La fin de chapitre m'a été extrêmement compliquée à écrire...
Chapitre 22 : Disaster
Je glisse ma main dans la sienne, gantée jusqu'à la pliure du coude.
L'uniforme de Diasomnia est de toute beauté !...
En plus de sa haute taille naturelle, Malleus se déplace sur des talons.
Je stoppe dans l'allée menant au vaste château. "C'est... mal." ramenant mon poing devant ma poitrine.
Il passe derrière moi. "Personne n'en saura rien." à mon oreille.
"Qu'as-tu fait... de tes gens, Malleus ?..."
"Ne t'en inquiète pas. Nous ne nous rendons point au château, si c'est ce qui est susceptible de t'angoisser."
"Où alors ?..."
"Dans l'une des demeures secondaires de mon territoire. Nous y serons tranquilles. Et le personnel y est de toute discrétion." m'y invitant. "Ne crains rien, petite dragonne. Mes intentions à ton égard ne sont guère hostiles. Bien au contraire."
"Tu recèles encore tant de mystères, Malleus..."
"Je demeure prêt à tous te les révéler."
Le vert et le noir demeurent les couleurs fétiches de Diasomnia et le manoir secondaire est un constant rappel de ces teintes.
Nous passons un instant dans le petit salon richement garni de meubles et d'étagères encastrées contenant multitudes d'ouvrages.
"J'imagine qu'ils traitent tous de magie ?"
"Non. Il en existe également beaucoup sur le thème de la géographie et de l'histoire, des contes."
"Ha. Ceux qui se terminent tous par 'ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants' ?" ironique. "Et toi, Malleus, dans quelle catégorie te places-tu ?..."
"Hmm. Du dragon fait prince qui préfère enlever la princesse pour la faire sienne ?..." du tac-au-tac. "Tous les contes ne se terminent pas par cette fin heureuse, tu peux me croire sur parole."
"Il plongea son monde dans un lourd sommeil de plus de mille ans, enleva la promise d'un autre et la séduisit pour obtenir d'elle ce qu'il brûlait de découvrir ?..."
"Touché." amusé par ma répartie.
"Ces façons sont très peu catholiques, Malleus, mon tout beau."
"Cela fait partie de mes prérogatives. De plus, je n'ai jamais prétendu appartenir à la moindre religion, ma belle dragonne."
"Et si... cela te déplaît ou se passe mal ?..."
"Allons." sur un petit rire. "Me craindrais-tu ?"
"J'ai vu ce dont tu étais capable sous le coup de la contrariété, Malleus." me levant pour consulter un ouvrage au hasard. "Rollo a raison sur un point, Malleus : tu demeures arrogant."
"Tu me touches définitivement au flanc, petite dragonne."
"Tu pourrais faire venir n'importe quelle servante ou fille un tant soit peu dégourdie pour te faire découvrir les plaisirs charnels..."
"Je le pourrai, en effet. Mais tu avoueras que cela manquerait cruellement de piquant, n'est-ce pas ? C'est dans tes bras que je veux le découvrir."
"Arrogant, disais-je."
Il s'approche, me tendant une coupe. "Goûte donc ce nectar."
"Est-il... envoûté ?..." fixant le regard sur la boisson d'un rouge profond.
"Tu vois le sort partout, petite dragonne. Penses-tu vraiment que je souhaite ainsi gagner la partie ? Non. Je veux que tu cèdes de ton plein gré."
"Ta magie est puissante."
"Je te fais peur ?..." attrapant délicatement ma main pour en baiser les doigts.
"Si tu avais voulu en terminer avec Rollo..."
"Détrompe-toi, il possède une grande résistance. Je devrai jeter toutes mes forces dans la bataille."
Il est... immense ! Je lui arrive au milieu du torse !...
Il prend place sur la banquette en pied du lit, m'attirant sur ses cuisses, jugeant la position plus appropriée à notre différence de taille.
Sa bouche s'entrouvre sur des crocs tant me sentir enfin peser sur lui est un ravissement pour ses sens éveillés.
Le haut de son uniforme - une tunique fermée par zip de part et d'autre - donne sur la naissance de son torse.
"Laisse-moi t'embrasser, petite dragonne." glissant la main sous mon menton, toujours gantée.
