Good morning Tokyo !
Il faisait froid dans le grand appartement. Depuis qu'il était jeune, il dormait la fenêtre ouverte et la nuit de ce début mars était fraîche.
Tout était calme, les lumières de la ville créaient des reliefs sur les murs de sa chambre. Par la baie vitrée entrouverte le bruit de la circulation entrait, étouffée et lointaine. Tout était calme.
Dans quelques heures le vacarme de la ville vaincrait la paix de ce lieu mais pour le moment rien ne bougeait.
L'homme dans son sommeil se retourna, s'enveloppant un peu plus dans sa grande couette blanche. Il dormait, recroquevillé à une extrémité de son grand lit, replié en boule dans une position fœtale, se créant une bulle de chaleur au milieu de cette nuit fraîche.
Dans ce cocon de plume, il était bien, loin de tout soucis et de toute peine. Ses rêves étaient doux, habités par le sourire de la femme qu'il aimait. Depuis qu'il lui avait admis ses sentiments il rêvait d'elle toutes les nuits. Des rêves doux et tendre où elle lui souriait.
Soudain, il ouvrit les yeux, il aurait juré entendre la porte d'entrée claquer. Il prêta l'oreille aux sons de la nuit, en alerte, prêt à sortir du lit.
Il se leva doucement, sans faire un bruit. Oui, il y avait bien quelqu'un dans son appartement, aux petites heures du matin. Toujours en silence, il saisit sur la commode le katana qui décorait sa chambre et se dirigea vers la porte à pas de loup.
Oui, dans le couloir il entendait clairement des voix, ces voleurs n'étaient pas très discrets. Il dégaina son katana, se plaça devant la porte en position d'attaque. Les pieds écartés, le katana dans les deux mains, il était prêt à se défendre si besoin. Il attendit patiemment que ses agresseurs entrent dans sa chambre. Ils auraient la frousse de leur vie.
Kyoko se préparait un bento dans la cuisine du Darumaya, elle était en train de considérer d'en faire un pour Yashiro et Ren, quand l'okami entra et alluma la télévision.
« Kyoko, pourquoi te lèves tu si tôt ? »
« Je dois aller au lycée ce matin et je voulais préparer un repas équilibré pour mes amis. » Bailla-t-elle.
Sa logeuse la regarda en coin mais ne dit rien. Si elle ne connaissait pas Kyoko si bien, jamais elle n'aurait décelé cette étincelle dans les yeux de la jeune fille à chaque fois qu'elle parlait de son sempai. Elle n'avait pas abordé le sujet avec elle, mais elle savait que sa protégée était amoureuse.
« Comme c'est chou. » pensa-t-elle, « C'est de son âge, et j'avoue que même moi à mon âge je suis sous le charme de Tsuruga San. »
Elle sourit à Kyoko puis mit la télévision sur son émission préférée, Good morning Tokyo.
Kyoko, plongée dans ses douces pensées, ne vit pas le sourire amusé de sa logeuse et leva les yeux sur la télévision. Elle connaissait ce show, tous les samedis ils allaient réveiller une star. Ce genre d'émission ne l'intéressait peu mais elle s'assit près de sa logeuse pour manger son petit déjeuner avan3t de partir pour le lycée.
A l'écran on montrait une porte qu'elle connaissait et elle ne prêta plus attention à la nourriture. Aujourd'hui les animateurs allaient réveiller Tsuruga Ren.
L'animateur du show, Koira Takumi, chuchotait à la caméra :
« Aujourd'hui nous allons réveiller l'acteur le plus sexy du Japon, tenez vous bien Mesdames, nous sommes chez Tsuruga Ren. »
La caméra balaya le living room bien rangé de l'appartement de luxe. Le commentateur s'approcha de la porte, il ouvrit mais tomba dans la salle de bain vide, gêné il referma la porte et ouvrit la suivante puis recula de trois pas, blanc comme un linge.
Le cameraman qui le suivait de près eut du mal à garder le focus de son appareil. Là sur le seuil de la chambre se tenait un effrayant samouraï. Grand et à moitié nu, il n'en était pas pour le moins impressionnant. Tel un Myamoto Musashi du XXI ème siècle, Ren se tenait dans l'embrassure de la porte, en bas de pyjama et tenant à la main son sabre. Il avait l'air si en colère que la chambre était remplie d'une aura destructrice. Le cameraman recula d'un pas, trébuchant sur Takumi, craignant pour sa vie.
