Bonsoir tout le monde ! Hé oui, vous ne rêvez pas, le chapitre 18 est enfin là ! Je sais, désolée, j'ai mis le temps pour l'écrire... Mais il est là et il est plutôt long, plein de contenu et d'évènements, de quoi satisfaire votre soif de fiction pour cette semaine ! J'espère de tout coeur réussir à écrire le 19 pour la semaine prochaine. Si vous en avez le temps, n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez du tournant de l'histoire et ce que vous aimeriez voir venir ensuite ! Vos commentaires changent vraiment la donne pour moi. Merci de commenter, de favoriter, de suivre l'histoire, vous êtes formidables.

Remerciements : Merci à toi Invité, je suis trop triste que tu n'aies pas laissé de nom alors que ton commentaire est aussi gentil et amusant ! En tout cas, je suis vraiment ravie que tu apprécies l'histoire et son rythme ! Je ferai tout pour maintenir ce niveau. Quant à Emma et Akashi, j'ai longuement hésité, puis je me suis dit que quelque chose viendrait peut-être plus tard, n'hésite pas à me dire ce que tu penses de la tournure des choses. En ce qui concerne Midorima, parfois il m'agace, mais au fond, j'ai toujours été certaine qu'il était plus intéressant que ça, de plus, j'ai un faible pour les arrières au basket alors je n'ai pas resisté haha. Je te souhaite une lecture, et j'espère que tu me donneras ton avis bientôt !

Sur ce, bonne lecture à tous !


Chapitre 18 : Que le tournoi commence !

Le bilan du bal était assez partagé. Pour certains, il n'avait fait aucune différence, ç'avait simplement été un moment agréable, pour d'autres, cela avait créé des tentions manifestes, quant aux derniers, il avait créé de nouveaux liens, et ce n'était certainement pas Aoi qui allait s'en plaindre, Haruna non plus d'ailleurs.

Pour ce qui était des tentions, Kagami avait été assez désagréable avec Emma sur une certaine durée de temps, même s'il avait vite abandonné l'idée de rester fâché bien longtemps contre sa soeur d'adoption. Il pensait que cela ferait réagir Emma, cependant, elle ne voyait absolument pas ce qu'elle avait fait de mal et avait laissé Kagami jouer à son petit jeu tout seul, un peu exaspérée. D'autre part, Serina, l'ailière remplaçante de l'équipe féminine s'était disputée avec Takao. La plupart des gens, et lui y compris, n'avait guère compris pourquoi un tel déchirement, cependant, toutes celles au courant des sentiments de Serina pour le meneur n'avaient eu besoin d'aucune explication pour en deviner la raison.

Il était évident que Tatsuya, Izuki, Takao et Akashi avaient eux aussi eu certaines réserves quant à la soirée sur le chemin du retour, à cause du tournant inattendu du bal notamment, de l'histoire d'Emma et de Tatsuya, ainsi que de sa proximité avec Midorima.

Malgré tout cela, et contre toute attente, Takao et Midorima semblaient de nouveau parler et jouer ensemble comme avant. Cela en revanche, personne ne pouvait l'expliquer et même Miyaji n'avait pas eu envie de demander des explications aux intéressés. Enfin… Emma avait bien sa petite idée…

En ce qui les concernait, elle et Midorima, il n'y avait pas grand chose à dire : une semaine s'était passée depuis l'altercation avec Tatsuya, la rencontre avec Akashi et le thé qu'elle avait prit avec l'arrière de Shutoku le soir du bal. Les deux n'avaient pas reparlé de ce moment d'ailleurs, Emma, trop gênée d'en discuter avec lui, Midorima, auquel elle se sentait si attachée mais qui était à la fois tellement loin d'elle de par sa supériorité au basket. Et même si elle aimait beaucoup Midorima et le temps passé avec lui, elle ne faisait clairement pas le poids. Alors, à son réveil, une fois qu'elle avait compris qu'il l'avait portée jusqu'à son lit, elle s'était contentée de lui envoyer un message mesuré.

Emma : Merci pour tout, j'espère que tu as passé une bonne soirée.

Midorima : De rien. J'espère que c'est aussi ton cas.

« Un peu froid » avait pensé la capitaine en roulant dans sa couette pour se réchauffer. « Mais après tout, ce n'était qu'une soirée, je n'attendais rien de particulier non plus ». Elle avait à peine été déçue, puis s'était souvenue d'à quel point Midorima était devant elle et qu'elle n'arriverait peut-être jamais à l'égaler. Après tout, elle lisait des magazines qui parlaient de lui avant même de devenir capitaine au lycée.

- Maintenant, distribue le jeu vers Midorima, ordonna le coach à Takao.

Le meneur s'exécuta. Midorima récupéra la balle et tira dans la seconde.

- Voilà ! On retrouve une bonne synergie ! Approuva le coach de Shutoku. C'était beaucoup mieux.

- Je suis d'accord avec vous, ajouta Otsubo en regardant le meneur et l'arrière. En plus, ça nous fait une nouvelle stratégie que personne n'a jamais vu !

- Bon, vous pouvez retourner aux vestiaires, déclara le coach. On se revoit ce soir pour la cérémonie d'ouverture du tournoi international, je compte beaucoup sur votre présence et je suis sûr que les filles aussi.

- Comptez là-dessus ! S'exclama Miyaji, l'image de ses coéquipières souriantes en tête, notamment celle de Risa.

Les autres acquiescèrent, puis se dirigèrent vers les vestiaires. Alors que les autres parlaient joyeusement, Takao et Kimura imaginant la cérémonie en avance, Midorima était totalement perdu dans ses pensées. Il aurait aimé continuer de s'entraîner pour se vider la tête. Le problème était que, toute la journée, Emma était restée auprès de ses coéquipières pour planifier la rencontre avec les autres équipes le soir-même et il ne lui avait pas parlé depuis leur entrée dans le bâtiment et à vrai dire, la façon dont ils s'étaient quittés l'inquiétait un peu. Qu'en avait-elle déduit ?

- Bonjour Shintaro ! S'exclama Emma.

- Bonjour, répondit-il avec étonnement, se rendant compte qu'elle était arrivé à côté de lui.

