Chapitre 14 : Stella Splendens

Noble Bell sait mettre en avant le prestige de la chasse. Et de ses meilleurs chasseurs.

Il est même accordé à la discipline plusieurs hymnes à part entière qui sont joués avant le départ des troupes, devant les deux clochers.

Cornemuses et tambours offrent la part belle à ces airs à fois guerriers et entraînants.

Il nous arrive, même si la chasse demeure une affaire d'hommes, d'accompagner les chasseurs et d'établir un campement.

Pour l'occasion, Rollo quitte ses vêtements d'ornement, adoptant une tenue plus confortable ainsi qu'un béret aux couleurs de l'école.

Il porte un glaive à la ceinture qui lui permet de dépecer et partager les bêtes chassées pour laisser le plus gros de la carcasse aux fossoyeurs des bois.

Le campement nous est l'occasion de longues balades à travers les bois.

Si le temps le permet, ainsi que le cadre, nous nous arrêtons pour y faire délicieusement l'amour.


On débarque le jeune cheval sous l'œil connaisseur de Rollo.

Deux ans de vie. Le bel âge.

Il est encore plein. Il sera décidé, selon son caractère, de le castrer ou non.

Rollo fait mander Malaspina.

"Messire Flamm ? Vous m'avez fait demander ?..." sur une courbette en avant du haut du corps.

"Voyez-vous cet animal, Malaspina ?"

"Oui. Il est magnifique, Messire Flamm."

"C'est le vôtre, Malaspina."

"Par... don ?..."

"Votre jument peine beaucoup de l'antérieur droit. Je l'ai noté lors de notre dernière virée."

"Oh..." n'ayant rien noté de tel.

"Nous allons le débourrer ensemble. Armez-vous de beaucoup de patience, Malaspina." faisant volte-face, dans un mouvement enroulé du long pan qui orne sa coiffe. "En attendant, passez du temps avec lui. Nourrissez-le. Flattez-le. Qu'il s'habitue à vous. Tissez le lien."

"Mer... merci, Messire Flamm !..." se courbant une nouvelle fois.


"Tu l'apprécies beaucoup, n'est-ce pas ?..." caressant son dos sur la liquette de nuit alors qu'il est installé au bord du lit, prêt à s'y enfiler.

Petit sourire. "Moddo aurait son âge s'il ne lui était pas arrivé malheur."

"Je vois. Il te le rappelle beaucoup, n'est-ce pas ?..."

"On ne peut rien te cacher." tournant légèrement le visage vers moi.

La lueur de la bougie le rend particulièrement beau à mon regard ce soir. J'avance la main pour caresser son visage. Ses paupières se ferment pour mieux ressentir le contact.

"Viens sur moi, Rollo..." dans une invitation sans équivoque.

"Comment ?... Allongé ?..."

"Non. Assis. A califourchon."

Il grimpe sur le lit et s'installe comme dit, agissant sur ses jambes pour ne pas trop peser sur mon bassin.

Ses mains sont irrésistiblement attirées par mes seins qu'il masse lentement, notant leur mouvement sous le lin fin, s'en pinçant la lèvre inférieure devant le spectacle qui lui éveille les sens. Il sent les pointes le saluer de manière réactive. Ses paupières en papillonnent de bonheur et son sexe s'érige lentement, déformant sa liquette sur l'avant.

Je m'en saisis délicatement à travers le tissu, le caressant, massant la hampe des pouces.

Il en lève le menton, laissant passer un premier geignement qui fait vibrer sa gorge entière.

"Petite... fée... haaaah..." peinant à ramener le regard sur moi.

Je redresse le haut du corps pour l'embrasser, en rajoutant à son bonheur déjà palpable.

Ses mains, ses belles mains, rejoignent ma tête pour l'enserrer, jouant avec les mèches de cheveux, caressant et y enfermant mon visage tandis que nos bouches se saluent avec une immense conviction.

Oui. Heureusement qu'il aime cela !... Le signal a bel et bien été ce qui l'a conduit, ce soir-là, devant le brasier rugissant de cette petite place pour y voir danser la gitane, émoi au corps, âme en train de trébucher.

"Mon bel amour..."

Il reprend ma bouche, avide de ces sensations qui rendent son corps plus brûlant que les flammes elles-mêmes.

Il commence à perler à travers le lin et cet effet, qui rend le fin tissu plus translucide, lui est du plus délicieux qui soit.

"On garde... nos... tenues..." entre deux mouvements lascifs des lèvres et des langues.

Geignement me fait écho.

Je m'allonge.

Il se soulève pour faire remonter ma liquette et accéder à mon sexe, qu'il explore des doigts, ultra-caressant, intrusif quand il le faut, me provoquant des décharges délicieuses dans tout le bassin.

