Attention, ce texte contient des spoils jusqu'au chapitre 293 ! L'utilisation de la deuxième personne s'est imposée d'elle-même. J'espère que ça vous plaira !
Thème : Papa
Papa
« Papa ! »
Ta voix est forte et enthousiaste. Tu rentres dans la pièce, sûr de toi. Tu regardes l'homme qui te fait face, les yeux admiratifs. Peu importe ce que pensent les autres, pour toi, Endeavor est le plus grand des héros. Tu veux être comme lui. Tu aimes tant tes flammes, si semblables aux siennes. Mais surtout, tu es heureux lorsque ton père les observe. Parce que tu le vois dans son regard. Il est si fier de toi. Il ne cesse de répéter qu'il croit en toi. Que ton alter est plus puissant que le sien. Que tu deviendras le meilleur de tous les héros. Et toi, tu te mets à te projeter dans ce si bel avenir qu'il te promet. Tu t'entraînes fort pour répondre à ses exigences, mais ce n'est jamais un problème. Parce que tu adores ça. Ton père t'encourage et tu sais déjà que tu ferais tout pour lui. Tu aimes ton père et ton père t'aime. C'est une certitude. Ce sera toi qui réaliseras son rêve. Tu le feras pour lui. Tu en as tellement hâte !
« Papa ? »
Ta voix tremble un peu. Le doute s'installe en toi. Cette marque sur ta peau n'est pas normale. Malgré ton jeune âge, tu le sais déjà. Ton premier réflexe est d'ailleurs de la cacher. Mais ton père la voit. Et son regard devient si étrange. Les entraînements se poursuivent au même rythme qu'avant, pourtant, tu peux sentir la différence. Ton père t'en demande moins. Il ne répond pas aux questions que tu lui poses. Il semble songeur. Et toi, tu te demandes ce que tu peux bien faire de travers. Pourquoi ton feu commence-t-il à te faire mal ? Et pourquoi le blanc envahit-il de plus en plus ta chevelure ? Tu ne supportes pas ça. Ça te fait peur. Mais tu continues de t'accrocher. Tu masques ta douleur pour que ton père ne remarque rien. Tu fais le plus d'efforts possible, sans que cela ne fonctionne. Ton père tente toujours de tempérer tes ardeurs, mais tu sais que tu ferais tout pour lui. Tu aimes ton père et ton père t'aime. C'est une certitude. Mais tu ne peux le nier, quelque chose a changé. Malgré tout, tu en restes convaincu, c'est toujours toi qui réaliseras son rêve. Tu le feras pour lui. Et tu y crois de toutes tes forces.
« Papa... »
Ta voix est faible. Tu tentes d'attirer son attention, mais c'est à peine s'il te regarde. Ces derniers temps, ton père a toujours une bonne excuse pour t'éviter. Il a même arrêté les entraînements. Tu ne le supportes pas. Tu ne l'acceptes pas. Tu fais alors tout pour les reprendre. Tu le supplies, tu négocies, tu tentes de t'imposer. Désespéré, tu le menaces aussi. Mais rien n'y fait. Tu dois, à chaque fois, faire face à son refus catégorique. Ton père prétend qu'il fait ça pour toi. Ton corps est déjà rempli de brûlures. Tes cheveux deviennent de plus en plus blancs. Les médecins te l'ont dit : ton corps rejette ton alter. Pourtant, tu refuses toujours d'y croire. Ce n'est pas ça qui va t'arrêter. Tu le cries même à ton père. Tu peux gérer la douleur ! Si seulement il voulait bien te faire confiance. Son rejet te brûle plus que tes propres flammes. Ton père ne croit plus en toi, mais tu sais que tu ferais tout pour lui. Tu aimes ton père et tu pries pour que ton père t'aime encore. La certitude t'a quitté depuis longtemps. Cependant, tu continues de t'accrocher. Tu peux encore réaliser son rêve ! Tu le feras pour lui. Et quand il réalisera son erreur, tu sais déjà que tu lui pardonneras.
« ... »
Ta voix refuse de sortir de ta gorge. Tu ne dis plus rien. Parce qu'il n'y a plus rien à dire. Ton père ne t'en laisse même pas l'occasion. Il t'a trouvé un remplaçant. L'enfant parfait. Tu envies tant Shoto que ça te dévore de l'intérieur. Ton père passe tout son temps libre avec lui. Il l'entraîne. Il compte sur lui pour réaliser son rêve. Et ça te détruit. Tu voudrais tant avoir une autre chance pour prouver ta valeur, mais ton père ne te regarde plus. Il t'a mis de côté, avec ses autres échecs. Tu l'as même déjà entendu parler de toi en ces termes. Le désespoir t'envahit. Tu te détestes. Tu veux mourir. Mourir pour ne plus ressentir cette douleur atroce. Pourquoi es-tu incapable d'être à la hauteur ? Pourquoi existes-tu si tu ne peux même pas répondre aux exigences de ton père ? Tu as beau arracher tes cheveux blancs, ils repoussent toujours de la même couleur. Mais tu n'abandonnes pas pour autant. Tu continues d'utiliser ton alter. Tes brûlures s'agrandissent. Ta mère te crie dessus. Tu la repousses. Tu la haïs. C'est de sa faute si ton père ne te regarde plus. C'est injuste, tu ferais toujours tout pour lui. Tu aimes ton père, même si ton père ne t'aime plus. C'est une certitude pour toi. Mais tu refuses de rester sur le côté. Tu réaliseras son rêve. Tu le feras pour toi ! Tu ne peux pas échouer. Parce que cet espoir misérable, c'est désormais tout ce qui te reste.
« Papa ! »
Ta voix est sarcastique et remplie de joie. Ça fait si longtemps que tu n'as plus dit ce mot. Il résonne en toi et ramène tous tes souvenirs à la surface. Tu espères que c'est pareil pour lui. Lui, qui a réussi à poursuivre sa vie après ta mort, ne peut désormais plus nier ton existence. Il est obligé de regarder son passé. Il t'a fait l'affront de t'oublier, mais toi, tu n'as rien oublié et tu comptes bien le lui faire comprendre. Ton corps brûle, mais tu ne sens plus la douleur. Le moment est enfin venu. Tu vas pouvoir le briser comme il t'a brisé. Après toutes ces années à te sentir vide... Comme tu le pensais, tu revis sous son regard. La sensation est si forte. Si tu pouvais encore pleurer, peut-être que tu le ferais. Ce moment est tellement beau. Tout se bouscule dans ton esprit. Et pourtant, jamais tu ne t'es senti aussi lucide. Ton propre feu t'embrase. Et c'est si enivrant. L'horreur dans ses yeux te submerge de bonheur. Ton père reste immobile, sans te quitter du regard. Tu adores ça. Le voir dans cet état te fait complètement vriller. Ton père est impuissant et pourtant, aujourd'hui, tu peux enfin faire quelque chose pour lui. Parce que tu aimes toujours ton père. Tu l'aimes à en mourir. Et tu vas en mourir, d'ailleurs. C'est une certitude. Mais ça ne t'atteint pas. Tu es bien trop loin pour ça. Tu ne peux plus réaliser son rêve, alors tu vas le détruire. Tu le feras pour vous. Pour qu'enfin, le passé soit apaisé.
Mais tu sais, Touya, le pire dans tout ça, c'est que ton père, non plus, n'a pas cessé de t'aimer. Et pourtant, jamais plus il ne pourra te le prouver. Parce que ces flammes – dont vous étiez si fiers – ne peuvent désormais... plus que vous réduire en cendres...
