Hello everyone !
Ça faisait une éternité que je n'avais pas publié ici. Toutes mes excuses !
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Petit blabla inutile : Pour une fois ce texte sera un two-shots. J'avais peur que ce soit un peu trop long et indigeste sinon. La deuxième partie est déjà écrite et est en relecture/modification/décantation.
Comme d'habitude ce texte peut être lu parfaitement indépendamment des autres chapitres du recueil.
Bonne lecture et on se donne rendez-vous d'ici trois semaines, un mois pour la partie 2 !
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Black out
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Douze ans de souffrance sourde et transperçante.
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Douze ans de froid, de grelottements que rien ne venait arrêter, d'entrailles tordues, serrées sans qu'il n'ait faim pour autant… il n'avait jamais faim… Douze ans de cauchemars, de hurlements qu'il tentait de retenir, d'ongles plantés dans sa peau, de morsures qu'il s'infligeait pour souffrir d'ailleurs… sentir son corps et non plus sa tête… son esprit violé en permanence… Douze ans d'obscurité, de barreaux, de murs semblant chaque jour se rapprocher un peu de lui pour l'écraser et d'air vicié qui ne faisait que traverser ses poumons sans jamais l'oxygéner. Avait-il seulement un jour respiré ?
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Douze ans en leur présence, à les deviner à ses côtés, à les entendre hurler, gémir et jurer, à être traité comme s'il était le pire d'eux tous, alors qu'il avait tant fait pour s'en différencier, qu'il avait tout sacrifié pour ne pas devenir l'un des leurs. Il ne les connaissait pas tous, mais il y avait Bellatrix qui était passée devant sa cellule en riant aux éclats et qu'il entendait encore beaucoup trop souvent. Son rire s'était brisé et s'il avait toujours paru dissonant aux oreilles de Sirius, il avait maintenant pris des accents déments.
Il y avait Travers qui sanglotait si souvent dans la cellule juste à côté de la sienne, implorant dans ses cris déchirés ses parents, Voldemort ou même Yaxley de venir le sauver.
Il y avait eu Barthemius Croupton, qui avait été son autre voisin. Lui aussi avait beaucoup pleuré, appelant sa mère dans ses rêves torturés… Plus que ceux de n'importe qui d'autres, c'étaient ces pleurs-là qui avaient brisé le cœur de Sirius. C'était donc à cela que ressemblait l'amour dans une famille… la déchirure et la supplication qu'il entendait dans la voix du jeune homme qui hurlait à côté de lui… C'était donc cela qu'on ressentait quand votre mère vous avait aimé, protégé et que vous aviez cette foi en elle : qu'elle avait le pouvoir de vous sauver de tout, même de l'enfer le plus obscur. Lui n'avait personne à appeler dans ses cauchemars, personne qui pourrait venir le sauver…
Oui, il y avait eu Barthemius Croupton, mais cette voix s'était tue. Il y a si longtemps déjà.
Il y avait Augustus Rookwood. Ils l'avaient installé dans la cellule en face de la sienne. Il avait résisté deux jours, il avait tenté, de se tenir droit, de retenir ses cris, de ne pas bouger quand les Détraqueurs passaient, de proclamer qu'ils ne l'auraient pas, qu'il tiendrait jusqu'au retour de leur maître. Il avait tenté. Mais ils l'avaient brisé lui aussi, presque aussi facilement que les autres. Cela faisait des années maintenant qu'il se tenait juste assis dans sa geôle ne bougeant presque plus, ses grands yeux noirs fixés sur Sirius, mais sans jamais le voir. Il ne savait pas si tous les autres prisonniers avaient le même regard que lui, un regard vide, obsessionnel, uniquement rempli de douleur. Le baiser du Détraqueurs vous enlevait définitivement votre âme, mais en voyant les yeux fixes et désertés de Rookwood, il se demandait si elle ne les quittait pas tous petit à petit à chaque jour passé ici. Il se demandait si, malgré sa lucidité plus importante que celle des autres prisonniers, la sienne ne s'évaporait pas aussi lentement.
Il y avait Rodolphus et Rabastan. Il ne les avait pas vus, mais il les sentait quand il se transformait. Et il entendait. Il entendait tout le monde… Dolohov, Rowle… Aucun n'était parfaitement silencieux… Mêmes leurs voix étaient prisonnières de ces lieux, elles se contentaient de résonner à l'infini sur les pierres froides, sans jamais s'échapper.
Parce qu'ils étaient là eux aussi. Immenses spectres gelant tout ce qui tentait de quitter ces lieux, les larmes, les cris et surtout les rêves.
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Douze ans de leur présence… constante, asphyxiante. Ils ne lui laissaient presque aucun répit, venaient à chaque heure, chaque minute du jour et de la nuit, passant sans relâche devant sa cellule, se nourrissant avec avidité de tout ce qu'il avait été, aspirant son bonheur, ses années lumineuses, le moindre souvenir avec ses amis. Ils engloutissaient tout sans aucune considération, le laissant toujours haletant, gémissant et désespérément seul avec ses regrets pour unique compagnie.
