Chapitre 4:
Séquelles du passé
Juillet fut le mois des anniversaires pour l'équipe. Le trois était celui de Hale, le six celui de Barney, le vingt six celui de Lee et le trente et un, celui d'Evan. À chaque fois, ils marquaient le coup en une petite soirée entre eux. Griffin ne manquait jamais de faire des cadeaux à chaque fois chacun touché par son attention. Pour Barney, il avait acheté un très beau kit pour cigare bien évidemment orné de têtes de morts, accompagné de quelques cigares d'excellentes qualité, sachant qu'il aimait cela. Quand son anniversaire était arrivé, il avait eu droit à des cadeaux de tout le monde. Celui qu'il préférait était la chevalière de l'emblème des Expendables offerte par Barney. Il ne la quittait plus depuis.
En août, l'équipe était repartie sur un contrat et comme toujours, Evan n'avait pu s'empêcher de s'inquiéter atrocement pour eux malgré les nouvelles régulières. Une semaine était passée, puis deux et une troisième avait été bien entamée quand Evan eut un sérieux problème. Il avait passé plusieurs nuits difficiles qui l'avaient épuisé et affamé à force de le rendre malade à lui faire vomir ses repas. Et cela avait fini par déclencher une résurgence, une violente résurgence telle qu'il n'en n'avait pas vécu depuis longtemps, depuis qu'il avait quitté son poste à la Confédération. Des résurgences, il en vivait régulièrement mais la plus part du temps, elles étaient de faible intensité, tel de simples crampes qui duraient plus ou moins longtemps. Il avait d'ailleurs réussi à toutes les cacher à ses amis et à Barney qui n'en savait rien.
En général, elles étaient supportables pour lui mais de temps en temps, elles se faisaient bien plus fortes, comme celle qu'il avait faite en octobre dernier et où il avait dû régler son compte à cette bande de motard. Cela faisait presque onze mois depuis. Lorsqu'il était Auror, que ce soit en Angleterre ou à la Confédération, il avait vécu de nombreuses fortes résurgences à force d'en demander toujours plus à son corps et sa magie. Ce n'était pas pour rien s'il s'était mis à se gaver de potions, il ne supportait plus la douleur. Depuis qu'il s'était arrêté, les résurgences s'étaient calmées de beaucoup. Il en avait toujours régulièrement mais elles étaient faibles, les fortes s'étaient faites bien plus rares. Il se passait désormais de nombreux mois entre chaque crise de forte intensité quand il en avait presque toute les semaines autrefois.
Mais il semblait que cette fois, il allait avoir droit à une résurgence monumentale et cela il l'avait rapidement compris lorsqu'un violent éclair de douleur l'avait réveillé tôt au matin. Gémissant, il avait eu du mal à faire le point, ne sentant d'abord que la douleur. Elle était intense comme il ne l'avait plus subi depuis longtemps, martyrisant son corps dans son entièreté cette fois. Il tremblait de tout son être alors qu'une violente fièvre l'avait pris, le faisant transpirer. Ce qui l'inquiéta le plus fut de constater qu'il n'arrivait plus à bouger, son corps semblant s'être transformé en enclume. Lorsque cela arrivait, il savait qu'il allait vivre un enfer le temps de la crise. Dans ces cas là, la douleur était au pire et il ne pouvait pas bouger, se lever, ne serait-ce que pour mieux s'installer, boire ou manger. Il ne pourrait même pas attraper son téléphone pourtant posé non loin sur sa table de chevet. Avec ce genre de crise, il ne pouvait que subir et attendre que ça passe en priant pour que cela arrive au plus vite. Allongé sur son côté dans son lit, il n'eut d'autre choix que de rester là à attendre, étouffant les cris de souffrance qui venaient dans son oreiller autant qu'il pouvait, ne pouvant les retenir. Chaque seconde semblait alors se transformer en heure alors qu'il perdait parfois son souffle, toussant, sa vue brouillée. À cet instant, il n'avait envie que de deux choses: que cela s'arrête et que Barney soit là. Si dans un sens, il n'avait pas envie que son amant le voit comme ça, dans un autre, il rêvait d'avoir ses bras et sa chaleur, son réconfort pour supporter.
Ce fut avec empressement que Barney alla se débarrasser de son équipement une fois son avion de nouveau bien stationné et arrêté dans son hangar. Ils étaient enfin rentrés, tous sains et saufs et d'excellente humeur après la parfaite réussite de leur mission, comme toujours. Mais maintenant, il n'avait qu'une envie: aller retrouver Evan qui lui avait terriblement manqué comme à chaque fois qu'il se séparait de lui. Il rejoignit donc les autres pour se défaire de son équipement, les gars ne pouvant s'empêcher de le taquiner sur ce qu'il allait bien pouvoir faire avec Evan pour fêter les retrouvailles. Il ne pouvait que s'en amuser, bien décidé en effet à fêter ça au lit comme d'habitude en rentrant. Il se dépêcha donc, pressé et bientôt, leur base était fermée et chacun partait avec sa moto, direction sa maison avec la promesse de se voir au bar de Gavin ce soir pour prendre un verre et décompresser. Et ce fut aussi ce que fit Barney, allant prendre une douche et se changer avant de reprendre sa moto pour filer vers l'appartement de son amant qu'il n'avait pas prévenu de son retour, comme à chaque fois pour lui faire la surprise. Le visage d'Evan s'éclairant à sa vue lorsqu'il rentrait était une chose splendide à ses yeux.
On était en milieu de matinée et à cette heure, Evan était chez lui, probablement juste levé, alors qu'il ne prenait son service au bar de Gavin que dans l'après-midi pour faire la soirée et la nuit jusqu'à la fermeture vers deux heure du matin. Il n'hésita donc pas sur l'endroit où il le trouverait et rapidement, il fut à destination. Il toqua à la porte, souriant largement en se disant qu'il allait enfin retrouver son compagnon que tout son être réclamait. Il fut un peu surpris lorsqu'il n'eut aucune réponse, toquant de nouveau sans plus de résulta. Il se dit alors qu'Evan était peut-être sorti faire une course ou quelque chose du genre. Il attrapa alors son téléphone pour l'appeler, ne voulant pas perdre de temps pour le rejoindre. Il fut surpris lorsqu'il n'eut aucune réponse là non plus, cela n'étant pas du tout dans les habitudes du jeune homme de ne pas répondre, surtout lorsqu'il ne travaillait pas. Il sourit un peu en se disant que son amant était peut-être sous la douche. Voulant en avoir le cœur net, il tenta d'ouvrir, souriant un peu plus en constatant que la porte était ouverte: Evan était là. Il entra alors, refermant avant de retirer sa veste.
- Ev'? appela-t-il. C'est moi! T'es où bébé?
Il fronça les sourcils en ne recevant aucune réponse, pris d'un mauvais pressentiment. Il n'entendait pas d'eau couler venant de la salle de bain et tout était éteint. Il se figea net lorsqu'il entendit un gémissement de douleur, se précipitant alors vers la chambre d'où provenait le bruit. Il s'arrêta dans l'encadrement de la porte ouverte, laissant tomber sa veste qu'il tenait d'une main en trouvant son amant. Evan était allongé au milieu de son lit, sur le côté. Il était atrocement pâle, les lèvres un peu bleues. Il respirait mal, tremblant de tout son corps et transpirant visiblement pris d'une forte fièvre. Il grimaçait de douleur, les yeux mi-clos ternes. Evan lui, avait un peu désespéré en entendant qu'on toquait à la porte, ne pouvant aller ouvrir, il le fut d'autant plus lorsqu'il vit l'écran de son portable s'éclairer alors qu'il sonnait, l'image de Barney apparaissant. Il comprit alors que c'était peut-être lui à la porte. L'homme n'envoyait que des SMS lorsqu'il était en mission, s'il appelait, c'était qu'il était rentré. Il avait voulu répondre mais il avait été incapable de prendre son téléphone, cela le désespérant. Et puis il avait entendu la porte s'ouvrir, un peu inquiet avant d'entendre la voix de son homme l'appeler. Son cœur avait fait un bond alors que l'entendre le réconfortait et le rendait heureux mais il n'avait même pas la force de parler assez fort pour lui répondre après déjà des heures de calvaire. Aussi, le voir apparaître à la porte devant lui fut une immense joie. Il vit son amant se figer de choc à sa vue, lâchant sa veste avant qu'il ne bouge de nouveau, accourant:
- Putain de merde Ev'! s'exclama-t-il l'air terriblement inquiet.
