Chapitre 7 : Yours to hold
Rollo crispe le visage devant le passage des trois cercueils.
J'attrape son bras pour lui affirmer mon soutien. Petit regard reconnaissant.
"Sans toi, leurs restes pourriraient toujours encore dans la forêt..."
Il pose sa main sur la mienne. "Ça me fait du bien que tu sois là."
"Rollo ! Rollo, mon chéri, éloigne-toi de l'âtre !"
"Mais maman... les flammes sont si belles... et elles me tiennent chaud."
De ses parents je ne distingue que les silhouettes dans ce rêve... mais de Rollo enfant, se tournant vers moi, lueur orangée dansant dans son dos, je me souviens de l'exacte vision. Son visage tient de l'angélique tant ses traits sont purs.
Derrière lui je devine un mouchoir aux motifs célestes prendre feu avant de s'embraser totalement et de consumer la silhouette immobile de Rollo enfant !...
Je me réveille, respiration courte, redressée dans le lit, en nage.
"Hey ?..." d'une main sur mon épaule. "Ça va ?... Tu as fait un mauvais rêve ?..." attrapant le pichet pour me servir de l'eau fraîche.
"Rollo, c'était..."
"C'est un peu normal avec ce que nous avons traversé ces derniers jours."
"Rollo... est-ce qu'enfant tu avais déjà un attrait pour les flammes ?..."
"Pourquoi... cette question ?..."
"Je t'ai vu en rêve devant un âtre... et tes parents te disaient de t'en éloigner."
Il me fixe. "Comment... pourrais-tu... savoir ça ?..." ébahi.
"Rollo, j'ai peur !..." allant me conforter dans ses bras.
Il n'en montre rien mais il demeure profondément secoué par cette vision onirique dont j'ai été victime. Lui s'en souvient très exactement, de ce moment. Cette connexion qu'il possédait avec les flammes. Comme elles dansaient pour lui.
C'est d'ailleurs cet immense brasier qui l'avait attiré jusqu'au groupe de gitans et qu'il était tombé en arrêt devant l'indécente danse de cette bohémienne comme si elle était elle-même possédée par les flammes !...
Combien de nuit avait-il passé devant l'immense âtre du hall de lecture, suppliant les flammes de lui rendre celui qu'elles avaient pris ?... Mais elles demeuraient sourdes à sa peine, se contentant de rugir dans l'âtre, brisant les bûches.
Le solstice d'hiver demeure le pire moment pour Flamm car le drame a eu lieu ce jour-là.
Et des feux ronronnant dans l'âtre, il y en a partout, à la saison froide, dans les bâtiments de l'école !...
Rollo ne manque guère d'aller visiter tous les jours celui à qui il doit d'être encore en vie.
Satan pose sa tête volontaire sur son dos lorsque Rollo l'étreint par l'encolure. "Tu vas encore m'avoir sur le dos une paire d'années, mon brave Satan." avec un joli sourire parfaitement audible, tapotant l'encolure puissante.
Mais ce qui intéresse Satan et dont il renifle l'agréable odeur est bel et bien cette carotte que Rollo tient dans une main, placée dans son dos.
L'animal la récupère du bout des lèvres.
"Satan, tu es impossible." toujours avec le même sourire, lui offrant finalement la friandise dont l'animal se régale.
Je glisse ma main sous celle de Rollo, en admirant la différence de taille et la façon dont mère créatrice a tissé la sienne ; fine, des doigts d'une longueur incroyable !...
La bague d'ailleurs attire immédiatement le regard sur ces merveilles !...
"Si tu m'empêchais de te toucher de la sorte, je crois que j'en deviendrai folle."
"Mmm. Voilà un concept qui mérite d'être médité."
"Hey !..." sur un petit coup d'épaule.
Il rit et me prend sous son bras. "Où en trouverais-je la force, je me le demande ?" souriant, faisant glisser sa paume le long de la mienne. "Je n'ai jamais été aussi heureux, Rachel."
"Tu crois qu'un jour nous aurons le courage de nous avouer que... nous nous aimons ? A haute voix, je veux dire." fixant mes yeux dans les siens.
Il embrasse le haut de ma tête. "Le mariage t'effraie mais pas ce genre de déclaration ?"
"En soi, cela n'engage à rien." haussant les épaules. "Si j'avais voulu me marier chaque fois que je tombais amoureuse..."
