Chapitre 2:

Angoisse

La fin janvier était arrivée et Evan se voyait bien devenir complètement dingue. Cela faisait un mois et demi maintenant qu'il n'avait plus une seule nouvelle de Barney et du reste de la bande. Ils avaient disparu du jour au lendemain, ne répondaient plus au téléphone ni à ses messages et il avait vraiment l'impression qu'il allait imploser sous l'inquiétude lancinante qu'il ressentait pour eux. Il avait commencé par être juste un peu inquiet après une semaine sans nouvelle et au plus le temps passait, au plus il paniquait. Gavin avait beau lui dire et lui redire que c'était normal pour eux, qu'ils disparaissaient parfois un moment et que c'était pour leur travail, il était terriblement angoissé. Pourquoi ne l'avaient-ils pas prévenu? Pourquoi ce très long silence radio? Il ne pouvait s'empêcher d'imaginer qu'il leur était arrivé quelque chose, qu'il ne les reverrait pas. Ou peut-être même qu'ils étaient partis comme ça parce qu'ils n'en n'avaient en faîtes rien à faire de lui?

Au fils des jours, il s'était mis à s'imaginer des choses de plus en plus extrêmes et cela lui avait fait réaliser à quel point il tenait déjà à ces gros bras fêlés. Ils étaient aussi les premiers depuis longtemps auxquels il s'attachait ainsi et quand il voyait comment ses premiers amis s'étaient fichus de lui et l'avaient laissé tomber, il redoutait que cela se reproduise, comme il redoutait qu'il leur soit arrivé quelque chose de grave. Il avait déjà perdu tellement de gens qu'il aimait, tellement d'amis, il avait vu tant de gens souffrir. Il ne savait pas s'il supporterait une seule autre perte et surtout pas de l'un de ses nouveaux amis ou pire de Barney. Il était tellement bien avec eux, se sentant enfin lui même sans complexe et avec Barney, il redécouvrait cette attirance, ce désir et ce sentiment extrêmement fort qu'il ne se souvenait pas avoir eu pour qui que ce soit d'autre. En leur absence, il se sentait vide de vie, atrocement seul et un peu perdu. C'était comme s'il avait perdu son monde, ce monde qu'il avait mis tant d'années à trouver. Il était lui même choqué de constater à quel point ils étaient tous devenus importants pour lui en quelques mois mais la chose était là et leur soudaine disparition était atroce à vivre. Il avait l'impression d'avoir été abandonné, de n'être rien. Il s'était dit que sa réaction était peut-être disproportionnée. Après tout il n'était probablement que le gentil petit serveur? Peut-être n'était-il qu'un passe temps pour eux? N'était-il pas un gosse à leurs yeux?

Il s'était posé un millier de questions entre peur de ne pas vraiment être pour eux l'ami qu'il pensait et peur qu'il leur soit arrivé malheur. Son stress allant crescendo au fil des jours, son sommeil s'était fait encore plus agité, ses cauchemars plus violents et y revoir les horreurs de son passé n'avait fait qu'aggraver les suppositions qu'il faisait sur ce qu'il pouvait se passer. Il en était arrivé à ne plus dormir ou presque, mangeant encore moins qu'à l'habitude, stressé et tendu en permanence. Il avait fini par perdre son sourire et sa bonne humeur bien qu'il fasse bonne figure au bar. Et on en était maintenant à un mois et demi de cette torture qui l'avait profondément déprimé malgré les efforts de Gavin et du personnel du bar pour tenter de le rassurer et de lui remonter le moral.

C'était avec joie ce soir là que Barney, Lee, Yin, Gunnar, Toll et Hale roulaient en direction de leur bar préféré, ravis d'être rentrés. Il était déjà tard mais avec un peu de chance, ils arriveraient avant la fermeture pour faire un coucou à Griffin qui leur avait bien manqué ces dernières semaines, surtout pour leur chef. Barney n'avait pu s'empêcher, sans même s'en apercevoir, de faire régulièrement des allusions au jeune homme, tous comprenant qu'il lui manquait. Il lui était souvent arrivé de se perdre dans ses pensées avec un sourire niais au visage et tous avaient compris, le taquinant allègrement sur le sujet, demandant encore et toujours quand il se déciderait à tenter quelque chose avec le jeune homme. De ce côté d'ailleurs, les choses avaient avancé. Le contrat qu'ils venaient d'effectuer leur avait donné une opération d'envergure à gérer. Ils avaient réussi mais ils n'étaient pas passé loin d'y rester et il semblait que cela ait fait réagir Barney qui avait réalisé que, comme avancé par Christmas, il aurait largement regretté d'y passer sans avoir dit à Evan ce qu'il ressentait pour lui. Il ne l'avait pas dit clairement mais tous avaient compris qu'il allait peut-être enfin se décider. Le contrat leur avait pris pas mal de temps, l'opération s'étant révélée d'aussi grande ampleur que leur dernière sur l'île de Vilena. Mais ils avaient été prodigieusement payé pour et cela leur laissait un bon moment de vacances s'ils le voulaient. Et cela n'était pas de trop alors qu'ils n'étaient pas contre un peu de repos, pas un ne portant pas de blessures ou de hématomes en tout genre.

Maintenant, enfin de retour à la maison après un mois et demi, ils n'avaient qu'une envie: retrouver leur bar et leur jeune ami pour boire un verre dans la bonne humeur. Lorsqu'ils arrivèrent, se garant devant l'établissement, ils remarquèrent que celui-ci se vidait en vue de la fermeture. Ils arrivaient juste à temps et Gavin suspendit son geste pour fermer la porte publique en les voyant, souriant largement.

- Salut les gars, fit-il avec un signe de main en sortant et en s'approchant.

- Salut, répondirent-ils.

- Evan est là? demanda aussitôt Barney.

