Je ne possède aucun des personnages des films ou des livres et de tout le reste.
Un recueil de textes courts sur l'univers des personnages de Star Wars nous plongeant dans un instant ou une pensée des protagonistes de l'histoire .
Il paraît que je ne suis pas grand-chose juste un objet qu'on fabrique. Une sorte d'épreuve, un passage obligatoire pour chaque novice.
Ce texte a été écrit sur un thème proposé par UnePasseMiroir pour le challenge d'octobre du Collectif NoName mais qui n'a pas été retenu : "Incarnez un objet immobile et spectateur mais non moins attentif"
J'ai adoré ce thème vraiment ! La preuve ! Voilà un troisième texte !
En espérant que cela vous plaise
Bonne lecture
PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)
Je ne suis qu'un objet
Il paraît que je ne suis pas grand-chose juste un objet qu'on fabrique. Une sorte d'épreuve, un passage obligatoire pour chaque novice, un outil qui les aidera à évoluer pour devenir les jedis qu'ils aspirent à devenir. On choisit ma couleur, on prend plus ou moins soin de moi, on me casse parfois, on me change en grandissant.
Malgré tout cela je suis le compagnon qui ne quitte pas leurs ombres ou leurs pensées d'ailleurs. Je bats contre leur flanc à chacun de leur pas et ils rêvent de pouvoir me manier à la perfection. Ils rêvent de me brandir pour la Justice, pour la Paix, dans le respect de la Force.
Je suis la seule chose qui ne le quittent jamais, presque le seul attachement qui leur soit autorisé au final. Un padawan qui prend peu soin de moi aura des remontrances de son maître. Je suis un outil indispensable.
Je suis la marque des jedis.
Eux seuls ont le droit de me brandir, de m'utiliser. Bien sûr lorsqu'ils tombent au combat, parfois leurs ennemis me prennent comme un trophée et me brandissent crânement, mais cela ne leur a jamais porté chance, non, jamais…
Je ne suis qu'on objet, mais j'ai eu une étrange destinée… J'ai croisé plus de drames, de morts et de larmes que bien des autres.
J'ai été fabriqué en seulement quelques heures par un enfant surdoué, un élu si puissant que même les autres jedis l'ont pensé conçu par la Force. Je ne sais pas si c'est possible. Je ne suis pas là pour penser ou réfléchir. Tout ce que je sais c'est que la vitesse avec laquelle il m'a construit a épaté de nombreux maître dont Yoda en personne et il m'a fait bleu…
Bleu… Une couleur qui n'est pas anodine… Une couleur toute en ambivalence. Le bleu c'est la couleur du ciel et de l'eau. Il symbolise l'infini, le divin, le spirituel. Le bleu invite au rêve et à l'évasion contemplative. En allant plus loin dans ce sens, il évoque la paix, le calme et la volupté, mais le bleu c'est aussi la couleur des veines, de l'ombre et de la nuit. C'est une couleur froide dénotant la tristesse et s'opposant à la gaieté, à la vivacité des couleurs chaudes comme le jaune. Est-ce que mon maître aurait été moins triste si j'avais été jaune ? Est-ce qu'il aurait été moins désespéré si j'avais été vert ?
Comment répondre… Je ne suis qu'un objet… Je ne suis pas là pour réfléchir, mais j'ai vu par contre.
Oh oui, ça j'ai vu…
J'ai vu son acharnement. Les heures entières passées à s'entraîner pour devenir le plus grand des jedi et rendre hommage à ce maître mort avant même de le former. Oui, je l'ai vécu son acharnement pour remercier ce grand jedi qui l'avait toujours soutenu et pour rendre fier son jeune maître encore si bouleversé par la perte de ce dernier.
J'ai vu leur complicité naître et grandir. J'ai assisté à leurs joutes verbales, à leurs éclats de rire. J'ai vu la barrière entre le maître et l'élève disparaître pour se transformer. Je les ai vus devenir frères et s'attacher. Je pensais que c'était interdit l'attachement, mais il était là, bien visible pour ceux qui avait envie de le voir, invisible pour ceux qui voulaient le nier.
J'ai aussi vu leurs disputes, des disputes fraternelles qui avaient comme finalité de s'achever inexorablement dans une simple accolade sincère et appuyée.
J'ai combattu à ses côtés. J'ai vu la mort et la souffrance sur de nombreuses planètes. J'ai vu mon maître et son propre maître être blessé, souffrir mais survivre. Il a bien failli me perdre plusieurs fois dans ces combats, mais j'ai toujours retrouvé sa main et j'ai continué à me battre.
