Chapitre 11 : Ignite
Les étudiants de Night Raven ne sont guère nombreux. Et celui qui attire tous les regards demeure bien évidemment le dénommé Malleus. Pour qui est sensible aux énergies, Malleus dégage un impressionnant pouvoir. Physiquement aussi, le mage se distingue : grand de près de deux bons mètres, cornes joliment recourbées dépassant sa chevelure de jais, il fait d'emblée forte impression.
Rollo est affable - trop pour être honnête, à mon sens.
D'emblée l'un des bras droits de Malleus, Sebek, débusque le fort potentiel magique de Rollo.
Nous cheminons à pieds à travers la vaste citée qui se prépare une nouvelle fois pour honorer le festival.
Rollo ne se départ pas de cette politesse feinte et affectée, camouflant parfois le bas de son visage derrière son précieux mouchoir de soie aux motifs célestes.
Malleus m'envisage avec beaucoup de curiosité, capable de lire les énergies aussi aisément que moi. Il profite que je siège seule pour me rejoindre un moment. "Je suis surpris de découvrir une envoyée du grand Hadès en ces lieux."
Je glisse l'index à la perpendiculaire de mes lèvres, l'invitant à la discrétion la plus absolue.
"Chacun ses secrets, après tout." accorde le mage, bon prince.
Voyant que nous commençons à sympathiser, Rollo s'installe entre nous sur le banc. "J'espère ne rien interrompre." cynique.
"Oh, je vois..." accorde Malleus, décelant enfin la nature de notre relation.
"Ce festival est d'un mauvais goût." cachant le bas de son visage derrière son mouchoir, parlant si bas que peu l'entendent.
"Ce festival est très divertissant !..." s'amuse Malleus.
"C'est une véritable hérésie." rétorque Rollo, toujours d'une voix basse.
"Votre magie est très diversifiée. Et elle apporte la joie autour d'elle."
"Tss. Je n'ai jamais rien entendu d'aussi absurde." crache Rollo, voix conservée basse.
"Voilà l'esprit qui anime Wonderland !..."
Malleus en rajouterait-il à loisir, sachant pertinemment que ceci met Rollo mal à l'aise ?...
Je cherche partout Rollo du regard. Introuvable.
Mon agitation est notée par Malleus. "Quelque chose ne va pas ?"
"Je... ne vois Rollo nulle part."
"Oh. Il est vrai qu'il a disparu depuis un moment."
"Je pars à sa recherche. Profitez du festival, Malleus."
"J'y compte bien."
Je trouve enfin Rollo dans l'immense pièce, face au brasier qui rugit dans l'âtre, tête découverte.
"Rollo ?..."
"Hmm. N'aurais-je point verrouillé la porte ?..."
Je ne reconnais absolument plus le garçon que j'aime !... Il semble m'échapper depuis l'arrivée des étudiants de Wonderland.
"Rollo, que t'arrive-t-il ?"
"Au vu de l'immense inconscience qui anime les mages de Wonderland, je m'apprête à frapper fort. Je parlerai même de tordre le cou à un blasphème tant leur considération de la magie est impie."
"Rollo. Rollo, tu me fais peur." m'approchant prudemment.
Il se radoucit un bref instant. "Je te l'ai déjà dit, petit fée : à toi, il n'arrivera rien de fâcheux." caressant ma joue alors que je me poste à ses côtés. "Pourquoi ne me fais-tu point confiance ? Est-ce... Malleus qui t'a monté la tête ?" plissant les yeux.
"N... non."
"Trouverais-tu un tel blasphémateur à ton goût ?"
"Rollo, arrête." de plus en plus effrayée par ce qui couve en lui.
"Tu ne réponds pas !" m'attrapant violemment par les bras.
"Arrête, Rollo !" grimaçant sous sa poigne.
Il me secoue plusieurs fois. "TE PLAIT-IL ?!"
Je le repousse vivement des deux mains, l'envoyant heurter le mur, souffle détraqué !
"Ah... je vois. Vous avez en commun... de servir le néant tout en ne reconnaissant ni dieu ni maître."
"Tu divagues totalement, Rollo ! Le seul homme que j'aime ici, c'est toi !"
Il balaye la suggestion d'un geste du bras. "VILE CRÉATURE !"
Je frémis. J'ai l'impression de me retrouver confrontée au Rollo de nos débuts !...
La porte soudain vole en éclats et Malleus fait son entrée, s'avançant paisiblement.
"TOI ?!"
"Flamm, il suffit."
"Tu penses... pouvoir me contrôler ? Mfufufufu !... HAHAHAHA ! C'est trop drôle ! Hellfire !..." appelant son sceptre magique.
