Bonjour à tous ! J'espère de tout coeur que vous allez bien et que vous êtes prêts pour le chapitre de la semaine.
Comme promis, nouveau chapitre ce mardi. L'issue de notre fiction approche bientôt à sa fin, le sentez-vous ? Très honnêtement, il reste encore deux voire trois chapitres je pense et on arrivera au dénouement. Désolée si elle se rallonge petit à petit mais il y a encore tant de choses et d'événements que je voudrais vous montrer... Puisse le chapitre de cette semaine vous plaire. En tout cas, je l'espère.
Amusez-vous bien et bonne lecture !
Chapitre 27 : Haut les coeurs
Sa respiration était lourde mais son coeur sautillait vivement. De peur ? Non, d'excitation.
Le bus filait droit, vite, transportant à son bord dix jeunes filles prêtes à en découdre. Si prêtes qu'on n'en connut d'autres plus déterminées dans le passé comme l'avenir. Leurs regards brillants et étrangement effrayants laissaient transparaître cette lumière transcendante. De la colère ? Non, de la motivation.
Cependant, la détermination de ces jeunes personnes n'aurait su en rien les priver d'une anxiété certaine. Aussi, leurs coeurs à toutes sautillaient dans leurs poitrines, leurs ventres se tordaient sans qu'elles y pensent. Ce sentiment se révélait particulièrement familier, cette sensation d'angoisse mais en même temps d'excitation profonde : l'irrépressible envie d'accomplir quelque chose. A elles dix, cette sensation était moins effrayante que par le passé.
Des petits pieds vêtus de baskets roses tapaient frénétiquement le sol. Se soulevant gracieusement puis frappant le sol sans arrêt.
Des petites mains délicates mais précises nouaient des tresses châtains avec attention, n'omettant pas le moindre cheveu.
Des paires de grandes mains fortes mais secouées par l'anxiété caressèrent délicatement des cheveux mi-longs et blanc éclatant ou encore une longue chevelure rousse flamboyante.
De longs cheveux d'un bleu nuit merveilleux tenus en une queue de cheval se balançaient sur des épaules halées, fortes et puissantes.
Des yeux noisette et calmes vagabondaient d'un paysage à un autre, qui passait plus rapidement encore que le précédent.
Des yeux verts et lumineux brillaient d'excitation en regardant toute une petite foule de joueuses dans un bus.
Les joueuses de Shutoku étaient là, au grand complet, lancées à pleine vitesse vers leur nouvel objectif. Le dernier objectif de l'année calendaire pour elles avant la nouvelle année.
Alors que les discussions allaient bon train malgré la pression, certaines gardaient le silence. Shiho et Serina ne disaient mot, pelotonnées dans leurs places de bus côte à côte, front l'une contre l'autre. Aoi et Emma non plus ne parlaient pas, assises ensemble. Ainsi, elles ne prirent pas la parole pendant une quinzaine de minutes, écoutant les conversations des autres distraitement ou se concentrant sur leurs propres pensées. Ce n'est qu'au bout de ces quinze minutes qu'Emma décida d'interrompre la jeune fille aux cheveux bleus dans ses cogitations.
Elle posa une main sur son épaule.
- Aoi, dit-elle sans trop lever la voix.
Cette dernière se tourna vers son amie avec un sourire.
- Tout va bien ? S'enquit Emma.
- On ne peut mieux !
- Bien. J'avais peur que tu stresses.
Aoi retourna à la contemplation de la fenêtre.
- Ce serait mentir que de te dire que je n'ai pas le trac mais, je me sens bien quand même. A vrai dire, je tiens plus en place ! C'est aujourd'hui ou jamais, tu vois ?
Emma rit et Aoi se reprit.
- Bien sûr que tu vois, je suis bête, fit Aoi en souriant. J'en oublierai presque comment on en est venu à ce tournoi !
- Tu sais, cette rencontre était, il y a quelques mois, le point central de tout mais… Maintenant, je dois avouer que je m'en fiche pas mal, déclara Emma.
Elles écoutèrent Nozomi, Rina, Haruna et Risa exploser de rire.
- Gagner ensemble, voilà un bel objectif.
Aoi regardait sa capitaine.
