Chapitre 13 : Black Magic
Rollo adore s'endormir front contre ma clavicule, tourné sur le flanc.
Mes doigts caressent les petits cheveux de sa nuque.
J'essaye d'imaginer les frères Flamm encore enfants, combien ils étaient la fierté de leurs parents. Et comment il n'en reste qu'un seul survivant. L'aîné. Qui a hérité du pouvoir de contrôler l'incandescence des flammes ; sort qui, utilisé à son paroxysme, rappelle toujours à son utilisateur les images horribles de son frère, enfant, dévoré lui-même par un brasier meurtrier !...
Rollo n'avait pas, à l'époque, développé sa propre magie et donc a été incapable de venir en aide à son petit frère.
Le cruel accident a été un tel choc pour cette famille que sa mère en a perdu l'usage de la vue et que le chef de famille a précipitamment quitté le foyer, faisant tout reposer sur les épaules de l'aîné !...
Qui aurait pu croire que cette apparente froideur camouflait un drame de cette envergure ?... J'ai beaucoup de compassion pour Rollo.
"Dors..." embrassant le haut de sa tête.
Il bouge légèrement au contact, sourire aux lèvres, s'attachant d'autant plus à mon corps.
C'est le dimanche, lors du mémorial hebdomadaire à la Sainte Patronne de Noble Bell College, que le charisme de Rollo brille le plus.
Lorsque droit devant l'allée centrale, il monte le bras, sceptre tenu dans sa main directrice. C'est le seul moment durant lequel son très fidèle Hellfire fait une apparition publique.
Une véritable ferveur, proche de la transe, s'empare alors des étudiants. J'imagine que le parfum des fleurs, disséminées partout dans la petite chapelle, y participe.
Puis il est lu des récits en latin qui relatent les exploits d'un Juge religieux qui a édifié la Cité.
Pour moi, l'ambiance est plutôt suffocante mais je dois m'y plier.
Après la séance, le lieu est nettoyé, astiqué. Puis vient l'heure du repas.
Rollo est souvent entouré de Tristan et Viane. Mais cela n'empêche guère nos regards de vivement se harponner, désir commençant à remuer au creux de nous.
Nous cheminons dans les bois, à cheval. Je peine à canaliser Na'ir et Rollo trouve également Satan fort agité.
"Que vous arrive-t-il, à tous les deux, pour l'amour de la Sainte Patronne ?!" s'agace Rollo.
Soudain, un cavalier nous barre la route. Ce n'est assurément pas un bandit de grand chemin car, généralement, ils attaquent en bande !... A moins qu'il s'agisse d'une embuscade.
Il émane de lui une force spectaculaire, très sombre.
Son visage est camouflé par une capuche.
Nos montures sont tant effrayées qu'elles patinent en marche arrière, battant des membres sur le chemin terreux alors que nous peinons à les maintenir en place.
"Le puissant mage de Noble Bell s'est donc acoquiné avec le Léviathan d'Hadès, uh ?"
La voix semble provenir des méandres mêmes des abysses.
Rollo me lance un regard stupéfait, tenant la bouche de Satan de rênes tendues.
Na'ir hennit violemment.
Rollo plisse les yeux. "Tu es..."
"... un elf..."
La main de Rollo vient couvrir ma bouche.
"Un Svartàlfar." sachant pertinemment que les nommer autrement provoquerait une immense colère.
"Tu es très avisé pour un humain."
"Mon nom est Rollo Flamm."
"Salvul Asrud. C'est donc toi qui as abattu mon frère l'année précédente..."
"Et tu es venu réclamer vengeance ?"
"Je suis très étonné qu'un être aussi faible que toi sois parvenu à bout d'un guerrier aussi solide que l'était mon frère."
"Peut-être pas aussi aguerri que tu ne le pensais." sur un pli mauvais du visage.
"Modère tes paroles, humain !" le frappant d'une foudre qui le projette au sol.
Je récupère la bride de Satan de justesse, lui évitant de piétiner Rollo sous l'effet de la panique !...
"ROLLO !"
"Quant à toi, la Spectre du grand Hadès, je t'épargnerai si tu évites de te dresser sur mon chemin." disparaissant dans un nuage sombre et épais, tourbillonnant.