Il vint s'asseoir près de lui, posant une main sur son front.
- T'es brûlant, constata-t-il. Eh t'es avec moi Ev'? demanda-t-il doucement en se penchant sur lui et en écartant ses cheveux d'une main.
- Barney..., bredouilla-t-il en gémissant douloureusement.
- Je suis là bébé, répondit-il. Depuis quand t'es dans cet état?
- Ce matin..., murmura-t-il.
- Il faut que tu vois un médecin tout de suite, remarqua Barney en attrapant son téléphone.
- Nan, l'interrompit Evan en le surprenant. C'est pas... la peine. Je sais ce que j'ai. Un médecin ne pourra... rien faire.
Il se tendit sous un assaut plus douloureux, étouffant à moitié un cri dans son oreiller, alarmant un peu plus son amant.
- Qu'est-ce que t'as? demanda Barney.
- C'est un genre de... flash back mais pour le corps, expliqua-t-il laborieusement. C'est... des vieilles blessures qui reviennent.
- De quoi t'as besoin? T'as des médicaments à prendre? questionna-t-il.
- Nan, y a rien qui marche contre ces crises, révéla-t-il.
Si, il y avait des choses qui marchaient contre les résurgences: les potions de médicomagie. Mais après en avoir été dépendant et avoir eut bien du mal à s'en sevrer il ne pouvait plus en boire au risque de retomber dans une dépendance qui l'effrayait terriblement. Il préférait encore subir la crise. Les médicaments moldus quant à eux, n'avaient aucun effet dans ce cas.
- On peut juste... attendre que ça passe, dit-il en gémissant de nouveau.
- Ça va durer longtemps? demanda Barney en caressant ses cheveux.
- Je sais pas... ça peut durer des heures... ou des jours. Y a rien à faire d'autre... qu'attendre.
- T'es sûr que tu ne veux pas que j'appelle un médecin? proposa-t-il très inquiet.
- Nan, ça sert à rien..., souffla-t-il.
- Je reste avec toi, assura-t-il alors. Ça va aller.
- Tu m'as... manqué, bredouilla-t-il.
- Toi aussi tu m'as manqué bébé, sourit l'homme en se penchant sur lui pour embrasser son front. Pourquoi tu n'as pas répondu au téléphone tout à l'heure? demanda-t-il en avisant l'appareil sur la table de chevet.
- Peux pas bouger, répondit-il en serrant les dents.
Barney l'observa avec une angoisse montante en constatant son état. Il était évident que son amant souffrait plus qu'un peu et qu'il était dans un état désastreux. Il se força au calme bien qu'il soit terriblement inquiet, réfléchissant à ce qu'il pouvait faire. Il commença par aller ouvrir la fenêtre pour aérer un peu, l'air lourd dans la chambre alors qu'il faisait chaud en ce mois d'août. Consultant Evan, il écarta ensuite les draps de son corps pour qu'il ait moins chaud, s'apercevant alors qu'il était trempé de sueur.
- Est-ce que tu veux que je t'aide à te rafraîchir un peu et à changer de fringues? lui demanda-t-il. C'est pas bon de rester comme ça.
- Tu n'es pas obligé... de rester t'occuper... de moi, répondit Evan en étouffant un nouveau cri dans le coussin.
Barney vint prendre sa main pour le soutenir, très inquiet de le voir dans un tel état de souffrance. Il lui laissa le temps de reprendre ses esprits, caressant ses cheveux avant de reprendre:
- Je n'ai aucune intention de te laisser comme ça, posa-t-il. Je suis là, je reste et je m'occupe de toi ok? Alors laisse moi faire et dis moi si tu as besoin de quelque chose.
- Merci, souffla le jeune homme l'air réconforté en serrant sa main.
- Détend toi, sourit Barney, je m'occupe du reste. Je vais chercher de quoi te rafraîchir un peu et te changer, je reviens, dit-il en se levant.
Il se dépêcha d'aller chercher une bassine d'eau et un pyjama propre avant de revenir. Aussi délicatement qu'il put, il déshabilla son amant, serrant les dents à chaque fois qu'il gémissait ou criait de douleur. Il fit aussi vite et bien qu'il put pour le rafraîchir un peu et le rhabiller de vêtements propres et secs. Il avisa ensuite le lit humide et devenu inconfortable à cause de la transpiration:
- Ev', ça te dirait d'aller t'allonger dans le canapé? demanda-t-il. T'auras la télé et je vais te mettre un peu le ventilateur pour rafraîchir là pièce, dit-il alors que Griffin était bouillant en plus de la chaleur ambiante.
Le jeune homme acquiesça et il le prit précautionneusement dans ses bras alors qu'il tremblait comme une feuille, incapable du moindre geste. Il le porta jusqu'au salon, le déposant sur le confortable canapé se trouvant là. Il le tint assis le temps d'attraper les coussins et de les mettre en place pour l'allonger doucement. Cela fait, il alla allumer le ventilateur et ouvrir la fenêtre, tirant les rideaux devant elle pour ne pas que le soleil ne vienne trop réchauffer l'endroit en y entrant. La lumière fut alors tamisée mais on y voyait toujours clairement. Il alluma la télé pour donner une distraction à Evan puis il alla chercher un grand verre d'eau fraîche avant de revenir vers lui.
- Tu veux un peu d'eau? lui demanda-t-il en se baissant près de lui.
Il l'aida à boire lorsqu'il acquiesça, Evan s'étranglant un peu en avalant. Lorsqu'il eut terminé, il le releva un peu pour s'asseoir, déposant un coussin sur ses genoux avant d'y réinstaller son amant, se mettant à caresser ses cheveux, tendant une main pour prendre la sienne en l'observant avec inquiétude.
- Merci, murmura Evan, ça fait du bien.
- Dis moi s'il te faut quoi que ce soit, posa l'homme. Je m'occupe de toi.
Evan sourit avant que son visage ne se crispe dans la douleur, lui tirant un petit cri alors qu'il serrait faiblement la main de son compagnon.
- Merde Ev', comment ça se fait que tu souffres comme ça? demanda Barney angoissé de ne rien pouvoir faire.
- C'est à cause de la crise... ça fait revenir la douleur des blessures... ou des séquelles..., expliqua-t-il laborieusement.
Bien qu'il en meurt d'envie, Barney ne posa pas de questions sur les dîtes blessures, ce n'était pas le moment pour ça.
- Ça arrive souvent? demanda-t-il plutôt.
- Les crises... c'est assez souvent, avoua-t-il. Mais d'habitude, c'est juste comme des grosses crampes qui durent... une heure ou deux. Les crises intenses comme celle là, c'est bien plus rare. J'en n'avais pas eu de comme ça depuis... presque quatre ans. Et en général... c'est pas tout le corps d'un coup comme ça, dit-il avec un nouveau cri.
- En octobre, ta jambe, c'était ça?
- Ouais mais c'était juste la jambe et la hanche... et c'était... pas si fort. C'est les pires quand... je peux plus bouger comme... ça.
- Ok, reste tranquille et repose toi.
