre pour rejoindre les arbres millénaires.
Et rien.
Pas de réaction.
Mal savait que son équipe était la meilleure, cela dit elle se demandait tout de même à quel niveau d'amateurisme évoluaient les gardes royaux, qu'ils soient d'Auradon comme la plupart ou d'Agrabah et d'Auroria comme ceux qu'elle pouvait apercevoir aux alentours. Mais pour être honnête, même s'ils avaient sondé le sol, même s'ils avaient inspecté la clairière et tout ce qui l'entourait, jamais ils n'auraient pu voir ou sentir quoi que ce soit en raison des sortilèges.
Cela n'empêchait pas leur laxisme de l'amuser autant qu'il l'écœurait.
Elle observa un grand homme barbu donner ses ordres et vit les quelques gardes du corps se déployer, leurs mouvements calmes et fluides, leurs mains sur leurs épées.
Combien de fois ces hommes avaient-ils eu l'occasion de les dégainer en-dehors d'entraînements ?
Et dans ce monde, comment se faisait-il que personne n'avait eu l'idée d'inventer un armement autrement plus efficace en usant de technomagie ? Pourquoi n'avaient-ils pas d'armes à feu, ces engins de mort dont Gaston et d'autres aimaient parler ?
« Les gars, » murmura Jay en se tournant vers eux, « on va avoir de la compagnie. »
Carlos prit une lente inspiration en voyant les autres s'approcher d'eux. Il ajusta ses appuis calmement.
Malice, appréhension et détermination dansaient dans sa voix lorsqu'il annonça doucement ce qu'ils pensaient tous en silence.
« Que la fête commence. »
O
Malgré la nervosité qu'il ne pouvait s'empêcher de ressentir, Ben essayait de passer un bon moment.
Il entendait parler de cet instant depuis des années, et même si elle n'était en bien des points que traditionnelle, cette bénédiction marquait la seconde étape de son ascension vers le trône, après sa Première Proclamation et avant le Couronnement. Et surtout, c'était la seule à être intime, sans médias, sans les membres du Haut Conseil.
Uniquement sa famille, les témoins officiels et ses invités, ainsi que leur garde rapprochée.
Les Rose et les Medjaoui étaient présents aussi bien en leur qualité d'amis proches que de témoins. La présence d'Audrey se passait de commentaire et il avait trouvé tout naturel d'inviter Aziz et Jane à se joindre à leurs parents. Ben aurait pu faire venir d'autres amis, mais la cérémonie était courte et bien qu'historique, elle n'avait rien d'excitante. Par contre, après en avoir parlé à ses parents, il avait jugé important de proposer aux Insulaires d'assister à la Bénédiction. Cela montrait la confiance qu'il pouvait leur accorder, sa sincérité dans son désir d'amitié et sa détermination dans ses projets.
Il aurait simplement préféré que tous soient là pour autre chose que l'avant-dernier pas vers son statut de roi.
Mais à quoi bon penser à ce qu'il ne pouvait changer ? Il était absolument hors de question pour lui de déroger à ses devoirs, de décevoir ses parents ou son peuple juste parce qu'il avait des regrets et des appréhensions, des envies et des désirs égoïstes.
Comme si elle avait suivi le cours de ses pensées, Audrey attrapa sa main et la serra discrètement. Il caressa sa peau avec son pouce et ne montra rien de leur échange sur son visage alors qu'Aladdin se tournait vers lui avec un grand sourire.
« Encore un début de saison extraordinaire, Ben. Tu es l'un des attaquants les plus remarquables cette année, toutes les équipes confondues. Désolé, Aziz. »
Son fils haussa les épaules, bon joueur.
« On peut pas tous être aussi doués. »
« Et sans tes passes décisives rien n'aurait été gagné, » rappela Ben en lui posant une main sur l'épaule. « On s'amuse beaucoup, maintenant que l'équipe est bien rodée. Dommage que Jay ne soit pas resté. »
Aziz approuva.
« Un vrai talent brut. Je pense qu'avec du temps il aurait surpassé même Hank Muller. »
« Ça ne l'intéressait pas ? »
« Je ne sais pas, maman. Il n'est vraiment pas resté très longtemps. C'était peut-être simplement trop tôt. »
« Ils doivent s'habituer à beaucoup de choses, » rappela sommairement Ben. « Le sport n'est pas une priorité. »
Une ombre ferma un instant les visages en face de lui alors que tous se souvenaient de ce qu'ils avaient appris lors de la dernière séance du Haut Conseil.
Comme souvent, Aladdin fut celui à les tirer de ce moment un peu trop grave. Cette soirée n'était ni le lieu, ni le moment.