Je n'ai encore jamais fait l'amour à un être aussi... hybride. Malleus demeure bien mi-homme, mi-dragon.
Nos lèvres se gâtent, faisant naître une tension délicieuse dans nos bassins.
A ma grande surprise, tout s'est joué très naturellement hier soir.
Les baisers se sont approfondis - laissant plein pouvoir à cette langue diablement fourchue ! - m'invitant à des jeux inédits.
Son sang, ordinairement froid, a rapidement grimpé en température, plongeant son sexe dans un état turgescent, faisant voyager à travers tous ses vaisseaux un fluide qui a tôt fait de réchauffer tout son corps, offrant une jolie teinte rosée à ses joues.
Nus, jetés sur le lit, il m'a laissé la place de choix, mains courant partout sur lui ; cuisses, aines, ventre, torse, cou.
Il lui a semblé se consumer de l'intérieur.
Posée sur ses cuisses, mes lèvres ont longtemps papillonner autour de la colonne palpitante qui laissait passer, en extrémité, un fluide au remarquable goût végétal.
J'ai bien cru le perdre au moment où j'ai entrepris de l'inviter en moi, doigts agriffés à mes hanches, corps cambré sur toute sa longueur, bouche ouverte donnant vue sur le palais et les pointes des canines.
Le voir ainsi voué au plaisir a été un véritable catalyseur !... Autant dire que j'en ai pris plein la vue et les oreilles !... Quant à ce qui est venu me remplir... repoussant avec force mes chairs gorgées, nous faisant ainsi jouir plusieurs fois dans la même nuit...
D'ailleurs, le niveau sonore qu'il place lorsque l'orgasme le frappe est retentissant !... J'en ai souris à plusieurs reprises. "Malleus... tes gens... ta voix porte..."
Un rayon de soleil malicieux vient frapper de sa raie de lumière la corne gauche de celui qui sommeille à mes côtés, respiration profonde et calme.
Cette ramure... quelle merveille !... Les cornes sont faites de kératine, ce qui les rend extrêmement douces au toucher. Elles sont spiralées en relief.
Malleus, décidément, est une créature absolument captivante !...
D'ailleurs, les hommes-dragons naissent-ils dans des œufs ?...
J'ai découvert quelques spécificité propre à son espèce ; des iris phosphorescentes dans la nuit et un immense pouvoir sur le sommeil.
Je glisse les doigts dans les mèches qui couvrent son front, découvrant le diadème en relief de la même nature que ses cornes, attestant de son rang princier. J'y dépose un baiser doux, le faisant sourire maintenant qu'il est en passe de se réveiller.
Il dort sans quasiment bouger, sur le dos, mains ramenées sur sa poitrine.
Sa respiration ralentit considérablement durant ses phases de sommeil.
"J'ai fait... de très belles découvertes cette nuit... merci, Tsunotaro(*)."
Le surnom le fait sourire davantage. "C'est moi qui te suis redevable, petite dragonne." tournant sur le dos. "Tu vas... rejoindre Flamm ?..."
Je hoche la tête. "S'il veut encore de moi..."
"J'ai pris mes précautions. Le temps que tu as passé ici, en ma compagnie, lui sera semblable à des minutes et non des heures. Il ne se doutera pas de ton absence."
"Peut-être mais... j'ignore si je pourrai encore le regarder dans les yeux après ça."
Je... l'ai fait. Je viens de trahir Rollo, que je prétends pourtant aimer, sur toute la ligne. Avec son pire ennemi, qui plus est !
Une fois dans ma chambre, je pose mon dos contre le bois de la porte, me laissant couler jusqu'en bas, me mettant à sangloter. Comment pourrais-je faire encore semblant ?... Assurer à Rollo mon amour alors que j'ai pris plaisir à lâchement le tromper ? Le subterfuge suggéré par Malleus n'y changera rien !... J'ai salement trahi Rollo et traîné son honneur dans la boue à épines !
"Ah, te voilà !..." s'exclame Rollo, parvenant enfin à me capter dans la coursive du square.
Je pourrai me maudire silencieusement !... J'aimerai posséder un mouchoir tel que le sien pour camoufler mon malaise.
"Où cours-tu d'un pas si pressé, petite fée ?" me rattrapant par la main.
