Bonjour à tous, joyeuses fêtes d'hiver et bonne fin de vacances !

J'espère que vous allez bien et que la vie vous a sourit ces derniers temps. Vous et le site m'avez beaucoup manqué mais c'est aussi de temps dont j'ai manqué et faible de cela, je n'ai eu aucun moyen d'écrire avec les révisions et mon travail... Pas si facile. J'espère que vous me pardonnez et que vous êtes ravis de voir un nouveau chapitre. En tant que lectrice c'est une chose qui me fait toujours plaisir d'être notifiée d'un nouveau chapitre d'une fiction que j'aime.

Voilà donc le nouveau chapitre, tout beau tout frais. Si vous avez oublié l'histoire, relisez-la au pire, ça fait toujours du bien de s'évader ! Encore désolée pour cette longue absence, en tout cas je ne vous oublie pas.

Puisse la lecture vous être douce et vous plaire. J'attendrai avec impatience de lire vos messages ou vos reviews et si je n'en reçois pas, je me contenterai du fait de voir que vous avez lu. Merci de me redonner un souffle de créativité par ces temps.

Bonne lecture !


Chapitre 23 : Une affaire d'égo

Enfin, l'avant dernier match du tournoi commençait et Japon et Canada s'affrontaient enfin.

- L'arbitre a sifflé le coup d'envoi, déclara le commentateur. La balle est immédiatement récupérée par le pivot de Shutoku, le numéro 10, Haruna Yamada. C'était un saut impressionnant. Elle passe immédiatement la balle à la meneuse de jeu du jour, le numéro 5, Shiho Sato. Celle-ci amène la balle vers le terrain adverse et passe au numéro 11, Risa Nakayama. Les canadiennes ont beau tenter de récupérer la balle, rien n'y fait ! La machine Shutoku a mis son run and gun en marche.

Emma ne parlait pas. La capitaine mise de côté pour le match se contentait de les regarder jouer en silence, sans même parler aux filles sur le banc qui trépignaient. Akashi fronça les sourcils.

- Ça ne vas pas aller, déclara le meneur aux cheveux rouges de Rakuzan.

Certains de ses coéquipiers se tournèrent vers lui, sourcils froncés.

- Comment ça ? Demanda Léo Mibuchi.

- L'attitude d'Emma, répondit-il froidement. Regarde un peu comme elle reste silencieuse et peu encourageante. Son visage est si fermé que c'est comme si ce n'était pas elle-même.

L'arrière de Rakuzan regarda la meneuse et se rendit compte qu'elle n'était, effectivement, que peu encourageante avec les autres.

- C'est parce qu'elle ne joue pas qu'elle fait cette tête ? Demanda Léo.

- C'est assurément pour cela, approuva Akashi.

Les joues d'Emma étaient rouges. Ses mains tremblaient alors qu'elle s'agrippait à ses béquilles. Ses longs cheveux noirs cachaient une partie de son visage et elle regardait à peine le terrain. Pourtant, le banc était en délire. Les remplaçantes trépignaient et encourageaient les joueuses sur le terrain qui ouvraient bien la partie.

- Et Shutoku s'impose avec un trois point de la numéro 11 ! Bluffant ! Intervint le commentateur.

Le stade se remplit d'applaudissements. Midorima applaudit poliment mais ses yeux étaient surtout rivés sur la meneuse et arrière titulaire. Il la voyait très silencieuse sur le banc et se doutait très bien de comment elle pouvait se sentir. Alors qu'il fixait sérieusement derrière ses lunettes le côté du visage d'Emma, ses yeux verts, ses lèvres roses et ses tâches de rousseur, celle-ci attrapa silencieusement une mèche noire de ses cheveux et la replaça derrière son oreille. Le ventre de Midorima se tordit mais il se contenta de relever ses lunettes sous le regard curieux de Takao. La clameur autour du terrain commençait à se calmer et Takao en profita pour approcher sa tête de Midorima.

- Tout va comme tu veux Shin ? Demanda-t-il avec sérieux.

- Bien sûr, rétorqua-t-il en remontant à nouveau ses lunettes avec son majeur, froid et agacé.