Le premier choc passé L'animateur se reprit et cria d'un ton surexcité : good morning Tsuruga San. Ren resta sans bouger à le dévisager ce qui accrut l'inquiétude du présentateur. Puis, lentement, il baissa son katana et demanda :
« Vous avez une bonne assurance dans votre job ? »
Le présentateur repris confiance puis se détendit en voyant Ren sourire en coin et ranger son katana.
« Je vais passer un T-shirt. » Dit simplement Ren. Et il retourna dans sa chambre.
Super sexy, pensa Kyoko. Elle était sûre que sa logeuse ne la regardait pas ce qui l'arrangeait car elle n'était pas loin de se liquéfier.
Bien sûr elle l'avait déjà vu à moitié nu mais, en pyjama et en position de combat, les cheveux en bataille et les yeux verts… Il était simplement super hot !
Mon Dieu pourquoi l'avait il choisie elle ! Cela faisait des mois qu'il lui avait avoué ses sentiments et elle le savait sincère mais elle ne pouvait juste pas y croire ! Ce mec avait tout pour lui, elle ne se sentait pas à la hauteur !
Ren était reparti dans sa chambre, l'animateur n'avait pas semblé enclin à le suivre après cette arrivée fracassante et il meublait dans le salon. Ren ressortit, habillé et peigné.
Kyoko remarqua que ses yeux était de cette couleur brune quelle aimait tant. Mais alors avait-elle halluciné ?
Pour en avoir le cœur net elle se rua sur son portable pour revoir la séquence sur internet. Là, un message l'attendait.
« Je suis désolée, je t'expliquerai. Ren. »
Elle rejoua la séquence, oui, même si Ren était dans la pénombre on distinguait clairement ses yeux… verts !
Le président de la LME fixait la télé d'un air perplexe. Il avait donné son accord pour piéger Ren. De sorte à le pousser dans ses retranchements. Il voulait que le jeune acteur assume son passé afin d'élargir son horizon et de débuter à Hollywood.
Mais s'il n'attendait plus de scandale dans la vie de Ren il fut néanmoins troublé quand ce dernier se montra prêt à couper en deux l'animateur du show !
« Ce type est trop sur ses gardes » pensa t'il. « Mais il est top en samouraï, cela devrait lui ouvrir des portes. »
La suite du show était insipide. Ren, remit de ses émotions, buvait le café avec Takumi. Pas moyen d'avoir un bon scandale avec lui. Lory, déçu, coupa le son de la télé et se remit à jouer avec son boa Nanako.
Sa poche vibra, il sortit son téléphone pour savoir qui l'appelait si tôt le matin et décrocha quand il vit qu'il s'agissait de Yashiro San.
"Mochi mochi Yashiro San, Comm.."
« Pourquoi il y a Ren à la télé ? Pourquoi il a les yeux verts ? Qu'est ce que vous manigancez président ? », le coupa le manager.
« Calmez-vous, Yashiro San, ça ne peut qu'être bon pour sa carrière. », retorqua le président en se défendant.
« Je sais ça, mais pourquoi ces yeux verts ? », demanda Yashiro san curieusement.
« Il a les yeux de sa mère », répondit Lory pensif. « Mais j'ai peut-être fait une erreur, Ren ne semble pas être prêt à assumer son passé. Il va être furieux contre moi ! »
Yashiro était sans voix, il se rendait compte à cet instant qu'il ne connaissait que très peu son ami. Il ne lui avait même jamais parler de ses parents. Ren allait être vraiment furieux.
« Je vous rappelle plus tard président, enfin si Ren n'apporte pas son sabre au boulot et ne vous coupe pas en deux. » Et il raccrocha, en entendant le bruit de rire étouffé du président.
Lory remit le son de la télévision, Ren était en train de parler de son nouveau projet.
« Tu es trop sérieux », déclara le président devant sa télévision, puis il éteint l'écran et alla se préparer pour sa journée.