- Ça ne t'embête pas qu'on aille jusqu'à la salle ensemble ?

- Non, pas du tout.

Il remarqua qu'elle avait l'air joyeux. Alors qu'ils montaient les escaliers, elle tordait ses doigts.

- Tu veux me parler de quelque chose ? Demanda-t-il.

Comme toujours, tous les étudiants les regardaient passer avec curiosité.

- Pas vraiment, en fait je suis juste survoltée, lui dit-elle en souriant. Et puis, j'appréhende un peu le moment où je vais toutes les revoir.

Ils atteignirent bientôt leur salle de classe.

- Ça va bien se passer, j'en suis sûr, lui dit-il en esquissant un genre de sourire un peu froid.

Emma n'eut pas le temps de répondre car Serina les intercepta pour requisitioner Midorima.

- Il faut que je te parle, de toute urgence, dit-elle en l'entraînant par le bras.

La capitaine se stoppa net au milieu du couloir et regardant Midorima disparaître derrière un autre couloir, guidé par l'ailière remplaçante. Il prit le temps d'adresser un air incertain à Emma.

- Alors ça, c'est bizarre, fit la meneuse en fronçant les sourcils.

Puis, elle passa son chemin pour se rendre dans leur salle de classe. C'était la dernière fois de la journée que Midorima avait parlé à Emma, n'ayant le droit de voir que son dos pendant les cours.

Il fut le premier à sortir des vestiaires, salué chaleureusement par Takao. Il arpenta le couloir du gymnase. Il y avait tant de choses dont il voulait parler à Emma. Des explications à lui donner pour sa disparition de ce matin et des explications à demander, notamment concernant Akashi. Il se posait des questions et le mieux à faire, était encore de les poser directement à l'intéressée. Dans l'un des vestiaires à côté desquels Midorima passait, il y avait encore du bruit alors qu'ils étaient censés être déserts à cette heure. Midorima regarda rapidement à l'intérieur et vit qu'Emma lui tournait le dos, rangeant ses affaires dans son sac. Elle chantonnait doucement.

Il l'écouta un instant, stoïque, l'air insensible devant elle, alors qu'en réalité, il réfléchissait à toute allure. Il écouta la capitaine aux yeux de faucon chanter encore un peu, hésitant. Pourquoi ne pas entrer ?

Non, c'était une mauvaise idée, elle aurait sans doute préféré voir n'importe qui d'autre à cet instant, pas lui, toujours aussi froid. Finalement, Midorima prit de sa poche un objet qu'il avait obtenu le matin même et qu'il souhaitait lui remettre. Il serra fermement l'objet le déposa devant la porte avant qu'Emma le voie, puis, il s'éloigna d'un pas souple et déterminé. Une fille comme elle, aussi lumineuse et chaleureuse n'avait sûrement pas de temps pour un être aussi morose et négatif que lui. Alors, il ne resterait pas dans ses pattes, mais il lui apporterait quand même son aide à sa façon à lui, distante et morose.

La journée d'Emma n'avait consisté qu'en une suite d'inquiétudes occupant son esprit. En fait, il y en avait surtout deux. D'abord, la disparition de Midorima le matin même et le fait qu'elle n'ait aucune explication à ce sujet. Ensuite, il y avait le fait qu'elle allait revoir ses anciennes coéquipières françaises. Quel stress. Quelle vision d'horreur. Alors qu'elle ne parvenait pas à s'arrêter de paniquer en finissant de ranger ses affaires à la fin d'un entraînement, elle se mit à chantonner une musique qu'elle aimait beaucoup. Elle n'entendit pas que quelqu'un entrouvrait la porte de son vestiaire pour vérifier s'il y avait quelqu'un. Elle ne vit pas non plus cette personne déposer un petit objet contre le mur, puis repartir.

Soudain, le téléphone d'Emma sonna une fois. Un message. Elle l'attrapa lentement et le mit sous ses yeux. Elle ouvrit grand les yeux. La capitaine ne s'était manifestement pas préparée à recevoir un message de cette personne.

Le soir était enfin arrivé, il devait être vingt heures dans le gymnase du lycée Shutoku. Des tables avaient été dressées et on avait posé des verres d'eau dessus, ainsi que des badges pour les visiteurs. La salle était en pleine effervescence et toutes les équipes étaient entrées. Les coaches et directeurs se saluaient pompeusement dans un mélange d'anglais et de leur propre langue assez maladroit et les filles de chaque équipe demeuraient timides, ne restant qu'avec leurs coéquipières. Les filles de Shutoku, elles, étaient entourées des garçons de l'équipe masculine. Eux non plus ne souhaitaient guère se mélanger aux autres élèves qu'ils ne connaissaient pas. Ils n'étaient venus que pour soutenir leurs coéquipières et parce que c'était la tradition.

Les filles de Shutoku discutaient vivement entre elles avec excitation.

- On y est bientôt, fit Rina.

- J'ai du mal à y croire, approuva Serina, observant les autres équipes.

- Et pourtant c'est bien vrai ! Ajouta Shiho qui trépignait.

- Ça va le faire, les rassura Haruna.

- Tu m'étonnes que ça va le faire ! S'exclama Aoi avec détermination. Rien ni personne ne peut nous arrêter maintenant.

Quelques garçons se mêlèrent à leur discussion.

- C'est la bonne mentalité, approuva Takao.

- J'ai hâte que le tournoi commence, déclara Otsubo.

- Ouais ! Lança Kimura. J'ai vraiment envie de voir ce que tout le monde réserve.

- Ça promet en tout cas, intervint Miyaji en posant une main sur l'épaule de Risa qui acquiesça calmement, les joues rouges.

Le tumulte qui commençait à monter du côté de Shutoku se répandit dans le gymnase et, petit à petit, il encouragea les autres équipes à se détendre un peu. Ils parlaient désormais presque tous mais Emma, elle, ne disaient rien, se contentant de serrer quelque chose dans sa main. Midorima, Aoi et Takao lui jetèrent un coup d'oeil. Son visage était différent de d'habitude. Il n'évoquait pas son habituelle détermination mais… Elle avait tout de même l'air prêt. Cette fois-ci, c'était juste un peu différent étant donné que son visage laissait aussi paraître de la nervosité. « Elle attend ce moment depuis si longtemps, les revoir a dû être un choc », pensa l'ailière aux cheveux bleus avec sérieux. « Tu ne dois pas penser à elles, mais uniquement à ta victoire », pensa à son tour Midorima.

