Bonjour tout le monde ! Tout d'abord, bonnes vacances à ceux qui ont la chance d'en avoir, j'espère de tout coeur que vous avez réussi tous vos examens. Ça fait extrêmement longtemps et je suis hyper heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre ! Je sais que ça fait une éternité et que j'ai un peu perdu le rythme mais je vais tout faire pour finir la fiction d'ici août. Je tiens à remercier les nouveaux lecteurs qui ont dévoré l'histoire et notamment les deux merveilleux commentaires que j'ai reçu, ils comptent énormément pour moi et je ne me doutais pas que mon histoire pouvait autant plaire ! C'est ce qui m'a énormément donné la force de reprendre l'écriture des chapitres après mes partiels (que j'ai réussi avec brio et j'espère que c'est votre cas aussi).

Je vous souhaite une excellente lecture de ce chapitre numéro 22, en espérant qu'il vous plaira !


Chapitre 22 : Une rencontre fair-play

Au début du quatrième quart-temps contre les Etats-Unis, le pire s'était produit. Le genou d'Emma avait lâché suite à un coup de la part de la meneuse adverse. Le pire ? Non pas le pire car sa cheville allait bien, mais tout aurait pu grandement dégénérer sans le calme olympien de Rina et Emi qui avaient retenu le pivot japonais, Haruna. Cette dernière avait à peine vérifié qu'Aoi portait secours à Emma avant de s'élancer vers la meneuse américaine dans l'idée de la réduire en pièce. Kyoshi s'était immédiatement levé, craignant le pire, mais heureusement pour Shutoku, Rina et Emi s'étaient précipitées sur Haruna pour la calmer. Tout cela avait eu lieu à peine trois minutes après le début du quart-temps et c'était relativement prévisible. En effet, le genou d'Emma avait été grandement fragilisé par le début de la violente rencontre.

Toutes les coéquipières d'Emma avaient paniqué, Aoi la première. Elle était censée la protéger des américaines, mais elle avait échoué. Kagami aussi avait vu rouge lorsque le drame était arrivé. Il avait enjambé les gradins en un instant et s'était retrouvé près de sa soeur par terre. Plus loin, dans les gradins aussi, Célia avait l'impression de revivre l'un des pires événements de sa vie et de n'avoir rien pu y faire une seconde fois. Comme c'était douloureux.

Le coup restait bien le plus dur pour Emma qui se sentait au fond du trou. La robuste joueuse était maintenant en pleurs sur le parquet, pour la deuxième fois. Elle aussi revivait l'un des pires instants de sa vie. Peut-être même qu'elle ne pourrait pas rejouer au basket avant des mois et des mois. Son désir de victoire avec Shutoku s'évaporait soudain devant ses yeux. La brune laissa de nouveaux sanglots franchir ses lèvres. C'est là qu'elle le vit revenir, Midorima, accompagné de Kuroko. Elle lui jeta un regard navré et en détresse alors que les grands yeux verts aux lunettes de l'arrière se posaient sur elle.

- C'est de sa faute ! Cria Haruna en pointant la meneuse américaine du doigt.

Elle était toujours retenue par les deux autres mais sans elles, il n'y avait nul doute que Haruna se serait déjà jetée sur la meneuse de l'équipe adverse. L'arbitre fronçait les sourcils. Certes, elle voyait bien la joueuse japonaise par terre mais elle n'avait pas vu l'action. Et si elle n'avait rien vu, elle n'avait aucun droit de sanctionner la joueuse américaine.

- Dis Sei, commença Léo Mibuchi dans les gradins.
- Hmm ?

Le meneur de Rakuzan était agacé. Il n'était pas capable de faire preuve de compassion mais savait que ce tournoi était capital pour Emma.

- Que s'est-il passé ? S'enquit l'arrière de Rakuzan.
- La meneuse américaine a mis un coup dans le genou fragilisé d'Emma, c'est aussi simple que ça, répondit froidement Akashi.

Momoi s'était levée et couvrait sa bouche de ses mains. L'entraîneur de Shutoku et Riko se levèrent d'un seul homme et commencèrent à s'approcher.