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Ses regrets et sa haine.
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Personne, pas même les Détraqueurs, ne pourrait la lui enlever. Elle s'était incrustée en lui, se forgeant douloureusement et violemment une place dans son cœur en cette horrible nuit du 31 octobre. Elle avait flambé en un instant, lui ôtant toute capacité de réflexion. Le brasier n'était jamais retombé. Cette haine s'était installée, nichée dans son être, collée à ses os, plantée dans ses muscles, creusant son trou dans sa tête, rampant sous sa peau, le nourrissant et le maintenant en vie bien plus efficacement que les maigres bout de pain qu'on jetait parfois dans sa cage. Elle avait trouvé sa place en lui si facilement qu'il se demandait parfois s'il n'avait pas juste réveillé une partie dormante de son être.
Souvent, les Détraqueurs passaient, faisaient ressurgir toute sa douleur et pendant quelques instants, il n'était que sanglots.
Mais toujours dans ses pleurs, la vision du cadavre de James, immobile et déjà froid dans ses bras, s'imposait. Et inévitablement, avec la déchirure que lui causait toujours cette vision, sa haine flambait de plus belle.
Contre Voldemort bien sûr. Il l'aurait tué à mains nues s'il avait eu la moindre chance de réussir.
Contre Peter encore plus.
Il l'avait aimé pourtant, il y a si longtemps… Il avait ri avec lui, avait partagé ses doutes et espoirs, avait pleuré dans ses bras, et avait partagé tant de joies, tant de sourires, tant de chamailleries, d'échanges complices… tant de souvenirs heureux qui inévitablement étaient aspirés sans pitié par les Détraqueurs, insatiables. Disparu le bonheur qui ne pouvait exister dans cette prison et ne restait que sa haine, qui elle seule arrivait à le réchauffer un peu dans cet enfer gelé.
C'était son seul point commun avec ses voisins de cellule d'ailleurs : la haine contre Peter qu'ils ressassaient eux aussi dans leur sommeil, le maudissant et le menaçant de mille morts, lui qui en envoyant Voldemort chez les Potter leur avait volé leur victoire.
Ce n'était pas comparable.
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En une nuit, Peter lui avait arraché toute son existence, l'avait anéanti, réduit à rien.
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Oui douze ans d'enfer. Mais autant de temps à se dire qu'il n'avait pas le droit de renoncer. Parce qu'il l'avait promis. Il avait juré de s'accrocher et de continuer même si le pire devait arriver.
Bien sûr, le pire qu'il s'imaginait à l'époque n'avait jamais atteint l'horreur de cette réalité.
Mais tant pis, il l'avait promis. Ils l'avaient tous promis d'ailleurs. Et tant pis si l'un d'eux avait brisé tous ses serments, il devait tenir. Tout comme il devinait que là-bas, en dehors de cette brume et de cette tempête éternelles, Remus s'accrochait aussi malgré sa tristesse et sa solitude.
Il l'avait promis et il ne brisait jamais ses promesses. Surtout celles qu'il leur avait faites. C'était tout ce qu'il leur devait, la seule chose qu'il pouvait faire pour tenter d'oublier qu'il les avait laissés tomber, qu'il avait failli, qu'il aurait dû deviner et que jamais, non jamais, il n'aurait dû leur dire que tout irait bien.
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Alors il était obligé de résister, parce que c'était la seule chose qu'il pouvait encore faire pour honorer leur mémoire.
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Même si tenir, voulait dire s'accrocher, rester lucide, garder une conscience aiguë de cette souffrance et de cette horreur, continuer à manger alors qu'il n'en avait plus envie depuis douze ans. Lutter pour garder son esprit le plus vif possible. Lutter pour ne pas sombrer dans cette folie qui emportait trop lentement, mais sûrement, chacun de ses voisins de cellules. Lutter pour rester en vie, pour rester digne… Même si cela voulait dire rester encore cinquante ans dans ce tunnel sombre et sans lumière au bout à laquelle se raccrocher.
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Il tenait même si cela ne servait rien, même si personne ne le saurait jamais. Il avait décrété que jusqu'à sa mort, ils n'arriveraient pas à le briser. Il s'éteindrait seul, détesté ou oublié, mais en sachant que pour James et Lily, jamais il n'aurait cédé !
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Douze ans de résignation, à se contenter d'être en vie parce qu'il le fallait.
Douze ans à tenter de se donner l'illusion d'une routine, à essayer de dormir parfois pour rythmer les heures. À se transformer pendant les pleines lunes pour soutenir Moony. À guetter à travers sa maigre ouverture sur l'extérieur, tentant de percer le secret des nuages pour déterminer la succession des jours, à les graver dans la pierre, en s'usant sans relâche les griffes, pour ne pas avoir à le noter dans sa peau. À ne pas rester en permanence sous sa forme apaisante de Patmol, à rester humain, la plupart du temps, même s'il souffrait, juste pour ne pas devenir un animal. À faire comme s'il n'était pas recouvert de vermines, moins bien traité qu'une bête, condamné à vivre enfermé au milieu de ses excréments. Douze années à se convaincre qu'ils pouvaient le forcer à vivre dans n'importe quelles conditions, ils ne lui voleraient pas sa dignité. Même s'il pleurait parfois. Même s'il lui arrivait si souvent de vouloir que tout s'arrête.
