Salut salut tout le monde ! On est jeudi soir et vous savez ce que ça veut dire ! Au programme, un gros GROS falshback et surtouuuut beaucoup de nouvelles informations, alors attachez vos ceintures, ça va secouer ! Je vous attendrai à l'atterrissage !

Excellente lecture les amis !


Chapitre 12 : Une revanche à prendre

Emma entra sur le terrain en courant.

- Tout le monde est là ? Demanda-t-elle en comptant ses coéquipières avec inquiétude.

- Oui capitaine, tout va bien, assura une grande blonde.

- Tant mieux, fit la meneuse, soulagée.

- Il y a beaucoup de monde quand même, remarqua une petite rousse.

- C'est vrai que c'est la première fois que tu fais du basket en compétition, tu ne dois pas être habituée, acquiesça une grande brune aux yeux marrons. C'est comme ça tous les ans lors des qualifications alors mieux vaut que tu sois à la hauteur, je n'ai pas envie que tu nous ridiculises ou nous fasses perdre.

- Olivia ! La réprimanda Emma. Ne leur mets pas la pression, c'est contre-productif !

- Je suis vice-capitaine au cas où tu l'aurais oublié, moi aussi j'ai le droit de prendre des décisions, répliqua la dénommée Olivia.

Emma soupira. Il n'était pas rare qu'Olivia lui rappelât qu'elle aussi avait un rôle à jouer dans la direction de l'équipe et que malgré tout, Emma n'était revenue en France que quelques mois plutôt.

- Hé regardez ! Il y a mes parents et mon grand frère là-haut ! S'exclama l'une des titulaires en pointant les gradins du doigt.

- Oui, mes parents aussi sont venus, déclara l'ailière blonde, Célia.

- Tes parents à toi seront encore absents j'imagine, pas vrai Morgan ? Lança Olivia à l'adresse d'Emma.

- Non ! Figure-toi qu'ils vont venir, ils me l'ont dit, rétorqua Emma avec un grand sourire, le coeur empli de fierté.

- Ils ne sont jamais venus te voir jouer de l'année, et d'ailleurs, ils ne sont toujours pas là, remarqua la grande brune.

- Cette fois-ci, c'est différent, il s'agit de qualifications ! En plus, je suis sûre qu'ils sont simplement coincés dans les embouteillages du périphérique.

- Nous verrons bien, déclara Olivia.

Toutes les joueuses de l'équipe parisienne regardèrent silencieusement leur capitaine et vice-capitaine se disputer, une fois de plus. La plupart du temps, il s'agissait surtout d'Olivia tentant de provoquer Emma, cependant, cette dernière ne répondait, de manière générale, que rarement aux provocations.

- Allez ! Toutes sur le parquet, il est temps de vous échauffer ! Intervint leur coach.

- Bien dit Michèle ! Approuva Emma. En piste les filles !

Malgré son enthousiasme apparent, la capitaine mourait d'envie d'aller chercher son téléphone et d'appeler ses parents. Elle était revenue des Etats-Unis en début d'année dans l'espoir de passer plus de temps avec eux, cependant, cela avait été en grande partie vain car ils avaient manqué chacun de ses matches. Mais cette fois, ce serait différent, ils l'avaient promis. Ils étaient peut-être même déjà arrivés avec sa petite soeur, elle n'avait aucun moyen de les repérer étant donné les gradins noirs de monde. Malgré son mauvais pressentiment, la petite brune inspira fort puis rejoignit les autres pour s'échauffer.

A la fin du temps imparti, leur équipe avait gagné et elles étaient qualifiées pour la suite du championnat. Emma et toutes les autres se mirent à crier de joie. La capitaine n'en revenait pas : elle n'était qu'en seconde et pourtant, elle était déjà capitaine et son équipe allait passer en phase principale d'un championnat national lycéen. Cependant, alors que toutes les familles rejoignaient leurs filles sur le parquet, Emma ne vit personne s'approcher d'elle pour la féliciter. Lorsqu'elle se tourna vers sa coach, elle vit que Michèle la pointait du doigt. Suite à ce geste, une jeune femme s'approcha d'elle avec un air gentil sur le visage.