- C'est pas possible ! Grommela l'entraîneur. Si elle est blessée c'est la fin.
- Restez-là, lui intima poliment Riko. Je vais m'occuper d'elle, continuez donc de coacher votre équipe, s'il vous plaît.
- Eh bien…

L'entraîneur de Shutoku passa une main dans ses cheveux puis acquiesça.

- Très bien, je saurai ne pas l'oublier, approuva-t-il.

Riko ne l'écoutait déjà plus et s'élançait vers Emma à toute vitesse.

- Ecartez-vous tous ! Cria Riko. Kagami, Aoi, dégagez de là !

Emma était allongée et ne se tordait plus de douleur. Elle se contentait de sangloter, les yeux fermés, un torrent de larmes déferlant de ses yeux. Kagami grogna puis s'exécuta, il avait confiance en les talents de Riko. Aoi ne dit rien puis fit de même. Elle lâcha la main d'Emma et s'éloigna de quelques pas. Alors, la coach de Seirin put s'agenouiller près de la meneuse.

- Ça va aller, chuchota-t-elle à Emma. Je vais juste vérifier que tout va bien, je t'assure que tu seras vite remise.

Le torrent de larmes d'Emma se calma quelque peu et elle acquiesça, les yeux toujours fermés. Riko posa sa main sur le genou d'Emma et commença son examen. Sur son tibias, tout allait bien. Elle fit remonter sa main et lorsqu'elle atteignit la rotule, Emma hurla de douleur.

Célia enfouit sa tête dans ses mains face au spectacle. Même Olivia ne trouva pas la souffrance de son ancienne capitaine agréable. Kagami serra ses deux poings et laissa une petite plainte s'échapper de ses lèvres alors qu'Aoi baissait les yeux. Shiho se mit à pleurer et il ne fallut que quelques secondes à Risa pour s'approcher d'elle et la prendre dans ses bras. Tous les joueurs de Seirin semblaient secoués et le visage inquiet de Riko ainsi que les hurlements d'Emma ne les aidèrent pas à se calmer.

- Pardon, fit Riko à l'adresse d'Emma. J'ai appuyé un peu fort… Nous allons dans la salle de repos, tu penses pouvoir te redresser ?

Emma pensait-elle pouvoir se redresser ? Ça, elle n'en avait aucune idée. Ce qu'elle savait, en revanche, c'est qu'elle ne voulait même pas essayer. Pour la première fois depuis bien longtemps, Emma se sentait complètement vide et elle savait que si elle ne pouvait pas poser le pied, cela signifiait que c'en serait fini du basket. Pour de bon.

- Je… Commença la petite brune sans rouvrir les yeux.

Dans l'assistance, les choses n'allaient pas vraiment mieux. Tout Shutoku était en panique et le public commençait à sérieusement s'inquiéter. La clameur monta dans les gradins.

- Riko, commença Kagami un peu en colère. Qu'est-ce qu'elle…

Puis il se tut sans qu'Emma sache pourquoi. Des pas s'approchèrent précipitamment. Et une voix habituellement calme déclara :

- Je m'en occupe.

Alors, Emma sentit deux mains décidées la prendre sous les aisselles et la soulever complètement du sol. Elle grimaça lorsque son genou se détendit complètement et de nouvelles larmes coulèrent sur ses joues.

- Evacuez le terrain, déclara l'arbitre. Le match doit reprendre.
- Nous le savons, rétorqua calmement Riko. Nous en sommes en train de le quitter. - On va gagner ! Cria Risa depuis le terrain à l'adresse d'Emma qui fermait encore les yeux peureusement.

La douleur était si forte et entendre cela ne lui faisait pas tant de bien que ça. Evidemment, elle savait qui était en train de la porter. Elle avait tout reconnu : de sa voix jusqu'à son odeur. Mais ce qui était le plus étrange, c'était la main réconfortante qu'il faisait courir dans son dos.

- Ce n'est pas grave, tout va s'arranger une fois de plus, assura-t-il d'une voix chuchotante.

La capitaine se remit à pleurer et Midorima fit de nouveau courir sa main dans ses cheveux.

- Ta jambe va bien, il faut juste qu'on l'examine pour que tu puisses continuer de jouer jusqu'à la fin du tournoi.