Même s'il devait parfois se mordre les lèvres jusqu'à saigner pour résister à la tentation de se frapper la tête contre les murs pour effacer James et Lily qui apparaissaient sans cesse, comme s'ils étaient imprimés sur ses rétines.
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Douze ans à prétendre.
Mais sans voir aucune issue.
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Douze ans, avant qu'enfin une étincelle ne vienne rallumer immédiatement tous ses espoirs éteints il y a bien longtemps. Son brasier de haine et de souffrance reprit immédiatement, bien plus fort, bien plus destructeur et rien ne pourrait plus l'arrêter maintenant qu'il savait.
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Il ne savait même pas exactement ce qui l'avait poussé à s'adresser au Ministre, peut-être réellement l'ennui et l'idée absurde qu'il pourrait faire des mots croisés dans cette prison.
Peut-être simplement, le défi, l'envie irrésistible de lui prouver qu'il ne sombrait pas ; l'esprit de provocation qu'on lui avait si souvent reproché mais qui était part entière de son être, cette force en lui qui l'avait poussé pendant des années à planter son regard bien droit et plein de superbe dans celui sévère de Maugrey, quand il venait déposer des prisonniers. Simplement pour qu'il y ait des gens sur terre qui le sache, que Sirius Black était toujours vivant, toujours aussi orgueilleux et fier. Mais Maugrey ne venait plus depuis longtemps, et le regard de Cornelius Fudge était bien moins dur à soutenir. Fol-Oeil, il se contentait de le fixer, c'était déjà bien assez dur, il n'avait plus assez de forces pour faire plus, mais les autres - les gardiens, les Aurors et encore plus Fudge - il avait ce besoin de les provoquer. Pour le plaisir de lire la surprise dans leur regard.
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Ça n'avait pas raté. Il avait lu l'étonnement mêlé de peur dans les yeux du Premier ministre.
Cela aurait presque pu lui suffire et il avait failli jeter ce journal sans prendre la peine de le lire. Pourtant même douze années enfermé ne l'avait pas privé de sa curiosité maladive, de son envie de tout savoir, alors s'asseyant dignement dans sa cage il avait lu cette Gazette. Il s'était étonné de cette sensation du papier, de ces photos qui s'animaient, des mots qui défilaient sous ses yeux s'émerveillant presque d'être toujours capable de les lire.
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Ainsi donc la vie avait continué de l'autre côté de cette mer déchaînée. Il l'avait toujours su, sans jamais réellement le réaliser. Il s'attristait d'avoir mal à cette constatation, le monde avait continué à tourner, sans lui, sans se soucier de son absence et cela le faisait souffrir. Il vivait dans l'antichambre de l'enfer, il pensait avoir connu toutes les douleurs et pourtant il avait juste mal à l'idée que Celestina Moldubec, qu'il n'avait jamais appréciée, ait continué ses concerts pendant que lui croupissait en prison.
Chaque page tournée lui arrachait un regret de plus, lui rappelait un souvenir de sa vie d'avant... Il oubliait parfois qu'il y avait vraiment eu un avant... Quand il se réveillait brutalement d'un sommeil qui n'était jamais reposant, quand le désespoir des Détraqueurs le submergeait, il avait cette sensation que toute sa jeunesse n'était qu'un songe, une pâle tentative de son imagination d'inventer un passé où il avait été heureux. Une maigre sensation vite évaporée dans une brume persistante. Seule sa douleur était réelle.
Sa douleur et sa haine.
Patmol avait été jusqu'à présent la seule preuve qu'il ait trouvée pour rester convaincu que sa vie d'avant avait existé. Sans Remus, Patmol n'aurait jamais eu de raison d'être.
Et voilà que pour la première fois depuis douze ans il tenait entre ses mains la preuve matérielle qu'il n'avait rien inventé, que le monde en dehors de cette prison existait bien, que la vie ne se limitait pas au brouillard, l'orage, la mer grondant contre les murs et les Détraqueurs. Alors oui, chaque page tournée lui arrachait un regret de plus, mais il lisait quand même. C'était sa manière de tenir.
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Et puis la rupture, le réveil.
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Une nouvelle page, une nouvelle photo pleine d'agitation qui attira immédiatement son regard et son cœur qui accéléra immédiatement, envoyant le sang battre si fort dans ses tempes qu'il aurait pu s'évanouir. Sa poitrine était prête à exploser, ses jambes se firent cotonneuses et ses mains, serrées à en blanchir sur le papier, tremblaient de manière incontrôlable. Il l'avait reconnu dès le millième de seconde où son regard avait effleuré la photo. Il l'aurait reconnu entre mille. Le doigt manquant n'est qu'une confirmation de ce qu'il sait déjà.
