Chapitre 6 :

Billy

Le soir de sa première séance de tatouage, Griffin et Barney retrouvèrent les autres pour boire un verre et se détendre. Si Evan avait un instant crains que ses amis le prennent pour une chochotte après l'avoir vu en pleurs et s'évanouir comme ça, il n'en fut rien. Aucun ne le regarda bizarrement ou ne changea d'attitude à son égard. Personne ne demanda quoi que ce soit et tous s'appliquèrent à lui remonter le moral et à s'assurer qu'il allait bien. Une fois encore, Evan réalisa à quel point il avait enfin trouvé sa place et une famille où il se sentait bien. Tous étaient là et acceptaient simplement. Cela faisait tellement de bien. Ce fut ensuite environs toutes les trois semaines qu'il retourna chez Tool pour continuer le tatouage. Et à chaque fois, tous étaient là pour le soutenir. Chaque séance était une épreuve pour lui mais au plus le dessin avançait, au plus les cicatrices disparaissaient et au plus Evan était déterminé, résistant de mieux en mieux. Il n'y eut qu'une seule fois de plus où il retomba dans ses souvenirs puis cela n'arriva plus et il ne s'évanouit plus. Tool put même bientôt rallonger les séances et le projet n'avança que plus vite.

Cela ne le rapprocha que plus de tous et il vit particulièrement Billy, certainement le plus sociable d'entre eux, se faire soutient indéfectible pour lui. Ils discutaient souvent ensemble et The Kid était véritablement devenu un vrai petit frère pour lui, de dix ans son cadet. Billy trouvait beaucoup de réconfort auprès de lui, en parlant avec lui de son expérience de soldat et de ses démons. Ils s'étaient tellement rapprochés que Billy finit par lui parler de cette jeune femme française, une infirmière qu'il avait rencontré en Afghanistan et qu'il semblait aimer de tout son cœur. Il voulait lui offrir la belle vie avec ce travail mais il rêvait aussi de la rejoindre. Ils en parlaient souvent, Evan devinant son envie de laisser tomber cette vie pour une autre plus simple, comme lui l'avait voulu autrefois. Il ne semblait pas oser en parler alors Griffin mit le sujet sur la table pour lui et Billy avoua que oui, il avait envie d'arrêter mais qu'il avait peur que l'équipe et particulièrement Barney qu'il respectait beaucoup et voyait presque comme un père, n'aient l'impression qu'il les abandonnait après qu'il lui ait offert une place. Griffin l'avait rassuré à ce propos, lui assurant que ce ne serait pas le cas, que tous comprendraient et que s'il voulait arrêter, il n'avait qu'à le dire. Mieux que personne il comprenait pourquoi il voulait changer de vie et il l'encouragea à le faire. Billy était vraiment un ange, un bon gars et il méritait une vie normale et calme avec celle qu'il aimait.

Ils en parlèrent régulièrement, l'idée faisant son chemin dans l'esprit du cadet de l'équipe et il décida finalement d'en parler avec Barney au retour d'une mission de sauvetage d'un riche chinois. Ce soir là, tous se retrouvèrent au bar pour fêter le retour sain et sauf de tous de cette mission. Yin venait de quitter l'équipe après cette dernière mission, encore en Chine où il avait raccompagné leur dernière cible. Il disait comme toujours qu'il n'était pas assez payé. Enfin, la chose était prévue depuis longtemps et cela ne surpris personne, tous ayant souhaité bonne chance à leur ami. Evan leur fit le service comme toujours. Pour une fois, la copine de Christmas était là, Lacy. Evan la trouvait amusante et Barney ne l'aimait pas beaucoup mais Lee en était raide dingue depuis longtemps. Et alors qu'elle venait chercher des bières au bar, il voyait Barney et Lee, assis ensemble, discuter vraisemblablement d'elle en la regardant. Il était presque certain que son homme tentait de persuader Lee de se séparer d'elle. Gavin lui donna sa pause à cet instant et il se prit finalement une bière avant de rejoindre la paire juste derrière la jeune femme qui vint prendre place sur les genoux de son homme quand lui rejoignait le sien. Un baiser et Barney avait complètement oublié qu'il tentait de séparer le couple à côté d'eux, Christmas ricanant à ce constat en lui faisant un clin d'œil. Evan tira Barney de son siège pour le faire asseoir à la table du reste de l'équipe un peu plus loin, s'assurant qu'il laisserait Lee tranquille. Sans surprise, il sentit un bras fort le tirer et le faire asseoir sur les genoux de son compagnon et il sourit largement en se laissant faire.