Ces paroles, aussi simples qu'elles furent, la rassurèrent et elle cessa immédiatement de sangloter. Après tout, il avait sûrement raison. Il l'avait assuré avec une telle ferveur qu'elle ne pouvait douter…

Mais elle avait mal. Les longs couloirs du complexe s'enchaînaient et le douloureux parcours n'en finissait pas. La douleur était insoutenable pour la brune et elle n'en pouvait plus. Elle entrouvrit les yeux et se les fit brûler par la fade lueur des néons jaunes. Les plafonds grisâtres ne dégageaient rien d'agréable ni de rassurant.

- La salle de repos est par ici, dit Riko en trottinant plus rapidement que Midorima, inquiète.
- Je te suis, répondit l'arrière de Shutoku alors qu'il sentait la meneuse de l'équipe féminine se tordre de douleur.

Riko s'approcha d'une porte du gymnase et l'enfonça d'un grand coup de poing. Elle la tint le temps que les deux joueurs rentrent et la referma rapidement. La lumière était encore plus vive dans la salle de repos et lorsque Midorima posa Emma sur l'un des lits de camp présents, elle gémit. La coach de Seirin réagit vite et éteignit les néons pour laisser uniquement la lumière du jour dans la pièce.

- Bon, fit Riko en s'approchant d'Emma à nouveau.

Elle leva ses mains et remonta délicatement le short d'Emma sur ses cuisses.

- Voyons-voir… Murmura-t-elle en observant l'étendue des dégâts.

Midorima regardait la scène d'un air stoïque mais ses mains tremblaient un peu. Riko aussi sembla prise au dépourvu : le genou d'Emma était complètement violacé et boursoufflé sur le côté. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » s'enquit la coach silencieusement. Emma rouvrit les yeux difficilement afin de chercher un indice sur le visage de Riko. Alors, celle-ci ne laissa rien paraître.

- Je vais t'examiner, déclara-t-elle calmement.

Comment faisait-elle pour se maîtriser ? C'était ce que Midorima se demandait. En effet, après avoir vu son genou totalement violacé, il avait eu un haut-le-coeur. Riko ne prêta attention au visage d'aucun des deux et toucha son genou délicatement. Emma tressaillit de douleur et ses traits se tordirent.

- Pardon, fit la coach en mordant sa lèvre.

Comment allait-elle pouvoir la rafistoler ? Et surtout… Etait-ce grave ? Est-ce que Emma allait de nouveau pouvoir jouer pendant le tournoi ?

- Ça va aller ? Demanda cette dernière en parlant pour la première fois.

Midorima s'approcha d'elle puis regarda le visage de Riko. Celle-ci détourna un peu la tête.

- Je vais voir ce que je peux faire, annonça simplement la coach.

Emma ne répondit rien et de nouvelles larmes coulèrent sur ses joues. Midorima ne pouvait se contenter de cette réponse et il parla à son tour pour la première fois depuis leur entrée dans la salle de repos.

- Tu sais ce qu'elle a ? Demanda-t-il.
- Oui.
- Moi aussi je le sais, ajouta la petite brune allongée.

Elle avait de nouveau fermé ses yeux, honteuse. Midorima et Riko se tournèrent brusquement vers elle. Au même instant, Kagami déboula dans la salle de repos.

- Emma ! S'exclama-t-il.

Midorima et Riko ne se tournèrent même pas vers le nouvel arrivant, trop désarçonnés par la nouvelle. L'ailier aux cheveux rouges s'approcha des trois à grands pas et bouscula un peu Midorima afin de s'approcher du lit plus encore.

- Comment ça, tu sais ce que tu as ? Demanda Riko.
- Comment tu le sais ? S'enquit aussi Midorima qui n'avait même pas prêté attention à Kagami qui venait d'entrer.
- Parce que ça ne date pas d'hier, avoua Emma.

Kagami s'arrêta tout net dans son élan.

- J'ai une dysplasie trochléenne, déclara la meneuse.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? Tempêta Kagami. - C'est une malformation du genou, expliqua Riko. Ça n'est pas très grave sur le principe mais souvent ça entraîne des complications, comme ici : l'articulation est mal sollicitée et cela provoque des difficultés à se mouvoir ou bien on se retrouve avec des douleurs au genou à force de le solliciter.
- Tu le savais et tu as quand même continué de jouer ! S'énerva l'ailier aux cheveux rouges.

