Notes : Le personnage de 'Maya' appartient à Platy (EvilReceptionistOfDoom); tout ce qui la concerne est tiré de son propre fanon. Je n'ai donc fait qu'emprunter son personnage qui aura quand même un rôle crucial dans les événements à venir. :3 Oh, je tiens à vous prévenir qu'à la fin du chapitre, il y a un petit lemon xD


Tamashi no Moribito

Gardien des Âmes


Chapitre 11

Un amour surprenant !

C'est après l'ouverture de la guerre sur les plaines de Tarano, et le retrait de l'armée Talsh, que Shuga avait pu quitter sa cachette qui était celle de la grotte des chasseurs au printemps en compagnie de son maître Torogai et son petit-fils, Nao.

Alors qu'il revenait « à la maison » après s'être séparé d'eux, Shuga plongea dans ses souvenirs. Son amour naissant pour la femme Yakue du nom de Tomoe lui avait ouvert les yeux et il repensait à tous les préjugés qu'il avait eu concernant des alliances entre différentes classes. Taiga, connut sous le pseudo de « Jin », lui venait le plus souvent en tête, car il avait épousé Maya, une roturière, paysanne et étrangère de surcroît. Il l'avait rencontré à Kanbal, lors d'une mission diplomatique auprès du roi Radalle, agissant comme garde. Leur relation avait mis du temps à se développer, mais au bout de longs mois de cour, ils avaient fini par tomber amoureux, Taiga, bien plus lentement et plus tard que Maya.

Shuga se souvint qu'il n'avait pas vraiment été ravi d'apprendre que Taiga avait fait une demande pour avoir une autorisation spéciale d'épouser une paysanne Kanbalese. À l'époque, il croyait dur comme du fer que les hunters se devaient d'épouser d'autres nobles Yogoese, pas des étrangers ni des pauvres… et Maya était à la fois les deux : étrangère et pauvre. Son Yogoese au départ n'était pas génial non plus, et elle ne connaissait pas les us et coutumes du Nouvel Empire de Yogo. Shuga était convaincu qu'elle serait chassée de la ville par toute la noblesse, avec des fourches et des lance-flammes, et renvoyée à Kanbal, là, où elle appartenait. Mais ce n'était jamais arrivé, car l'équipe entière des hunters s'était toute mobilisée dans cette incroyable machine de propagande dont Maya et Taiga n'étaient pas informés jusqu'à ce que Mon en fasse part à celui qu'il considérait comme son propre fils. Hasham, connut sous le pseudonyme de « Yun », et sa femme, Shirai, avaient fait en sorte que tout le monde travaille ensemble pour faire accepter Maya dans la société noble. Et ça avait merveilleusement bien marché. Maya n'était pas la première ni la dernière Kanbalese à immigrer au Nouvel Empire de Yogo, mais elle était sûrement la toute première à s'être élevée au statut de noblesse malgré qu'elle soit paysanne de naissance.

Sur la réticence de Shuga, Jin avait fait outre ces détails et s'était marié à Maya dans une cérémonie privée et intime, n'invitant qu'une prêtresse, Mon comme témoin et la mère de Maya, qui avait fait le chemin de Kanbal jusqu'à Yogo pour voir sa fille s'unir à lui.

Le tuteur de Chagum avait tenu des stéréotypes pendant très longtemps envers le couple de Taiga, sans toutes fois le dire à haute voix. Et même quand ils avaient eu des enfants ensembles. Il s'était toujours montré poli et respectueux en face de Maya, mais sans plus d'efforts d'établir un lien avec elle. Pourtant, Balsa était de la même nationalité qu'elle, roturière également, mais il ne l'avait jamais regardé de cette façon-là qu'avec Maya. Peut-être parce qu'elle était mariée avec un homme de son rang ? Ou qu'elle imposait le respect par sa prestance naturelle de guerrière ? Il ne le savait pas.

J'ai été un vrai xénophobe à l'égard de la femme de Taiga ! s'horrifia-t-il, surmené par ses pensées. Et voilà que le karma se fout de ma gueule en me faisant tomber amoureux d'une Yakue métisse, et qu'elle me fait perdre toutes mes bases…

Cette réalisation le rendit tellement troublé qu'il s'isola pendant quelques jours, loin de Chagum et de ses fonctions, prétextant un rhume printanier. Jusqu'à la construction de la nouvelle Capitale, tous les nobles de la cour et les fonctionnaires du gouvernement habitaient le Palais de la Montagne au nord de Yazuno. Shuga ne savait pas comment agir. Tout au fond de lui-même, il sentait qu'il devait s'excuser auprès de Maya – même si elle devait sans doute elle-même ignorer qu'il l'avait méprisé – mais il ne savait pas comment le faire ni aborder le sujet. Lui-même provenant d'une famille de pêcheurs roturiers, il n'était pas le mieux placé pour parler du statut qui se basait sur la naissance.

Il succéderait aussi au nouveau titre de Saint-Érudit, comme Hibi Tonan venait de décéder il n'y avait pas si longtemps que ça, en même temps que le couronnement de Chagum. Il serait peut-être trop tard pour lui pour prendre une épouse, mais il aura aussi acquis de nouvelles fonctions, dont celles qui étaient de pouvoir changer des anciennes règles oppressantes. Tomoe et lui avaient avoué leurs sentiments amoureux, et c'était réciproque. Ils s'étaient même déjà embrassés, juste une fois. Mais encore, il était angoissé avec toutes ces nouvelles prises de conscience. N'en pouvant plus, il décida de convoquer Taiga à son bureau le lendemain. C'était déjà un premier pas.

Taiga se présenta à son bureau. Il était relaxe et avait ce regard sérieux au visage.

« Vous m'avez convoqué, Maître Shuga ? demanda-t-il alors qu'il prenait place sur un coussin devant le bureau de bois.

- Oui. Bonjour Taiga, et merci d'avoir répondu à mon appel.

- Quand des personnes supérieures nous convoquent, nous sommes obligés d'y répondre. Alors, dites-moi ce que vous vouliez me dire ?

- Euh, en fait, ça n'a pas vraiment rapport avec des fonctions ou une mission diplomatique, avoua Shuga de façon très inconfortable.

- Oh ?! »

Le hunter semblait surpris.

« J'ai eu, comme on dit, une certaine prise de conscience et ça me perturbe et tourmente beaucoup.

- Est-ce pour ça que vous aviez pris congé de maladie ? tenta de deviner Taiga.

- D'une façon et pour me recentrer sur moi-même et faire une introspection.