- Tu es Emma Morgan, c'est bien ça ? Demanda-t-elle doucement.

La petite brune acquiesça vivement. Son interlocutrice ne perdit pas son sourire, il devint cependant plus compatissant et presque… triste.

- Je m'appelle Annie, déclara la femme en lui tendant la main.

Emma la serra, les sourcils froncés, le coeur battant.

- Qui êtes-vous ? Lança la brune.

- Il faut que tu me suives, c'est important, expliqua-t-elle en fixant ses grands yeux verts.

- De quoi s'agit-il ? Demanda fermement Emma.

Elle sentait la panique monter en elle et son corps se figea sur place.

- C'est déjà assez compliqué ainsi, suis-moi, insista-t-elle d'une voix plus autoritaire.

- Est-ce que tout cela a à voir avec ma famille ? Demanda à nouveau Emma.

- Ecoute, suis-moi, Emma.

La jeune fille consentit enfin à détacher ses pieds du sol et à marcher lentement, très lentement vers un accès au couloir sous les regards étonnés de ses coéquipières, toutes réunies avec leurs familles. Chaque pas qu'Emma faisait était douloureux, et chaque nouveau mouvement qu'elle exécutait la torturait un peu plus. La dénommée Annie emmena Emma jusqu'à l'extérieur du gymnase. Une fois dehors, elle la confronta.

- Ce n'est pas quelque chose d'agréable ni de facile à faire, Emma, commença Annie. Et j'aurais préféré ne pas avoir à le faire…

- Venez-en au fait, demanda brusquement la petite meneuse dont la tête tournait.

Malgré elle, sa voix s'était mise à trembler. Annie soupira.

- Il y a une heure, sur une nationale à trois kilomètres d'ici, la voiture dans laquelle se trouvaient tes parents et ta petite soeur a été percutée de plein fouet par un camion.

Emma sentit sa respiration se bloquer et des frissons parcoururent tout son corps, lui faisant l'effet d'un choc électrique. Elle tentait encore de saisir le sens des mots qu'Annie venait de mettre côte à côte alors que de nouveaux frissons parcoururent encore son échine et ses bras.

- Je suis désolée, Emma, murmura Annie. Ils sont tous les trois partis.

C'était comme si son coeur s'était ouvert en deux, que son cerveau avait explosé… Sa gorge la brûlait et elle ne parvenait même plus à respirer correctement. Ses yeux s'humidifièrent immédiatement alors que la douleur s'insinuait dans tout son corps. C'était impossible… Ils ne pouvaient pas mourir. Emma n'avait jamais envisagé que cela puisse arriver… Alors cela ne pouvait être réel. Elle n'était pas prête. Elle ne le serait jamais.

- Pourquoi ? Parvint finalement à articuler la capitaine aux yeux de faucon.

Annie la regarda avec compassion.

- Je suis navrée, chérie, déclara-t-elle.

Emma ne l'entendait même plus. Sa gorge et ses poumons étaient brûlants. Ses yeux s'opacifièrent et elle ne put bientôt plus voir nettement. Elle ne les verrait plus jamais… Comment était-ce possible ? Et pourquoi cela leur arrivait-il à eux ?

- Il faut que je sache… Tu penses peut-être que ce n'est pas le moment d'en parler mais c'est important : est-ce que tu as de la famille chez qui tu peux… vivre ? Demanda Annie.

La jeune fille ne put penser qu'à une personne. La seule famille qu'il lui restait à présent. Un visage souriant et des cheveux rouges flamboyants apparurent dans son esprit. Elle murmura une faible réponse.

- Je n'ai pas entendu, répondit Annie.

- Pas ici, murmura Emma un peu plus fort en essuyant ses joues.