- Tu as raison. Penses-tu que nous sommes prêtes ?
- Toi, qu'en penses-tu ? Retourna Emma.
- Eh bien… Fit Aoi un peu étonnée. Oui, je pense bien.
- Tant mieux, répondit Emma en souriant et en regardant l'extérieur du bus.
Elle ne dit plus rien.
- Pourquoi tu me demandes ça ? Insista Aoi.
Sa coéquipière eut une mine désolée.
- Eh bien… Si jamais je vous fais encore faux bond, je sais que quelqu'un dans cette équipe n'hésitera pas à m'en coller une pour que je file droit, dit Emma.
Aoi ouvrit de grands yeux.
- Je pourrais jamais te faire ça.
Son ton avait été catégorique.
- Et puis, maintenant tu sais à l'avance quand tu vas baisser les bras ?
- C'est pas ça, c'est juste que tu m'as vue plusieurs fois à l'oeuvre, tu sais comme je peux me laisser dépasser, dit Emma avec calme.
- N'importe quoi, fit Aoi.
- Au moins, saches que tu peux s'il le faut.
- Vraiment n'importe quoi, répéta la joueuse aux cheveux bleus.
Les deux finirent par se regarder et rirent.
Chez les françaises, l'humeur n'était pas à la plaisanterie. Certes, pour la plupart des filles, l'ambiance semblait être à la bonne humeur mais ce n'était pas le cas pour toutes. Elles avaient beau être en finale, il n'en restait pas moins qu'elles allaient jouer contre les outsiders du tournoi, celles qui avaient battu les américaines données favorites par tous. Et… Il semblait vraisemblablement que cette équipe était menée par leur ancienne capitaine qui avait été partiellement virée grâce à elles toutes. De plus, les performances de Shutoku les avaient ébahies lors du tournoi et la dernière phase risquait de ne ressembler en rien à leurs matches précédents.
Les membres de l'équipe française s'entendaient relativement bien, mais tout était dans le « relativement ». L'amitié n'était pas ce qui les étouffait, voilà ce que l'on pouvait affirmer. La plupart d'entre elles étaient des premières ou terminales qui s'étaient inscrites dans l'équipe avec des amies qui étaient dans le niveau supérieur et qui avaient fini par terminer leur lycée un an avant elles, partant ensuite dans les classes supérieures. Ainsi, la plupart des joueuses françaises s'était retrouvée sans attache et toutes s'étaient mélangées sans trop de volonté. Olivia jeta un coup d'oeil vers sa vice capitaine.
Célia ne faisait pas figure d'exception à cette règle. Effectivement, elle avait rejoint l'équipe avec son ancienne meilleure amie du collège, une dénommée Justine qui avait un an de plus qu'elle et qui, donc, était déjà partie de l'équipe depuis bien longtemps. En chemin, Célia s'était quand même fait des amies de par sa capacité à s'intégrer à merveille aux autres. Elle faisait rire la galerie en disant des choses simples et était quelqu'un sur qui les filles de l'équipe pouvaient compter. Plus que des amies, elle avait même rencontré la meilleure amie de sa vie, Emma. Après le départ de la petite capitaine, plus rien n'avait jamais été pareil pour Célia dans l'équipe. Bien sûr elle avait toujours oeuvré dans le bien de l'équipe mais…
Célia regarda par la fenêtre du bus pour observer les routes bordées de voitures.
Elle redoutait un peu ce qu'elle ressentirait en affrontant son ancien binôme. Après tout, Emma était la capitaine, elle était son as. Ainsi il en avait toujours été. Elles lisaient presque dans les pensées l'une de l'autre. Célia sourit avec mélancolie. Ça c'était la bonne époque de l'équipe.
Au fond, si Olivia ne pouvait lire dans les pensées de sa vice-capitaine, elle se doutait très bien de ce qu'il se passait dans sa tête et c'en était rageant… Le calme général du bus ne l'aidait pas à se rassurer. Michèle se tournait vers ses joueuses avec un peu d'inquiétude, elle aussi. Ce n'était pas à cela que l'ambiance aurait du ressembler. La coach et la capitaine le savaient très bien. D'une certaine manière, cela attristait Olivia. C'était comme si elle était incapable de fédérer son équipe. Tout ce temps, après le renvoi d'Emma, cette mauvaise entente dans l'équipe française n'avait donc pas été la faute de l'ancienne capitaine mais bien sa propre faute ? Emma aurait-elle eu raison ?