- Il est là, acquiesça-t-il. Il était temps que vous rentriez, remarqua-t-il l'air inquiet. Griffin a vraiment besoin de vous voir entiers.

- Comment ça? demanda Christmas aussi intrigué que les autres.

- Il s'est... énormément inquiété pour vous, soupira l'homme. Vraiment énormément. Vous êtes partis sans le prévenir et franchement, ça ne lui a pas réussi du tout. Il s'est mortellement angoissé à tel point qu'il n'en dort plus depuis quelques temps, dit-il en les inquiétant à leur tour. Et il ne mange plus beaucoup non plus tellement il est stressé. Vous devriez lui expliquer ce que vous faîte et le prévenir la prochaine fois.

- Je suis pas sûr que ça le rassurerait, remarqua Caesar.

- Au moins il saurait à quoi s'en tenir parce que là, ça a été une vraie torture pour lui, remarqua le gérant. Vous n'imaginez même pas à quel point il tient à vous. Vous avez raté Noël, il vous avait acheté des cadeaux vous savez.

- Sérieux? releva Gunnar surpris.

- Des cadeaux de Noël? répéta Caesar.

- Ba ouais pas des cadeaux de pâques imbécile, rétorqua l'homme en s'amusant de les voir touchés par le geste. Il vous a guetté tout les soirs. Vous avez intérêt à vous excuser parce que franchement, il ne mérite pas d'être mis dans un état pareil. Il s'est enfin endormi à l'intérieur, ça fait des jours qu'il n'avait pas fermé l'œil. Allez le voir qu'il se rassure enfin, demanda-t-il en pointant le bar.

Aucun ne se fit prier, descendant de leurs motos pour se diriger vers la porte. À l'intérieur, tout était encore allumé, la musique en fond raisonnant. Gavin mit le panneau « fermé » sur la porte derrière eux avant de rejoindre le bar pour ranger les quelques verres s'y trouvant encore. Eux mis à part, il n'y avait personne, le reste du personnel déjà parti. Ils balayèrent les lieux du regard en enlevant leurs vestes, trouvant rapidement Griffin. Il était roulé en boule sur une banquette dans un coin sombre et calme. Il dormait lourdement, sa veste de cuir déposée sur lui, certainement par quelqu'un d'autre pour le garder au chaud. Et immédiatement, ils purent remarquer que Gavin n'avait pas exagéré. Le jeune homme était un peu pâle, les yeux profondément cernés. Ses marques de fatigues étaient plus que visibles et il avait vraiment dû faire beaucoup de nuits blanches pour en arriver là. Ce fut Barney qui s'approcha, suivit des autres. Il alla poser une main précautionneuse sur l'épaule d'Evan et il n'en fallut pas plus pour que celui-ci se réveille un peu brusquement, balayant méthodiquement l'endroit des yeux en une seconde, l'air de reprendre ses esprits. Son regard passa sur chacun d'entre eux, tous lui souriant et il s'arrêta sur Barney, le fixant l'air indéchiffrable.

- Salut Ev', sourit-il alors.

Le visage du jeune homme se ferma alors complètement comme jamais ils ne lui avaient vu, les surprenant. Il commença à se redresser lentement, attrapant sa veste qui glissait.

- Salut Ev'? répéta-t-il doucereusement en se levant. Salut Ev'? Vraiment? dit-il en s'écartant un peu et en les perdant complètement. T'es gonflé, gronda-t-il alors que la colère prenait place sur ses traits. Ça fait des semaines que vous avez disparu sans prévenir! s'écria-t-il l'air furieux. Un mois et demi! Un mois et demi sans la moindre petite nouvelle!

- C'était pour le travail, bredouilla Caesar aussi penaud et surpris que les autres par la colère du jeune homme.

- Et alors! Vous auriez pu, je sais pas moi, me glisser un petit: « Eh Griffin, au fait, on va partir et on ne sera pas joignable pendant quelques temps à cause d'un job. », ça m'aurait suffis! Et ne me dîtes pas que vous ne saviez pas d'avance je ne le croirai pas. Un simple petit SMS aurait suffis. Mais non, la grosse bande de cons que vous êtes disparaît comme ça du jour au lendemain sans trace et sans explication! Il aurait pu vous arriver n'importe quoi! hurla-t-il en agitant un bras. Qui sait ce qui pouvait se passer! Ça ne vous est pas venu à l'idée que j'aurais pu m'inquiéter! Ça se fait en général de prévenir quand on disparaît comme ça! Juste un petit mot pour que je sache, j'avais pas besoin de détails espèces de crétins! cria-t-il en enfilant sa veste. Nan mais sérieux! Et ça revint comme des fleurs « Salut Ev' ». Je t'en foutrais moi des « Salut Ev' », gronda-t-il en s'en allant vers la sortie. J'en reviens pas comme j'ai pu m'inquiéter pour une bande de demeurés pareille, grinça-t-il pour lui même. Et dire que j'ai imaginé le pire du pire et ça revient comme si de rien n'était avec un grand sourire! dit-il en ouvrant la porte vivement. Eh ben tu sais quoi: Salut Barney! copia-t-il avec sarcasme avant de s'en aller en claquant brutalement la porte derrière lui.

Dans le bar, un silence un peu choqué retomba un moment, tous figés en regardant la porte par laquelle le jeune homme avait disparu. Ce fut un Gavin ricanant qui les réveilla tous, attirant leurs regards:

- Vous vous êtes fait engueuler comme des gamins, se moqua-t-il. Je ne vous avais jamais vu dans ce genre de situation, rit-il. Il était vraiment très inquiet, dit-il ensuite plus sérieusement. Il était à bout de nerfs ces derniers temps, ne lui en veuillez pas.

- On ne lui en veut pas, assura sur le champs Lee.

- Je ne me serais pas douté qu'il puisse s'inquiéter pour nous comme ça, remarqua Gunnar étonné.

