Bonsoir tout le monde ! Oui un chapitre un dimanche c'est une première pour moi, un peu bizarre mais bon... Je vous présente cette semaine le chapitre 19, "Un passager inattendu" ! J'espère qu'il saura vous plaire.
Merci à tous ceux qui lisent et qui suivent cette histoire, vous êtes géniaux.

Sur ce, bonne lecture !


Chapitre 19 : Un passager inattendu

L'heure des derniers entraînements avant le tournoi avait sonné pour l'équipe féminine de Shutoku. Une dernière série d'entraînements absolument exténuante et qui avait mis toutes les joueuses sur les rotules. Emma ne faisait pas figure d'exception. Pendant la semaine qui avait passé depuis la cérémonie d'ouverture, la capitaine de Shutoku avait commencé à bander les doigts de sa main droite, rappelant quelqu'un à tout le monde, notamment à l'équipe de Seirin, à tous les joueurs de Shutoku et à Taiga. Cependant, personne n'était capable de déduire le sens de cet acte. Pas même Midorima qui était certain qu'elle faisait cela pour optimiser sa condition. Il pensait décidément bien mal. Cet acte traduisait bien plus de choses qui luttaient en Emma. Notamment ses indomptables et contradictoires sentiments. Appliquer le conseil de Midorima était comme une façon de clamer ouvertement quelque chose. Mais quoi ?

Ce vendredi soir, la veille des premiers matches, les filles s'étaient entraînées jusqu'à vingt-deux heures et auraient le samedi pour se reposer, leur premier match n'étant que le dimanche après-midi. Ainsi, ce vendredi soir, à vingt-deux heures, Emma quittait Shutoku dans le noir total de la nuit, avec pour seule lumière, celle des réverbères. Une lumière terne, la faisant ressembler à un fantôme épuisé.

Alors que ses pieds meurtris heurtaient le sol en rythme, elle repensa à quel point Midorima avait été distant la semaine passée. Enfin, plus que d'habitude. Il ne s'était pas entraîné avec elle de la semaine et cela lui faisait comme un vide. Elle aimait leurs entraînements et… Emma avait commencé à ressentir quelque chose d'unique pour Midorima, une chose qu'elle n'avait pas ressenti depuis Tatsuya. Enfin, elle ne s'était jamais fait trop d'illusions. Midorima était bien au-dessus d'elle, il était à un niveau qu'elle n'atteindrait jamais et elle le voyait surtout du point de vue d'une fan plus que d'une coéquipière. Enfin, toujours était-il que ce soir aussi, Midorima était resté après l'entraînement des garçons pour regarder celui des filles et que juste à la fin, il était parti avant qu'Emma ne puisse lui parler. Immenses avaient été sa déception et son sentiment de solitude. Pourtant, il n'était jamais bien loin d'elle, toujours là, dans l'ombre… En effet, elle ne s'en doutait pas, mais Midorima avait fait le choix de la laisser vivre comme elle l'entendait, sans la forcer à supporter sa présence négative, cependant, tout en restant toujours là pour l'aider, même si elle l'ignorait. Il ne pouvait mentir en disant que la voir porter son pendentif tous les jours ne lui faisait rien. Au contraire, il en était même assez fier. Malgré sa décision d'éviter Emma le plus possible, le shooter hors-paire ressentait comme un mal-être depuis qu'il se tenait loin d'elle, et les choses n'allaient pas en s'arrangeant. L'être froid qu'il était avait commencé à ressentir des choses qu'il ne connaissait pas avant Emma et il craignait que cela soit irréversible. Pire encore, il craignait qu'elle ne se détourne de lui complètement et ne tombe amoureuse de quelqu'un, le laissant seul avec ces étranges sentiments et ses regrets pour le restant de ses jours. Toutes ces choses qu'il partageait avec elle lui manquaient. Il avait même fini par s'habituer au fait que tout le monde les croyait amoureux et même à presque apprécier cela, ou au moins à s'en amuser. La vie n'était pas pareille avec Emma, alors… faisait-il le bon choix ou, comme Takao avant, avait-il pris la pire décision possible…

Une quinzaine de minutes après avoir quitté Shutoku suite à son entraînement tardif, Emma arriva enfin au métro, sans jamais se retourner, ni sans jamais faire attention à quoi que ce soit autour d'elle, trop fatiguée par l'entraînement. Le quai semblait désert, il n'y avait qu'elle et tout était silencieux. Seul le bruit de ses pas sur le sol de la gare était audible.

Finalement, un métro arriva et après l'ouverture des portes, elle y monta, exténuée. Elle grelottait et sa cheville gauche était douloureuse, alors, elle s'assit sur l'un des sièges du métro vide. Les portes se refermèrent automatiquement et le train démarra. Elle lâcha son lourd sac de sport et sa besace qu'elle tenait à bout de bras, n'en pouvant plus. Vivement qu'elle rentre. Alors qu'elle caressait sa douloureuse cheville gauche de sa main cachée par un bandage, un autre passager vint s'asseoir juste à côté d'elle, sur la même banquette.

- Bonsoir.

- Bonsoir, dit Emma, agacée.

Elle ne put rien dire d'autre, trop occupée à ne pas se concentrer sur sa jambe douloureuse. Emma trouvait cela tout de même un peu intrusif de se coller à quelqu'un dans un métro complètement vide. A vingt-deux heures, ce n'était pas de place qu'ils manquaient, c'était sûr.