Alors que le bus passait sous un pont, Olivia regarda son reflet dans le noir de la vitre, ses yeux aussi sombres qu'une ombre.
Non. Impossible.
Elle se rassit correctement, arrêtant de fixer Célia. Il suffisait qu'elles gagnent aujourd'hui pour que tout change. Cette équipe deviendrait grande, à sa propre mesure. Olivia sourit. Tout allait bien se passer.
Les deux bus arrivèrent enfin à destination. Le plus grand terrain de basket de Tokyo, un gymnase immense au coeur de la ville.
Sans plus attendre, on gara chacun des bus mobilisés pour amener les joueuses de la finale. Une par une, les joueuses japonaises descendirent, leurs lourds sacs sur les épaules, les lacets de leurs basket bien noués. De la même manière, elles levèrent une par une les yeux vers le gymnase et en furent subjuguées.
- C'est trop, fit Haruna avec effarement.
- C'est clair, renchérit Nozomi.
Le gymnase était effectivement immense. De métal bleu et gris, son toit était entièrement vitré et arrondi tel un dôme. La structure était construite sur des bases anti-séisme et tout le bâtiment avait une allure grandiose. C'était si formidable que les joueuses ne pouvaient y croire. Et ce qui était encore plus fou était le nombre de personnes massées devant la porte d'entrée. Aux guichets, les employés vérifiaient les tickets de chacun des spectateurs, d'autres hôtesses distribuaient des tracts publicitaires avec des informations sur le match.
- J'en reviens pas, murmura Shiho.
Le gymnase était précédé d'une grande place sur laquelle on avait planté de grands arbres qui couvraient des bancs, quelques spectateurs attendaient que la queue se dissipe un peu, assis sur ces-dits bancs. Le temps n'était pas idéal au vu de la fraîcheur de l'air mais malgré cela, le soleil d'hiver illuminait la ville, réchauffant leur peau à vif.
En descendant à son tour du bus, Emma fut prise d'une faiblesse à la jambe et manqua de tomber. Entendant le fracas juste derrière elle, Aoi se retourna brusquement vers son binôme, un peu trop tard. Emma s'était raccrochée à la rampe du bus mais son genou avait heurté les graviers. D'un seul homme, les deux jeunes filles regardèrent une goute de sang glisser le long de la jambe de la capitaine. C'est alors qu'Emma les yeux vers Aoi, l'air désolée. Son amie ailière fondit sur elle et l'aida à se relever silencieusement.
Au loin, près des guichets, des spectateurs japonais de tous âges leur firent de grands signes.
- Courage ! Crièrent-ils à l'attention de l'équipe féminine.
- Que c'est gentil, fit Shiho en souriant. Faisons signe nous aussi.
Puis, toutes les filles qui tournaient le dos au bus répondirent. Le coach les regarda avec amusement.
- On dirait que vous allez avoir des supporters infaillibles pendant le match, dit-il en souriant.
- Je pense aussi, approuva Serina en sautillant de joie.
Aoi et Emma restèrent en retrait, n'intervenant pas. La plus grande des deux regardait l'autre avec inquiétude. Emma fit « non » de la tête. Il fallait que cela reste secret. Aoi soupira. Alors que les autres joueuses continuaient de discuter, l'as aux cheveux bleus de l'équipe s'accroupit face à Emma et essuya son genou en silence, l'air soucieux.
« Tu as l'air si inquiet à cause de moi, Aoi. Tellement plus sérieuse », pensa tristement Emma.
- En tout cas, nous voulions prouver la valeur de notre basket, je crois qu'on va en avoir l'occasion dans un si grand gymnase, déclara Haruna en souriant.
- C'est certain, renchérit Aoi comme si de rien n'était.
- Ça en serait presque effrayant, dit Shiho en remettant ses barrettes roses en place sur ses mèches blondes.
- Arrêtez de paniquer. Il n'y a aucune chance que le gymnase soit complet, rationalisa la vice-capitaine.
