Cet OS est un peu particulier, puisqu'il a été écrit pour un autre jeu d'écriture. Il s'agit du défi du générateur, organisé par le forum de My Hero Academia. Le but est d'écrire un texte sur deux personnages et un thème tirés au sort. Si vous voulez en savoir plus, n'hésitez pas à me le demander. Comme je suis tombée quelques fois sur deux Todoroki, j'ai décidé de placer ces textes dans ce recueil-ci.
Je vous souhaite une bonne lecture !
Personnages : Rei Todoroki et Touya Todoroki
Thème : Danger
Te protéger
Le silence. Le silence envahissait la pièce depuis bien trop longtemps. Il l'étouffait même. La nuit était déjà bien avancée. Pourtant, Rei ne trouvait pas le sommeil, malgré toute la fatigue qu'elle éprouvait. Ses yeux restaient rivés sur le baby-phone posé à côté d'elle. Aucune lumière, aucun bruit. Son fils dormait. Probablement. Il pleurait tellement d'habitude. Ce silence n'était pas normal. Ça l'inquiétait.
Elle n'y pouvait rien. Touya n'avait que deux mois. C'était son premier enfant. Et il était si fragile. Né prématurément, il avait dû rester de longues semaines à l'hôpital avant d'enfin pouvoir sortir. Rei avait tellement peur pour lui. Il était petit, frêle et faible. Elle détestait ce mot, pourtant il lui venait souvent à l'esprit quand elle le regardait. Mais ce n'était pas péjoratif venant d'elle. Elle savait juste que c'était un petit bébé qui demandait beaucoup d'attention. Les médecins l'avaient prévenue, il risquait de tomber souvent malade. Son système immunitaire n'était pas solide. Il avait également du mal à réguler la température de son corps. Rei devait souvent l'envelopper dans de lourdes couvertures la nuit pour être sûre qu'il n'ait pas froid.
Cette situation la dépassait complètement. Elle n'avait jamais souffert du froid, Enji n'avait jamais souffert du chaud, alors pourquoi leur enfant avait-il rapidement trop froid quand les températures baissaient et trop chaud quand elles remontaient ? Elle avait peur que leurs deux alter aient fini par s'annuler dans le corps de Touya, créant ce déséquilibre. Elle savait qu'Enji partageait la même inquiétude, même s'il n'en parlait jamais.
En pensant à ça, elle tourna la tête sur la gauche et regarda un moment son mari dormir. Il était très fatigué ces derniers temps. Il travaillait dur, comme toujours. D'habitude, il le gérait bien, mais ses nuits écourtées par les cris de Touya lui donnaient du mal. Enji ne supportait pas ses pleurs. Jamais. Le problème, c'était que Touya pleurait beaucoup plus souvent quand Enji était présent. Rei avait beau essayer de faire comprendre à son mari que son attitude devait jouer, il ne voulait rien entendre. Il ne restait alors jamais longtemps avec eux. Il fuyait les cris et les problèmes en se réfugiant dans son bureau. Mais la nuit, il ne pouvait pas y échapper.
Il en avait tellement marre qu'il avait déjà dit que si ça continuait comme ça, ils feraient chambre à part. Rei n'avait pas du tout apprécié cette réaction, même si elle n'avait rien dit. Elle aussi était fatiguée. Elle aussi voudrait bien ne plus entendre ces cris, mais il fallait bien qu'ils s'occupent de leur enfant. Seulement, Enji, lui, ne pensait qu'à sa carrière. De toute façon, Rei savait bien qu'il était déçu de cet enfant et n'en attendait rien. Touya avait trop d'imperfection. Ce n'était pas ce qu'il désirait. Il ne l'avait pas encore dit à haute voix, mais Rei savait très bien qu'il attendait qu'elle soit bien remise de son accouchement compliqué pour lui demander de refaire une autre tentative.
Ça la rendait malade et triste. Touya avait à peine deux mois et il commençait déjà mal sa vie. Son père ne s'occupait jamais de lui. Rei espérait qu'il s'intéresserait un peu plus à lui quand il serait plus grand, mais elle n'y croyait pas trop.