« Tu dois avoir hâte de disputer le Championnat au printemps. J'espère vraiment qu'Auradon Prep se hissera une nouvelle fois jusqu'en finale pour ravir la coupe, même si mon cœur balance aussi pour le Lycée Zaïr. »
« C'est la première fois qu'ils remportent la Coupe d'Agrabah, non ? » s'enquit Philippe. « Un exploit pour une équipe jusque-là inconnue d'arriver à battre ainsi les grandes écoles de son pays. »
« Oui, il y a vraiment des jeunes talentueux et motivés. Peut-être que nous en verrons certains évoluer dans la ligue pro lors des années à venir. »
« J'aimerais en dire autant, mais j'ai bien peur qu'aucune de nos écoles n'ait brillé ces dernières années. Nous n'avons jamais passé les huitièmes de finale du Championnat des royaumes. »
« Vous vous rattrapez largement avec votre équipe pro, » rappela Ben avec un sourire amusé, « Auradon a toute les peines du monde à faire quelque chose de ses joueurs lors de la Ligue. »
Le grand-père de Ben, Maurice, émit un petit son indigné.
« C'est parce que certains de nos meilleurs espoirs ne passent pas pro ! Nous aurions toutes nos chances sinon. »
« Ce n'est pas faux, » concéda Jasmine avec un sourire amusé. « Les étudiants d'Auradon Prep notamment font rarement du sport leur carrière, ils arrêtent même en arrivant à l'université. »
« C'est certain que ça va me manquer, » laissa échapper Ben.
Il sentit le regard de ses parents sur lui mais l'ignora pour rapidement changer le sujet.
« Marraine devrait arriver avec Jane et nos invités sous peu. »
« Je suis heureuse qu'ils soient là ce soir. » Le regard d'Aurore sur lui était un peu plus distant que ce que sa voix douce faisait croire. « Les rencontrer est une véritable opportunité. »
Le sous-entendu était clair, le Haut Conseil n'avait pas été avare de reproches et de protestations quand Ben et ses parents avaient refusé que les jeunes Insulaires leur soient présentés dès leur arrivée. Il comprenait leur curiosité, il comprenait leur méfiance, mais au-delà du fait que les enfants de Méchants n'étaient pas des bêtes de foire, il ne faisait pas confiance à leurs préjugés et encore moins à leur empathie. La plupart ne s'en prendrait pas aux adolescents, mais leurs comportements, leurs mots, leur simple présence pourraient être désastreux et les réactions de Mal et des autres pourraient à ce stade condamner tout progrès et enterrer les projets de Ben.
Ce soir était un test, un pas. Jasmine et Aladdin étaient deux des monarques les plus ouverts d'esprit et Philippe et Aurore comptaient parmi ceux ayant le plus d'influence sur leurs pairs. Le terrain neutre, la cérémonie, le petit comité se prêtaient parfaitement à cette première rencontre. Beaucoup de choses se joueraient cette nuit.
« Ah, il me semble que les voilà, » remarqua Maurice, tout enjoué. Ben sourit, car avec l'âge et les expériences, son grand-père s'était débarrassé de tout a priori et se ravissait de chaque rencontre. Un peu trop même, parfois. « Oui, ce sont eux ! »
Bien heureusement, toutes les personnes présentes avaient un savoir-vivre impeccable et aucun ne fixa ouvertement l'arrivée des adolescents. Comme le voulait l'occasion officielle et leurs statuts, Ben et ses homologues avaient revêtus pour la soirée des tenues d'apparats et tous portaient diadèmes ou couronnes. Marraine et Jane s'étaient habillées de robes fines et soyeuses bien plus simples mais élégantes, seyant à leur nature. Il sourit discrètement en notant les vêtements de Mal et ses amis.
Audrey serra sa main et il échangea un regard amusé avec elle. Les Insulaires portaient des tenues colorées, ne tranchant pas complètement avec leurs préférences ordinaires tout en étant assez distinguées pour convenir pour un tel événement.
« Ils ont certainement du style, » approuva Aladdin avec un sourire en coin.
Son plus jeune fils grimaça, toujours un peu mal à l'aise lorsqu'il portait les atours les plus nobles de son royaume.
« La liberté, » souffla-t-il en tirant un peu sur le col de sa veste blanche et dorée.
Jasmine leva les yeux au ciel avec un rictus.
« Plains-toi. »
« Les cicatrices... » murmura sombrement Aurore en les observant du coin de l'œil.
Ben ne commenta pas. Ils avaient vu les scans mais voir les marques sur les adolescents était bien plus choquant, sans parler de leur minceur.
« Bonsoir à tous ! » déclara Marraine avec son habituelle bonne humeur en s'arrêtant près d'eux. « Vos Majestés, Vos Altesses, Monsieur. »
Tous les saluèrent, elle et Jane, et la jeune fille rougit lorsque Belle la complimenta sur sa beauté.
Après s'être assurée qu'ils se souvenaient du déroulement de la cérémonie, Marraine sourit encore plus grand.
« Parfait ! Alors allons retrouver nos invités et commençons ! »
Ben savait que son trop grand enthousiasme à cet instant révélait sa nervosité latente. Lui aussi sentit un éclair traverser son estomac quand ils commencèrent à se diriger vers les autres adolescents, restés en retrait. Aucun ne réagit, ils se contentèrent de légèrement modifier leurs positions, un mouvement naturel et tranquille.