C'est lui.
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Savourant tranquillement des vacances en Égypte. C'est lui.
Caché au milieu de cette famille Weasley. C'est lui.
Vivant ainsi, visible aux yeux de tous. C'est lui.
L'infâme traître, le lâche, le fourbe qui a réussi à le piéger et à tous les berner. C'est lui.
C'est lui et enfin il retrouve sa trace.
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Luttant contre la fébrilité qui s'était emparée de lui et contre la rage qui lui ordonnait de se saisir de cette photo, de la réduire en boule, de la déchiqueter, de l'anéantir, il se força à respirer lentement pour reprendre le contrôle de son corps. Cette photo n'était rien, s'acharner sur elle ne servirait à rien, il ne pourrait pas la faire souffrir, il ne pourrait pas lire dans ses yeux les regrets et la terreur. Cette photo n'était rien. C'était Peter qu'il voulait, c'était lui qu'il devait anéantir. Quelques nouvelles respirations lentes et son regard gris prit une teinte métallique. Il avait attendu ce moment pendant douze ans.
Lentement, il se pencha enfin sur le texte de l'article.
Ses yeux effleuraient les mots sans vraiment les croire, sans réellement les comprendre. L'article parlait de concours, d'Égypte, de voyage… De famille… C'était donc là qu'il se terrait tout ce temps… Il avait poussé sa lâcheté jusqu'à ce point, il avait renoncé à sa forme humaine. S'était-il vraiment réduit au rang d'animal de compagnie ?
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Faible et détestable Peter.
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Il lâcha l'article quelques secondes pour revenir sur la photo, il observa l'adolescent qui le tenait dans ses mains. Pauvre enfant à l'air si innocent, comment réagirait-il en apprenant qu'il tenait là l'un des plus grands meurtriers d'Angleterre ?
Sirius n'était pas vraiment inquiet pour lui… Peter ne lui ferait rien, il n'avait rien fait pendant douze ans. Il n'agira que quand l'intérêt qu'il y trouvera sera plus grand que sa peur.
Faible et détestable Peter.
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Il reprit sa lecture et son sang se glaça d'appréhension devant ce qu'il y découvrit. Retourner à Poudlard. Poudlard où se trouvait Harry.
Son Harry…
Harry qui était justement la seule personne pour laquelle Peter pourrait se décider à quitter sa misérable vie de rat. Capturer ou tuer Harry et le livrer aux fidèles de Voldemort encore bien trop nombreux à l'extérieur de ses murs, voilà la seule raison pour laquelle Peter pourrait renoncer à sa tranquillité.
Il le côtoyait au quotidien, sans que quiconque ne puisse se méfier. Harry était en danger !
Lui seul connaissait la vérité. Lui seul savait que ce traître était en vie et en liberté. Lui seul, cloîtré, étouffé entre ces quatre murs étroits.
Soudainement, après douze années de vide, de rien, il retrouvait enfin une raison de se rebeller, une raison de sortir d'ici.
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Il devait retrouver Peter et le tuer. Pas par vengeance. Simplement pour protéger Harry.
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Il était à Poudlard.
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Cette ordure osait être à Poudlard.
Ce lâche avait tout de même eu le courage de retourner là-bas et d'y vivre ; dans cette école, leur havre de paix, ce lieu témoin de leur rencontre, de leur amitié, de tous leurs souvenirs heureux… de tout ce qu'il avait trahi, souillé, réduit en miettes.
Remus se dépérissait sûrement seul dans son coin, lui était enfermé oubliant petit à petit tout ce qu'il avait été et Peter dormait chaque jour dans le château, voyait les banquets dans la Grande Salle, pouvait se rendre dans le dortoir où ils avaient vécu tant de choses.
Il en aurait vomi si son estomac n'avait pas été aussi vide, tordu et faible depuis tant de temps.
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Faible et détesté Peter.
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Il avait réussi à se contrôler pendant un moment mais la douleur et la rage finirent par être plus fortes. Le journal fut froissé, plié, déchiré, saccagé. Pour une fois, il avait autre chose que son propre corps sur lequel se défouler. Il était fébrile et tremblait de tout son corps. Il avait froid… mais pas le même froid que d'habitude. Il se sentait en même temps gelé et brûlant de l'intérieur, comme s'il avait de la fièvre.
Un Détraqueur s'approcha rapidement, comme attiré par la noirceur et la fureur qui se dégageait de lui à ce moment.
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Brutalement, tout se mélange et tout s'aspire. Lily et James dansent devant ses yeux, vides et éteints. Des larmes s'échappent comme d'habitude de ses yeux tandis que sa respiration s'accélère.
« Pardon, pardon, échappe-t-il dans un gémissement. Pardon de vous avoir abandonné. Pardon mais je le retrouverais et je le tuerais. Il est à Poudlard. »
Il le sait. Il le sait pourtant qu'ils ne sont pas réels, qu'ils ne sont plus là. Qu'il ne s'agit que de vagues fantômes, de grotesques déformations, les pâles hallucinations que son esprit torturé ne peut oublier. Il le sait pourtant. Il ne devrait pas leur parler. Il ne devrait pas se tendre comme cela pour essayer de les toucher. Et il ne devrait pas gémir, il devrait lutter.
