Chapitre 18 : Destiny
"MESSIRE FLAMM !"
Rollo se pince l'arête du nez. Encore du tapage ?...
"Que vous arrive-t-il, mes braves ?"
L'attroupement compte une dizaine de paysans.
"Messire, c'est terrible !" suivi de neuf autres voix.
"Par pitié, rassemblez-vous, désignez un représentant mais cessez de vous agiter ainsi."
"Messire. Il faut que vous veniez voir les champs à l'ouest !..." déclare le plus hardi d'entre eux. "Des ronces ! Des ronces sombres !... Partout !..."
Ronces ?... Rollo est secoué par un vif frisson pour le moins désagréable.
Son poing se serre. "Draconia."
"Messire, il faut les repousser ! Elles progressent chaque jour davantage malgré notre débroussaillage !"
"Le père Loup a raison, Messire ! A chaque tentative de notre part, elles gagnent le double du terrain le lendemain !"
"Elles poussent durant la nuit ! C'est un tour du diable !"
"Faites sonner la Sainte Patronne, nous vous en prions !"
Rollo a un geste qui vise à les calmer. "Je viendrai voir de quoi il en retourne, messieurs. Et vous assure que si elles s'avèrent assorties d'une certaine magie, nous prendrons les mesures qui s'imposent."
"Par... don ?" incrédule et surprise à la fois.
"Tu as parfaitement entendu." grogne Rollo qui l'a fort mauvaise.
"Ne t'emballe pas. Rien ne le prouve." ayant retrouvé mes esprits.
"Des ronces. DES RONCES, Rachel ! Que te faut-il de plus ?!" agité.
"N'agis pas précipitamment, Rollo, je t'en prie." tentant de le calmer.
Mais c'est peine perdue. Il est déjà persuadé d'avoir désigné le coupable !...
"La réponse sera sévère ! Malleus ne perd rien pour attendre !..." ayant déjà échafaudé tout un plan en guise de représailles. "Il n'est pas le seul à disposer de compétences botaniques."
"Rollo, stop. Tu vas faire une bêtise, je le sens."
Il me toise de haut. "Quel intérêt as-tu à défendre ainsi l'assaillant ?"
"Je dis juste que nous devrions nous assurer de..."
"Trouverais-tu les créatures cornues à ton goût ?" me coupant sèchement.
Ça y est ; il est en boucle.
Je coupe court à la discussion en quittant la pièce, décidée d'aller prendre l'air.
Rollo glisse son pied dans l'étrier de sa monture, se hissant en selle, direction les champs.
Il maudit le nom de Malleus durant tout le trajet.
Arrivé sur place, il note que ces ronces sombres possèdent bien un relent magique.
"Pourquoi m'être déplacé ?... Le fait était certain. De même que son... origine." grimacé, secouant la tête, regard porté en direction de Wonderland. "La réplique sera plus sévère encore que tu ne te l'imagines !"
"Faites sonner la Bell of Salvation." ordonne Rollo.
On répercute au sonneur de cloches officiel par langage des signes - le pauvre garçon étant sourd.
C'est un homme qu'on voit peu. Le haut de son corps est fortement développé du fait de la force requise pour actionner la volée des cloches.
La Bell of Salvation requiert un maniement humain. Elle n'est, de fait, reliée à aucun système mécanique.
Elle est mélodieuse, d'un son plein, et sa répercussion magique est impressionnante.
Sa vertu magique repousse bel et bien les indésirables ronces.
Le cérémonial qui accompagne la manœuvre est impressionnant de prestige et de solennité. Et c'est Rollo, en bon gardien, qui préside.
Depuis notre échange houleux, nous faisons chambre à part et je le vois peu - pas, pour tout dire, en dehors des cours.
Il trame quelque chose dans la serre de l'école. Personne n'est autorisé à y entrer.
La leçon n'a donc pas porté. Et je m'en désole.
Il n'a même pas la décence de se rappeler nos bons moments. Et je n'ai aucune envie de lui rafraîchir la mémoire.
Discrètement, Rollo se rend aux confins de la cité, y dispersant là une plante dont la couleur évoque l'ardeur et la couleur de ses propres flammes, à croissance ultra-rapide, qu'il espère voir croître jusqu'à Wonderland.