Midorima ne dit rien mais il n'en pensait pas moins.

- Pourquoi tu ne m'as jamais rien dit ? Ajouta Kagami.
- Tu m'aurais empêché de continuer, répliqua sa soeur.
- Evidemment qu'il t'en aurait empêché ! Tu as agi comme une enfant, fit Riko en colère.

Emma rouvrit les yeux et malgré sa douleur, elle se redressa sur son lit de camp en position assise.

- Je le sais bien, et je n'en ai rien à faire, répliqua la meneuse, les yeux débordant de larmes. Je ne regrette rien, si ce n'est de n'avoir pu continuer ainsi plus longtemps.
- Tu es bête, déclara Riko.
- Je m'en fiche, dis ce que tu veux. Je continuerai de jouer dès que mon genou sera remis.
- Il ne sera jamais remis ! S'exclama Kagami. Une malformation c'est pour toute la vie.
- Et je reprendrai dès que j'aurais moins mal, jusqu'à ce que je recommence à trop souffrir et ainsi de suite, ajouta Emma avec colère.

Kagami et Riko ne surent quoi dire devant sa stupidité et son entêtement.

- Tu as raison, intervint Midorima.

Tous les trois se tournèrent vers lui, ahuris.

- Tu plaisantes ? S'enquit Kagami.
- Non, répliqua l'arrière. Simplement, si tu te blesses, ce sera ta faute et celle de personne d'autre.

La meneuse s'empressa d'acquiescer avec détermination.

- Je n'avais pas prévu d'accuser qui-que-ce-soit d'autre, rétorqua-t-elle.
- Bon, si vous en avez fini avec vos conneries, il serait peut-être temps que je m'occupe de soulager cette jambe, non ? Intervint Riko en levant les yeux au ciel. - Oui tu as raison, approuva la brune qui sentait la douleur monter perpétuellement dans sa jambe.
- Je vais chercher de la glace et en fouillant un peu, je devrais aussi pouvoir trouver un kit médical de bonne qualité. En attendant, tu ne bouges pas, dit la coach de Seirin à la meneuse de Shutoku.

Cette-dernière leva les yeux au ciel : aller où ? Puis, Riko sortit rapidement de la pièce. Derrière elle, Midorima. Il ne souhaitait pas rester dans cette pièce plus longtemps, il en avait assez fait. Il suivit Riko, pensant qu'il allait désormais simplement rentrer chez lui afin de s'éloigner d'elle au maximum. Emma parut un peu déçue mais ne fit aucune remarque face à Kagami qui était resté dans la pièce. Il la regardait avec agacement puis hocha la tête.

- Tu es vraiment bête, déclara-t-il.
- Je sais ce que tu penses, rétorqua-t-elle. Mais je m'en fiche, je ne plaisante même pas.
- Et je peux savoir ce que tu comptes faire si tu te casses le genou ?
- Ça tombe bien, parce que je n'ai pas prévu de me casser le genou, répondit Emma immédiatement.

Celui qui était comme son frère à ses yeux serra les poings et retint ses mots. Il avait envie d'envoyer valser l'un des lits de camp. Comment pouvait-elle penser ainsi ?

- On va gagner ce tournoi, Taiga, assura la petite brune.
- Je ne veux pas que tu joues, déclara-t-il, les dents serrées pour essayer de se canaliser.
- Tu sais pourtant que je vais jouer…

C'en était trop.

- Mais merde Emma, merde ! S'écria-t-il.

La petite meneuse à la jambe fragilisée cessa complètement de parler et ouvrit de grands yeux en fixant l'ailier de Seirin. Avait-elle été trop loin ?

- Est-ce que tu t'imagines rien que deux secondes comme c'est fatigant de toujours vérifier que tu vas bien ? De faire attention à toi ? Demanda-t-il d'une voix tremblante.

Elle hésita un instant puis finit par répondre.

- Tu sais bien que je n'ai pas besoin d'être maternée.

Kagami sentit son coeur gonfler de douleur. C'était donc le peu d'égard qu'elle avait pour ce qu'il ressentait et tout ce qu'il faisait pour elle ?