Mais Ben avait appris à les lire au fil de ses observations, et alors que Mal se retrouvait légèrement devant les trois autres, il vit Jay jeter un énième regard vers les gardes en position près des arbres, Carlos passer ses mains dans ses poches, la tête un peu rentrée dans les épaules, Evie danser légèrement sur la pointe de ses pieds, le très léger sourire sur ses lèvres suffisant à illuminer tout son visage.
Les yeux émeraude de Mal étincelaient, peut-être en raison de son maquillage ou d'un effet de lumière, et elle se tenait fière et droite.
Puisque ses parents et lui s'arrêtèrent à une distance plus que respectable des jeunes, les autres les imitèrent.
« Bonsoir, » salua Adam avec un signe de tête poli et un petit sourire qu'il essaya de rendre aussi doux que possible. « Nous sommes ravis que vous ayez pu vous joindre à nous ce soir. »
Sans surprise, Mal se fit la voix du groupe.
« Bonsoir. Nous vous remercions de nous avoir invités, Vos Majestés. »
Elle ne s'inclina pas, mais son ton et ses mots étaient posés, son expression ouverte. C'était assez fascinant de la voir moduler son attitude en fonction des situations. Tournures de phrases, vocabulaire, port de tête, regards, tous les quatre savaient parfaitement s'adapter et changer leurs façons d'être s'ils en avaient besoin.
Elle se tourna ensuite plus spécifiquement vers Ben et hocha légèrement la tête.
« Ben, Audrey, » salua-t-elle moins formellement.
Il fut surpris de ce traitement de faveur, et encore plus qu'Audrey soit incluse dans cette marque de... quoi ? De respect ? D'amitié ? En tout cas c'était nouveau, et c'était la première fois qu'elle accordait ainsi de l'importance à Audrey. Seul Ben avait eu droit à ce traitement ces derniers jours, à quelque chose ressemblant à de l'intérêt et peut-être même de la camaraderie, alors qu'elle ne montrait qu'indifférence, condescendance ou mépris pour la plupart des autres étudiants.
Dissimulant sa réaction il se contenta de sourire.
« Je vous présente les parents d'Aziz, Jasmine et Aladdin d'Agrabah, les parents d'Audrey, Aurore et Philippe d'Auroria, et mon grand-père paternel, Maurice Meunier. »
Mal croisa le regard de chaque personne sans jamais changer son expression polie.
« Voici Carlos, Evie, Jay, et je suis Mal. »
Avec un sourire, Aladdin fit un pas vers eux en tendant une main et s'il nota les légers signes de tension chez les jeunes gens, il ne le montra aucunement.
« Ravi de vous rencontrer. »
Immobile, Mal observa sa main, puis son visage. Sa légère tension et son air fermé se retrouvaient chez ses trois amis.
Ben comprit immédiatement le problème et s'avança avec un petit sourire.
« Il n'est pas commun de se serrer la main sur l'Île ? » demanda-t-il.
« Pour quoi faire ? »
« Pour se saluer. Dans des situations informelles ou lors de réunions professionnelles par exemple, il est de coutume de serrer la main de ses interlocuteurs lors des salutations. C'est un geste indiquant sa bonne foi. À une certaine époque, ça montrait qu'on avait ni couteau ni épée dans la main et prouvait une intention non belliqueuse. »
Le rictus moqueur et un peu dubitatif de Mal faisait écho aux émotions cachées dans les traits de ses amis.
« Tu as deux mains, » remarqua platement la capitaine en haussant un sourcil. « Des poches, une ceinture et des vêtements où tu pourrais cacher des tas d'armes. Pas étonnant que cette coutume n'ait pas survécu sur l'Île. »
« Pas de poignée de main, donc, » s'amusa Aladdin. « C'est noté. »
« Ils ne sont pas très tactiles, » informa Ben, un peu taquin.
Il ne put s'empêcher de s'avancer vers Mal en tendant la main vers son épaule et elle le fusilla du regard.
« Réfléchis bien à ce que tu vas faire, Benjamin Florian, » menaça-t-elle sans bouger.
« Au combien j'admire ton audace, une démonstration n'est pas nécessaire, » intervint Evie en faisant un pas pour être près de Mal. Son grand sourire reflétait son amusement alors que Ben se figeait en ravalant son rire devant l'air renfrogné de l'autre jeune fille. « Aucun de nous n'apprécie les contacts, mais Mal y est particulièrement réfractaire. En terme général, aucun habitant de l'Île n'aimerait qu'un inconnu essaye de le toucher même pour le saluer pacifiquement. »
« Ou un ami, » précisa Aziz. « J'ai déjà essayé, j'ai failli avoir des problèmes. »
« S'ils ne souhaitent pas être touchés et qu'on respecte leur espace personnel, alors tout le monde le respectera, » trancha Belle, la voix chaude et posée mais l'ordre clair. « Sans remarque ni taquinerie. »
« Oui, » concéda Ben tandis qu'Aziz leur offrait un petit sourire d'excuse.