- Alors vous pouvez tout me dire. Je jure sur la tête de Son Altesse que je ne divulguerais aucunes informations vous concernant. »

Shuga hocha la tête et regarda au loin, à travers la fenêtre de son bureau.

« Je n'ai jamais su ce que c'était être en amour, finit-il par annoncer.

- Ce sujet vous mettait dans tous vos états ? s'étonna Taiga.

- Pas à priori. Je n'ai eu d'expériences qu'avec la gent masculine. Et encore-là, ce n'était même pas de façon romantique et amoureuse. Au cours de mon séjour à la grotte des chasseurs avec Balsa et Tanda, il s'avère que le destin a mis sur mon chemin une possible âme sœur qui puisse me rendre heureux. Les sentiments sont réciproques. »

Taiga était tellement estomaqué qu'il ne sut quoi répondre pendant de longues secondes. Mais il se ressaisit bien vite.

« Vous êtes donc amoureux, comprit-il.

- Oui. Et c'est une femme avec des origines Yakue… »

Il tourna enfin son regard vers le hunter et le planta dans ses prunelles.

« … C'est une roturière, rajouta Shuga. Et de par mon sang, je ne suis pas mieux placé pour juger comme je viens d'une famille de pêcheurs.

- Mais c'est une bonne chose, tenta de l'égayer Taiga. Je n'y vois aucun problème à ce que vous soyez heureux ensembles.

- Ma culpabilité ne concerne pas vraiment nos deux cœurs, en fait, finit-il par admettre. Ma culpabilité vous concerne pour tout dire.

- Oh ? Vous ne m'avez jamais fait aucun mal, d'aussi loin que ma mémoire peut s'en rappeler.

- À votre femme, oui. J'ai été terriblement xénophobe et distant à son égard comme elle n'était pas du même statut que vous et, de surcroît, était une étrangère qui ne connaissait rien à nos us et coutumes. Je vous dois des excuses sincères face au comportement stupide que j'ai eu des années plus tôt. Si votre femme a ressenti mon mépris pour elle, même si je ne l'ai jamais démontré publiquement, je tiens vraiment à m'excuser.

- Wouah, Maître Shuga, l'amour fait bien changer des choses, mais à ce point-là ? C'est une première, vous me surprenez ! Il y aura toujours moyen de pouvoir régler ça.

- Ah bon ?

- Je vous invite pour le souper de ce soir à la maison. Venez manger avec mes enfants et Maya et une fois les petits au lit, peut-être que vous pourriez expliquer votre comportement à ma femme. Maya n'est pas rancunière, et elle voit toujours le côté positif de la vie. Elle ne vous en tiendra pas rigueur.

- D'a-d'accord. J'accepte votre invitation. »

Taiga se redressa avec un grand sourire, s'inclina et s'en fut. Pour le reste de la journée, Shuga cherchait comment bien apporter ses mots, ce qu'il dirait et dans l'ordre. Il ne pouvait pas revoir Tomoe avant d'avoir réglé cette faute.

L'heure du souper arriva et Shuga s'absenta du Palais pour se diriger vers les appartements temporaires. Il passa sur un petit ponton et cogna. La porte s'ouvrit sur une de leur servante, Martha.

« Bonjour Maître Shuga, le salua-t-elle. Nous vous attendions.

- Merci. »

Il entra et retira ses sandales pour se retrouver pieds nus au sol. Taiga apparut et l'accueillit chaleureusement. Des pas de courses se firent entendre dans l'un des couloirs de l'appartement. Deux petites têtes brunes apparurent. Shuga ne se souvenait pas d'avoir vu la progéniture de Taiga. Le petit garçon, Touji, se retrouva soudainement intimidé et alla se cacher derrière les jambes de son père. Il sentit la main ferme et chaude de son père dans ses cheveux.

« Qui c'est, Otouchan ?

- C'est le patron de ton cher Papa, répondit-il avec un sourire. Il va venir manger avec nous.

- Pourquoi ? C'est son anniversaire ?

- Non. Parfois, Papa aime beaucoup faire des soirées avec ses amis. Comme avec Oncle Suyou. »

Maya apparut et le salua également, l'invitant à prendre place à la table. Sa place était déjà désignée et il se trouvait face à Maya, mais aux côtés de Taiga qui possédait la place du maître de la maison au bout de la table. Les enfants occupaient les places libres de l'autre côté de la table. Le souper se passa dans une bonne ambiance, même si Touji faisait son petit difficile et que leur fille, Mayuko, âgée de trois ans, voulait sans cesse aller jouer aux poupées dans sa chambre.

L'heure du bain pour les petits arriva et ce fut encore la guerre entre Maya et Touji. Son petit dernier était dans une phase de rébellion et ne voulait jamais se nettoyer. Martha dût intervenir pour donner un coup de pouce, et permettre à Maya de pouvoir profiter de la visite de Shuga. Par contre, la mère de famille irait border ses enfants comme il était coutume de faire dans leurs habitudes de vie. Shuga décida alors que le temps que les petits se nettoient et jouent un peu dans le bain, il pourrait commencer ses excuses. Ça allait être un peu maladroit, mais il verra où cette conversation mènerait. Taiga était étrangement silencieux et observait leur échange sans rien dire.

« Vous vous êtes bien adaptée ici, commença Shuga à Maya. Pendant l'espace d'un moment, j'ai vraiment eu peur que vous soyez chassés d'ici par la noblesse.

- S'il y a une chose pour laquelle mon pays natal est très fort c'est l'adaptation et l'ouverture d'esprit, se venta Maya. Mais je me souviens que mes débuts ici n'ont pas été faciles. J'ai eu beaucoup le mal du pays, et c'est très dur quand vous ne maîtrisez pas votre seconde langue de façon aussi fluide que les natifs. J'ai souvent pleuré et angoissé, mais Taiga a toujours été d'une compréhension sans limite et m'a souvent consolée. Je pense que mon malaise s'est ressenti, car les femmes d'Hasham et de Suyou sont venues me voir plus souvent et m'ont donné des leçons sur la langue Yogoese, leurs expressions et idiomes. Tout le monde a été merveilleux avec moi.

- Vous… vous n'avez pas eu l'impression que l'on vous méprisait ?

