L'ange de l'apocalypse
Elle sursauta, l'ambulance était passée à un mètre d'elles toutes sirènes allumées, comme dans les films… Tout était immense et elle se sentait perdue et toute petite dans cette grande ville. Elle comprenait que Moko San se sente seule…
Elle avait l'impression d'être en vacances même si elle était officiellement en mission pour la love me section, avec pour but d'aider Kanae avec son nouveau rôle. Elle était heureuse car elle avait toujours eu envie de voir Los Angeles, la LME payait ses frais et elle allait passer du temps avec sa meilleur amie, en deux mot Kyoko était ravie !
« Mooo », souffla Kanae, « arrête de tout regarder comme ça, avec de grand yeux… tout le monde nous regarde. »
« C'est à cause de mon uniforme », gémit Kyoko, « même ici ce rose est un outrage pour les yeux. Je suis désolée Moko San. »
Les deux amies avaient profité de la fin de journée pour aller boire un café dans un bar branché de Venise beach… Et c'était Comme dans les films… le bar rétro où elles s'étaient installées était presque vide à cette heure-ci mais une atmosphère sixties émanait des vieux sièges en sky et du Juke box près de l'entrée. La serveuse leur apporta les menus et elles commandèrent du thé glacé avec une tranche de cheese cake.
Kyoko ouvrit son sac et en sortit le script du film dans lequel travaillait son amie. C'était un film d'époque retraçant le racisme envers les Japonais durant la seconde guerre mondiale. Il était tiré du livre, « la neige tombe sur les cèdres », et c'était une histoire d'amour compliquée par une histoire de meurtre. Le héros, un pêcheur de San Francisco, était japonais et s'était enrôlé, comme beaucoup d'autres nippons, dans l'armée américaine après l'attaque de Pearl Harbour, pour montrer son attachement à son pays d'adoption. Après la guerre il avait été parqué dans un camp, puis il avait pu reprendre sa vie de pêcheur, jusqu'au jour où un de ses collègues fut tué en mer… Dès lors il devint le suspect numéro un, à cause de ses origines…
Kanae jouait le rôle de sa petite sœur qui se bat pour prouver son innocence. Yuko, son personnage, ne parlait pas bien l'anglais et c'est pour cette raison que le réalisateur s'était tourné vers une actrice japonaise. Néanmoins Kanae avait du mal à s'adapter à la vie à Los Angeles et le président avait décidé d'envoyer Kyoko en renfort.
« Quelles scènes tournes-tu demain ? » Demanda Kyoko. « Révisons un peu. »
Kanae, qui avait une mémoire phénoménale, récita son texte sans problème. Kyoko corrigea la prononciation de certains mots et la félicita. Elle était fière de son amie.
Ren regarda son portable pour la dixième fois… Quelle heure était-il à Los Angeles… trop tôt pour qu'elle lise son message, l'icône de son message WhatsApp restait désespérément grise.
Elle était partie depuis trois jours, et déjà elle lui manquait terriblement. C'était idiot car même à Tokyo ils ne se voyaient pas tous les jours. Mais la savoir loin de lui dans cette ville dangereuse ne le rassurait pas du tout.
Il regarda de nouveau sa messagerie, vide, puis de rage jeta son portable sur le canapé. Il était tard déjà, pourquoi ne se réveillait elle pas ? Il se servit un verre de scotch et se laissa retomber sur le canapé, vérifiant une nouvelle fois ses messages.
Ils s'étaient confessés leurs sentiments depuis déjà six mois, et même s'il entretenait les rumeurs de sa liaison avec une autre actrice afin de protéger leur relation, il avait de plus en plus de mal à rester distant quand elle était là. Plus le temps passait et plus il était amoureux. Mais il avait promis de lui laisser du temps donc il gardait devant tous une attitude de gentil sempai envers elle.
Seuls son manager, Yashiro San et le président de la LME, connaissaient son secret. Ce qui permettait aux deux hommes de comploter dans son dos pour le faire craquer. Et il devait se l'admettre il n'était pas loin de craquer…
Il soupira et but une gorgée de whisky, il avait eu une grosse journée et il était fatigué, il tournait actuellement dans un film de gangster où il devait se battre… C'était plus physique que les romances qu'il avait faites jusqu'à présent. Il fit craquer sa nuque puis décida d'aller prendre un bain. Il garderait le téléphone à portée de main…
Il se dirigea vers sa salle de bain et ouvrit les robinets, puis passa dans sa chambre pour prendre son pyjama. Enfin il se déshabilla et entra dans l'eau tiède. Toute la tension de la journée se dissout immédiatement dans l'eau et ses muscles courbatus se détendirent… Il se mouilla les cheveux et soupira de bien être, quand soudain son téléphone sonna.
Aussitôt il fut hors de la salle de bain et courut, nu comme un vers en direction du canapé. Il glissa et heurta la table basse. Dans un juron il attrapa son téléphone et décrocha.