Il y avait eu l'espace d'une seconde une lueur acide dans les yeux de Mal qu'elle avait vite réprimée, peut-être en réaction à la prise de position de Belle. Aucun d'entre eux ne réagit non plus aux propos d'Aziz sur leur possible amitié, mais Ben savait que s'ils avaient été entre eux à l'école le prince aurait eu droit à une réplique bien sentie. Ils étaient peut-être prêts à affirmer leur amitié mais qualifier un Continental d'ami ? Certainement pas.
S'il avait déjà remarqué qu'ils gardaient leurs distances physiquement, jamais aucun d'entre eux ne l'avait formulé aussi clairement. Ben les avait déjà vus se toucher, se bousculer, mais peut-être ne supportaient-ils les contacts que des trois autres, peut-être même était-ce seulement dans des circonstances précises. Peut-être que ça expliquait aussi pourquoi Jay avait si vite laissé tomber le Tournoi.
Était-ce vraiment une habitude culturelle ? Une préférence personnelle qu'ils partageaient tous ? Ou une conséquence de la violence dont ils avaient été victimes par les gens extérieurs à leur petit cercle ?
« Comment trouvez-vous Auradon jusque-là ? Vous vous intégrez bien ? » s'enquit poliment Aurore.
Même si Evie s'était approchée de Mal, celle-ci restait toujours dans une position avancée par rapport à ses amis. Elle se tourna vers Aurore avec un petit sourire qui n'atteignait pas ses yeux.
« Très coloré, » répondit-elle simplement.
À la surprise de Ben, les autres enchaînèrent.
« Vivant, » indiqua Evie avant que les garçons ne complètent par propre et chaud.
La réponse de Jay fit sourire Aladdin.
« Tu trouves qu'il fait chaud ici ? J'avais hâte que vous découvriez Agrabah, mais finalement je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Vous n'aimeriez pas le climat. Mais ça explique les manches courtes alors qu'on est presque en hiver. »
« Dans ce cas je vous déconseille l'Île en hiver, » prévint Mal, la voix enjouée et une étrange lueur dans le regard. « Vous ne survivriez probablement pas à votre première nuit. »
« Bien, et si nous avancions ? » intervint Ben aussitôt avec un sourire. Il présenta son bras à Audrey et se tourna vers son père. « C'est bientôt l'heure, non ? »
Suivant sa lancée, Adam hocha la tête.
« Effectivement. Allons-y. »
Belle et lui menèrent le chemin vers le haut de la clairière, où des fleurs multicolores poussaient en abondance. L'herbe était basse en raison des vents océaniques qui balayaient souvent la falaise, l'air était iodé et froid, mais la lueur brillante de la pleine lune et des étoiles au-dessus d'eux ainsi que les arbres magnifiques les entourant brisaient amplement l'inconfort climatique.
Marraine alla prendre sa place devant eux et alors que les adultes échangeaient quelques derniers mots, Ben se tourna vers Mal.
« Je trouve vos tenues parfaites. Evie ? »
« Qui d'autre ? »
« Je ne vois pas vos emblèmes. Envie de changement ? »
Mal lui lança un regard étrange, pétillant et sombre. Ironique peut-être, moqueur sans doute.
« Ce n'est pas parce que tu ne vois pas quelque chose que ce n'est pas là. »
« Si vous les avez dissimulés en raison de l'occasion et de la compagnie, sache que j'apprécie. »
Elle ne répondit pas, mais Ben était sincère. Jay et Mal auraient pu rendre cette rencontre extrêmement tendue, mais ils avaient agi comme s'ils n'avaient pas eu devant eux les ennemis de leurs parents. Ce n'était pas rien, et fort heureusement les royaux n'avaient pas fait de remarques déplacées, largement briefés par Marraine au préalable.
L'entente de son prénom le fit se concentrer immédiatement sur la conversation ayant lieu entre les adultes un pas devant.
« Je suis certaine que nous en aurons l'occasion souvent, » répondait Aurore avec un sourire dans la voix, la tête tournée vers Belle. « Audrey est une formidable organisatrice et elle aura beaucoup de temps pour s'y consacrer à l'avenir. »
« Je sais qu'Audrey est hautement capable dans beaucoup de domaines, » affirma sa mère agréablement. « Ses résultats à Auradon Prep sont exemplaires. »
« Oui, elle s'intéresse à beaucoup trop de choses à la fois mais jamais elle ne risquerait manquer à ses devoirs. »
Ben entrelaça ses doigts avec ceux d'Audrey. Ils étaient habitués à entendre ce genre de propos alors qu'ils étaient juste là, et il était reconnaissant à sa mère de rappeler qu'Audrey était bien plus que ce à quoi la vouait sa Maison depuis sa naissance, mais ce genre de propos avaient tendance à de plus en plus lui taper sur les nerfs.