- Pas vraiment. Je crois qu'il s'agissait plus d'incompréhension; les humains sont naturellement portés à craindre ce qui est nouveau et ce qui les fait sortir de leur zone de confort. À Kanbal, tout le monde est méfiant. Alors c'est quelque chose à laquelle j'ai été sensibilisé et que j'ai été capable de mettre de côté quand l'attitude des Yogoese laissait croire une sorte de xénophobie. »

Cette révélation plaça Shuga dans une nouvelle impasse temporaire. Maya ne semblait vraiment pas avoir senti qu'il l'avait méprisé et avait été réticent avec elle. Peut-être voyait-elle leur distante relation comme s'ils n'avaient pas d'atomes crochus entre eux ? Mais Shuga tenait vraiment à s'excuser auprès d'elle. Son Yogoese s'était peaufiné, elle était complètement fluide maintenant. Et ses manières nobles sonnaient bien plus naturel qu'au départ. Elle avait fait beaucoup d'efforts pour s'adapter et elle n'avait pas trop eu le choix de le faire.

« Je vois, sortit Shuga. J'ai dû faire partie de l'attitude de ces Yogoese, dans ce cas. »

Maya le regarda surprit, penchant la tête sur le côté.

« Je ne comprends pas trop votre raisonnement, Maître Shuga.

- Hé bien… au départ, j'avoue avoir été réticent sur votre possible union. Maintenant, il est bien trop tard pour essayer de vous séparer, et je n'ai jamais eu l'intention de le faire de toute façon. Je voulais m'excuser pour tous les préjugés que j'ai pu avoir, sincèrement.

- Oh. Hé bien… »

Ce soudain changement d'attitude dans le comportement de Shuga sembla prendre Maya de court. Elle regarda Taiga, comme si elle attendait de lui qu'il trouve les mots justes.

« Vous avez peut-être eu des pensées xénophobes ou des préjugés, mais vous nous avez toujours respecté, dit enfin Taiga. Vous n'avez jamais cherché à nous causer des ennuis, et ça, c'est quelque chose que nous respectons, Maya et moi.

- On ne peut pas toujours s'entendre avec tout le monde, renchérit-elle. C'est normal d'avoir moins d'affinité avec des personnes.

- Je pensais que je vous avais blessé avec mon attitude, avoua Shuga. »

Maya lâcha un petit rire.

« Il en faut bien plus que ça pour me faire fâcher. Je ne suis pas rancunière. J'arrive à laisser-aller et lâcher-prise sur des choses dont je n'ai pas le contrôle. J'ai toujours pensé que vous et moi avions une distante relation… enfin, vous ne seriez pas mon confident si j'ai des problèmes, disons. »

La servante revint proche d'eux, en leur disant que les enfants voulaient avoir une histoire avant de dormir. Maya se leva en s'excusant et s'absenta. Taiga se retrouva alors seul avec Shuga. Il avait une expression de victoire étampé sur le visage.

« Alors ? Était-ce aussi difficile de vous excuser et d'emmener à bien le sujet ? le taquina-t-il doucement.

- Pour tout dire la vérité, oui. Mais ça m'a vraiment fait du bien de m'excuser.

- J'avais raison concernant l'attitude de Maya, n'est-ce pas ? Elle ne vous en a jamais voulu, et je pense que ça vous soulage d'une façon.

- Oui.

- Avez-vous l'intention de faire part à Maya que vous êtes amoureux d'une roturière ?

- Pas encore. Quand je serai certain qu'elle et moi pouvons avoir une relation, je vous le dirai en premier lieu. Pour le moment, je préfère conserver ça secret.

- Ça fonctionne. Je ne dirai rien jusqu'à ce que vous me donniez le signal. »

Ne désirant pas abuser sur les heures de sommeil de la petite famille, Shuga les quitta tôt en soirée, pour laisser du temps à Taiga et Maya de profiter de leur moment de couple, seuls, sans enfants à surveiller autour.


Lorsque la famille de Balsa partit de la Grotte des Chasseurs, Tomoe quitta avec eux. Une fois de retour à leur maison, dans les montagnes, elle avait aidé à refermer les trous dans les murs, réparer les meubles endommagés et remettre tous les objets en ordre.

Motoko, âgée de presque sept ans à l'époque, nettoyait les draps avec Tomoe, quand elle aperçut un morceau de tissu bleu reposer dans le petit étang.

« Qu'est-ce qu'il y a, Motoko ? demanda la jeune femme Yakue.

- Il y a un truc dans l'eau... »

Tomoe se redressa et chercha une branche pour ramasser le tissu. Il en ressortit dégoulinant et elle le déposa au sol. Elle reconnaissait l'insigne dessus : l'armée de Yogo.

« Qu'est-ce que c'est ? questionna Motoko.

- Oh... un morceau de tissu. Ça ne doit pas être important. »

Il y avait un petit feu d'allumé pour brûler les vieux objets et se débarrasser des déchets, proche du cerisier. Après avoir essoré le linge, même s'il était encore humide, Tomoe préféra ne pas le montrer à Tanda et le jeta dans les flammes. Quelqu'un avait cherché à l'enrôler dans l'armée. Par chance, il n'était pas à la maison lors de la demande et il avait été sauvé. Elle ne vit pas non plus l'intérêt d'alarmer Motoko, et lui avait dit que ce n'était pas important. La guerre était terminée, et tous les niveaux de l'Ougi (l'éventail qui formait Kosenkyo) avait été emporté par les flots, ainsi que l'envahisseur. Il ne servait à rien de remuer le couteau dans une plaie quand même fraîche.

Saya, Tohya et Tomoe décidèrent de repartir au Bas Ougi pour trouver un nouveau logement temporaire. Les hunters avaient érigé des villages de tentes pour y abriter tous les roturiers demandant un toit sur leur tête lors de l'inondation. Tomoe promit à Motoko qu'elles se reverraient bientôt. Elle habita un moment avec la famille de Saya et Tohya, avant de commencer ses démarches et de regarder les nouvelles habitations, ainsi que celles qui n'avaient pas été ravagées par le désastre et étaient plus en hauteur. Le contact avec Tohya l'avait grandement aidé. Par chance, elle tomba en amour avec une petite maison de bois, qui se tenait proche d'une rivière – pas une énorme comme celle de l'Aoyumi, ou la principale appelé l'Arc Bleu.

Il y avait même un pont qui traversait la rivière et qui reliait les deux rives. Elle pouvait pêcher à cet endroit et même utiliser un petit bateau pour se promener. Une petite forêt se trouvait derrière l'habitation, et elle avait assez d'espace entre ses voisins pour ne pas se faire épier, mais elle était toujours en mesure de pouvoir les contacter si un problème survenait. Elle n'était pas loin du chemin principal non plus.