Mais il a juste la force de se rouler en boule, de pleurer et d'espérer que ça passera, que les grands yeux sombres et éteints de James arrêteront de le fixer, que Lily perdra cet air de peur sur son beau visage figé.
Le Détraqueur s'éloigne un peu mais ses tremblements ne se calment pas. Il y a juste sa détermination qui flambe de plus belle.
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Les jours s'enchaînèrent avec leur insupportable lenteur et leur lot de souffrance. Il ne pensait plus que c'était possible mais il perdit encore plus l'appétit, son agitation ne s'arrêtait plus, ses cauchemars étaient pires que jamais. Peter était partout, il croyait parfois le voir tapi dans l'ombre de sa cage, il envahissait chacun de ses rares instants de sommeil, il rongeait chacune de ses pensées.
Il pensait avoir trouvé une raison de plus de lutter et il réalisait au contraire que cette découverte le tuait encore plus, lentement, à petit feu.
Il devait partir d'ici. Il l'avait envisagé bien sûr… mais s'enfuir comment et pour quoi ? Pour quelle vie ? Quel intérêt aurait-il eu à partir sans pouvoir prouver son innocence, quelle existence l'aurait attendue ?
Mais maintenant c'était différent, maintenant il avait un but. Il devait s'enfuir. Et tant pis s'il se condamnait à une vie d'errance sous la forme d'un chien, il devait aller protéger Harry.
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S'enfuir oui.
Mais comment ? Comment pouvait-il y arriver là où personne n'avait réussi avant lui ?
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La question était purement rhétorique. La part d'orgueil en lui que rien ni personne n'arriverait à éteindre s'en savait capable. Il avait réussi à devenir Animagus à quinze ans sous le nez de son directeur. Il avait réussi à créer la carte du Maraudeur. Il avait toujours réussi brillamment sans réel effort. Il se savait intelligent.
Et même s'il ne disposait d'aucun moyen pour faire de la magie, même s'il était seul, faible et démuni, il y arriverait.
Parce qu'il refusait d'échouer et plus que son intelligence ou son talent en magie, c'était sa volonté qui l'avait toujours porté.
Enfin, ce serait tout de même plus facile si les Détraqueurs pouvaient le laisser un moment, s'il pouvait avoir du répit, si ses pensées pouvaient cesser de s'embrouiller ainsi sans cesse. S'il pouvait réfléchir sans ce brouillard permanent dans son esprit. Il savait qu'il était bien moins fou que tous ces voisins de cellule… il n'était pas à cent pour cent lucide pour autant.
Mais il devait s'enfuir, alors il y arriverait.
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Il s'approcha de ces barreaux et les fixa avec rage et détermination, il était d'ailleurs presque étonnant que son regard seul ne suffise pas à les faire disparaître tant il les toisait intensément. Il s'approcha lentement et les serra à s'en faire blanchir les phalanges et appuya sa tête dessus. De simples barreaux de métal qui suffisaient à briser tous ses espoirs. Ceux de sa cellule seront les plus faciles à franchir, sous sa forme de Patmol il pourra se faufiler dans le couloir pendant le court instant où les Détraqueurs ouvrent sa cellule pour poser son repas. Ils ne le verront même pas partir. Mais ensuite il se souvenait qu'il y avait des grilles dans le couloir que les Détraqueurs ne franchissaient quasiment jamais, seuls les gardiens ou les Aurors qui passaient les ouvraient. De simples barreaux de métal à franchir et ensuite il serait libre.
Libre avec une mer en furie et rugissante à traverser. Mais ce n'était pas grave, cette partie n'était qu'un détail, une réalité bien plus lointaine, bien moins importante que ses barreaux de métal qui l'étouffaient presque aussi efficacement qu'une main qui enserrerait son cou. Il s'appuya de plus en plus fort, comme si cela pouvait suffire à les renverser.
Il réalisa soudain que son front passait presque entièrement dans l'espace étroit. Dans ses souvenirs les grilles dans les couloirs étaient plus larges, Patmol passera sans difficultés. Il a tellement maigri ses dernières années et Patmol bien qu'immense a toujours été plus fin et anguleux. Il suffisait qu'on lui ouvre cette cellule et ensuite il serait libre. La prison la plus dangereuse du monde sorcier et il allait pouvoir s'en échapper simplement parce qu'il avait maigri !
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Sans même réfléchir, il laissa échapper son rire tonitruant. Il allait s'enfuir d'ici parce que les Détraqueurs était aveugles et qu'il était maigre ! Son rire incontrôlable résonna entre les murs et dans ce lieu de cris et de désespoir il sonnait comme un sacrilège.
C'était pour cela qu'il ne le retint pas, pour le plaisir de se dire qu'un rire joyeux aurait résonné dans Azkaban.