« Mochi mochi, c'est Yashiro, je ne te dérange pas j'espère ? Je voulais savoir si on pouvait prendre ta voiture demain, la mienne est chez le garagiste. »
Ren ferma les yeux puis se reprit, Yashiro San n'y était pour rien s'il était fébrile. Il soupira et répondit
« J'étais dans mon bain, et si tu veux tous les détails je suis nu dans mon salon et j'ai mis de l'eau partout… Mais non tu ne me déranges pas. Je passe te prendre demain matin vers 8h. Je te laisse j'ai froid. »
Yashiro rit mais Ren avait déjà raccroché… Il imaginait trop bien son ami nu au milieu de son salon… S'il avait pris la peine de décrocher c'est qu'il attendait un coup de fils. Un appel de Kyoko. Le manager rit une nouvelle fois et composa le numéro du président.
Il devait être tard au Japon, elle lui laissa un message sur son répondeur et raccrocha. Elle avait attendu d'être seule pour appeler Ren, Kanae était au courant mais elle ne voyait pas d'un œil favorable leur relation. Elle lui avait dit qu'elle se faisait du souci pour elle, mais Kyoko pensait qu'il y avait un peu de rivalité entre la belle actrice et Ren. Cela la peinait un peu puis elle s'était dit que le temps arrangerait les choses entre eux.
Elle se trouvait dans la loge de son amie, cette dernière étant en train de travailler. Le décor évoquait un petit port de pêche, il y avait même une machine à vague. Les moyens sur les productions hollywoodiennes étaient plus importants que sur l'archipel nippon. Elle était décidée à faire le tour des studios quand son téléphone vibra. Elle lut le nom de Ren et décrocha aussitôt.
« Mochi mochi, Tsuruga San, comment allez-vous ? »
« Tu sais, il va bien falloir un jour me tutoyer et m'appeler Ren… » Soupira-t-il.
Elle entendit l'eau clapoter et rougit, il devait être dans son bain. Elle l'avait dérangé.
« Vous…, enfin tu… êtes dans votre bain, je peux vous rappeler plus tard Tsuruga san. »
« Surtout pas ! » Implora l'acteur, « j'ai essayé de te joindre toute la soirée, comment vas-tu ? »
« Je vais bien, Moko san tourne en ce moment et je visite les studios. J'aimerais bien vois Otôsan… »
« Tu devrais lui téléphoner, je suis sûr qu'il pourra te rencontrer. » Ren était un peu inquiet chaque fois que Kyoko lui parlait de Kuu Hizuri. Il craignait que cette dernière finisse par découvrir leur lien de parenté. Il ressemblait plus à sa mère mais avec les talents photographiques de Kyoko il fallait s'attendre à tout. Elle l'avait reconnu grâce à la taille de son avant-bras quand il s'était grimé en bad-boy pour son dernier rôle… Elle était bien capable de voir sa ressemblance avec le célèbre acteur d'Hollywood.
« Avez-vous mangé ? », demanda-t-elle, le coupant net dans ses réflexions. Elle connaissait ses habitudes alimentaires et le traquait pour qu'il mange sainement.
« Oui, j'ai mangé avec Yashiro San, il cuisine très bien tu sais ! Et il est au moins aussi insistant que toi pour ce qui est nourriture. Je suis entre de bonnes mains sois tranquille. »
« Qu'avez-vous fait aujourd'hui ? » Reprit-elle, rassurée.
« J'ai tourné une scène de bagarre, j'ai des courbatures partout. Je prends un bain chaud pour me détendre. »
Il l'entendit rougir et sourit. Il aimait quand elle était gênée comme ça. Il ne pouvait la voir mais il se l'imaginait écarlate et adorable. Il adorait la taquiner !
« Je ne sais pas s'il est très convenable que je parle à un homme nu », lâcha Kyoko. Elle paraissait légèrement froissée.
« Je ne t'appelle pas en Visio », rit Ren, « tout va bien ! Bon je t'appelais surtout pour entendre ta voix. Je vais aller me coucher heureux maintenant. Puis-je te téléphoner demain à la même heure ? »
« Bien sûr, mais tâchez de porter des habits, je ne veux pas m'imaginer des choses choquantes. » Elle rit aussi, puis après lui avoir souhaiter bonne nuit elle raccrocha.
Elle devait commencer à devenir perverse car elle tenta de se l'imaginer dans son bain. Puis elle chassa bien vite cette idée dérangeante de son esprit et sortit de la loge pour aller visiter les immenses studios.
C'est malin elle était perdue ! Les studios étaient vraiment immenses. Elle commençait à paniquer quand un groupe de femme déboula devant elle. Elle s'inclina, à la grande surprise de ces dernières, et demanda son chemin vers le studio C6 dans un anglais parfait. Une fois sur le bon chemin elle se promit de ne pas s'éloigner du studio. Si elle voulait voir Kuu Hizuri, il faudrait qu'elle l'appelle comme l'avait suggéré Ren. Elle avait son numéro mais hésitait à déranger la grande star. Pourtant elle mourait d'envie de le revoir et de lui raconter toutes les choses merveilleuses qui avaient égayées sa vie ces derniers mois.
Installée dans la loge de Kanae, elle chercha son père d'adoption dans ses contacts et sans plus réfléchir appuya sur appeler. Elle raccrocha aussitôt, rouge de honte à l'idée de déranger une star de cette stature. Elle laissa le téléphone sur la table de la loge et sortit pour admirer Kanae.