Lorsqu'il me tourne vers lui, son estomac contracte. Oui. Aucun doute possible. Il me libère derechef, reculant d'un pas.
"Cette... magie qui t'imprègne... cette... magie..." sur un nouveau pas en arrière.
"Je..." l'approchant d'un pas.
"RESTE OU TU ES ! NE M'APPROCHE SOUS AUCUN PRÉTEXTE ! TU EN ES IMPRÉGNÉE !" appelant Hellfire à l'aide, visage totalement révulsé, plis tordus par un dégoût profond.
Malleus m'aurait-il menti ?...
"Rollo, je..."
"PLUS UN MOT ! ARRIÈRE !" plaçant Hellfire entre nous.
"PRÉSIDENT !"
"HEY !" interviennent Viane et Tristan, témoins de la surréaliste scène.
"Président, du calme !"
"Tristan... ne la sens-tu point ?..."
Tristan me fixe. Certes, sa magie est bien moins évoluée que celle de Rollo...
"De quoi parlez-vous, Président ?"
"ELLE EST IMPRÉGNÉE DE LA MAGIE DE DRACONIA !" me pointant au moyen de son sceptre, accusateur.
"Président... moi je ne distingue rien."
"Faut-il que je te mettre le nez dedans, Tristan ?!" peste Rollo.
"Je... vous crois, Président." penaud.
"IL FAUT LA RENVOYER !" s'emporte Rollo. "FAITES-LA DISPARAÎTRE DE MA VUE OU JE SUIS CAPABLE DE LA FAIRE BRULER VIVE !"
Viane place une main dans mon dos. "Hey... Quoi qu'il se soit passé..."
Je lui adresse un faible sourire, pliant bagages. "Rollo a raison : je ne suis plus digne de me présenter devant lui."
"Rachel... ça ne peut pas se terminer ainsi entre vous, c'est trop triste." reniflant sa peine.
"Je crains fort, Viane, qu'il s'agisse du point de non-retour. Il vaut mieux que je parte."
Évidemment il n'a pas été présent pour mon départ, enfermé à double-tours dans sa chambre, y faisant les cent pas, me maudissant pour la centième fois de la journée !...
Plusieurs mois s'écoulent.
Rollo se perd dans le travail et ses résultats, déjà excellents, frisent à présent la perfection.
Ses cernes n'ont jamais été aussi prononcées.
"Président ?... Ne pourriez-vous point reconsidérer..."
Regard dur de Rollo. "Je vais me fiancer, Tristan."
"Par... don ?"
"J'ai demandé la main d'Aelys Agenais à ses parents. Ma proposition a été acceptée. Nous nous marierons l'été prochain."
La bague est fort jolie. Rollo l'a bien choisie ; un saphir rose clair qui offre un pale écho au grenat prononcé de son propre rubis. Certes, il aurait pu choisir la tourmaline... mais cette dernière possédait déjà bien trop d'éclat à son goût.
La femme, de fait, ne doit jamais oublier sa place. Et qu'elle n'est en aucun cas le reflet de l'image, forte et fière, de l'homme !
Viane correspond encore secrètement avec moi alors que j'ai rejoint mon père et Eliott à la demeure familiale.
L'annonce des fiançailles de Rollo me fait sourire d'amertume. "Ainsi donc, tu as choisi cette pathétique option, mon tout beau ?... L'avenir nous dira si c'était à tort ou à raison."
Rollo semble être au sommet de la gloire de sa jeune vie ; auréolé de prestige, reconnu comme le meilleur étudiant aux examens finaux, fiancé à la fille d'une famille reconnue et travailleuse de la cité. Il ne pouvait se rêver plus bel avenir.
Pourtant... au fond de son cœur, tout au fond... une faille immense est déjà en train de creuser son lit.
"Les noces approchent, rendant tout le monde fébrile." m'écrit Viane. "Rachel, j'aurai tant aimé que ce soit toi !... Certes, Aelys paraît très gentille, même effacée, j'ignore si elle pourra composer avec le caractère fort de notre ex-Président. J'ai l'impression d'assister à un carnage, Rachel."
Rollo patiente dans l'allée fleurie.