Son regard se tourna à nouveau vers le baby-phone. Ce silence l'angoissait. Elle n'y pouvait rien, elle était tout le temps stressée depuis qu'elle avait dû ramener Touya de l'hôpital. Et elle était tellement épuisée... Pourtant, elle sentit qu'elle n'arriverait décidément pas à se rendormir de sitôt. Elle se leva alors lentement et quitta la chambre en faisant le moins de bruit possible pour ne pas réveiller son mari. Elle marcha le long du couloir jusqu'à rejoindre la chambre de son fils et ouvrit doucement la porte. Ses yeux tombèrent aussitôt sur Touya qui dormait dans son berceau. Son souffle était lent et profond. Ses petits mains agrippant son doudou, il semblait tellement paisible comme ça. Rei ne put s'empêcher de sourire. Son coeur fondait à cette simple vue...
Elle se posa juste à côté de son lit et dût se retenir pour ne pas lui caresser la tête. Elle ne voulait pas prendre le risque de le réveiller. Il dormait si bien. Elle l'observa alors en silence, admirant son doux visage endormi qui n'était, pour une fois, pas déformé par ses cris...
Touya était un petit bébé difficile. Elle-même était épuisée de devoir s'occuper de lui tous les jours. Mais quand elle le voyait comme ça, elle oubliait tout. Il était tellement beau. Il était vraiment un parfait mélange entre Enji et elle. De tous petits cheveux blancs, à peine visibles, poussaient lentement sur son crâne, alors que ses yeux bleus semblaient refléter l'océan. Il aurait dû être parfait. Peut-être qu'il l'aurait été si Rei n'avait pas eu cet accident, si elle n'avait pas dû le mettre au monde si prématurément.
Cette pensée lui fit aussitôt mal au coeur. Mais à quoi pensait-elle donc ? Elle n'avait pas le droit de dénigrer son fils. Il était parfait comme il était... Elle aurait dû se dire ça. Cependant, elle savait parfaitement que la réalité était tout autre et elle avait tellement peur pour lui. Elle avait bien conscience des dangers qui l'attendaient s'il restait aussi frêle. Tout comme elle avait bien compris que jamais Enji ne le reconnaitrait à sa juste valeur.
Elle avait peur pour Touya, sans cesse. Son médecin, à qui elle avait fait part de ses craintes, lui avait dit qu'elle était juste trop angoissée. Mais elle n'y pouvait rien. C'était plus fort qu'elle. Quand il dormait aussi calmement, elle avait toujours besoin de venir le voir pour s'assurer qu'il respirait encore. Quand elle pensait à son avenir, elle avait peur qu'il soit trop faible pour se défendre et qu'il se laisse faire par les autres. Elle avait tellement peur de le voir souffrir. C'était irrationnel, mais ça ne la quittait jamais.
Elle soupira légèrement. Pas étonnant qu'elle soit aussi fatiguée. Ses journées étaient exténuantes, ses nuits d'aucun repos. Mais si en plus, elle ne profitait pas de ces moments de calme, elle n'allait pas s'en sortir. A contre coeur, elle décida d'être raisonnable et quitta alors Touya pour rejoindre sa chambre. Elle avait encore deux heures devant elle avant qu'il ne se réveille pour manger, autant essayer de se reposer un peu...
Sans surprise, son sommeil fut de courte durée et le lendemain, quand elle fut réveillée à l'aurore par les cris de Touya, elle regretta son inquiétude de la nuit. Elle commença la journée en étant complètement épuisée. Elle avait l'impression d'être dans le brouillard. Si les autres jours, elle arrivait un minimum à gérer, elle sentit qu'elle était arrivée à saturation. Elle avait trop de sommeil en retard. Elle ressentait trop de stress. Elle avait tiré sur la corde le plus longtemps possible, mais elle voyait bien que cette dernière était en train de craquer. Son fils sembla sentir son état parce qu'il fut encore pire que d'habitude. Son mal de crâne ne cessait d'empirer alors que les heures défilaient. Ce n'était pas possible. A chaque fois qu'elle essayait de le prendre dans ses bras pour qu'il arrête de pleurer, il se tortillait dans tous les sens. Elle ne savait plus quoi faire. Il n'avait pas faim, il ne voulait pas dormir, il était propre...
Complètement à bout, elle finit par le laisser crier dans son parc et quitta la pièce, en pleurs. Ses mains tremblaient, elle avait envie de vomir. Des points noirs obscurcissaient sa vision alors qu'elle avait l'impression qu'elle allait tomber. Elle se laissa alors glisser sur la première chaise qu'elle vit et prit sa tête entre ses mains. Elle serra ses cheveux à la racine, jusqu'à s'en faire mal. La respiration saccadée, elle tenta douloureusement de respirer profondément.