En effet, non loin d'eux dans le gymnase se tenait l'équipe de basket française et donc, Olivia et les anciennes coéquipières d'Emma, ainsi que Michèle, leur coach. La capitaine ne s'était pas préparée mentalement et se sentait encore bouleversée. Une pluie de souvenirs s'abattit violemment sur elle. La douleur qu'elle avait éprouvé avait été si forte suite à son renvoi de l'équipe que rien que le fait de revoir ses anciennes coéquipières la ravivait.

Au moment même où un flash d'images passait dans son esprit, Emma entendit une voix lointaine.

- Emma.

Quelqu'un l'appelait à répétition. C'était Aoi, elle en était sûre. Cependant, elle ne trouva aucun moyen de lui répondre, comme perdue dans la marée. La capitaine avait les yeux portés sur la foule de visages qu'elle connaissait. Ses anciennes coéquipières françaises. Son sang se glaça lorsqu'elle rencontra les yeux noirs et impitoyables d'Olivia. Son ancienne vice-capitaine. Cette dernière sembla surprise pendant un instant infiniment court, puis son visage sembla de nouveau aussi froid que du marbre dans lequel aurait été taillé un sourire mesquin. Olivia adressa un petit air satisfait à Emma qui sentit son coeur bondir dans sa poitrine. Elle serra les poings. La petite capitaine avait comme une soudaine envie de se jeter sur elle et de lui coller son poing dans son sourire. Alors que ses ongles s'enfonçaient avec force dans sa paume…

Une main ferme se posa sur son épaule. Emma revint brusquement à elle, le visage brûlant. Elle jeta un regard sur sa gauche. Midorima la regardait avec un visage froid et sérieux, sa main toujours posée sur son épaule.

- Tu es drôlement ailleurs, ça fait plusieurs fois déjà que Aoi t'appelle, déclara-t-il en ôtant sa main.

Midorima l'observait minutieusement. Il savait très bien à quel point elle pouvait être en colère. Tous les coéquipiers de Midorima le regardaient avec étonnement. Sa réaction avait été si spontanée avec elle. Comme s'il avait agi sans même avoir à penser. Takao cessa de sourire. Shintaro était vraiment à un tout autre type d'amitié avec Emma.

Emma acquiesça, les joues rouges, et se tourna vers Aoi, l'air désolé.

- Ça fait rien, répondit Aoi en souriant. Détends-toi un peu, tout va bien.

- Oui, essayons de nous amuser, approuva Haruna en serrant son poing avec détermination.

Emma sourit en entendant cela. Elle aurait eu du mal à penser que l'ailière aux cheveux blancs dirait un jour ça. La voir si positive était déjà, en quelque sorte, une victoire.

- S'il vous plaît ? Demanda une voix incertaine dans un micro.

Tous les joueurs de Shutoku se retournèrent vers la scène en tressaillant, tant l'accent de leur coach avait été de mauvaise qualité. L'assemblée de manière générale toussota et se permit un ricanement par-ci par-là.

- Oh non… Murmura Shiho.

- Le coach s'y remet, commenta Risa.

- Mais comment il fait ? S'enquit Takao.

- On dirait qu'il est encore moins bon que la dernière fois que je l'ai entendu parler anglais, approuva Miyaji.

Leur coach, qui les avait entendus, se tourna vers eux et murmura en japonais :

- Si je vous entends encore faire un commentaire, l'entrainement sera si dur que vous allez tous quitter le club pour vous inscrire dans l'équipe de volleyball, c'est clair ?

L'assemblée les observait, perdue. Tous les joueurs japonais, eux, avaient bien compris et déglutirent avec difficulté.

- Parfaitement compris !

- Bien. Je vous souhaite tout d'abord la bienvenue à toutes et à tous ici, à Tōkyō pour une nouvelle édition de notre habituel tournoi international auquel Shutoku participe cette année pour représenter le Japon. C'est un honneur pour nous de vous accueillir ici.

Tous applaudirent avec mesure. N'attendant plus que l'annonce du début des hostilités. Toutes les joueuses lançaient des regards curieux et sévères aux autres équipes.

- A la fin de cette cérémonie d'ouverture, avant votre départ, vous recevrez une lettre vous expliquant l'organisation des différentes poules d'équipes, et surtout, qui sera votre premier adversaire.

A la fin de son discours, les équipes se dispersèrent un peu et un brouhaha monta dans le gymnase, se réfractant sur le plafond et redescendant sur la foule, l'enveloppant d'un fort bruit ambiant. Ainsi, les équipes ne se mélangèrent guère et seules quelques personnes conversèrent vers les buffets. Les coaches furent les seuls à se rencontrer, souriants.

- Bon, lança Aoi. Moi je vais me chercher de quoi manger, c'est qu'on s'ennuie un peu.

- Pour une fois, t'as raison, approuva Nozomi, la rousse.

- « Pour une fois », grommela Aoi.

- Moi aussi je viens, je crève la dalle, approuva Haruna.

- Et moi aussi je viens, mais c'est pour vous surveiller surtout, je vous connais, fit Rina, la pivot remplaçante avec agacement.

Elles commencèrent à s'éloigner alors que toutes les filles de l'équipe de Shutoku restaient sur place, les garçons à côté d'elles.

- Bon, ben moi aussi je vais aller voir ce que vaut leur nourriture, j'ai super faim, ajouta Kimura.

- Maintenant que tu le dis, approuva Otsubo en passant une main sur son ventre gargouillant.

- Allez, on y va, lança Miyaji en suivant ses deux coéquipiers vers les tables du buffet.

Shiho s'étira puis ajusta ses barrettes dans ses courts cheveux blonds.

- Ça n'a pas vraiment servi à grand chose en fait qu'on vienne ici, remarqua-t-elle.

- Pas faux, approuva Serina.

