Bonsoir, je vous souhaite une excellente année 2019 !

Cet OS a été écrit lors de la nuit du FoF (pour rappel, un thème, 1h pour écrire). Attention, ce texte parle d'un personnage en dépression qui a des pensées autodestructrices ! Il se base également sur quelques éléments qu'on apprend lors du chapitre 202.

Je vous souhaite une bonne lecture


Thème : Hurler

Si je pouvais hurler

C'est une sensation étrange, mais plus le temps passe, plus Touya a l'impression que son père est immense et intimidant. Un fossé... Non, une montagne les sépare. Touya a pourtant tout fait pour que ça n'arrive pas. Il a suivi les entrainements intensifs de son père, il a repoussé encore et encore les limites de son corps, mais rien n'y a fait. Le regard de son père reste toujours aussi froid. Et à chaque fois que les yeux de ce dernier se posent sur lui, Touya a le sentiment de n'être qu'un moins que rien. A chaque échec de sa part, la colère d'Enji grandit. Ses cris deviennent plus forts aussi. Et Touya peut voir... Il peut voir qu'il perd tous les jours un peu plus le peu d'estime qui s'est éveillé en Enji lorsque son alter est apparu.

Touya est fier de son alter. Du moins, il en était fier. Il a hérité du feu de son père après tout. Un feu puissant. Mais un feu destructeur... qu'il ne peut pas contenir, qu'il ne pourra jamais contenir. Parce qu'il est faible. C'est ce que son père n'arrête pas de lui répéter. Faible. Touya sait que c'est la vérité. Il ne peut le nier alors que son pouvoir laisse toujours des marques de brûlure sur ses avant-bras. C'est une douleur qu'il déteste, mais c'est aussi une douleur qui le soulage. Parce que tant qu'il a mal, ça veut dire que son corps lui répond encore. C'est tout ce qui compte. Touya n'a aucune considération, de toute façon, pour ce corps faible et inutile. Mais ses efforts ne suffisent pas. Il est juste une déception. Ça aussi, son père lui répète tous les jours.

Et la montagne ne cesse de grandir. Touya sent qu'il est arrivé à ses limites, que son père ne supporte plus de perdre du temps avec lui. Touya voudrait que ça s'arrête. Il veut tant pouvoir hurler : regarde-moi ! Ne me laisse pas ! Mais il reste silencieux. Il reste silencieux également quand Shoto montre les premiers signes de son alter. Il sait directement ce que ça signifie pour lui. C'est terminé. Shoto a l'alter idéal, bien mieux que son simple feu. Shoto maitrise la glace et le feu, tout ce que son père a toujours recherché. Touya savait, bien sûr, qu'il n'était qu'une solution temporaire, que son père se rabattait sur lui par défaut, mais jusqu'ici, il espérait... il espérait que ça suffirait malgré tout... Ça n'a pas suffi. Et la montagne devient tellement grande que Touya ne sait plus quoi faire pour attirer l'attention de son père.

Il est relégué au rang d'échec, comme son autre frère et sa sœur. Il se tait à nouveau, alors que son esprit ne veut qu'une seule chose : hurler. Hurler sa colère, hurler sa peine, hurler sa détresse. Mais il ne peut qu'observer de loin ce petit frère qui prend sa place... Le regard plein de déception de son père ne se pose plus sur lui désormais. Il ne le regarde plus du tout. Et Touya se rend vite compte que c'est pire, en fait. Il est devenu invisible... Il ne sert plus à rien...

Touya est petit, frêle et il tombe souvent malade. Il n'avait que son alter pour lui. Sauf qu'il n'a même plus cet atout désormais. Il est juste... inutile. Il n'est qu'un déchet. Encore pire que Natsuo et Fuyumi. Juste une erreur de la nature qui ne sait même pas utiliser son alter. Son père lui disait souvent qu'il ne valait rien. Peut-être que c'est vrai alors. Peut-être qu'il ne vaut rien. Peut-être qu'il n'aurait jamais dû naitre...

Il rêve souvent qu'il entre dans la salle d'entrainement quand son père et Shoto s'y trouvent pour montrer tous ses progrès. Il rêve de voir son père sourire et dire qu'il est fier de lui. Mais ça n'arrivera pas. Il le sait, il l'accepte. Il finit par comprendre que c'est ce qu'il mérite. Si son père s'est désintéressé de lui, c'est parce qu'il n'en vaut pas la peine.