Emma rouvrit les yeux pour observer un instant son reflet dans la vitre du métro obscurcie par les tunnels. Comme elle s'y attendait, son visage était pâle comme la mort et des cernes bordaient ses yeux. Par simple curiosité, elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'oeil dans la vitre à la personne qui s'était installée aussi près d'elle.

Son coeur rata plusieurs battements dans un soubresaut extrêmement douloureux. C'était…

- Sei… Seijuro ?! S'exclama Emma, y croyant à peine.

Seijuro Akashi, le meneur de la génération miracle, un jeune homme aux cheveux flamboyants, était assis juste à côté d'elle. Il sourit.

- J'ai attendu que tu répondes à mon message, dit-il. Cependant, tu ne l'as jamais fait alors… Je me suis dit que j'allais te rendre une petite visite.

Emma ne comprenait plus rien.

- Tu as donc décidé de me punir en me faisant mourir de peur, c'est bien ça ? Fit la jeune fille avec agacement, un peu perdue.

En réalité, elle avait reçu le message d'Akashi juste avant la cérémonie d'ouverture. Il évoquait le bal et certaines ambiguïtés. Il lui demandait aussi si elle accepterait de passer un peu de temps avec lui s'il venait jusqu'à Tokyo. Emma n'avait su quoi répondre. Elle n'était même pas sûre de savoir ce qu'elle voulait.

- Non, répondit-il avec un petit rire. Je suis simplement venu pour chercher ta réponse en personne.

- Je… Commença Emma.

A vrai dire, elle n'en avait toujours aucune idée.

- Si tu n'es pas contente de me voir, je peux toujours repartir, la rassura le meneur de talent avec amusement, un grand sourire sur le visage.

- Non bien sûr, je ne te demanderai pas ça, déclara la jeune fille avec empressement. Ta présence ne m'est pas insupportable.

- Mais ? Reprit le jeune homme.

- C'est juste que je ne sais pas, dit Emma en cessant de le regarder.

Elle avait désormais les yeux rivés sur ses mains agrippées à ses genoux endoloris. Akashi, lui, la regardait encore avec beaucoup d'assurance dans le regard.

- Je vois. Eh bien, laisse-moi te suggérer quelque chose dans ce cas, commença-t-il.

Emma leva les yeux vers lui. Le regard du meneur flamboyait, comme toujours. Les traits de son visage et ses prunelles révélaient à quel point il était vif d'esprit et sûr de lui.

- D'accord, ce que tu veux, approuva-t-elle.

Akashi haussa un sourcil. « Ce qu'il voulait », hein ?

- Tu changes vite d'avis on dirait, fit-il remarquer en souriant.

- Ce n'est pas le sens qu'avait ma phrase, répliqua la jolie brune en soupirant.

Ses joues la brûlaient et elle était devenue rouge.

- J'ai compris, tant pis, fit le jeune homme aux cheveux rouges avec insolence. Je te propose tout de même quelque chose, Emma Morgan. Allons d'abord parler dans un café tranquille. Suite à cela, tu pourras peut-être me donner une réponse.

Il semblait suggérer cela avec beaucoup de sérieux, ses yeux inquisiteurs fixant patiemment son interlocutrice.

- La réponse étant si tu restes jusqu'à la fin du tournoi ou non, n'est-ce pas ? Demanda-t-elle, clignant des yeux.

- En quelque sorte, approuva-t-il avec malice.

Emma prit un instant pour y réfléchir. Elle sentait ses jambes engourdies sous ses collants et son uniforme de Shutoku à cause de l'entraînement. Même ses paupières lui faisaient l'effet de deux poids.

- Ce ne sera l'affaire que d'une demie heure, si tu le souhaites, ajouta Akashi, devinant ses pensées.

Emma tapota ses doigts impatiemment, indécise. Après tout, pourquoi pas ?

- D'accord, je veux bien te suivre, répondit-elle.

- Bien, approuva Akashi.

Il se leva alors que le métro ralentissait et tendit sa main de façon souple à Emma. Elle le regarda, les sourcils froncés.

- Timing parfait, dit-il. Allons-y, nous descendons ici.

- Mais… Commença Emma. C'est à dix arrêts de chez moi ! Imagine un peu qu'il n'y ait plus de train au moment de nous séparer ?

Akashi sourit un peu plus.

- On m'a venté les mérites d'un café ouvert tard dans ce voisinage. Tout ira bien pour rentrer chez toi, tu peux me faire confiance, déclara le meneur de Rakuzan. J'ai la situation bien en main, comme toujours.

- Très bien, accepta finalement Emma en attrapant la main tendue d'Akashi.

Sa main était d'ailleurs étonnamment chaude. Ils se mirent debout et avancèrent jusqu'aux portes qui s'ouvraient devant eux. En effet, parfait timing. Emma descendit la première et hissa sa besace sur son épaule droite ainsi que son lourd sac de sport sur la gauche. Akashi s'approcha d'elle d'un pas souple et attrapa son sac de sport.

- Je vais te débarrasser de ça, dit-il en s'apprêtant à le passer sur son épaule.

Emma l'en empêcha avec agacement.

- Hors de question, ce sac contient mes affaires.

- C'est, en effet, l'usage commun d'un sac, approuva Akashi d'un ton à la fois moqueur et très sérieux.