Dans la loge le téléphone sonna cinq minutes dans le vide. Le nom du contact indiquait otôsan.
Kanae remercia son amie et prit la bouteille d'eau qu'elle lui tendait. Elle avait enchaîné toutes ses scènes sans NGs et était libre pour le reste de la journée. Comme il était 14h et qu'elles n'avaient pas mangé, elle proposa à Kyoko d'aller manger un hamburger sur Hollywood boulevard.
Aux sauts de joie que fit Kyoko, Kanae devina que son amie adorait l'idée. Aussi elle l'entraina dans sa loge pour se changer. Elle ne souhaitait pas arpenter Hollywood à côté de cet horrible uniforme rose…
Quand elles furent changées toutes les deux, Kyoko pris son portable sur la table et sursauta. Elle avait trois appels en absence. Elle composa le numéro pour avoir accès au répondeur et elle se décomposa !
« Que se passe-t -il ? » S'enquit Kanae.
« C'est otôsan, il m'a laissé un message. Je l'ai appelé puis j'ai raccroché… Je crois qu'il s'inquiète. » Dit piteusement Kyoko.
Kanae était au courant de « l'adoption » de Kyoko par la légende du cinéma nippon. Elle n'avait pas été surprise, Kyoko avait le chic pour se faire aimer de tout le monde… Elle se demandait encore pourquoi elle était dans la love me section… Mais elle soupçonnait le président de la garder dans cette section tant qu'elle ne sortirait pas officiellement avec Tsuruga San. Et loin d'elle l'idée d'aller dire au président que les deux acteurs se téléphonaient plusieurs fois par jours… elle garderait le secret de son amie coûte que coûte.
« Tu devrais le rappeler », suggéra Kanae, « je vais dire au revoir à l'équipe, je reviens dans 10 min. »
Kyoko resta perplexe quelques secondes, le téléphone entre les mains quand celui-ci se mit à vibrer. Elle décrocha aussitôt et la voix de Kuu Hizuri paru soulagée en disant :
« Kyoko Chan, je me suis inquiété, comment vas-tu ? »
« Je suis désolée », balbutia Kyoko, « je ne voulais pas vous alarmer et encore moins vous déranger. Je suis vraiment nav… »
« Tu ne me déranges pas », coupa Kuu, « je suis au bord de ma piscine… Alors ces rôles de méchantes ? »
« Je m'en suis très bien tirée, avec l'aide de Tsuruga San. Natsu est méchante mais complètement différente de Mio. Vous aviez raison, Otôsan, j'ai beaucoup appris ! »
« J'en suis heureux, quand viens-tu nous voir ? J'ai su par Boss que tu étais à Los Angeles… voudrais tu venir à la maison dîner ce soir ? »
Kyoko se tortillait, « je suis désolée Otôsan, je ne peux pas laisser Moko San toute seule… je suis désolée… »
Kuu partit d'un grand rire en répondant :
« Tu peux venir avec ton amie ! Il y aura assez de nourriture pour vous deux. Ce soir je vous fais des enchiladas… Je vous envoie un taxi pour 19h, OK. »
Kyoko était gênée, elle ne voulait pas répondre pour son amie, mais elle n'eut pas le choix.
« Bon à ce soir kid ! J'ai hâte de rencontrer la fameuse Moko san ! »
Et sur un dernier rire il raccrocha.
Kyoko resta le téléphone dans les mains, écoutant bêtement la tonalité de la ligne. C'est dans cette position que la trouva Kanae en rentrant dans la loge.
« Mooo, qu'est-ce qu'il y a encore ? »
« Nous sommes invitées à manger chez Kuu Hizuri ce soir. Je suis désolée Moko San il ne m'a pas laissé le choix. »
« Tu rigoles j'espère, je ne louperai ce diner pour rien au monde, c'est Kuu Hizuri ! Viens, on va manger vite fait et on ira faire du shopping ! Si on doit manger chez une star tu ne peux pas y aller avec ton uniforme de la love me section !
En arrivant devant l'imposante demeure des Hizuri, Kyoko était heureuse de porter une tenue élégante, elle avait acheté une jolie robe l'après-midi même sur les conseils de Kanae. Quand le taxi, après avoir passé un portail impressionnant, se gara devant la maison, Kyoko devint nerveuse…
« Mooo, je ne pensais quand même pas qu'il était aussi riche », murmura Kanae.
La maison de type hacienda était en effet magnifique et le jardin, entretenu avec soin remplissait l'air de son parfum de fleurs.
Kyoko s'apprêtait à sonner à la porte quand elle s'ouvrit, laissant la place à la plus belle femme que Kyoko n'ai vu dans sa vie.
« Bienvenue, entrez les filles, je suis Julie, Kuu est en train de finir le repas. »
Un peu intimidées par la présence de cette mannequin de légende, les deux amies entrèrent dans la maison, et suivirent leur hôtesse dans le salon. La décoration était chic mais pas clinquante, on se sentait bien dans ce salon. Les filles prirent place dans un grand canapé recouvert de coussins, un peu gênées et empruntées. Julie leur sourit et s'assit en face d'elles.