- Que veux-tu dire ? S'enquit Annie.

- Au Japon, clarifia la jeune fille.

- Le Japon ? C'est un peu… loin.

- C'est ma seule option. Il n'y a que là-bas que je peux aller.

- Ce n'est pas ta seule option. Une famille d'accueil est aussi envisageable. De toute façon, nous reparlerons de tout cela quand tu auras la tête froide, déclara Annie. Maintenant, va chercher tes affaires et rejoins-moi ici, nous allons… les voir.

Emma acquiesça puis retourna dans le gymnase, des larmes coulant inexorablement sur ses joues, ses pas lourds et douloureux. Au fond d'elle, elle savait qu'elle ne se pardonnerait jamais d'avoir insisté pour qu'ils viennent voir ce fichu match de qualification. Ils étaient morts parce qu'elle n'avait pas su se satisfaire de ce qu'elle avait déjà. Ils étaient morts à cause du sport qu'elle aimait plus que tout au monde. Et surtout, ils étaient morts à cause d'elle.

La vie d'Emma était vite devenue un enfer. Elle n'éprouvait plus le moindre plaisir à faire quoi que ce soit. Elle était en permanence seule et leur maison était toujours vide. Parfois, elle passait devant une pièce à la porte entrouverte et la refermait comme pour resister à la tentation d'y entrer pour chercher sa famille et s'assurer qu'ils n'étaient pas tous juste cachés dans une armoire ou endormis dans leurs lits. Et puis il y avait les photos, les odeurs, les objets qu'ils avaient touchés juste avant de mourir et qui n'avaient pas bougé, comme s'ils allaient rentrer plus tard et les déplacer ou les ranger. L'espoir était pire que la tristesse, car il entraînait toujours le déception.

Emma avait involontairement commencé à détester le basketball et ne trouvait plus de plaisir à y jouer. « A quoi bon ? », pensait-elle souvent. Elle avait été consultée pour les enterrements et ils auraient lieu à Los Angeles, là où une grande partie de leur famille reposait déjà. Un enterrement, se retrouver seule… Tout cela représentait beaucoup trop de douleur et d'anxiété pour Emma et jamais plus elle ne portait son beau et grand sourire habituel. Et à vrai dire, avec le temps, plus personne ne pritt de plaisir à jouer ou même à rester avec elle. Après tout, qui avait envie d'avoir à faire à une jeune fille en pleine détresse.

Cependant, les choses auraient pu aller bien mieux pour la jeune fille, voire même s'améliorer. Mais ce ne fut pas le cas. Au contraire, tout ce qui aurait pu arriver de pire arriva. Trois semaines plus tard, elle reprit sa place sur le terrain aux côtés de son équipe en tant que capitaine et meneuse afin de jouer les quarts de finale. Cependant, comme toujours, elle ne ressentait aucun enthousiasme, et sur elle, pesait le poids de la culpabilité et de la tristesse.

- Emma à toi ! S'exclama Célia en lui envoyant la balle sous le panier.

Emma sembla sortir de sa rêverie. Elle pensait encore à sa famille. Elle attrapa finalement la balle et une défenseuse adverse arriva devant elle. Il fallait qu'elle tente un lay-up, elle était en position parfaite pour cela. Elle s'élança sur son pied gauche et resta suspendue un instant. Elle n'était pas assez concentrée pour savoir si elle devait la feinter, la passer à gauche ou à droite. Alors qu'elle penchait vers la droite, elle changea brutalement d'avis et tenta de passer à gauche. Soudain, un craquement terrifiant retentit. Sa cheville se plia au maximum. Dans un sens imprévu. Emma sentit son corps se faire électrocuter et des frissons se propagèrent depuis sa jambe jusque dans son dos. Que venait-il de se passer ? La douleur était insoutenable et elle hurla. Elle s'effondra violemment au sol alors que sa cheville lui faisait un mal de chien. Son visage heurta le parquet. Elle hurla et des larmes de douleur coulèrent involontairement de ses yeux. Des sanglots s'échappèrent de sa bouche ouverte alors que tout son corps était contracté.