Il attrape une jambe et la fait remonter sur son épaule, m'ouvrant à ses intimes explorations.

Il s'installe sur ses jambes repliées et vient saluer l'intérieur de mes cuisses de sa bouche, la rendant attentionnée, armée d'attentions pleines, avant de se livrer à une merveille savante sur mon sexe, y récoltant le nectar, lui procurant d'intolérables sensations électriques dans tout le corps, me faisant scander son prénom.

Puis il vient me rejoindre, dans une surtension remarquable plus bas, se dirigeant par la base pour coulisser lentement à l'intérieur, pressant mes chairs gorgées.

Je lève les jambes pour lui faciliter la tâche.

Et ça commence... mouvements de hanches divins, à nous en faire perdre haleine et esprit.


Rollo et Amédée se prennent deux bonnes heures le matin pour s'occuper de la nouvelle monture.

"Rappelez-vous, mon cher Malaspina, que la seule stratégie défensive du cheval demeure la fuite. Il faut donc nous adapter à ce fait immuable qui leur a permis de traverser les âges."

Rollo le fait tourner en cercle et lui enseigne, par des mouvements de corps et des intonations de voix, le changement de pied.

L'animal est apte à l'enseignement, ne se rebellant pas.

Puis arrive le moment où il faut l'accoutumer au tapis et à la selle.

Il rue légèrement, tournant la tête pour aviser son dos sur lequel pèse un étrange attirail.

Cette étape demeure très courte.

Puis Amédée en chargé sur son dos, en travers de la selle pour qu'il s'habitue au poids de son cavalier.

Les deux prennent un casse-croûte sur un banc dans le square lorsque le temps le permet.

"J'aimerai tant en savoir autant que vous, Messire Flamm !..."

Petit sourire de l'intéressé. "J'en sais hélas peu, Malaspina. Mais le peu que je sais, je souhaite le transmettre."


Rollo fait les cent pas, fort nerveux.

Tristan déboule dans la vaste salle.

"Alors ?" le darde Rollo.

Tristan secoue la tête.

"Bon sang ! Où peut-il bien être ?" se serrant le crâne des mains, en proie à une immense inquiétude.

Amédée a disparu depuis presque deux jours. Le box de sa jument demeure vide.

"Je ne peux me résoudre à penser qu'il ait fugué. Il a forcément dû lui arriver un accident."

"Connaissez-vous un peu ses habitudes de balade, Président ?" questionne Viane.

"Oui. Dans les bois. Il appréciait le chemin qui borde le ruisseau."

"Bien. Nous allons y mettre nos meilleurs chiens. Je récupère la clé de sa chambre pour ramener un vêtement qui porte son odeur."

"Très bien. Je fais préparer les chevaux pour la battue."

"Je viens aussi." dis-je.

"Plus nous serons nombreux, mieux ce sera."


La battue commence en début d'après-midi et il est convenu de se retrouver sous l'immense chêne qui borde la clairière vers dix-sept heures.

C'est le chien qui accompagne Rollo qui trouvera Amédée et sa jument, agonisante, non loin du bras le plus agité du ruisseau.

Amédée est dans un sale état, inconscient.

"MALASPINA !" descendant prestement de son cheval, retournant le corps d'Amédée qui gisait sur le ventre.

Lorsque Rollo approche l'oreille de sa bouche ouverte, nul souffle n'en sort.

"Pas de blague, Malaspina !" le calant le plus stablement possible pour lui prodiguer cinq insufflations et commencer le massage cardiaque, sous les plaintes constantes de sa jument qui souffre d'une abominable fracture ouverte de l'antérieur droit.

"Malaspina, restez avec moi ! C'est un ordre, Malaspina !" larmes se mettant à rouler de ses yeux, brouillant sa vue, poursuivant le massage en tâchant d'en conserver le rythme.

"Malaspina ! Je vous ordonne de ne pas vous laisser aller de l'autre côté du rivage, vous entendez ?!"

Il approche l'oreille de la bouche toujours silencieuse.

"MALASPINA ! REVENEZ !" reprenant derechef le massage cardiaque. "Moddo... Moddo !... MODDO ! Aide-moi !..." s'en remettant à cette entité supérieure qu'il sait à présent bienveillante.

La jument geint toujours.

Soudain un mouvement, comme un spasme sous sa paume. Puis un second.

Puis une quinte.

"MALASPINA ! OUVREZ LES YEUX !..."

Les paupières papillonnent et Amédée revient à lui. "Mons... j'ai si... soi..."

Rollo récupère rapidement sa gourde, levant la tête d'Amédée pour lui offrir quelques gorgées. "Doucement, Malaspina. Doucement."

Rollo entend les aboiements d'un chien non loin. "HE HO ! PAR ICI !"