Ren était tendu, il meublait tant bien que mal cette interview surprise mais n'avait qu'une envie, se débarrasser de toute cette foule qui violait son intimité. Au moins il avait pu remettre ses lentilles… Il ne se sentait pas près à déballer son passé pour le moment.
Le présentateur et le cameraman semblaient avoir eu tellement peur qu'ils n'avaient pas relever la couleur de ses yeux. Mais il était sûr que l'info tournait en boucle sur les réseau sociaux… Il pourrait toujours inventer un mensonge mais une personne au monde ne serait pas dupe : Kyoko.
Qu'allait elle penser ? Avait elle fait le lien ? Lui en voudrait-elle ?
Il essayait de ne pas paniquer et de sourire à son interlocuteur mais il était impatient de l'appeler pour lui expliquer.
« Kyoko ne me déteste pas », priait-il dans sa tête. « Je t'aime ! »
Le présentateur avait dévié la conversation sur la vie privée du jeune acteur.
« Nous nous attendions à trouver Kana San dans vos bras », dit-il en riant.
Ren sourit poliment mais ne répondit rien, il avait entretenu la rumeur selon laquelle il sortait avec la célèbre actrice, tous les deux y trouvaient leur compte. Personne ne soupçonnait que Ren était amoureux d'une lycéenne et que Kana fréquentait une femme. Cela avait du bon d'être acteur et les deux jeunes gens en riaient souvent ensemble. Il finit par répondre :
« Kana San est en tournage à Kyoto pour la semaine… Désolée. »
Pourquoi s'excusait-il alors qu'ils empiétaient sur son temps libre, s'ils pouvaient partir maintenant !
Soudain quelqu'un sonna à la porte et Ren s'empressa d'aller ouvrir la porte à son manager. Il le regarda avec soulagement quand Yashiro lui dit qu'il était attendu sur les plateaux dans moins d'une heure. Yashiro mentait évidement mais ça c'était leur secret.
Kyoko avait regardé l'interview en entier mais n'avait pas pu se concentrer sur ce qui avait été dit tant la question qui tournait dans sa tête l'obnubilait.
Ren était Corn. Pourquoi lui avait il menti ?
Elle était maintenant en cours de maths et écoutait d'une oreille distraite la leçon sur les fonctions vectorielles.
Ren était Corn. Pourquoi se cachait il ? Avait-il honte d'être métisse ? Cela se devinait quand même au vu de sa taille immense…
Elle mâchonnait son stylo, incapable de se concentrer. Devait-elle le confronter ? Il lui avait envoyé un message donc elle attendrait ses explications. Mais plus elle y pensait plus elle était furieuse.
Ren était Corn. Il lui avait menti et s'était moqué de son amour pour les fées… c'était cruel.
Soudain elle eut envie de pleurer et se lança à corps perdu dans les fonctions vectorielles. Elle irait lui parler ce soir. Pour le moment il fallait qu'elle reste calme et qu'elle écoute son professeur puisqu'elle avait choisi de venir en cours.
Vers midi Ren entra dans la salle de pause de la love me section. Il y trouva Kanae qui triait des papiers en râlant.
« Kyoko chan est en cours jusqu'à ce soir », lui déclara telle sans préambule. « Je suis désolée Tsuruga San mais j'ai du travail. »
Kanae savait les sentiments du jeune homme pour sa meilleure amie, Kyoko lui en avait parlé à une sortie karaoke. Néanmoins elle était un peu jalouse de l'importance de Ren dans la vie de son amie. Ce n'était qu'un mec ! Mais bon si Kyoko était heureuse c'était le principal.
Aussi, elle eu un sourire pour l'acteur et lui indiqua que Kyoko finissait ses cours vers 15h.
Ren sorti de la pièce déçu de ne pas avoir vu sa kouhai mais aussi rassuré de pouvoir reporter à plus tard une conversation qui aller être houleuse. Il lui avait menti. Maintenant il devrait tout lui dire.
Il se dirigea vers le bureau de son manager pour avoir une autre discussion houleuse… son ami méritait de connaître la vérité. Ren soupira en empoignant la poignée de la porte et après avoir frappé entra dans le bureau de Yashiro.
Dans l'atmosphère feutré du bureau du président, décoré ce jour là en tente de bédouin, Ren regardait les deux hommes qui lui faisaient face.