- Non, je sais que tu ne veux pas l'être mais je sais aussi que tu en as foutrement besoin. Gérer les autres tu sais faire, mais te gérer toi-même c'est une autre histoire, ajouta-t-il.

A sa voix tremblante, on aurait dit qu'il allait pleurer. Bien que la meneuse ne pouvait pas bouger sans ressentir une vive douleur dans tout le corps, elle ouvrit de grands yeux ronds et observa son meilleur ami, ahurie.

- Tu n'en fais qu'à ta tête sans même comprendre comme je m'inquiète pour toi, ajouta-t-il d'une voix lassée.

Il cessa de la regarder et lui tourna le dos pour faire face à la porte. Que convenait-il de faire ? Lâcher l'affaire, partir et l'ignorer jusqu'à nouvel ordre puisque de toute façon elle n'avait que faire de ses considérations ? Kagami se sentait trahi par sa plus chère amie. Comment pouvait-elle penser ainsi alors qu'il ne pensait qu'à alléger sa peine et à la rendre heureuse ? La réponse était simple…

- En fait, tu te comportes vraiment comme une enfant, c'est navrant, reprit Kagami.

Ses poings se desserrèrent et il sembla soudain plus calme. Depuis son lit, Emma, qui ne pouvait guère voir le visage de son frère, l'entendit relâcher un sanglot.

- Taiga, murmura-t-elle en se redressant sur ses coudes.

Il ne répondit ni ne se retourna vers elle.

- Taiga ! Reprit-elle avec plus d'inquiétude et d'une voix plus forte encore.

Alors qu'il ne répondait pas une fois de plus, comme s'il ne l'entendait plus, Emma se redressa complètement dans son lit. Qu'arrivait-il à l'ailier ? Lui qui était si fort… Etait-elle la cause de son désespoir ? Etait-ce parce qu'elle prenait toujours des risques alors que lui voulait toujours la protéger de tout ?

- Taiga, tu m'entends ? S'écria-t-elle, l'inquiétude montant en elle.

Lorsqu'il ne répondit pas une énième fois, elle ne put même plus sentir la douleur traverser sa jambe : c'en était trop. Emma regarda le sol une fraction de seconde puis, avec le moins d'égard pour sa jambe possible, elle sauta au pied de son lit en grognant. Le joueur aux cheveux flamboyants se retourna brusquement en l'entendant gémir de douleur.

- Mais qu'est-ce que… Commença Kagami.

C'était une action bête et assurément douloureuse, si douloureuse qu'Emma sentait son genou vaciller et frémir à chaque pas. Cependant, cela valait le coup. Une fois près de l'ailier, Emma l'attrapa dans ses bras et l'enserra avec force.

- Excuse-moi, dit-elle à voix basse. Tu peux sécher tes larmes, je te promets que je ne ferai plus rien d'inconsidéré. Je sais tout ce que tu fais pour moi et tu mérites que je te le rende au centuple.
- Je ne fais pas des choses pour toi pour que tu me sois redevable, fit remarquer Kagami d'une voix enrouée, les yeux tournés vers le mur du fond.
- Bien sûr, je m'en doute. Pour autant, il faut que je te dise que je sais tout ce que tu fais, j'en ai conscience et je suis désolée d'avoir pu te créer autant de souffrance et de frustration, Taiga.

L'ailier qui avait été sonné par la réaction de la meneuse consentit enfin à sourire et à la serrer dans ses bras. Même s'il avait été obligé de craquer, au moins maintenant Emma savait tout et avait réagi de façon juste. Avant que la capitaine de Shutoku ne puisse s'en rendre compte, elle était soulevée par Kagami.

- Hein…

Pour tout réponse, l'ailier déclara :

- Riko devrait bientôt revenir, et je ne tiens pas à ce qu'elle sache que tu t'es appuyée sur ton genou en son absence, sinon elle va te tuer et ensuite c'est moi qu'elle va tuer.
- Je vois, fit Emma qui riait presque.

Alors qu'il la déposait délicatement et sans problème sur le lit de camp, elle cessa de sourire et ne dit plus rien. Elle avait vraiment merdé en le rendant aussi malheureux.