- T'as de quoi écrire ? demanda Gunnar qui étalait un mouchoir en papier devant lui.

Barney sortit alors son stylo customisé à son effigie, dévissant le bouchon avant de lui tendre.

- Eh, interpella Lee en attirant l'attention de tous, t'as rien qui serait pas recouvert de crânes ? demanda-t-il l'air taquin en pointant le stylo.

- Ben à la vérité ? Non, répondit-il en amusant tout le monde.

Gunnar récupéra le stylo et se mit à écrire sur son mouchoir avec un air concentré amusant sur lui, Billy et Griffin échangeant un regard rieur. Le blond leur montra finalement ce qu'il avait écrit :

- La théorie spéciale de la relativité d'Einstein, expliqua-t-il, que j'ai revu et améliorer, dit-il très sérieusement avant de se moucher avec.

- Croyez le ou non, intervint Barney, avant qu'il ne développe des problèmes de déséquilibre chimique il a étudié au MIT où il a fait une maîtrise en génie chimique vous vous rendez compte ?

- Qu'est-ce qui est arrivé ? demanda Billy.

- Il a lâché pour faire videur, répondit Caesar.

- J'voulais me rapprocher d'une fille qui dansait dans une discothèque, spécifia Gunnar en faisant sourire plusieurs.

- Et j'arrive pas à croire qu'elle t'a viré, se moqua Barney.

- C'est vrai ? demanda le blond.

- J'en suis encore étonné, assura-t-il en faisant rire tout le monde Gunnar inclus.

Evan capta un instant le regard interrogatif que lui adressait Billy et il acquiesça discrètement pour l'encourager. Il demanda alors à Barney s'il pouvait lui parler dehors et l'homme approuva, se levant pour l'accompagner. Ce soir là, Billy lui annonça qu'il voulait arrêter et comme prédit par Evan, Barney lui donna sa bénédiction. Il terminerait simplement le mois avec eux et ensuite, il rentrerait en France retrouver celle qu'il aimait et se construire une vie normale. Ce fut quelques jours plus tard que Barney se retrouva contraint et forcé d'accepter une mission de récupération d'un objet imposé par un certain monsieur Church, un agent de la CIA qui lui réclamait une dette après l'affaire de Vilena. Et pour cette mission, il lui imposait un élément inconnu qu'il disait indispensable, une certaine Maggie. Griffin ne savait pas trop pourquoi mais il avait eu un très mauvais pré-sentiment au sujet de cette mission dont son homme lui avait parlé. Barney lui racontait toujours ce qu'il faisait maintenant. C'était la première fois qu'il avait une telle impression et il en fit part à Barney, très inquiet, seulement, il ne pouvait pas refuser ce contrat au risque d'avoir de gros problèmes avec la CIA. L'équipe était partie peu après et Griffin ne trouva plus le sommeil, agité comme jamais malgré la bienveillance de Gavin tentant de le détendre. Mais il savait son instinct sûr et cela se confirma malheureusement.

- Evan ? interpella Gavin en le trouvant assis derrière le bar.