- Il tient énormément à vous, remarqua le gérant. Il a vraiment flippé. Je lui ai dis que vous partiez pour le travail de temps en temps quand j'ai remarqué qu'il commençait à être sévèrement inquiet mais je crois qu'il a eu l'impression que je disais ça juste pour le rassurer.

- Qu'est-ce qu'on fait? demanda Toll l'air perdu.

- C'est bien de s'excuser et de le rassurer dans ces cas là, remarqua Gavin.

- On va le rejoindre et s'excuser, lança Barney en renfilant sa veste.

- S'excuser? releva Gunnar. J'me suis jamais excusé.

- C'est l'occasion d'essayer, remarqua Yin.

- À moins que tu veux qu'il te boude pendant je ne sais combien de temps, dit Caesar.

- On aurait dû le prévenir qu'on partait, releva Lee.

- On le fera maintenant, répondit Barney. Allez venez on y va. Il a dû aller vers son appart.

Aucun ne se fit prier, ressortant direction leurs motos alors qu'il n'y avait déjà plus trace du jeune homme dans les parages. Evan lui, avait senti sa colère gonfler en se réveillant sur le visage souriant de Barney et des autres autour de lui. Sa colère, sa joie et son inquiétude aussi. D'abord, il avait été infiniment heureux et soulagé de les revoir enfin avec ces sourires et ces expressions tranquilles et assurées sans qu'un seul de leurs regards à son égard n'ait changé. Mais il avait vite vu les bleus et les égratignures sur leurs visages, détectant vite quelques blessures à leurs manières inhabituelles de se tenir. Il avait senti toute son angoisse et son stress remonter d'un coup. Il était épuisé, extrêmement tendu et à bout de nerf et il n'avait pu s'empêcher de laisser sortir son angoisse et sa colère. Une colère née de sa peur de les avoir perdu d'une manière ou d'une autre. Mais il ne lui avait pas fallu dix pas après avoir claqué la porte pour se calmer et se sentir atrocement coupable et honteux de leur avoir crié dessus comme ça. Il n'avait qu'une envie: faire demi tour et retourner les voir, s'assurer qu'ils allaient bien, s'excuser et passer le reste de la nuit avec eux pour chasser sa sensation de solitude et de stress atroce. Seulement, il craignait que ses amis n'aient pas du tout apprécié son coup d'éclat et il n'osa pas. Il transplana plutôt à partir d'une ruelle, partant bien vite se réfugier chez lui, partagé entre soulagement de les avoir revu en vie et peur panique d'avoir fait une grosse bêtise en réagissant ainsi. Après tout, aucun d'entre eux ne lui devait rien, pourquoi devraient-ils s'expliquer ou le prévenir de quoi que ce soit?

Sur la route menant à l'appartement d'Evan, la bande elle, avait été surprise de ne pas croiser le jeune homme sur le chemin, doutant qu'il ait pu rentrer si vite à pieds. Ils se demandaient s'il n'était pas parti ailleurs mais ils décidèrent quand même de s'arrêter chez lui d'abord. Si tous savaient où il vivait, seul Barney était venu lorsqu'il raccompagnait le jeune homme chez lui, montant souvent boire une bière avec lui avant de partir. Ils se garèrent au bas du bâtiment d'aspect typique de la Nouvelle Orléans pour ensuite entrer et grimper au deuxième étage, guidé par Barney qui s'arrêta devant une porte à laquelle il toqua. Il fallut quelques secondes mais elle s'ouvrit finalement, dévoilant un Evan l'air bien plus calme et même honteux. Il semblait inquiet et un peu surpris en les voyant là. Il s'écarta du passage sans un mot, les invitant à entrer d'un geste alors qu'il baissait la tête. Ils avancèrent alors, Lee, Yin, Gunnar, Toll et Hale découvrant son petit appartement modeste. Tout était propre et parfaitement rangé mais très fade et sans personnalité, sans un souvenir ou photo personnelle, sans décoration véritable. Il semblait un peu froid, vide de vie et un peu sombre. C'était comme s'il s'agissait d'une location de vacance que l'on pouvait quitter du jour au lendemain.

Ils entrèrent tous, se retournant vers Griffin qui s'appuyait dos contre la porte qu'il venait de refermer doucement. Il avait baissé le visage vers le sol et il coupa sans s'en apercevoir Barney qui avait ouvert la bouche pour parler:

- Je suis désolé, dit-il en les prenant de court une fois de plus. Je n'avais aucun droit de vous crier dessus comme ça et encore moins de vous insulter. Je suis désolé, dit-il sans relever les yeux sur eux.

Étonnamment ce fut Gunnar qui réagit le premier après de longues secondes de silence gêné:

- On l'avait un peu cherché j'crois, dit-il en s'attirant le regard d'émeraude surpris du jeune homme.

- Ouais, on aurait dû te prévenir qu'on partait comme ça, continua Caesar.

- C'est juste qu'on n'a pas l'habitude que quelqu'un s'inquiète quand on s'en va, expliqua Lee.

- On est désolé, conclut Barney. On préviendra maintenant promis.

Evan se détendit alors, leur souriant doucement comme à l'habitude.

- Une bière? proposa-t-il alors pour couper court à ce moment gênant dans lequel personne n'était à l'aise.

Les choses étaient dîtes et il était évident pour chacun que l'affaire était close sans rancune. Il n'y avait aucun besoin pour eux de parler davantage. Tous acquiescèrent avec joie et il les invita à s'asseoir au salon pendant qu'il allait chercher ça. Il revint avec sept bouteilles qu'il distribua, tous le remerciant et il sourit d'amusement en voyant Gunnar, décapsuler la sienne avec ses dents, se disant que même ça ça lui avait manqué. Il trouva sa place près de Barney comme toujours, infiniment soulagé et heureux d'avoir de nouveau la présence forte et rassurante de l'homme près de lui.