« Kyoko Chan, Kanae Chan, je suis ravie de faire votre connaissance », dit-elle en japonais, puis elle se mit à rire et avoua que c'était à peu près tout ce qu'elle savait dire en japonais…
Son rire était communicatif et les filles se sentirent tout de suite à l'aise. Elles répondirent qu'elles étaient également ravies de faire sa connaissance. Kuu arriva de la cuisine, un tablier noué autour de la taille et un grand sourire aux lèvres. Il déclara que le repas était dans le four et que c'était enfin l'heure de l'apéro !
Julie insista pour s'en occuper, alors que Kuu enlevait son tablier et se jetait dans un fauteuil, elle sortit des verres et des jus de fruit. Puis elle disposa sur la table du guacamole et de la sauce salsa ainsi que des chips au maïs. Elle remplit les verres et ils portèrent un toast.
Kyoko était toujours impressionnée par le luxe de la maison et la beauté de Julie. Mais ses hôtes étaient si gentils qu'elle se détendit. Kuu discuta avec les filles de leurs projets et leurs donna moults conseils. Puis il interrogea Kyoko sur sa vie avec ses logeurs, lui demanda si elle avait un manager, bref tous les détails de la vie de sa fille adoptive l'intéressait. Kyoko parla avec enthousiasme de ses amis, elle parla aussi de Yashiro San et de Ren.
« J'ai adoré Dark Moon ! » S'écria Julie. « Ren san est vraiment trop chou. Est-il gentil dans la vraie vie ? »
Kanae rit en regardant son amie qui devenait toute rouge.
Kyoko bredouilla puis se reprit, « Tsuruga san est très gentil mais il peut être sévère. Il me prodigue de nombreux conseils et est d'une grande aide. J'ai vraiment de la chance qu'il soit mon sempai. »
Julie avait noté le blush de la jeune fille, mais ne fut pas surprise, qui pouvait résister aux charmes de son fils ? Elle aurait aimé en savoir plus sur la vie de Kuon au Japon mais ne voulait pas paraître déplacée et risquer de dévoiler l'identité de Ren.
Kyoko, plus à l'aise regardait autour d'elle, le salon était chaleureux et de grandes plantes amenaient des touches de fraîcheur. Cependant elle était surprise, elle ne vit aucune photo de Kuon. C'était étrange, en général les parents qui perdent un enfant gardent de nombreuses photos de lui. Évidemment il était hors de question d'aborder ce sujet ce soir.
Elle se concentra sur la discussion, Kanae était en train d'expliquer son nouveau projet. Julie avait aimé le livre et déclara qu'elle irait voir le film.
Kuu disparut un moment dans la cuisine et annonça que le repas était près. Julie et les filles mirent la table, Kyoko avait l'impression qu'elle connaissait cette jolie femme depuis toujours, elle ne s'expliquait pas pourquoi mais elle se sentait attirée par Julie. Elle aurait pu être une fée comme Corn…
Ils dinèrent joyeusement, Kuu leur racontait toutes les mésaventures qu'il avait pu avoir sur un plateau de tournage. Cela fit rire Kanae, mais Kyoko avait du mal à imaginer Kuu galèrer autant et pensa qu'il en rajoutait pour les faire rire. Ce fut un repas plaisant, les filles se sentait à l'aise, les Hizuri étaient vraiment charmants. Kyoko aurait aimé avoir des parents comme eux. Elle rougit à cette idée et regarda Julie. Oui Julie avait dû être une maman fantastique…
Après le repas, Kuu raccompagna les filles à leur hôtel, il était déjà tard et la circulation était fluide.
« Je serai sur le plateau demain. Voulez-vous vous joindre à moi pour le repas de midi ? », demanda-t-il.
Kanae s'excusa, car elle devait tourner jusqu'à 15h, mais insista pour que Kyoko passe du temps avec Kuu. Cette dernière accepta et promit de rejoindre l'acteur dans sa loge à midi. Quand elles furent dans leur chambre, Kyoko et Kanae ne tarirent pas d'éloges pour le couple qui les avaient si gentiment accueillies.
« J'ai l'impression d'avoir déjà vu Julie San quelque part », glissa Kyoko à son amie.
« Mooo, c'est une des plus grandes mannequins de tous les temps, tu as dû la voir dans des magazines ou dans des pubs. »
« Ça doit être ça… mais j'ai vraiment l'impression de la connaître depuis toujours. Bon allez il faut que tu dormes, tu ne peux pas arriver demain avec de grandes cernes sous les yeux. Bonne nuit Moko san. »
« Bonne nuit. »
Kyoko resta un moment éveillée, elle repensait à Julie. Elle l'avait déjà rencontrée, mais où ? Sur cette dernière pensée elle s'endormit profondément.
Kanae s'était préparée furtivement pour ne pas réveiller son amie. Elle lui avait écrit un mot et s'apprêtait à sortir quand Kyoko se réveilla.
« J'arrive, Moko San. Attends-moi », bailla Kyoko.
« Mooo tu vas me mettre en retard, dépêche-toi. »
Telle une tornade, Kyoko se rua dans la salle de bain, elle fut prête en trois minutes, au grand étonnement de son amie qui mettait toujours un temps infini à se préparer.