Mais qu'est-ce qui lui arrivait ? Elle avait déjà vécu des journées difficiles, mais jamais à ce point. Et Touya qui n'arrêtait toujours pas de pleurer... Elle n'en pouvait plus... Elle voulait juste le secouer jusqu'à ce qu'il se taise enfin. Les yeux fermés, elle s'efforça d'inspirer et d'expirer plusieurs fois. Elle ne pouvait pas continuer comme ça. Il fallait qu'on l'aide. D'un geste tremblant, elle se dirigea alors vers le téléphone et composa le numéro de sa mère. Elle ne voyait pas qui appeler d'autres. Enji travaillait, il ne reviendrait jamais à la maison pour si peu...
Quand sa mère arriva, elle lui jeta à peine un regard et se dirigea directement vers le parc où Touya hurlait toujours. Elle le prit dans ses bras et le berça avec une douceur que Rei ne lui connaissait pas. Il ne fallut que quelques secondes avant que Touya ne se calme. En voyant ça, Rei eut l'impression de recevoir un coup de poing dans le ventre. Elle avait passé des heures à essayer d'arrêter ses pleurs, sans succès, et sa mère y était parvenue immédiatement. Face à cette vision, elle craqua à nouveau et se remit à pleurer. Mais qu'est-ce qu'elle faisait de travers à la fin ?! Elle essayait pourtant d'être une bonne mère, mais elle n'y arrivait pas. Ce qui se passait aujourd'hui n'était finalement pas étonnant quand elle voyait à quel point les autres jours avaient déjà été si éprouvants... Elle s'y prenait mal... Et Touya le lui faisait payer... Elle se sentit complètement démunie face à ses propres pensées... Sa mère lui lança alors un regard noir.
« Ressaisis-toi, gronda-t-elle. Tu es une mère à présent ! Une femme sait s'occuper de ses enfants seule ! »
Rei se prit cette remarque en pleine figurine. Elle n'arrivait pas à calmer ses pleurs. Sa mère avait raison, mais elle était à bout. Et dire qu'Enji voulait d'autres enfants... Elle n'allait pas y arriver. Elle ne pourrait jamais tout gérer.
« Je suis fatiguée, murmura-t-elle.
— Tu es fatiguée ? A la bonne heure. Tu crois que tu es la première femme à avoir eu un enfant prématuré ? Certaine s'en sorte sans problème avec des jumeaux, alors arrête maintenant ! Tu n'es pas digne de ton mari ! »
Rei tressaillit à ces mots, mais pouvait-elle réellement être surprise ? Sa mère ne faisait que la rabaisser... Rei n'aurait pas dû l'appeler. Elle le savait. Mais elle était tellement perdue. Elle avait besoin d'aide. Sa mère lui lança un regard de reproche, avant de soupirer, comme si elle cédait à un caprice.
« Très bien, va te reposer alors si tu en as besoin. Je m'occupe de Touya. »
Rei pouvait sentir tout le jugement dans sa voix, mais elle n'avait pas la force de répliquer. Elle était juste lessivée. Ça ne faisait pourtant que quelques semaines que son fils avait pu quitter l'hôpital, mais elle ne se faisait pas à son nouveau rythme. Elle ne tenait pas le coup... Elle s'éloigna alors, honteusement soulagée de pouvoir enfin confier Touya à quelqu'un d'autre. Elle rejoignit donc sa chambre et s'effondra sur son lit. Sa tête toucha à peine l'oreiller qu'elle dormait déjà...
Elle avait l'impression de s'être très peu reposée lorsqu'elle fut réveillée par la porte de la chambre qui claqua fortement. Sursautant, elle ouvrit aussitôt les yeux et aperçut Enji dans l'embrasure de la porte. Les sourcils froncés, les flammes clairement visibles sur son visage, il paraissait furieux. Le coeur de Rei rata un battement alors qu'elle se redressa en manquant de trébucher. Elle ne pensait pas dormir aussi longtemps ! Ou bien c'était Enji qui rentrait plus tôt que d'habitude...
« Je ... je suis désolée..., balbutia-t-elle aussitôt.
— Qu'est-ce que ta mère faisait là ? demanda-t-il d'une voix froide qui transpirait de colère. J'ai dû insister pour qu'elle s'en aille !
— Je... je lui ai demandé de passer... pour m'aider avec Touya...