Ils étaient plus et ils étaient eux, mais ils étaient aussi prisonniers de leurs fonctions et des traditions.
D'où leur présence ce soir, d'ailleurs.
« Je n'en doute pas, » répondait Belle chaleureusement pour fermer la discussion.
Audrey croisa le regard de Ben et leva les yeux au ciel discrètement, et il respira un peu mieux. Non, au contraire de ce qu'aimaient penser Aurore et Philippe sous l'influence de sa grand-mère, Audrey n'était pas qu'une future épouse dévouée à la diplomatie, aux bonnes œuvres et à l'organisation d'événements mondains ou caritatifs. Que ses trop nombreux intérêts étaient une force, avaient un but et feraient d'elle une reine que tous respecteraient. Aurore et Philippe n'étaient pas comme Leah, Ben le savait. Ils n'étaient pas mesquins ou distants sciemment. C'était juste leur façon d'être.
Audrey serra une dernière fois sa main pour lui donner du courage et croisa son regard quelques secondes pour lui dire silencieusement tout ce qu'il souhaitait entendre, puis alla se placer près de ses parents, debout quelques mètres derrière Ben, à droite avec Adam, Belle et son grand-père. Lorsqu'il jeta un coup d'œil derrière lui alors qu'il se plaçait seul face à Marraine, il remarqua le regard froid que posait discrètement Mal sur Aurore et Philippe. Apparemment ils n'avaient pas fait bonne impression. Les Insulaires étaient placés à gauche, derrière Jane et les Medjaoui.
Il espéra que le repas après la cérémonie se passerait bien, en tout cas il aurait l'occasion de leur parler un peu plus, possiblement d'apaiser toute possible tension naissante. Il avait eu tort de se confier à Mal au lac, il n'avait pas pensé que ça pourrait influencer à ce point la jeune fille.
Après. Il aurait l'occasion de rattraper les choses après.
« Tu es prêt ? » demanda gentiment Marraine.
Alors Ben se redressa et se tourna vers elle. Il prit une profonde inspiration qui passa inaperçue et calma son rythme cardiaque.
Il ne pouvait pas reculer, mais il aurait préféré avoir encore quelques années devant lui avant de faire ce pas vers son règne.
« Je suis prêt. »
« Bien. Commençons ! »
O
Enfer, que ça pouvait être pénible.
Ils aimaient s'écouter parler, c'était certain.
Ça faisait combien de temps que Marraine déblatérait sur l'union, la fraternité, l'honneur et toutes ces conneries ? Dix minutes au moins. Peut-être même quinze.
En attendant, pas de baguette magique.
Pourquoi débiter tant d'âneries ? Comme si elle ne savait pas qui était Ben, ce qui l'habitait, quel genre de roi il ferait. Comme si ces simples mots lâchés vite fait dans cette jolie clairière sacrée y changeraient quoi que ce soit s'il était un psychopathe déguisé. À quoi ça servait ?
Blablabla avec nos amis blablabla face aux ombres blablabla humble et altruiste...
Sérieusement, ils pouvaient pas accélérer ? Le temps de Mal était compté, littéralement.
Cette attente était pire que toutes les tortures qu'elle avait un jour subies. La tension rendait sa peau moite, son ventre était serré, son cœur battait trop vite. Sa magie ne cessait de piquer sa peau, de gratter, de griffer, impatiente.
Blablabla ce soir blablabla témoins et au nom de toutes les fées et les peuples magiques blablabla...
Ah ! La baguette magique ! Enfin !
Elle venait d'apparaître dans la main de Fée Marraine. Juste là, à quelques mètres d'eux.
La soudaine attention de ses alliés suffit à multiplier l'adrénaline dans ses veines.
Toute cette attente, ces plans et ces préparatifs. Tout ça pour cet instant.
Inutile d'agir avec précipitation. Elle ne donna pas le signal, observa la scène se dérouler quelques secondes encore. Autant attendre la toute fin, quand la fée serait la plus détendue. Elle se retint de glisser un regard vers les Continentaux et s'appliqua plutôt à enfermer toute forme d'émotion derrière sa détermination et des portes closes.
Marraine continuait de parler, elle échangeait des mots avec Ben qui avait baissé humblement la tête alors qu'elle dirigeait la baguette sur lui. Il y eut un éclair bleu, une magie pure et douce qui baigna un instant toutes les personnes présentes. Jamais Mal n'avait senti une telle force, paisible mais puissante. Elle courut sur sa peau et la caressa, ni chaude ni froide, juste parfaite, en accord avec toute chose, elle s'éparpillait partout et dansait avec chaque élément composant la clairière, l'assemblée, le monde les entourant.
C'est là que Mal comprit son erreur.
Quand ce doux pouvoir sembla marquer une pause dans son exploration tranquille et joyeuse, quand il se heurta à sa magie, à celle d'Evie, aux éléments étrangers dissimulés partout, aux sortilèges.