Cependant, je n'ai pas vu que des combats… Je l'ai vu aussi rougir, bégayer, tomber amoureux… Je l'ai vu finir de rompre ce pacte de non attachement qui doit être le maître de la destinée de tous les jedis. Il l'avait déjà rompu avec son maître, pourquoi ne pas le faire disparaître totalement avec cette femme… sublime… envoûtante… Je l'ai vu grandir cet amour, je l'ai vu devenir passionné, caché et j'ai été heureux qu'à moi, il ne soit pas caché.
J'ai vu sa rage aussi. Je ne voulais pas participer à la sortie de sa haine. Je ne voulais pas tuer tout ce village Tusken, mais je ne peux pas lui refuser de me manier et je peux le comprendre. Enfin, je crois que je peux le comprendre. Je ne suis qu'un objet et ce soir-là, j'ai été l'instrument de sa rage et de sa vengeance. Est-ce qu'un autre aurait agi différemment en retrouvant sa mère torturée et agonisante ? Est-ce qu'on peut lui reprocher de m'avoir utilisé comme expression de sa révolte et de sa douleur ?
Tout ce que j'ai compris c'est que cette douleur ne l'a plus jamais quitté et que pendant qu'il dormait, moi, posé sur cette table de chevet, je le voyais s'agiter, faire des cauchemars et avoir peur… Peur de tout perdre et c'est ce qui l'a perdu, ce qui nous a perdu.
Peu à peu, sans rien pouvoir faire pour l'aider, je l'ai vu perdre pied. Je l'ai vu basculer. J'aurais voulu le retenir, mais je ne peux pas parler, je ne suis qu'un objet. Il s'est enfoncé. Il a basculé dans la folie par crainte de tout perdre et il m'a fait faire des choses terribles… Des choses si terribles que je pourrais moi-même en faire des cauchemars si je savais rêver. Heureusement, je ne suis qu'un objet, mais même là… Me faire tuer ces enfants, basculer dans la folie, laisser l'ombre l'engloutir, affronter son maître… non, affronter son frère… tenter de le tuer. Je ne voulais pas le frapper, mais il ne pouvait plus se contrôler et il ne pouvait même plus me contrôler. Tout n'était plus que folie pure et je l'ai vu chuter…
J'ai quitté sa main, j'ai roulé sur le sol et j'ai presque ressenti une étrange sensation quand les doigts de son maître se sont refermés sur moi, quand il m'a emmené loin de lui en train d'agoniser…
Il ne m'a pas quitté son maître. Il m'a gardé comme une relique, la plus précieuse de toutes pendant des années. Je me souviens des premiers temps quand il me prenait dans sa main et qu'il se mettait à pleurer. Combien de ses larmes sont venues ricocher sur moi ? Il était si mal lui aussi. Avoir dû l'affronter, avoir dû presque le tuer lui qu'il aimait tellement, lui qu'il considérait comme son petit frère, j'ai presque cru qu'il ne s'en remettrait pas, qu'il allait se laisser mourir pour ne plus souffrir… Je pense qu'il ne s'en serait peut-être pas remis s'il n'y avait pas eu ce petit…
Le fils de mon maître. Celui sur lequel il a veillé sans relâche, même de loin… Celui à qui il m'a offert et j'avoue que c'était étrange de sentir les doigts de cet enfant sur moi. J'avais presque l'impression de retrouver son père. Il était doué lui-aussi. Il a appris si vite à me manier.
J'avais enfin un nouveau maître. Je pensais ne jamais le quitter, mais voilà je ne pensais pas non plus le revoir… mon ancien maître… Il était toujours là, toujours en vie. Il m'avait remplacé par un autre plus violent, plus sanglant, plus rouge. Il avait vieilli, mais il avait toujours cette puissance. C'était étrange de se battre contre lui, contre le nouveau, de ne pas être de son côté et puis… il m'a fait chuter à mon tour. Il a tranché la main de son enfant et je suis tombé… tombé… tombé…
Est-ce que c'était la fin ?
Non.
Parce que les années ont passés, mais je suis toujours là et ses doigts… Ses doigts fins qui se referment sur moi… Le regard de cette jeune femme… Je sais que je vais reprendre le combat…
Témoin muet, mais toujours là…
Je ne suis qu'on objet… A elle d'écrire sa destinée…