Tristan le rejoint.

La cheville d'Amédée a souffert lors de la chute.

"Impossible de le hisser à cheval. Il faut récupérer le brancard. Surveille-le." se relevant, jambes ankylosées du fait d'avoir tenu la même position depuis un bon moment.

Rollo fouille la sacoche de Satan et en tire son pistolet, le chargeant avant de se diriger jusqu'à la jument, visant la tête. PAN ! La détonation se répercute dans les bois.


"Mess... ire Fla..."

"Ne parlez point, Malaspina. Prenez du repos, c'est ce dont votre corps a besoin." lui appliquant une compresse d'eau froide sur le front.

Il a été profondément choqué et a fait une forte poussée de fièvre après cet épisode.

Sa cheville se remet lentement mais il lui est interdit pour le moment d'y prendre appui.

Rollo le veille, lui lisant des textes en français ou latin.

Le médecin se veut rassurant ; le cœur d'Amédée n'en portera aucune séquelle grâce à l'intervention de Rollo.


"Je serai arrivé quelques minutes... non quelques secondes plus tard..." observant ses doigts trembler sous l'effet de la violente émotion que lui provoque l'évocation de la perte d'Amédée.

"Hey." l'attrapant par les épaules. "Tu es arrivé à temps. Et tu as fait ce qu'il fallait. Il te doit d'être encore en vie, Rollo. Alors... ne pense pas à ces hypothétiques conséquences !..."

"Pourquoi lui suis-je autant attaché, Rachel ?... Il ne s'agit que d'un première année... parmi une dizaine d'autres !..."

"Tu as vraiment besoin de l'entendre, n'est-ce pas ?... Parce qu'il te rappelle Moddo, Rollo."

Un petit sourire doux naît sur ses lèvres fines. "Oui... Ils se ressemblent... c'est vrai."

"Et moi, tu veux savoir pourquoi je t'aime ?..."

Ses yeux quémandent la réponse, sourire toujours présent.

"Parce que tu ne ressembles à aucun autre, Rollo Flamm."


"Mon très cher Grégoire,

J'espère que ma correspondance te trouvera en bonne santé, parmi les tiens et que la noce de ton frère a été source de joie pour ton cercle familial, amical et pour toi-même.

Le mariage, ah, j'en ai une telle basse opinion... Pourtant, lorsque je la regarde, lorsque je l'aime jusqu'à ne plus connaître mon prénom tant le vertige a été fort, je ne puis m'empêcher de l'imaginer porter mon nom et nos enfants.

Je pense que lire pareille ineptie te fera bien sourire, mon ami de toujours.

Ton vieux Rollo se fait sentimental !...

Pourtant, chaque nouveau jour que le Créateur fait, je l'aime un peu plus...

Je me suis fait très peur voilà une semaine en pensant que nous allions perdre l'un des premières années ! Cela n'a heureusement pas été le cas et l'accident aurait pu être beaucoup plus sérieux et dramatique que cela.

Dans de tels moments je ne peux m'empêcher que Moddo veille sur moi depuis son étoile, là-haut. Cette pensée m'est, je dois te l'avouer, réconfortante.

Je pensais mon adorable petit frère perdu et damné à tout jamais mais il n'en est rien. Il est toujours là, près de moi.

Si d'aventure tu te retrouvais dans le secteur de l'école, n'hésite pas à y faire une halte, nous t'y accueillerons avec grand plaisir.

Ton dévoué Rollo Flamm."


"Tu sais... que nous avons pas mal en commun ?..." caressant son joli torse après l'amour.

Il glisse ses doigts longs et fins entre les miens. "Dis m'en plus..."

"Nous avons perdu quelqu'un d'important dans nos vies... Nous disposons d'un grand pouvoir qui nous oblige à porter un masque en public..."

"Mmm. Pour l'instant tu as tout bon..." ramenant ma main jusqu'à ses lèvres pour en embrasser le dos.

"Nous aimons..." me hissant sur lui pour capturer sa bouche d'une voluptueuse façon. "... le sexe. Le bon sexe, je veux dire."

Petit sourire le confirmant.

"Nous apprécions nous cultiver et nous instruire. Et nous veillons de près sur le sort de celles et ceux à qui nous offrons notre affection."

Il glisse les doigts dans mes cheveux. "Je n'avais pas réalisé tout cela... merci de me l'avoir rappelé, petite fée." tendre.

"Je me souviens bien ces premiers jours, les pensées qui se bousculaient dans ma tête alors que tu marchais devant moi... une folle envie de te mettre à terre, le regard fixé sur le ruban de ta coiffe qui virevoltait derrière toi..."

"Me... mettre à terre, uh ?... Rien que ça ?..." amusé. "Eh bien, j'ai eu de la chance de m'en tirer à si bon compte, finalement."