« Allons-y ! », dit Kyoko, « nous déjeunerons en route, le petit déjeuner est le repas le plus important de la journée ! »
Kanae soupira, rien ne pouvait convaincre son amie de sauter le petit déjeuner. Comme elles étaient en avance elles décidèrent d'aller se restaurer dans le café au coin de leur rue, le Angel café. En riant elles entrèrent dans le café quand soudain Kyoko se figea.
Sur le mur du café étaient peints des anges et un de ces anges était blond avec de grands yeux vert…
« Corn », s'écria-t-elle !
Kanae la regarda, surprise, et l'entraina sur une banquette.
« Qu'est ce qui se passe Kyoko ? Tu as l'air surprise ? »
« C'est cet ange », dit-elle en désignant le mur, « je le connais… mais c'est un secret car il vient du monde des fées. »
Kanae, habituée aux extravagances de son amie, ne dit rien mais fixa attentivement la peinture.
« On dirait Julie Hizuri en garçon », dit-elle.
« Julie San ! » S'exclama Kyoko, « oui bien sûr, c'est pour ça que j'avais l'impression de la connaître, elle ressemble à Corn. »
« Puis je prendre vos commandes ? », les interrompit la serveuse ?
Kyoko fixait toujours le portrait et Kanae demanda à la femme qui se trouvait devant elles.
« Qui est cet homme sur le mur ? »
« Lui, c'est Kuon, l'ange de l'apocalypse, aussi beau que bagarreur ! Il a disparu i ans, pourtant il était promis à un grand avenir ici ! »
« Kuon… Kuon Hizuri ? » Bredouilla Kyoko.
« Oui », répondit la serveuse, « le fils de Kuu et Julie Hizuri. Il a disparu après la mort de son meilleur ami, on pense qu'il s'est suicidé… »
Kyoko n'écoutait plus, elle avait tourné son visage vers la peinture du jeune homme. Non Corn était vivant, puisqu'elle l'avait vu à Guam. Mais s'il n'était pas une fée alors il n'y avait qu'une seule explication : Corn était devenu Ren Tsuruga.
Des larmes coulaient sur son visage sans qu'elle ne puisse les arrêter. Kanae la prit dans ses bras, ne comprenant pas pourquoi son amie pleurait. La serveuse, gênée, attendait et Kanae lui commanda deux petits déjeuners complets.
Quand elles furent seules Kanae interrogea son amie :
« Qu'est-ce qu'il te prend ? Tu le savais que leur fils était mort… explique moi ! »
Kyoko sécha ses larmes.
« Il n'est pas mort, il a disparu, mais je l'ai rencontré à Guam…. Mais il avait l'air triste, il a perdu son ami puis il a disparu. Tu sais Corn peux voler, quand on était enfants il me faisait des tours de magie, et… »
« Mooo, je n'y comprends rien, reprends dans l'ordre s'il te plaît ? »
« Quand j'étais petite, je pleurais souvent pour me cacher j'allais près de la rivière derrière le ryokan. Un jour j'ai fait la connaissance de Corn, il devait avoir 10 ans et était tellement beau que je l'ai pris pour une fée. Il a joué le jeu et nous avons passé deux semaines à jouer ensemble dans notre clairière. Quand il est parti il m'a donné une pierre magique qui absorbe la tristesse. De cette manière je n'ai plus jamais été triste longtemps.
L'hivers dernier j'ai dû me rendre à Guam pour ma mission dangereuse… je suis désolée mais je ne peux pas t'en dire plus. Et là j'ai retrouvé Corn, adulte ! Mais il a disparu en volant donc il est bien une fée.
Or corn est peint sur ce mur et est apparemment Kuon Hizuri, ce qui veut dire qu'il n'est ni un ange, ni une fée mais une personne réelle. Mais il n'est pas mort puisque je l'ai vu à Guam, il a juste disparu ou alors il s'est transformé… et je pense qu'il est devenu Ren Tsuruga. »
Kanae la regardait comme on regarde une folle. Ren Tsuruga ? Elle ne voyait pas le rapport ! Son amie était vraiment bizarre et c'était quoi son délire avec les fées ?
« Mooo, je sais que tu le kiffes, mais je ne vois pas le rapport avec Ren. »
« Corn et Ren sont la même personne », insista Kyoko, « regarde le dessin et imagine Kuon brun et avec des yeux marrons. Et si tu y réfléchis bien Ren san ressemble à Kuu. Tout fait sens ! »
La serveuse apporta leurs déjeuners alors que Kanae regardait le mur.
« OK, il y a un air… mais c'est un peu gros comme histoire… pourquoi aurait il fuit à Tokyo alors qu'il habitait Hollywood et qu'il voulait devenir acteur ? Ça n'a pas de sens. Peut-être sont-ils juste sosie ! »
Kyoko resta pensive quelques instants devant ses œufs brouillés fumant. La seule façon de savoir était de demander à Ren. Et elle avait promis de l'appeler ce matin. Elle en aurait le cœur net !