Marraine tourna brusquement la tête dans leur direction, ses yeux écarquillés, le teint pâle. Elle leva sa baguette plus haut, mais Mal et Evie furent plus rapides.
En quelques secondes la vue de Mal se dégagea alors que les convives étaient emportés vers les arbres. Elle leva le bras et prononça son sort au moment même où Marraine tomba à son tour victime d'une branche.
Quand la baguette magique se retrouva dans sa main, Mal ignora son pouvoir, son appel, sa rébellion. Elle la passa dans son dos, à sa ceinture, puis pivota sur ses pieds pour aviser le bon déroulement des opérations. Evie était déjà à mi-chemin vers le plus gros des rochers, les garçons passaient aux autres caches pour activer pièges et équipements. Aucun garde à l'horizon, tous prisonniers des arbres à l'instar des royaux.
Parfait.
Mais bien sûr, cette partie du plan avait été de très loin la moins risquée.
Les choses sérieuses commençaient maintenant.
O
Il lui fallut quelques minutes pour vraiment comprendre ce qu'il se passait.
Un instant il venait d'être béni et profitait de la douce sensation de la magie féerique de Marraine, et l'instant d'après tout l'air s'échappait de sa poitrine alors que ses pieds quittaient le sol.
Il se débattit dans sa panique, mais ce qui l'enserrait ne fit que répondre en manquant lui briser des côtes. Il lui fallut lutter pour reprendre son souffle et éclaircir sa vue, et quand enfin il réussit, il se découvrit à plusieurs mètres du sol, les bras plaqués contre son corps par... une branche d'arbre. Des branches d'arbres semblaient avoir pris vie pour s'étendre et venir s'enrouler autour d'eux comme des boas végétaux, avant de se rétracter vers leur tronc avec leurs proies. Et les voilà tous saucissonnés, incapables de bouger, incapables de se débattre sous peine de finir broyés.
Il observa ensuite, éberlué, Mal passer nonchalamment la baguette de Marraine à sa ceinture sans leur accorder le moindre regard. Jay courait en direction d'il ne savait quoi plus bas dans la clairière, Evie s'était arrêtée derrière le plus gros rocher, Carlos avait sorti de nulle part un ordinateur, l'avait posé sur une pierre et pianotait rapidement dessus. Il y avait près de lui un drôle d'appareil de la taille d'une machine à écrire relié au portable. Tout ça n'avait pas été là plus tôt. Comment... ? La magie ?
Ben tourna la tête du mieux qu'il put pour essayer de voir ses proches. Personne ne semblait blessé, tous hurlaient différentes prières ou menaces aux quatre jeunes qui les ignoraient totalement. Une fois qu'il fut certain qu'Audrey allait bien, il chercha leurs gardes du regard mais n'en trouva aucun. Il pouvait cependant voir des pieds dépasser des feuillages des arbres de l'autre côté de la clairière, alors il supposait qu'ils avaient subi le même sort qu'eux.
Mal claqua des doigts et il put presque sentir sa magie faire vibrer l'air. Il s'étrangla avec sa propre salive lorsque les vêtements de la demi-fée et de ses alliés prirent feu. Aucun ne paniqua, et quand les flammes s'éteignirent leurs tenues avaient fait place à des vêtements autrement plus pratiques et autrement plus insulaires. Leurs vestes étaient également de retour, leurs emblèmes fièrement en évidence dans leurs dos, et tous étaient armés.
Jay qui s'approchait de Carlos prit le temps de siffler d'appréciation.
« Vous vous êtes surpassées avec ce truc, les filles ! C'était géant ! »
Ça pour être géant...
Des vêtements enchantés qui s'enflammaient pour laisser place à la tenue invisible portée en dessous, le tout sans blesser la personne ? Ben n'avait jamais rien entendu de tel, mais il ne connaissait pas grand chose à la magie et il maudit un peu ses parents pour son manque d'éducation.
Ça n'aurait pas changé quoi que ce soit, cela dit. Mal lui avait carrément dit elle-même et il n'avait rien compris, comme un débile.
Mais quel crétin.
Comment était-ce possible qu'il ait pu se tromper à ce point ? Sur tout ?
Ils risquaient de payer très, très cher sa naïveté.
« Mal ! Qu'est-ce que tu fais ?! »
Si elle avait ignoré tous les autres, elle se figea lorsqu'elle l'entendit, se tourna vers lui et avança un peu dans sa direction.
Une petite moue habilla son visage.
« Je crois que c'est plutôt évident, non ? »
« Écoute-moi, je sais que tu dois nous haïr mais – »
Un petit rire l'interrompit. C'était un rire froid, sans réel amusement. Ses yeux sur lui le considéraient avec un dédain étrange. C'était le genre de réactions qu'il s'était toujours imaginé qu'un méchant aurait lors d'une confrontation, et une vague de peur lui vrilla l'estomac.
Il ne connaissait pas cette Mal.