- Est-ce que vous allez bien? demanda-t-il finalement.

Son inquiétude transparaissait dans sa voix et son regard de manière flagrante alors qu'il les observait eux et leurs blessures.

- On va parfaitement bien t'inquiète, rassura Barney. On a juste un travail un peu mouvementé.

Evan sourit, rassuré mais à l'étonnement général, il ne posa pas la moindre question sur leur travail. En général, tout le monde voulait savoir quand on les voyait blessé et qu'ils disaient avoir un boulot agité.

- Tant que vous allez bien, c'est tout ce qui compte, dit-il en les faisant sourire à leur tour alors qu'il buvait une gorgé de sa propre bière.

- Tu n'es pas curieux de savoir? demanda Caesar.

- Vous avez le droit de ne pas le dire si vous n'en n'avez pas envie, je comprend ça, répondit-il. Même si j'avoue avoir envie de savoir. Tout le monde a ses secrets et c'est légitime. Si vous avez envie de me le dire, j'en serais ravi mais sinon, ça me va aussi. Juste, par pitié ne partez plus sans prévenir. Dîtes juste: « on s'en va pour un temps », histoire que je sache que c'est normal et que c'est prévu. Je crois que j'ai imaginé le pire du pire ces derniers temps, soupira-t-il. J'ai toujours tendance à imaginer le pire sans pouvoir m'en empêcher.

- On ne croyait pas que tu pourrais t'inquiéter à ce point, remarqua Toll.

- Bande de cons, répondit-il sur un ton affectueux cette fois. On s'inquiète toujours quand ses amis disparaissent sans trace comme ça. Au fait, dit-il en déposant sa bière sur la table basse et en se levant, vous avez raté Noël. J'avais des cadeaux pour vous, dit-il en partant vers une armoire.

- T'aurais pas dû, répondit Lee. On a rien prévu nous.

- J'm'en fiche, c'est pas le but, posa-t-il en sortant un sac rempli de ce qui semblait être des paquets cadeaux. Et ça me fait plaisir alors tu prends et tu discutes pas, dit-il avec autorité en lui fourrant un paquet rectangulaire dans les mains.

Il distribua alors les différents paquets, tous à la fois touchés et gênés, peu habitués à ce genre d'attention. Chacun ouvrit le sien alors qu'Evan revenait s'asseoir près de Barney, les observant. Yin se découvrit une très belle montre simple mais tout à fait dans le ton du personnage, Hale, une paire de bracelets de force décorés à l'or, Toll une magnifique veste en cuir, Gunnar une épaisse ceinture de cuir noir orné d'une imposante boucle d'argent en tête de lion. Lee quand à lui, trouva un magnifique couteau à la lame tranchante et à la poignée de bois sculptée. Et Barney, eut une grosse chevalière en or noir.

- Oh merde, il est parfait ce couteau, remarqua Lee en jouant avec son cadeau. Poids, bascule, équilibre... il est nickel. Où tu l'as trouvé?

- C'est un secret, répondit-il en souriant.

Tous le remercièrent l'air ravis, s'empressant de passer leurs cadeaux qui allaient parfaitement à chacun. Evan vit Barney passer sa chevalière à son doigt juste à côté de son légendaire porte bonheur qu'il ne quittait jamais. C'était une grosse bague dans le ton de celle qu'il avait déjà, représentant un fier griffon assis derrière un crâne, une serre posée dessus, les ailes légèrement ouvertes.

- Un griffon? releva-t-il. Il y a une raison?

- Il y en a une, répondit Griffin avec un sourire mutin. Mais je te laisse deviner et je t'explique si tu trouves, taquina-t-il. Elle te plaît?

- Ouais, c'est la classe, remarqua-t-il.

Autour d'eux, tous sourirent discrètement, se demandant si le griffon n'avait pas un rapport avec son nom, Griffin. Il y eut un moment de silence, Evan appréciant visiblement de leur avoir fait plaisir. Il se leva pour ranger les emballages, revenant ensuite.

- Est-ce que tu veux savoir? demanda finalement Barney alors que tous comprenaient qu'il parlait de leur travail.

- Est-ce que vous voulez me le dire? répondit-il. C'est la vraie question.

- Je ne suis pas sûr que ça te rassure, posa Lee.

- Parce que vous croyez que c'est mieux de pouvoir s'imaginer n'importe quoi? demanda-t-il calmement. Je ne suis pas un abruti vous savez. Je sais parfaitement que vous n'être ni des employés de bureaux, petits fonctionnaires ou je ne sais quel métier bien sous tout rapport. Il est carrément évident pour moi que vous êtes des combattants et pas des débutants, dit-il en les surprenant. J'ai pensé militaires un moment et je suis persuadé que certains ont été dans l'armée ou quelque chose du genre. Mais définitivement non, aucun n'a le profil d'un bon petit soldat ou agent de toute sorte. Trop tarés et hors du moule pour ça, s'amusa-t-il en les faisant sourire. Après aucun d'entre vous ne pourrait se contenter d'être un truc genre agent de sécurité et je ne vois aucun de vous en combattant sportif professionnel. Pas votre genre non plus de faire de petits combats amicaux ou de compétition comme job. Alors ça ne laisse pas beaucoup d'idées pour que vous puissiez disparaître aussi longtemps et revenir blessés de la sorte. Je suis loin d'être con.

- On sait, répondit Caesar.

- Autant le dire alors, soupira Barney. En faîte, on est mercenaires.

Rapidement, il lui expliqua ce qu'il faisait, parlant de leur équipe, les Expendables, de comment ils fonctionnaient, des missions qu'ils prenaient entre élimination ou capture de « grands méchants », sauvetage d'otage, récupération de matériel ou toute autre chose du genre.

- Je vois, posa calmement Evan en souriant. Je m'en doutais un peu je dois dire. Merci, de me l'avoir dit, dit-il en les balayant du regard. Je vous jure sur ma vie que pas un mot ne sortira de ma bouche, promit-il très sérieux.