Takao ne répondit rien et cessa de regarder son coéquipier. Il se doutait très bien de ce qui le tracassait mais il ne pouvait pas y faire grand chose. Le meneur aux cheveux noirs et lisses détourna la tête et re-concentra plutôt son regard aux yeux de faucon sur Serina. Elle était assise et attendait son tour sur le banc. La brune espérait que cette fois-ci, elle pourrait jouer et participer physiquement à la victoire de son équipe. Mais ce qu'elle espérait le plus, c'était que son équipe allait gagner. Après tout, c'était pour ça qu'elles étaient là.

Serina crispa ses poings. Comme c'était bizarre…

Elles s'étaient toutes battues si dur pour atteindre cette étape. D'ailleurs, en arrivant dans le stade une fois changée, Serina était presque sûre qu'elle s'était sentie heureuse. Pourtant, maintenant ce n'était plus du tout le cas. Une ambiance effrayante s'était installée tout autour du banc. Elle jeta un coup d'oeil à la personne assise à côté d'elle, leur capitaine.

Pas de doute, cette ambiance venait d'Emma. Serina se tourna vers les gradins, là où Takao et Midorima étaient assis. Eux aussi regardaient dans leur direction. L'ailière remplaçante et Takao se firent des signes de tête inquiets.

- C'est pas bon, fit Takao.

Midorima grogna, il savait que son coéquipier avait raison. Le problème, c'est que Takao, Serina et lui n'étaient pas les seuls à l'avoir remarqué. Maintenant, tout le monde sur le banc semblait l'avoir remarqué et se tournait discrètement vers Emma. Même dans les gradins, de nombreuses personnes n'étaient pas dupes, comme des joueurs de Seirin, de Shutoku et de Rakuzan.

Kagami grogna à son tour. Ce n'est pas comme ça qu'une équipe devait fonctionner, même lui l'avait compris.

- C'est prodigieux ! S'exclama le présentateur. Encore un panier pour l'équipe japonaise, marqué par l'ailière numéro quatre.

Haruna s'approcha d'Aoi pour frapper dans sa main et la féliciter cependant… Quelque chose n'allait pas. La joueuse aux cheveux bleus se tourna vers le banc en souriant mais en voyant le visage d'Emma, son sourire se ternit. Les joueuses sur le banc arrêtèrent d'applaudir, mal à l'aise.

« En quoi aurait elle le droit de se sentir triste parce qu'elle ne joue pas en ce moment alors que nous on ne joue jamais et on ne se plaint pas ? » pensa Serina avec agacement.

Emma applaudit machinalement le panier d'Aoi mais ne regarda aucune des joueuses. Leur coach fronça les sourcils et commença à s'approcher de la meneuse. Il aurait du savoir que les choses allaient se passer ainsi étant donné son état d'esprit pendant les entraînements de la semaine passée.

Le coach regardait Emma depuis l'autre bout du terrain. Puisqu'elle ne jouait pas, il lui avait demandé de s'occuper du coaching de l'équipe féminine pendant qu'il préparait les garçons à la Winter Cup. Elle se tenait debout, appuyée sur ses béquilles, la jambe à peine posée. Son visage était fatigué mais sa mine résignée. C'était l'expression d'Emma depuis qu'elle avait vu le médecin et qu'elle avait appris qu'elle ne pourrait pas jouer le match de finale de poule

- Maintenant qu'on a revu les stratégies de base, commença la capitaine d'un air fatigué, j'aimerais qu'on revoie les shoots à trois points, c'est pratique pour élargir la zone de jeu et faire monter le score plus vite.

Les autres approuvèrent avec joie.

- On va les ratatiner comme ça ! S'exclama Haruna.

- J'espère que vous vous souvenez des entraînements de milieu d'année, ceux pendant lesquels vous aviez appris à tirer comme ça, ajouta la brune aux yeux de Faucon.

- Ouais ! S'exclama Shiho.

- C'est chiant les shoots à trois points, grommela Aoi.

- Tu dis ça parce que tu es mauvaise à ça, décréta Risa.

- Non, parce que je suis déjà une déesse dans tout le reste, rit la joueuse aux cheveux bleus.

Miyaji qui avait entendu ne put s'empêcher de rire avec les autres à sa phrase. Risa se tourna vers lui et le foudroya du regard. Suite à quoi il cessa totalement de rire. La petite vice-capitaine aux tresses remonta ensuite ses lunettes rondes. Même Emma sourit en entendant la remarque d'Aoi. Elle n'avait pas tort.

- On se concentre, bande de gamins turbulents, clama le coach.

Chaque équipe retourna à son poste.

- Mettez-vous en ligne face au panier les filles, déclara la capitaine.