"Combien de maris esseulés aurais-tu laissé derrière toi ?... Tu vois, c'est parce que l'amour, les sentiments amoureux, sont bien trop fugaces que je me refuse à envisager le mariage. Pourtant... il va falloir un jour m'y résoudre. Je dois offrir une descendance à mon nom. Ce sera un mariage de raison. Je m'interdis d'y mettre le moindre sentiment. J'accomplirai mon devoir de mari en ce qui concerne la protection et la présence mais pas davantage."
"C'est... triste, Rollo. C'est triste à en chialer." reniflant.
"C'est plus honnête, à mon sens, que les fables qu'on est capables de se raconter sur le mariage éternel."
"Tu ne pourras pas, Rollo. Pas maintenant que tu as goûté à des relations choisies, avec un minimum d'attirance."
"Tu te trompes. L'Homme est capable de se convaincre de beaucoup de choses."
"Et... cette femme à qui tu voues un tel sort... lui demanderas-tu son avis ?"
"Ne t'en fais pas, je m'arrangerai pour que jamais elle ne se rende compte de la supercherie."
Je demeure au centre de la coursive, jambes quasiment coupées. "Dis-moi que c'est une blague... que tu me fais marcher là ?... s'il te plaît, Rollo..."
"J'aimerai justement te faire marcher parce qu'il me semble t'avoir fait perdre l'usage de tes jambes." amusé.
Je discute sur un banc, à l'intérieur, avec Viane.
"Il me tarde que l'hiver passe..." dis-je.
"Ah ? Tu es plutôt une fille du printemps ? De l'été ?"
"Du printemps."
"J'adore la neige. L'hiver dernier, on a été tractés, à cinq sur un traîneau, par le cheval de Monseigneur Flamm !... On a rigolé comme des fous !..."
"J'aurai aimé voir ça." souriante.
"Tu sais, il a vraiment un côté que nous seuls connaissons à l'école."
"Et que je commence à découvrir."
"Cette école est... son foyer."
"Elle est, en effet, très chère à son cœur."
Noël et ses fêtes n'arrangent rien à l'humeur maussade de Rollo.
"Mon petit frère adorait Noël..." me tendant une boule rouge pour en garnir le sapin.
Je la suspends et descends de mon perchoir, m'approchant de Rollo. "Tu veux en parler ?..." douce, caressant ses mains qu'il vient de joindre devant son ventre. "Tu ne m'as jamais dit son prénom, d'ailleurs..."
"Moddo(*). C'était Moddo, son prénom." sur un sourire triste, regard statique.
"Viens." l'emmenant un peu à l'écart, près du petit buffet de victuailles, lui servant quelque chose de chaud. "Tiens. Ça te fera du bien."
"Merci." sur un faible sourire. "Dire que c'est à Noël que... son pouvoir s'est manifesté... la première fois... il avait à peine sept ans..." égaré dans ses souvenirs.
"Hey..." caressant son bras.
"Nous aurions dû lui interdire de l'utiliser au lieu de l'encourager..." sur une moue qui en dit si long sur l'état ravagé de son cœur.
"Viens..." l'invitant à se voûter pour poser le front contre mon épaule.
Je lui caresse lentement la nuque.
"Ça me fait du bien que tu sois là... Rachel..." dans un souffle presque inaudible.
Sa voix crispe l'instant d'après. "La magie n'avait pas le droit de me l'enlever."
Il vient de passer son mouchoir sous l'eau fraîche et se l'applique sur la nuque, assis sur le lit, chaussures retirées.
Je rentre dans la chambre avec un petit panier de mandarines.
Je me pose à ses côtés, caressant son dos. "Je t'en épluche une ?..."
"Pourquoi pas."
Je m'y emploie.
"Pourvu que l'hiver ne s'éternise pas."
"Nous sommes donc deux à le vouloir."
"Ah, toi aussi, tu as de mauvais souvenirs ?..."
"Pas vraiment mais le froid, la nuit tôt... nah." lui présentant le fruit épluché.
Bon je lui proposerai bien un moyen efficace pour nous tenir chaud et relancer notre moral mais le moment est peut-être mal choisi...
"Je n'ai même pas l'humeur pour monter dans le clocher. J'ai juste envie... de filer sous les couvertures."
"Et t'y rouler en boule, c'est ça ?"
"Pas forcément." souriant. "Et surtout pas seul."
Je le fixe. Attends... tu viens bien de suggérer ce que je pense là ?...
J'ai un petit rire nerveux. "Est-ce que tu suggères de... ?..."
Il mord dans le quartier d'agrumes. "Tu trouves l'idée mauvaise ?" regard fixé sur moi, me balayant lentement de haut en bas.
"Je pensais surtout que la proposition allait être vivement rejetée."