Yashiro n'avait rien dit depuis ce matin mais Ren savait qu'il attendait une explication. Le fait que le président les ait convoqués ensemble l'arrangeait. Il aurait du secours si Yashiro décidait de l'étrangler !
« Je m'appelle Kuon Hizuri, je suis le fils de Kuu Hizuri et de Julie Norizov. Je suis né à Los Angeles et je suis venu au Japon après avoir causé la mort de mon meilleur ami Rick… Voilà tu sais tout ! »
Ren gardait les yeux fixés sur Yashiro qui regardait le président. Celui-ci acquiesça en souriant. Il était fier de Ren, il restait calme malgré la pression. Ce jeune homme avait fait un long chemin…
« Kuu Hizuri… », balbutia Yashiro, « si ça venait à se savoir ce serait le scoop du siècle ! » Puis se reprenant il dit d'un ton grave.
« Je ne trahirai pas ton secret. Je pense deviner la raison pour laquelle tu as changé de nom, d'apparence et de pays. Tu peux compter sur moi ! Cela dit tes yeux verts sont magnifiques… c'est dommage… il faudra inventer quelque chose pour calmer les discussions sur internet ! »
« J'y ai pensé », renchérit le président, « nous pouvons dire que tu as une campagne de pub où tu auras les yeux verts. Reste à trouver cette campagne de pub… j'ai un ami qui chercher un mannequin pour une publicité de parfum… ça pourrait être bien. »
Ren boudait, tout cela ne serait pas arriver si le président n'avait pas donner les clefs de son appartement à ces journalistes. Mais son idée pouvait marcher…. Mais cela n'était pas son problème majeur, il fallait qu'il parle à Kyoko, le plus vite possible. Pour une fois le président serait peut-être à l'origine d'une rupture…
Ren ne le fit pas remarquer et les trois hommes restèrent silencieux quelques minutes. Soudain le téléphone de Ren sonna, de cette sonnerie qu'il avait paramétrée pour elle. Il sursauta et s'excusa en sortant de la pièce en courant pour répondre…
« Kyoko san », rit le président.
"Kyoko chan", confirma Yashiro San…
« Je suis désolée mon amour, je ne voulais pas te mentir mais je ne voulais pas te décevoir non plus. Je ne suis pas une fée, juste un con de mec qui n'arrivait pas à t'avouer ses sentiments. Kyoko je t'aime, s'il te plaît laisse moi une chance de t'expliquer… »
Kyoko n'avait pas réussi à placer un mot, Ren lui présentait des excuses non stop depuis qu'il avait décroché.
Après l'avoir laissé finir, elle conclut : « 20h chez toi… on parlera tranquillement. Je t'aime aussi tu sais mais je suis très fâchée. A ce soir. » Et sans lui laisser le temps de reprendre sa litanie d'excuses elle raccrocha.
Elle n'en revenait pas de son toupet. Elle lui avait raccrocher au nez. Elle était vraiment en colère.
Ren resta quelques secondes à écouter la sonnerie du téléphone après qu'elle eut raccroché. Elle avait l'air très en colère mais elle lui avait dit qu'elle l'aimait, et c'était la première fois qu'elle lui avouait ses sentiments. Il était partagé entre la joie et l'accablement quand il rangea son téléphone dans sa poche et rejoint Yashiro et le président dans le bureau de ce dernier.
Les deux hommes n'avaient pas chômé et avaient arrangé, avec le producteur, le clip de pub pour le parfum. Ren leur en fut reconnaissant.
Ils auraient bien taquiné Ren sur son coup de fils, mais voyant l'air contrit du jeune acteur ils ne firent aucune allusion.
A 19h30, Ren commençait à faire les cent pas dans son salon, il avait fait livrer des spécialités vietnamiennes mais l'idée même de manger le révulsait.
Il avait ôté ses lentilles et été prêt à tout lui avoué. Bien sûr il y avait un fort risque pour qu'elle le quitte. Il lui avait menti et il était un assassin… c'est sûr qu'elle partirait en courant !
Les minutes s'égrenaient lentement et dans son état de confusion il espérait que le temps passe plus vite pour la voir mais en même temps il aurait voulu que le temps s'arrête tant il avait peur de la perdre… bref cette attente le torturait.