- QUOI ?! S'écria Risa.
- Vous avez bien entendu, acquiesça la jeune femme de l'accueil avec un sourire.
Les filles de l'équipe rirent, à moitié seulement, devant l'incrédulité de leur vice-capitaine.
- C-C-Complet ?! Répéta la jeune fille aux nattes.
- En effet, les tickets se sont très bien vendus.
La vice-capitaine soupira.
- C'est plus grave que je ne le pensais…
- Etait-ce tout ce que je pouvais faire pour vous ? Demanda la jeune femme.
- Cela ira, oui, répondit le coach en souriant. Bonne journée.
Il prit Risa, qui était devenue toute pâle, par les épaules.
- Allez les filles, on y va, dit-il plus fermement.
- Oui coach ! Firent les autres en le suivant.
- Et gagnez pour le Japon ! S'exclama d'une voix fluette la jeune femme de l'accueil en secouant un petit drapeau japonais et en les regardant s'éloigner à la hâte d'un air simplet.
Aoi et Nozomi levèrent les yeux au ciel pendant que Serina ricanait. Emma, elle, était un peu plus soucieuse. Même si elle avait eu envie de rire, elle s'approcha rapidement de sa vice-capitaine pour attraper sa main. Risa ne regarda pas Emma mais agrippa sa main avec gratitude.
Les françaises et les japonaises rentraient toutes dans les vestiaires qui leurs étaient réservés. Le coach ferma la porte du vestiaire derrière lui et se tourna vers ses joueuses qui s'étaient toutes assises en attendant ses directives.
Pendant quelques instant, personne ne parla. Toutes les joueuses, le regard rivé sur leur coach. Emma demeurait debout, bien droite, le regard affûté, ses yeux de faucon prêts comme jamais vrillant chacune des personnes dans les vestiaires.
La tension semblait monter alors que personne ne semblait décidé à parler.
- Hé attendez moi ! S'écria brusquement la voix d'Olivia depuis le couloir. Puis, la porte des vestiaires voisins se ferma.
Aoi regarda Emma. La petite brune rencontra enfin les yeux bleus de sa grande acolyte aux cheveux bleu profond. A en juger par les bruits audibles du hall, les spectateurs rentraient par dizaines.
- Bien, dit le coach.
Toutes les joueuses japonaises sursautèrent.
- Il est temps de revoir pour la dernière fois de ce tournoi notre stratégie.
Le silence brisé par le coach, les joueuses purent toutes respirer. Aucune d'entre elles n'était cependant réellement soulagée. Alors que le coach revoyait la stratégie une ultime fois, les mots franchissant ses lèvres comme des feuilles arrachées des arbres par une bourrasque, Emma sentit ses jambes flageoler et baissa les yeux vers son genou.
Cette sensation, elle ne la connaissait que trop bien. C'était la sensation des débuts, des premiers matches, des premiers frissons. Le ventre qui se tord et les jambes qui se dérobent. Cette même sensation qui donnait l'impression qu'elle allait tomber à tout moment. Depuis son tout premier match officiel, elle avait ressenti cela en son être. La magie du début qui avait continué et qui subsistait encore. Sauf que…
Cette fois ci, la magie du début se dissolvait, son élancement au genou prenant le dessus. Si Emma affichait une mine relativement sereine, des ouragans contraires hurlaient en son coeur. Ses jambes tremblaient tant qu'elle était sûre que les autres le verraient. Les mêmes tremblements qui secouaient ses mains lorsqu'elle donnait quelque chose à quelqu'un, qu'elle déclamait un discours devant une foule.
« Quelle lâche tu fais, ma pauvre », pensa-t-elle.
Il était temps d'être digne. Elle releva la tête, n'écoutant ni le coach, ni les interrogations de ses camarades. Même la voix d'Olivia n'aurait su résonner en elle, de même que les exclamations du public dans le hall. Emma se cramponna à l'un des casiers avant de le lâcher et de se tourner vers la porte.
- Morgan, qu'est-ce que tu fais ? S'enquit le coach.
Emma garda sa main sur la poignée, leur tournant le dos, silencieuse.
- Tu devrais rester, l'équipe doit rester unie jusqu'au bout, rappela-t-il.