Nous regagnons Noble Bell à pieds, montures au pas derrière nous.
"Voilà quelque chose que tu sembles avoir omis de me conter."
"Cet... effronté menaçait notre école !" outré que je me figure une telle chose. "Et généralement, je ne m'intéresse pas à l'arbre généalogique d'un adversaire avant de le mettre hors d'état de nuire !"
Je souffle. Nous voilà dans un admirable pétrin !...
Nous nous occupons de nos montures dans un silence pesant.
"Nous devons établir un plan de bataille." dis-je.
"J'aurai pu riposter. Mais je ne voulais pas te mettre en danger."
Je renifle. "Tu en souillerais presque le titre octroyé par mon Seigneur."
"Ce combat n'est pas le tien, Léviathan."
C'est la première fois qu'il me nomme par mon nom spectral et cela me jette un froid dans le dos.
"J'ai terrassé son frère. Et même si celui-ci semble d'une puissance supérieure, c'est le même sort qui l'attend."
Il vibre d'une telle colère. Son aura crépite de rage !...
Ses entrailles sont consumées par l'affrontement qu'il sait inévitable.
J'en tremble pour lui.
Salvul apparaît derrière Rollo, dans la haute tour du clocher.
"Quelle audace... un seul coup de la Salvation Bell te réduirait à néant."
"Je sais sa magie très puissante. Et je déplore qu'elle soit tenue entre des mains humaines. Souillées par le sang de mon frère, qui plus est."
Petit sourire de Rollo. "Désires-tu que nous combattions tout de suite ?"
"Je suis intrépide mais point fou, humain."
"Mon nom est Rollo Flamm." s'agace Rollo.
"Ton nom, humain, figurera bientôt sur une épitaphe."
"Hellfire." appelant son précieux allié.
Le sceptre se dessine dans sa paume.
Il lui adresse une courte prière. "Consume mon âme et guide mon être."
Le combat a lieu dans un endroit reculé d'un bois connu pour être maudit, au bord d'une vaste falaise.
Le Svartàlfar tire une épée magique qui attire et dirige la foudre du ciel.
"Hmm... l'électricité du ciel versus les flammes. Le match risque d'être intéressant." sourit Rollo, électrisé par le défi.
"Misérable humain ! Je vais te faire payer !..." dirigeant la foudre sur un pan de pierre qui s'effondre sur Rollo. Ce dernier esquive de justesse, se jetant au sol.
Son adversaire bondit, corps roulé en boule, tournant sur lui-même, et se retrouve devant Rollo, donnant un coup au Sceptre qui dévale la falaise.
"On fait moins le fier !" le menaçant de son épée.
"Pas tant." grimacé. "Reviens." faisant remonter le Sceptre qui se place à nouveau dans sa paume, lui permettant de contrer le tranchant de l'épée.
Les forces qui entrent en jeu sont phénoménales !
"JE VAIS T'ANÉANTIR, HUMAIN !" lançant toutes ses forces dans la bataille.
Rollo demeure concentré, interdisant à ses pensées de cibler autre chose que le combat.
L'adversaire lève la main pour frapper Rollo d'une puissante magie.
"DARK FIRE !"
Les fleurs envahissent la silhouette du Svartàlfar et adsorbent sa magie avant de s'embraser toutes en même temps, le rongeant de flammes ravageuses.
Un cri, un unique, s'élève.
Le corps se tend, se crispe, tentant de résister aux flammes magiques et dévastatrices de Rollo.
Un instant, elles disparaissent, sous les yeux stupéfaits du l'utilisateur. "C'est... impossible..." totalement incrédule.
Le Svartàlfar donne un coup de pied à Rollo, le livrant à la falaise. Il se rattrape d'une main à la corniche, dominé par son adversaire au rictus satisfait et sadique à la fois.
"C'est terminé... Je vais... mourir... je vais vraiment... mourir... Moddo..." sur un sourire triste.
Soudain, les fleurs réapparaissent sur tout son corps, prenant une teinte plus vive et commencent à faire fondre les membres du Svartàlfar.