- Capitaine ! Hurla l'une des joueuses.

La foule retint son souffle, sous le choc. Emma ferma les yeux pour ne pas voir sa cheville, trop effrayée par ce qu'elle pourrait y voir. Elle se contenta donc de rester allongée et de grimacer, tentant d'oublier la douleur lancinante qui parcourait sa jambe, cependant elle ne pouvait l'oublier. Même quand elle ne bougeait pas, elle la sentait, elle était là. C'était comme une bombe à retardement accrochée à sa jambe. Elle le sentait, c'était comme si au moindre mouvement, sa cheville aller se briser.

Ce jour-là, elle fut transportée à l'hôpital en urgence alors que ses coéquipières finissaient le match sans elle - et gagnaient. Emma avait été examinée et s'était endormie à l'hôpital en attendant les résultats des tests. Michèle, sa coach, vint lui rendre visite, accompagnée de la vice-capitaine. Elles attendirent les résultats aux côtés de la capitaine. Plus tard, un docteur entra dans sa chambre.

- Bonjour mesdames, déclara-t-il. Comment allez-vous ? Demanda-t-il à l'adresse d'Emma.

- J'ai connu mieux, murmura-t-elle. Allez, dites-nous tout, docteur.

Olivia arborait un air dédaigneux et aurait probablement aimé être n'importe où ailleurs qu'ici.

- Eh bien… Commença le médecin.

Emma retint sa respiration.

- Ce n'est pas cassé, déclara-t-il enfin.

Pour la première fois depuis des semaines, Emma ressentit enfin du bonheur. Cette sensation allégea son coeur et elle sentit sa cage thoracique se remplir d'une sorte de bonheur. Elle poussa un immense soupir.

- Cependant, ça s'est joué à rien, ajouta le médecin. Un peu plus et il fallait vous opérer la cheville. J'ai donc plusieurs directives à vous donner. D'abord, dans les prochaines semaines, porterez une attelle avec des béquilles. Surélevez votre jambe dès que possible. Ensuite, vous ne pourrez faire aucun exercice pendant les quatre prochains mois, minimum.

Emma approuva ses paroles d'un signe de tête.

- Finalement, lorsque vous reprendrez le basket, levez le pied et mettez-y moins de gaz. Plus de pivots dangereux ou de pertes d'équilibre, continua-t-il.

- Comme si je l'avais fait exprès, marmonna Emma.

- Les faits sont là, rétorqua le médecin. Vous n'étiez pas concentrée. Pour pratiquer un sport à votre niveau, une concentration optimale est demandée.

Emma donna un coup de poing à son matelas.

- Vous croyez réellement que je ne sais pas tout cela ? Demanda-t-elle avec rage. J'en sais probablement bien plus que vous à ce sujet ! Cependant, docteur, dans la vraie vie, les choses ne sont jamais aussi simples que lorsqu'elles étaient écrites.

- Je vois… Fit le médecin en se retournant vers la porte.

Emma soupira pour se calmer et se laissa retomber sur ses oreillers.

- Attendez, docteur ! Intervint-elle. Je suis désolée, je ne voulais pas dire tout cela. C'est à cause de la fatigue et de tout ce qu'il se passe en ce moment…

- J'ai lu votre dossier, mademoiselle. Je comprends, déclara-t-il calmement.

- Tant mieux.

- Bon, je vais vous laisser. Vous pourrez quitter l'hôpital demain matin, mademoiselle Morgan.

- Très bien, merci et au revoir docteur.

Il sortit de la pièce et la porte de la chambre se referma derrière lui, laissant place à un silence mortel entre les trois femmes.

- Toutes les autres sont devant ta chambre, fit savoir Michèle.

Emma acquiesça.

- Nous devrions les rejoindre, histoire de… Se décider, déclara Olivia.