- Justement, reprit Emma. Mes affaires, mon problème. C'est à moi de le porter, je n'ai pas besoin qu'on m'aide.

Akashi ne lâcha pas son emprise du sac pour autant. Il se contenta de plonger dans les yeux de la brune.

- Je ne t'aide pas parce que tu es faible, dit-il. Je te considère comme une personne forte. Cependant, je t'ai vu boiter. Ta cheville gauche est mal en point et tes genoux aussi semblent fragilisés. De plus, tu es manifestement exténuée. Ecoute, il est hors de question que je te laisse te fatiguer davantage. Tu comprends sans doute.

Au fond d'elle, Emma savait pertinemment qu'il disait vrai. Elle sentait sa cheville gauche et son genoux droit palpiter comme s'ils allaient exploser. Elle savait ce que cela voulait dire et ça ne présageait rien de bon. La capitaine aux yeux de faucon vrilla Akashi du regard. Ils étaient toujours sur le quai, silencieux.

- Tu… Murmura-t-elle gênée. Tu as raison.

- Bien, fit Akashi en attrapant le sac pour le passer sur son épaule. En effet, il est bien lourd pour un simple sac de sport.

Ils commencèrent à avancer côte à côte.

- C'est parce que je viens toujours avec les données que j'ai sur les filles pour ajuster les entraînements, ce sont de lourds documents, expliqua Emma en se frottant l'arrière du crâne.

- Je vois, déclara Akashi sans sourire. Tu prends tout ça très au sérieux.

- Parce que ça l'est, répliqua immédiatement la brune.

- Evidemment. Je ne disais pas le contraire. Je remarque simplement que tu t'efforces de faire le maximum pour ton équipe. C'est bien, remarqua le joueur.

- Oh… Je n'avais pas compris, fit Emma. Merci.

Elle avait clairement perdu de sa froideur et de son insolence avec lui depuis qu'elle était si fatiguée. Il l'avait remarqué.

- J'imagine que la plupart des gens a eu du mal à vous prendre au sérieux avant que Shutoku féminin ne fasse ses preuves, devina le meneur.

- C'est exact. Tu ne t'imagines pas à quel point nous étions sous-estimées, approuva Emma. Au final, nous les avons toutes battues, une par une.

Ils sortirent enfin de la station dans le froid infernal de l'hiver.

- Sous-estimer les gens est une chose que je ne fais jamais, déclara Akashi avec sérieux. C'est la dernière chose à faire si tu souhaites gagner.

Emma approuva silencieusement. Soudain, elle pensa à quelque chose. Et si elle sous-estimait Olivia ? Non, impossible. Elle savait ce qu'elle valait. Enfin, elle en était presque sûre.

Ils arrivèrent bientôt devant un café dans lequel elle avait déjà déjeuné avec ses coéquipières et les joueurs de l'équipe masculine.

- Comment connais-tu cet endroit ? S'enquit Emma, surprise.

- Un ami me l'a conseillé, répondit-il avec un sourire.

Emma n'en sut pas plus, car ils rentrèrent et ne purent continuer cette conversation. Lorsque la cloche du magasin sonna, la serveuse au comptoir les vrilla du regard, l'air agacé. Emma se sentit un peu gênée. La pauvre, elle devait avoir envie de rentrer chez elle. Akashi, lui, ne sembla pas gêné le moins du monde.

- Bonsoir, mademoiselle, dit-il d'une voix suave avec un immense sourire.

- Bonsoir, répondit-elle avec étonnement. Que… Puis-je faire pour vous ?

Il n'y avait plus qu'une vingtaine de clients et sous peu, le café serait désert.

- Nous voudrions une table pour deux, c'est possible ? S'enquit le meneur charismatique.

- Bien sûr, celle-ci est parfaite, s'empressa-t-elle de dire en montrant une table près de la fenêtre.

- Bien, nous allons nous y installer alors, déclara-t-il en laissant passer Emma devant lui.

La petite brune se tourna vers la serveuse et lui adressa un immense sourire.

- Merci, dit-elle.

La serveuse sembla à nouveau surprise et lui fit un sourire chaleureux. Emma prit finalement place, ses jambes en compote. Akashi s'installa face à elle et commença à l'observer avec attention. Emma s'efforçait de ne pas le regarder et jeta un coup d'oeil dehors. Le parc était sombre, presque effrayant. Heureusement que l'ambiance du café était différente. Des lumières orange et chaudes, des plantes un peu partout, de la musique de fond assez douce et des clients parlant avec animation.

- Il faudra que tu m'apprennes à faire ça, fit finalement Emma sans tourner ses yeux vers lui.

- Plaît-il ? S'enquit le meneur avec calme.

- A sourire comme ça, à charmer les gens aussi facilement, précisa la brune. Tu fais ça très bien.

Emma rougit, se rendant compte qu'elle n'aurait dû ajouter cela à sa phrase. Akashi sourit démesurément.

- J'imagine que tu es en train de me dire que je te charme facilement, déclara-t-il.

La brune était tellement rouge, qu'elle ne savait plus quoi faire pour retrouver sa pâleur habituelle. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était observer un jeune bambou dans un pot près de la fenêtre et ne surtout pas croiser le regard d'Akashi.

- Si j'étais toi, je ne m'en ferais pas trop, reprit le jeune homme. Tu sais déjà bien faire ça.

Emma rougit un peu plus mais ne put s'empêcher de tourner le regard vers lui, étonnée.