— Ne refais jamais ça ! s'énerva Enji. Tu crois que j'ai envie que ta famille pense qu'on est incapable de s'occuper d'un simple bébé ?! »
Rei sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle ne pouvait pas supporter la colère de son mari. Pas aujourd'hui...
« ... Je n'en pouvais plus, Enji. Je suis fatiguée...
— Arrête tes conneries ! Tu as vingt-deux ans, merde Rei ! Tu dois juste t'occuper de lui ! Je travaille, moi ! Toute la journée ! Et le soir, je dois encore supporter ça ?! »
Comme s'il était connecté, Touya se mit à pleurer tellement fort dans sa chambre qu'ils pouvaient l'entendre même sans baby-phone. Ses cris s'élevèrent de plus en plus alors qu'Enji serra fortement ses mains en poings.
« Tu n'étais pas censée me donner un enfant aussi faible et inutile ! lui cracha-t-il alors. Assume maintenant ! »
Rei ne sut quoi lui répondre, tant elle fut choquée par ses paroles. Elle savait qu'il les pensait, mais jamais elle n'aurait cru qu'il oserait les lui balancer en pleine figure. Et Touya qui continuait toujours de pleurer... Malgré son choc, malgré sa fatigue, elle savait qu'elle devait aller le voir... Il fallait juste qu'elle prenne sur elle... Mais Enji la prit de vitesse.
« Je vais te montrer comment le calmer ! »
Non, non, non. Ce fut comme si une alarme s'était déclenchée dans le cerveau de Rei. Enji était énervé. Encore plus que d'habitude. Il ne savait pas se contrôler... Elle courut alors pour le rattraper et se plaça entre lui et la chambre de Touya.
« Qu'est-ce que tu fais ?! siffla-t-il.
— Ne t'approche pas de lui ! Tu n'es pas dans ton état normal ! »
Elle pouvait le voir. Ses yeux semblaient presque fou de colère. Il avait toujours eu du mal à contrôler son tempérament, mais jamais elle ne l'avait vu aussi furieux.
« Laisse-moi passer ! exigea-t-il.
— Non ! »
C'était la première fois qu'elle criait comme ça sur lui. D'habitude, elle n'osait jamais lever la voix. Mais là, c'était trop important. Et elle était trop à bout que pour faire preuve de patience. Sa respiration était saccadée. Elle se sentait fébrile, mais il était hors de question qu'elle lâche prise.
« Tu n'as pas à m'interdire ce genre de chose, Rei. C'est mon fils aussi.
— Ce sera ton fils le jour où tu daigneras t'occuper de lui ! »
Rei sentit aussitôt une douleur cuisante à la joue. Choquée, il lui fallut quelques secondes avant de comprendre qu'Enji avait levé la main sur elle. Elle le regarda avec de grands yeux, effarée. C'était la première fois qu'il faisait ça...
En face d'elle, Enji sembla surpris. Il était comme figé. Il regarda sa main, le visage illisible, avant de tourner brusquement les talons et de disparaitre. Quand il fut parti, Rei s'effondra contre le mur. Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'elle se rendit compte qu'elle avait cessé de respirer. Son souffle passa douloureusement dans ses poumons alors que les battements de son coeur résonnèrent fortement contre ses tempes.
Les cris de Touya la ramenèrent péniblement à la réalité. Elle n'avait pas le temps de penser à ce qui venait de se passer. Elle était à peine reposée, mais sa crise de tout à l'heure lui semblait bien loin au vu du comportement d'Enji. Comme un automate et guidée par un fort sentiment de protection, elle alla rapidement dans la chambre de son fils et le prit dans ses bras. Celui-ci hoqueta un moment, mais se calma lentement, au grand soulagement de Rei. Pour une fois, elle eut l'impression de le comprendre. Il avait eu peur des cris de son père... Elle devait juste le rassurer... Elle pouvait le faire ça au moins... non... ? Elle le berça un moment dans ses bras, avant de le serrer tout contre elle. Sentant longuement son odeur, elle sentit qu'elle craquait à nouveau.
« Je suis désolée Touya... Tellement désolée de ne pas être à la hauteur... »
Les larmes se mirent à couler le long de ses joues. Ce n'était pas comme ça que ça devait se passer... Elle devait protéger Touya des dangers éventuels c'était son rôle, mais jamais elle n'aurait dû se retrouver dans une situation où le danger était son propre père...