C'est ce qu'elles firent toutes, Risa la première. Son shoot fut parfait.

- Bien joué, approuva la brune.

- Pas étonnant, marmonna Aoi, blasée. Tu peux pas dunker avec ta taille alors forcément tu t'es entraînée à shooter de loin.

- La ferme, jalouse, lança Risa en souriant.

- Allez, Shiho à toi ! Ajouta Emma en ignorant le dialogue des deux autres.

La petite blonde fléchit ses genoux, prépara ses mains et sa balle et tira. Elle manqua de peu.

- Essaye de mieux apprécier la distance, tu étais encore un peu trop courte, déclara Emma.

- Tu m'étonnes, grommela Aoi. T'as vu sa taille…

- Hé ! S'exclama la petite meneuse remplaçante.

- Aoi… Je parlais de son shoot qui était trop court ! Ajouta la capitaine en levant les yeux au ciel, s'appuyant sur ses béquilles. Bon, vous allez toutes réessayer après de toute façon ! Serina, à toi.

Puis, sous les regards amusés des garçons, toute l'équipe féminine passa à la chaîne. Seule Risa, Akari, Emi et Serina marquèrent, dont deux d'entre elles avec de la chance.

- Non, c'est pas possible comme ça, intervint Emma au bout de la deuxième chaîne catastrophique.

Les voir rater ainsi la frustrait au plus haut point car elle aurait voulu pouvoir shooter à leur place, leur prendre la balle, participer au prochain match. Elle se sentait comme une moins que rien, toute vide. Si seulement elle pouvait leur montrer… Une démonstration vaudrait tout…

Emma baissa les yeux sur sa jambe. Et pourquoi pas ? Elle laissa ses béquilles tomber et posa doucement le pied par terre. C'était à peine douloureux et la sensation de liberté qui remonta son pied se rapprochait sûrement de ce que l'on ressentait en posant son pied nu sur du carrelage chaud en été.

Les filles comme les garçons la regardèrent comme si elle était devenue folle. Le coach aussi.

- Emma ! Qu'est-ce que tu fiches ? S'exclama Aoi.

Midorima ne dit rien. Une douleur imaginaire traversa son genou lorsqu'il pensa à ce que cela devait lui faire. Inconsciemment cependant, il s'approcha du terrain des filles de quelques pas. Personne ne le remarqua tant ils étaient étonnés par le geste d'Emma. Cette dernière se préoccupa à peine de la stupidité de son geste tant elle était exaltée par l'idée.

Elle s'avança et attrapa une balle par terre. Elle s'éloigna un peu de la ligne des trois points et se mit en place.

- Regardez bien, dit Emma.

C'est ce que les autres firent, déroutées. Sous leurs yeux, leur capitaine fléchit à peine les genoux puisqu'elle ne le pouvait pas vraiment et plia ses bras au-dessus de sa tête. Puis, elle poussa la balle de sa main droite, et la guida de sa main gauche. Le frottement qui s'en suivit fut caractéristique aux oreilles de la petite brune, cependant pas aussi caractéristique que le bruit du filet sifflant lorsque le ballon vint se prendre dedans.

Emma expira avec joie. Elle exultait. Quelle douce mélodie. Midorima n'en pensait pas moins. En tant qu'arrière, il connaissait le bonheur que procurait cette sensation. Elle n'avait sûrement pas shooté depuis une semaine, cela avait dû lui manquer.

La balle retomba au sol et rebondit plusieurs fois avant que les autres ne réagissent.

- Bordel, murmura Haruna.

- Même estropiée… ajouta Aoi.

- Je m'en doutais mais en même temps, ça fait bizarre de le voir vraiment, déclara Shiho.

Personne ne répondit rien dans l'instant.

- Arrêtez de vous extasier, c'était complètement idiot, décréta Risa en colère.

Même chez les garçons, quelques murmures retentirent.

- Alors ça, fit Miyaji étonné.

- C'était extrêmement dangereux, ajouta Otsubo.

Emma inspira avec bonheur et ferma les yeux une fraction de seconde.

- Vous voyez ? S'exclama-t-elle à l'adresse des joueuses. N'hésitez pas à tirer en utilisant un maximum de votre force dans la main droite , sinon votre balle n'atteindra même pas de peu le panier...