Malleus note l'imposant sceptre qui vient de garnir sa main. "Je me disais bien que ta magie recélait un immense pouvoir. Sebek avait vu juste."
"HORS DE MA VUE, MAGE DE MALHEUR !... DARK FIRE !" me poussant vers le mur contre lequel heurte mon dos.
Les flammes bondissent soudain hors de l'âtre, se ruant sur Malleus.
"Quelle folie." s'en accommodant sans problème.
"Je vois. Ta magie... ta maudite magie est puissante. Mais n'aie crainte, j'ai tout prévu."
"ROLLO, STOP !" dis-je.
"Pas avant de lui avoir réglé son compte." appelant des fleurs magiques capables d'absorber le pouvoir.
"Que ?..." s'interroge Malleus, sentant son pouvoir s'étioler.
"HAHAHAHA ! Quel effet cela fait-il, dis-moi, de sentir ton pouvoir te quitter, Draconia ?" triomphe Rollo.
Malleus pose un genou au sol, peinant à fixer Rollo.
"ARRÊTE !" déployant mes ailes, soufflant une bourrasque telle qu'elle lui fait heurter le mur, sceptre lui échappant.
Un instant sonné, Rollo reprend rapidement conscience. "MAUDITE... TRAITRESSE !" visage déformée par la rage.
Je le fixe, meurtrie. "Rollo, arrête, tu me fais mal."
Ses yeux s'écarquillent.
Malleus en profite pour s'emparer du sceptre lorsque soudain, la Salvation Bell retentit. Son pouvoir éradique l'invasion des fleurs. Les flammes de Rollo rejoignent lentement l'âtre.
"Non... non !..." grogne Rollo, frustré.
"Ainsi... ce son est capable de te réduire à néant, Flamm ?"
"Ce n'est que... temporaire." grimace l'intéressé.
"D'ici là, nous serons loin." se penchant légèrement en avant. "Je te remercie pour l'invitation, même si elle était intéressée."
"MAUDIT ! Je te pourchasserai sans relâche, Draconia !... Je te ferai ravaler ta magie ! Tu ne t'en tireras pas à si bon compte !" le fichant de l'index alors qu'il quitte la pièce.
Je demeure là, sous le choc.
"Les étudiants de Night Raven College sont partis si vite..." déplore Viane.
"Oui, nous leur avons pourtant fait bon accueil..."
Rollo se décide à prendre la parole pour calmer les esprits. "Une affaire urgente à régler à Wonderland les y a poussés. Mais n'ayez crainte, nous les reverrons lors d'une prochaine occasion."
Je hausse le sourcil. Par Hadès, Rollo, t'entends-tu ?...
Il me darde d'un regard assassin.
Nous avons partagé tant de précieux moments ensemble et ce soir, il me semble qu'il n'en reste plus guère que des cendres...
Je suis triste et j'erre dans l'établissement, les paroles accusatrices adressées par Rollo résonnant encore dans ma tête.
Nous faisons évidemment chambre à part. Plus de contacts physiques.
Et j'imagine aisément que compte tenu de sa force mentale terrifiante, le garçon sait dompter jusqu'à son désir.
Évidemment il est hors de question pour moi de ramper, de le supplier de reprendre notre relation.
Grande manifestation aux abords de l'école.
Tournoi et joutes équestres au rendez-vous. Nous les préparons depuis des semaines.
Il faut que tout soit parfait car il en dépend du prestige de l'école.
Au moins cela me change les idées, même si Tristan et Viane me manifestent une grande empathie - Rollo ne leur a, semble-t-il, pas interdit de me parler. De ce côté, je sais qu'il est suffisamment mature pour ne pas entraîner les autres dans notre querelle.
Le tournoi bat son plein et Rollo l'emporte une nouvelle fois !... En plus d'un prix, on lui remet un bouquet de fleurs "pour votre bonne amie" pour reprendre les termes du jury.
Rollo quitte le centre du manège et longe les tribunes, lançant le bouquet sur mes cuisses, en passant.
"C'est très encourageant tout ça !..." se félicite Viane, tapant presque des mains.
Je suis plus réservée.
Il desselle Satan au moment où je fais visiter les écuries de l'école à de tout jeunes enfants.
"Oh, regarde, Matthias, c'est le Monsieur qui a gagné le tournoi !..." le désigne un enfant à son camarade.
"Hey, Monsieur !..." agitant sa petite main.
Rollo quitte le box, petite foule s'approchant de lui sans crainte.
"Moi aussi plus tard je serai aussi fort que vous !..." déclare le plus hardi d'entre eux.
Rollo sourit, posant un genou à terre pour se mettre à hauteur de son interlocuteur. "La relève est donc assurée." passant la main sur la tête blonde.