- Enfin nous nous regardons face à face, déclara-t-il avec amusement. C'est plus facile pour parler.

- Merci…

A ce moment, la serveuse vint prendre leurs commandes, une fois cela fait, elle retourna en cuisine avec un très grand sourire.

Midorima était allongé dans l'obscurité quasi-totale de sa chambre, chez ses parents. Il tenait dans sa main, une photo d'Emma et de lui. Il pensait encore et encore, inlassablement. Lorsqu'il n'était pas en cours ni en entraînement, il n'y avait qu'une pensée qui le hantait : Emma. Il posa ses yeux sur son visage étonné et agacé alors qu'Aoi les prenait en photo. Il ne pouvait cesser d'y penser : pourquoi Aoi avait-elle glissé cette photo dans son casier aujourd'hui ? Voilà qui était bien étrange. Essayait-elle de lui faire passer un message ? Si c'était le cas, c'était drôlement stupide aux yeux de l'arrière. Elle aurait tout simplement pu lui faire part de ses pensées.

Cependant, cela ne l'inquiétait pas vraiment, il y pensait juste un peu. Il y avait aussi le fait qu'Emma continuait malgré tout à rester en contact avec lui. Tous les jours, Midorima retrouvait dans son casier des extraits d'horoscopes, de tous petits objets chanceux, des conseils écrits à la main et des extraits de leçons posés là par Emma. Pourquoi continuait-elle à vouloir rester amie avec lui ? Midorima ne le montrait en aucun cas mais cela lui faisait secrètement plaisir. Quelle chance il avait de l'avoir. Et dire qu'elle ignorait ce qu'il ressentait.

Midorima lâcha le Lapis Lazuli qu'il avait trouvé dans son casier le matin même accompagné du mot « Une pierre pour une pierre » pour ensuite frapper son matelas d'une main, en colère. Qu'est-ce qu'il faisait, bon sang ? Et était-ce la bonne décision ? Il se sentait idiot. Il faisait la même chose qu'il avait reproché à Takao. Il allait perdre Emma s'il faisait cela ! Et dire qu'il n'avait toujours pas eu le courage de lui parler à nouveau après les évènements sur le banc après la cérémonie d'ouverture. Il y avait pourtant tant de choses qu'il devait lui expliquer et lui demander. Et pourtant, il gâchait tout. « C'est bien la première fois que je suis idiot », pensa-t-il.

Il resserra avec douceur dans sa main le pendentif offert par Emma le matin-même, sentant la pierre se réchauffer à son contact. Quel sentiment étrange. A l'instant, il sentait son ventre se tordre d'anxiété, et son esprit être comme bloqué dans un labyrinthe où chaque chemin mènerait à elle.

- Qu'est-ce que tu me fais, Emma, murmura-t-il.

S'il avait su qu'un jour, une personne pourrait signifier tant pour lui, qu'un simple regard de la part de deux yeux verts pourrait le faire haleter… S'il avait su, en entendant Takao parler d'elle la première fois, en la voyant dans les gradins lors de leur match amical, que cette petite joueuse brune et redoutable lui causerait autant de troubles… C'était bien la première fois qu'il ressentait quelque chose d'aussi fort. Et par simple peur, il prenait le risque de perdre Emma pour toujours. Mais dans ce cas, que faire ?

Midorima sentit son coeur battre fort et son estomac se tordre de douleur, inquiet.

Qui sait, elle était peut-être déjà en train de se rapprocher de quelqu'un d'autre ? Peut-être même qu'elle était accompagnée de quelqu'un la convoitant à l'instant où il était allongé dans ce lit.

- Alors, penses-tu être prête pour le tournoi ? Demanda Akashi.

- Bien sûr, approuva la fille aux cheveux noirs. Je suis épuisée mais au-delà de ça, nous sommes toutes prêtes.

- Je vois, fit le meneur. C'est une bonne chose dans la mesure où tout le monde voit Shutoku comme l'outsider de ce tournoi. Tout le monde aura les yeux rivés sur vous et une fois de plus, vous allez devoir vite faire vos preuves si vous ne voulez pas être sous-estimées trop longtemps.

- En effet, c'est justement analysé, approuva Emma.

- Evidemment, j'ai toujours raison.

Emma leva les yeux au ciel.

- Voilà qui est un peu prétentieux, remarqua-t-elle avec amusement.

- Et pourtant.

- Je te parie que je peux te donner tors sur le sujet de ton choix, reprit Emma.

- Oh, intéressant… Fit Akashi. Un pari maintenant. Et que paries-tu ?

- Ce que tu veux, je sais déjà que j'ai gagné d'avance, lança-t-elle avec assurance.

Il sourit dangereusement.

- Tu joues à un jeu bien dangereux, Emma, dit-il.

- Non, répliqua-t-elle en souriant à son tour. Je pense que tu ne réalises pas que c'est toi qui te fourvoie.

Akashi haussa les sourcils alors qu'on leur apportait leurs boissons. Il regarda Emma adresser un immense sourire poli et un « merci » à la serveuse qui les quittait de nouveau. Elle but une gorgée de son chocolat chaud nappé de crème fouettée dans lequel était trempé un sucre d'orge. Il semblait terriblement appétissant.

- Très bien, quelle est ta condition si jamais tu gagnes ? S'enquit le jeune homme.

Emma lécha la commissure de ses lèvres pour en enlever la crème sous le regard attentif d'un Akashi médusé.