- Hmm, je sais bien, approuva-t-elle.
Elle se retourna finalement et fixa ses pupilles sur son coach.
- Pourrais-je, exceptionnellement, me passer de l'explication du plan afin de dérouiller mes jambes un peu ? Demanda-t-elle avec sérieux.
Toutes les joueuses restèrent muées dans le silence. Aoi fronça les sourcils. Aux oreilles de certaines, la demande sonna faux. Cependant, l'air sincère de leur capitaine, lui, semblait bien authentique. Le coach aussi fronça les sourcils, guère dupe. Mais… L'empêcher de partir aurait peut-être mis un coup au moral de l'équipe.
- Te… dérouiller ? Répéta-t-il, sceptique.
- Oui, assura Emma.
La capitaine et le coach échangèrent un long regard.
- Je connais notre stratégie, vous le savez bien, ajouta la jeune fille.
L'homme défronça ses sourcils et son visage se lissa.
- Va, contente-toi d'être de retour quinze minutes avant le match, déclara-t-il finalement.
- Merci coach, fit-elle, soulagée.
Elle ne se sentit pas réellement submergée par un quelconque bien-être mais ainsi, elle pourrait cacher son appréhension. Sans un regard pour ses coéquipières, elle se retourna vers la porte.
- On se voit tout à l'heure pour l'ultime étape vers notre victoire, déclara Emma.
Puis, elle quitta la pièce et referma la porte dans un claquement de bois résonnant dans le large couloir du stade. Après avoir fait quelques pas vers le hall, elle s'adossa au mur, son coeur battant la chamade, le ventre crispé de douleur et ses jambes tremblantes.
De nouvelles personnes s'engouffrèrent dans le hall après que la masse du public soit passée.
- Je sais pas ce que vous en pensez mais ça sent la victoire, fit Miyaji avec confiance.
- Complètement d'accord, approuva Kimura en frappant dans la main de son vice-capitaine.
- C'est bien d'être aussi positif, fit Otsubo en souriant. Ça assure un peu plus leur victoire.
Ils étaient en train d'arriver au guichet où l'on vérifiait les tickets. Takao regarda tout autour d'eux.
- Il y a vraiment du monde, fit-il remarquer.
Les garçons acquiescèrent silencieusement. Les yeux de Takao s'agrandirent de surprise avant de retrouver une forme normale.
- Tiens donc, regardez qui voilà, fit-il en faisant un signe de tête vers l'extérieur.
C'est ce qu'ils firent et à travers les vitres du bâtiment, ils virent Riko et Hyûga descendre d'un bus puis à leur suite tous les joueurs de Seirin. Izuki et Koganei riaient aux éclats mais la mine générale n'illusionnait personne. Hyûga et Riko ne disaient mot, de même pour Mitobe, ce qui était un peu moins étonnant. Kiyoshi arborait lui aussi un visage sérieux et avançait avec les autres, Fukuda à ses côtés. Finalement, c'était Kagami qui avait l'air le plus préoccupé et pour cause, il se demandait si le genou d'une certaine joueuse allait endurer le coup. La même joueuse qui était debout dans un couloir, la jambe tremblante.
La fin approchait et tous le sentaient. C'était aujourd'hui ou jamais et il faudrait tout donner.
- Venez, fit Otsubo en se détournant de Seirin. Ils nous rejoindrons à l'intérieur.
Les garçons de Shutoku approuvèrent et suivirent leur capitaine, commençant à enlever leurs écharpes tant l'intérieur du stade était chauffé. Midorima, lui, resta muré dans le silence, son habituel air froid et détaché sur le visage.
Emma inspira profondément et claqua ses paumes contre ses joues.
- Allez, un peu de courage ma grande, se murmura-t-elle.
Depuis le couloir, elle entendit la porte en verre se refermer après avoir laissé entrer un nouveau groupe.
- Allez, on se détend, je vous dis que ça va bien se passer, tempéra une voix joyeuse.
La capitaine avait reconnu cette voix et se tourna vers le hall, les yeux plissés. Après un rapide coup d'oeil, elle reconnut un jeune homme aux cheveux noirs et aux yeux gris. C'était Izuki qui était là. Emma se précipita contre le mur de sorte à ce que personne ne la voit. Son coeur battait la chamade.