Malgré ses pleurs, Touya était étrangement calme. Après l'avoir câliné un long moment, elle l'éloigna un peu d'elle pour le regarder. Ses grands yeux bleus semblèrent la fixer. C'était la première fois que Rei avait l'impression que son fils la regardait réellement. Sur le coup, elle ne sentit plus la fatigue, ni le stress. Il n'y avait que cet océan qui comptait. Si semblable à ceux de son mari, et pourtant si différent. Touya était silencieux. Parfaitement bien calé dans ses bras, il la regardait d'un air paisible. Et tout d'un coup, Rei se sentit bien. Elle se sentit légitime dans son rôle de mère. Elle lui sourit alors tendrement, avant de lui poser un doux baiser sur le front.
« Je t'aime, Touya. Je t'aime tellement... »
Elle le berça avec amour encore quelques minutes, avant de voir que ses yeux se refermaient lentement. Elle le coucha alors dans son lit avec délicatesse et quitta la chambre. Elle se sentit ensuite... étrange. C'était la première fois qu'elle avait un tel partage avec son fils. Pas de cri, pas de larme. Juste un regard échangé, un moment qu'elle jugeait complice... Sa fatigue lui parut alors moins importante...
Une fois dans le couloir, elle aperçut l'horloge et se rendit compte qu'il était déjà l'heure de préparer le repas. Elle descendit alors à contre-cœur, se surprenant à écouter le moindre bruit, et fila en cuisine. Au moins ici, elle ne risquait pas de tomber sur Enji... Son cœur se remit à battre plus fort. Elle avait réussi à l'oublier le temps de consoler Touya, mais maintenant qu'elle était à nouveau seule... Elle avait encore du mal à réaliser ce qu'il venait de se passer. Tout était allé tellement vite... Elle aurait presque pu croire qu'elle avait halluciné, qu'il ne l'avait pas réellement frappée, mais sa joue douloureuse était bien la preuve de ce qu'il avait fait.
Ses mains se mirent à trembler. Non, elle s'était assez laissée aller pour aujourd'hui. Ne plus y penser. Elle devait juste ne plus y penser. Inspirant profondément, elle refoula les larmes qui lui montaient aux yeux et se lança. Elle alluma alors la radio pour avoir un peu de bruit, avant de sortir les aliments du frigo. Mais alors qu'elle finissait de couper les légumes, une parole retint son attention.
« Comme vous le savez tous très certainement, aujourd'hui était le jour du classement officiel de nos héros ! s'extasia l'animateur radio. Evidemment, le classement a été très largement dominé par All Might. Décidément, cet homme est incroyable! Est-il seulement humain ? Ces derniers mois, il a encore accompli de- »
Rei coupa rapidement la radio. Elle ne voulait pas en entendre davantage. Son cœur se remit à battre douloureusement contre sa poitrine. Elle avait beau tout faire pour garder son calme et taire ses émotions, ses pensées s'imposèrent de force dans son esprit. Elle n'arrivait plus à les repousser... Alors c'était pour ça qu'Enji avait été aussi vite hors de lui ? Ce n'était pas à cause de sa mère, ni des pleurs de Touya. C'était à cause d'All Might. Encore... Rei voyait bien que son mari devenait de plus en plus aigri par rapport à ce foutu classement et ça l'inquiétait. Quand comprendrait-il donc que ce n'était pas si grave que ça ? Qu'il était un excellent héros lui aussi ?
Elle était tellement épuisée de tout ça... Elle ne voulait pas de cette vie-là... Enji... Enji avait été tellement en colère qu'il en était venu à la frapper...
Elle eut alors un haut-le-coeur avant de s'immobiliser, comme si elle venait réellement de réaliser ce qui s'était passé. Il l'avait frappé... C'était réellement arrivé... Elle trembla tout en essayant de retenir ses larmes. Elle avait l'impression qu'elle allait vomir... Ce n'était pas possible... Sa relation de couple n'était pas toujours au beau fixe, mais jamais elle ne l'aurait cru capable d'un tel geste... Qu'est-ce qu'elle devait faire à présent ? Comment réagir face à lui ? Elle ne savait pas... elle ne savait plus... Elle lâcha son couteau et s'agrippa violemment au plan de travail. Elle fut prise d'un nouvel haut-le-coeur, l'obligeant à se pencher au-dessus de l'évier. Elle respira profondément, essayant de ne pas recracher tout le contenu de son estomac...