- Faites pas les blasées ! S'exclama Takao. Vous vous êtes qualifiées pour le tournoi c'est déjà génial et maintenant les vrais matches vont commencer.

Serina souffla.

- Tu réfléchis vraiment jamais, Takao.

- Ouais, ce que tu dis est plutôt vrai mais… On est tellement prêtes que les blablas ça ne nous intéresse plus, déclara Risa en remontant ses lunettes.

- Maintenant, on veut juste les affronter, ajouta Emma.

Toutes acquiescèrent. Midorima ne disait plus rien et se contentait d'observer Emma avec sérieux. Arborant toujours cet air froid. Elle avait l'air un peu moins dispersé maintenant, dans un sens, c'était mieux. Il préférait qu'elle ne soit pas trop mélancolique ou enragée, il devinait comment cela pouvait la f aire souffrir. Soudain, leurs regards verts se croisèrent.

Il avait cherché celui d'Emma toute la soirée, mais maintenant qu'elle le regardait, il se sentait gêné. Midorima détourna vite les yeux.

-Takao, tu viens avec moi, déclara-t-il.

- Où ça ? S'enquit le brun aux yeux de faucon, étonné.

- Au buffet.

Puis, sous les regards perdus de la totalité des filles de Shutoku, ils s'éloignèrent. Emma ne regarda que le dos de Midorima, aussi égarée que les autres. Pourquoi avait-il détourné les yeux ainsi ? Et pourquoi cette fuite ? Et évidemment, la question qui lui trottait dans la tête depuis plusieurs heures : pourquoi ne pas lui avoir remis son cadeau en main propre ?

- Tout le monde est super bizarre ce soir, remarqua Shiho.

- C'est tout à fait ce que j'étais en train de me dire, approuva Risa en regardant Takao et Midorima.

- Et puis, pour quelle raison sont-ils de nouveau amis ? Demanda Serina, secrètement à l'adresse d'Emma.

La capitaine se contenta de soupirer.

- J'aimerais bien le savoir, moi aussi, répondit Emma. Peut-être se sont-ils expliqués ou ils ont passé un genre d'accord, j'en sais vraiment rien.

« Un accord », pensèrent Risa et Serina. Elles n'eurent cependant pas le loisir d'y réfléchir plus longtemps car derrière elles, de nombreux bruits de pas s'approchaient. Lorsqu'une voix retentit tout près d'elles, toutes les joueuses de Shutoku qui n'était pas parties se ravitailler en petits fours se retournèrent brusquement.

- Tiens, mais regardez qui voilà, lança une voix froide et jubilante.

Environ 1 mètre 70, les cheveux marrons, les yeux presque noirs, la peau assez pâle… Le coeur d'Emma fit un nouveau bond dans sa poitrine. Olivia Barthélémy. La joueuse française s'approcha lentement d'Emma avec un immense sourire, ignorant royalement toutes les coéquipières de la capitaine. Leurs regards noir et vert s'opposèrent un instant, beaucoup d'amusement dans le premier, un torrent de ressentiments dans le deuxième. Olivia brisa ce regard quelques secondes plus tard pour jeter un oeil à la jambe gauche d'Emma.

- Alors Morgan, susurra-t-elle, l'air faussement inquiétée. Ça va mieux, ta cheville ?

Emma resserra de nouveau les doigts sur l'objet dans sa main de toutes ses forces, quitte à ce que l'objet et ses ongles blessent sa paume. Tant pis, il fallait qu'elle se calme à tout prix. Sa patience fut plus malmenée encore lorsque quelques unes de ses anciennes coéquipières gloussèrent. Mêmes si certaines semblaient dépitées et un peu désolées, ce n'était pas le cas de toutes. Emma leva les yeux vers Célia, sont ancienne coéquipière ailière qui ne la regardait pas directement.

Olivia s'approcha encore d'Emma et la regarda de haut.

- Eh bien, on dirait que tu n'as toujours pas grandi, remarqua-t-elle avec un petit rire.

- Très observatrice, comme toujours, répliqua Emma avec calme. J'imagine qu'il t'a fallu quelques minutes pour remarquer ça.

Les joueuses de Shutoku se retinrent de rire, sous tension à cause de l'atmosphère oppressante de leur conversation. Olivia soupira, agacée, puis se tourna vers les autres joueuses de Shutoku, les jaugeant avec attention. La brune aux yeux marrons s'approcha de Risa qui la regardait avec sérieux derrière ses lunettes.

- Bon, bon, bon, murmura Olivia. Dis-moi, Morgan… Qu'est-ce que c'est que cette équipe de naine ? Qui va jouer pivot, elle ? Demanda-t-elle en montrant Risa du doigt.

Emma serra à nouveau les poings et grogna. Shiho, Serina et Emi eurent elles aussi du mal à contenir leur colère. Pour qui elle se prenait ? Risa, elle, demeura parfaitement calme et digne, jaugeant Olivia comme si elle n'avait pas parlé du tout.

Plus loin, près du buffet, les joueurs de l'équipe masculine avaient finalement remarqué que quelque chose se passait. Miyaji fit un pas vers elles, apparemment en colère. Midorima le retint par le bras.

- Ne fais pas ça.
- Et depuis quand on laisse des gens ridiculiser nos coéquipières ? Demanda le vice-capitaine blond avec colère.
- Miyaji a raison, approuva Takao.
- C'est de l'honneur de nos amies et de notre lycée qu'on parle, ajouta le blond.
- Elles savent répondre elles-même, répondit sagement Otsubo.

Midorima approuva d'un signe de tête en observant Emma. Miyaji, lui, se calma. L'arrière aux cheveux verts s'était perdu dans la contemplation de sa coéquipière. « Même quand elle est folle de rage, elle reste si lumineuse », pensa-t-il.

- Mais c'est quand même rageant, intervint Kimura en serrant les poings.

- Peu importe, elles ont toujours su se défendre sans nous, répliqua Otsubo, et peut-être qu'elles se défendent même mieux que nous.

- Mais… Reprit Takao. Il manque la moitié de leur équipe ! Serina est déboussolée.

- Et on dirait qu'Emma va lui coller son poing dans la figure, approuva Miyaji. Ça va exploser à un moment ou à un autre.