"Tu as été exécrable, Rollo."

"Et tu m'en vois véritablement désolé, ma jolie fleur. Mais je sais à présent que pour venir à bout du Léviathan, il faut bien d'autres armes qu'un modeste surmenage."

"Tu as été impitoyable, Rollo." posant mon front contre le sien.

"Dois-je te mettre mes excuses par écrit ou t'en faire des publiques ?..."

"Garde-toi d'une telle peine, mon tout beau." décollant légèrement mon visage du sien, le fixant droit dans la prunelle. "Je pense que c'est lorsque j'ai découvert ton intérêt plutôt marqué pour les bohémiennes dansant devant les flammes que mon opinion à ton propos a basculé."

"Je ne m'attendais point à être suivi par une vile curieuse !..."

"Contrairement à ce que tu peux penser, Rollo, je ne t'ai pas suivi ce soir-là. Je suis arrivée devant le brasier par hasard, attirée par la lueur vive des flammes, moi aussi. Tu veux savoir ce qui t'a trompé dans la foule, Rollo ?" souriante, caressant ses cheveux coupés droit. "L'éclat du rubis de ta bague à la lueur des flammes lorsque tu as placé ton mouchoir devant ton nez." caressant ses joues des revers, tendre.

"Je dois te confesser quelque chose. Mais tu dois me promettre de ne pas prendre tes jambes à ton cou, d'accord ?..."

"Ah ça... tout déprendra." souriante, caressant ses mèches courtes.

Il s'éclaircit la voix. "Je dois avouer que... depuis que tu m'as fermé les portes du mariage, je n'arrête pas d'y penser. Alors oui, je sais que c'est..." petit rire embarrassé. "... absurde, tout ce que tu voudras mais..."

"Attends. Ta vision du mariage n'était-elle pas de te trouver une gentille petite bécasse qui gobe tes mensonges sans jamais te remettre en cause ?"

"Si, si. Enfin..."

"Doublée d'un incubateur visant à assurer la continuité à ton nom en t'offrant autant de mâles que possible ?"

Il renifle. "Je pense que... j'aurai limite préféré que tu prennes les jambes à ton cou, tout compte réfléchi."

"Que de te confronter ? Désolée, Rollo, ce n'est pas le genre de la maison." descendant des lèvres le long de son cou, m'arrêtant sur la pomme que je suçote, attrapée entre mes dents. "En ce qui concerne ton petit projet, tu as dû te tromper de porte, Messire Flamm." mordillant la clavicule, y laissant quelques marques, sensation le faisant légèrement grimacer.

"Serait-ce des... représailles que je sens en ma chair ?..."

"Oh voyons... si je voulais te faire payer quelque chose, je m'attaquerai sauvagement à ta nuque... en y laissant le plus de marques possibles."

Il en sourit, presque carnassier. "Sauvageonne." abattant ses paumes larges sur mes fesses.

"Ne t'aventure plus jamais, Rollo, à me parler mariage." à son oreille.

"Je pensais..."

"Quoi ? Que m'offrir ton nom me porterait aux nues ? Que m'appeler Flamm me transporterait de bonheur ? Garde ton cadeau empoisonné pour une autre, plus stupide et malléable que moi, Rollo."

"Tu deviens insultante." sur une moue bien sentie.

Nous nous fixons, en passe d'entrer en guerre.

"J'aurai dû... t'abattre dès ton arrivée ici."

Je hausse le sourcil.

"Une balle perdue ?... Vraiment, tu te surpasses, Rollo chéri." moqueuse, commençant à onduler sur lui, jambes écartées, sexe heurtant la base du sien à chaque nouvelle poussée vers le bas.

Il résiste héroïquement plusieurs minutes à ma charge, pupilles finissant par dériver sous ses lourdes paupières, bouche s'entrouvrant alors qu'il reprend consistance plus bas.

"Et dans la catégorie des filles de joie, tu ne peux non plus pas me reléguer... ah !... comme cela t'est contrariant, n'est-ce pas, Rollo ?..."

"Si je devais te qualifier... le terme débauchée me semblerait le plus approprié."

"Messire Flamm, ce n'est point moi qui quittais l'enceinte de ce vénérable établissement en douce pour aller chercher l'érection du côté d'une gitane aussi brûlante que le brasier autour duquel elle dansait !..."

Il m'attrape par la nuque. La prise est sans concession.

"Après le poignet, la nuque ?..." emprisonnant sa bouche dans un baiser aussi chaud qu'outrancier, lui arrachant un geignement marqué, tout à son régal qui s'érige plus bas.

Chaque nouvel assaut finit par s'évanouir dans le plaisir charnel que je répands en lui.