- Bon, je vais pas rester ici pendant que Riko te tords la jambe encore plus, déclara Kagami et s'éloignant du lit de camp.

Sa jambe palpitait atrocement fort. Pourquoi avait-il fallu qu'elle s'appuie dessus ? Ce n'était vraiment pas malin de sa part. Tant pis. Il regarda Emma quelques instants.

- Remets-toi bien et surtout, prends le temps d'aller mieux, ordonna l'ailier.

La meneuse acquiesça rapidement puis le regarda sortir de la pièce d'un pas décidé et puissant. Lorsque la porte lestée se referma dans un bruit lourd, la salle de repos se trouva plongée dans un silence total. Alors, Emma se retrouva seule avec ses dilemmes, ses incertitudes, ses regrets et sa stupidité.

- Allez les filles ! On va tout donner !

La tension gravitait entre les bancs des joueuses… Parfois elle retombait. Parfois elle montait en flèche. Quoi qu'il advienne, elle était tout le temps là. Plusieurs soupirs de stress retentirent.

- Ouais, on va tout donner !

Subite remontée de tension.

- Tout le monde compte sur nous.

Subite remontée de courage. Pas le choix, alors autant tout donner.

- Oui, je compte entièrement sur vous, les filles.

Pas d'autre place que le banc, ni d'autre rôle que celui de soutien moral.

- Hey, ça va le faire tu penses ?

Sûrement. Même si elle aurait préféré que leur capitaine joue.

- Bien sûr que ça va le faire !

Après tout, elles avaient quand même battu les Etats-Unis. Bon… Au fond, leur capitaine avait joué presque tout le match et elles auraient perdu sans elle.

- De toute façon, les canadiennes jouent beaucoup plus fair-play ! Alors pas d'inquiétude ni de jambe en miette cette fois !

Le rôle de vice-capitaine impliquait forcément de laisser paraître un grand calme et une grande confiance. Surtout quand la capitaine était sur des béquilles et cantonnée au banc.

- Un match favorable, la dernière étape avant la finale contre les françaises !
- Pour peu qu'elles battent l'Argentine tu veux dire.

Elles étaient comme des soldats. Rien de plus qu'une armée de personnes prêtes à tout donner. Rien de plus que des joueuses de basket. Et elle, elle était à leur tête pour ce combat. Le poids de l'enjeu pesait de plus en plus sur ses épaules… Mais après tout, elle n'était personne…

- Risa ?

Le coeur de la vice-capitaine bondit dans sa poitrine et elle leva les yeux, tirée de sa rêverie et ramenée à la réalité.

- Aoi.

C'était comme si le son du monde lui revenait enfin aux oreilles, et que tous ses sens fonctionnaient à nouveau.

- Ça va être un excellent match, déclara la joueuse aux cheveux bleus.
- Je le sais bien, approuva la vice-capitaine.

Les deux joueuses ne purent s'empêcher de se tourner vers le banc, près duquel se tenait leur capitaine, toujours en béquilles depuis une semaine. Il avait été décidé lors d'un entretien avec le médecin qu'elle porterait des béquilles pendant huit jours et qu'elle ne s'entrainerait pas pendant quinze jours, c'est à dire jusqu'au jour de la finale. La décision avait été très dure pour la joueuse mais elle n'avait pas bronché puisque c'était la meilleure chose qu'elle pouvait obtenir. En effet, le médecin avait essayé de lui faire entendre raison comme tout les autres en l'empêchant de reprendre le basket pendant trois et en lui conseillant de ne plus jouer au basket en club. Cette partie de la visite médicale s'était soldée par une crise de larmes et d'énervement. Pour Emma, il était hors de question de renoncer au basket. Elle avait déjà accepté de ne pas participer à ce match, c'était assez de concession.

Chez elle et Kagami, l'ambiance avait été plus que tendue après l'entretien avec le médecin. Cependant, la visite médicale n'en avait pas été la seule source. En effet, leur altercation dans la salle de repos avait continué de les hanter pendant la semaine. La capitaine brune baissa la main inconsciemment pour caresser son genou. Comme c'était problématique. Les titulaires et les remplaçantes s'étaient regroupées devant le banc et parler avec sérieux. Le coach les accompagnait.