Tous lui sourirent, un peu surpris aussi qu'il le prenne si calmement.

- Tu le prends bien, remarqua d'ailleurs Yin. En général, ça fait flipper les gens.

- Pas moi. C'est votre boulot et personne ne vous oblige. Si c'est là ce que vous souhaitez faire de votre vie, il n'y a que vous qui puissiez en décider. Et puis, si c'est votre travail et que vous êtes toujours là depuis tout ce temps alors c'est que vous savez ce que vous faîtes et que vous le faîtes bien. Je n'y vois rien de mal surtout quand vous ne prenez pas de cibles innocentes ou d'autres sales trucs du genre. Et je ne suis pas un accro des lois ou de la bonne conduite parfaite aux yeux de la société alors je n'y vois pas de problème. Savoir ne m'empêchera pas de m'inquiéter pour vous mais savoir que vous y allez volontairement en étant organisé, préparé et en sachant ce que vous faîte, ça me rassurera. Et puis, il y a autre chose que je peux faire pour éviter de paniquer.

- Quoi donc? demanda Barney en attirant son regard.

- Vous faire confiance, répondit-il en les surprenant et en les touchant. Juste, essayez de revenir entiers, demanda-t-il.

La bande au grand complet sourit, agréablement étonnée par sa réaction bien rare chez le commun des gens lorsqu'ils apprenaient une telle chose. Ils passèrent finalement une bonne partie de la nuit avec lui, retrouvant des discussions plus légères comme ils en avaient l'habitude. Dés le lendemain, la vie reprit normalement avec une de leur soirée habituelle au bar. Toute la bande put cependant voir les séquelles de l'inquiétude du jeune homme pour eux. Il semblait avoir du mal à se remettre de sa fatigue. Il les passait souvent en revue comme pour s'assurer qu'ils allaient bien, il soupirait de soulagement lorsqu'ils arrivaient au bar le soir, il passait plus de temps autour d'eux, les chouchoutant encore plus dans son service... Et c'était encore particulièrement plus vrai pour Barney. L'homme quant à lui, ne lâchait plus du regard le jeune homme qu'il dévorait des yeux, l'air hésitant.

Deux semaines passèrent ainsi au bout desquelles Griffin passa avec succès son permis moto, absolument ravi lorsqu'il arriva au bar avec la bonne nouvelle ce soir là. Barney et les autres étaient déjà là, seul Lee manquant à l'appel. Apprenant la nouvelle, Evan se vit payer un verre par toute la bande qui l'accueillit joyeusement pour fêter ça.

- Il est où Christmas? demanda-t-il finalement au bout d'un moment. Avec sa copine? s'amusa-t-il.

- Nan, il devait faire une petite course avant de venir, il arrive, répondit Toll avec un étrange sourire qui l'intrigua.

Lee arriva d'ailleurs un instant plus tard, venant saluer tout le monde et félicitant le jeune homme pour sa réussite.

- Tu l'as j'espère? questionna Barney.

- Bien sûr, répondit-il.

- Tu as quoi? demanda Evan curieux.

- Ton cadeau ne Noël à retard, annonça-t-il en le stupéfiant.

- On a voulu se rattraper un peu, expliqua Caesar.

- Vous n'étiez pas obligés, remarqua-t-il en souriant d'émotion.

- On sait, répondirent-ils en cœur en s'étonnant les uns les autres et en faisant rire le jeune homme.

- Allez vient, on va te donner ça dehors ça sera plus calme qu'ici, lança Barney en le poussant légèrement pour qu'il se lève de leur banquette.

Il ne se fit pas prier, soudain aussi excité qu'un gosse à l'idée de recevoir un cadeau de leur part. Ils se levèrent avec lui et il les suivit dehors, très curieux. Il se figea de stupeur et se demanda s'il comprenait bien ce qui était en train de lui arriver lorsqu'il tomba sur une splendide moto, une Harley Davidson, garée soigneusement en évidence devant le bar, ornée d'un immense nœud rouge sur le guidon. Le peu de carrosserie qu'elle avait était noire, les chromes rutilants alors qu'elle était dans le même esprit que celle de Barney bien que légèrement différente, certainement un autre modèle du genre. Tous s'amusèrent de le voir paralysé et confus, la bouche ouverte, l'air de ne pas croire ce qu'il voyait.

- On s'est dit que c'était de circonstance puisque qu'on n'avait aucun doute que tu aies ton permis, expliqua Barney. Comme ça tu as ta moto et tu pourras la prendre pour venir faire un tour avec nous.

- Elle est tout à toi, ajouta Christmas en faisant teinter les clefs devant lui.

- C'est de notre part à tous, ajouta Yin.

- En espérant que le modèle te convient, continua Toll.

- T'avais dit que t'aimais celle de Barney alors on s'est dit qu'elle était bien, expliqua Caesar.

- Elle est balèze niveau puissance alors tu vas pouvoir t'éclater un peu, termina Gunnar.

- C'est sérieux? bredouilla Evan en prenant lentement les clefs tendues et en consultant Barney du regard.

- Bien sûr que c'est sérieux, s'amusa-t-il alors que les autre riaient.

- Vous m'avez acheté une moto? dit-il en s'approchant de l'engin qu'il trouvait magnifique. Vous êtes complètement tarés, c'est beaucoup trop.

- Que dalle, répondit Gunnar en croisant les bras.

- Toute façon t'as pas le choix, ajouta Caesar.

- Et ça nous fait plaisir alors tu prends et tu discutes pas, lança Lee en reprenant les mots qu'il lui avait dit pour lui faire accepter son propre cadeau de Noël.

Tous sourirent doucement en le voyant relever un regard profondément ému vers eux, les larmes aux yeux alors qu'il avait les lèvres courbées.