Un instant plus tard, il se produisit ce que Midorima redoutait et ce pourquoi il s'était tant rapproché du terrain féminin : Emma perdit son sourire et tituba avant de tomber en arrière. Sans attendre, l'arrière aux cheveux verts se précipita sur elle et l'attrapa sous les épaules avant qu'elle ne touche le sol. Elle rouvrit les yeux avec appréhension et découvrit que Midorima l'avait rattrapée. Elle leva maladroitement son regard vers lui et découvrit qu'il la regardait intensément de ses grands yeux verts à lunettes. Il n'avait pas l'air tout à fait mécontent, en réalité, il n'affichait aucune expression particulière.

- Shintaro… Murmura-t-elle.

Elle ne put ajouter un mot car une voix tonitruante retentit.

- Emma, tes béquilles ! S'écria Aoi en les ramassant avec empressement.

Alors, Midorima enleva sa main du dos de la brunette et se contenta de détourner le regard en la soutenant par les épaules. Aoi arriva en courant, les béquilles au bout de sa main. La petite meneuse aux yeux de faucon les avait reprises en main et avait regardé Midorima s'éloigner d'elle pour retourner sur le terrain.

En quittant le gymnase à la fin de son entrainement, la capitaine brune se retrouva en peine face à la porte, ses deux béquilles en main. C'est alors que derrière elle arriva quelqu'un qui lui ouvrit, passant son bras par-dessus son épaule.

- Merci, dit-elle poliment en sortant, reconnaissante.

Elle se retourna et découvrit que c'était encore Midorima qui venait de lui porter secours. Il hocha la tête en marchant à côté d'elle. Ils demeurèrent silencieux quelques instants, seul le bruit des béquilles retentissant sur le sol en rythme. Finalement, la petite joueuse ne put retenir ses mots plus longtemps.

- Shin, je sais que ce que j'ai fait était vraiment bête, je ne sais pas ce qui m'a pris.

Elle regarda son coéquipier et vit qu'il gardait un visage impassible.

- C'était un très beau tir, ça ne m'étonne pas de toi, finit-il par dire.

Emma releva les yeux vers lui avec incrédulité, les joues rouges et sonda son visage. On aurait presque dit que Midorima souriait. Elle fronça les sourcils. Il ne comptait donc pas la réprimander ou lui envoyer quelques paroles sèches…

- Tu ne m'en veux pas ?

- Pourquoi je t'en voudrais ? Rétorqua l'arrière sérieusement.

Le bruit des béquilles dans la cour fut le seul son audible pendant quelques secondes. Quelques secondes pendant lesquelles Emma hésita.

- Parce que… Ce que j'ai fait était dangereux, répondit-elle.

- Ce n'est pas faux, remarqua Midorima. Mais…

Il réfléchit un instant.

- Il serait injuste que je te sermonne alors que je comprends sûrement mieux que personne ce qui a traversé ton esprit quand tu as entrevu la possibilité de prendre ce ballon dans tes mains…

Il regarda son bandage et serra le poing.

- Et de tirer, conclut-il.

Emma sentit une agréable chaleur parcourir ses mains à l'évocation de ce moment. Qu'il était doux de pouvoir céder à la tentation de ce geste qu'elle connaissait si bien.

- Je suis sûrement très mal placé pour te sermonner parce qu'à ta place j'aurais sans doute aucun fait la même chose que toi, Emma.

La petite brune sourit, apaisée.

- Mais attention, ça ne veut pas dire pour autant que c'était bien, ajouta Midorima d'une voix grave et sérieuse, habituelle.

- Je sais bien, approuva la meneuse.

Ils continuèrent d'avancer jusqu'au portail du lycée.

- Mais je n'en peux plus d'être sur la touche, de ne pas pouvoir m'élancer au coeur de l'action. Tu sais Shin, j'ai l'impression que je ne sers à rien quand je ne suis pas sur un terrain…

Le coach de Shutoku s'approcha de la capitaine de son équipe qui était toujours assise sur le banc, vide de tout enthousiasme. Une fois à côté d'elle, il posa la main sur son épaule et elle sursauta.

- Tu devrais encourager ton équipe. Toi même tu es la première à le dire à celles habituellement sur le banc. Sans soutien, une équipe ne vaut rien, déclara le coach.

Emma hocha la tête mais ne dit rien. Si le match se passait correctement, ce n'était pas gagné. Voyant qu'elle était trop abattue pour faire le moindre effort, le coach prit une mine résignée.

- Emma.

Elle ne répondit pas.