Elles vont réussir. Même sans moi.

Elle l'avait compris après la victoire des japonaises contre les Etats-Unis après qu'elle soit sortie du terrain. Et c'était une bonne chose, Emma le savait. Mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir triste à cette idée. Elle n'était plus indispensable. D'ailleurs, l'avait-elle déjà été ? Emma s'appuya sur ses béquilles afin de se retourner rapidement. Elles les détestait profondément car elles lui blessaient les avant-bras et en plus, elle n'en avait plus besoin. Lorsque la meneuse se retrouva face aux gradins, elle y observa rapidement le public : les joueurs de Shutoku et de Seirin au grand complet, une bonne partie des joueurs de Rakuzan, Momoi flanquée d'Aomine, Riko et quelques membres de la génération miracle. Il y avait ensuite tous les membres du public qu'Emma ne connaissait pas, ou encore des élèves de Shutoku qu'elle ne connaissait pas vraiment mais qu'elle avait déjà croisé plusieurs fois. Sans oublier bien sûr les joueuses françaises, et plus particulièrement Célia. Parmi tous les membres du publics, certains avaient les yeux posés avec insistance sur la meneuse blessée. Et parmi eux, Midorima. Pendant la semaine qui avait passé depuis qu'elle s'était abimé le genou à nouveau, ils avaient passé du temps tous les deux mais n'avait pas eu l'occasion de reparler de toute cette histoire de blessure. Lorsque leurs regards verts se croisèrent, Emma le fuit immédiatement et le coeur de Midorima fit un saut périlleux.

Du côté joueuses de Shutoku, Shiho était survoltée malgré son stress. Elle avait enfin la chance de jouer un match entier et ce en tant que meneuse.

- Toute ma famille est venue en plus ! S'exclama la petite blonde. Mon petit frère et ma petite soeur se font une joie d'être ici.

Serina sourit à sa meilleure amie, fière d'elle.

- Tu les vois dans le public ? Demanda Serina.
- Oui, juste là ! Répliqua la meneuse remplaçante en pointant un coin du public.
- Tiens, ta famille s'est assise près de Seirin, fit remarquer Haruna qui avait cherché Teppei du regard.

Ses joues étaient devenues pivoine en le trouvant.

- Ton petit frère est juste à côté de Mitobe ! Lança Aoi. Ils ont l'air de bien rire.
- Je me demande comment il peut faire rire ton frère, il est si peu bavard, intervint Emi Watanabe.

Shiho sourit en constatant qu'Aoi disait vrai.

- Il doit être plein de ressources, déclara la petite blonde.

Soudain, l'arbitre siffla afin d'appeler les deux équipes sur le terrain : le match allait bientôt commencer. Emma s'approcha rapidement du cercle de l'équipe et écouta les dernières recommandations du coach.

- Les consignes sont simples alors je vais les répéter une dernière fois, déclara-t-il, calme. Avec notre composition et au vu de l'équipe adverse, nous allons utiliser le run and gun une fois de plus avec des tirs hors-raquette pour creuser l'écart, une présence forte dans la raquette en attaque et une affirmation sous le panier au rebond comme en défense. Est-ce clair ?

Emma approuva d'un signe de tête. C'était la stratégie qui fonctionnait le mieux et puisqu'elle avait été sortie, le coach avait fait rentrer Rina, l'autre pivot de l'équipe, afin d'augmenter la taille moyenne des joueuses et de s'affirmer sous le panier. Il avait aussi été décidé de faire rentrer Shiho afin de jouer au poste de meneuse et de faire rapidement circuler la balle pour appuyer le run and gun mis en place.

- Oui coach ! Crièrent les joueuses.

Elles se tournèrent toutes vers Emma instinctivement et cette dernière sut ce qu'elles attendaient. Des paroles de capitaine sereine et confiante. Cela, elle était capable de le leur donner.

- Nous avons battu les américaines la semaine dernière, elles étaient les favorites. Nous nous sommes affirmées en tant que les meilleures joueuses de Tokyo. Nous sommes arrivées en demie finale, énuméra la petite brune.

Toutes acquiescèrent, leurs visages inquiets.