Evan acquiesça lourdement, tournant péniblement la tête vers lui, comme à la recherche de sa présence. Il ne se fit donc pas prier pour se mettre à le cajoler et à le réconforter autant que possible pour le soutenir dans cette épreuve. Les heures se mirent à couler sans que rien ne change, Barney souffrant presque avec Evan à chaque fois qu'il criait de douleur. Très vite, il était reparti chercher une bassine d'eau fraîche et un linge pour le rafraîchir régulièrement et tenter de le soulager de la fièvre. Il le faisait aussi boire souvent pour qu'il ne se déshydrate pas, veillant à ce qu'il soit bien installé. Lorsqu'il avait voulu lui proposer quelque chose à manger, Evan lui avait expliqué qu'il ne pourrait rien avaler si ce n'était de l'eau tant que la crise ne se calmerait pas. Les minutes devenait des heures alors qu'il ne lâchait plus la main de son amant mal en point, le redressant lorsqu'il se mettait à tousser à cause de sa respiration qui se bloquait. Jamais il n'avait vu un tel phénomène ni entendu parler d'une telle chose. Ironiquement, Evan tentait de le rassurer plus qu'il ne le faisait avec lui, lui assurant que ce n'était pas la première fois, qu'il n'en mourrait pas et que ça finirait par passer même s'il fallait du temps. Il forçait parfois un sourire pour tenter de le réconforter, souvent perdu dans une grimace de douleur. Il arrivait à peine à se concentrer mais il ne pouvait pas non plus dormir. Barney avait mis une chaîne de séries à la télé, mais aucun ne regardait vraiment, le son léger venant simplement détendre un peu l'atmosphère en ne laissant pas le silence mettre encore plus en évidence les cris de douleurs que le jeune homme étouffait dans le ventre de son homme contre lequel il était péniblement venu se loger.
En début d'après-midi, Evan avait fait remarquer qu'il devait appeler Gavin pour lui dire qu'il ne serait pas là ce soir. Barney le fit pour lui, appelant le gérant du bar pour lui dire que Griffin était malade et qu'il ne pourrait pas venir ce soir et probablement pendant quelques jours. L'homme qui se comportait de plus en plus comme un père protecteur avec son serveur fétiche s'inquiéta sur le champs, demandant ce qu'il y avait. Barney lui expliqua qu'il avait beaucoup de fièvre et que ça n'allait pas sans plus de détail, assurant qu'il s'occupait personnellement du jeune homme. Gavin passa ses vœux de rétablissement et insista pour être rappelé le lendemain pour avoir des nouvelles. L'après-midi coula bien trop lentement sans changement pour Evan qui souffrait toujours le martyr, Barney faisant tout ce qu'il pouvait pour le soutenir et encore plus lorsque son amant lui avait avoué que par le passé, il subissait cela seul.
Le soir venu, c'était avec joie que Christmas, Yin, Toll, Caesar, Gunnar et Billy s'étaient retrouvés devant le bar où ils étaient entrés ensemble. Ils avaient gagné leur table attitrée alors qu'il n'y avait pas grand monde ce soir. Ils avaient été surpris de ne voir ni Griffin, ni Barney, persuadés que leur chef aurait accompagné le jeune homme au bar pour la prise de son service et ainsi passer du temps avec lui juste après leur retour. Ils virent Gavin les rejoindre pour les saluer et Lee ne put s'empêcher de demander:
- Evan n'est pas là?
- Nan, répondit l'homme se faisant soudain inquiet. Il est malade, Barney a appelé tout à l'heure pour me prévenir qu'il ne pouvait pas venir travailler. Il est avec lui.
Tous se regardèrent, souriant en coin en se demandant si le jeune homme était vraiment malade. Voulant en avoir le cœur net et ne voulant pas rater une occasion de taquiner son ami, Lee sortit son téléphone pour l'appeler, tous le regardant faire. Il y eut quelques tonalités avant que Barney ne décroche:
- Eh Barney! fit alors Christmas sur le ton de l'amusement. Tu sais, c'est pas cool d'avoir épuisé Griffin au lit en rentrant, dit-il sous les rires étouffés des autres. Nous aussi on aurait bien aimé le voir un peu et...
- « Christmas. » l'interrompit l'homme que lui seul pouvait entendre.
Lee se fit soudain plus sérieux en entendant le ton de son ami, sentant que quelque chose n'allait pas du tout. Cela alerta tout le monde, les sourires se fanant.
- Qu'est-ce qu'il y a? demanda-t-il.
- « Ev' est vraiment malade et ça ne va pas du tout alors évite les blagues vaseuses. »
Christmas perçut sans mal son inquiétude dans sa voix, se tendant alors qu'il ne l'avait jamais entendu ainsi. Pour angoisser Barney si visiblement, ça devait être sérieux.
- Tu veux qu'on vienne? proposa-t-il en tendant les autres qui se demandaient ce qu'il se passait.
- « Vous pouvez mais pas de connerie, il ne va pas bien. Il a besoin d'un peu de distraction mais pas d'énervement. »
- Ok, on vient, assura-t-il sur le champs.
Il se leva ensuite en raccrochant, tous l'interrogeant du regard.
- Evan est vraiment malade est vu comment Barney est inquiet c'est sérieux, dit-il en les angoissant. J'y vais, vous pouvez venir si vous voulez.
Aucun ne se fit prier, se levant pour rejoindre leurs motos et s'en aller non sans avoir promis des nouvelles à Gavin encore plus angoissé maintenant.
- Les autres arrivent, signala Barney à son amant en raccrochant
- Ils vont passer... une soirée de merde... s'ils viennent, répondit-il la voix enraillée à cause de ses cris.
- C'est fait pour ça les amis Ev', répondit-il en le cajolant doucement. On partage les trucs cools mais aussi les trucs de merde. Ça te fera un peu de compagnie en plus, tu n'as pas à subir ça tout seul.
Evan sourit faiblement, épuisé. Par le passé, ses sois-disant amis n'avaient jamais partagé ces moment de merde avec lui. C'était bien la première fois. Sauf peut-être lorsque Minerva, Poppy et Hagrid avaient été là pendant son sevrage. Un gros moment de merde où ils avaient été là pour lui. La présence de Barney l'aidait à mieux supporter la douleur, peut-être que le reste de la bande pourrait aider aussi, en espérant qu'ils ne lui en veuillent pas de gâcher leur soirée. Il laissa pourtant de côté sa réflexion lorsque la forte douleur déjà constamment présente dans la crise eut un pic qui lui tira un cri de plus. Il enfouit son visage contre le ventre de Barney, serrant faiblement sa main et se concentrant sur la seconde dans ses cheveux pour tenter de juguler. Malgré la soirée tombante, il faisait toujours aussi chaud dans l'appartement, probablement un peu plus de trente degrés comme cela était habituel en cette saison ici. Cela n'aidait en rien sa fièvre alors qu'il tremblait toujours sans contrôle. Sa respiration un peu rapide sifflait maintenant alors qu'il avait les lèvres bleuies, le teint plus pâle et maladif qu'au matin et les yeux cernés. Il faisait vraiment peine à voir à la grande inquiétude de son amant qui pour la énième fois aujourd'hui, humidifia un linge d'eau fraîche grâce à la bassine posée sur une petite table près de lui. Il l'essora soigneusement avant de venir éponger un peu le visage et le cou de son compagnon, l'appliquant ensuite sur son front bouillant.
- Merci, souffla alors Evan comme de nombreuses fois dans la journée.
- C'est rien Ev', c'est normal, assura-t-il avec un sourire doux. T'es toujours bien installé?
- Ouais, bredouilla-t-il.
- Alors repose toi simplement, je me charge du reste, dit-il en caressant le dos de la main qu'il tenait.
Il ne fallut que quelques minutes de plus pour que l'on toque à la porte.
- Entrez! C'est ouvert! lança Barney qui n'avait aucune intention de déranger Evan installé la tête sur ses cuisses pour aller ouvrir.
La porte s'ouvrit bien vite et le premier à apparaître fut Christmas avec tout le reste de la bande derrière lui dont-il bouchait la vue. Lee se figea net en trouvant Griffin dans cet état avec Barney:
- Merde Evan! s'exclama-t-il en approchant et en scrutant le jeune homme.
Tous entrèrent, eux aussi choqués de le trouver ainsi. La porte fut refermée et en regardant Griffin, on comprenait très vite pourquoi Barney était si inquiet au téléphone. Ils rejoignirent le salon, venant entourer le canapé dans lequel le jeune homme était installé, les yeux mi-clos et le corps tendu tremblant. Lee s'assit près de lui au bord du canapé:
- Qu'est-ce qu'il a? demanda Caesar en regardant Barney.