Midorima qui voyait la scène se dérouler sous ses yeux, même de loin, commença à s'inquiéter et se leva un peu. Akashi eut la même réaction.

- Vas faire un tour dans les vestiaires et réfléchit un peu, tu es en train de te comporter comme une enfant capricieuse, lança le coach.

Ces mots firent mal à l'égo de la capitaine.

- Ce n'est pas une suggestion, c'est un ordre, ajouta-t-il sèchement. Tu as beau être capitaine, tu restes une joueuse et je te donne un ordre, il est temps d'obéir.

- Compris, déclara froidement la brune.

Elle se leva, laissant ses béquilles contre le banc et quitta le terrain pour retourner aux vestiaires. Les membres des autres équipes froncèrent les sourcils, certains furent pris au dépourvu.

Que se passait-il ?

Aoi qui s'apprêtait à tirer jeta un regard vers le banc et fut tant désemparée de voir qu'Emma avait disparu qu'elle manqua le panier.

- Aïe, quel coup dur pour Shutoku qui s'apprêtait à inscrire un nouveau trois points ! S'exclama le commentateur. L'équipe japonaise commence à partir en vrille, qu'est-ce qu'il se passe ?

Midorima se redressa brusquement. Mais une voix douce surgit des gradins.

- Laisse, je vais m'occuper d'elle, déclara la voix. Il est temps qu'on ait une discussion tous les deux.


A peine la porte des vestiaires qui leurs étaient réservés passée, Emma hurla à pleins poumons. Elle avait accumulé tellement de rage en elle. Elle cria tant et si bien qu'elle en eut mal à la gorge.

Elle détestait ce qui se passait depuis son interdiction de jouer, mais elle détestait aussi son attitude. Comment la frustration avait-elle pu faire d'elle un être si ridicule… Elle avait osé délaisser son équipe mais le pire c'était sans doute que même en sachant ça, elle était incapable de mettre sa frustration de côté et de sembler plus enjouée pour son équipe. Elle détestait tout ça par ce qu'au fond et malgré cela, elle était meilleure que les autres et elle ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il était injuste qu'elle ne puisse jouer et que sans elle, l'équipe était destinée à perdre.

Bien qu'elle ait laissé ses béquilles sur le banc, elle ne peinait plus à marcher, elle allait déjà beaucoup mieux. Emma se laissa tomber sur le banc des vestiaires et se mit à soupirer bruyamment. Soudain, on frappa et la petite brune essuya immédiatement ses yeux.

- Je peux rentrer ? Demanda une voix.

La meneuse aux yeux de faucon n'en croyait pas ses oreilles. Cette voix qu'elle n'entendait presque jamais sonna étrangement à ses oreilles.

- Tu peux rentrer…

Kuroko.

Le joueur fantôme s'exécuta et entra dans les vestiaires. Emma n'en crut pas ses yeux, même lorsqu'elle vit la petite silhouette aux cheveux bleu clair.

- Qu'est-ce que tu es venu faire ici ? Demanda courtoisement la capitaine.

- Cela va sûrement te sembler logique mais je vais quand même te le dire, répondit Kuroko. Tout le monde a été désarçonné par ton attitude. Même si tu n'as pas fait ça pour blesser les autres, très peu d'entre eux ont compris ta réaction et pour être honnête, je me suis dit qu'il était temps qu'on parle.

Emma ne sut quoi dire. C'était tout bonnement inattendu.

- Je sais que Midorima allait venir te voir mais même lui n'arrive pas à être suffisamment ferme avec toi. Il ne veut pas te blesser, déclara Kuroko de sa voix douce. Au fond, je crois qu'il a tellement peur de faire un faux pas qu'il te ménage mais...

Ils se regardèrent.

- Moi je m'en fiche d'être trop ferme, il fallait que j'aie cette discussion avec toi, conclut-il.

Emma expira.

- Alors je t'écoute, murmura la brune.

- J'en connais des joueurs techniquement puissants et bons au basket, déclara le joueur.

Dans leurs deux esprits, ils virent les visages de Kagami, Midorima, Kise, Aomine, Akashi…

- Techniquement c'est vrai qu'ils sont bons. Mais il y a quelques temps, ils étaient encore faibles mentalement.

Emma comprit.

- Faibles cela reste un grand mot, admit Kuroko. Mais par rapport à leur force technique, c'est ainsi qu'on pourrait le dire je pense. Lorsque j'ai quitté l'équipe de Teiko et rejoint Seirin, je me suis juré de les affronter pour leur faire comprendre la valeur du travail d'équipe et l'importance de la confiance en ses coéquipiers. Tu sais, ça me tient particulièrement à coeur.