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Un Détraqueur arriva immédiatement, vautour spectral attiré par ce bonheur qui entachait cette prison. Le bonheur ne devait pas exister dans ces lieux. Deux, trois autres arrivèrent en même temps pour aspirer cette manifestation de joie incongrue.
Cette fois-ci Sirius les affronta sous sa forme humaine, debout, bien droit et en braquant sur eux ses grands yeux gris qu'ils ne pouvaient voir, mais qui flambaient de détermination. Ils ne pouvaient lui arracher cette idée, ce n'était même plus une idée heureuse, car il savait ce qui l'attendait, la misère, l'errance, la solitude et la mort de Peter.
Personne ne le croira, personne ne l'attendait là-bas, pas même Remus qu'il avait tant blessé et qui ne pourrait sûrement jamais lui pardonner. Alors oui, comme d'habitude, ils ne pouvaient le briser, car ils ne pouvaient aspirer ses pensées. Sa rage s'embrasa de plus belle tandis qu'il s'efforçait de rester droit. Ils ne pouvaient le détruire et avaler ce qu'il était, mais il avait froid tout de même, le souffle court et l'impression que son crâne allait exploser. Ils ne pouvaient le briser, mais il voulait quand même que cela s'arrête et qu'il puisse respirer à nouveau.
Les secondes se traînaient comme des heures. Il refusait de renoncer, de s'agenouiller, de se transformer. Il voulait tenir et même si les Détraqueurs s'obstinaient il ne cédera pas, au moins une fois, avant de partir, il voulait pouvoir dire qu'il les avait affrontés debout, même s'il vacillait.
Il avait appuyé son front contre les barreaux pour garder la force de soutenir leurs visages sans faces. Comme d'habitude toutes les douleurs de son existence dansaient devant ses yeux résolus. Il était à nouveau l'enfant frappé, enfermé, pleurant, implorant qu'on vienne l'aider, il revoyait le regard méprisant et furieux de son père chaque fois qu'il revenait de Poudlard, les hurlements de sa mère, les regards douloureux de Regulus et les disputes de plus en plus nombreuses entre eux. Il revoyait la trop petite tombe en pierres blanches et les dates bien trop rapprochées, ce frère qu'il avait abandonné et qui pourrissait sous la terre. Le regard brûlant de son père, lui criant qu'il aurait voulu qu'il ne naisse jamais. Les yeux noyés de larmes et déçus de James l'attendant à la sortie du bureau de Dumbledore, l'air blessé et détruit de Remus ne comprenant pas comment il avait pu le trahir et le blesser ainsi. Les années de guerre, de lutte et de peur, l'heure des doutes et des remises en question.
Les amis qui disparaissaient, Marlene, Edgar, Dorcas… Et l'étau qui se resserrait autour d'eux.
La maison silencieuse, l'aile droite détruite, son cœur qui battait à toute allure… et le corps de James sur le sol de l'entrée, ses grands yeux vides qui ne verraient plus jamais, ses bras qui ne pourraient plus le serrer.
Peter au milieu de la place, lui faisant face, le toisant des larmes dans les yeux, mais un sourire cruel aux lèvres.
Tout se mélangeait et dansait macabrement dans son regard et dans sa tête. Ses remords flambaient et sa haine se contentait de rougeoyer comme des braises. Il tremblait et son souffle était court. Ses mains étaient agrippées aux barreaux à lui faire mal, mais il ne pouvait pas lâcher où il s'effondrerait au sol. Enfin, les Détraqueurs, lassés, s'éloignèrent et allèrent aspirer un peu plus encore l'essence de ses voisins de cellules. Travers se mit à gémir et lui se laissa enfin glisser au sol, haletant et épuisé. Des larmes gelées tracèrent un sillon brûlant sur ses joues mais son regard était toujours aussi dur et déterminé. Plus que quelques heures avant le prochain repas et enfin, il partirait d'ici.
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Sans plus réfléchir, il se transforma, savourant la simplicité des émotions qu'il ressentait dans ce corps, il se roula en boule dans sa cellule et il se plongea dans un demi-sommeil qui le reposerait à peine. Il avait besoin de rassembler ses forces pour la suite.
Il se réveilla complètement en entendant le bruit familier des portes de cellules s'ouvrant les unes après les autres, sans obtenir la moindre réaction des prisonniers. Cela faisait bien longtemps que plus personne ne réagissait lorsqu'on leur apportait à manger.
Il papillonna légèrement des yeux et se releva en s'étirant. Son tour approchait. Toujours sous sa forme de chien, il parcourut du regard cette cellule qui avait été son monde pendant douze ans. Il s'attarda sur toutes les faibles marques qu'il avait gravées péniblement dans la pierre. Quatre mille deux cent quatre-vingt-huit jours qu'il aura passé ici. Hors de question qu'il y en ait un seul de plus. Le Détraqueurs s'approchait de plus en plus de lui et il se plaça lentement près de la porte, se tenant prêt à se faufiler.