Otsubo ne trouva rien à répondre. Et il était vrai qu'en cet instant, de tout son corps, Emma avait envie de mettre Olivia en pièce, de la faire souffrir autant qu'elle l'avait fait souffrir. Mais… Ce n'était pas la solution. Et elles avaient fait trop d'efforts pour que tout s'achève ainsi.

- Non, répliqua Midorima.

Tous les autres se tournèrent vers lui, étonnés.

- Non ? Répéta Takao.

- Elle se maîtrise parfaitement, ajouta l'arrière aux cheveux verts qui observait encore la petite capitaine.

A ce moment, quatre silhouettes, toutes hautes, dont plusieurs dépassant Takao, Kimura et Miyaji, les écartèrent.

- Arrêtez de gigoter et de geindre comme ça, fit Nozomi en passant.

- Ouais, détendez-vous un peu les gars, ajouta Aoi en levant les yeux au ciel.

- On est là pour s'amuser après tout, approuva Rina d'un sourire resplendissant.

- De toute façon, on vient en renfort, conclut Haruna avec détermination.

Les quatre plus grandes joueuses de l'équipe féminine s'avancèrent jusqu'au petit groupe de japonaises et de françaises d'un pas franc et déterminé. Lorsque les françaises les virent arriver, elles durent lever les yeux pour les regarder.

- Un problème ? Demanda Haruna, de loin la plus grande.

Olivia se retourna promptement pour faire face aux nouvelles venues. Elle leva les yeux et son visage se décomposa.

- Ouais, ajouta Aoi, elle aussi grande. On s'absente dix minutes et on revient pour nous rendre compte que des vermines ont investi les lieux.

- Joliment dit, murmura Rina, suivi d'un coup de coude dans les côtes d'Aoi pour la féliciter.

- Je sais, merci.

Emma et toutes ses coéquipières sourirent. Pile à temps. Les garçons, eux, ne purent s'empêcher de rire après cette intervention rondement menée. Du côté des françaises, tous les rires avaient cessé. Elles venaient de comprendre que l'équipe comportait quatre joueuses de plus d'1m75, dont trois dépassant le mètre 80, alors même que la plus grande joueuse de leur équipe atteignait difficilement le mètre 78 et que la deuxième était Célia faisant 1m75.

- Maintenant, commença Takao, c'était super drôle mais on dirait que c'est la française qui a envie d'en coller une à Emma.

Et Takao ne se trompait pas. Olivia mourrait d'envie de s'acharner contre Emma. Ses yeux lançaient des regards meurtriers horrifiant. Comment, après qu'elle l'aie détruite, avait-elle pu se relever ?

- Moi, j'aimerais bien que ce soit l'une de nos coéquipières qui lui en colle une, commenta Kimura en remontant ses manches.

- Aucune d'entre elles ne le ferait, ajouta Takao en regardant surtout Emma et Serina.

Ce fut à Midorima de regarder Takao. Décidément, il connaissait encore Emma et était toujours capable de la cerner, malgré tout. Midorima ne répondit rien.

- Bonsoir les garçons, lança leur coach en arrivant. A quoi êtes-vous occupés ?

- Salut coach, répondit Miyaji. On regarde les filles faire connaissance avec les ancienne coéquipières de la capitaine.

- Voilà qui promet, remarqua le coach.

- C'est clair, approuva Takao.

- Mais… Nos filles vont les écraser, dommage pour elle, déclara Miyaji avec un sourire.

Aoi mit ses mains sur les hanches, défiant, comme toutes les autres joueuses de Shutoku, les françaises du regard. Le pivot aux cheveux courts et blancs avait elle aussi un regard transperçant, le même que Risa, Emi, Serina ou encore Shiho. Emma s'approcha d'Olivia et la fixa dans les yeux intensément.

- J'espère que tu t'es bien amusée et que tu as bien ri jusque là, Olivia, parce que Shutoku va te faire passer l'envie de rire, déclara la capitaine aux yeux de faucon.

Les joueuses de Shutoku approuvèrent.

- Tu parles bien, Morgan, mais sur un terrain, ça ne vaut rien, rétorqua Olivia.

- S'il ne s'agissait que de ma façon de parler, tu n'aurais pas à t'en faire, reprit Emma. Cependant, toi et les autres savez très bien que vous avez d'autres raisons d'être inquiètes.

Olivia sembla plus agacée encore.

- Au contraire Morgan, je ne crois pas du tout.

- C'est donc que tu as oublié que j'étais ta capitaine et la meneuse titulaire, alors, déclara Emma.

Olivia sembla paniquée.

- Ça ne veut rien dire. Aujourd'hui je suis tout ça pour notre équipe, rétorqua la capitaine française.

- Mais nous savons très bien que c'est un poste que tu ne méritais pas, répondit la capitaine de Shutoku.

Un instant, Emma et Olivia se turent et toutes leurs coéquipières se jaugèrent. Risa les observaient une à une avec minutie jusqu'à ce qu'elle croise un regard différent des autres. Un regard reflétant la culpabilité et la bonté. C'étaient les yeux marrons d'une jeune fille blonde de l'équipe française. La dénommée Célia. Risa l'observa quelques secondes avec étonnement. Pourquoi avait-elle l'air si différente ?

- Tu mens, reprit Olivia.

- Oh, je mens ? Alors pourquoi j'ai l'impression que tu me demandes la permission à chaque fois que tu me dis que tu es la nouvelle capitaine ? S'enquit Emma avec agacement.

- C'est faux, la coupa Olivia. Tu n'as simplement jamais accepté que je te remplace, voilà tout.

Emma explosa de rire, évacuant un peu de sa rage.

- Ecoute-moi bien, Olivia, je ne perdrai pas face à toi.

- Et c'est pareil pour moi, rétorqua cette dernière.

- Très bien, dit Emma. Alors essaye de ne pas te faire éliminer au premier match, d'accord ?

- Compte là dessus, Morgan.

Les meneuses se jetèrent un dernier regard, puis les françaises quittèrent leur groupe, un peu moins confiante qu'au début. Emma fit tout de même un pas vers le groupe qui partait.