Michèle approuva d'un signe de tête. Elles se dirigèrent toutes deux vers la porte.

- Nous reviendrons te voir dans quelques minutes, dit la coach grisonnante en refermant la porte derrière elle.

Emma regarda la dite porte d'un regard vide. « Se décider » avait dit Olivia. Mais à propos de quoi ? Emma n'en avait aucune idée. Elle tenta machinalement de bouger sa cheville gauche, provoquant une douleur fulgurante dans toute sa jambe. Pourquoi faisait-elle tout le temps ça ? Elle ne pouvait s'empêcher de la bouger et à chaque fois, cela la faisait souffrir.

- Bordel… Marmonna-t-elle en se laissant tomber sur ses oreillers. Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter tout ça ?

Soudain, son téléphone se mit à sonner et elle tendit faiblement le bras pour l'attraper.

- Allô ? Demanda-t-elle.

- Emma ! S'exclama une voix tonitruante qui lui explosa les tympans.

- Taiga ?! Fit-elle, étonnée. Pourquoi tu m'appelles à cette heure-ci ? Il doit être quatre heures du matin chez toi !

- Parce que je viens de recevoir ton message, idiote, tu croyais vraiment que je n'allais pas t'appeler en panique ? Demanda Kagami. Alors ta cheville ?!

- Je n'ai rien de cassé, répondit-elle avec un immense sourire. Je vais pouvoir continuer de jouer !

- Nom d'un chien, Emma, tu m'as vraiment foutu la trouille sur ce coup là !

- Je sais bien, désolée, déclara-t-elle sur un ton d'excuse.

Il y eut un petit silence.

- J'ai vraiment fait n'importe quoi, Taiga, murmura-t-elle.

- Dis pas ça, après tout ce qui t'es arrivé, il était normal que tu craques, c'était inévitable, répliqua son ami. Alors le match ?

- On a gagné, répondit Emma en souriant.

- Félicitations ! A ce rythme là, ton équipe va remporter le championnat, je le sens !

- Je l'espère de tout coeur, même si je ne serai pas sur le terrain… Enfin, je me suis assez plainte ! Alors et toi ?

- On a commencé les qualifications pour l'Inter-lycée, expliqua Taiga. Notre équipe est encore jeune et l'année dernière, quand je n'étais pas encore là, nos senpai se sont faits écraser contre les trois meilleures équipes de Tokyo. Mais cette année, je suis sûre qu'avec notre équipe on va aller loin !

- C'est fantastique, Taiga ! Je suis si heureuse que tu t'investisses autant pour ton équipe.

- Tu es vraiment trop sentimentale, Emma, répliqua Kagami. Mais… Merci.

- L'équipe de Seirin a vraiment l'air d'être formidable ! Ajouta son amie.

- Eh bien, tu vérifieras par toi-même en mars prochain, ajouta Kagami d'un ton amusé.

- Taiga… Je t'ai dit que rien n'était sûr, commença Emma. Même s'il n'y a que chez toi que je peux vivre, j'ai encore mon rôle de capitaine et de titulaire à jouer ici.

- Tu peux toujours commencer une nouvelle vie ici, intégrer une équipe féminine de Tokyo ! Intervint l'ailier fort. Comme ça, je pourrais garder un oeil sur toi et vérifier que tu vas bien.

- Oui mais je ne peux pas les abandonner…

- En plus, quand tu seras rétablie, la saison française aura déjà recommencé alors que si tu viens au Japon, ce ne sera pas le cas ! Ajouta-t-il.

- Bon, je te promets d'y réfléchir, ça te va ?

- J'attendais plus un « oui » ferme mais je sais que j'arriverai à te convaincre ! Déclara Kagami d'un air assuré.

Emma rit.

- Nous verrons bien…

Soudain, la porte de la chambre s'ouvrit et Michèle et Olivia entrèrent, seules.

- Oh… Désolée Taiga, je dois te laisser, on reparlera plus tard, déclara Emma. Et retourne te coucher.