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Sirius aurait retenu son souffle pour compenser son cœur battant frénétiquement, Patmol était plus simple. Il remua même légèrement la queue à l'idée de sortir. La porte s'ouvrit enfin sur une main gelée et inhumaine. Sans prendre une seconde pour hésiter, il se glissa dans le couloir, aussi silencieux qu'une ombre. Et malgré l'urgence de la situation, il ne put s'empêcher de s'arrêter devant la cellule de Rookwood plantant son regard vif de chien dans les yeux fatigués ne voyant plus rien de celui qui fut pendant douze ans son miroir, image de la déchéance contre laquelle il aura tant lutté.
Il s'avançait doucement dans le couloir, ombre dans ce monde d'ombres, il ignora Travers qui sanglotait toujours lamentablement, frissonna en entendant le rire brisé de Dolohov, ralentit devant Rodolphus planté devant sa maigre fenêtre et s'arrêta finalement face à Rabastan. Il ne l'avait pas vu depuis des années, depuis qu'il s'était mis à fuir toutes les réunions de Sang-Purs et son départ de Poudlard… Bien sûr, ils s'étaient sûrement croisés pendant des missions pour l'Ordre, mais Rabastan était toujours masqué alors.
Les dernières images qu'il avait de lui datent de leur scolarité, il le revoyait à l'autre bout de la Grande Salle, riant avec son frère ou bien discutant tous les deux dans les couloirs. Jeune homme superbe, hautain et destructeur.
Ses cheveux avaient terriblement poussé, tout comme une barbe indisciplinée qui mangeait une partie de son visage. Ses traits s'étaient creusées, ses pommettes paraissaient prêtes à sortir de sa peau, et ses yeux étaient à moitié engloutis dans leurs orbites. Il se laissa perdre quelques instants dans ce regard bleu rempli de souffrance. Tout comme ceux de Rookwood il semblait que ses yeux regardaient sans plus rien voir, comme si une partie de l'âme s'était déjà enfuie et que le reste naviguait perdue dans la brume éternelle de cette prison.
Est-ce que Regulus aurait fini par ressembler à ça aussi ?
Ce n'était plus un vague cousin éloigné qu'il voyait mais le fantôme de ce qu'aurait pu être son petit frère… Ou lui-même d'ailleurs.
Rabastan à Poudlard était brillant, populaire, insolent… Ils se ressemblaient plus qu'il n'avait jamais voulu se l'admettre.
Ressemblait-il à ça lui aussi maintenant ? A un spectre, un lambeau de ce qu'il avait été ?
L'air se refroidit encore, Rabastan se raidit et Patmol retint un gémissement alors qu'un Détraqueurs s'approchait. Il s'était trop attardé, il était temps de se remettre en route, avant que son absence ne soit remarquée.
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Il arriva enfin au niveau d'une première grille séparant deux couloirs, l'heure de vérité était là. Était-il devenu suffisamment maigre avec les années, ses os n'avaient pas changé, même s'ils semblent prêts à casser au moindre choc, arriverait-il à passer ?
Il s'approcha de la grille et lentement, en forçant un peu, il glissa sa tête à travers les barreaux. S'il n'avait pas autant forcé sur ses mâchoires qui le brûlaient maintenant, il aurait laissé échapper un aboiement. Sa tête était passée ! Le reste de son corps, devenu cachectique avec les années, suivit sans difficultés.
Il franchit les grilles suivantes avec la même simplicité et arriva enfin au bout du Département Haute Sécurité. Au-delà de cette porte, plus de Mangemorts avec leur regard sombre et éteint, leurs mains couvertes de sang, plus de Détraqueurs en permanence, ne laissant aucun espoir, plus de gémissements, de sanglots ininterrompus, de hurlements effrayés des détenus complètement fous.
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Au-delà de cette porte, seulement des prisonniers, désespérés, amaigris et croyant être en enfer. Ils ne se doutaient pas que l'enfer n'était pas bien différent de ce qu'ils vivaient mais mille fois pire pourtant.
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Juste avant de franchir la limite il eut une hésitation pour la première fois. Franchir cette porte, cela veut dire ne plus vivre au milieu des affreux cauchemars qu'ils provoquaient, cela veut dire ne plus être hanté sans arrêt par le souvenir de James et Lily. Parfois il avait peur, il se disait qu'une fois sorti de cet enfer ce serait pire, parce qu'il ne les verrait plus. Même si ici, ils lui apparaissent sous la forme d'horribles déformations de son esprit torturé.
Une fois sorti, les Détraqueurs ne seraient plus là pour ramener sans cesse sous ses yeux le cauchemar de leurs cadavres figés.
Et ce serait pire.
Même le pire des cauchemars avec eux ne serait jamais aussi horrible que leur absence, que de ne plus les voir du tout. Enfin il pensait. Il ne savait même plus ce qui l'attendait là-bas, mais tant pis, il n'avait plus le choix. Même s'il avait peur de retrouver le monde qui avait continué et le temps qui s'était écoulé, il n'avait plus le choix, il était lancé. Il avait un filleul à sauver. Il franchit la grille et descendit les escaliers qui menaient au reste de la prison.