- Merci les gars, dit-il doucement.

- On va faire un tour? proposa Barney.

- Un autre jour plutôt, il faut que je prenne mon service, remarqua-t-il penaud.

- On a le temps, on verra ça, tranquillisa Lee. Bon, je prendrais bien un verre moi.

- Allons y, je te ramène ça, sourit Evan en revenant vers eux.

Ils réintégrèrent le bar et Gavin lui demanda si son cadeau lui plaisait, visiblement dans la confidence. Ils passèrent la soirée dans la bonne humeur, faisant la fête et la bande resta jusqu'à la fermeture, se regroupant ensuite dehors avec Griffin pour le regarder démarrer pour la première fois sa moto, l'air très heureux et excité. Il la laissa tourner pour qu'elle chauffe, écoutant son puissant ronronnement alors tous en faisant de même avec leurs engins. Ils lui rappelèrent de ne pas oublier que neuve ainsi, la moto avait besoin de rodage et qu'il ne fallait donc pas trop la pousser pour le moment. Mais de toute manière, ce n'était pas la vitesse qui était recherchée en premier avec ce genre d'engin. Ils discutèrent encore un moment, Barney remarquant qu'une nouvelle veste de cuir de motard serait bien en plus. Finalement, tous partirent les uns après les autres, ne laissant que Griffin avec Barney qui lui demanda s'il pouvait le suivre jusque chez lui pour s'assurer que tout allait bien avec la moto. Celui-ci accepta avec joie et ils prirent la route. Arrivés à destination, le jeune homme fut ravi d'avoir un garage dont-il ne s'était pas encore servis avec son appartement, allant y garer ce qui venait de devenir son petit bijou autant par l'engin que pour le cadeau qu'il était. Il invita ensuite l'homme à prendre une dernière bière chez lui et celui-ci ne se fit pas prier, la chose devenue une habitude pour eux. Aussi, ils se retrouvèrent bientôt au calme dans la pièce de vie du petit appartement, une bière à la main. Ils parlèrent motos un moment, le silence tombant ensuite alors que les boissons s'étaient terminées, sonnant la fin de la soirée.

Seulement ce soir, Barney avait d'autres projets. Après leur dernier contrat, il avait réalisé à quel point il tenait au jeune homme. Avoir vu à quel point il s'était inquiété pour eux l'avait touché, comme son attention de Noël et sa réaction très calme, tolérante et positive à la révélation de leur travail. Au départ, et si en soit ça ne le gênait pas d'être attiré par un homme, il s'était trouvé très bizarre de l'être par quelqu'un qui avait trente quatre ans de différence d'âge avec lui. Il pouvait largement être le père d'Evan et pourtant, il le voyait d'une toute autre manière. Mais cela s'expliquait largement à ses yeux. Griffin avait un esprit bien plus vieux que son âge physique. Il se comportait comme quelqu'un de bien plus expérimenté et âgé qu'il ne le paraissait de l'extérieur. C'était quelqu'un de doux mais aussi très fort et déterminé. Il était attentionné, patient, discret, tolérant. Il était très apaisant pour lui. Il ne se prenait pas la tête avec les broutilles, il était compréhensif, protecteur, tempéré... Bref, il avait tout pour lui plaire et puis franchement, il était plus qu'agréable à regarder et tout le monde était d'accord là dessus. Tout ceux qui le draguaient au bar pouvaient en témoigner.

S'il craignait sa réaction en lui révélant son attirance pour lui, le dernier contrat lui avait rappelé à quel point la vie était courte. Sans parler qu'il était de plus en plus sûr qu'il pouvait terminer sa vie au côté d'Evan s'il voulait bien de lui. Le jeune homme lui faisait du bien. Il lui changeait les idées, lui donnant envie de passer du temps avec lui, de veiller sur lui, de simplement l'avoir avec lui... Il voulait tenter sa chance et ce jour lui semblait être le bon. Il suivit Evan des yeux lorsqu'il se leva pour gagner la cuisine ouverte et ranger les bouteilles vides, se levant pour le rejoindre, sentant poindre en lui un stress qu'il n'avait pas ressenti depuis bien longtemps. Il s'arrêta devant lui lorsqu'il l'atteignit, Griffin souriant pauvrement:

- Tu t'en vas? demanda le jeune homme l'air déçu sans qu'il ne se l'explique.

- Non, pas tout de suite, répondit-il en le regardant dans les yeux. J'ai encore un truc à faire.

- Quoi? demanda-t-il intrigué.

- Excuse moi, dit-il en le surprenant visiblement.

- Pourquoi? questionna Evan confus.

- Pour ça, dit-il avant de se pencher sur lui.

Aussi délicatement qu'il le put, il vint embrasser celui qui l'avait touché en plein cœur plus efficacement qu'une balle l'aurait pu. Il vint poser une main sur sa hanche, la seconde trouvant sa place sur sa joue. Ce fut un baiser doux et chaste qu'il lui donna, ne voulant pour rien au monde lui faire peur mais il se tendit en remarquant que Griffin n'avait aucune réaction, figé, comme pétrifié. Il se recula finalement un peu, l'observant, le trouvant comme choqué, son cœur se serrant à cette vue. Il le relâcha donc, supposant qu'il avait été trop optimiste en pensant avoir une chance avec lui. Le jeune homme avait l'air retourné, peut-être dégoutté par son geste supposa-t-il en lui même. Il n'avait pas vraiment trouvé de moyen plus clair de lui faire savoir ce qu'il ressentait, craignant désormais d'avoir été trop loin. Evan leva un regard perdu et choqué sur lui et il fit la grimace:

- Je suis désolé, s'excusa-t-il avant de faire demi tour pour partir.

Il avait presque atteint la porte lorsqu'une exclamation un peu paniquée retentit:

- Barney! appela le jeune homme.