- Hé, Célia ! Appela-t-elle.

La joueuse blonde se retourna, le coeur battant.

- Oui ? Demanda-t-elle incertaine.

- C'est toujours un plaisir de te revoir, déclara Emma avec sincérité.

Célia avait envie de sourire mais elle n'y parvint pas. La culpabilité gravée sur son visage.

- Pour moi aussi, je t'assure, répondit simplement la blonde.

- Bonne chance pour le tournoi, ajouta Emma en souriant.

- « Pas besoin de chance quand on a du talent », pas vrai ? Déclara Célia.

- Exact, fit Emma en riant. Tu t'en souviens bien.

- Toujours. Bon… A bientôt.

Puis, l'ailière française quitta elle aussi le gymnase d'un pas léger et gracieux, même s'il était lourd de regrets.

- Qui c'était ? Demanda Aoi en se postant aux côtés d'Emma.

- L'ancien as de mon équipe. Mon binôme, Célia, expliqua la brune. Nous étions très proches avant que je ne sois renvoyée de l'équipe. Elle… Elle s'en veut beaucoup, elle pense que c'est de sa faute si elle n'a pas réussi à les faire changer d'avis. Et elle n'aime pas beaucoup Olivia.

- Qui aime Olivia ? Fit Rina avec ironie.

- Oh… Reprit Emma. Tu serais étonnée de savoir que nombreux sont ceux qui l'apprécient, même hors de l'équipe.

- Eh bien tant pis, on s'en fout, on va quand même les battre ! S'exclama Haruna.

- Ouais ! Répliquèrent les autres avec entrain.

Les garçons les regardaient encore.

- Je vois pas pourquoi on s'inquiétait en fait, conclut Miyaji.

- Oui, elles se sont super bien débrouillées, ajouta Kimura.

- Evidemment, répondit Midorima en remontant ses lunettes de son majeur.

La cérémonie d'ouverture était enfin finie et le coach de Shutoku attendait à la grille de l'école pour saluer tous les coaches, directeurs et leurs élèves un à un dans son immense politesse. Il se mettait beaucoup trop la pression.

Tous les joueurs et joueuses de Shutoku étaient déjà sortis du gymnase et étaient allés monter dans la voiture de leurs parents ou attraper un train. Midorima, qui enfilait son manteau, venait tout juste de voir la dernière personne présente dans le gymnase à part lui partir. C'était Emma. Elle avait ajusté son manteau noir qui lui arrivait à mi-cuisses, puis s'était engouffrée par la porte principale. L'arrière aux cheveux verts décida de cesser de penser à elle pour ce soir. Il la reverrait lundi, c'était sans doute suffisant.

« Ça devrait être suffisant mais… » pensa-t-il.

Il y avait des choses dont Midorima voulait lui parler. Pouvait-il attendre jusqu'à lundi ? Pas sûr. Tant de non-dits commençaient à s'accumuler entre eux. Il y avait d'abord ce qui s'était passé entre Emma et Akashi, la photo d'elle et de Midorima au centre de son mur, la discussion qu'il avait eue avec Serina ce matin, le cadeau qu'il avait fait à Emma, la rage difficilement contrôlée de la capitaine… Tout cela ne pouvait continuer.

Midorima referma son manteau et sortit du gymnase en courant. Il fallait vite qu'il la rattrape. Lorsqu'il poussa la porte, ses tympans se firent assaillir par le son de la pluie battante. Comment allait-il la retrouver ? L'arrière enleva ses lunettes. Il ne verrait rien s'il marchait sous la pluie avec elles… Soudain, il se rendit compte que quelqu'un était assis sur le banc à l'entrée.

- Emma, murmura-t-il.

Elle ne l'avait pas entendu sortir ni parler avec le bruit de la pluie. Elle était assise, caressant lentement la paume de sa main droite, le visage grimaçant. Midorima inspira, remit ses lunettes, puis s'assit à côté d'elle. Emma sursauta.

- Shintaro ? Demanda-t-elle, reprenant son calme. Je suis vraiment contente de te voir ici.

Il prit un instant pour réfléchir.

- Tu ne rentres pas chez toi ? Demanda-t-il finalement.

- J'attends que la pluie se calme un peu. L'arrêt de métro est plutôt loin et sous cette pluie, je vais attraper un rhume pour le premier match, expliqua-t-elle en souriant. Et toi alors ?

- Je vois. C'est sage, déclara Midorima en remontant ses lunettes. J'attends ma mère, elle devrait arriver d'ici une dizaine de minutes. Tu veux qu'elle te dépose ?

- Non ! Répondit immédiatement la brune.

Midorima fronça les sourcils.

- Tu es sûre ? Insista-t-il.

- Oui. Je n'habite pas du tout sur votre route, marmonna la petite brune, gênée.

L'arrière soupira, quasi-souriant. Ce qu'elle pouvait être têtue.

- Ça ne la dérangerait pas pourtant, ajouta Midorima.

- Non, je t'assure…

- Comme tu veux, mais si en montant dans la voiture, je lui dis que tu vas rentrer à pied sous la pluie et en métro à cette heure-ci, elle va t'obliger à monter dans la voiture par la force, assura l'arrière.

Emma soupira aussi. Ce qu'il pouvait être têtu. Devinant ce qu'elle avait pu penser, Midorima sourit, pour la première fois de la journée. La capitaine se sentait bizarre. Près d'elle, émanant de Midorima, elle sentait une aura chaleureuse. Cette aura lui retourna le ventre et son coeur battit plus vite.

- Très bien, nous lui demanderons sa permission alors, finit-elle par accepter.

- C'est une bonne idée, approuva Midorima.

Devant eux, la pluie était toujours battante. Midorima se sentait lui aussi bizarre. Il sentait cette même aura, sauf qu'elle provenait d'Emma. De la même façon, il sentit son ventre se tordre et des frissons se dresser sur sa peau.