- Malgré cela, rien n'est joué et l'issue de ce tournoi ne sera certaine qu'au coup de sifflet final du dernier match ! Nous ne prendrons rien pour acquis et nous allons jouer jusqu'à la dernière minute avec autant de fougue qu'à la première. Vous êtes toutes douées et vos progrès ont été tels qu'aujourd'hui, vous êtes capables de tout.

Quelques sourires apparurent sur les lèvres des joueuses alors qu'Emma sentait son coeur bondir de joie dans sa poitrine.

- Allez Shutoku ! Toutes ensemble on donne tout ! Cria-t-elle la première.
- On donne tout ! Crièrent les autres toutes en coeur.

Puis les titulaires quittèrent le cercle afin d'entrer sur le parquet, acclamées par la foule japonaise.

- La clameur monte dans le stade, messieurs dames ! S'exclama une voix forte et lointaine.

Emma et beaucoup d'autres sursautèrent. Ils étaient nombreux à ignorer la présence d'un commentateur à ce match.

- Aujourd'hui nous assistons au second tour des matches de poules, tour qui déterminera les équipes jouant la finale ! Continua le commentateur. Nous venons d'assister à la séparation de la capitaine japonaise, le numéro six qui ne jouera pas ce match et de son équipe. Après la rencontre contre l'équipe américaine, la capitaine s'est blessée au genou et ne peut plus jouer de matches jusqu'à la fin du tournoi, voilà qui est un coup dur mais malgré tout, elle reste positive et toute son équipe aussi !

Le coeur de la capitaine se contracta. Elle ne savait pas de qui le commentateur tenait ses informations mais normalement, elle pourrait jouer le dernier match. Enfin, elle l'espérait. Suite à l'énonciation du commentateur, de nombreuses paires d'yeux se posèrent sur Emma et celle-ci se sentit gênée. Cela ne l'embêtait pas d'être mentionnée, elle avait déjà joué des matches commentés, mais elle se sentait vulnérable de ne pas être en tenue ni sur le terrain.

- Voilà un match qui promet d'être plein de rebondissements ! Ajouta le commentateur.

Les filles sur le banc foncèrent les sourcils.

- C'est bizarre que nos matches soient commentés, pas vrai capitaine ? S'exclama Serina.

Les joueuses de Shutoku sur le terrain semblèrent tout aussi étonné. Cependant, lorsqu'elles arrivèrent face aux joueuses canadiennes, elles ne purent plus penser au commentateur. Les deux équipes se jaugèrent un instant. Risa et Aoi semblaient clairement être les deux personnes en charge et elles se placèrent involontairement en avant, comme des remparts pour leurs coéquipières. La capitaine canadienne, la numéro huit, une grande pivot auburn les regarda d'un air presque triste.

- Hey, lança-t-elle alors que l'arbitre s'avançait vers elles.
- Quoi ? Demanda Aoi d'un ton presque agressif.
- On sait pourquoi vous êtes autant sur la défensive, c'est normal après votre dernier match et vos dernières adversaires, dit la canadienne. Mais vous pouvez vous détendre.

Les japonaises froncèrent les sourcils et Haruna demeura près de la frêle Shiho.

- Nous on est complètement contre la violence, si on gagne on veut que ce soit parce qu'on est meilleur au basket, pas parce qu'on frappe plus fort, assura l'ailière canadienne qui se tenait à côté de sa capitaine en souriant.

Leurs mots semblèrent si sincères que les japonaises acquiescèrent et leur sourirent en retour, un peu plus détendues.

- Très bien, approuva Risa. Ce sera donc une rencontre fair-play.


C'est sur ces mots que s'achève le chapitre ! J'espère qu'il ne vous a pas paru trop court et qu'il vous a donné encore plus envie de continuer l'histoire ! Le prochain chapitre devrait paraitre assez vite si je m'y attèle dès maintenant. Au programme du prochain chapitre, le match contre le Canada. Normalement, la fiction devrait se terminer au 25ème chapitre alors continuons d'avancer à un bon rythme ! J'espère de tout coeur vous retrouver pour le prochain chapitre. N'hésitez pas à dire ce que vous en avez pensé. A très bientôt, bisous.

- Maude