Chapitre 3 : Rise

Il s'agit d'un tournoi médiéval aux règles quelques peu revisitées.

Je rejoins Rollo, en cotte de mailles et armure, emblème de Noble Bell sur le plastron, sur fond carmin, lys entrecroisés au-dessus. La gravure est superbe !...

"Tu es stressé ?"

"Plutôt confiant." réglant ses étriers à bonne hauteur.

Il passe sous l'encolure de son étalon pour régler le second, me regardant avec un petit sourire.

"Double mission aujourd'hui : gagner le tournoi et... t'honorer." sur un regard explicite.

Je manque de rosir des joues.

"Tu ferais presque penser à une jouvencelle." amusé.

"Tu te moques !..."

"Pour camoufler mon trouble."

"Rollo, tu feras attention à toi, n'est-ce pas ?..." le sachant malgré tout excellent cavalier et très combattif.


La joute est somptueuse, avec tout le faste qui l'accompagne.

Contrairement à une idée reçue, l'objectif du jouteur n'est pas de faire chuter son adversaire. Pour être déclaré vainqueur, il faut briser le plus possible de lances sur l'armure des autres jouteurs. En cas d'égalité, la longueur du morceau brisé permet de départager les deux chevaliers.

La joute, le plus gracieux des arts de la guerre. J'en prends plein les yeux.

Rollo l'emporte.


Je félicite le vainqueur alors qu'il desselle son étalon.

"Je n'ai jamais demandé son nom..." flattant le bout du nez du cheval, lui faisant des grattouilles au menton.

"Satan." avec un petit sourire, guettant ma réaction.


Le bal qui suit manque de faire bâiller d'ennui Rollo.

Il doit y faire bonne figure, en tenue d'apparat pour le prestige.

Mais il s'y ennuie ferme.

On y donne des chants médiévaux.

La seule qui attire son regard et éveille son intérêt revêt une magnifique robe en soie sauvage, d'un rouge profond, brodée au fil d'or.

Robe qui lui tarde de m'enlever, du reste.

Fort heureusement, personne ne tourne le regard vers Rollo à ce moment précis. Sans quoi, ils tomberaient droit sur un homme que le feu charnel consume.


Il m'invite dans sa chambre qui se trouve au fond de la coursive, formant l'angle d'un bâtiment.

Nous profitons que le bal s'éternise pour nous éclipser.

Mon ventre chamboule déjà.

Je quitte mes bijoux.

Nous avons quand même attendu près de trois mois avant de nous donner l'un à l'autre, nourrissant un fort fantasme tout en nous courtisant à demi-mots.

Il retire sa bague après s'être libéré la tête de son imposant couvre-chef. Les ornements suivent.

"Bon alors je te préviens : je déteste les hommes silencieux."

Petit sourire, regard me couvrant, toute pruderie envolée. "Ne t'en fais, tu m'entendras si tu m'engages dans la bonne voie."

Je m'en pince la lèvre inférieure.

Nos ventres semblent se communiquer leur émoi, pulsant chez moi, l'érigeant lui.

Il me fait pivoter, dos face à lui, défaisant le lien qui serre le haut de ma robe et descend jusqu'aux fesses.

Ses gestes sont sûrs.

La robe quitte lentement mes épaules.

Ses doigts glissent le long de mes bras, remontant le long de mes épaules, se perdant dans le cou, alternant les pulpes et les revers, effleurant. Un premier petit soupir lui échappe.

Il écarte lentement la pince qui retient ma chevelure auburn qui dévale lentement mes épaules ; véritablement ravissement pour sa vue.

"Tu commences à me secouer jusqu'au heurt, petite fée." glissé à mon oreille.

Ses mains passent devant, écartant la robe, caressant mes seins pigeonnants, libérés du tissu.

A mon tour de laisser échapper quelques soupirs ravis.

Il caresse, flatte, cajole, à l'écoute des pointes qui saluent ses initiatives.

"Réactive..." ravi de ses découvertes.

Il me fait lentement basculer contre son épaule, regard plongeant sur ses gestes, rajoutant la vue à son excitation grandissante.

Ce que je sens dans mon dos a de quoi flatter l'imagination.

"Tu caches... vraiment bien... mmm... ouiiii... ton jeu..." pensant soudain au tyran de nos débuts.

"Bien peu connaissent celui que tu t'apprêtes à découvrir." en confession à mon oreille, lèvres flattant mon pavillon, langue en renfort sur fond d'un léger raclement de dents, lui arrachant là son premier geignement.