Leur chef leur expliqua alors ce que lui avait dit son amant et s'il était évident que tous se posaient la question sur les blessures fautives mais personne ne demanda. Ce qui stressa tout le monde fut d'apprendre qu'il n'y avait rien à faire, qu'ils ne pouvaient qu'attendre et qu'on ne savait pas du tout quand cette crise s'arrêterait. Tous terminèrent de s'inquiéter horriblement lorsque Evan qui ne semblait pas s'être rendu compte de leur présence, poussa un cri de souffrance déchirant de sa voix un peu cassée, se cachant instinctivement contre Barney. Lee grimaça, allant prendre la main libre du jeune homme pour la serrer avec réconfort et soutient.
- Il est comme ça depuis longtemps? demanda Toll.
- Je l'ai trouvé comme ça ce matin en arrivant. Il m'a dit que ça avait commencé tôt. Rien n'a bougé depuis si ce n'est qu'il fatigue de plus en plus, soupira Barney alors qu'Evan tournait légèrement la tête.
Il chercha visiblement à voir qui tenait sa deuxième main, regardant autour de lui l'air un peu perdu. Il sembla finalement se rendre compte qu'ils étaient là et un sourire faiblard s'étira sur ses lèvres:
- Salut les gars, bredouilla-t-il la voix faible.
- Salut, sourit Lee alors que les autres lui donnaient de petits signes. Tu sais, je pense qu'il n'y avait pas besoin de te mettre dans un état pareil pour avoir un câlin de Barney, ironisa-t-il en le faisant sourire un peu.
Son expression se perdit pourtant dans une violente quinte de toux qui força Barney à le redresser presque assis pour qu'il puisse mieux respirer. Evan ressemblait à une poupée de chiffon dans les bras de son compagnon qui pivota et le cala contre lui avec précaution. Billy vint offrir un verre d'eau pris sur la table basse et Barney se chargea de le faire boire un peu avant de le rafraîchir de nouveau. Il fallut un moment avant que Griffin n'arrive à se concentrer de nouveau, regardant les autres autour de lui:
- Vous n'étiez pas... obligés de venir, murmura-t-il.
- Dit pas de connerie, répondit Gunnar.
- On serait venu dés ce matin si on avait su, fit remarquer Toll.
- On reste avec toi jusqu'à ce que tu ailles mieux, assura Lee.
Le jeune homme sourit faiblement avant de fermer un peu les yeux l'air épuisé. Tous s'installèrent autour de lui, s'asseyant dans les places libres du salon ou tirant une chaise de la table à manger non loin, se remettant doucement d'avoir trouvé leur ami dans cet état désastreux.
- Tu sais si ça lui arrive souvent? demanda finalement Christmas en relevant le regard vers Barney.
- Il m'a dit que la dernière crise généralisée aussi forte qu'il avait fait datait de quatre ans, expliqua-t-il. Sa jambe en octobre, c'était ça aussi mais juste sur sa jambe et sa hanche en moins puissant. Il m'a dit qu'il avait des petites crises deux trois fois par mois avec un genre de fortes crampes qui durent quelques heures mais que les crises plus intenses étaient plus rares.
- Merde on a jamais rien vu de ça, s'horrifia Caesar.
- Griffin n'est pas du genre à se plaindre, remarqua Yin.
- Il ne t'en avait jamais parlé? demanda Lee à Barney.
- Nan et j'ai jamais rien vu, répondit-il.
Très inquiets pour Evan, tous restèrent sans même se poser la question et à chaque fois que Griffin reprenait un peu ses esprits, ils tentaient de le faire sourire un peu. L'entendre crier et parfois hurler de douleur était pénible pour tout le monde, tous angoissés pour lui. Chacun fit ce qu'il put pour le soutenir et l'aider de leur mieux, que ce soit en amenant un peu d'eau ou en lui offrant une simple discussion légère pour le distraire. Dans la nuit, l'appartement commença enfin à se rafraîchir un peu et on éteignit le ventilateur et ferma la fenêtre. Les heures coulèrent et Evan restait dans le même état, inquiétant tout le monde alors qu'il fatiguait visiblement, de moins en moins capable de se concentrer. Et au plus il perdait des forces, au plus il criait comme s'il se retenait avant et qu'il n'en n'avait plus l'énergie. Tous restèrent toute la nuit, veillant, tendus. Le matin, rien n'avait changé et ils ne pouvaient s'empêcher de se demander comment le jeune homme arrivait à supporter une chose pareille. Griffin ne s'était jamais plaint de rien devant eux et ce n'était pas un douillet, le voir crier comme ça n'avait rien de rassurant.
En milieu de matinée, Gavin débarqua, voulant avoir des nouvelles directes du jeune homme et il fut terriblement choqué de le trouver dans cet état. Barney le tenait maintenant assis sur ses genoux alors qu'il ne parvenait plus à respirer correctement allongé, Evan blottit contre lui tremblant comme une feuille à presque en convulser. Le gérant du bar eut besoin d'un moment pour se remettre de l'entendre crier de douleur d'une voix cassée. Il demanda rapidement des explications et on lui répéta le peu que Evan avait pu dire à Barney la veille.
- Tu avais déjà vu quelque chose chez lui? demanda Barney.
- Quelque fois, il est un peu raide ou il fait de petites grimaces rapides mais à chaque fois que je lui ai demandé, il disait que tout allait bien, répondit l'homme.
- Ça devait être ces petites crises, soupira Lee.
- Pourquoi il a jamais rien dit? demanda Gavin.
- Je pense qu'il a même pas pensé à le faire, supposa Barney.
Le silence retomba ensuite, tous curieux d'en savoir plus sur tout ça mais cela attendrait que le jeune homme soit remis. Gavin alla mettre au frigo une bonne soupe qu'il avait amené pour Evan avant de s'installer avec les autres pour veiller. En début d'après-midi, tous étaient un peu agités et très angoissés alors qu'il était évident que Griffin n'avait plus beaucoup de force. Un silence lourd était tombé, la télé éteinte et cela permis à tout le monde de l'entendre lorsque la voix d'Evan s'éleva faiblement:
- Barney? appela-t-il.
- Je suis là Ev', répondit-il doucement en se penchant sur lui pour mieux l'entendre.
- La crise... est en train de... passer, murmura-t-il si bas que seul l'homme put comprendre.
- Sûr? demanda-t-il avec un regain d'énergie devant cette bonne nouvelle plus que bienvenue.
Evan acquiesça presque imperceptiblement et Barney sourit largement, relevant le visage vers les autres qui attendaient de savoir ce qu'il se passait.
- Il dit que la crise se termine, annonça-t-il en soulageant tout le monde.
Et en effet, dans l'heure qui suivit, on put voir l'amélioration qui commença par ne plus entendre le jeune homme crier de douleur. Progressivement, il se détendit alors qu'il était jusque là tendu comme un arc, ses muscles tellement durs et bloqués qu'on imaginait sans peine la douleur provoquée. Les tremblements s'apaisèrent jusqu'à disparaître complètement et la fièvre tomba subitement. Sa respiration redevint plus aisée bien que toujours lourde et finalement, Evan sembla enfin parvenir à s'endormir, blottit contre Barney.
- Il n'a plus du tout de fièvre maintenant, remarqua l'homme en touchant son front. Il commence même à être un peu froid.
- Il vaudrait mieux le mettre au lit et le laisser dormir non? proposa Caesar.
- Les draps de son lit ont besoin d'être changé avant. Il a beaucoup transpirer à cause de la fièvre et c'est pour ça que je l'ai installé ici, expliqua Barney.
- J'm'en charge, lança Billy. C'est par là? demanda-t-il en pointant la direction supposée de la chambre.
- Ouais, approuva Barney. Les draps sont dans le dernier tiroir de la commode, renseigna-t-il.
Le jeune homme acquiesça et fila, Yin allant lui donner un coup de main. Ils revinrent rapidement signaler que le lit frais était prêt et ce fut avec mille précautions que le chef d'équipe souleva son amant en se levant, faisant bien attention à ne pas le bousculer. Un instant plus tard, il l'allongeait délicatement au milieu de son lit, le couvrant soigneusement pour qu'il n'attrape pas froid. Voir leur ami bien plus paisible, détendu et profondément endormis bien qu'il reste très pâle soulagea tout le monde.