Alors qu'ils ne se regardaient même pas, qu'ils ne se touchaient quasiment pas, ils sentirent leurs respirations s'accélérer. Emma déplaça sa main et frôla celle de Midorima sans le vouloir. Leurs coeur battirent plus vite encore et, alors que quelque chose passait dans l'air, ils se tournèrent l'un vers l'autre. Leurs regards verts se plongèrent l'un dans l'autre. Ce n'était, certes, qu'un regard, mais un regard long et passionné. Comme s'ils cherchaient à capter toutes les nuances des prunelles de l'autre. Leurs doigts se frôlaient encore et, ainsi, ils ressentaient mieux encore cette chaleur qui émanait de l'autre. Midorima et Emma sentaient leur coeur palpiter plus vite. Instinctivement, ils approchèrent leurs visage l'un de l'autre, comme irrésistiblement attirés… Midorima sentait sa respiration être plus rapide encore, quand soudain, ce fut comme s'il revenait à lui.

Il s'éloigna de deux centimètres d'Emma, cependant, cela suffit à lui faire savoir que ce moment était terminé. Elle fit alors de même, les battements de son coeur récupérant une vitesse normale. Aucun d'eux ne savait ce qu'il venait de se passer mais… C'était quelque chose de très agréable et de vertigineux, comme un saut dans le vide couronné de succès.

Les joues pâles d'Emma étaient complètement rouges et Midorima remonta à nouveau ses lunettes.

- Emma, dit-il à nouveau.

La jeune fille ne répondit rien, se contentant de reprendre son souffle. Cependant, elle ne le put. Midorima, frôlé par la main de la brune depuis quelques minutes, décida d'attraper cette main dans la sienne, avec une immense délicatesse.

Le coeur d'Emma rata plusieurs battements, comme si elle venait de glisser d'une marche. Cette aura n'avait pas vraiment disparu alors ! Elle tourna vivement la tête vers Midorima, les joues rouges et brûlantes. Son toucher était délicat et, malgré le bandage qu'il portait toujours à la main gauche, Emma pouvait ressentir de la chaleur émaner de lui. Pourquoi lui tenait-il encore la main ? La brune observait son visage avec incrédulité. Cependant, l'empressement de la jeune fille retomba comme un soufflet sorti du four : il arborait un air sérieux et minutieux, rien à voir avec le visage d'un garçon prenant la main d'une fille qu'il apprécie. Les joues d'Emma redevinrent pâles, son pouls redescendit drastiquement et elle cessa de regarder le visage de Midorima. Après tout, qu'attendait-elle ? Elle était elle, il était lui.

Il tenait pourtant toujours sa main. Quelques instants plus tard, il la tourna sur le dos pour observer sa paume avec attention, puis il passa délicatement un doigt dessus.

Emma frissonna de douleur.

- Qu'est-ce que…

- Ça te fait encore mal ? Demanda Midorima.

Ils avaient tous deux le regard rivé sur les traces rouges et jaunes qui parsemaient la paume droite de la capitaine. La trace de ses ongles dans sa peau.

- Un peu, murmura Emma.

- C'était dur de te contenir, n'est-ce pas ?

- Il valait tout de même mieux ça que de me faire renvoyer du tournoi à cause d'Olivia, décréta la brune.

- Tu as raison. Mais… Recommença Midorima. Ç'aurait été mieux encore si tu n'avais pas réagi du tout.

- C'était difficile, grogna Emma.

- Je sais, répondit l'arrière aux cheveux verts. Moi aussi, j'ai déjà été confronté à ce genre de situation. Ça se rapproche beaucoup de ce que je ressens quand je suis face à Akashi sur le terrain.

Emma ne répondait rien alors que Midorima sortait un bandage de sa poche. Lentement, il enveloppa la main d'Emma dedans.

- Merci, approuva la jeune fille.

- Ce n'est rien, répondit-il. Comment pourrais-tu bien shooter avec une main dans un tel état…

Midorima lâcha enfin sa main. Emma sentit toute la chaleur quitter sa main et la laissa retomber sur sa cuisse, un peu déçue. Elle avait cru, l'espace d'un instant…

Malgré ce qu'il montrait, Midorima était terriblement gêné, et ses joues le brûlaient. Quelle force l'avait habité pour qu'il ose faire ça ? C'était en quelque sorte inavouable, mais il avait beaucoup apprécié ce contact. A cet instant, Midorima aurait aimé être fait pour Emma. Etre comme elle, un être lumineux, chaleureux, positif. Pas cet être aigri et négatif. Peut-être qu'il avait raison tout ce temps, il lui fallait quelqu'un de chaleureux comme Takao, ou de charmant comme Akashi. Et pourquoi pas même de drôle comme Izuki aux yeux d'aigle. Qu'était-il, lui ? Un bon joueur. Mais les trois autres l'étaient tous aussi.

Il se leva.

- Ta mère est arrivée ? Demanda Emma en se levant elle aussi.

- Non.

- Je vois. Bon, la pluie s'est calmée, je vais attraper un métro, déclara la capitaine avec lenteur.

- Si tu veux, approuva Midorima.

Emma haussa un sourcil. Bon…

- Allez, à lundi Shintaro, et merci pour ce moment, dit-elle avec un sourire, malgré sa déception.

Une nouvelle fois, il fut ébloui par sa lumière, confirmant ce qu'il pensait.

- Oui, à lundi.

Elle commença à avancer sous la pluie, frissonnant, puis, elle se retourna. Elle sortit quelque chose de sous son col, un collier au bout duquel se balançait un pendentif.

- Merci infiniment pour ça, s'exclama-t-elle pour qu'il l'entende par dessus le bruit de l'eau.

Midorima faillit lui adresser un sourire.

- De la labradorite*, il fallait y penser ! S'exclama-t-elle à nouveau.

- De rien, répondit vivement l'arrière. Rentre vite maintenant.

Emma acquiesça puis se retourna vers la grille du complexe en courant, ses longs cheveux noirs battant son dos. « Comment interpréter tout ça ? », se répétait Emma. Tant pis, elle y penserait plus tard, avant, elle devait gagner un tournoi international avec son équipe et envoyer Olivia et les autres au tapis.