« Bon », dit-elle d'un ton résolu, « mangeons, et après je téléphonerai à Tsuruga San. »
Kanae regarda son amie et vit sa détermination, Ren allait passer un mauvais quart d'heure. Elle eut presque pitié pour le jeune acteur !
Ren s'était ouvert une bière en attendant le coup de fils de sa dulcinée. Affalé sur son canapé, il surfait sur internet pour trouver une idée de cadeau pour Kyoko. Il voulait lui acheter quelque chose pour décorer sa chambre et se demandait bien, à part les fées, quels étaient ses goûts en matière d'art.
Il lui avait envoyé un message pour dire qu'il était rentré chez lui, mais il savait qu'elle attendrait que Moko San soit sur le plateau avant de l'appeler. Il savait que Moko San l'avait à l'œil, Kyoko lui avait tout raconté mais elle continuait d'être distante avec lui. Lui en voulait-elle de monopoliser son amie ? Il ne voulait en aucun cas se mettre entre elles deux.
Son regard se fixa sur une photo d'une clairière, cela ressemblait à leur clairière, c'était une belle image Kyoko aimerait sûrement. Mais ne risquait-il pas de s'exposer ? Ren n'était pas sensé savoir que ce lieu existait… peut-être il était temps de lui dire. Mais il ne sentait vraiment pas prêt !
Son téléphone sonna et il failli le lâcher de surprise, il se redressa et décrocha.
« Bonsoir Mogami San, ou plutôt bonjour. »
« Bonsoir Corn », répondit Kyoko.
Ren sentit le sang quitter son visage et ses paumes devenir moites… il était dans un sacré pétrin. Qui lui avait dit ? Son père ? Sa mère ? Peu importait il fallait qu'il lui réponde quelque chose. Mais que dire à la femme que vous aimez quand elle découvre que vous lui avez menti… La gorge nouée, il ne pouvait parler. Le silence au bout de la ligne devenait étourdissant. Il se racla la gorge et dit d'une toute petite voix :
« Kyoko Chan, je suis désolé… »
Son cœur se brisa, elle allait le détester maintenant. Il avait fait pire que Sho Fuwa, elle ne lui adresserait plus jamais la parole. C'était fini. Il sentit les larmes sur ses joues et répéta :
« Kyoko Chan… »
« C'est tout ce que je voulais savoir. Bonne nuit. » Siffla-t-elle, enragée. Et elle lui raccrocha au nez.
Dans son grand studio, Ren pleurait comme un enfant même pour la mort de Rick il n'avait pas pleuré autant. Il sanglota longtemps puis, à court de larmes, il se calma. Que devait-il faire ? Il n'avait pas énormément de choix, il devait la voir pour lui expliquer. Il était 23h30 mais, faisant fi de toute bienséance, il appela Yashiro.
« Mochi mochi, Yashiro San, je suis désolée mais je dois partir pour Los Angeles… Euh…Maintenant en fait. Je suis vraiment désolé. A bientôt. » et il raccrocha.
Yashiro, en pyjama, regardait son téléphone d'un air sombre, il avait oublié de mettre des gants… Donc il était réveillé dans son sommeil, son protégé partait pour Los Angeles et il n'avait plus de portable… il soupira et se leva, il ouvrit son placard et sortit un portable neuf… heureusement qu'il pensait à tout ! Il mit ses gants, transféra la carte SIM et appela le président. Ren ne louperait jamais le travail que pour une seule personne… Kyoko.
Ren mis quelques affaires dans un sac, sortit son passeport et appela un taxi, il prendrait le premier avion pour Los Angeles. Il se sentait épuisé après toutes ces larmes, il se sentait brisé, jamais il n'avait ressenti cela lors de ses précédentes ruptures. C'est ce qu'avait voulu lui expliquer le président ? Quand on aime quelqu'un du fond du cœur, on est prêt à tout lâcher pour cette personne ?
Sans y croire il pianota sur le clavier de son téléphone.
« J'arrive, je te dois une explication. Je t'aime. Kuon. »
Il appuya sur envoyer et éteint son téléphone, son avion partait dans 40 minutes.
Les petits démons tournoyaient autour d'elle, une aura destructrice exfiltrait de chaque pore de sa peau, elle était furieuse ! Quel menteur ! Et il l'avait embrassée en plus…
Il était 11h et elle devait aller à la recherche du studio de Kuu, marcher la calmerait sans doute un peu. Elle devait annoncer à Kuu que son fils était vivant, comment Ren avait-il pu faire ça à ses parents, ils étaient si gentils ! Il était monstrueux !
Pour le moment c'était la colère qui la monopolisait mais elle savait que la tristesse et la honte de s'être de nouveau fait trahir la submergerait tôt ou tard.
Les studios étaient si grands qu'elle devait utiliser Google map pour se repérer, elle suivait la voix synthétique quand un message apparut sur son écran. Ren venait à Los Angeles… mais elle n'avait aucune envie de le voir. Il était pire que Sho ! Pourquoi lui avoir fait croire qu'il l'aimait pour ensuite la trahir cruellement ? Ce type devait être fou ! Et ses parents, comment pouvait-il supporter de les voir souffrir comme ça ? Non elle ne lui parlerait pas, elle lui rendrait son collier et ne voulait plus entendre parler de Ren Tsuruga.