- Oh, c'est très simple, déclara la meneuse aux yeux de faucon. Si je gagne, tu reconnaîtras que tu es loin de toujours avoir raison.

Le meneur eut un rictus désagréable.

- Et quelle est la tienne Seijuro ?

- Tu devras admettre que j'ai toujours raison, répondit-il simplement. Et plus encore.

« Et plus encore » résonna dans la tête de la brune.

- Et plus encore ? Répéta-t-elle.

- Tu m'as l'air soucieuse, remarqua Akashi. Veux-tu annuler ce pari ?

- Pour rien au monde !

Akashi but avec grâce une gorgée de son cappuccino.

- Très bien, ajouta-t-il.

- Commençons, ordonna la brune.

- Ce que je m'apprête à te dire est vrai et immuable.

- Je t'écoute.

- Je suis le meilleur membre de la Génération des miracles, déclara-t-il en souriant.

Les yeux d'Emma s'écarquillèrent tout d'abord tant elle était surprise. Puis, elle explosa de rire et ne put s'arrêter pendant quelques secondes. Son rire cristallin attira le regard de certains clients et de deux serveuses qui se contentèrent de sourire en l'entendant.

Akashi, lui, ne souriait pas. Il était certain de la vérité qu'il venait d'énoncer. Il était le meilleur membre de la Génération des miracles, cela ne faisait aucun doute et de nombreux faits soutenaient cette vérité. Alors… Pourquoi riait-elle ainsi ? Cela avait le don de l'énerver, aussi joli que son rire puisse être. Elle se ridiculisait seule, là.

- Puis-je savoir ce qui te fait tant rire ? Demanda finalement Akashi, ses yeux flamboyants la vrillant avec sévérité.

Emma cessa de rire devant ce regard dangereux et se contenta donc de sourire.

- Figure-toi que je peux très facilement contredire ta « vérité », voilà ce qui m'amuse, déclara-t-elle. Tu as une telle confiance en toi que tu es capable de dire ça sans même te préoccuper de ce qui est vrai.

Akashi serra l'un de ses poings. S'il s'était agi d'un de ses anciens ou actuels coéquipier, ou n'importe qui d'autre, il aurait déjà fini avec une paire de ciseaux dans le visage. Heureusement pour Emma, il ressentait un trop grand intérêt et une trop grande curiosité pour elle pour faire ça. Cependant, il n'en restait pas moins enragé et vexé.

- Bien, j'écoute alors tes splendides arguments, dit Akashi. Qui est le meilleur joueur de la Génération des miracles ?

Emma sourit.

- Le club de basket du collège Teiko compte plus de cent membres et peut s'enorgueillir d'un palmarès impressionnant avec trois victoires consécutives au tournoi national inter-collèges. Au cours de sa glorieuse histoire, le club a même été qualifié d'invincible lorsque son équipe comptait cinq génies comme on en voit d'ordinaire qu'une fois tous les dix ans…

- Qu'est-ce que tu racontes ? S'enquit Akashi en fronçant les sourcils.

- Pardon, ça m'a échappé ! S'exclama la brune.

Elle se reprit.

- Plus sérieusement, chacun des membres a ses propres forces uniques. Ryota Kise le copieur qui s'approprie les techniques, Daiki Aomine le génie du basket non-académique, Atsuchi Murasakibara le pro de la défense, la muraille, Shintaro Midorima le shooter de génie et toi, le capitaine aux yeux d'empereur. En cela, vous semblez tous être à égalité. C'est ce que n'importe qui aurait tendance à dire, aucun d'entre vous n'est meilleur que les autres.

- Dans ce cas-ci, ta vérité c'est qu'il n'y a pas de meilleur joueur ? S'enquit le meneur aux cheveux rouges, un rictus sur le visage.

- Non, ce n'est certainement pas ce que je pense, reprit la brune. Tu es un joueur irradiant la puissance et le talent, Seijuro.

Le meneur ne put s'empêcher d'afficher un sourire satisfait. Elle le reconnaissait donc.

- Tu es effrayant et tu t'es entraîné dur pour être ce joueur doué, reprit Emma. En cela, la plupart des gens dira que si l'un des joueurs est meilleur que les autres, c'est sans doute toi. D'autre part, il y a Aomine, doué pour marquer des points, un joueur explosif et talentueux, de par sa place d'As de la génération des Miracles, il serait tout désigné comme étant le meilleur, ajouta Emma.

- Donc ? Insista le meneur. Où veux-tu en venir ?

- Il faut d'abord définir ce que veux dire « meilleur » membre, continua la brune. Ici, je ne suis pas sûre de pouvoir le faire, cependant d'après moi, le meilleur est celui qui en fait le plus, qui soutient le plus son équipe, qui aime le basket profondément et qui a le plus de cordes à son arc. En cela, il ne reste que deux joueurs pouvant prétendre à cette place. Ryota et Shintaro. Et alors, une seule chose peut encore les séparer…

Akashi la regardait encore avec agacement. Elle soutenait donc qu'il n'était pas le meilleur.

- La quantité d'entraînement. Le meilleur joueur est celui qui s'entraîne sans relâche pour devenir le meilleur, déclara Emma. En cela, Shintaro est, à mes yeux, sans aucun doute le meilleur joueur de la Génération des miracles.