L'homme se retourna alors pour le voir presque courir vers lui, attraper son poignet d'une main, se dresser un peu sur ses pointes de pieds pour l'embrasser à son tour, le surprenant profondément. Seulement, le geste fit vite son chemin jusqu'à son cerveau et il vint enrouler un bras autour de lui, répondant volontiers au baiser maladroit. Evan lui, avait été stupéfié par ce baiser très inattendu mais pas du tout dans un sens négatif. Bien au contraire. Le geste était sans équivoque de signification. Ce qui le choqua plutôt fut de comprendre que l'homme qui l'attirait depuis des mois, qui lui réchauffait le cœur et qui éveillait en lui un sentiment extrêmement fort, puisse lui aussi le voir de cette façon. Lui qui n'y avait pas cru un instant et qui n'avait pas voulu se faire un faux espoir avait été stupéfié de découvrir le contraire dans ce baiser. Barney avait été extrêmement délicat, comme pour ne pas l'effrayer ou le blesser et il avait ressenti toute son attention. Seulement, il avait tellement eu du mal à comprendre et réaliser qu'il lui avait fallu un moment. Barney s'éloignant de lui l'air douloureux avait été le choc nécessaire pour lui remettre les idées sur les rails et il n'avait alors pas réfléchi, ayant comme l'impression que s'il ne saisissait pas sa chance maintenant, tout était perdu. Il avait donc accouru à son tour, usant du même moyen pour lui faire comprendre.

Une seconde plus tard, l'un des bras fort de Barney s'enroulait fermement autour de lui et il se retrouva plaqué contre sa forte stature. Son cœur battant la chamade, une douce chaleur montant en lui alors qu'il se sentait infiniment bien ainsi, il lâcha son poignet pour passer ses bras autour de son cou, un deuxième bras venant alors enserrer son corps, l'enfermant dans un cocon où il se trouva plus en sécurité que jamais. Il laissa volontiers l'homme accentuer le baiser avec ce qu'il sentait être du soulagement et de la joie, comme savourant une chose très convoitée. Il entrouvrit les lèvres, se laissant complètement faire, tout à son bonheur de voir son rêve de ces derniers temps se réaliser. Il frissonna lorsque leurs langues se trouvèrent, resserrant son étreinte autour du cou de Barney qui en faisait de même autour de lui. Ce fut le manque d'air qui les força à se séparer, restant pourtant soigneusement dans les bras l'un de l'autre, souriant, se regardant dans les yeux:

- Oh merde, fit soudain l'aîné, t'es encore plus sexy quand tu rougis, remarqua-t-il en faisant redoubler le dit rougissement.

Son sourire s'élargit alors et il revint lui donner un léger baiser avant de poser son front contre le sien, un léger moment de silence s'installant.

- Excuse moi d'avoir beugué comme ça, dit finalement Evan. Jamais je n'aurais cru que tu pouvais... que tu pouvais...

- Que je pouvais être raide dingue de toi? demanda-t-il en le surprenant avant de le faire sourire avec douceur.

- Vraiment?

- Carrément, assura-t-il. Depuis un bon moment. Sauf que je ne pensais pas qu'un vieux pouvait t'intéresser. Mais notre dernier contrat m'a rappelé qu'on a qu'une vie et j'aurais regretté de ne pas tenter ma chance.

- Tu n'es pas si vieux, s'amusa le jeune homme. Et moi qui pensais que toi tu ne voudrais pas d'un gamin comme moi.

- T'es pas un gamin. Alors toi aussi tu...?

- Es raide dingue de toi? termina Griffin en reprenant ses mots. Complètement, avoua-t-il. Mais je n'osais pas espérer que je pouvais avoir une chance.

- On est deux gros cons alors, s'amusa l'homme.

- Toi beaucoup moins que moi. J'aurais jamais osé, soupira-t-il.

- Pourquoi?

- Parce que j'aurais pas voulu te perdre, dit-il avec une grimace douloureuse. J'ai déjà cru que je ne te reverrais pas quand vous avez disparu et c'était trop dur, avoua-t-il en serrant les dents. Alors j'aurais jamais osé. Si jamais tu n'avais pas accepté... j'aurais préféré être un ami à vie que de ne plus te voir.

- Ce n'est pas con comme raison ça, j'ai failli faire pareil mais c'est pas le cas alors n'y pense plus, dit-il en revenant lui prendre ses lèvres avec délicatesse et une tendresse difficilement imaginable chez lui lorsque l'on voyait son allure de gros bras.

Lorsqu'ils se séparèrent, c'est avec un sourire lumineux qu'Evan vint se blottir contre lui, savourant son bonheur du moment.

- Christmas et les autres vont nous chambrer pendant des semaines, se lamenta faussement l'aîné en le faisant rire.

- Obligé avec eux.

- Je vais avoir droit à des « On te l'avais bien dit » à la pelle.

- Pourquoi ça? demanda-t-il avec curiosité.

- Parce que ça fait un bon moment qu'ils avaient capté comment je te regardais et qu'ils tentaient de me convaincre de me lancer, dit-il en le surprenant.

- Alors ça ne les dérangera pas?

- Nan, ils ne sont pas comme ça, rassura-t-il. Mais on va avoir droit à des blagues en tout genre un moment.

- Pas grave. Alors tu es... vraiment sérieux, hésita-t-il.

- Je ne te lâcherais pas avant que tu me renvois toi même, répondit-il tout à fait sérieusement en le sentant se blottir davantage contre lui en réponse. Et toi?

- Jamais je n'avais ressenti un truc comme ça pour personne et j'aime ça alors il y a de forte chances pour que tu ne te fasses pas renvoyer, sourit-il.

- Parfait, répondit Barney en lui caressant le dos.