Tomoe ne l'avait jamais dit à quiconque, mais elle avait caché des réserves d'argents un peu partout à travers les endroits les plus étranges d'accès. Elle avait eu assez de sous pour payer son nouveau petit chez soi et s'installer doucement. Son voisin de droite était un homme retraité, qui coulait des jours heureux avec sa femme, alors que sa voisine de gauche était à peu près de la même tranche d'âge que Tomoe. Elle s'appelait Koshiko, était sage-femme et n'avait pas un partenaire de vie, mais bien deux, formant un trouple. Tomoe alla voir Tohya et lui demanda de remettre une lettre à Shuga, la prochaine fois qu'il passerait; cette lettre contenait sa nouvelle adresse.

Les jours se ressemblaient un peu, mais la solitude ne faisait pas si peur que ça à Tomoe. Elle trouvait toujours une activité à faire, et Motoko venait souvent la voir avec Tanda et parfois, Balsa quand elle voyageait. Ce jour-là, en après-midi, Tomoe avait ressenti le besoin de s'allonger pour reposer ses yeux et faire une petite sieste. Ça faisait quelques nuits qu'elle abusait sur ses heures de sommeil et ça la rattrapait en journée. Elle se fit réveiller quand on cogna à la porte coulissante d'entrée. Elle prit au moins la peine de faire redescendre le sang de sa tête et se redressa pour aller répondre.

« J'arrive, ça ne sera pas long ! »

Elle atteignit la porte et ouvrit.

« Ah ! Shuga ! s'écria-t-elle alors que son visage s'illuminait à sa vue.

- Bonjour Tomoe. Est-ce que je te dérange ?

- Pas du tout ! Si mes cheveux sont un peu en pagaille, c'est simplement que je faisais une sieste.

- Oh, alors je t'ai quand même dérangé.

- Mais non, je t'ai dit que ce n'était pas grave. Entre. »

Il entra dans sa petite maison et regarda aux alentours. Il y avait des plantes accrochées aux poutres du plafond, et de petits vases en terre cuite dans lesquelles des fleurs y avaient été plongées, reposant proches des fenêtres. Plusieurs tapis jonchaient le sol et il y avait trois pièces : la pièce principale qui était le salon et la cuisine avec un irori, une chambre qui était probablement l'endroit où Tomoe dormait, une petite pièce qui servait d'entrepôt. À l'extérieur, il y avait une place pour se nettoyer avec les latrines.

« C'est accueillant chez toi, complimenta Shuga.

- Merci. Je me plais beaucoup ici. Je suis contente que tu sois parvenu à me retrouver. Comment ça se passe au Palais ?

- Je vais devenir le prochain Grand-Érudit une fois que Chagum sera couronné et reconnu comme le nouveau Mikado après sa cérémonie de passage, annonça-t-il.

- Je suis heureuse pour toi. »

Même s'il tentait de le cacher, Tomoe vit une lueur passer dans ses yeux.

« Tu n'as pas l'air de l'être, se désola-t-elle.

- Disons que je suis un peu tiraillé en ce moment…

- Raconte-moi. J'aimerai t'aider.

- Je n'ai jamais été en relation avec une femme. Juste des hommes, et encore-là, c'était des aventures d'un soir, rien de sérieux. Mais je dois admettre que j'ai envie de prendre une femme et la faire mienne. »

Tomoe rougit, ayant pensé à la même chose.

« Le problème, c'est le mariage.

- Tu m'as dit avant de partir de la grotte de ne pas m'en inquiéter; que nos statuts ne changeront rien à notre amour et que tu étais aussi un roturier de naissance.

- C'est bien vrai. Mais comme j'aurai un titre officiel dans quelques semaines, si je t'épouse, il va te falloir délaisser ta maison et venir habiter dans le Haut-Ougi, avec la noblesse.

- Est-ce que ça indique aussi une très grande cérémonie, avec des témoins et des amis ?

- Ça pourrait. »

Elle se frotta les biceps, incertaine. Tomoe n'avait plus de famille, et ses amis se résumaient à son nouveau cercle d'amis, sois la famille de Tanda, et celle de Tohya. De plus, elle était si bien, là où elle était. Si elle pouvait se marier de façon discrète et rester dans sa belle petite maison, son havre de paix, ça lui ferait plaisir. Bien plus que d'aller se mêler à la noblesse dont elle ne connaissait aucunement les manières et les règles de courtoisies.

« Il y a des roturiers qui se sont mariés à des nobles, s'empressa d'ajouter Shuga en faisant référence à Maya. Même qu'une d'entre eux était une paysanne étrangère provenant de Kanbal. Ça ne l'a pas empêché de faire partie de notre société. »

Shuga s'arrêta en voyant les yeux noirs de Tomoe briller de larmes contenues. Non. Elle ne sentait pas prête à faire tous ses sacrifices. Elle voulait penser à son bonheur en premier. Et elle savait qu'elle ne serait pas heureuse si elle en venait à déménager. Or, son cœur criait « amour et attache », alors que ses bras réclamaient la présence de Shuga parmi eux.

« Shuga, je t'aime vraiment beaucoup… mais je suis désolée de te dire que je ne me sens pas capable de te donner ce que tu attends de moi, avoua-t-elle en retenant très fort ses émotions et ses larmes. Ça ne me dérange pas si nous restons des amis et même des amants, et que tu viennes me voir une fois par mois, tu sais. Je ne serai pas heureuse à la place que tu es habitué de vivre et je le sais. Je n'ai pas envie de quitter ma maison.

- Tomoe, je ne voulais pas te faire pleurer.

- C'est tout simplement les émotions des derniers mois qui refont surfaces. Le peuple a tout perdu, on a évité une guerre de justesse et j'ai quand même un passé derrière moi qui a défini la femme que je suis aujourd'hui. Je suis une roturière, et je le resterai car je le désire réellement. Nous ne sommes pas obligés de se marier… juste être des amants pour l'espace de quelques nuits me conviendraient. »

Il y eut un silence très étrange, malaisant et inconfortable, ponctué par les pleurs silencieux de Tomoe. Shuga avait-il encore tout fait foirer ? Il n'avait pas le tour avec la gent féminine. Comment Taiga était parvenu à convaincre Maya de le suivre ? Bien sûr, Tomoe n'était pas Maya. Elle ne venait pas d'un pays pauvre ni était immigrante. Elle était née au Nouvel Empire de Yogo dans l'un des nombreux villages métis Yakue et avait grandi ici.

De façon très étrange, il se rapprocha d'elle et osa l'enlacer. Elle finit par s'accoter contre lui et pleurer son trop plein. Après dix minutes, Tomoe ne se sentit plus la force de pleurer et elle se reprit tranquillement.

« J'aimerai que tu prennes en compte comment je me sens, Shuga; si tu acceptes d'être mon amant, ou si tu désires te trouver une nouvelle femme qui pourra combler ton désir d'être un homme marié. Je peux te laisser le temps d'y réfléchir, tu sais. »

Mais c'est toi que je veux, pensa-t-il.