Voilà donc ce qu'il tenait à lui dire.

- Tu penses que je suis devenue comme ça ? Demanda Emma.
- Disons que quand je t'ai rencontrée, j'ai ressenti que nous imaginions l'équipe de la même façon. C'était bien l'une des premières fois que je rencontrais une joueuse avec une force d'esprit proportionnelle à sa technique.
- Je me suis rarement sentie aussi inutile, tout ça c'est à cause de cette jambe, je veux jouer et que mon équipe se repose sur moi. Et donc… mon esprit d'équipe en a sûrement pris un coup… Murmura la brune.
- C'est égoïste, fit remarquer Kuroko sans sourciller.
- Tu as raison, reconnut la meneuse.
- Tu sais pourtant que le basket n'est pas un sport qui permet à une équipe d'être efficace grâce à un seul individu. C'est souvent ce que pense les bons joueurs parce qu'ils sont forts, mais ils ont tort et tu passais ton temps à le dire.

Emma secoua la tête. Elle s'en voulait.

- J'ai l'impression que ta jambe t'a endommagée encore plus que tu ne le penses, ajouta le joueur aux cheveux bleus. Ne change pas tes idéaux pour si peu.

La brune ne dit rien, fixant ses pieds.

- Bien, je vais y aller, déclara Kuroko. Te connaissant, je vais te voir faire ton grand retour sur le banc d'ici quelques instants de toute façon.

Elle n'ajouta toujours aucun mot, elle ne bougea même pas. Ses yeux fixant le sol carrelé du vestiaire. Elle ne vit donc pas le jeune homme quitter la pièce. De toute façon même en le regardant, elle ne l'aurait peut-être pas bien vu.

Alors…

- C'est comme ça…

Emma avait murmuré.

C'était comme si elle ressentait toute la déception de ses coéquipières. C'était de sa faute. Elle secoua la tête. Non, ce ne serait pas comme ça.

Elle se redressa net, l'esprit clair. Bon nombre des filles sur le banc avec elle en était des habitué, des filles éternellement cantonnées au banc « au cas où », mais qui n'avait jamais le droit de se retrouver au coeur de l'action. Pourtant, Emma ne les avait jamais entendues se plaindre. Dans l'histoire, ce qui était révoltant ce n'était pas le fait que la capitaine ne pouvait jouer mais bien qu'elle s'en plaignait. Emma secoua la tête, se sentant ridicule. Il fallait qu'elle passe au dessus de cela car maintenant, elle n'avait plus qu'une chose en tête, retourner auprès de ses coéquipières et marcher à leurs côtés jusqu'à la victoire.

Mais... Il y avait toujours Midorima. Que faire ? Elle avait tellement honte. Lui qui était si indulgent avec elle, Kuroko avait raison, c'est parce qu'elle était si faible que son ami n'avait d'autre choix que de se montrer trop gentil avec elle. Que pensait Midorima d'elle maintenant ? Emma ferma les yeux à cette pensée. Qu'elle était stupide... Tant pis. Elle s'en soucierait plus tard.

Emma sécha une larme. Depuis les vestiaires, elle pouvait presque entendre la clameur du terrain. Il était grand temps qu'elle retourne à sa place.

- En avant.


Serina avait les jambes tremblante. Sur le terrain, les japonaises avaient commencé à perdre l'avantage. Maintenant, les canadiennes dominaient de 112 à 103. Même si la petite brune habituée du banc était en colère après sa capitaine, elle n'espérait qu'une chose, c'est qu'Emma allait bientôt revenir pour redonner de sa force.

Serina n'était pas la seule à s'inquiéter de la situation. Midorima attendait debout avec une inquiétude qu'il parvenait à peine à dissimuler, jetant des coups d'oeil incessants vers le couloir des vestiaires.

Les joueuses de Shutoku donnaient tout mais le moral n'était plus là. Il était retombé comme un mauvais gâteau. Aoi grogna.

- Allez les filles ! Cria l'ailière aux cheveux bleus.

Aomine approuva d'un signe de tête depuis les gradins. Risa qui tenait le ballon entre ses mains pour le remettre en jeu prit la parole.

- A quoi bon Aoi.

Aoi parut subjuguée.