« Ben, n'essaye pas de comprendre. Tu es loin du compte. » Sa voix se glaça alors que ses iris s'illuminaient. « Ne balance pas des verbes comme haïr à la légère encore une fois. Tu sais rien de la haine, tu sais rien de la souffrance, du désespoir, même de la colère. Tu crois vraiment qu'on serait là à fomenter tout ça juste parce qu'on a un compte à régler avec quelques enfoirés couronnés ? Crois-moi si c'était aussi simple que ça je vous aurais pas supportés tout ce temps. Vous êtes tous tellement égocentriques que ça me ferait passer pour une altruiste. »
« Alors explique-moi ! »
« J'ai pas toute la nuit. »
Elle murmura quelques mots de plus et quand Ben essaya de lui parler, de la raisonner, il s'aperçut que plus aucun son ne passait ses lèvres. Paniqué, il jeta un coup d'œil aux autres, mais comme lui ils avaient été réduits au silence. Il la fusilla du regard et seul un rictus lui répondit.
Elle se détourna de lui sans plus de considération.
« Jay. »
« Sur le coup, » lui répondit celui-ci en s'approchant d'eux.
Ben sentit une nouvelle vague d'effroi l'envahir quand il vit la branche qui retenait Audrey descendre jusqu'à ce que Jay puisse tendre la main vers elle pour la toucher. Il se débattit en vain, ses menaces moururent dans sa gorge, dévorées par la magie. Son cœur aurait pu exploser, jamais il n'avait eu aussi peur, mais Jay utilisa son poignard pour entailler la paume d'Audrey et recueillir un peu de son sang dans une fiole et s'arrêta là. Jane et Aziz subirent le même sort, le garçon essayant en vain de mettre des coups de pieds à Jay qui se contenta de lever les yeux au ciel.
Puis il courut apporter ce qu'il avait récolté à Evie, qui sembla le verser dans... un petit chaudron ? Était-ce vraiment un petit chaudron sur un feu qui était dissimulé derrière ce gros rocher ?
Est-ce qu'elle faisait une potion magique ?!
Depuis quand Evie était-elle une sorcière ? Pourquoi n'avait-il pas été informé qu'elle possédait des pouvoirs ? Quelqu'un le savait-il ? Comment pouvait-elle avoir assez de connaissances pour faire ça ?
Plus terrifiant encore, pourquoi avait-elle besoin du sang de ses amis ? Qu'allait-elle leur faire ?
Puisque les adultes n'avaient cessé de se débattre depuis qu'ils ne pouvaient plus tenter de marchander, amadouer ou menacer Mal, celle-ci finit par soupirer face à leurs efforts.
« Ça ne sert à rien. Vous ne pouvez pas rompre ces branches, ni les desserrer. C'est impossible, on a vérifié. Et essayé. D'ailleurs, évitez de vous débattre, certaines s'agacent parfois et développent des épines et c'est pas agréable, croyez-moi. »
Ses mots calmèrent un peu ses prisonniers, et un rictus alluma les yeux de Mal.
« Vous espérez peut-être que les gardes restés plus bas viennent à votre secours, mais j'ai bien peur qu'ils soient... indisposés. » Un sourire cruel étira ses lèvres quand elle nota leur choc. « Oh, et les chevaliers de la caserne, qui sont censés intervenir s'ils n'ont pas de nouvelles de leurs collègues tous les quarts d'heure ? Malheureusement ils ne sont pas près d'arriver non plus. »
Oh dieux.
Les avaient-ils tous tués ? Comment était-ce possible ?
« Personne ne viendra à votre secours. Pas de garde. Pas de prince charmant ou de princesse charmante. Pas d'animaux enquiquinants non plus. » Elle haussa les épaules. « Bienvenue dans notre monde ! »
Ben espérait vraiment qu'il se réveillerait de ce cauchemar très vite. Son premier instinct fut de tendre la main pour prendre celle d'Audrey, puis il se souvint qu'elle n'était pas à côté de lui et qu'il ne pouvait faire aucun mouvement.
Mal les balaya du regard, presque aucune émotion sur son visage.
« Puisque nous avons quelques minutes, je veux bien vous dire un petit secret. » Elle s'approcha plus d'eux pour ne pas avoir à autant pousser sa voix. « Vous voulez savoir pourquoi votre précieuse barrière ne vous obéit plus ? Vous voulez savoir où vous vous êtes lamentablement plantés ? »
S'il devait mourir ce soir et emporter sa famille, ses amis et son royaume avec lui, alors oui, Ben voulait savoir ce qui était à l'origine de tout.