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L'air dans ce quartier était également sombre et pesant. Les odeurs étaient aussi fortes et dégoûtantes. Les hommes pleuraient et gémissaient ici aussi. Comme il le pensait, ce n'était pas très différent du Quartier de Haute Sécurité. Ce n'était pas très différent, mais cela n'avait rien à voir ! Ces prisonniers ne savaient pas la chance qu'ils avaient de vivre plusieurs heures par jour sans les Détraqueurs constamment à côté de leurs cellules. Cela devait faire une dizaine de minutes qu'il ne les avait plus croisé et déjà il se sentait plus léger, plus vivant.
Il s'avançait toujours aussi lentement dans le couloir, ombre silencieuse et menaçante. Les quelques prisonniers qui le remarquaient échappèrent des hurlements… Bien sûr le Sinistros… Il s'était habitué à ce que les prisonniers de l'autre étage le voit passer sans aucune réaction, perdus qu'ils étaient dans leurs songes d'horreurs. Mais ici, ils étaient encore bien trop lucides, ils étaient encore capables de le remarquer, mais suffisamment fous pour se dire que ce grand chien noir était une apparition, une émanation de leurs pires cauchemars, un présage sinistre.
Craignant de voir arriver un gardien attiré par les cris, il traversa le reste de la prison en courant. Cette fois, il n'hésita même pas avant de franchir l'ultime grille.
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Une bourrasque d'air glacial l'accueillit brutalement à sa sortie, manquant le renverser. Cette courte course dans le couloir avait suffi à l'épuiser et il était haletant, essayant d'aspirer à chaque inspiration tout l'air qu'il pouvait et qui lui avait tant manqué. Cet air saturé de sel, il lui semblait qu'en s'engouffrant dans ses narines, il descendait même purifier ses poumons. Le vent s'infiltrait dans ses poils et le faisait chanceler. Il était tellement puissant qu'il couvrait presque entièrement le rugissement vorace de la mer, se contentant d'en transporter les embruns. Le sol sous ses pattes était glacé, désert, rien ne poussait ici. Rien ne pousserait jamais sur cette île maudite.
Il n'était pas libre, pas encore. Pas tant qu'il était collé à cette forteresse sombre. Pas tant qu'il pouvait entendre les cauchemars désespérés des condamnés. Pas tant que la mer en furie se tenait face à lui et non pas dans son dos.
Il n'avait aucun moyen de faire de la magie pour l'aider. Il n'avait que Patmol, son seul allié face aux vagues et à la tempête.
C'était impossible, il n'avait aucune chance. Même en barque avec les Aurors il se souvenait que la traversée avait été difficile. Aujourd'hui, il n'avait plus de forces, tous ses muscles et son endurance avaient fondu pendant ces années. Il n'avait rien.
Il allait y arriver.
Parce qu'il avait tenu 4288 jours dans cet enfer sans devenir fou, parce qu'il avait réussi à en sortir. Parce qu'il était Sirius Black et parce qu'il avait décidé qu'il réussirait !
Sans un regard en arrière, il se jeta à l'eau.
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La première vague tente de l'engloutir. La deuxième n'est pas plus clémente.
Elles lui mordent violemment la peau de leurs mâchoires glacées, le remuent dans tous les sens comme s'il n'était qu'une feuille morte dans le vent, essayent de se frayer un chemin jusqu'à ses poumons.
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Il n'en peut plus. Tout son corps crie grâce, ce serait tellement plus simple de se laisser couler.
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Il va mourir. Il ne peut pas y arriver.
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Il a si froid. Chaque vague se heurtant à son pauvre corps est comme un milliard de petits poignards gelés venant piquer sa peau, s'engouffrant en lui, le déchirant jusqu'aux os.
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Il n'en peut plus.
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Il continue.
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Cela doit faire une éternité, une vie entière qu'il est prisonnier de cette mer, qu'il lutte dans cette nuit noire. A-t-il été autre chose avant ? Autre chose que cette pauvre loque misérable, ballotée par les vagues, ayant cru qu'il pouvait vaincre les éléments déchaînés ?
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Il n'en peut plus.
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Un souvenir lui revient brutalement, manquant lui faire boire la tasse. Ils sont au début de leur deuxième année, ils ont vu dans quel état lamentable Remus revenait des pleines lunes. Ils souffrent tous les trois de se sentir aussi impuissants, de ne pas pouvoir plus l'aider. C'est James qui finit par trouver la solution et pour la première fois, c'est lui Sirius qui a une hésitation en entendant son idée. Pour la première fois c'est lui qui recommande la prudence, qui a peur qu'ils échouent. James le calme en un instant en posant sa main sur la sienne et en plantant son regard dans le sien.
« Incroyable Sirius, jamais je n'aurais cru te voir douter de ton talent ! Je croyais que tu réussissais toujours juste en le voulant. »
Il avait oublié. Ce n'est pas un souvenir vraiment heureux pourtant, il ne sait pas pourquoi les Détraqueurs le lui avait volé.
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Il n'en peut plus, mais il continue.