- Je vais rester avec lui, annonça Barney. Vous pouvez rentrer, il va sûrement dormir longtemps.
- Ok, répondit Lee. On viendra le voir demain matin pour voir si ça va mais appelle s'il y a un problème entre deux, exigea-t-il.
L'homme approuva et raccompagna tout le monde à la porte, tous ayant besoin de se détendre après cet épisode bien qu'ils aient un millier de questions à poser à Evan à ce sujet. Mais on verrait ça le lendemain s'il était en forme. Finalement, Barney fut seul et il retourna bien vite auprès de son amant, relâchant enfin sa tension. Il n'en restait pas moins terriblement inquiet, bien décidé à veiller étroitement désormais. Il se changea pour passer quelque chose de plus confortable, certaines de ses affaires restant désormais chez le jeune homme alors que la réciproque était également vraie. Et bientôt, il était allongé auprès d'Evan qu'il vint enfermer dans ses bras, le ramenant contre lui. Il le scruta longuement, se rassurant à peine de le voir apaisé maintenant. Il lui fallut un bon moment avant de parvenir à s'endormir malgré sa fatigue et ce fut d'un sommeil léger qu'il dormit, se réveillant régulièrement en scrutant systématiquement son compagnon pour s'assurer qu'il allait bien.
Le lendemain matin, il était presque neuf heure lorsque Barney se réveilla. Dans ses bras, Evan dormait toujours, encore très pâle et les yeux cernés mais il était paisible et cela le rassura un peu. Il l'observa un moment avant de s'écarter doucement, veillant à l'installer confortablement et à bien le couvrir avant de quitter la chambre. Il alla se laver rapidement et s'habiller avant de revenir vérifier que son amant allait bien. Cela fait, il gagna la cuisine pour se faire un bon café et préparer d'avance un vrai chocolat chaud comme il savait que Griffin les adoraient le matin. C'était d'ailleurs avec lui qu'il avait appris à le faire. Il sortit donc crème, lait, chocolat noir, cacao et sucre roux pour préparer avec soin la boisson qu'il n'aurait plus qu'à réchauffer lorsque Evan se réveillerait, certain de lui faire plaisir avec ça. D'autant plus que son amant n'avait pas mangé depuis deux jours. Ce fut alors qu'il terminait que l'on toqua à la porte. Il alla ouvrir pour trouver toute la bande dans le couloir, additionnée de Gavin et Tool. Le tatoueur, excellent ami de Barney, avait appris ce qu'il s'était passé et était très inquiet pour le jeune homme qu'il appréciait beaucoup. Il les fit entrer en les saluant, faisant signe de silence.
- Evan dort encore? demanda le gérant du bar la voix basse.
- Ouais, approuva Barney. Il a dormi d'une traite depuis hier et la nuit a été calme, dit-il en soulageant tout le monde.
Il les invita à s'asseoir dans le salon sur lequel la cuisine était ouverte, servant des cafés à ceux qui le voulaient avant de s'asseoir avec eux. Inévitablement, ce fut la crise d'Evan qui fut au centre des discussions, tous inquiets de voir ça se reproduire et très curieux d'en savoir plus à ce sujet. Un peu moins d'une heure plus tard, une petite voix les interrompis.
- Salut les gars, fit-elle avec fatigue.
Tous se tournèrent d'un bloc pour voir Griffin, vêtu d'un gros pull en plus de son pyjama, appuyé contre le mur du couloir menant à sa chambre. Il avait un mince sourire aux lèvres en les regardant mais il avait l'air encore fatigué, pâle.
- Ev'! s'exclama Barney en se levant.
Il le rejoignit rapidement, enroulant un bras autour de lui fermement pour le soutenir.
- Tu ne devrais pas être debout, remarqua-t-il en le guidant tranquillement vers le canapé.
Lee s'écarta pour faire une place et Evan fut assis près de lui, Barney de l'autre côté.
- Comment tu te sens? demanda son compagnon qui l'entourait toujours d'un bras en le gardant contre lui.
- Fatigué mais ça va maintenant, assura-t-il. Merci, d'être resté avec moi, dit-il ensuite en regardant tout les présents.
- C'est normal, sourit Billy.
- On t'aurait certainement pas laissé comme ça, fit remarquer Toll.
- C'est fait pour ça les potes, renchérit Caesar.
- T'es sûr que ça va maintenant? demanda Lee.
- Ouais, approuva-t-il. Il me faut juste quelques jours pour récupérer. Je suis désolé pour le dérangement Gavin, dit-il en se tournant vers l'homme.
- C'est pas de ta faute, je ne vais certainement pas te reprocher ça. Prend la semaine pour te reposer et si tu as besoin de plus, tu n'as qu'à le dire.
- Je peux revenir demain, répondit le jeune homme en surprenant tout le monde.
- Après ce que tu viens de vivre pendant quasiment deux jours? releva Barney. Non, tu as besoin de te reposer. La crise est peut-être finie mais ça ne veut certainement pas dire que tu es en forme après un truc pareil alors c'est repos cette semaine, dit-il.
Tous pouvaient sentir son inquiétude pour son compagnon mais personne ne fit la moindre remarque, comprenant alors que ce n'était pas un sujet pour taquiner Barney. Et eux aussi étaient inquiets. Evan sourit doucement l'air touché, posant une main faiblarde sur la cuisse de son homme:
- Même les grosses crises ne m'ont jamais empêché d'aller travailler tu sais, signala-t-il comme si la chose était tout à fait normale.
Le silence se fit autour de lui une seconde, tous surpris, se demandant ce qu'il lui fallait pour s'arrêter quelques jours.
- Mais je ne te demande pas de venir travailler, répondit Gavin. Je veux que tu te reposes au moins cette semaine. Tu étais dans un état terrible.
- Je suis désolé de vous avoir inquiété comme ça, s'excusa-t-il alors.
- Tu n'as pas besoin de t'excuser pour ça, posa Yin pour tous.
- Je t'ai fait ton chocolat, fit remarquer plus légèrement Barney en se levant. Tu dois avoirs faim, ça fait deux jours que tu n'as rien avalé, dit-il en partant réchauffer la boisson.
Privé du soutient de son amant, tous virent Evan tanguer un peu sur le canapé, se laissant finalement aller contre le dossier lorsque Lee le poussa doucement à le faire. Barney revint bien vite avec une tasse pleine et fumante, la donnant au jeune homme qui lui sourit.
- Merci, dit-il en enveloppant la tasse de ses mains pour en prendre une gorgée.
- J'espère qu'il est aussi bon que quand c'est toi qui le fait, s'amusa Barney.
- Il est très bien, assura son amant.
- En même temps il faudrait le faire pour rater un chocolat chaud, ricana Lee. Mais avec Barney à la manœuvre, tout est possible.
- Tu dirais pas ça si tu voyais la recette du chocolat d'Evan, rétorqua l'homme. C'est pas juste de la poudre industrielle dans du lait figure toi. Comment tu appelles ça déjà? demanda-t-il à son amant.
- C'est un chocolat à l'ancienne, expliqua-t-il. Avec du vrai chocolat, du cacao, de la crème, du lait et du sucre brun. C'est bien meilleur que cette poudre des magasins.
Il sirota sa boisson après s'être assuré que personne ne voulait rien et on le laissa en profiter. Sa tasse vide, il la déposa sur la table basse avant de se réinstaller dans le canapé. Il replia ses jambes sous lui, se calant contre Barney qui passa volontiers un bras autour de lui.
- J'imagine que vous avez des questions, remarqua-t-il calmement.
Il y eut un moment de silence, tous sachant que chacun mourrait d'envie de savoir.
- Ça t'es arrivé souvent ces crises? demanda finalement Lee.
- Ouais, admit-il avec un sourire pâle. Mais ça faisait presque quatre ans que j'en n'avais pas eu d'aussi forte. Ces crises, en général, c'est juste un genre de grosses crampes qui ne durent que quelques heures. C'est rarement pire. Juste quelques fois.