Il se redresse.
"Votre cheval, c'est le meilleur !..."
"Il est vrai qu'il a beaucoup de mérite."
"Je veux aussi le voir !..." réclame le plus petit d'entre eux.
Rollo l'attrape sous les bras et le dépose, assis, sur la porte du box.
"Il est graaaaand !..." s'extasie le gosse.
"Mais oui, c'est la race qui est ainsi faite." lui explique patiemment Rollo.
"C'est quoi, son nom ?"
"Hem. Je te le laisse le deviner et me le dire à l'oreille la prochaine fois que nous nous reverrons."
Joli bottage en touche, Messire Flamm !...
Je raccompagne tout ce petit monde et, pensant Flamm parti, j'entre dans le box de Na'ir. "Coucou, mon tout beau." m'approchant pour caresser la fine encolure. "Tu as envie de sortir ?..." récupérant son filet, me tournant vers la porte pour y découvrir Flamm qui se tient là, avant-bras sur le haut de la porte.
Je recule d'un pas. Na'ir souffle.
Il m'ouvre la porte, m'invitant à passer et referme derrière moi.
J'attache Na'ir dans l'espace prévu pour préparer les chevaux et je commence les soins.
Puis je file en direction de la clairière, laissant Na'ir profiter de cet espace ouvert pour se dépenser.
Le bal est beau mais je m'y ennuie.
Je regagne le balcon pour observer le mouvement des étoiles et de la lune, la nuit étant claire.
"Orion est remarquable en cette saison."
La voix m'est évidemment familière.
Ce soir, je n'ai pas envie de lutter en quittant la scène.
"Maudite traîtresse. Tu t'en rappelles, n'est-ce pas ?" reprenant ses termes les plus blessants. "J'aurai préféré que tu me gifles, Rollo."
"Tout ceci était bien malencontreux, en effet."
"Ose dire que cela t'a échappé."
"Draconia et son... usage inconsidéré de la magie m'ont fait perdre la tête."
"Tu es en boucle, Rollo."
"J'ai perdu mon frère ! A cause de personnes aussi inconscientes ! Qui font l'apologie de la magie sans se soucier des conséquences d'un tel usage !" soudain enragé, agité, grands gestes.
"Tu recommences." croisant les bras, furieuse. "Abandonne un tel projet, Rollo ! C'est parfaitement insensé !..." m'emportant à mon tour.
Il secoue la tête, air navré sur le visage. "Dire que je pensais que nous nous comprenions."
"J'avoue ne plus te suivre depuis un certain temps." soupirant. "Malgré tout... l'amour que je te porte."
Il écarquille les yeux, touché en plein coeur. Mais l'orgueil. L'orgueil nourri...
"Nos opinions sont en train de nous séparer. Ce qui est bien regrettable." admet-il, sur un ton plutôt sec que contrit.
"Discussion close." quittant le balcon. "Si tu savais comme je déteste cette facette de toi, Rollo."
Le Président m'a dans le nez. J'ignore quelles mesures il fera voter en guise de sanctions. Rollo, je le sais à présent, est imaginatif en matière de représailles.
Étrangement, rien ne vient...
Nous nous évitons. Pourtant, il nous arriver encore de nous regarder. Et nous nous plaisons encore énormément !...
Arrive la période où la moitié de l'école part en campement dans les bois.
Ces moments nous permettent, d'une part, de quitter le cadre strict que l'école et, d'autre part, de resserrer les liens entre nous.
La corvée de vaisselle dans le ruisseau tout proche n'est pas du goût de tout le monde mais même Rollo s'y plie.
Je le rejoins avec une belle pile d'assiettes en bois, ployant les genoux pour commencer le nettoyage.
Il a un petit sourire très doux sur les lèvres, s'appliquant à la tâche.
Mon regard bascule souvent du côté de ses belles mains.
"Le ciel se couvre. Je ne serai pas surpris par l'arrivée subite d'un orage."
"En effet." notant l'arrivée massive de nuages sombres caractéristique, tachant le ciel comme de l'encre.
"Nous nous écarterons du ruisseau si elle tel est le cas et resterons accroupis, les pieds sur la toile isolante."
"Je crois que cela ne va plus tarder."
"J'espère que les autres appliqueront les mêmes consignes. Si l'un d'eux venait à être frappé par la foudre, ce serait extrêmement fâcheux."
Au loin le tonnerre roule déjà.
La pluie commence à tomber en grosses gouttes. Ce sera bref mais violent.
Je rejoins Rollo sur la toile étendue au sol et il m'accueille près de lui, nous couvrant d'une toile pour nous préserver de la pluie. Mais le vent souffle en puissantes rafales et nous trempe jusqu'aux os.