Il ne s'imaginait pas être avec une autre femme en dehors d'elle. Même si cette femme était la plus convoitée et la plus belle des quatre familles nobles. Il allait devoir parler de ce problème à Taiga, car il ne voulait pas faire souffrir plus longtemps leurs deux cœurs. Mais elle avait été sincère, clair et précise : Tomoe ne bougerait pas de sa maison même si on lui donnait une montagne de pièce d'or ainsi que tous les privilèges du monde.


Lorsque Maya revit Shuga à son manoir, elle comprit qu'il se passait quelque chose. Même Taiga avoua qu'il n'avait pas vu le liseur d'étoile aussi tourmenté que le jour où il avait retrouvé Chagum, croisé par pur hasard dans une rue passante à Kosenkyo, en présence de la fille de Balsa, Alika, qui avait six ans à l'époque. Ou encore quand Chagum s'était fait passer pour mort lorsqu'il avait été capturé par un navire de l'empire Talsh.

Maya déposa une tasse de thé chaude devant leur invité.

« Que se passe-t-il, Maître Shuga ? C'est bien la première fois que je vous vois avec une mine aussi déconfine.

- Hé bien… la femme pour laquelle mon cœur bat ne veut pas emménager ici et faire comme vous, avoua Shuga.

- Elle est paysanne de naissance ?

- Oui. Avec des origines Yakue. Elle a été concise sur sa décision. Si elle ne peut se marier à moi, elle veut que nous soyons des amants. Et elle a même dit que si je le désirais, je pourrais me marier à une femme de mon statut… »

Avec peine et misère, il raconta son échange avec Tomoe à ses hôtes. Taiga comprit qu'il avait peut-être un peu bousculé cette jeune femme. Comprenant que leur relation avait débuté qu'en début du printemps, les sentiments étaient encore bien nouveaux et inconnus pour Shuga et il était maladroit. Cette Tomoe, par contre, semblait avoir de l'expérience en relation, au vu les dires de leur invité sur le comment elle avait été franche.

« D'après moi, vous pouvez être un Grand-Érudit et vous marier plus tard, une fois certain que votre relation est stable, proposa-t-il.

- Je me demande si un couple marié peut vivre dans deux maisons différentes, sortit Maya. C'est étrange, mais j'ai l'impression d'avoir entendu ceci à quelque part, et je peine à me souvenir où et quand. Peut-être que ça pourrait vous convenir à tous les deux comme solution ? Dame Tomoe n'a pas envie de quitter son petit confort.

- Mais vous l'avez fait en vous mariant avec Sir Taiga, lâcha Shuga.

- Peut-être bien, mais je suis différente d'elle, Maître Shuga. Dame Tomoe n'a jamais vécu dans un pays pauvre comme le mien. Au mieux, elle avait tout un village derrière elle pour la soutenir s'il y avait quoique ce soit comme une sécheresse ou une famine. Elle est très proche de ses valeurs et ne veut pas les perdre. Et vous savez, être roturiers, ce n'est pas une honte. Elle peut même être très fière de l'être et ne désire pas changer. C'est son choix. Il faut que vous l'acceptiez. C'est ça être amoureux; accepter la personne comme elle est et faire des compromis. Ce n'est pas imposer sa vision des choses et prendre des décisions seuls. »

Shuga prit du temps pour réfléchir aux dires de Maya.

« Je serai curieux, ajouta Taiga. Où habite-t-elle ?

- Proche d'une petite rivière, un peu en retrait d'une route principale, cachée derrière des arbres, indiqua Shuga. Pourquoi ?

- Peut-être que Maya et moi pourrions aller lui rendre visite, un jour. Ou simplement Maya pour commencer.

- Oh je serai tellement contente de me lier d'amitié avec une femme qui peut me comprendre, et de par mon rang et de par notre histoire ! Mais avant tout, je vous propose de laisser votre couple évolué, Maître Shuga. Apprenez à vous connaître, apprenez à vous courtiser. Je sais que c'est beaucoup demandé pour le moment avec la cérémonie du futur Mikado, et vos nouvelles fonctions, mais l'amour arrive lentement et peut repartir si rapidement. Taiga et moi ne sommes pas sortis ensemble du jour au lendemain. Il n'a pas demandé ma main le lendemain qu'on s'est rencontré. Il a fallu du temps, peut-être même beaucoup de temps, mais on a eu le temps d'être stables et se mettre au même niveau.

- Prendre notre temps, hein ? réfléchit-il.

- Oui. »

Maya reçut l'adresse de Tomoe et se donna comme devoir d'aller lui rendre visite.


Même si elle se sentait prête à être en relation avec un homme malgré la mort de son défunt fiancé Kajika, Tomoe ne bougea pas de sa décision. Sa place était parmi les roturiers, dans les quatre murs qui créaient sa maison. Être roturiers, c'était être libre comme le vent et ne se concentrer que sur le moment présent. Elle soupira alors qu'elle pliait son linge, se disant qu'elle devrait raccommoder les trous qui commençaient à se former. Elle avait aussi mal au ventre, comme elle venait d'avoir ses règles deux jours auparavant et qu'elle était maintenant hypersensible.

On cogna à sa porte.

« J'arrive, annonça-t-elle comme par pur réflexe. »

Elle ouvrit la porte, se demandant si Shuga était revenu, mais à sa plus grande surprise, une jeune femme inconnue se tenait devant elle, portant sur le dos des vêtements de couleur rose puce. Elle devait être plus jeune que Tomoe, ou de la même tranche d'âge.

« Euh, bonjour ? essaya Tomoe.

- Bonjour, suis-je bien chez Dame Tomoe ? demanda Maya.

- Dame Tomoe ? s'amusa-t-elle, non habituée de recevoir un titre. Je suis bien Tomoe, mais Dame est un peu fort. Je ne suis pas noble.

- Oh, navrée. C'est l'habitude. »

Tomoe regarda les vêtements de Maya et elle en déduisit qu'elle devait faire partie de la haute classe en société. Arrêtant de la dévisager de la tête aux pieds, elle se reprit bien vite en l'invitant à entrer.

« Ma question va paraître étrange, mais êtes-vous une amie de Shuga ? ne put s'empêcher de demander Tomoe.

- Je suis effectivement une de ses amies. Mais je ne suis pas venue ici pour vous convaincre de tout abandonner pour une union qui vous rendrait malheureuse, la rassura-t-elle. Je m'appelle Maya, et je suis la femme du Seigneur Amusuran. Plus connu sous le nom de Taiga. Je voudrais apprendre à vous connaître avant tout.