Les fleurs croîtront, poussées par la magie de la Bell of Salvation. Chaque nouveau retentissement de la cloche libérera son aura magique dont la plante est friande.
Rollo espère rendre la monnaie de sa pièce à Malleus.
Une fois sa furieuse envie de revanche passée, il en vient à repenser à moi.
Nos bons moments commencent à lui manquer.
Il sait pertinemment qu'il ne lui suffira pas de claquer des doigts pour me voir revenir à lui.
Aussi fait-il appel aux bons vieux stratagèmes d'autrefois pour attirer l'attention sur lui, se conduisant en tyran distingué.
Il ordonne de me charger de travail, critiquant mes résultats pourtant exemplaires, pinaillant pour des broutilles.
Mais rien de ce qu'il s'évertue à prouver ne semble m'atteindre. Et ceci l'agace profondément !...
Je me retourne en selle. "Tu me suis ?"
Il arrive à ma hauteur. "J'y suis bien obligé."
"Oh arrête, tu vas me faire chialer, Rollo." continuant au pas, sans lui accorder le moindre intérêt.
"Nous pourrions..."
J'arrête Na'ir. "Tu vas m'écouter, Rollo : il est temps que quelqu'un te serve enfin la vérité vu que tes camarades en sont incapables !... Tu détestes Malleus, soit, chacun ses têtes. Mais ce que tu ne supportes pas chez Malleus c'est qu'il refuse de s'infliger des restrictions absurdes en termes de magie !... Ça te bouffe, ça, Rollo ! C'est un mage reconnu bien au-delà des frontières de Wonderland tandis que toi tu es tout juste connu dans la Cité ! Quant à t'acharner de cette manière sur lui..." secouant la tête. "Il te fait bander, dis-moi, Rollo ?!" y allant sans détour, usant d'une grossièreté peu commune pour le secouer un bon coup.
Il écarquille les yeux. "Comm... ent... oses-tu ?!" totalement incrédule que je puisse penser une telle chose, moue se révulsant dans un profond haut-le-cœur.
"Parce que vu l'animosité que tu y mets, on est légitimement en droit de se poser la question !"
"Vile... FEMELLE !" me revient dans la face. "Ce que tu sais au sujet de mes relations ne t'autorise pas à me parler de la sorte !"
"Tu me reproches toujours d'avoir un penchant pour les cornes. A mon tour de te retourner la question, Rollo."
Furieux comme jamais, il lève la main sur moi, la laissant en suspend un long temps, poitrine soulevée par un souffle intense et court.
Je hausse le sourcil, statique.
Il finit par abaisser lentement la main, réalisant soudain sa folie.
"Oh donc... tu es ce genre de garçon ?... A employer la force physique lorsque les mots ne suffisent plus ?... Tu veux que je te dise, Rollo : tu as tout à fait raison quant à tes projets de mariage : trouve-toi la plus malléable de la cité et mens-lui la vie durant." faisant avancer Na'ir, le plantant là.
Il demeure là, observant la paume de la main qu'il vient de lever en guise de menace. Cette fois, il est allé trop loin.
"Mon cher Grégoire,
J'espère que mon courrier te trouvera en pleine santé et qu'une nouvelle guerre ne t'aura pas appelé à combattre sous sa bannière.
Quelle folie m'a pris dans les bois l'autre jour ?... A chercher à lever la main sur elle ?... Certes, je ne l'aurai point fait mais le geste n'a pas pour autant avorté l'intention. Je voulais la... corriger. Alors que mon cœur l'aime. Quelle folie m'a pris, Grégoire ?...
Je me fais peur autant que je me révulse.
A-t-elle touché un point sensible chez moi ?... Etait-ce un stupide réflexe de défense ?...
Je n'oublierai jamais le regard qu'elle m'a adressé. Je venais d'anéantir toutes nos chances, mettant à mal notre relation à tout jamais. Elle ne me pardonnera point, mon ami, et elle aura raison. Je ne la mérite pas.
Maudit sorcier Malleus ! Tout ceci est de sa faute ! Je souhaite que l'attaque que je lui porte le destitue de tout pouvoir magique pour les siècles à venir !"
Je prête l'oreille aux gloussements d'un groupe de filles qui s'extasie devant le passage de Rollo.
"Hiiiia ! C'est Messire Flamm !..."
"Oh oui, qu'il est beau ! Et intelligent !..."