- Tu plaisantes là ?! Cria-t-elle.
- J'avoue que moi non plus je ne sais même plus pourquoi on se bat, avoua Haruna, debout à leurs côtés.

Aoi ne sut quoi dire, la bouche grande ouverte.

- Après tout, ce n'est que du basket… murmura Shiho.
- Mais vous êtes devenues dingues, bordel ! Cria à nouveau Aoi.

Risa qui s'apprêtait à lancer la balle la baissa un peu, comme si elle y renonçait.

- Ce n'est pas fini ! Tout ça a un sens !

Aoi se débattait. Elle était bien la seule. C'était comme si l'énergie de l'équipe s'était envolée et que Aoi était la seule à tenter de la maintenir, l'agrippant de ses doigts, de ses ongles. Les canadiennes regardaient la scène, ahuries. Le public aussi. Les équipes dans les gradins souffraient avec Aoi. Qu'il était triste de voir une telle scène.

Midorima passa devant tous ses coéquipiers masculins de Shutoku, de ceux de Seirin et ainsi de suite. Il passa devant les coaches, devant les autres spectateurs. Tous ces derniers le regardèrent avec étonnement. Akashi fronça les sourcils. C'en était trop, Kuroko avait dit qu'il s'en occuperait mais Emma ne revenait toujours pas, c'était donc qu'il avait échoué. Midorima était décidé à aller la chercher. Kagami fronça les sourcils lui aussi.

- Midorima… commença Kagami avec agacement.

Soudain, la voix du commentateur s'éleva des hauts-parleurs.

- Mais qu'est-ce que vous faites ?!
- C'est pas le moment d'abandonner ! Cria une autre voix dans le micro, résonnant dans tout le gymnase.

En reconnaissant cette voix, toutes et tous se tournèrent vers l'endroit depuis lequel le commentateur parlait.

- Vous brillez, vous êtes grandioses. Ne me laissez pas tout gâcher parce que j'ai été stupide, vous valez beaucoup plus que ça !

Midorima sentit son coeur faire une pirouette et son estomac se nouer. Elle était là. Takao rit discrètement en le voyant entrouvrir la bouche vers elle.

- Aoi, Haruna, les filles ! Cria Shiho. Regardez !

Serina retrouva un immense sourire, posant ses mains jointes sur son coeur. Toutes semblèrent soulagées de la voir à nouveau. Et puis… elle avait retrouvé cette énergie et on l'entendait, dans sa voix.

- Veuillez m'excuser les filles, j'ai été bête et égoïste mais grâce à vous on peut encore gagner, ce n'est pas fini ! Continua la capitaine avec enthousiasme. Emmenez-nous jusqu'à la finale, je vous en prie ! Pour l'équipe !

Les joueuses sur le banc crièrent.

- Pour Shutoku ! Insista-t-elle.

Les élèves de Shutoku et les garçons de l'équipe masculine crièrent aussi.

- Et pour tous ceux qu'on aime et qui croient encore en nous, dit-elle finalement.

Emma n'osa pas regarder vers Midorima tant elle était honteuse. Elle ne voulait vraiment pas qu'il prenne la peine de lui parler, elle était bien trop bête pour lui, c'était certain.

- Capitaine ! Cria Haruna.
- De retour, enfin ! Approuva Shiho avec joie.

Aoi secoua la tête, mi-agacée, mi-soulagée. Après ce qu'elle venait de traverser, à essayer de soulever ses coéquipières à elle seule, elle était bien soulagée que sa douleur cesse et qu'elle ne fut plus seule à se battre.

- Allez les filles, on continue ! Cria Aoi. C'est pas encore fini, avant de célébrer, on a des points à rattraper !

Inévitablement, au fond de lui, Midorima avait senti deux yeux de faucon d'un vert étincelant se poser sur lui. Ses joues devinrent rouges et il remonta vivement ses lunettes. Que dire de toute façon. Jamais il n'aurait osé remonter ces gradins pour la trouver et lui dire ce qui pesait sur son coeur depuis tant de temps. Et puis… Emma n'avait pas besoin qu'il la re-motive dans l'instant, elle avait déjà réglé les torts qu'elle avait causé aux autres. Midorima serra les poings et baissa sa tête aux cheveux verts. Ses délicates mèches tombèrent sur son front alors qu'il tentait de reprendre contenance, qu'il tentait d'oublier le doux visage de son amie brune. Mais… Comment faire ? Même dans son sommeil il la voyait. Lui qui avait toujours prétendu être froid, distant et insensible, lui à qui personne n'avait jamais montré d'intérêt. Comment faire pour être à la hauteur de cette fille ? Il ne parvint pas à la regarder plus. Il lui parlerait plus tard, c'était une promesse qu'il se fit à lui-même.