- Comme ce jour là au bar avec ta jambe? demanda Gavin.
- Ouais, mais c'était juste la jambe et c'était moins fort. Celle de ces deux derniers jours était générale.
- Tu as ça depuis longtemps? demanda Yin.
- Plus de treize ans, répondit-il. Je n'ai pas fait vraiment attention à quand ça a commencé exactement. C'était des petites crises au début.
- Tu vas en guérir ou..., hésita Billy.
- Nan, j'en aurais probablement à vie, soupira-t-il.
- Et on peut rien faire? demanda Barney en resserrant son étreinte sur lui.
- Nan. Rien ne guérira ça et rien ne peut l'empêcher, répondit-il. Je sais que c'est impressionnant mais ça ne me tuera pas et quand ça arrive, on peut juste attendre que ça passe tout seul.
- Est-ce que tu peux prévoir quand ça arrive? questionna son amant.
- Nan. Elles peuvent se déclencher n'importe quand. Il peut y avoir des facteurs qui les favorisent si je suis malade ou fatigué ou des trucs du genre mais ce n'est pas systématique. Des fois je les sens arriver comme un mauvais pressentiment mais ce n'est jamais certain. Parfois ça me tombe dessus en une seconde et parfois elles montent doucement en plusieurs heures ou plusieurs jours pour les intensités moyennes ou fortes.
- Et c'est quoi ces crises exactement? demanda Tool.
- Le plus simple, c'est de décrire ça comme un genre de flash back physique, expliqua-t-il les yeux dans le vague. Ce sont de vieilles blessures qui se réveillent ou des séquelles de ces blessures qui se manifestent plus ou moins fortement. C'est... douloureux avec quasiment toujours de la fièvre, des essoufflements... ce genre de choses. Des paralysies dans les formes les plus fortes.
- J'avais jamais entendu parler d'un truc pareil, fit remarquer Toll.
- C'est pas un phénomène courant, répondit Evan.
- Quelle genre de blessures peut provoquer ça? questionna Gunnar en posant la question qui trottait dans toutes les têtes.
Il y eut un moment de silence, Griffin, se blottissant discrètement davantage contre Barney bien que tous le remarquèrent. Barney resserra un peu son étreinte sur lui, caressant légèrement son bras en se demandant si les cicatrices abondantes qu'il avait vu partout sur lui y étaient pour quelque chose. Certainement.
- Pour expliquer ça, il faudrait que je vous raconte un peu ma vie, remarqua-t-il avec une certaine tension.
- Si tu n'en n'as pas envie, on comprendrait, assura Caesar sur le champs alors que tous approuvaient.
- C'est pas que je n'en n'ai pas envie, répondit-il, à vous, je pourrais.
Et c'était vrai. Aujourd'hui, il se sentait prêt à en dire davantage à sa bande d'amis et son amant qu'il connaissait depuis plus d'un an maintenant si on excluait Billy arrivé plus récemment. Mais il était déjà très proche du jeune homme qu'il voyait comme un petit frère alors ça ne le gênait pas. Il ne pouvait pas tout dire. D'une part à cause du secret de la magie d'autre part parce qu'il y avait des choses dont-il se sentait encore incapable de leur parler. Mais il pouvait leur raconter les grandes lignes sans trop de problème. Il n'était pas vraiment inquiet alors qu'il les connaissait relativement bien aujourd'hui. Il savait que pas un ne le jugerait, surtout pas eux en fait. Son problème était autre.
- En fait le truc, c'est que je n'ai jamais raconté ça à voix haute, révéla-t-il. À personne. Y a des gens qui le savent bien sûr, parce qu'ils étaient là. Mais je ne l'ai jamais raconté. Je vais essayer si vous voulez mais je suis pas sûr d'être très clair. Et ce n'est pas une histoire intéressante ou amusante, prévint-il.
- Si c'est ton histoire, elle vaut la peine d'être entendue, répondit Barney. Nous on aimerait bien l'entendre mais si tu ne veux pas ou que tu n'y arrives pas, personne ne t'en voudra. On a tous nos histoires et on n'arrive pas forcément à les raconter alors on comprendrait.
Evan sourit un peu à cette déclaration. Il prit le temps de mieux s'installer contre Barney, posant sa tête sur son épaule. Ses yeux se perdirent un peu dans le vague alors qu'il repliait ses bras sur son ventre, levant un peu les genoux vers elle, se blottissant dans son pull comme s'il avait un peu froid. Le chef d'équipe réajusta son bras autour de lui, tous comprenant que la chose n'était pas facile pour lui.
- J'imagine que je ferais mieux de commencer par le début, dit-il finalement en soupirant. Je suis... né dans un pays en guerre, commença-t-il finalement en cherchant visiblement ses mots. Je suis né quand elle était à son apogée et qu'elle battait son plein. Mon père y était engagé. Il était flic à la base mais il est allé se battre pour défendre ce en quoi il croyait. Ma mère l'a suivi. Cette guerre, elle a été provoquée par un fou furieux animé par une haine raciale et une folie dévastatrice. Il voulait prendre le pouvoir, instaurer une dictature dont-il serait le seul chef et commettre un véritable génocide ethnique.
- Le bon dégénéré quoi, remarqua Yin.
- Ouais mais lui, il était d'un sadisme atroce, très intelligent dans sa folie, sans aucune limite et malheureusement, il était parvenu à rassembler beaucoup de monde. Le pouvoir de terreur qu'il avait était quasi inimaginable sans l'avoir vécu. Bref, cette guerre durait déjà depuis plusieurs années à ma naissance. Ma famille y était engagée contre ce taré. Elle était au plus fort et puis quand j'avais un peu plus d'un an, elle s'est subitement arrêtée. On disait que le mégalomane en puissance avait été abattu. Il a complètement disparu et tout le monde croyait qu'il était mort. Son camps est complètement parti en déroute et la guerre s'est arrêtée, la paix est revenue, la vie a repris son cour. Seulement, il n'était pas mort, gravement blessé et très diminué mais bien en vie. Il s'est planqué pendant une dizaine d'années avant de commencer à réapparaître doucement. Il a fait ça très discrètement au début. Presque personne ne savait et le dire ouvertement... personne ne l'aurait cru ou plutôt n'aurait voulu le croire tellement la chose faisait peur.
- Le classique, faire l'autruche en cas de pépin, soupira Toll.
- Ouais, la bonne autruche là, ironisa Evan. Moi, j'avais onze ans à ce moment là et je me suis retrouvé pris dedans. Je suis tombé en plein dans les premières manœuvres de ce fou pour revenir. J'avais onze ans quand... quand j'ai tué un homme pour la première fois, lâcha-t-il en choquant toute la pièce.
Il y eut un moment de silence alors que lui même se souvenait de Quirell. Personne n'avait jamais présenté ça comme un meurtre même en sous-entendu. Pourtant, il avait tué cet homme et il en était bien conscient. Il l'avait toujours été.
- C'était de la légitime défense, il voulait me tuer aussi mais il n'en reste pas moins que j'ai tué cet homme, continua-t-il. J'ai été un peu trop curieux, imprudent et tête brûlée. J'étais un gosse naïf à l'époque et je me suis retrouvé face à face avec ce dégénéré. C'est l'un de ses sbires à qui il avait ordonné de me tuer que j'ai moi même tué ce jour là. Lui est parti. Dans les années qui ont suivi, dans l'ombre et seulement pour quelques uns, cet homme a commencé à se manifester de nouveau, suffisamment discrètement pour que seuls ceux qui avaient été près de ses manœuvres soient au courant. J'étais de ceux là. Je me suis retrouvé pris là dedans sans contrôle et il a fallu que j'apprenne à me battre pour me défendre, que j'apprenne à être sur mes gardes. J'étais impliqué, que je le veuille ou non, je n'avais pas vraiment le choix. Ce taré en avait après moi et rien ne pouvait le détourner lorsqu'il avait une cible dans la vue.
- Et tes parents, ils ont fait quoi? demanda Gavin.
Evan eut une expression de profonde tristesse et de douleur à cette question.