Nos corps montent en tension, rendant chaque geste, chaque attention d'autant plus sensible.

Je me retourne, commençant à déboutonner la soutane. Mes doigts tremblent.

"Je ne veux rien entendre." riant presque de mon émoi.

"Je croyais que tu détestais ça..." s'amusant.

"La ferme, Rollo." triomphant enfin, écartant les pans sur un torse agréablement bâti, imberbe, à la musculature présente mais discrète.

Mes doigts et mes paumes s'y égarent, allant flatter les boutons pales de ses seins.

Sa main caresse mon cou, descendant sur ma poitrine, regard accroché à ses gestes, totalement éclos plus bas, à présent, et dans une tension remarquable.

"Comment comptes-tu... me prendre ?..." curieuse.

"Parce que tu me cèdes le pouvoir d'en décider ?..." presque surpris.

"Trouverais-tu mon choix contestable ?..."

"Tu pourrais me faire ramper, à l'allure où vont les choses. Je serai même capable d'aboyer si tu venais à l'exiger." avouant un net penchant pour la soumission, se voûtant pour cueillir mes lèvres dans un baiser étourdissant ; lèvres, langue, légères morsures, tout y participe.

Nous en geignons de concert, sévèrement attisés.

"Très bien, si c'est là ton souhait." le conduisant jusqu'au lit, quittant là ma robe, me présentant à lui en joli tanga.

Il quitte sa soutane, pantalon seyant arborant un très joli renflement.

"Quitte tout."

Il s'exécute.

Ma foi !... Les proportions de cette gracieuse dressée sont pour le moins honorables !...

Je m'installe sur le lit, l'invitant à ployer les genoux devant moi.

Je pose mon pied sur son épaule. Ses lèvres et sa langue partent à la conquête de ma cheville, cherchant le contact avec mon regard par instant. Il progresse jusqu'à l'intérieur du genou. Je le repousse par jeu, faisant crépiter, dans son regard, un feu d'une remarquable intensité.

Je quitte mon tanga, lui offrant un supplice visuel complémentaire dont son érection se régale.

Mon pied quitte son épaule, cheminant le long de son torse, jouant un instant de l'orteil autour du nombril, le faisant geindre son délice, paume regagnant le sol, tête baissée.

"Relève la tête, Rollo. Regarde-moi."

Il obéit. Ce feu dans ces prunelles fait la nique à tous les Saints du grand clergé !...

Mon pied atteint la cible érigée, la flattant.

Je lui arrache des halètements prononcés, entrecoupés de geignements rauques, pointes des seins dessinant un joli relief.

Je le fais violemment suinter. Il balance même des hanches pour se caresser activement, tête dodelinant.

"Descends par ici... et je te garantie... que ce sera ta fête." m'allumant d'un regard parfaitement explicite.

Parterre ? Mon cher Rollo, je vais de surprise en surprise !...

Je glisse les hanches en bas du lit et il remonte, s'invitant d'un mouvement vif en moi, en criant le plaisir d'être enfin à sa place.

Il donne vertement des hanches, libérant une voix qui tranche sur celle qui a pour habitude de me faire la lecture.

Son bras m'enserre fermement, main sur le tranchant du matelas, hanches dans un balancier fou.

"Ne... t'arrête... surtout p... ROLLO !..." sensations se faisant aiguës.

Aucune chance qu'il cesse, lui aussi est proche du non-retour.

Son sexe coulisse dans la moiteur, entre mes chairs gorgées.

Nous ne sommes plus qu'appels haletés, sons coupés dans la gorge tant les sensations montent de manière fulgurante.

La jouissance nous cueille, faisant éclater nos voix au niveau sonore maximum.

Rollo pose le front contre ma clavicule, terrassé de bonheur, s'épanchant vivement en moi.

Son corps entier subit les spasmes de ses généreuses saccades.

Petit rire complètement shooté aux endorphines, alors que les dernières giclées décroissent.

"Allée directe... pour le septième ciel... sans escale." sur un sourire audible.


J'émerge d'un rêve de coton.

La nuit a été... une succession de courts sommeils. Le restant a offert la part belle à du sexe pour le moins actif et réjouissant. Tout ce que j'aime !...

Je tourne le regard vers l'homme aux cheveux clairs qui sommeille à mes côtés. Tantôt dom', tantôt sub', il joue sur tous les registres.

Je tire le drap pour dévoiler sa chute de reins, ses cuisses, me tenant là, à quatre pattes, lèvres et langue commençant à lui rendre un hommage brûlant.