Il ne restait plus qu'eux, après la fermeture comme souvent alors que le jeune homme restait travailler tard comme toujours quand l'équipe était partie. Le patron s'apprêtait à fermer lorsqu'il avait remarqué que la moto de son serveur était toujours là. Il l'avait donc cherché dans l'établissement silencieux pour le trouver assis derrière le bar, ou plutôt effondré derrière le bar, le dos adossé au meuble, les jambes repliées, son portable dans sa main molle et des larmes sur les joues.

- Evan ? appela-t-il en le rejoignant et en se baissant près de lui avec une immense inquiétude. Qu'est-ce qu'il se passe ? Une crise ? demanda-t-il en le scrutant.

- Nan, répondit-il alors que les larmes ne cessaient pas de couler. Barney vient de m'appeler, commença-t-il. Il ne le fait jamais d'habitude quand ils sont en mission. J'avais dit que je ne sentais pas ce contrat. Pourquoi il faut toujours que mon instinct soit le bon ?

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda l'homme en lui faisant relever le regard vers lui.

- C'est Billy... il est mort, lâcha-t-il en choquant son patron.

Après un moment de choc, Gavin se releva, leur prit deux bières et vint s'asseoir à côté de lui, lui en passant une. Ils restèrent ainsi en silence, l'un près de l'autre sans rien dire. Qui avait-il à dire dans pareille circonstance ? Surtout en sachant que Griffin tenait à Billy comme à un petit-frère. En voyant son homme l'appeler, Evan avait tout de suite compris que quelque chose de grave était arrivé. Barney n'appelait jamais en mission, il envoyait de brefs messages pour le rassurer et quand il rentrait, il venait directement le voir. Alors sa gorge s'était nouée encore plus qu'elle ne l'était depuis le départ de l'équipe en voyant son appel. Il avait décroché en tremblant et Barney avait parlé d'une voix douloureuse pour lui annoncer la mort de Billy et lui dire ce qu'il s'était passé. Evan lui avait demandé de rentrer mais Barney avait dit que lui et les autres partaient à la recherche de l'enfoiré qui avait tué Billy et qu'ils le vengeraient. Dans un sens, Griffin n'avait voulu que les rejoindre pour tuer lui même le responsable, son cœur criant vengeance mais il savait qu'il ne pouvait pas et que jamais Barney ne le laisserait faire, comme les autres. Et dans un autre sens, il ne voulait que le retour de son homme à la maison, terrifié à l'idée de le perdre lui aussi, ou de perdre un autre ami. Mais il n'avait rien demandé si ce n'était qu'ils fassent attention et qu'ils butent le meurtrier de Billy. Cela avait semblé redonner un peu de niaque à Barney qui lui avait promis de le faire et de rentrer ensuite. Il lui avait dis qu'il l'aimait, il avait raccroché et Evan s'était effondré.

Il n'avait pas dormis jusqu'au retour de Barney, son téléphone scotché à la main en attendant les message de Barney lui assurant qu'il était toujours en vie. Et puis finalement, Barney était rentré, venant directement chez lui. Ils avaient fait l'amour comme à chaque fois mais cette fois-ci fut différente. Habituellement, quand Barney rentrait, c'était la fougue et la passion qui les prenait, mais ce jour là, ce fut pour se rassurer, pour s'assurer que l'autre était bien en vie, qu'il était là, bien là, pour se consoler. Ils avaient dormis quelques heures, Evan étroitement serré dans les bras de son homme et lorsqu'ils s'étaient levés, Griffin avait pris le temps de soigner les nombreuses petites blessures de Barney, s'occupant de lui avec grand soin et attention. La mort de Billy fut un choc pour toute l'équipe, la vengeance un soulagement bien que la tristesse et la douleur persistaient. On avait envoyé un paquet d'argent et les derniers mots du jeune homme à celle qu'il aimait et on avait levé un verre pour lui au bar.