- Oui c'est ce que je vais faire, bailla-t-il. A plus !

Emma enleva le téléphone de son oreille et raccrocha. Puis, elle releva les yeux vers les deux visiteuses.

- Où sont les autres ? S'enquit-elle faiblement.

- Elles n'ont pas voulu venir, répondit abruptement Olivia.

- Elles s'inquiètent vraiment pour toi et voulaient savoir comment tu allais mais… Elles ont préféré nous laisser faire, expliqua Michèle. Elle n'avait pas le coeur à faire ça à leur capitaine.

- Faire quoi à leur capitaine ? S'enquit Emma avec impatience et appréhension.

- Justement, c'est à propos de ça « capitaine », répliqua Olivia.

Emma tourna lentement la tête vers Michèle.

- De quoi est-ce qu'elle parle, coach ? Je ne comprends plus rien !

- Il s'agit de ta place de capitaine, expliqua calmement Michèle.

La petite brune crut que tout disparaissait autour d'elle. Son coeur se serra.

- Je ne suis plus… ? Commença-t-elle.

- Il a été décidé que non, rétorqua Olivia.

- Et… ce n'est pas tout, ajouta finalement la coach.

Emma releva la tête, les yeux pleins de larmes. Elle était prête à tout faire pour cette équipe, jamais elle ne les aurait abandonné, comment pouvaient-elles lui faire ça ? Pas tout ? Que pouvait-il encore se passer ?

- J'ai consulté Christine, l'entraîneuse de l'équipe B ainsi que toutes les joueuses, y compris la vice-capitaine et il semble que presque toutes soient d'accord, déclara Michèle d'un air navré. Tu sais, à cause de ta cheville, tu ne pourras pas jouer pendant un moment. De plus, la mort de tes parents et de ta soeur a eu trop d'impact sur toi. Même moralement tu n'es plus prête à jouer, que ce soit en tant que capitaine, ou bien en tant que titulaire. Je suis désolée Emma, mais tu ne fais plus partie de l'équipe.

C'en était trop. La jeune fille suffoquait. Elle ne pouvait même plus respirer tant elle était sous le choc. Le basket… C'était tout ce qu'elle avait en ce monde.

- Mais… Murmura-t-elle. Comment est-ce possible ?

- Tes shoots ne sont plus ce qu'ils étaient et ta vision du jeu est altérée par ton manque de concentration, répliqua Olivia. Regarde les choses en face, Morgan, tu n'as plus le niveau.

- Je ne t'ai pas posé la question à toi, Olivia, rétorqua Emma. Et ne me parle pas de ne pas être au niveau, c'est l'hôpital qui se moque de la charité.

Maintenant qu'elle avait repris contenance, Emma se tourna vers Michèle.

- Peut-on savoir qui va prendre ma place de meneuse et de capitaine ?

- C'est Olivia Barthélémy, répondit la coach en désignant la brune aux yeux marron, présente dans la pièce.

Emma n'en revenait pas. C'était une blague, ce n'était pas possible. Même déconcentrée, elle était bien meilleure qu'Olivia, c'était un fait établi et tous le savaient. Quel échec… Que s'était-il passé pour que cette décision soit prise ?

- C'est n'importe quoi ! S'écria-t-elle. Vous savez toutes très bien qu'Olivia ne fera jamais une bonne capitaine. Michèle ! Tu sais que je suis meilleure qu'elle !

- Ecoute, Emma. La discussion est close, la décision a été prise et il est trop tard maintenant. Je suis désolée, je réalise qu'avec tout ce qu'il s'est passé dans ta vie récemment, ce n'est probablement pas le moment, cependant, je veux que tu saches que cette décision a été prise dans l'intérêt de ta santé ainsi que dans l'intérêt de la victoire de notre équipe…

- Assez, la coupa Emma. Sors Michèle, j'ai compris.