"Si on doit concéder quelque chose à Monsieur Hiver, c'est bien le loisir de pouvoir exploiter tous les moyens pour nous tenir chaud." se servant d'un quartier supplémentaire. "A moins que... tu n'en n'aies pas envie."
Mon ventre vient de faire un triple-salto arrière là, Rollo !...
Nous terminons le fruit et je dépose le panier au pied du lit.
"Je peux venir sur toi ?..."
"Tu demandes ?" m'y invitant.
Je pivote sur lui, m'y plaçant à califourchon.
Nous nous embrassons derechef. Je kiffe le retentissement que nos baisers a sur lui ; ses pupilles qui dévient sous ses paupières papillonnantes sont du plus bel effet !... Un effet qui empire face à l'audace de nos baisers qui dérapent, langues entrant en jeu.
Ce moment où il sent qu'il commence à se tendre, bas-ventre devenant la cible de fabuleuses sensations.
Je n'en mène pas large non plus, sexe se déployant telle une fleur.
Je cesse, conservant son visage entre les mains. "Tords-moi le ventre, Rollo !..."
Ce sont des flammes, d'une lueur particulièrement lascives, qui dansent à présent au fond de ses prunelles sombres.
"Tu ne me rends plus maître de moi-même, Rachel. Et je dois avouer que... j'aime la sensation que ça procure !..." capturant à nouveau ma bouche pour une joute qui achève de nous préparer à ce qui va suivre.
Nous vêtements nous quittent l'un après l'autre.
"Allonge-toi." avec la ferme intention de le chevaucher.
Au préalable, nous nous caressons tant que chacun de nous demande grâce tant les sensations sont présentes et ne demandent qu'à éclater !...
J'avance sur les genoux, bassin soulevé, le récupérant pour l'insérer.
Nous en suffoquons littéralement.
Je pose les mains sur son torse battu par une violente respiration, voix montant sans qu'il ne puisse en moduler le niveau sonore.
Mes oscillations décuplent notre plaisir déjà bien présent.
Son menton se lève, pointe vers le plafond, corps soulevé d'un seul tenant avant de revenir frapper le matelas.
Je l'appelle plusieurs fois comme s'il était en mesure de répondre.
C'est tout juste si je parviens à fixer son visage que le plaisir montant défait totalement.
La jouissance nous frappe par surprise, faisant monter un cri commun, corps déchirés de sensations si fortes qu'elle nous pillent presque nos raisons, nous rendant si ivres de plaisir que nos consciences semblent s'étioler telle de l'éther volatile !...
Et cela dure, pour couronner le tout, chaque mouvement de ma part nous relançant de plus belle.
Je suis la première à plus ou moins atterrir, caressant son visage en lui souriant. "Ça... va ?..."
Il s'avère incapable de formuler immédiatement son ressenti et met un certain temps pour me livrer la raison de son silence : "Ooooh... je n'ai jamais... je ne me pensais pas capable de... d'éprouver un tel plaisir et de... jouir avec une telle... force..." sur un sourire encore complètement shooté aux endorphines lui envahissant progressivement le corps entier.
Il est vrai que nous en avions très, très envie tous les deux !...
Mmm... Messire Flamm va peut-être me réconcilier avec l'hiver, qui sait ?...
"Hmm... déjà debout ?..." le trouvant assis au bureau, emmitouflé dans un plaid, déjà plongé dans un ouvrage en latin, lui embrassant la tempe, bras passé autour des épaules, main sur son bras.
"J'apprécie me prendre un moment pour étudier avant de rejoindre la vie en communauté."
"Je comprends." le laissant à sa lecture pour aller me doucher.
L'école presque au complet se rend dans la cité, histoire de susciter quelques vocations.
Notre parade émerveille les gosses massés là et les parents nous tiennent en haute estime. Malheureusement le coût de l'école est fortement élevé notamment pour l'entretien des bâtiments. Et bien peu, dans la cité, sont capables de pouvoir sortir pareilles mensualités.
On nous offre des fleurs pour le prochain culte à la Sainte Patronne de l'école.
Un gamin gambade d'ailleurs le long du cortège, appelant "Messire Flamm ! Messire Flamm !", trébuchant sur la cagette d'un commerçant et chutant en avant, bouquet lui échappant.
Rollo fait arrêter sa monture et descend de cheval, s'approchant.
Il aide le gamin à se relever et finit même par le hisser dans ses bras. "Où sont tes parents ?"
"Papa tient la boulangerie et maman lave le linge des gens, Messire Flamm."
"Voilà deux métiers qui honorent la cité. Quel est ton nom ?"