- Je n'ai jamais connu mes parents, répondit-il. Ils sont morts sur la toute fin de la première partie de la guerre. Il y a eu une attaque et... ils ont voulu me protéger, raconta-t-il l'air sombre. Ils ont donné leurs vies pour sauver la mienne. Après, je n'ai jamais plus eu de véritable famille. J'ai appris tôt à me débrouiller seul et à me gérer seul alors il n'y avait pas grand monde pour m'aider à me sortir de là. J'ai fait comme j'ai pu, comme je l'ai cru bon mais tout ça me dépassait un peu. Et quand j'ai eu quatorze ans, cette fichue guerre a belle et bien repris. Il avait profité des dernières années pour s'organiser, retrouver des forces et commencer à rassembler son camps. Les combats ont commencé et je m'y suis retrouvé, souvent. Je suis alors passé du gamin qui avait appris à se battre juste pour sa défense à un combattant de guerre, sauf que j'étais un ados. Je n'étais pas soldat mais c'était tout comme et là bas, ça ne gênait personne. Cela semblait même presque logique et moi, dans un sens je n'avais pas le choix et dans un autre, cet homme me révulsait jusqu'au plus profond de moi même. Par ce qu'il avait déjà fait, ce qu'il voulait faire et ce qu'il faisait. Je voulais aider comme je pouvais et comme jamais personne ne m'a dit que les champs de batailles n'étaient pas pour les gosses, rien ne m'a arrêté.
Il marqua une pause, semblant rassembler ses idées et tous lui laissèrent le temps, comprenant qu'une telle chose n'était facile à raconter.
- J'ai participé à trop de combats pour me souvenir du nombre exact, reprit-il finalement. Avec tout ce que cela implique. Et... j'étais bon, j'étais très bon au combat. C'était une bonne raison pour tout le monde que de m'envoyer encore plus au combat et moi, je voulais faire tout ce que je pouvais. Bien sûr, ce n'est pas à vous que je vais l'apprendre, difficile de faire la guerre sans être blessé et les soins sur le champs de bataille ne sont pas toujours ce qu'ils devraient. C'est de là que je tiens une partie des blessures responsables des crises. Mais pas que. Deux fois, j'ai été capturé, dit-il plus bas en se tassant contre Barney, et... disons que j'ai pas besoin de vous faire un dessin pour que vous compreniez, soupira-t-il.
« Torture » fut immédiatement le mot que tous eurent à l'esprit, bien conscient de ce genre de choses dans ces situations.
- C'est aussi de là que viennent la grande majorité des blessures à problème, poursuivit-il alors que son homme resserrait son étreinte. Quand j'avais dix huit ans, la guerre s'est arrêtée après une bataille monumentale. Ce jour là, c'est avec une véritable armée que ce fou a fait déferler, ils étaient des centaines peut-être des milliers. J'étais là, on s'est battu des heures jusqu'à ce que ce taré soit abattu. Son camps avait l'avantage jusque là mais sa mort a renversé la situation et nous avons gagné, de justesse. Il est mort, pour de bon cette fois, son camps mit en déroute et la guerre a pris fin. Après ça, j'étais un peu pommé je dois dire. Je ne savais pas quoi faire de ma vie. Cette soudaine paix avait quelque chose d'étrange et d'invraisemblable. Tout le monde me disait dans mon entourage que je devais continuer dans la voix d'un soldat ou d'un truc du genre. Parce que j'étais bon pour ça, dit-il avec un sourire pâle. Moi, je n'avais connu que ça. Me battre, je ne savais faire que ça. Alors j'ai suivis. J'ai fais ce que tout le monde attendait de moi sans vraiment me poser de question. Je croyais vraiment que c'était ce que je voulais. J'ai suivis une formation et je suis entré dans une unité de la sécurité nationale, dans une section qui gérait des problèmes de grande ampleur et qui allait sur le terrain.
Il s'arrêta un moment de nouveau, se souvenant qu'à cette époque, il n'avait pas vraiment réfléchi. Être Auror, c'était ce que tout le monde attendait de lui, c'était le métier qu'on lui avait collé dés son entrée à l'école et il ne voyait pas ce qu'il pouvait faire d'autre après la guerre, après tout ça. Il ne connaissait que ça et n'ayant pas espéré survivre, il n'avait jamais fait de projets autres.
- Et j'étais très bon, j'ai vite pris du grade sauf qu'il y avait un problème, dit-il. Ces crises. Elles ont commencé sur la fin de la guerre je crois et après, ça n'a fait qu'empirer. L'entraînement pour entrer dans mon unité avait été intense et le travail là bas l'était tout autant surtout après cette guerre et le nombre fou de partisans de l'ennemi encore en liberté qui causaient des problèmes et qu'il fallait traquer. Des grosses crises, j'ai commencé à en faire beaucoup et puis les missions sur lesquelles on m'envoyaient, j'en revenais rarement intact et ça n'a fait qu'accumuler un peu plus de dégâts. J'ai très vite commencé à ne plus supporter la douleur, avoua-t-il en serrant les dents. Mais je voulais tenir le rythme de mon travail alors qu'on m'en demandait toujours plus. J'avais un taux de réussite impeccable et mes supérieurs étaient bien contents de m'avoir pour régler les problèmes sur le terrain et aller me battre. Je n'ai vu qu'une seule solution à ce moment là: j'ai commencé à me gaver de toute sorte de médocs, dit-il avec une certaine honte. Pour la douleur, pour dormir, pour me détendre et me calmer, de quoi tenir le rythme, me donner un peu d'énergie, des compléments alimentaires parce que je ne mangeais quasi plus... des médocs en tout genre. C'était le seul moyen que j'avais trouvé pour continuer à faire ce que l'on attendait de moi et moi, de mon côté, j'étais un peu perdu je crois. Après cette guerre, tout ce qu'il s'était passé, les crises, mon travail qui me demandait de tenir une cadence très soutenue et dont la charge morale était lourde... je ne réfléchissais plus très clairement, j'étais paumé même si à l'époque, je croyais avoir le contrôle sur toute ma vie.
Le silence retomba un instant, tous l'observant dans un silence respectueux, écoutant alors qu'il avait le regard un peu voilé et perdu dans le vague.
- Après deux ans, j'ai été recruté pour une unité internationale cette fois et j'ai commencé à partir sur des missions encore plus intenses un peu partout dans le monde. Encore une fois, j'étais bon et j'ai très vite été nommé chef des groupes d'interventions. Enfin chef, c'était presque juste pour l'image parce que je n'avais de véritable contrôle sur mes hommes qu'une fois dans la merde sur le terrain. Je ne choisissais pas mes hommes, ni mes missions, ni mes moyens, ni mes plans d'actions, ni mon organisation... Rien. Je devais juste me démerder avec ce que mes imbéciles de supérieurs bureaucrates qui n'avaient jamais assisté au moindre petit combat avait décidé de faire en croyant tout savoir. Et ça n'a jamais changé parce que je me démenais comme un malade pour réussir quand même, parce que souvent, il y avait les vies d'innocents en jeu. Je ne pouvais pas échouer. Une des pire chose de cette période a certainement été le nombre terrifiant d'hommes que j'ai pu perdre sur ces missions, dit-il avec une grimace douloureuse.