Les vapeurs tournoient telles des jetées de lave en fusion.
La silhouette menaçante disparaît, engloutie, laissant apparaître une petite ombre blanche, presque translucide, qui se tient là.
Flamm écarquille les yeux. "Mo... Moddo ?..."
La prise de ses doigts faiblit sur la roche.
"Je pars... en paix... mon adoré petit frère..."
Au moment où ses doigts cèdent, je le rattrape des deux mains, le hissant lentement vers moi, l'appelant à la vie.
Moddo se tient toujours là et Rollo tombe à genoux devant lui, sanglots intenses venant le secouer tout entier.
"Moddo... je suis tellement désolé..." désireux d'étreindre le petit être vaporeux, mains passant à travers. Il le serre contre lui, mettant un terme à l'apparition.
Ma main s'abaisse jusqu'à sa nuque, caressante, doigts glissant dans les mèches. Il en frémit.
"Laisse-toi aller..." sentant sa peine.
Il essuie le vestige de ses larmes d'un revers affirmé. "Assez de larmes pour aujourd'hui."
Je lui laisse de l'espace sur le chemin du retour. Il est rompu tant physiquement qu'émotionnellement.
J'irai lui parler demain, quand son esprit et son corps auront pris du repos.
Je frappe et entre dans la chambre, plateau garni d'une boisson chaude et d'un délicieux croissant.
"Rollo ?..."
Il est encore au lit, lui qui se lève aux aurores ordinairement.
"Hmm ?..." émergeant à peine.
Je dépose le plateau et entrouvre légèrement les stores.
"Tu as bien dormi, mon amour ?..."
Il rabat l'avant-bras sur ses yeux sensibles à lumière aujourd'hui. "Pas tant."
"Tu as de l'appétit ?..."
"Pas encore."
Je m'installe au bord du lit, glissant un revers le long de sa joue, y notant le piquant du poil naissant - lui qui d'ordinaire est rasé de très près !...
J'en souris.
"Tu veux boire ?..."
Il se redresse, assis dans le lit, se servant lui-même un verre du pichet en terre cuite, buvant lentement.
"Je suis désolé de t'offrir un spectacle aussi... affligeant." toujours aussi dur envers lui-même.
"Ce que tu as traversé hier n'a pas été de tout repos. Je peux comprendre, tu sais. Ne sois pas aussi rigide avec toi-même." plaçant ma main dans son cou, tendre.
"Je n'aime pas me laisser aller. Tu l'as remarqué, je suppose." petit sourire, quittant la couverture pour s'installer au bord du lit, frottant sa nuque raide. "Je vais à la douche, si ça ne te dérange pas."
"Bien sûr. Je te laisse le plateau." me levant. "Je dois nettoyer la sellerie ce matin avec Viane et Tristan."
"J'aurai quitté ma chambre d'ici là." rejoignant la salle de bains. "Je viendrai vous y aider."
"Président !..." sur une brève courbette.
Rollo prend place sur un humble tabouret, comme nous tous, se mettant à la tâche sans attendre, regard fixé sur le cuir qu'il astique avec soin.
Tristan commence à chanter et Rollo y joint parfois sa jolie voix.
Ja nus hons pris ne dira sa raison
Adroitement, se dolantement non
Mais par confort puet il faire de chançon
Moult ai amis, mes povre sont li don
Honte en auront, se por ma reançon
Sui ces deus yvers pris
Ce sevent bien mi home et mi baron
Englois, Normant, Poitevin et Gascon
Que je n'avoie si povre compaignon
Qui je laissasse por avoir en prison
Je ne di pas por nule retraçon
Mais encor sui je pris
Ja nus hons pris ne dira sa raison
Adroitement, se dolantement non
Mais par confort puet il faire de chançon
Moult ai amis, mes povre sont li don(*)
Nous avons terminé et nous retirons pour le déjeuner. Rollo se nourrit de soupe et de pain pour ne pas alourdir son estomac qui a été franchement retourné hier !...
"S'il te plaît, ne t'enferme pas. Viens, allons marcher un peu dans les bois derrière l'école..."