Il se tire des bras de Morphée avec un petit geignement.

Son sexe répond avec un léger temps de retard, sous lui.

J'écarte ses lobes de chair pour glisser là ma langue, lui arrachant un rauque conquis.

Il en écarte les jambes par réflexe, glissant les avant-bras sous l'oreiller, soulevant légèrement le bassin pour laisser son sexe s'exprimer, savourant de le comprimer l'instant d'après contre le matelas.

"C'était..." ne trouvant pas les mots pour qualifier cette nuit.

"... phénoménal." me le prenant des lèvres.

"Hmm mmm." poursuivant mes cajoleries.

Il pivote lentement, m'offrant une vue sur son sexe dressé que je viens prendre en bouche, lui offrant un nouveau frisson.

Mes doigts vont cueillir tout de lui, initiative accueillie par une vocalise vibrante.

"Pas déçu par ta nuit de noces ?..." le libérant un instant.

"Je ne puis en dire que des louanges... mmm..." fixant le regard sur ce que je lui inflige. "Par contre, j'ignore si je puis... oooooh ouiiiii... poursuivre ton instruction maintenant que je sais... haaaaah... à quels tourments charnels tu es capable de vouer... mon corps." glissant une main pleine dans mes cheveux.

"Passe le relais à ton vice-président." le libérant, retournant immédiatement le lécher sur toute sa longueur, le long de la jolie hampe en relief.

Il crispe les draps, plaisir l'inondant par vagues d'intensité grandissante.


"Cela correspond-t-il à vos souhaits, Sir Flamm ?"

"C'est un excellent travail, Armand. Comme à l'ordinaire."

"Vous êtes trop bon, Messire Flamm."

"Je vous amènerai l'étudiante à qui je la destine."


Je me hisse à cheval. "Où va-t-on ?..." curieuse.

"Ne voulais-tu point que je te fasse visiter la cité ?"

Je lui offre un sourire ravi.

Nous passons le pont. Ils portent évidemment tous des noms de fleurs.

La cité est toujours aussi vivante et colorée. La vie vous éclate au visage à chaque ruelle.

Rollo arrête son étalon devant une boutique et en descend, nouant la bride à l'anneau prévu à cet effet.

"Viens." m'invitant à le suivre.

"Ainsi, voici donc l'étudiante prometteuse dont vous me parliez si souvent, Sir Flamm ?"

Petit sourire du concerné. "Soyez discret, Armand. Je ne souhaite en aucun cas qu'elle enfle des chevilles ou prenne la grosse tête."

Je lui tire discrètement la langue.

L'artisan me présente la tenue choisie par Rollo sur un mannequin de bois.

Il s'agit d'une armure en cuir sombre, garnie de sequins en argent, formant des écailles, partant de la naissance du cou jusqu'à celle des seins. On retrouve le même jeu sur les bras. La ceinture est cloutée et ornée. Des arabesques y sont taillées, rehaussées par des fils d'argent. Elle couvre le séant et on retrouve des sequins sur le côté.

Elle est accompagnée de protections cloutées pour les avant-bras.

Elle se porte sur une paire de cuissardes à larges revers.

"Sir Rollo a été très explicite concernant ses choix de matières et de teintes."

"Elle est magnifique !..."

Sur le retour, Rollo m'annonce qu'il a sollicité auprès de la direction de l'école deux jours de congés exceptionnels pour nous.

"Oh ?" agréablement surprise.

"Ne te réjouie pas de l'endroit où je compte t'emmener." se réfugiant derrière son mouchoir, air troublé.


Nous commençons notre périple de petit matin, sacs de provisions bien remplis de chaque côté des flancs de nos destriers.

Nous quittons la cité et cheminons à travers la campagne, traversant quelques bois.

"Rollo, si nous nous faisons attaquer... as-tu songé à prendre quelques armes ?..."

Petit sourire de mon partenaire de voyage. "Notre magie suffira à les tenir éloignés, crois-moi."

Nous abordons enfin, en sortie des bois, un petit hameau.

"Messire Rollo !..." le reconnaît un paysan.

"Bonjour, père Folquet."

"Les récoltes ont été généreuses cette année. Notre grenier à blé a bien renfloué."

Petit sourire de Rollo. "Vous m'en voyez ravi."

"Vous arrêtez-vous à l'auberge du vieil Hugon ?..."

"Comme à l'ordinaire."

Je me demande où nous nous trouvons...