- Comme tu voudras, acquiesça la femme grisonnante. Rétablis-toi bien.

Elle sortit, Olivia sur les talons.

- Pas toi, intervint la petite brune aux yeux verts. J'ai encore deux, trois choses à te dire.

La brune aux yeux marrons sembla vraiment hésiter à rester. Emma insista.

- C'est important.

- Très bien je t'écoute, répondit finalement Olivia en revenant auprès du lit. Qu'est-ce que tu me veux ?

- Je sais que tu ne m'as jamais appréciée, commença Emma.

- Bravo, quelle perspicacité, remarqua ironiquement son ancienne vice-capitaine.

- Je sais aussi que tu y es pour beaucoup dans mon renvoi, ajouta-t-elle.

Voyant qu'Olivia allait répliquer, elle continua.

- Ca ne sert à rien de le nier, je ne sais pas par quel moyen tu as réussi à faire ça, mais je sais que c'est toi, c'est comme ça. Cependant, ce n'est pas tout ce que j'ai à te dire.

- Vas-y alors, je t'en prie, fit sarcastiquement Olivia. J'ai hâte d'entendre ça.

- L'année prochaine, nous nous affronterons, déclara calmement Emma, les yeux toujours pleins de larmes. Et je te battrai et enfin, tous comprendront qu'ils ont eu tort et que tu ne tiens pas la route comme capitaine ou comme meneuse.

- Peut-on savoir lors de quel championnat ? Demanda Olivia en fronçant les sourcils.

Emma était certaine d'avoir vu de l'inquiétude passer sur le visage de son ancienne vice-capitaine. Tant mieux.

- Lors du Tournoi International, répondit simplement Emma.

- J'accepte le défi, Morgan. Je t'attendrai.

- C'est plutôt moi qui t'attendrai, répliqua Emma.

- Comment ça ? Fit Olivia, étonnée.

- Le tournoi aura lieu au Japon l'année prochaine. C'est là où je t'attendrai.

Olivia avait l'air ahuri.

- Qu'est-ce que tu irais faire au Japon ?

En entendant cette question, un sourire apparut sur le visage d'Emma, malgré les lourdes larmes qui coulaient sur ses joues. Maintenant, elle savait ce qu'elle allait faire. Sa décision était irrévocable.

- Je vais aller vivre chez la seule famille qu'il me reste, répondit Emma. Et je vais m'entraîner dur pour t'écraser. Prépare toi, Olivia et essaye de ne pas perdre jusqu'à ce que nous nous affrontions.

- Parle pour toi ! Alors… A l'année prochaine Morgan.

- Et au plaisir de ne pas te revoir d'ici là, approuva Emma.

Emma avait fini son explication et releva les yeux vers Takao. Il la regardait d'un air ahuri.

- Je ne sais même pas par où commencer… Murmura-t-il.

- Ne t'en fais pas, déclara Emma. Tout ça est derrière moi et je vais mieux maintenant.

- Je ne savais pas que toute ta famille était… partie.

- Oui, je n'aime pas trop en parler, après cela suscite des réactions comme celle de Michèle, les gens pensent que je n'ai pas le mental et se débarrassent de moi « pour mon bien ».

- Je suis content que tu me l'ai dit en tout cas, répondit-il avec un petit sourire.

Ils écoutèrent les vagues quelques secondes.

- Ta cheville va mieux ? Demanda soudain Takao.

- Oui, bien mieux. De temps à autres elle me fait encore mal mais sinon ça va.

- Tu n'as vraiment pas eu de chance sur ce coup là.

- En réalité, intervint Emma, je pense que cette entorse est ce qui m'est arrivé de mieux durant cette période de ma vie.

- Comment ça ? Fit-il, étonné.

- Après la mort de ma famille, j'ai pensé que c'était de ma faute et de celle du basket s'ils étaient partis et ça m'a fait détester ce sport. J'avais même commencé à songer à arrêter. Et puis je me suis blessée et j'ai compris que je ne détestais pas le basket.