Elle arriva sur le plateau de tournage avec 20 min d'avance et donna son nom à la sécurité, puis elle s'avança vers la scène et étudia le jeu de Kuu. Il était en train de tourner un film de guerre, il jouait le rôle d'un officier et portait un uniforme de la Navy… Kyoko trouva que ça ne lui allait pas du tout, mais il était convainquant.
Quand le clap de fin retentit, Kuu se dirigea directement vers elle. En s'approchant, il ressentit l'aura néfaste de la jeune fille et s'en étonna. Quelque chose n'allait pas ! Il la présenta à ses collègues et à son directeur. Kyoko sourit et déclama des politesses d'une manière très professionnelle mais Kuu sentit que la jeune fille était perturbée. Aussi il l'entraina vite dans sa loge pour l'interroger.
« Que ce passe-t-il Kyoko Chan ? Tu as l'air ulcérée ! »
Kyoko baissa la tête, ce qu'elle s'apprêtait à dire aller être choquant pour Kuu.
« Ren Tsuruga est Kuon », dit-elle dans une voix pleine de rage. « Il est vivant ! »
Kuu soupira, comment avait-elle réussi à faire le lien ? Avec Julie, ils avaient pris soin de retirer toutes les photos de Kuon… Cette fille était trop maline ! Il la fit assoir et lui toucha l'épaule.
« C'est une longue histoire Kyoko Chan… Tu as raison Ren est mon fils et je ferai tout pour le protéger. Je suis désolé de t'avoir menti. »
Kyoko était perdue, Kuu savait ! Mais alors, leur entrevue dans les locaux de la télévision, ils avaient réagi comme s'ils ne se connaissaient pas. « Maudits acteurs ! », pensa-t-elle. Kuu paraissait plus âgé tout d'un coup et Kyoko compris que ce qu'il avait à lui dire lui pesait.
« OK, soupira-t-il, je me change et on va manger. Je ne peux pas te raconter tout ça le ventre vide. »
Il lui sourit mais le cœur n'y était pas. Kyoko sortit l'attendre devant sa loge tandis qu'il se changeait. Elle ne comprenait plus rien… Elle se sentait anesthésiée sous le choc et la surprise. Kuu sortit et l'entraina dans sa voiture. Kyoko se laissa guider comme une automate depuis ce matin son cerveau était en ébullition. Peut-être que Kuu avait raison, un bon repas la remettrait sur pied, pourtant elle était sûre de ne rien pouvoir avaler.
« Par quoi commencer, comme je te l'ai déjà dit, il s'agit d'une affaire compliquée », dit Kuu d'une voix songeuse.
Ils étaient attablés sur une terrasse et parlait en japonais pour être tranquilles. Sans même demander son avis à la jeune fille Kuu avait commandé des plats pour elle. Elle était en état de choc, si elle avait été majeure il lui aurait aussi pris une boisson alcoolisée, elle semblait en avoir besoin.
« Dès son plus jeune âge Kuon a décidé de devenir acteur comme moi, et il était doué. Il a tourné dans de nombreux spots publicitaires et séries avant même ses 10 ans. »
Kyoko pouvait entendre la fierté de Kuu pour son fils, comme elle l'avait presenti au Japon Kuu, était un papa poule !
« Bref tout semblait aller pour le mieux avec notre fils, il travaillait bien à l'école, il travaillait son jeu d'acteur et nous n'avons rien vu venir…
Kuon était victime de harcèlement et était très seul. Il était le « fils de » et ça lui a porté préjudice. Il était aussi métis et de ce fait victime de racisme. Bref Julie et moi ne nous sommes doutés de rien mais Kuon était très malheureux. Son seul ami, Rick avait 5 ans de plus que lui, ils se sont rencontrés sur un tournage, Rick était cascadeur.
Je suppose que Rick considérait mon fils comme un petit frère car il lui donnait des conseils pour se défendre. Kuon avait appris les arts martiaux dès son enfance, aussi il fut vite capable de se battre et c'est comme ça que les problèmes sont arrivés.
D'abord il y avait ces bleus sur son corps ou ses lèvres tuméfiées puis ses absences nocturnes et finalement les bagarres ouvertes dans les rues d'Hollywood. Mon adorable fils était devenu un ange vengeur…
Un soir, alors que Kuon se battait, Rick a essayé de le stopper… et dans la poursuite il s'est fait renverser par une voiture. Il est mort sur le coup. »
Kuu repris son souffle et baissa les yeux et la voix.
« Kuon s'est laissé mourir, il ne mangeait plus, ne réagissait plus… mon fils était un zombi. J'ai appelé Boss, pardon Lory San, à l'aide. Il a proposé à mon fils de reprendre sa vie à zéro et l'a emmené au Japon. C'est comme ça qu'est né Ren Tsuruga. Kuon n'a jamais remis les pieds à Los Angeles depuis… »
Une larme coula sur le visage de Kuu, son assiette froide devant lui était intacte. Kyoko le regardait un peu gênée. Finalement c'était le secret de Ren, okay il lui avait menti, mais il avait une bonne raison. La colère qui l'habitait avait fait place à la pitié. Alors comme ça Ren aussi avait eu une enfance difficile… cela leur faisait un point commun.