- Alors bienvenue dans mon petit chez moi, Maya.

- Ça l'air tellement confortable ici ! Tout est si bien rangé et ordonné.

- Oh, ça n'a pas toujours été comme ça, crois-moi. Il y a des jours où c'est plus bordélique qu'autre chose. Veux-tu un thé ?

- S'il vous plait.

- Ce n'est peut-être pas celui dont tu es habituée, mais je pense que ça fera l'affaire. Mes amis Saya et Tohya me fournissent tout ce dont j'ai besoin. »

Maya hocha la tête comme pour indiquer que rien ne la dérangeait.

« Je n'en ai pas l'air, mais je suis roturière de naissance, finit par dire Maya alors que l'eau chauffait. Kanbalese d'origine et fière de l'être. Incroyable n'est-ce pas ? Mais je me souviens parfaitement de ma vie avant de changer de statut social. Je me sens beaucoup mieux en société qu'avec la noblesse. »

Tomoe esquissa un sourire.

« Je n'ai plus de vêtements qui sont proches de mes anciens avant ma vie dans la noblesse, se désola Maya. J'ai pourtant pris les moins élégants pour venir ici, mais je pense que les fibres, le tissage et leur composition trahissent ma classe.

- Ne t'inquiète pas, la rassura son hôte. Les vêtements ne sont pas ce que je regarde en premier chez les personnes.

- Mais ça joue beaucoup quant à une approche plus privée.

- Tu n'as pas tort. »

Devant un thé fumant, Maya devint très bavarde et retrouva un moment son langage roturier. Elle parla de sa rencontre avec Taiga, de son temps d'adaptation au Nouvel Empire de Yogo, leur mariage et leurs enfants. Tomoe appris qu'elle n'avait que vingt-neuf ans, alors qu'elle en avait trente-six.

« Et toi, Tomoe, as-tu déjà été en couple ? s'enquit Maya.

- Bien sûr. Quelques fois, avant d'être fiancée. Mais malheureusement, Kajika est décédé en mer. Ils n'ont jamais retrouvé son corps, juste sa bague qu'il avait laissé dans ses effets personnels.

- Oh, je suis terriblement désolée. »

Tomoe haussa les épaules.

« Tu ne pouvais pas savoir. Et grâce à Alika, une médium que j'ai rencontré, j'ai pu avoir du réconfort en sachant que mon fiancé veille toujours sur moi. Il ne veut pas que je me bloque d'aimer une personne à cause de lui, par peur qu'il se sente remplacer.

- Alika… serait-ce la fille de Balsa-San ?!

- Oh, oui. Tu les connais ?

- Tu parles ! J'admire Balsa depuis que j'ai entendu parler de ses exploits à Kanbal ! Grâce à mon mari, j'ai pu la rencontrer en personne.

- Elle a donc une fan.

- Oui. Et sa fille a fait le même travail qu'elle… mais j'ignorai qu'elle était une médium. Le monde est tellement petit.

- Oui, je confirme. Je suis encore en contact avec son mari, Tanda, et leur deuxième fille, Motoko vient souvent me voir quand elle le peut. C'est une adorable petite frimousse très affectueuse. Elle ressemble beaucoup à sa mère, mais elle les cheveux de son père, toujours courts.

- Ça doit, et je te crois. Dis, Tomoe, est-ce que tu crois que c'est possible d'être marié et de vivre séparément ? »

Son hôte prit un moment pour réfléchir à la question.

« Pour être franche, on vient juste de percer mon petit nuage au sujet du mariage et des alliances. Donc, je n'ai pas trop envie d'en parler ou d'y penser. Mais si ça pouvait être possible d'unir sa vie et ne pas avoir à emménager ensemble pour abandonner une place, je crois que oui.

- Je vois. Donc si tu n'as pas à bouger de ta place, la possibilité d'unir ta vie fonctionnerait. C'est tout ce que je voulais savoir à ce sujet. Il n'y a pas de pression. Je parle beaucoup quand un truc me tourne dans la tête. Et il ne faut pas en vouloir à Maître Shuga… il est encore jeune et quelque peu maladroit. Je pense sincèrement que tu es en train de le mettre dans tous ses états, en plus d'avoir le stress de la cérémonie et le couronnement du Prince Héritier.

- Il est plus jeune que moi, ne put s'empêcher d'ajouter Tomoe avec un petit sourire niais.

- Oh ! de combien d'année ?

- Quatre ans. Alors je comprends sa maladresse.

- Tu ne lui en veux pas ? Il a dit qu'il t'a fait pleurer et se sentait tellement coupable. Bon sang, tu aurais dû voir sa mine penaude… il va chercher à se racheter, mais je lui ai proposé que vous prenez votre temps, pour apprendre à vous connaître.

- C'est une bonne suggestion.

- En plus, tu ne me croiras peut-être pas, mais Shuga s'est excusé auprès de moi.

- Pour quelle raison ? Il t'a fait pleurer toi aussi ? la taquina-t-elle, quitte à être dans le feu de la conversation. »

Maya hocha la tête négativement.

« Comme tu le sais, je suis mariée à Taiga. Et je n'étais qu'une paysanne et une étrangère… Shuga n'était pas contre notre union, mais il était réticent quant à nous laisser être ensemble. C'était ironique compte tenu du fait qu'il est lui-même roturier de naissance. Il m'a ensuite présenté des excuses d'avoir tenu de tels préjugés xénophobes et eu des stéréotypes. Il est vrai qu'il n'avait jamais vraiment fait l'effort d'établir un lien avec moi ou une relation plus profonde, mais je ne pensais pas que c'était relié à mon statut de bassesse de naissance. Je croyais qu'on ne s'entendait simplement pas.

- Et le voilà bientôt avec un des plus grands titres qu'un haut-gradé du pays peut détenir et amoureux d'une femme Yakue qui est moi, récapitula Tomoe en levant les yeux vers la fenêtre, rêveuse. Ah, le cœur et sa raison.

- Je n'aurai pas mieux dis moi-même. Je pense que c'est toi qui l'as poussé à venir s'excuser auprès de moi… et chercher des conseils par la suite. J'espère que tu n'es pas rancunière, Tomoe.

- Non. Je ne l'ai jamais été. Je pardonne, mais je n'oublie pas. S'il revient, je ne serai pas fâchée contre lui. »

Maya se redressa, promettant de revenir un peu plus souvent, contente d'avoir une amie avec qui jaser sans avoir à utiliser les formalités. Elle avait tout conservé de son entretient et visite avec Tomoe et se ferait le devoir de passer le message à Shuga.