- Izuki a raison, approuva Riko avec sérieux.
- Oui, elles sont douées et elles sont là pour profiter, ajouta Kiyoshi en souriant, son éternel air bienveillant sur le visage.
Ils avançaient derrière la file de gens qui attendaient pour faire vérifier les tickets.
- Tu es le dernier qu'il faille convaincre on dirait, Kagami, remarqua Izuki.
- C'est pas ça, tempéra-t-il d'une voix moins tonitruante que d'habitude.
Emma sortit sa tête juste assez pour regarder son frère parler. Le grand jeune homme aux cheveux flamboyants avait bel et bien l'air préoccupé.
- C'est quoi alors ? Demanda Koganei, perdu.
- Je sui persuadé du fait qu'elles gagneront, répondit le grand ailier de Seirin.
Tous se tournèrent vers lui.
- C'est plutôt le prix qu'il faudra payer pour cette victoire qui m'inquiète, conclut-il.
Kagami sortit de sa chambre afin de rejoindre la cuisine. Il était bien décidé à cuisiner pour sa soeur et lui-même. Cette dernière était d'ailleurs en train de se doucher et ne tarderait pas à sortir. Kagami sourit, autant faire vite dans ce cas, il fallait recoller les morceaux durablement avec Emma. Il sortit une poêle et alluma la plaque de cuisson. Bientôt, le bruit d'eau provenant de la salle de bain cessa. Une dizaine de minutes plus tard, alors que Kagami sortait deux bols, il entendit la porte de la salle de bain s'ouvrir et vit sa soeur sortir, emmitouflée dans sa serviette.
- Ça sent drôlement bon ! S'exclama-t-elle, ouvrant grand les yeux.
- Et tu ne pourras y goûter que quand tu seras habillée, répondit Kagami en s'esclaffant.
Emma soupira.
- Ça marche, j'arrive ! Fit-elle avec détermination, puis elle pressa le pas vers la porte de sa chambre.
En un instant, tout bascula, une fois de plus. Un bruit lourd et sec tira Kagami de sa rêverie et il leva la tête. Emma gémit. Elle était étendue par terre. Encore. Kagami reteint la moindre remarque, coupa le gaz et se précipita vers elle. La serviette que la capitaine portait autour du corps avait glissé et lorsque Kagami attrapa la jeune fille par les épaules, elle resta par terre.
Les deux se regardèrent avec intensité. Emma était encore sous le choc et ne disait mot. Kagami le voyait dans ses yeux, elle était terrifiée. Le jeune homme baissa les yeux sur le genou de la jeune fille, le regard désapprobateur. Il tremblait. Ses deux jambes tremblaient, même.
- Emma, murmura-t-il, épuisé.
La jeune fille reprit pleinement ses esprits et se mit immédiatement sur la défensive. Kagami se baissa pour attraper la serviette et l'enfiler autour des épaules de la joueuse.
- Mes pieds étaient mouillés, répliqua-t-elle.
Le joueur aux cheveux rouges baissa les yeux sur le sol depuis la salle de bain. Sec. Sur les jambes nues d'Emma. Sèches aussi. Lorsque Kagami releva les yeux pour les plonger dans ceux d'Emma, elle le regarda avec colère, sachant ce qu'il penserait.
- Ils étaient mouillés, insista-t-elle.
- Tu peux mentir au médecin pour qu'il t'autorise à jouer la finale, mais tu ne peux pas me mentir à moi, fit-il.
- Je n'ai pas menti au médecin, dit-elle avec colère.
- Dis ce que tu veux, moi j'appelle ça un mensonge.
Emma avait plus l'air honteuse qu'en colère en le regardant, mais comment accepter qu'il avait raison, comment renoncer à la finale du lendemain.
- Je n'ai pas la moindre emprise sur toi alors je me passerai de te répéter ce que je pense, dit Kagami. Fais juste attention à toi, ajouta-t-il d'une voix rauque.
Emma resserra la serviette autour de ses épaules et baissa les yeux avant d'entrer sa chambre.
- Dis-toi simplement que si tu es tombée en marchant dans ta maison, un match de quarante-cinq minutes réduira ta jambe en miettes.