Il hésite un moment, se trouvant bien flageolant sur ses jambes, se disant que finalement l'exercice le ravigotera.
"Entendu."
Nous marchons, mon bras passé entre le sien, savourant la nature, l'odeur de la terre.
"Tu sais, pour Moddo..." avisant le pli que prendra son visage.
Il tique. Un peu. Je peux m'avancer.
"... j'ai trouvé très positif qu'il te soit venu en aide. Cela prouve qu'il continue à veiller sur toi."
"Ce n'est pas... le rôle du cadet mais de l'aîné." irrité par la tournure prise par les choses, en rajoutant davantage à sa frustration de vie déjà immense.
Nous abordons la clairière qui jouit d'un calme apaisant.
Rollo s'installe au pied du même chêne sous lequel nous avions fait intensément l'amour après que j'eus dansé pour lui devant les flammes, ce soir d'été.
Il me rattrape par la main alors que je souhaite prendre place à ses côtés.
"Viens sur moi, petit fée. J'ai besoin de te sentir au plus près..."
"A... califourchon ?..."
"Comme il te plaira. L'essentiel est que tu sois le plus près possible." souriant.
"Écarte les jambes, Rollo." m'installant à la perpendiculaire, entre ses jambes ouvertes, reposant ma tête contre son épaule.
Sa main monte pour caresser mes cheveux, tendre, faisant glisser sa joue glabre contre la mienne sur un soupir doux.
Il a besoin de ce contact maintenant que son esprit s'est apaisé.
Nos bouches se cherchent, déviant plusieurs fois avant de s'autoriser à se rejoindre pour un baiser fusionnel qui s'approfondit à mesure, mettant nos bassins dans une jolie tension érotique.
Son visage décrispe totalement pour faire loger la lascivité dans chaque trait, iris parées d'un joli voile. L'envie de me faire l'amour s'écrit sans paroles. Évidemment cette envie est partagée par mon bassin tout entier !...
Tristan n'est pas seulement bon chanteur, il excelle dans l'art de la cornemuse.
Ce soir, il donne un petit récital.
Certains étudiants dansent.
C'est extrêmement beau et chaleureux.
Rollo, assis à mes côtés, passe la main sur mon front et fait lentement basculer ma tête en arrière, contre son épaule.
Petit sourire de Viane.
Sa main gauche rejoint le dos de la mienne dans un geste ultra-tendre.
"Je t'aime, petite fée." à mon oreille.
J'en frémis des pieds à la tête. Rollo... de quel pouvoir disposes-tu sur moi ?...
Je lui souris en retour.
"Bonne nuit, Président. Bonne nuit, Rachel."
"A demain, Viane."
Nous cheminons jusqu'à la chambre et il s'empare de ma main, incapable de résister.
Une fois à l'intérieur, nos corps se collent l'un contre l'autre, avide de contact.
Nos vêtements nous quittent, pièce après pièce, bouches s'embrassant chaudement.
Nos mains circulent, possessives.
C'est presque nus qu'il échoue sur le lit et que je l'y rejoins, à califourchon, m'emparant de sa vive longueur pour des caresses folles, faisant monter haut son menton, corps parcouru de délicieuses et vigoureuses sensations qui l'érigent davantage, le faisant dégorger, ce qui rend les caresses d'autant plus voluptueuses. Il est vrai que cette capacité qui lui est propre permet d'élargir le champ des possibles !...
Il me cherche des pouces, autres doigts occupés à flatter mon capuchons et mon pubis sensible.
"Haaaah aaaah... Rol... Rollo !..." extasiée.
"Ma petite... fée..."
Je lui fait butiner mon extérieur avant de l'inviter dans l'antre aussi chaud qu'accueillant, le faisant suffoquer.
Ses jambes s'écartent par réflexe. D'une main passée derrière, je caresse ce qu'il reste de lui.
Nous ne sommes plus qu'appels lascifs, à l'écoute de nos sensations qui montent, montent encore jusqu'à l'explosion, faisant spasmer nos corps d'un seul tenant, le cambrant sur le matelas avant que son dos n'y retombe sur un cri qu'il peine à contenir.
Je le suis de près.
(*) Ja nus hons pris