Takao la regardait avec beaucoup d'attention.

- Tu sais, quand je suis tombée et que j'ai ressenti toute cette douleur, mon premier réflexe a été de fermer les yeux. Tu sais pourquoi ?

Takao hocha la tête en signe de dénégation.

- Parce que j'avais peur que ma cheville soit cassée. Je ne voulais pas que cela arrive. Et le fait que j'ai peur de cela m'a montré que j'aimais le basket au point de ne jamais vouloir que cette histoire s'arrête.

- Je comprends, acquiesça Takao. C'est très beau.

Ils se regardèrent un instant puis se sourirent.

- Donc d'après ce que tu viens de me raconter, en fait, tu es allée au Japon pour battre tes anciennes coéquipières, c'est l'idée ?

- Non… C'est surtout parce que je n'avais plus rien et que j'avais besoin de tout recommencer à zéro. Mais certes, c'est l'une des raisons pour lesquelles je suis ici, répondit Emma.

Soudain, derrière eux, les plantes sèches des dunes produisirent un bruissement léger. Les deux meneurs se retournèrent brusquement : ils avaient tous deux vu quelque chose bouger dans leur grand champ de vision. Une grande silhouette se détacha sur le ciel d'encre et bientôt, plusieurs autres la rejoignirent.

- Qu'est-ce que… Commença Emma en plissant les yeux pour distinguer des visages.

- Je ne peux pas le croire, lança Haruna, la voix tremblante.

- Je ne te pensais pas capable de nous faire ça, Emma… Chuchota Rina.

- Comme quoi… Parfois, la première impression est en fait la bonne, ajouta Nozomi, déçue.

- Je ne veux pas croire ce que j'ai entendu, murmura Aoi, pour la première fois très sérieuse, le regard chargé d'incertitude et de déception.

Emma se leva vivement, Takao juste après elle.

- Comment je peux vous faire quoi ? Je ne comprends rien à ce que vous dites ! Et puis vous m'espionnez maintenant ? Demanda-t-elle, furieuse.

- Ce que tu nous as fait ? Répéta Haruna. Oh je ne sais pas peut-être… Te servir de nous dans le seul but de te venger de ton ancienne équipe ? Nous ne sommes pas une fin pour toi, rien de plus qu'un moyen.

- Quoi ?! S'exclama Emma. Mais je n'ai jamais dit ça !

- Moi je ne veux que croire que tu ne l'as pas dit capitaine, intervint Aoi. Mais…

- Si tu veux tant te venger que ça, trouve-toi de nouvelles joueuses, rétorqua Nozomi.

Puis, toutes les quatre se regroupèrent, Aoi tournant le dos à Emma à contre-coeur et ensemble, elles s'en allèrent vers l'auberge. Emma commença à courir vers elles quand soudain, Takao la retint en l'attrapant par le poignet.

- Pourquoi tu… Commença-t-elle.

- Je ne suis pas expert en la matière, déclara-t-il, et on peut penser que je suis stupide parce que je plaisante toujours, mais je pense vraiment que tu devrais attendre qu'elles rentrent et en parlent aux autres pour les avoir toutes face à toi lorsque tu t'expliqueras.

La brune soupira puis releva les yeux vers lui, résignée.

- Tu es loin d'être stupide Takao, coupa Emma. Ce conseil est très intelligent, je vais l'appliquer.

Ils commencèrent à marcher lentement derrière le groupe des quatre joueuses furibondes.

- Et puis… Moi j'adore les garçons qui plaisantent, fit Emma en souriant à Takao.


Voilà c'est tout pour aujourd'hui les amis ! J'espère que vous avez appris beaucoup de choses dans ce chapitre et que vous avez aimé ce que vous avez lu ! Sur ce, j'espère que j'aurais quelques uns de vos retours. Je vous dis à la semaine prochaine et vous souhaite une excellente fin de semaine. Gros bisous !

- Maude-chan