Il surprit Evan qui s'accrocha à lui lorsqu'il le souleva dans ses bras comme une princesse, partant s'asseoir dans le canapé pour le déposer sur ses genoux et le serrer simplement contre lui, l'air de savourer pleinement. Et ce fut aussi le cas de son nouveau petit ami qui se cala bien volontiers contre son torse, diablement beau avec son léger sourire béat. Longuement, ils savourèrent cette nouvelle proximité tant convoitée de part et d'autre, échangeant quelques baisers et quelques caresses, heureux l'un et l'autre et apaisés comme jamais ils ne l'avaient été.

Le lendemain au bar, Gavin et le reste du personnel ne manquèrent pas de noter à quel point Griffin semblait heureux et guilleret. Il avait un large sourire au visage et il était d'une incroyable bonne humeur communicative tant et si bien que tous se retrouvèrent à sourire toute la journée. Ce ne fut pourtant que le soir venu qu'ils en comprirent la raison, lorsque Barney et sa bande débarquèrent. Ils prirent place à leur table habituelle et Evan s'empressa de les rejoindre. Il salua joyeusement tout le monde avant de poser un regard un peu hésitant sur Barney, se demandant comment agir avec lui devant les autres. Lui, ça ne le gênait absolument pas de montrer leur récente mise en couple mais il ne lui avait pas demandé si lui souhaitait ou non rester discret. L'homme coupa pourtant bien vite cour à son dilemme, attrapant doucement son poignet pour le tirer vers lui et l'asseoir sur l'une de ses cuisses, l'entourant d'un bras. Evan sourit de toute ses dents en se retrouvant installé contre lui, ravi alors qu'il s'appuyait contre l'homme avec joie. Il rit un peu en voyant les têtes de poissons hors de l'eau des autres et ce fut Lee qui se redressa avec un grand sourire, plaquant ses mains à plat sur la table.

- Eh ben c'est pas trop tôt! dit-il en réveillant tout le monde.

- Tu t'es enfin décidé Barney, s'amusa Gunnar.

- T'as mis le temps, releva Yin.

- On commençait vraiment à désespérer, soupira Caesar.

- Ça fait plaisir, nota Toll.

- Eh Barney, interpella Lee, on te l'avait bien dit, dit-il en faisant rire Evan.

- Tu vois, je t'avais dit qu'il dirait ça, remarqua Ross.

- En même temps c'est vrai, on te l'avait bien dit de foncer, rajouta Toll.

- Alors comme ça t'aime les vieux Griffin, taquina Gunnar en l'amusant.

- Nan, j'aime Barney Ross, c'est différent, dit-il en touchant profondément le concerné.

Celui-ci sourit avec douceur, ses amis ne le manquant pas. Evan lui, n'avait pas noté la porté de ses propres mots, exprimant simplement ce qu'il ressentait vraiment, sachant qu'il le pouvait enfin sans crainte. Seul sa peur de perdre l'homme l'en avait empêché jusque là et cette angoisse effacé, il n'avait aucune honte ou crainte à le dire: il aimait Barney Ross.

- Et puis c'est con de s'arrêter sur l'âge, continua-t-il.

- C'est vrai, acquiesça Caesar.

- C'est bien, je suis content pour vous, dit Lee plus sérieux.

Tous en firent d'ailleurs de même, réclamant ensuite un verre pour fêter ça. Evan donna un baiser léger à son homme sous les sifflements et les brimades amicales des autres, se levant ensuite tout sourire pour aller chercher leur commande. Arrivant au bar, il tomba sur un Gavin souriant narquoisement.

- Alors c'était pour ça que tu étais si heureux, s'amusa l'homme. Je me demandais si Barney oserait tenter un jour.

- Tu savais? s'étonna le jeune homme.

- Je crois bien qu'il n'y a que toi qui n'aies pas remarqué comment il te bavait dessus, rit-il. Ça te convient? demanda-t-il plus sérieusement.

- Si tout le monde à vu que Barney me bavait dessus, personne n'a vu que moi aussi, dit-il en le surprenant. Mais je ne pensais pas que ça pouvait être réciproque. Alors bien sûr que ça me va.

- Tant mieux, c'est un type bien Ross, remarqua-t-il. Prend un verre avec eux et ne t'en fait pas pour le reste, dit-il en ajoutant un verre de ce qu'il aimait boire pour lui sur son plateau. Il n'y a pas grand monde ce soir.

- Merci Gavin, répondit-il.

- Tu es mon employé qui fait le plus d'heures ici tout le temps. Tu mérites bien une petite soirée de détente. Et ça se fête un truc comme ça alors vas-y.

Evan lui sourit, le remerciant d'un signe de tête. Au plus les choses avançaient au plus il se rapprochait de Gavin qui était devenu un ami important pour lui. Il retourna avec les autres, retrouvant bien vite sa place sur les genoux de Barney, heureux comme il ne se souvenait pas l'avoir été. Aujourd'hui, il avait une vie tranquille et simple où il était lui même et où il n'était pas un héros célèbre sur lequel on faisait tomber la responsabilité du monde. Il avait un travail qui lui plaisait, dans un endroit qu'il aimait beaucoup, dans une ville où il se sentait bien. Il pouvait être lui même, sans image bien sous tout rapport à tenir, loin des jugements de tout un monde. Laisser la magie de côté, son passé avec elle, lui faisait plus de bien qu'il ne l'avait pensé alors qu'il se plaisait à faire les choses par lui même. Il avait des amis barges mais géniaux et il avait Barney maintenant, trouvant un amour et une affection qui pouvait terminer de lui donner la vie dont-il rêvait. Enfin, il était bien, enfin, il souriait sincèrement et enfin, il avait la vie qu'il voulait sans rien regretter et sans se dire chaque jour qu'il en avait marre de cette existence. Il n'y avait pas encore si longtemps, les idées noires l'inondaient, maintenant, il était juste heureux. Il n'avait besoin de rien de plus et il ne demandait rien de plus parce qu'aujourd'hui, il avait ce dont il rêvait depuis toujours.