Comme Tomoe se doutait que Shuga devait être stressé de retourner la voir, elle avait décidé d'envoyer une lettre par Tohya pour lui dire qu'elle lui donnait un rencard, et qu'elle ne lui en voulait pas. Et puis, elle avait d'autre plan en tête ce soir-là. S'ils ne mariaient pas, ils deviendraient des amants.

Elle avait clairement indiqué à Shuga qu'il n'avait pas besoin de manger avant d'aller la voir. Et grâce à Torogai, elle avait eu une boisson alcoolisée de bonne qualité. Un peu d'alcool pouvait aider à détendre. Elle avait détaché ses cheveux habituellement toujours tenu en un chignon typique des Yakue, et mit un yukata léger bleu ciel avec des motifs floraux. L'attente semblait interminable, même si elle lisait un livre.

Enfin, le cognement à sa porte retentit. Tomoe bondit sur ses pieds et alla ouvrir. Elle découvrit Shuga qui ne portait qu'un simple kimono gris foncé, et pas de cape qui indiquait que c'était un liseur d'étoile. Il tenait un magnifique bouquet dans ses mains.

« Bonsoir Tomoe, la salua-t-il.

- Bonsoir Shuga ! Je commençais à m'inquiéter.

- Ah ? Tu avais peur que je te pose un lapin ?

- Non. J'avais peur que tu ne veuilles plus te repointer par chez moi. Je suis contente de te voir. »

Elle le laissa entrer et prit le bouquet qu'il lui tendit.

« Tu n'étais pas obligé, tu sais.

- C'est toujours plus romantique comme ça, belle Tomoe. »

Tomoe déposa le bouquet dans un vase qu'elle remplit d'eau. Shuga la complimenta sur ses cheveux et son yukata qui faisait très différent des vêtements Yakue traditionnels.

« Tu devrais te les laisser plus souvent détaché, proposa-t-il en s'agenouillant devant l'irori. Ça te va si bien. »

Elle rougit au compliment et retourna prendre place à ses côtés.

« Je m'excuse de t'avoir brusqué la dernière fois. Je ne sais pas comment m'y prendre avec une femme.

- L'amour, ça s'apprend, murmura-t-elle en s'approchant de lui. Ce n'est pas toujours inné. Je ne t'en veux vraiment pas. Le temps que ton stress tombe et que tu sois posé, moi, ça ne me dérange pas d'être ton amante. »

Il ignorait si Tomoe avait prévu le coup, mais en prononçant cette phrase, elle venait de lui mettre une coupole dans la main et lui avait versé de l'alcool, le saccharon. Comme il était très fort, elle l'avait dilué avec un peu de jus de fruits qui goûtait très léger. Elle voulait Shuga en entier s'il acceptait que sa première expérience avec une femme se passe avec elle.

« Mais avant, je pense que l'on devrait manger un peu.

- Qu'as-tu cuisiné ?

- Du riz vapeur, et du poisson grillé dans de l'huile de sésame. J'ai enroulé les poissons avec du raada. »

Le raada était fait de farine de riz pétrie avec de l'eau et du sel avant d'être étiré et grillé. C'était particulièrement bon lorsqu'il était enroulé autour de la viande. Ça faisait longtemps que Shuga n'en avait pas mangé et l'odeur de la bonne nourriture le fit saliver.

« Tu cuisines bien, la complimenta-t-il.

- Il faut bien que je me nourrisse, pas vrai ? Et une bonne énergie trouve sa force dans la nourriture et de bonnes habitudes de vie.

- J'aime ta façon de penser. »

Ils parlèrent de tout et de rien. Tout pour apprendre à se connaître davantage. Shuga commença à avoir la tête étourdie à force de boire, mais il avait encore conscience de ses mouvements et de ce qu'il disait. Tomoe se montrait soudainement plus insistante et l'embrassait souvent. Ils bougèrent sur le sol, et ils finirent sur le futon, dans la chambre qui n'était éclairée que par des bougies, sécurisées dans des contenants en fonte pour éviter un incendie de maison.

« Tu m'as dit que tu n'avais de l'expérience qu'avec des hommes ? murmura Tomoe en décollant ses lèvres.

- Oui, c'est bien cela.

- As-tu déjà vu le corps nu d'une femme ?

- Je n'en ai pas souvenir, avoua-t-il.

- Alors que dirais-tu d'explorer le mien ? »

Shuga ne sut quoi répondre quand il la vit ouvrir son encolure de Yukata, puis libérer le nœud de sa ceinture. Il se mit à rougir en voyant ses seins, et le bout de ses mamelons brun foncé, qui indiquait bel et bien son sang de descendance Yakue. Elle prit ses mains dans les siennes et les posa sur sa poitrine.

« Tu es d'accord ? demanda-t-elle.

- C'est un peu tard pour confirmer maintenant que j'ai mes mains sur ton corps, si ? »

Tomoe gloussa et lui montra ce qu'elle aimait comme massage et caresse. Comme c'était sa première fois, elle le ne forcerait pas à lui sucer le bout. Elle finit par s'écarter de lui et termina d'ouvrir son Yukata, se sentant soudainement coincée. Tomoe l'envoya valser sur un coin du futon. Elle retira son sous-vêtement et écarta doucement ses cuisses pour que son entrejambe soit bien à la vue.

« Tu dois aussi être habitué de voir des sexes masculins, plutôt que féminin, supposa-t-elle.

- J'avoue que c'est la première fois. »

Elle poussa un petit son de satisfaction. Elle glissa sa main sur son mont de vénus et se caressa tranquillement, sans gémir.

« Cette partie est très importante pour le plaisir de la femme. Il ne faut pas mettre trop de pression et des mouvements circulaires sont majoritairement les plus prisés. Être régulier et avoir un bon rythme aide également. C'est mieux quand c'est humidifié. »

Elle descendit ses deux mains cette fois-ci, décolla ses jambes du matelas pour les garder fléchies proche de son corps, et les posa proche de son entrejambe pour l'écarter. Shuga rougit en voyant qu'elle lui montrait totalement cette partie d'elle-même.

« Vais-je… vais-je réussir à entrer là ? osa-t-il demander, se sentant le quart d'un instant idiot avec son titre de novice en la matière.

- Shuga. Un bébé peut passer au travers, alors oui, tu vas entrer sans problème, en autant que tout soit bien mouillé et humide. »

Elle plongea une main vers son entrejambe et enfonça un doigt pour confirmer ses dires.