Elle sonna enfin à la porte, Ren sursauta, hésita, puis alla ouvrir.
« Bonsoir Kyoko Chan », sa voix paraissait coincée dans sa gorge
« Bonsoir Ren San. » Kyoko ne lui souriait pas. Elle enleva ses chaussures sans un mot et le suivit dans le living room.
Il se retourna et la fixa de ses grands yeux verts effarés. Elle soutint son regard, une expression butée sur le visage. Ils restèrent quelques minutes à se dévisager dans un silence pesant.
« Assied toi Kyoko Chan, c'est une longue histoire… » soupira Ren
Elle s'assit le plus loin possible de lui, gardant son air buté. Elle ne dit pas un mot mais semblait prête à l'écouter.
« Je suis né aux état Unis, ma mère, Julie Norizov, est une mannequin Russe très célèbre, j'ai hérité de ses yeux. Mon père est Kuu Hizuri, le célèbre acteur de film d'action de Hollywood. Quand j'étais enfant, j'étais le souffre douleur de la classe car les autres élèves me jalousaient. Je n'ai jamais eu d'ami. Puis mon père m'a emmené voir sa famille au Japon et je t'ai rencontrée près de la rivière. Les souvenirs de cet été ont été les plus beaux de mon enfance. Tu étais si sûre que j'étais une fée que je ne t'ai pas corrigée. Tu avais l'air si heureuse ! »
Ren marqua une pause et soupira. Elle n'avait pas cillé et attendait la suite l'air toujours aussi impénétrable.
« Quand je suis rentré du Japon, les choses se sont empirées pour moi. Les autres enfants me battaient et trouvaient mille façons de m'humilier. C'est là que j'ai rencontrer Rick, il est devenu mon mentor, il m'a appris à me battre et à résister aux agresseurs. Très vite la situation est devenue instable, je savais me battre car j'avais suivi des cours avec mon père, et je me battais, tous les jours. J'ai grandi dans cette violence jusqu'au jour où Rick à voulu s'interposer entre moi et ma victime. Et il a été tué. »
Ren ne put continuer, une boule s'était serrée au fond de sa gorge. Il la regardait avec un regard suppliant. Elle ne dit rien mais lui fit signe de continuer. Il avala sa salive et d'une voix lointaine il continua
« Après la mort de Rick, je me suis laissé mourir. Mon père a appelé le président au secours et ce dernier m'a emmené au Japon pour vivre une nouvelle vie. Jamais je n'aurais espéré te retrouver. Mais quand tu as fait tomber la pierre que je t'avais donnée au bord de la rivière je t'ai tout de suite reconnue. Et je suis retomber amoureux de toi. »
« Pourquoi m'as-tu menti ? » Lui demanda telle d'une voix froide. « Pourquoi avoir joué avec moi à Guam ? »
« Je suis sincèrement désolé. Mais tu paraissais si heureuse d'avoir retrouvé Corn que je n'ai rien osé te dire. Je suis un menteur et un assassin mais je t'aime Kyoko. Plus que tout au monde. »
Elle garda le silence. Alors tel était son secret, il avait dit à Bô qu'il ne pouvait se permettre d'être amoureux, il s'en voulait encore de la mort de son ami… Elle avait soupçonné quelque chose de ce genre quand ils jouaient la fratrie Heel. Alors il avait vraiment tué quelqu'un ?
« Raconte-moi la mort de ton ami ? Que s'est il passé ? »
« Il a voulu me retenir mais je me suis échappé. En courant derrière moi il a traversé une route et s'est fait renverser par une voiture. Si je n'avais pas été là, il vivrait encore, je l'ai tué. »
Kyoko ne dit rien. C'était un accident mais apparemment la culpabilité le rongeait. Elle ne l'avait jamais vu si fragile… elle était toujours très en colère mais elle mourait d'envie d'aller le consoler. Au final, elle se leva et alla s'agenouiller devant lui. Il lui jeta un regard perdu de petit garçon. Elle le trouva touchant. Elle lui prit les mains et lui parla d'une voix douce.