Aelys est conduite devant l'autel où préside un des notable de la cité.
Rollo lui propose son bras et elle s'y attache, émue.
Mme Agenais est au comble du bonheur ; cette noce, elle ne l'espérait plus !...
Rollo possède une idée bien arrêtée de ce que doit être un mariage ; lui, l'image forte du couple, représentant le pouvoir patriarcal à son apogée. Elle, évidemment plus faible et effacée, la garante du foyer.
Viane renifle, amère. Tristan demeure plus mitigé, imprégné par l'idéologie de Rollo.
Amédée est fébrile, heureux pour Rollo.
Rollo, lui, se montrera un époux sévère, engoncé dans une version totalement éculée du couple.
L'hymne retentit à leur sortie :
Frightened of the dawn,
I make a wish over and over
to bid farewell
to the lonesome sky
and a salvation for love
My wish is so far,
shining the bright red
O bells, resound
Carry my wish
Today too,
I reach out my hand high
up to that warm dream
Ah if it is allowed,
whether in joy or sorrow,
let's live together
A sparkling person's voice,
full of smiles
O light
please guide my way
Towards a magnificent morning
I've been yearning for
If you open your eyes,
let's start walking
along with my dream
O bells, resound
Carry my wish
Today too,
I let my heart dance
to the cheerful town
Ah now,
it beautifully bloomed
Whether in joy or sorrow,
let's sing together
Sharing each other's love
like I saw
in a dazzling dream
O light
please guide my way
to the future(**)
"Messire Flamm..." souffle la voix fluette d'Aelys.
"Tu peux m'appeler par mon prénom, Aelys. Et je t'accorde la permission de me tutoyer."
Quelle sensation étrange pour Aelys... cet homme, elle l'a regardé et fantasmé. Et maintenant qu'il se trouve lié à elle, elle n'en éprouve ni joie particulière ni peine.
Aelys est réputée pour son humeur égale, tant prisée par sa mère. Cette disposition d'esprit sied également à Rollo. Pas de sursaut imprévisible. Parfaite.
Leur nouveau foyer leur ouvre ses portes.
Le soir venu, elle leur prépare un excellent repas. Au cours de ce dernier, pratiquement aucun mot n'est échangé.
Puis vient l'heure du coucher.
Seule dans la chambre, elle passe sa tenue de nuit.
Rollo apparaît alors qu'elle s'abrite sous les couvertures.
Elle n'a jamais été en présence d'un homme. Rollo sera donc son premier s'il daigne l'honorer ce soir. Il s'y prépare d'ailleurs mentalement depuis tout à l'heure.
Ce n'est pas qu'Aelys soit désagréable au regard. C'est juste qu'elle est... effroyablement insipide pour un être aussi flamboyant que Rollo !...
Cet assaut, Rollo l'a voulu doux. Il s'est montré attentionné, même s'il n'y a quasiment eu aucun échange verbal entre eux. Ses attentes, Rollo les devine. Elle s'y conformera.
Monsieur décide. Madame suit.
Fleuron de Noble Bell, Rollo y a prisé le poste de professeur. Son enseignement est réputé pour sa dureté exemplaire. Il ne passe rien à ses élèves. Les sanctions, notamment pour manque de travail, vont bon train, choisies avec une application toute particulière.
Le ventre d'Aelys n'a pas tardé à s'arrondir. Sa mère est au comble du bonheur, choisissant déjà le prénom de l'héritier à naître, préparant la layette. "Il aura l'intelligence de son père." se félicite l'ambitieuse femme de boulanger.
Leur commerce prospère.
Seulement voilà ; Aelys souffre d'un mal de vivre que personne, dans son entourage, n'a su prendre en compte, pas même son affairé conjoint.
On retrouvera son corps sur la berge, rejeté par la tumultueuse Sun River, emportant avec elle l'enfant qu'elle portait.
Rollo est sous le choc. Anéanti. Ses rêves d'avenir s'évanouissent telles des volutes.
Aux jolies noces, à l'annonce d'une future naissance, succèdent de sombres obsèques.
(*) Du japonais : 角 tsuno, "corne" et Tarou en japonais : 太郎 tarou, "fils aîné"
(**) Chanson originale de l'event Glorious Masquerade de Twisted Wonderland