« Tu vas rentrer. Maintenant… »

Tomoe se redressa. L'alcool avait totalement effacé sa nature réservée et timide et Shuga remarqua à quel point elle semblait tellement en connaître. Elle connaissait bien son corps et les sensations qu'elle aimait ou détestait. Et pourtant, elle était veuve… il comprit alors qu'être veuve n'effaçait pas l'expérience acquise au fil du temps. Shuga commença à se tortiller les hanches. Tomoe commença à ouvrir son kimono.

« Tu veux bien que je sois la première femme que tu prends, Shuga ?

- Oui…

- Puis-je voir… ton membre ? »

Il hocha la tête avec un bruit de bouche. Tomoe se chargea alors d'ouvrir son kimono et retirer le morceau de coton qui lui servait de sous-vêtement. Elle poussa un petit bruit de satisfaction en le voyant à moitié en érection.

« Je peux y toucher ?

- Tu es la première à me le demander…

- Les hommes avec qui tu as expérimenté ne te le demandaient pas ?

- … Je me laissais guider, avoua-t-il.

- Oh, je vois.

- Tu peux me toucher. »

Elle sourit et glissa sa main sur son membre. Elle regarda sa couleur et comment il était.

« Te masturbes-tu, Shuga ?

- Euh… un peu.

- Combien de fois par semaine disons-le.

- Une à deux fois. Ça dépend si je suis très fatigué ou pas. Et toi ? Est-ce que les femmes se masturbent aussi ? »

La question était tellement surprenante que Tomoe échappa un fou rire intense.

« Ce n'est pas parce qu'on n'a pas de verges qu'on ne peut pas avoir du plaisir solitaire ! rit-elle.

- Je… je suis désolé.

- Mais non, Shuga. C'est bien de poser des questions. Tu es curieux et veux en apprendre davantage. Mais celle-là, c'était la meilleure ! »

Tomoe était tellement morte de rire qu'elle se mit à en avoir les larmes aux yeux. Après s'être enfin calmée, elle put parler, quoique sa voix était ponctuée de petits rires de temps à autre.

« Je me touche à chaque soir et parfois, chaque matin après des rêves érotiques, confessa-t-elle. C'est pour ça que je connais si bien mon corps. »

Elle ne le dira jamais, mais avec Alika, elle avait appris que Kajika l'accompagnait toujours lors de ses séances masturbatoires. Elle ne pouvait expliquer comment son fiancé faisait pour l'accompagner, mais pour Tomoe, ils continuaient de faire l'amour ensembles malgré les différentes dimensions. Elle avait même déjà pleuré quelques fois après des séances de masturbation grâce à la visualisation. Ces pleurs n'étaient ceux de chagrin, de tristesse ou de douleur. Elle faisait juste lâcher-prise.

De retour à la réalité, elle coucha Shuga sur le dos et lui demanda de se détendre. Elle se positionna par-dessus lui pour pouvoir le chevaucher et le guider.

« Détends-toi, Shuga, tu es encore tout crispé. Respire.

- Je… j'essaie… »

Il vit Tomoe chercher à tâtons quelque chose proche du futon. Elle trouva un petit flacon, ouvrit le bouchon de liège et en versa dans sa main.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda Shuga.

- Du lubrifiant à base d'huile. Ce n'est pas parce qu'on mouille naturellement que l'on doit s'en passer. Tu n'auras pas mal, je te le promets. Ça va aider. »

Elle descendit de ses hanches et caressa son membre qui était bien dressé et complet. Elle se replaça ensuite par-dessus lui, à califourchon, avant de le positionner via son entrée. Shuga poussa un gémissement. Il sentit une chaleur sur le bout de son membre. Il se sentit glisser tranquillement, entouré d'une agréable chaleur et sensation. C'était très différent d'un homme, moins serré, mais plus humide aussi. Tomoe poussa un gémissement incontrôlable.

« Voilà… tu es entré. »

Elle se pencha et l'embrassa. Encore là, il sentit de nouvelles sensations et la laissa le guider.

« Je vais bouger mes hanches. Tu n'auras qu'à suivre mon rythme. Pose tes mains sur mes hanches et suis-moi. Je vais y aller doucement. Tu m'arrêtes si tu as mal.

- D'accord. Je ferai de mon mieux.

- Non. Fais juste te détendre… et lâche prise. »

Tomoe commença ses mouvements de va-et-vient tranquillement. Shuga posa ses mains sur ses hanches et l'observa faire. Suivre le rythme qu'elle faisait, hein ? Il entendit sa respiration accélérer légèrement, mais elle gardait toujours un rythme constant, pas violent. Shuga n'était pas habitué d'entendre une femme gémir de plaisir durant l'acte, mais il frissonna en sentant Tomoe devenir excitée. Il ferma les yeux et se laissa aller, commençant à bouger ses hanches avec elle, même s'il était maladroit.

« C'est bien…, murmura Tomoe. Tu t'en sors bien.

- C'est vrai ?

- Oui. »

Elle finit par se pencher sur lui, au point de l'embrasser dans le cou et prendre appuie sur l'oreiller. Elle insista un peu plus, puis se calma. Il l'entendit gémir son nom, dire des « oui » au creux de son oreille. Au bout d'un moment, Shuga sentit qu'il allait venir. Il ne pouvait plus se retenir.

« To… Tomoe, gémit-il. Je… je vais jouir…

- Viens en moi, jeune homme.

- Je ne… je ne peux plus me retenir.

- Laisse-toi aller. Aller, viens, s'il te plait… Shuga… »

Shuga se sentit libéré. Il haleta brusquement et fut pris de spasme musculaire incontrôlable au bas de la ceinture. Il donna encore quelques coups de bassin, avant de tomber épuisé. Tomoe se redressa et le retira délicatement. Elle roula sur le côté et s'accota contre lui.

« C'est donc ça… faire l'amour avec une femme, murmura-t-il.

- Était-ce agréable ?

- … C'est une des meilleures sensations que j'ai vécues.

- Et ça le sera encore plus si on continue comme ça. »

Elle gloussa et chercha ses lèvres. Shuga était épuisé. Elle le couvrit d'une couverture et alla se nettoyer légèrement. Elle éteignit le feu dans l'irori et déposa la vaisselle dans le bac prévu à cet effet. Après avoir un peu nettoyer l'endroit, elle retourna dans la chambre et souffla les bougies.

Ils n'étaient pas mariés. Peut-être le seraient-ils un jour. Mais pour le moment, ils venaient de signer un contrat d'être des amants, sans obligations ni lois. Elle s'assoupit, apaisée et sereine. Elle venait de faire l'amour avec un noble… c'était toute une chose pour elle. Et elle avait oublié à quel point les joies de la chair pouvaient être plaisantes.