Seirin regardait Kagami avec attention.
- Disons que je préfèrerais que Shutoku perde sans Emma plutôt qu'elle prenne le risque de se faire du mal, conclut l'as.
Riko entrouvrit la bouche et Hyûga et Kiyoshi se regardèrent, désemparés.
Depuis sa cachette dans le couloir, Emma baissa la tête. Voilà ce qu'elle faisait aux autres par lâcheté. Alors, accablée, elle s'éloigna du hall afin de ne pas entendre plus.
- Vos tickets s'il vous plaît, demanda avec insistance l'un des membres du stade à l'adresse de l'équipe de Seirin.
Riko sourit en fouillant dans son sac.
- Oui, je vous les sors tout de suite, approuva-t-elle.
- Ils ne peuvent pas les garder eux-mêmes ? Demanda l'agent avec étonnement.
- Bien sûr que non, ils les perdraient, croyez-moi, rationalisa Riko.
- Hé ! S'exclama Fukuda.
- C'est pas sympa, fit Furihata.
- En attendant c'est vrai, intervint Koganei.
Kiyoshi faisait de grands signes de tête approbateurs. Le contrôleur se frotta l'arrière du crâne, désarçonné par cette étrange équipe.
- Mais où est encore passé Kuroko ? Fit Riko avec agacement…
Il ne restait plus qu'une demie-heure avant le début du match et françaises comme japonaises commencèrent à entrer sur le terrain pour s'échauffer ensemble. Risa et Aoi menaient l'équipe de Shutoku dans le couloir qui donnait sur le terrain. Alors qu'elles marchaient toutes dans le long et sombre couloir éclairé par quelques lointaines fenêtres, elles arrivèrent enfin à sa fin, se faisant éblouir par les spots brillants du stade. Emma les rejoint, se donnant un peu de courage. Alors qu'elles entraient dans la lumière, Shiho se cacha les yeux d'un bras pour ne pas être éblouie. Alors que les applaudissements et les hurlements retentissaient autour d'elles, Aoi et Emma se regardèrent en souriant. Risa souffla discrètement, se redonnant contenance.
- C'est notre moment, les filles, fit Aoi avec détermination.
- Ouais ! Approuva Haruna.
Emma leva les yeux vers les gradins et elle le vit. Grand, de grands yeux verts, des cheveux d'une couleur semblable à celle des arbres au printemps, l'air sérieux et en même temps désolé. Il portait un collier autour du coup qu'Emma reconnut immédiatement. Un collier qu'elle lui avait offert. Midorima.
Il la trouva si belle et si triste en même temps. « Pauvre Emma », pensa-t-il. « C'est moi qui t'ai fait ça ». Lorsque son regard rencontra celui de la joueuse aux yeux de faucon, il sentit son coeur se serrer. Il n'espérait qu'une chose : que le match lui apporte ce qu'elle cherche depuis si longtemps. Finalement, Emma brisa le lien visuel qu'ils avaient établis.
- On y va, lança Risa.
Elles approuvèrent d'un signe de tête.
- Allez les filles, levons nous fièrement et portons Shutoku jusqu'à la première place, dit Emma.
- Ouais ! S'exclamèrent ses coéquipières.
Aoi sourit et toutes ensembles, elles avancèrent vers le centre du terrain, vers lequel les françaises avançaient aussi, toutes prêtes à en découdre. La lutte serait sans merci et seules les meilleures pourraient en sortir victorieuses.
Et voilà ! C'est tout pour aujourd'hui, j'espère que ça vous a plu.
En fait, le chapitre était aussi long que d'habitude ! La suite arrivera lundi ou mardi prochain si tout se passe bien alors encore un peu de patience. Au programme du chapitre 28 : règlement de compte entre Olivia et Emma, une bonne dose de duel Célia et Aoi et un match plein de rebondissements. J'espère que vous êtes prêts !
Si le chapitre du jour vous a plu, n'hésitez pas à me le faire savoir, de même si vous avez des choses à redire ou des conseils que vous jugez bons de me donner, je vous écoute. Sur ce, à lundi ! Je vous souhaite une belle semaine. Faites attention à vous et ceux que vous aimez,
Maude