Il gesticula une seconde pour tenter de se rapprocher davantage de Barney qui le tira délicatement vers lui avant qu'il ne reprenne:
- Je ne choisissais pas mes équipes et je n'avais pas mon mot à dire. Quand on m'envoyait de nouvelles recrues, je les testais en simulation pour essayer de voir à qui j'avais à faire. En général, ils étaient bons mais pas assez bons ou expérimentés pour notre travail. J'alertais à chaque fois mes supérieurs mais on me disait d'obéir aux ordres sans discuter et quand j'en parlais aux recrues directement, leur disant qu'ils n'avaient pas le niveau et qu'il était mieux qu'ils renoncent pour leur sécurité, on me disait que j'avais peur d'être supplanté par un petit nouveau et que je voulais protéger mon poste. Souvent, les recrues étaient plus vieilles que moi alors je n'avais pas toujours le poids que j'aurais voulu devant eux surtout que, pour je ne sais quelle raison, j'avais la réputation d'être un orgueilleux prêt à tout pour garder ma place de chef des unités d'interventions. C'était un poste prestigieux là bas. Poste de merde oui. Je sais même pas comment j'en suis arrivé à avoir cette réputation, je passais plus de temps sur le terrain à l'étranger qu'au QG et j'étais discret alors j'ai pas compris tout de suite qu'il y en avait d'autres un peu jaloux qui me cassaient du sucre sur le dos et ça n'aidait pas l'image que mes recrues avaient de moi. Ce n'est qu'une fois dans le chaos sur le terrain, quand je me démenais pour les protéger parce qu'ils étaient dépassés, qu'ils comprenaient que je n'avais voulu que leur éviter ça. J'ai perdu beaucoup de monde à cause de ça parce que je n'arrivais pas toujours à les sauver et il fallait réussir les missions pour les gens innocents qui dépendaient de nous. J'ai eu beau faire et dire ce que je voulais, mes supérieurs s'en fichaient. Ces pertes étaient acceptables pour eux dans ces conditions et comme je réussissais quand même les missions, ça n'a jamais fait scandale.
Il soupira lourdement. Il s'était un moment dit qu'il aurait fallu rater une mission, laisser un bain de sang se produire ou une catastrophe se passer pour réveiller tout le monde. Mais il n'avait jamais pu s'y résoudre, incapable de laisser cela se produire en toute conscience. Il travaillait à la Confédération pour aller secourir tout ceux qui en avaient besoin partout, il ne pouvait pas laisser cela arriver pour sauver quelques personnes qui savaient dans quoi elles s'engageaient, qui le faisaient volontairement et qu'il avait en plus tenté de dissuader. Toutefois, il avait toujours tout fait pour les protéger, quitte à s'interposer de son corps et à prendre à leur place.
- Avec tout ça, le rythme plus effréné encore, continua-t-il, les crises se sont faîtes de pire en pire au point que des grosses comme celle de ces deux derniers jours, j'en faisais toute les semaines. Alors je me suis encore plus gavé de médocs pour tenir au point d'en être complètement dépendant. Ça a duré quatre ans environs après mon entrée à l'internationale. Et puis, un jour, j'ai eu comme un déclic. C'était pendant une mission en Afrique contre un groupe qui voulait établir une dictature despotique sur une petite communauté. Ce n'était pas une mission vraiment difficile pour moi bien que d'une certaine ampleur. Enfin, c'était ce que je croyais avec les informations qu'on m'avait donné. Sauf que c'était un vrai traquenard. La mission a été réussie de justesse mais j'y ai perdu tout mes hommes. C'était un bain de sang. Moi, j'ai fini quasi mort. J'avais appelé à l'aide bien des fois quand j'ai commencé à sentir que ça n'irait pas mais jamais personne n'est venu. Si j'ai survécu, c'est uniquement grâce aux gens de là bas que j'avais secouru et qui m'ont soigné et sauvé la vie. Quand j'ai pu, je suis rentré pour m'entendre dire qu'aucun de mes appels à l'aide n'avait été reçu. On me disait carrément que je n'avais pas appelé et que c'était de ma faute. J'ai fouiné et j'ai découvert qu'on avait bien reçu mes appels mais qu'on m'avait ignoré. Après, une personne en particulier ou quelques choses de plus complexe, volontaire ou pas, pourquoi... je n'ai jamais su.
Il se souvenait encore du coup de massue que cela avait été. Il ne savait pas si c'était un complot ou un collègue jaloux qui avait bloqué ses appels en espérant qu'il échoue ou meurt mais cela avait terminé de le dégoutter.
- C'est pendant cette mission, quand j'étais en train de mourir que j'ai réalisé que cette vie là, je n'en voulais pas, je n'en voulais plus et je n'en n'avais jamais vraiment voulu. J'avais juste, suivis le mouvement sans trop réfléchir comme un con et ça m'avait mené là à crever dans la boue. Je voulais vivre mais pas comme ça. J'ai vu comme une grande chance de m'en sortir. Quand je suis rentré, j'étais encore mal en point. Je suis allé dans ce que je considérais comme ma seule maison à ce moment là. C'est une amie médecin qui m'a soigné. Elle et deux autres proches m'ont aidé à faire le point et plusieurs choses étaient alors évidentes: un, j'étais dans un état pitoyable, deux, j'étais un drogué endurcis, trois je n'avais jamais vraiment voulu de tout ça, quatre, ça ne pouvait plus durer. Je n'ai jamais regretté d'avoir mené ces combats, d'avoir combattu. Je m'en voulais en revanche de m'être fait avoir et laisser faire par un système, par les autres. J'étais écœuré. Je les ai laissé dicté ma vie. Je pouvais pas continuer comme ça. Je me suis réveillé, enfin. Mieux vaut tard que jamais on dit. J'ai donné ma démission, j'ai tout arrêté. Je me suis soigné, sevré et j'ai fait le point. Pendant deux ans. Tout ça n'avait fait que faire plus de dégâts sur mon corps, la dépendance comme les blessures en mission. Mon amie médecin m'a dit que je ne pouvais plus continuer comme ça ou ça me tuerait vite. Je ne pouvais plus travailler dans des sections d'interventions et je n'aurais même jamais dû commencer après la guerre. Je ne pouvais plus me permettre une vie à ce rythme là. Je faisais tellement de crises à ce moment que c'était quasi constant et quand je me suis sevré, ça n'a pas été une partie de plaisir.
Et cela, tous pouvaient aisément s'en douter, ce genre de chose n'était jamais simple.
- J'ai dû apprendre à gérer ça, à gérer les séquelles, dit-il. J'ai réfléchi sur ma vie et j'ai réalisé que je n'avais jamais vraiment vécu. Alors après deux ans, quand j'ai été de nouveau en forme et que j'avais enfin ma vie en main, j'ai décidé de faire ce dont j'avais envie quand j'étais gosse: voyager un peu et voir le monde. J'ai fait l'Asie et l'Océanie avant de venir en Amérique. J'étais passé une fois en coup de vent à la Nouvelle Orléans pour une mission et j'avais adoré cette ville. Je m'étais promis d'y revenir et je l'ai fais pour ne plus partir depuis, dit-il en souriant doucement. La suite, vous la connaissez. Depuis que j'ai démissionné et une fois soigné, mes crises se sont faîtes beaucoup plus rares et bien moins intenses parce que je ne demande plus des efforts titanesques à mon corps et que je ne lui fais plus subir je ne sais trop quoi. Du coup, ça s'est énormément calmé. En réalité, il existe des médocs pour les soulager mais c'était à ceux là que j'étais accros et je sais que si je les reprend, il y a un risque de rechute alors je préfère encore avoir mal maintenant, expliqua-t-il. Aujourd'hui, je réalise que cette vie là, ici, c'est tout ce que j'ai toujours voulu. Voilà, vous savez maintenant d'où ça vient. Je me suis peut-être un peu trop égaré sur le reste, réalisa-t-il pourtant. Désolé.
Oui, il avait dit plus que ce qu'il voulait à la base mais tout avait coulé tout seul. Il racontait tout ça pour la première fois et une fois commencé, ça avait été plus facile qu'il ne l'avait imaginé. Et maintenant que c'était fini, il se sentait comme soulagé, profondément soulagé d'avoir raconté, d'avoir avoué ses faiblesses, ses rancœurs et ses douleurs au moins en partie. C'était comme révéler son véritable lui, ce qu'il n'avait jamais fait avant, c'était comme soulager sa conscience et ça faisait du bien même si cela réveillait des douleurs pas encore apaisées. Il ferma les yeux et soupira, tous pouvant sentir son apaisement après cette histoire, comme déchargé d'un poids. Il sentit Barney le prendre délicatement et l'installer sur ses genoux pour l'enfermer dans ses bras et le serrer contre lui. Il se blottit bien volontiers contre son torse fort, se disant que oui, il était vraiment bien maintenant, ici, juste là, dans les bras de Barney Ross.