« Ren, je suis très fâchée contre toi. Mais je t'aime. Et tu n'es pas un assassin, c'était un accident. »
Elle lui baisa le front, et sans qu'il pu réagir, elle était déjà en train de remettre ses chaussures dans l'entrée. Il la rejoint vite avant qu'elle ne sorte de son appartement et de sa vie.
« Kyoko… », que dire d'autre, il était sur le point de pleurer.
« Laisse-moi le temps d'y réfléchir, Ren. Au revoir. »
Elle sortit en refermant la porte délicatement derrière elle. Ren resta à contempler la porte, des larmes coulaient sur ses joues.
Depuis une dizaine de jours maintenant elle l'évitait, ne répondant plus à ses messages… Il était au bord du gouffre.
Le scandale de ses yeux s'était dissipé et il avait fait sa publicité pour le parfum. Contre toute attente il avait apprécié de faire cette pub. Elle le montrait plonger dans l'océan, c'était un peu cliché mais bien tourné.
Depuis qu'elle ne lui parlait plus, il se noyait dans le travail, s'interdisant de la contacter pour lui laisser le temps de faire face à la vérité. Mais il était torturé, allait-elle lui pardonner ? Il essayait de ne plus y penser et de travailler jusqu'à ne plus tenir debout ! Mais c'était peine perdue.
Yashiro et le président commençaient à se faire du souci pour lui, il ne dormait plus, il ne mangeait plus… Seul son travail lui permettait de tenir le coup.
Aussi, Ren ne s'attendait pas à la voir débarquer chez lui le soir du whiteday. Il lui avait offert un parfum pour la Saint Valentin et elle venait lui donner son cadeau de retour. En temps normal cela aurait dû être l'inverse mais rien n'était jamais normal avec Kyoko.
Elle était là sur le pas de sa porte, un sac en papier au bout du bras.
« Adorable », pensa t'il. Puis il commença à craindre qu'elle vienne lui rendre son cadeau et le sortir de sa vie. Il l'invita à entrer et à son grand étonnement elle accepta.
Après l'avoir débarrassée de son manteau, il la suivit dans son salon et lui demanda si elle boirait quelque chose. Contre toute attente elle lui demanda un verre de vin et, bien que surpris, il déboucha une bonne bouteille et sortit deux verres à pied.
Elle trempa les lèvres dans le liquide rouge et fit la grimace. Ren gouta le vin à son tour, il était très bon. Elle ne parlait toujours pas et buvait son vin par petite gorgées en faisant des mimiques rigolotes.
« Elle n'aime pas le vin, mais se force à le boire, elle est vraiment charmante », pensa Ren.
Lui, n'avait pas touché à son verre, il ne la pressait pas de question, elle parlerait quand elle serait prête. Il lui souriait, content qu'elle soit chez lui ce soir, c'était en soit inespéré !
Elle finit son verre, le reposa un peu brusquement sur la table, brisant le silence de cet appartement. Puis elle se lança.
« Kuon San, j'ai beaucoup réfléchi et je pense que je ne peux pas vivre sans toi, ces dernières semaines ont été une torture ! Voici mon cadeau du white day. Je suis désolée. »
Elle était rose d'embarra et Ren la trouva de nouveau charmante et adorable.
« Tu ne m'en veux plus ? » S'enquit-il timidement.
« Non, je comprends. Et je suis heureuse que tu sois Corn. Après tout c'est avec lui que j'ai échangé mon premier baiser. » Et elle rougit de la tête aux pieds.
Il lui sourit et prit le paquet qu'elle lui tendait.
« Ce n'est pas grand-chose mais je pense que tu en as besoin. » Dit-elle d'un air gêné.
Il ouvrit le paquet et à l'intérieur il découvrit une montre, la même montre que celle qu'il portait toujours, mais celle-ci fonctionnait. Il regarda l'aiguille des secondes trotter entre les chiffres. Puis il la regarda. Elle pleurait. Alors doucement, il échangea les montres et se rapprocha d'elle pour la prendre dans ses bras. Doucement il lui caressa le visage et enfin très lentement il l'embrassa. Elle avait le goût du vin et des larmes. Le goût du pardon. Le goût de l'amour.
Il la serra contre lui et écoutait les battements de son cœur. Il battait si vite qu'ils étaient en rythme avec la trotteuse de la montre.
« Je t'aime. » Lui souffla-t-il.