Devant ladite auberge où il ne semble pas avoir foule, nous quittons nos montures et un palefrenier s'en charge.

"Mon petit Rollo..." s'émeut le tenancier.

"Hugon. Vous semblez tenir la forme."

Il s'en empare comme on serre un fils.

"Comment se porte-t-elle ?"

La question vibre dans la gorge de Rollo.

"Oh, tu sais, il n'y a guère beaucoup d'évolution."

"Puis-je la voir ?"

"Bien sûr. Elle est à l'étage. Isolde s'en occupe. Elle est dévouée, tu sais."

Rollo me prend par la main. Ses doigts tremblent.

"Oh, est-ce là ta bonne amie, Rollo ?" s'enquiert le vieil Hugon avec bienveillance.

"Oui." sur un sourire éclatant.

"Bien le bonjour, mademoiselle." me salue le tenancier.

"Bonjour."

"Je fais préparer un potage bien consistant pour vous deux, mes tourtereaux."

Nous montons les marches.

Rollo me fait enfin face, visage décomposé. "Bon. La femme que nous allons voir est ma mère."

"Tu aurais pu me prévenir que tu allais me présenter !..."

"Nous ne sommes que de passage ici. Je ne compte absolument pas m'attarder."

Il me conduit jusqu'à la chambre, frappant avant d'entrer.

Deux femmes s'y tiennent. Une bien en chair, le visage transpirant la bonté. Et une autre, émaciée, blonde, le regard fixe.

"Rollo !..." s'écrie la plus ronde, se levant prestement pour saluer l'arrivant.

"Comment se porte-t-elle ?..."

Elle secoue la tête, mine contrite.

Rollo me laisse là et s'approche de la plus mince des deux, toujours assise, regard étrangement statique.

Il retire son béret et s'écroule à ses pied, posant la tête sur ses genoux. "Mère. C'est moi, Rollo."

Elle glisse les doigts dans ses cheveux clairs et là je réalise qu'elle est aveugle !...

Rollo sanglote presque. "Je suis tellement désolé, mère... tellement."

"Seigneur Rollo, vous êtes exceptionnellement bon avec nous. Grâce à vos dons, nous parvenons à vivre bien mieux que la plupart de nos voisins."


Rollo soupe dans un silence pesant.

Je n'ose pas un mot.

"J'ai fait préparer votre chambre."

"Merci, Isolde. Nous n'allons pas tarder. Nous devons partir tôt demain. Je veux encore aller me recueillir sur sa tombe."

"Bien sûr, mon garçon." posant une main compatissante sur son épaule.


Nous regagnons la chambre et y passons nos tenues de nuit.

Le mobilier est sommaire, fonctionnel.

J'invite Rollo à poser sa tête sur mon épaule et il s'endort ainsi, étroitement serré contre moi.


Rollo monte en selle et m'ouvre le chemin.

Avant de partir, il a laissé une coquette somme aux gens qui nous ont accueilli.

Nous cheminons à travers champs, nous rendant aux abords de l'un d'eux.

Là, je distingue une croix qui se dresse, isolée.

Rollo descend de cheval, retire son béret et le plaque sur sa poitrine.

Devant ce que j'identifie comme une tombe, il s'écroule sur les genoux. "Je te demande pardon... pardon d'avoir été un si mauvais grand frère." sanglotant. "Tu étais si plein de vie... la magie te fascinait tant... j'aurai dû... t'avertir, t'en empêcher..."


"Tu veux en parler ?..." montant à sa hauteur.

"Je pensais que tu avais compris."

"Les grandes lignes..."

"Mon petit frère s'est éveillé très tôt à la magie. Il s'extasiait de ses dons. Il chérissait particulièrement les étincelles que sa magie produisait. Il en voulait plus. Toujours plus. Et moi, je... je voyais que ça le rendait heureux... alors j'ai laissé faire. Jusqu'au jour où... la magie est devenue si puissante qu'elle l'a... englouti... sous mes yeux... dans des flammes qui ont ravagé son petit corps... Il avait beau hurler, m'appeler à l'aide... j'étais tétanisé... tous comme ceux qui nous entouraient." crispant la mâchoire. "Mais si ça s'était arrêté là... il a fallu qu'adolescent j'hérite de la même magie qui a jadis détruit mon frère."

"Je suis désolée. Il était beaucoup trop jeune pour cette magie, Rollo."

"Il m'aurait sans doute écouté si je lui avais formellement interdit de l'utiliser. Mais j'ai été... faible."