« La magie existe sur l'Île, » confia Mal avec un grand sourire sans émotion. Elle ouvrit la main et une flamme verte dansa dans sa paume. « Oh, pas aussi puissante que celle-ci. D'ailleurs, seuls les êtres les plus forts peuvent la sentir et l'utiliser. Vous croyiez vraiment que vous pouviez parquer ces monstres et ne pas voir leur nature ressurgir, ne pas la voir dégouliner d'eux jusqu'à ce qu'elle pollue tout ? Cette magie noire a tout imprégné, jusqu'à retourner la barrière, jusqu'aux aliments qu'on mange et à l'eau qu'on boit, jusqu'à l'air qu'on respire,... Et vous voulez savoir qui aime s'en servir ? » Elle fit une petit moue et eut l'air d'une enfant lors d'une seconde. « Je pense que certains de leurs noms doivent vous revenir. Ils ne peuvent peut-être pas en faire grand-chose, mais le peu qu'ils réussissent est bien suffisant. Devinez sur qui ils adorent tester leurs limites ? »
Ben aurait aimé dire tellement de choses à ça, tellement de choses. Il ne pouvait pas. Il ne pouvait rien faire.
Complètement à la merci de Mal et des siens, il pouvait juste subir la terreur qui vrillait ses entrailles et attendre sa fin.
Il se demanda si c'était ainsi qu'ils avaient toujours vécu et une vague de pitié le submergea.
Jay était réapparu près de Mal et l'observait, les bras croisés et un air contrarié et un peu incrédule au visage. La jeune fille le perçut tout de suite près d'elle et se tourna vers lui.
« Qu'est-ce que tu fous ? »
« Qu'est-ce que moi je fous ? Et toi ? T'étais en train de faire quoi, là ? »
Elle leva les yeux au ciel et le poussa un peu de l'épaule en passant près de lui.
« À ton poste. »
« T'étais pas en train de faire un monologue ? »
Vexée, elle se tourna vers lui avec colère.
« Jamais ! »
Il l'observa deux secondes, avant de tourner la tête à demi derrière lui, vers Carlos et Evie qui continuaient de travailler dans leurs coins.
« Les gars ! Mal faisait un monologue ! »
Tous les deux parurent absolument indignés.
« Sérieux ? » rétorqua Carlos en délaissant deux secondes l'écran de son ordinateur. « Si c'est le cas, je change de bande direct. »
« Mal ! »
« Je faisais pas un monologue ! »
« Si. Comme seuls les méchants abrutis peuvent le faire, et tu sais ce qui arrive à ceux-là ? »
« Je ne faisais pas un putain de monologue ! Concentre-toi un peu au lieu de faire le crétin. Carlos ? »
Le garçon pianota encore quelques secondes, puis se redressa et rencontra le regard de Mal avec un sérieux glaçant. Il avait l'air d'avoir deux fois son âge.
« Sur tes ordres. »
« Evie ? »
La jeune fille hocha la tête.
« Sur tes ordres. »
« Jay ? »
« Sur tes ordres, capitaine. »
Mal sembla prendre une petite inspiration, puis elle se tourna vers Carlos.
« Lance-le. »
Il se pencha à nouveau sur l'ordinateur alors qu'elle s'approchait de lui. Lorsqu'elle fut près de l'étrange machine, elle se saisit de la baguette de Marraine et l'imbriqua dans le mécanisme.
Ben eut soudain envie de vomir.
« Le programme est lancé. »
Ce qu'il se passait n'était pas une question de haine ou un kidnapping ou même leur meurtre, c'était bien pire que ça.
« Ouverture dans cinq... quatre... trois... deux... un... »
Un rayon de lumière aveuglant s'échappa de la machine et fila vers le ciel, et Ben sentit les larmes de rage et de désespoir couler sur ses joues.
« Fermeture dans dix... neuf... »
Qu'avait-il fait ?
« Huit... Sept... »
Après avoir ajouté quelque chose dans sa potion, Evie rejoignit tranquillement ses amis. Elle aussi portait un sabre, et c'était vraiment étrange de voir cette fille si fragile et frivole armée ainsi.
« Six... Cinq... »
Tout en continuant de décompter, Carlos posa l'ordinateur au sol, comme pour le cacher à l'ombre du rocher. Puis il se redressa et s'éloigna de l'appareil.
« Quatre... Trois... Deux... Un... »
Le rayon disparut brusquement. Mal n'hésita pas avant de reprendre la baguette et de la repasser dans son dos, puis posa la machine près du portable.
« Carlos ? »
« Ça a l'air d'avoir fonctionné. »
Elle hocha la tête et avança vers la falaise. Ses trois amis restèrent quelques pas derrière elle. Carlos sautait un peu sur place, Jay faisait des mouvements des bras dans un simulacre d'échauffement physique.
Ils venaient...
Ils avaient ouvert la barrière.
C'était ça, non ?
Ils avaient ouvert la barrière. Ils avaient libéré tous les méchants.
C'était fini.
« Ben, relève la tête. »
La voix de Mal était posée, il y avait quelque chose de très calme dans son ton, de presque rassurant même. Quand Ben leva ses yeux trop humides vers elle, il constata qu'elle ne le regardait pas. Son visage était levé vers les étoiles.
« C'est une belle nuit pour mourir. »
O