"Et excellent chasseur, m'a-t-on dit !..."
J'en secoue la tête, reprenant mon chemin dans l'autre sens, échappant à son regard.
La saison de chasse lui offre à la fois un échappatoire bienvenu et une distraction virile.
A chaque retour, ses camarades vantent ses exploits.
"Messire Flamm l'a abattu entre les deux yeux ! Le tir était précis !..."
Glorifier une montée de testostérone... voilà bien l'apanage des mâles.
Je me rends aux écuries et, passant devant le box de Satan, j'y trouve son propriétaire, le récompensant d'une ration après en avoir pris soin.
Je pose les avant-bras sur la porte. "Tu n'es pas là-bas alors que tous font tes éloges ?"
"J'avais mieux à faire ici."
"Hmm. Et on voudrait me faire croire ça ?" entrant dans le box, caressant l'encolure de Satan - au demeurant très occupé avec sa ration de compétition !...
Je passe sous l'encolure et il file de l'autre côté.
"Je te fais peur ?"
"Ne dis pas de bêtises."
"Ah oui, c'est vrai, où avais-je la tête ? Le très valeureux Rollo Flamm qui a abattu ce sanglier d'une balle entre les deux yeux." moqueuse, imitant le tir sur mon propre front. "Pan !"
"Si la discipline ne te convient pas, rien ne te force à prêter l'oreille à ce qui se raconte."
"C'est juste que tes groupies parlent si fort qu'il est ardu d'en faire abstraction."
"Et on voudrait me faire croire ça ?..." sur un bref échange de regard, petit sourire en coin.
Je me décale dans un autre coin du box, sans lâcher des yeux sa silhouette.
Ses gestes, je les connais par cœur.
Il tapote l'encolure de Satan et prend la selle et la bride sur son avant-bras.
"Tu aurais dû profiter de tes brillants exploits pour sillonner la cité à la recherche d'une ingénue dans la cité."
"Ah. Nous y voilà." sans se départir de son sourire, m'invitant à quitter le box.
"Tu sais, l'une de ces oies blanches qui ne se rendrait pas même compte que son dévoué époux la trompe sous son nez." passant devant lui avant qu'il ne referme le box.
"Je n'ai aucune raison de me presser."
"Allons, allons. Chacun sait que la fertilité décroît avec l'âge !..."
"Me pousserais-tu dans les bras d'une autre ?" presque amusé.
"Voyons. Tu es disponible, à présent. Sur le marché, comme on dit."
Arrivés dans la salle, il place la selle sur le support prévu à cet effet, suspendant le filet dont le mors a été préalablement nettoyé.
"Pour peu que tu saches te montrer un peu hardi la nuit de noces, elle n'y verra que du feu lorsque tu perceras son hymen intact."
"Quelle distinction." poussant la selle pour la caler, allant se laver consciencieusement les mains sur le petit lavabo d'appoint.
"Si tout se passe bien, dans neuf mois, la cité entière pourra entendre les cris de ton premier-né."
"Tu lis les lignes de la main aussi bien qu'une certaine bohémienne dansant devant les flammes." moqueur.
"Ce ne sont pas tes lignes de vie qu'elle a lues ce soir-là, Rollo."
"Il est vrai que je n'en aurai pas eu la patience."
"Ah !... Comme ceci est contrariant, ce penchant pour les sauvageonnes."
Il me fait face. "Les hommes vont toujours là où leur sexe les porte."
"Tu as tout intérêt à la choisir plutôt gironde, Rollo, si tu souhaites tenir sur la durée et entretenir la flamme, sans mauvais jeu de mots."
"Avec tous les conseils que tu viens de me prodiguer, je ne puis, en effet, guère me tromper. Mais désolé de te chagriner... il y en qu'une que je vois et que je désire."
"La plus inaccessible, j'imagine."
"Hmm. Pas tant. Puisqu'elle semble me manifester un certain intérêt en cette fin d'après-midi."
"Ne te méprends pas." triturant un bouton de sa tenue.
"Oh, je pense suffisamment te connaître à présent pour m'éviter de tomber dans l'extrapolation." avançant la main pour prendre lentement mon menton en tenaille, doux, caressant. "Ceci dit, je ne me présente pas sous mon meilleur jour dans cette tenue souillée de boue. Je te ferai bien meilleure impression lors du bal."