Le meneur serra un poing et ses jointures devinrent blanches. Il avait toujours eu beaucoup de respect pour Shintaro, mais pour la même raison, il n'avait jamais vraiment pu l'apprécier. Quelqu'un qui se prenait trop au sérieux, qui tendait trop à l'excellence. Un type insupportable qui pensait tout savoir mieux que les autres.

- Shintaro, répéta Akashi en buvant à nouveau de son café.

- Oui. Il s'entraîne plus, il aime le basket par-dessus tout, il est dévoué à son équipe, il n'a pas besoin de recourir à la violence ou à l'intimidation pour gagner mais à un jeu de qualité, déclara Emma. Il fait même quelque chose que peu d'autres membres de la Génération des Miracles feraient : aider leurs adversaires à progresser.

Elle pensait en effet à Kagami qui avait grandement été aidé par Midorima lors de sa période d'indécision.

- Cela ne fait pas de lui un meilleur joueur, répliqua Akashi en souriant, comprenant que l'argumentaire de la brune tombait en morceaux. D'autant plus qu'il ne m'a jamais battu.

- Si, insista-t-elle. Cela fait de lui un meilleur homme, et un meilleur joueur. Le plus dévoué au basket sans aucun doute. Même s'il peut dunker quand il le veut, il est aussi capable de shooter de n'importe où sur le terrain et son attaque est aussi bonne que sa défense. Shintaro est un joueur qui sait tout faire.

« Même sa personnalité en tant qu'homme est brillante, et il ne s'en rend même pas compte », pensa Emma. Elle était cependant heureuse qu'il n'ai pas été là, elle aurait bien été incapable de lui dire tout cela en face.

Akashi était toujours assez agacé, mais en même temps étonné. Il ne soupçonnait pas qu'Emma lui vouait une telle admiration. Cela expliquait aussi pourquoi elle portait une bande sur la main droite, comme Shintaro.

- Je vois que Shintaro a trouvé en toi une fervente admiratrice, déclara Akashi d'un ton redoutable.

Emma rougit et sourit.

- Oh, il ne le sait pas, intervint la brune. Je serais bien incapable de lui dire tout cela.

Maintenant, Akashi n'était plus vraiment en colère. Il avait accepté le fait qu'elle plaçait Midorima au-dessus de lui dans son estime et qu'il était maintenant son rival officiel alors que jusqu'à présent, il l'avait toujours pensé comme légèrement inférieur. Après tout, il n'était que Shintaro Midorima et il était Seijuro Akashi.

- Donc c'est ainsi que tu penses me donner tors n'est-ce pas, Emma ? S'enquit Akashi.

- Exactement, Seijuro, c'est ainsi que je te donne tors, répondit-elle en souriant.

Emma bâilla soudain. En un sens, cela confirmait bien à Akashi que la relation qui liait Emma et Midorima ne se limitait pas à celle de coéquipiers. Ils étaient plus que ça, que ce soit aux yeux de l'arrière ou à ceux de la meneuse. Un sourire diabolique, presque mauvais étira ses lèvres. Maintenant, Akashi avait encore plus envie de conquérir la brune assise face à lui.

- Même si tu as bien argumenté tes idées, commença le meneur, je ne peux que refuser ta réponse qui me semble incroyablement erronée.

- Et moi je pense que c'est ton jugement qui est faux, répliqua Emma en reposant sa tasse de chocolat.

- Je gagne donc par défaut, conclut Akashi.

- Certainement pas, intervint Emma. Dans le pire des cas, nous sommes à égalité, mais personne n'a gagné, même si au fond, nous savons tous deux que j'ai raison.

Akashi sourit.

- Va pour l'égalité, accepta-t-il. Cependant, je ne te la cède que parce qu'il s'agit de toi.

- Tu es trop bon, répliqua-t-elle en levant les yeux au ciel.

Le meneur s'en amusa.

- Finis donc ta boisson, nous allons rentrer, dit-il finalement.

- C'est bon, répondit la brune avec un sourire enfantin en montrant sa tasse vide.

- Parfait, réglons et partons.

Ils se levèrent et se dirigèrent vers le comptoir, là où la souriante serveuse les attendait. Akashi insista pour tout régler seul, ce qu'Emma n'accepta à aucun moment. Cependant, il utilisa l'argument de leur différence de moyens et elle finit par se taire, à la fois vexée mais aussi obligée de faire face à la réalité. Suite à cela, ils sortirent du calme et agréable café pour retrouver la froide et silencieuse rue seulement éclairée par de blafards lampadaires. Cette ambiance mettait la chaire de poule à Emma, mais elle n'était pas seule et cela la rassurait un peu. Enfin, la personne qui l'accompagnait était tout de même un peu effrayante. La brune se tourna vers Akashi.

- C'est horrible, je le savais, il n'y a plus de métro à cette heure-ci ! S'exclama-t-elle. Comment allons-nous faire ?

- Ne t'inquiète pas pour des choses aussi triviales, surtout quand je suis avec toi, dit-il en s'approchant d'elle d'un pas souple.

La petite arrière recula d'un pas, oppressée par la suave présence de son interlocuteur. Akashi observa ses yeux verts cernés, puis ses pulpeuses lèvres roses. Quel visage. Il hésita un instant. Ses yeux rivés sur les lèvres d'Emma. Hésiter ne lui ressemblait pas. Cependant, embrasser spontanément une jeune fille non plus. Il n'eut le temps de rien faire d'autre car, quelques secondes plus tard, une longue voiture noire s'approcha d'eux. Emma tressaillit. Quelqu'un venait-il les enlever ? Elle paniqua quelque peu.