Touya s'enferme alors de son mutisme. Il s'éloigne progressivement de Fuyumi et de Natsuo. Il est silencieux, tandis que son esprit continue de hurler. Et parfois, il se demande...il se demande si son père poserait à nouveau les yeux sur lui s'il s'ouvrait les veines... Quand il le croise au détour d'un couloir, quand son père fait comme s'il ne l'avait pas vu, il a tellement envie de hurler... de hurler : faut-il que je meure pour que tu me vois ?!

C'est une pensée qui l'obsède de plus en plus. Les années passent, mais sa colère reste. A ce stade, il pourrait même parler de dégoût. Dégoût de lui-même. Dégoût de ce corps si faible qui est incapable d'atteindre les attentes de son père. Peut-être que c'est pour ça qu'il le punit. Il le punit en prenant un plaisir malsain à le voir maigrir. Il le punit en utilisant son alter trop longuement. Les brûlures sont de plus en plus visibles sur ses avant-bras. Mais il s'en fiche. Il s'en fiche, parce que son père ne le remarque même pas. C'est bien la preuve que tout ça... n'a aucune importance.

Touya sait qu'il meure à petit feu. Ça ne lui fait pas peur. Qu'a-t-il à craindre de toute manière ? Il est déjà mort depuis bien longtemps. Mort de l'intérieur. Il n'y a plus rien qui l'anime. Certains jours, il se demande encore comment il arrive à marcher. Mais personne ne remarque rien. Peut-être qu'il joue trop bien la comédie. Ou peut-être que tout le monde s'en moque. Parce que Touya est faible. Parce que Touya ne vaut rien. Sa voix intérieure commence à mourir elle aussi. Il n'a plus autant envie qu'avant de hurler. Parce qu'il est fatigué. Parce que ça n'en vaut pas la peine. Et pourtant, s'il le pouvait... il hurlerait de toutes ses forces pour que son père remarque son état et le sorte de là. Mais son père ne vient jamais. Et c'est dans une indifférence totale que Touya finit par disparaitre.

Il quitte la maison, il quitte sa famille. Sans un regard derrière lui, sans aucune explication. Il se met à trainer dans les rues. Quelle importance ça a ? Il ne mérite que ça. Il n'a aucune raison de se battre. Il continue de détruire ce corps responsable de sa faiblesse, il s'amuse presque à détruire sa santé également. Les substances qu'il ingurgite lui font du bien, l'espace d'un moment. Et ça suffit parfois pour oublier à quel point il ne vaut rien. Il se laisse aller dans les côtés sombres de la ville. Il commet des actes dont il n'est pas fier uniquement pour survivre. Mais c'est juste instinctif. Il ne sait même pas pourquoi il s'accroche encore à la vie... Que cherche-t-il encore ? Ne serait-ce pas plus simple de tout laisser tomber ? N'est-ce pas ce qu'il y aurait de mieux pour tout le monde ? Touya n'est qu'une erreur... Effacer son existence, c'est peut-être la seule chose qu'il peut faire de bien... Alors pourquoi reste-t-il... ?

Au fil du temps, il se rend compte qu'il utilise de moins en moins souvent son nom. Et au bout d'un moment, il n'est plus vraiment sûr de qui il est. Quand il se regarde dans un miroir, il ne voit plus Touya Todoroki, il voit juste un pauvre type défoncé qui n'attend plus rien de la vie...

S'il avait pu hurler, les choses seraient peut-être différentes. Mais il est resté silencieux. Il a fini par devenir quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui ne ressemble plus à Touya. Alors oui, il peut dire que Touya est mort. Le peu qui le définissait a fini par disparaître. Lui ? Il est juste un corps qui déambule dans les rues. Faible et sans intérêt... Mais quand il s'endort à même le sol, l'esprit dans les vapes, il ne peut s'empêcher de songer à son père... à ce qu'il lui dirait si seulement il pouvait lui parler...

Eh dis... Et si tu venais me sauver, là, maintenant... ? Peux-tu juste... être un héros pour moi... ?

Mais ces pensées ont beau être fortes, il sait que, tout comme ses hurlements, elles ne seront jamais entendues par Enji Todoroki...