Il est calé dans son fauteuil, regard braqué sur moi, tâchant de contrôler au mieux son sexe que ma seule vision soulève, bassin inondé d'une douce chaleur rayonnante ; l'exercice place son corps entier sous tension.
Il porte sa tenue d'apparat. Et il faut bien reconnaître qu'elle est prestigieuse !...
Je danse avec Tristan - Rollo n'ayant que très peu d'attrait pour cette discipline.
Mon ventre remue, tension délicieuse nichée dans le pubis, que je destine au seul homme de mon choix.
Des semaines que nous nous évitons soigneusement.
Je n'ai pas oublié son geste dans les bois. Il l'aurait amèrement regretté, du reste, s'il se l'était permis. J'ignore encore de quelle manière j'aurai sévi...
Nous applaudissons l'orchestre médiéval. Rollo quitte son fauteuil pour se diriger vers nous.
"Puis-je te l'emprunter pour la prochaine danse ?"
"Bien sûr, Président." offrant ma main à Rollo.
"Hmm. Toi qui ne danses jamais... cela va faire jaser jusqu'aux chaumières les plus reculées de la cité."
"Et je m'en moque, si tu savais !..." amusé. "Je n'en puis plus de demeurer assis, à lutter contre les pensées pour le moins... débridées que tu m'inspires."
"Débridées, dis-tu ?" alors que la musique reprend. "Tu as de la chance que Tristan soit gay."
Il rit. "Pourquoi ? Tu me rendrais fou en te servant de lui ?"
"Je ne suis qu'une vile femelle, Messire Flamm." reprenant l'expression par laquelle il m'avait désignée dans les bois.
"Ce sont des mots que je regrette."
"Si je n'étais pas venue te chercher aux écuries tout à l'heure, aurais-tu fait un pas vers moi ?"
"Je t'aurai sans doute proposé de m'accompagner au bal." souriant.
Je secoue la tête. "La façon dont tu sais te montrer aussi délicieux qu'exécrable..."
Nous sommes plantés devant le vaste buffet, choisissant nos mets favoris, les savourant avec délicatesse avant de nous éclipser.
Dans l'escalier, il attrape ma main pour me retourner et m'étreindre. Son corps répond immédiatement à la sollicitation, affichant cette superbe érection qui offre un pli particulièrement obscène à l'avant de sa soutane, las de retenir cette tension qui l'anime depuis un moment déjà.
"Messire Flamm !... Sont-ce là des man..." aussitôt réduite au silence par une bouche on ne peut plus attentionnée.
Sa langue se fait d'emblée audacieusement conquérante.
Il se sépare de mois après quelques gâteries qui promettent une longue et belle nuit, glissant une mèche derrière mon oreille.
"Tu m'as manqué, petite fée." soufflé, à mon oreille.
"Ma chambre est... la plus proche..." corps dans une tension monstrueuse.
"Cela... m'ira très bien..." dans le même état que moi.
Nous y courrons presque pour nous y enfermer et vite reprendre nos jeux.
Tout en l'embrassant, je me saisis de ce qui pointe à travers sa longue tunique, le faisant suffoquer de bonheur.
Il s'emploie à défaire l'écharpe qui lui ceint les hanches, quittant son large tricorne, le déposant à l'aveugle sur le bureau, je l'aide à se dégager du plastron d'apparat et nous reprenons nos ardents baisers, lui pointant de plus en plus fermement à travers le tissu doublé.
"Tu me mets... dans un tel état... ma jolie fleur." attrapant mon visage entre ses mains ouvertes pour m'embrasser avec une ardeur redoublée.
Il pointe depuis un long moment déjà, ce qui rend son érection presque douloureuse.
Nous avons parfaitement conscience que nous avons besoin, l'un et l'autre, d'un orgasme libérateur avant de prétendre nous amuser plus longuement.
Je l'accueille entre mes jambes, défaite de l'essentiel, tout comme lui. "Viens, viens..." l'appelant avec ferveur, l'attrapant par sa base pour l'insérer, en suffoquant tous les deux.
Je le sens palpiter furieusement au fond de moi, corps déjà secoué par le point de non-retour tout proche.
Je caresser sa frange courte. "Hey... ce n'est pas grave si tu viens tout de suite... nous avons toute la nuit devant nous."