"Je dois reconnaître que la position n'est pas la plus confortable qui soit. Mais c'est la plus sûre. Rentre bien la tête entre les épaules, petite fée."
L'orage passe et nous épargne mais nous grimaçons tous deux en nous relevant tant nous étions accroupis durant vingt bonnes minutes.
Nous sommes trempés comme si nous nous étions baignés dans le ruisseau.
Rollo avise les étoiles, les nommant de tête, haut du corps reposant contre le montant de la selle posée à terre, corps recouvert par un plaid rustique.
Le ciel est dégagé et offre une vue magnifique sur les constellations.
Puis il se lève pour alimenter le feu avant de retourner monter la garde.
J'ai bien du mal à trouver le sommeil tant je pense à celui qui veille sur nous. J'ai très envie de ses bras, de retrouver ses baisers ardents.
Je me retourne pour avoir pleine vue sur lui, m'en pinçant la lèvre, fièvre habitant le creux de mon ventre.
Sa haute silhouette, une jambe ramenée vers lui, l'autre tendue, fusil tenu proche en cas d'attaque de bêtes sauvages.
La vision finit par me bercer et m'endormir.
Il se lèvera dans le courant de la nuit pour venir replacer mon plaid qui a glissé du haut de mon corps, m'adressant une douce caresse sur la joue du revers de ses doigts sublimes.
Je lui plais encore. Terriblement.
Rollo pénètre presque avec fracas dans sa chambre, refermant rapidement derrière lui, levant sa tunique qui donne sur des braies dont l'entrejambe ne fait aucun doute quant à l'appétit grandissant et grondant qui l'anime jusqu'à le dévorer.
Baissant le regard, Rollo s'en mord la lèvre, attisé.
Sa paume se referme sur le renflement avide, percevant immédiatement, dans tout le corps, les sensations de son geste, menton se levant, bouche s'entrouvrant pour souffler l'expression même du désir qui l'anime.
Sa paume se fait caressante et comprimante à la fois. "Haaaah... Petite fée... Regarde ce que tu fais de moi..." sur un sourire doux, tête dodelinant contre le bois de la porte.
Il espace les jambes, mouvements enveloppants de la main, souffle se raccourcissant de seconde en seconde.
"Rollo... tu... la désires encore... à ce point ?..." sur un sourire qui se meurt et se crispe alors que les spasmes font leur apparition, partant du bas-ventre, inondant tout le corps.
Il frappe du poing libre contre la porte. "Insensé !... Haaaaaah... tellement... bon !..." poursuivant ses délices solitaires.
Son corps frappe presque jusqu'au heurt tant le sang bat à vitesse accélérée à l'intérieur de ses artères.
Se sentant prêt, il ouvre l'entrave et se cherche, gorgé, renflé, suintant, s'empoignant sans compromis, allant et venant sans tarder, pouce récupérant le délicieux suc qui s'écoule de l'extrémité rougie.
"Oooooh... Haaaaaan !... C'est si boooon !... Ma jolie fleur... mon intrépide amazone !..." scandant mon prénom.
Les mouvements s'accélèrent. Sa main libre vient flatter ses lèvres avant de glisser plus bas, traversant son ventre secoué de spasmes annonciateurs, prenant la direction de ce qu'il reste de lui, se caressant de doigts doux.
"OOOOOH ! HAAAAAH !... Ma précieuse... tourterelle !..." pensées toujours ciblées sur moi, se rejouant le film de nos dernières joutes. "Fais-moi... jouir !..."
Il rend dans un rauque éblouissant, dirigeant les jets de semence contre sa paume libre qui vient faire écran, comprimant sa verge pour qu'elle rende jusqu'à la dernière goutte.
"Viens. Nous allons solliciter l'avis de Messire Flamm." peinant sur un texte ardu en latin, de retour à l'école.
"Messire Flamm !..." l'appelle Viane.
Rollo lève le nez de sa lecture.
"Messire Flamm, nous peinons sur le texte à traduire." lui présentant le manuel. "Cette phrase précisément." lui l'indiquant de l'index.
"Prenez place, ne restez pas debout." nous invitant à nous installer.
Lecture rapide du contexte. La phrase en question contient deux mots à double sens.
"Oh, je vois." attrapant son carnet de notes, griffonnant une nouvelle page. "Il y a double sens. Cependant, la traduction qui s'accorde le mieux est..." l'écrivant sur la page blanche.
Son écriture est douce. Bouclée. Aérienne. Presque un art calligraphique.
Je suis le mouvement hypnotique de sa jolie bague qui donne dans une jolie teinte grenat, à la lueur de la bougie.
"Merci beaucoup, Seigneur Flamm !..."