Après les dernières minutes de jeu, la dizaine de points qui séparait le Japon du Canada avait été rattrapée et finalement, Shutoku gagna le match. Ce fut une réelle explosion de joie chez Shutoku et le côté japonais plus généralement. Malgré tout, les canadiennes, peu rancunières et bonnes joueuses serrèrent la main des japonaises avec joie. Alors, après ce match fort en émotion et en rebondissement, ç'avait été à Emma de descendre sur le terrain pour faire ses excuses à ses coéquipières, son coach et ses précieux amis.

Sur le terrain, toutes les japonaises de Shutoku remercièrent les kami. Elles ne savaient par quel miracle elles avaient gagné mais la victoire était bien là. Alors, elles se sautèrent dans les bras, pleurant de joie. Les filles sur le banc se levèrent en quatrième vitesse et leur sautèrent dessus. Ce fut aussi le cas des garçons de Shutoku dans les gradins qui se levèrent immédiatement pour rejoindre les filles. Le coach applaudissait, debout sur le terrain, fier de ses recrues. Akashi, Riko et Kagami, bien que content pour les filles, ne purent s'empêcher de jeter un regard à la jeune fille debout près du terrain, un peu en retrait et effrayée. Alors que les filles riaient bruyamment sur le terrain, elles se rendirent compte que leur capitaine les regardait avec timidité et en silence. Si certaines firent de grands signes à Emma pour qu'elle approche, la majorité se contentèrent de lui sourire. En revanche, du groupe, Aoi émergea et se dirigea vers elle sans rien dire. Emma s'attendit à une explosion de colère et pour cause. Aoi avait dû se débattre seule pour porter l'équipe. Elle resta debout face à la capitaine pendant un instant, sans rien dire. Puis finalement, sans rien dire, l'ailière aux cheveux bleus l'attrapa sans rien dire et la serra dans ses bras avec douceur.

- C'est fini maintenant, murmura Aoi, on a réussi.
- Merci pour tout Aoi.

Trop honteuse mais aussi heureuse, Emma ferma les yeux et laissa une larme perler.

Midorima regarda la scène silencieusement. Il était soulagé de voir que les autres lui avaient pardonné. Pour aujourd'hui, cela lui suffisait. Il lui parlerait plus tard, rien ne pressait... Même si leurs coeurs semblaient dire le contraire.

Peu en voulurent vraiment à Emma, en fait, ce ne fut le cas de personne, disons qu'il faudrait juste un peu plus de temps à certains qu'à d'autres pour accepter ce comportement mais tout rentrait dans l'ordre et Emma jura que plus jamais elle n'agirait ainsi. L'équipe et la capitaine, fortes de ces nouvelles expériences et enrichies en humilité, étaient prêtes à continuer et entrèrent dans la dernière phase du tournoi. Le moment tant attendu par toutes. Contre l'équipe française. La finale.


Et voilà pour ce chapitre 23. J'espère de tout coeur qu'il vous aura plu et qu'il saura vous contenter jusqu'à ce que le prochain chapitre sans pour autant que votre engouement pour la série disparaisse. Je sais que peu de gens la suivent mais une personne c'est déjà suffisant pour me motiver à écrire et même si je n'ai pas de review, je sais que des gens lisent, que vous êtes là et en ces temps de fatigue et de démotivation, voilà qui me redonne le sourire et me donne envie d'écrire. J'ai des examens la semaine prochaine donc il y a peu de chance que le prochain chapitre sort bientôt, autant ne pas vous mentir mais je ferai tout mon possible pour qu'il sorte avant le printemps, c'est ma promesse.

J'espère que vous passez de bonnes fêtes et vacances et que ce chapitre permettra aux plus démotivés de retrouver le sourire. Si vous avez des remarques ou des avis, les reviews ou les messages sont les bienvenus et n'hésitez pas à suivre la fiction pour savoir quand sortira le prochain chapitre.

En tous les cas, je vous souhaite de merveilleuses semaines à venir, uniquement des bonnes choses et un faste mois d'hiver.

Avec hâte de vous lire et des gros bisous, je vous dis à bientôt.

- Maude