Elle ne devait pas céder. Elle ne pouvait pas lâcher prise. Si elle s'effondrait maintenant, qui s'occuperait de Touya ? Et puis... Et puis, ce n'était qu'une gifle, n'est-ce pas... ? Enji ne l'avait même pas frappée si fort que ça... Il aurait pu la mettre à terre s'il l'avait voulu. Il s'était contrôlé... Ce n'était... ce n'était pas si grave que ça...
Des femmes vivaient des situations bien plus horribles. Rei pouvait bien supporter ce geste. Ce n'était pas comme si c'était habituel non plus... Elle inspira alors profondément, avant de reprendre lentement son souffle. Lorsque l'envie de vomir lui passa enfin, elle se redressa et attrapa son couteau. Elle se força alors à reprendre la préparation du repas. Elle était beaucoup trop sensible aujourd'hui. Elle avait craqué à cause de la fatigue et de ses angoisses. Elle le prenait mal à cause de ça. Elle-même avait voulu secouer Touya, alors peut-être que c'était normal que son mari la gifle. C'était juste une simple erreur. Elle ne devait juste plus y penser...
Lorsque le repas fut prêt et qu'elle dût s'installer en face de son mari, elle se sentit malgré tout mal à l'aise. Sa présence la rendit immédiatement nerveuse. Déjà, sa voix avait légèrement tremblé lorsqu'elle avait dû l'appeler. Ensuite, elle avait manqué de renverser sa nourriture, tant elle était inquiète. Elle fut donc soulagée lorsqu'elle put enfin s'assoir. Elle garda alors les yeux rivés sur son assiette, priant pour que Touya reste endormi tout le temps du repas...
Au début, Enji ne dit pas un mot. Rei ne savait pas ce qui se passait dans sa tête. Ça l'angoissait autant que ça la rassurait. Au moins, il ne s'énervait pas. Peut-être que la crise était passée. Les choses allaient pouvoir reprendre un cours normal... Cependant, alors qu'elle tentait péniblement de manger, Enji prit enfin la parole, la faisant frissonner.
« J'ai réfléchi, commença-t-il sur son habituel ton dur, on va demander à une infirmière de passer quelques heures avec vous dans les prochains jours. Si tu as besoin d'être secondée, autant que ce soit par une professionnelle. »
Rei leva les yeux vers lui, surprise par ses paroles. Leur regard se croisèrent alors pour la première fois depuis qu'il avait levé la main sur elle. Même si le visage d'Enji était aussi froid que d'habitude, elle pouvait lire dans ses yeux qu'il regrettait. Il ne le dirait jamais, mais elle le savait...
« Très bien. Merci Enji. »
Elle se força à dire ces mots, permettant ainsi à l'ambiance de devenir un peu moins pesante. Mais même si elle était encore stressée, elle lui en était réellement reconnaissante. Elle avait tant de mal à tout gérer... Et elle refusait de revivre un jour comme aujourd'hui... Cela faisait trop longtemps qu'elle se sentait en dessous de tout avec Touya, même si elle avait eu droit à un moment de répit tout à l'heure... Elle avait peur de reperdre pied demain ou un autre jour... Mais si elle avait de l'aide, ça irait... Ça irait, n'est-ce pas ? Ce qui s'était passé aujourd'hui n'était qu'un égarement... Elle avait craqué sur le coup de la fatigue et Enji sur le coup de la frustration. Ça arrivait. Ils n'étaient pas dans une situation facile après tout. La santé fragile de Touya mettait leurs nerfs à rude épreuve, c'était normal...
Enji avait beau avoir ses propres objectifs et être un père distant, il ne serait jamais un danger ni pour elle, ni pour son fils... Elle regarda à nouveau son mari, sentant son cœur s'apaiser lentement. Oui, aujourd'hui était juste une mauvaise journée pour eux deux et ils s'étaient mutuellement poussés vers le bas. Ce n'était rien... Demain irait mieux...
Merci de m'avoir lue !
Il est évident que si Rei minimise l'acte d'Endeavor, ce n'est pas mon cas. Je ne partage pas non plus la vision sexiste qu'on aperçoit dans ce texte.
C'est normal également d'être épuisé quand on s'occupe d'un bébé. Vous ne serez jamais de mauvais parents si vous demandez de l'aide !
Sinon, dans cet OS, Touya a les cheveux blancs. Dans l'anime, ils sont rouges, mais j'ai préféré suivre le manga là-dessus.
A bientôt