- Voici comment nous allons rentrer, dit-il en désignant la voiture.

- C'est… Murmura Emma, bluffée. Tu as un chauffeur ?

- Evidemment.

- Taiga me l'avait dit mais… Je ne l'ai pas cru.

- Approche, déclara Akashi d'une voix douce.

Emma s'exécuta, mais un peu trop lentement à son goût. Il décida de l'attraper par la taille pour la guider plus vite. Le coeur d'Emma battit plus fort en sentant ce contact inattendu. Akashi savait qu'il n'était pas nécessaire, mais il ne pouvait mentir, c'était tout de même agréable. Il lui ouvrit la portière.

- J'aurais pu le faire… Commença la brune.

- Je sais, la coupa Akashi. Monte.

Elle se tut et se contenta de monter sans ajouter un mot. Akashi, portant toujours le sac de sport d'Emma, fit le tour de la voiture et monta par l'autre portière pour s'asseoir à côté d'elle.

- Bonsoir monsieur Akashi, dit le chauffeur.

- Bonsoir. Nous allons au…

Il se tourna vers Emma, attendant qu'elle donne son adresse. La jeune fille hésita. Bien qu'il soit charmant et manifestement inoffensif, Akashi l'effrayait un peu et elle hésitait à lui donner son adresse. Quelques secondes plus tard, face à son regard brûlant et inquisiteur, elle finit tout de même par la lui donner.

- Bien. Allons-y, ordonna Akashi.

- Tout de suite, monsieur.

Puis, la voiture démarra immédiatement et sillonna les rues de la ville pendant de longues minutes. Emma qui était si épuisée après tous ces entraînements aurait pu s'endormir dans la voiture, mais elle lutta de toutes ses forces pour rester debout, même si c'était douloureux pour ses yeux et son crâne. Une fois chez elle, elle s'écroulerait de fatigue, aucun doute là-dessus.

Au bout d'une vingtaine de minutes d'un voyage complètement silencieux, sans le moindre mot ni le moindre bruit, ils arrivèrent. Akashi était vraiment une personne calme et posée. Son chauffeur était, lui, remarquablement professionnel et ce silence de mort avait rendu la bataille d'Emma contre le sommeil encore plus dure. Lorsqu'ils arrivèrent devant l'immeuble blanc, Emma remercia gentiment le chauffeur qui sembla surpris alors qu'Akashi sortait de la voiture. Elle s'en extirpa aussi avec difficulté, comme si elle allait s'évanouir. Puis, elle marcha jusque devant le portail, là où Akashi l'attendait avec son sac de sport. Elle lui fit finalement face alors qu'il regardait son petit visage somnolant avec un amusement non-dissimulé.

- C'est maintenant que je te quitte, déclara-t-il. Tu vas pouvoir aller te reposer.

- Enfin, approuva Emma.

Elle regretta un peu ses paroles, après tout, elles auraient pu le blesser. Emma regarda le séduisant visage pâle et assuré d'Akashi qui ne semblait même pas avoir remarqué ses mots. « Après tout, c'est Akashi, comme si quoi que ce soit pouvait le blesser », pensa-t-elle.

- Bien, afin de conclure ce rendez-vous… Commença Akashi.

- Rendez-vous ?

- Rendez-vous, oui, répéta-t-il avec agacement.

- Je vois… Murmura la jeune fille, éparpillée.

- J'attends toujours ta réponse, et la patience n'est pas mon fort.

Un sourire s'était dessiné sur ses lèvres.

- Oh, comprit Emma. Eh bien…

Le vent passa dans la rue et emmêla ses cheveux. Elle frissonna.

- Ecoute Seijuro, je n'ai toujours pris aucune décision concernant ce que je veux, répliqua la brune, perdue. Mais puisque tu as fait un si long chemin depuis Kyoto pour venir voir le tournoi, je trouve logique que tu décides.

Ce n'était pas la réponse qu'attendait le meneur de Rakuzan mais il commençait à connaître la capitaine de Shutoku, et il savait qu'il ne serait pas facile de la faire succomber.

- Si le choix me revient, reprit-il en souriant, il va de soi que je reste. Comme tu l'as mentionné, je suis venu depuis Kyoto et je n'ai pas fini ce que j'avais à faire à Tokyo.

Ce qu'il avait à faire… Emma crut comprendre quelque chose. Alors qu'Akashi observait un dernier instant le visage de la brune, ses lèvres, il fit demi-tour pour repartir en direction de la voiture.

- A… Attends, intervint Emma en faisant un pas vers lui.

En entendant cette douce voix remplie d'incertitude et s'adressant à lui, Akashi se retourna avec un sourire. Il aimait avoir le contrôle sur la situation.

- Un problème ? S'enquit-il.

- Tout à l'heure, pendant le pari, reprit Emma avec hésitation, tu as dit « et plus encore ». Qu'est-ce que cela voulait dire ?

En entendant ces mots, Akashi sourit un peu plus. Alors elle était tout de même curieuse de le savoir… Intriguée par lui. Le meneur qui venait de se retourner fit plusieurs grands pas vers la capitaine. Emma demeurait immobile en regardant Akashi approcher, son coeur battant la chamade. Cependant, cela n'avait rien de normal… Alors qu'il continuait de faire des pas vers elle avec un sourire dangereux, Emma en fit un en arrière, effrayée. Que faisait-il ? Son dos rencontra le portail en fer de l'immeuble. Elle était prise au piège et Akashi continuait de l'approcher avec ce sourire.