"Aloys, Messire."
Rollo récupère la bride de Satan. "Continuez sans moi, vous autres."
"Bien." déclare Tristan qui prend la tête du cortège.
Je tourne une dernière fois le regard sur ce portrait absolument touchant de Rollo qui porte ce petit homme sur un bras. Il doit sans doute lui rappeler son petit frère...
"Aloys !..." s'exclame le père, s'empressant de récupérer son fils en déchargeant le bras de Rollo.
"Je vais vous prendre quelques croissants." sourit Rollo. "Il est vrai que nous nous fournissons plutôt à l'Épi mais après tout..."
"Bien sûr, Seigneur Flamm. Je vous fais préparer ça."
"Ce terme n'est pas exact. Tu notes fumée mais en fait le terme exact est volute." me corrigeant au crayon à mine dans la marge, installés à son bureau.
"Tu étais adorable, tu sais, avec cet enfant dans les bras."
Il me fixe et me sourit. "Oh, il m'a rappelé... Moddo."
"Je m'en étais doutée." caressant sa joue d'un revers doux.
"Moddo était casse-cou sur les bords. Une chute et elle était pour lui."
"Et j'imagine que son grand frère était beaucoup plus calme et posé comme enfant."
"Nous étions... très différents. Mais nous nous entendions bien."
"Tu devais déjà remplacer ton père lorsqu'il s'absentait de la maison, j'imagine ?"
"En effet. Nous n'étions pas trop de deux pour canaliser Moddo. Il ne tenait pas en place. Toujours en mouvement. Une véritable pile électrique."
"Quelle responsabilité déjà pour ton jeune âge..." glissant les doigts dans sa frange courte. "La lourde charge des aînés."
"Je pense que je l'aurai fait naturellement si on ne me l'avait pas inculqué."
"Tu devais être un enfant très agréable et sensé."
"Je faisais mes coups en douce." avec un sourire qui tient du garnement. "Comme escalader le pommier du Père Pazzi à la nuit tombée, malgré les risques."
"Tu... as fait ça ?..." ébahie.
"Oui. J'ai également mis en déroute le troupeau de la Mère Canossa." s'en rappelant comme si cela s'était déroulé hier.
"Rollo !..." riant. "Sans te faire prendre ?"
"Jamais."
Le printemps est encore timide et le vert tarde à venir parer les branches des arbres.
L'air s'adoucit et nous profitons davantage de l'extérieur, nettoyant les mangeoires et les abris pour les oiseaux, nos petits compagnons à plumes trouvant à présent une nourriture suffisante dans la nature.
"Il me tarde d'arriver au plein été." dis-je, nettoyant les supports en bois des abris. "Il paraît que lorsque la chaleur se fait étouffante, un homme se baigne dans le petit ruisseau derrière l'école, entièrement nu."
Rollo pouffe. "Voilà bien encore une légende sans aucun fondement."
"Je la tiens pourtant d'une source extrêmement sûre."
"Soit. Si cet impudent me tombe entre les mains..." tendre, nettoyant les enveloppes des graines à la balayette.
"Ah non, pas le martinet !... Une fois a suffi."
Il rit. "Je me contenterai donc de lui remonter les bretelles."
Viane frappe à la porte de la chambre. "Messire Flamm ? Un habitant de la cité vous demande dans le hall de lecture."
Rollo s'y rend d'un pas tranquille.
"Messire Flamm !..." se précipitant à ses pieds.
"Relevez-vous, pour l'amour de notre Sainte Patronne, mon ami !..."
"Messire !... Il faut que vous fassiez venir votre précieux disciple jusqu'à la maison de la famille Gaon !... Leur fils aîné est gravement malade !..."
"Pardon ?" ayant du mal à suivre.
"Messire, envoyez sur-le-champ le disciple qui a été capable de ce miracle sur frère Théobald, je vous prie !..."
"Vos propos me semblent fort confus, mon ami."
"Je me rends bien compte de mon audace, Seigneur Flamm !... Mais il s'agit d'un cas d'extrême urgence !..."
"Notre école n'est pas une cour des miracles. Tout au plus pouvons-nous soutenir votre ami dans l'affliction par des offrandes à notre Sainte Patronne." pincé.
"Seigneur Flamm, je vous en conjure !..."
"Assez." le faisant lever. "Cet élève... sauriez-vous le reconnaître ?"
"Oh oui, Seigneur !..."
(*) J'ai voulu que le prénom ait la même consonance que celui de l'aîné et en y insérant quelque chose de Quasimodo ^^