Alors qu'elle était enfin rentrée, Emma remarqua que Kagami s'était endormi sur le canapé en regardant un match de basket. La jeune fille, qui lui avait pardonné sa stupidité de la semaine passée, le regarda avec agacement et attendrissement. Elle alla déposer son sac et son manteau, tous deux trempés, dans sa chambre puis revint au salon. Emma éteignit la télé, débarrassa leur canapé du pull de Kagami et posa une main dans ses cheveux qu'elle utilisa pour le frictionner.

- Debout là-dedans, murmura-t-elle avec douceur.

Le pivot redoutable de Seirin aux cheveux rouges avait les yeux d'un bébé sortant d'une sieste. Il reconnut enfin la silhouette d'Emma et bâilla.

- Tu es rentrée ? Demanda-t-il, la voix enrouée.

- Oui, ça y est, le rassura-t-elle.

Il se frotta les yeux. Emma rit. Elle avait déjà eu droit à ce spectacle et ne s'en lassait pas.

- C'était comment ? S'enquit Kagami en se relevant un peu, l'observant pleinement. Ca devait être chiant comme… Mais, qu'est-ce qui t'es arrivé ?! T'as pris une douche ou quoi ?

- Il pleuvait beaucoup dehors, expliqua la brune alors que ses cheveux et vêtements ruisselaient d'eau.

Elle grelotait un peu.

- Tu pouvais pas te réchauffer et te mettre en pyjama avant de t'occuper de moi, idiote ?

- Je suis pas idiote, rétorqua Emma, une goutte d'eau coulant sur son front.

Kagami soupira et se leva, l'attrapant par les épaules.

- Allez, ramène-toi, ordonna-t-il.

- Je te suis, chantonna-t-elle.

Il la guida jusqu'à la salle de bain, d'où il prit deux serviettes moelleuses. Il passa la première autour des épaules d'Emma et la seconde, sur ses cheveux. Kagami la frictionna avec énergie et la brune se laissa faire, ne disant rien, réchauffée de toute part. Après tout, ce devait-être sa façon à lui de s'excuser. Une fois cela finit, il la regarda, satisfait.

- Voilà, au moins tu ne risque pas de tomber malade comme ça, déclara-t-il. Tourne-toi.

Il commença à sécher ses cheveux plus doucement.

- Alors, tu ne m'as pas dit, reprit-il. C'était comment ?

- Oh tu sais, comme je m'y attendais, déclara Emma. Aussi douloureux et rageant que prévu. Cependant, je dois avouer que ça a aussi été très intéressant.

- J'imagine que ça n'a pas dû être facile, remarqua Kagami qui séchait encore ses cheveux.

- Ça n'est jamais facile de rester face à quelqu'un que tu as envie de défigurer, expliqua la brune en serrant de nouveau son poing bandé.

Kagami laissa tomber la serviette et la saisit par les épaules pour être face à elle.

- Ecoute bien ce que je vais te dire, dit-il d'un air décidé.

Emma ne bougeait pas, un peu surprise.

- On s'en fout d'Olivia. Tu as l'impression qu'elle a gâché ta vie, mais la seule personne qui la gâche en s'apitoyant, c'est toi, dit durement Kagami. Tu peux penser ce que tu veux, mais avoir eu l'occasion de recommencer une vie après la mort de ta famille, c'est ce qu'il pouvait t'arriver de mieux.

La brune sentait l'incrédulité monter en elle.

- Sans ce coup fourré qu'Olivia t'a fait, tu n'aurais pas pu tout recommencer ici, insista-t-il. Regarde-toi aujourd'hui, tu as une carrière prometteuse, des amis, une équipe, et tu as même la chance de vivre avec moi !

Emma eut un petit rire. C'était la première fois qu'elle envisageait les choses comme ça. Son renvoi avait peut-être en fait été la meilleure chose qui pouvait lui arriver après la perte de sa famille.

- C'est vrai, réalisa-t-elle en levant les yeux vers Kagami qui la fixait de son regard rouge flamboyant.

- Bien sûr que c'est vrai, marmonna-t-il.

Emma se précipita contre lui et le serra dans ses bras de toutes ses forces. Qu'il était bon d'avoir toujours le soutien de quelqu'un, en toute situation.

- Merci, murmura Emma.

Kagami sembla surpris et resserra tout de même lui aussi son étreinte autour des épaules de la petite capitaine contre lui.

- C'est bon, c'était trois fois rien, intervint-il, gêné.

- Pourtant, reprit Emma, ça a eu beaucoup plus d'importance que ça.

- Eh ben… Content que ça te fasse aller mieux.

Ils prolongèrent l'étreinte ainsi quelques secondes de plus. Trop gêné mais aussi trop reconnaissant envers l'autre pour sa présence et son soutien pour faire le moindre commentaire.

Avant de s'endormir, Emma attrapa son téléphone et parcourut de nouveau le message qu'elle avait reçu dans l'après-midi. Elle n'y avait toujours pas répondu et ne savait pas vraiment quoi en faire. Fallait-il répondre ou simplement l'ignorer ? La jeune fille le relut encore et encore puis, elle verrouilla son téléphone et le posa sur sa table de chevet. Elle y repenserait plus tard, elle avait le temps.

Ce soir-là, dans leur lit, toutes les joueuses de Shutoku pensaient à la même chose : le premier match qui aurait lieu la semaine d'après. Haruna, Risa, Aoi, Rina, Akari, Emi, Nozomi, Emi, Shiho, Serina, Emma. Pas l'une d'entre elles ne dérogeait à la règle. Cette nuit là, même dans leurs rêves, il n'y eut de place que pour leur désir de victoire.


*La labradorite est une gemme verte et grise, qui luit d'un étrange éclat. On dit qu'elle repousse les ondes malveillantes des gens et qu'elle en protège son porteur.

Et voilà, c'est la fin de ce chapitre 18, j'espère qu'il vous a plu. Si c'est le cas ou bien si ça ne l'est pas, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, ça change tout pour moi et c'est une aventure beaucoup plus agréable sur ce site avec des avis. De plus, je pourrais mieux ajuster la suite en fonctions de vos conseils ! Quoi qu'il en soit, j'espère publier le 19 la semaine prochaine (mes exams sont finis, youpii). Sur ce, je vous souhaite une merveilleuse semaine, bon courage et je vous fais des bisous. Prenez soin de vous !

- Maude-chan