Il l'atteignit, plaçant ses mains de part et d'autre du visage d'Emma. Elle sentit son coeur battre plus fort, douloureusement. Des frissons et une forte chaleur se répandirent en elle. Alors qu'Akashi sentait la respiration haletante de la brune rencontrer son cou, il passa l'une de ses mains dans sa nuque. Emma devenait rouge. Il approcha ses lèvres à quelques centimètres de celles de la capitaine, l'air provocateur. Il sourit plus encore.

- Voilà ce que cela voulait dire, susurra-t-il.

La capitaine aux yeux de faucon se pétrifia et les ferma. Elle ne savait pas quoi faire et elle détestait cela, elle qui savait normalement toujours comment réagir. Akashi l'observa un instant de ses yeux de l'empereur. La voir si vulnérable lui plaisait assez.

- E… Ecarte-toi, s'il te plaît, murmura-t-elle, recouvrant ses esprits et rouvrant les yeux.

Son sourire perdit de son côté dangereux et sembla simplement amusé. Elle avait raison.

- J'aurais bien aimé, reprit-il, cependant, je n'ai pas officiellement gagné ce pari.

Alors, il s'écarta un peu d'elle pour l'observer un peu mieux. Emma put à nouveau respirer normalement et déjà, elle sentait ses joues reprendre une teinte normale.

Cette histoire de pari agaçait encore quelque peu Akashi et un rictus se forma sur son front. Il n'acceptait pas d'avoir perdu face à Shintaro, lui qui lui était si inférieur. Affirmer le contraire ne faisait que prouver que la logique d'Emma était compromise par de possibles sentiments envers l'arrière de la Génération des miracles.

- Shintaro ou pas, dit Akashi en souriant, j'ai encore une semaine pour remporter ce baiser dans les règles.

Emma fronça les sourcils.

- De quoi parles-tu ? S'enquit-elle sans comprendre. Ne dis pas de bêtises et cesse de parler de Shintaro ainsi, il n'a rien à voir dans cette histoire.

Akashi cessa totalement de sourire puis fit définitivement demi-tour, laissant Emma derrière lui.

- Dors bien, Emma Morgan, nous nous reverrons demain, déclara-t-il.

Puis, sans un regard pour elle, il monta dans sa voiture noire et une fraction de seconde plus tard, elle démarra et disparut au coin de la rue. Emma resta silencieuse, encore ahurie et déroutée après ce qu'il venait de se passer. Alors qu'elle se tenait encore debout devant l'immeuble, elle secoua la tête. Mais à quoi pensait-elle ? Il suffisait qu'elle ignore ce qu'il venait de se passer et tout irait pour le mieux. Emma fit demi-tour elle aussi et ouvrit le portail de l'immeuble. Elle monta silencieusement les escaliers à pas de chat et atteignit le troisième étage, où elle vivait avec Kagami. Doucement, elle ouvrit la porte de leur appartement et y entra avant d'enlever ses chaussures sur le tapis. Le salon était sombre et il n'y avait pas de lumière sous la porte de Kagami. Il devait déjà dormir, le pauvre, il était lui aussi très fatigué avec l'approche de la Winter Cup. Elle traversa l'appartement jusqu'à sa chambre en silence pour ne pas le réveiller.

Une fois à l'intérieur, elle lâcha ses deux sacs qu'elle ne tenait plus qu'à bout de bras, son corps entier épuisé. Ses genoux flageolaient toujours et sa cheville était douloureuse. Cela ne présageait rien de bon et la préoccupait assez. C'est alors avec les mains tremblantes qu'elle se déshabilla, enlevant lentement ses vêtements un par un. Elle se retrouva alors nue au centre de sa chambre et se dirigea avec inquiétude jusqu'à son miroir, observant sa cheville et ses genoux bleus. Puis, elle vit son visage pâle et ses cernes bleues. Pourquoi cela lui arrivait-il maintenant ? Ce n'était pas le moment…

Quelque chose fit irruption dans sa gorge. Quelque chose de douloureux coupant sa respiration : un sanglot inopportun. Emma retint avec difficulté ses larmes et se dirigea vers son pyjama parfaitement plié. Puis, elle éteignit la lumière de sa chambre et se glissa finalement entre ses couvertures fraîches.

Alors que ses os et ses muscles la lançaient encore, elle ouvrit grand les yeux et fixa le plafond. Il fallait qu'elle économise ses forces dans les jours à venir. C'était impératif, et elle avait jusqu'à dimanche. Au moment où elle commençait à sombrer, une pensée émergea de son esprit, comme une bougie allumée dans l'obscurité. Quelque chose chassant les ténèbres et réchauffant son coeur. Qui, même loin et même disant, demeurait une présence rassurante.

Shintaro Midorima.


Voilà pour ce chapitre 19 ! J'espère qu'il vous a plu et que vous avez pris du plaisir à le lire. En attendant, je vais travailler sur le chapitre 20 et tenter de vous l'uploader ce jeudi ou le jeudi d'après, alors à très bientôt, donnez moi vos avis si vous en avez le temps, des bisous !

- Maude-chan