Kuu reprit la parole, « évidemment tout ceci est top secret, Kuon a travaillé trop dur pour se faire un nom par lui-même. J'espère que tu comprends ! »
Elle hocha la tête. Puis elle regarda Kuu, se leva et lui mit la main sur l'épaule. Dans un murmure elle déclara :
« Kuon est dans l'avion, il vient à Los Angeles. »
« Mooo, je commençais à m'inquiéter, tu ne lis jamais tes messages ? »
Kanae paraissait vraiment inquiète mais quand elle vit le visage défait de son amie elle se radoucit.
« Viens, on rentre, j'ai besoin d'une bonne douche et après tu me raconteras tout. Ça va aller Kyoko ? »
Kyoko leva les yeux vers son amie, c'était la première fois que Moko San l'appelait par son prénom seul. Elle lui sourit, heureuse d'avoir son amie près d'elle. Elle pensa à Ren qui était si seul, avait-il seulement dit son secret à Yashiro San. Elle en doutait, Yashiro ne connaissait même pas son prénom.
Une fois dans la chambre, Kyoko s'effondra sur son lit, vidée de toute énergie. Quand Kanae sortit de la douche, les cheveux dans une serviette, elle s'assit près d'elle et lui dit.
« Tu avais raison n'est-ce pas ? Ren est Kuon Hizuri. »
« Hmmm »
« Ça veut dire oui ou non ? Moo, remue-toi et dis-moi tout. »
« Oui le vrai nom de Tsuruga San est Kuon et son histoire est tragique. J'étais si en colère contre lui mais maintenant je ne sais plus. »
« Il t'aime », murmura Kanae, « ça c'est vrai. La façon qu'il a de te regarder quand il pense être seul… il t'aime vraiment. »
« Hmmm »
« Tu es pénible de parler dans le coussin, je ne t'écoute plus. »
« Pardon Moko San, je disais juste que… que… que… »
« Que quoi ? »
« Je l'aime aussi ! »
« Alors quand nous rentrerons au Japon va lui parler, et tout s'arrangera. En plus ses parents t'ont déjà adoptée ! Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes… »
« Il est dans l'avion, oh mon Dieu, il faut que je lui dise que nous venons le chercher… » Et elle partit à la pêche au téléphone portable dans son sac. Le téléphone dans les mains elle se mit à écrire puis à effacer, puis à réécrire pour de nouveau tout effacer. Kanae excédée lui arrache le téléphone des mains.
« Nous venons te chercher à l'aéroport avec tes parents. Je t'aime. Kyoko. »
« Voilà c'est parfait, envoie-le maintenant ! » Kyoko était sidérée par les actions de son amie, elle relut le texto, regarda Kanae qui l'encourageait de la tête et appuya sur envoyer. Elle se jeta de nouveau sur son lit et Kanae lui chatouilla les pieds.
« Va prendre une douche, tu as une tête horrible ! S'il te voit comme ça il va reprendre l'avion pour Tokyo directement… »
« Hmmm »
Kanae lui jeta un coussin sur la tête en riant, puis alla se sécher les cheveux.
Quand il ralluma son téléphone, Ren avait 24 messages non lus… Principalement de Yashiro San. Mais il y avait aussi un message du président et un de sa mère. Enfin il y en avait un de Kyoko.
La peur au ventre il l'ouvrit, lut et sourit. Elle l'aimait encore, tout n'était pas fini. L'espoir renaissait dans son cœur. Il rangea son téléphone dans sa poche sans même lire les autres messages et se dirigea vers les toilettes les plus proches.
Après s'être lavé les mains, il retira ses lentilles de contact déjà ça n'allait pas être facile d'expliquer aux douaniers qu'il avait changé de couleur de cheveux, alors autant que la couleur de ses yeux matche avec la photo de son passeport….
Sans ses lentilles il se sentait à mi-chemin entre Ren et Kuon… « Je deviens schizophrène », se dit il en sortant des toilettes pour aller passer la douane. « Je devrais peut-être révéler qui je suis au monde entier… »
Contrairement à ses craintes il passa la douane sans difficultés, son bagage sur l'épaule il sortit enfin dans le hall des arrivées et son cœur s'arrêta.
Elle était là, belle comme une fleur dans une petite robe d'été, entourée de son père et de sa mère.
Il aurait aimé la prendre dans ses bras et l'embrasser comme dans les films mais il était en sursis et s'approcha doucement. A sa grande surprise c'est elle qui se jeta dans ses bras en pleurant.
« Corn », dit-elle en enfouissant son visage plein de larmes dans son T-shirt.
« Ma petite Kyoko, je suis vraiment navré. Je t'aime ! »
Kyoko recula et Ren alla embrasser ses parents. Julie pleurait aussi et Kuu la serrait contre lui et leur fils. Ren réussi à s'extraire des bras parentaux pour attirer à eux Kyoko.
« Papa, Maman, je vous présente ma petite amie. J'espère qu'elle vous plaira. »
Ku attrapa alors toute sa famille dans ses grands bras pour un énorme hug familial.
« Elle nous plaît déjà », dit-il en souriant.