Les temps qui suivirent ce terrible événement furent difficiles, tous accusant le coup et Evan vit ses cauchemars redoubler durant quelques semaines. Bientôt son tatouage fut terminé dans une séance où rien, pas un souvenir ou une émotion négative n'était venue le perturber, cela signant pour lui sa réussite à surmonter cette partie de son passé qu'il avait voulu laisser derrière. Mais sans Billy, la chose avait été moins réjouissante. La fin d'année était arrivée et avec elle, la douleur de la perte de Billy avait commencé à s'apaiser un peu. Noël et Nouvel an furent l'occasion pour eux de lever encore un verre pour le jeune homme disparus depuis quatre mois. Ce ne fut qu'en janvier que l'équipe reprit un contrat, le premier sans Billy. Evan avait eu bien dû mal à les attendre et infiniment soulagé de les voir revenir sans bobos, la vie reprenant finalement son cour. Ce fut à l'approche du printemps que Gavin lui demanda s'il avait un moment à lui consacrer, pour parler d'un sujet important et il avait accepté, inquiété par son sérieux. Ils s'étaient installés dans le bar à deux un soir après la fermeture.

- Qu'est-ce qu'il se passe Gavin ? questionna-t-il avec tension.

- Rien de grave rassure toi, répondit-il d'abord. Mais j'ai pris une décision et je voulais que tu sois le premier au courant.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Je me fais vieux tu sais, s'amusa-t-il en le faisant sourire.

- Tu n'es pas si vieux non plus, taquina-t-il.

- Ouais justement. Il y a pleins de choses que j'aimerais encore faire avant de plus pouvoir. Un bon roadtrip à moto à travers les états. J'veux le faire avant de plus pouvoir bouger et d'être trop vieux, ça et pleins d'autres trucs. Alors je vais prendre ma retraite, annonça-t-il sérieusement. Je vais vendre le Rusty's et ça me fera largement assez d'argent avec mes économies pour faire tout ce que j'veux avant la fin, sourit-il. J'ai rendez-vous la semaine prochaine pour mettre en vente officiellement et dés que j'aurais un acheteur sérieux, je vendrais. Mais je ne sais pas ce qu'il pourra faire du bar ou de vous, dit-il doucement. j'aimerais pouvoir le garder, le Rusty's est toute ma vie mais j'arrive à un moment où je sens qu'il faut que je fasse ce que je veux quand je le peux encore. Alors j'ai pris ma décision. Je sais que tu adores cet endroit alors je voulais que tu sois le premier au courant.

Evan garda le silence un moment, un peu choqué mais comprenant parfaitement, réfléchissant à toute vitesse avant de reprendre la parole avec le sourire :

- Tu as raison, il faut en profiter pendant qu'on peut. Mais tu ne vas pas vendre le Rutsy's à n'importe qui.

- On ne choisit pas trop les gens qui achèteront tu sais. Le Rutsy's vaut un paquet d'argent avec sa taille, son architecture, sa localisation et l'appartement au dessus. Tout le monde ne pourra pas se l'offrir et je ne vais pas le brader parce que l'acheteur ne me plaît pas. J'ai décidé de tourner cette page même si ça fait un peu mal au cœur.

- Je n'ai jamais dit que tu devais le brader au contraire. Non en fait, je voudrais l'acheter moi, dit-il en le choquant visiblement.

Evan rit un peu devant sa tête ahuris avant de reprendre :

- Je travaille ici parce que j'adore cet endroit et que tu es un ami génial pour moi, sourit-il. Le Rusty's, c'est un peu devenu ma maison et c'est un endroit super. Je suis tout à fait d'accord avec le fait de profiter de la vie pendant qu'on peut. J'ai aussi pris cette décision il y a quelque temps comme tu le sais. Pour moi, c'était juste d'avoir une vie normale et pour toi c'est de faire ce que tu as envie. Tu as raison mais j'adore cet endroit et je n'ai pas envie qu'il change. Alors laisse moi l'acheter et le reprendre.

- Il vaut une sacrée somme tu sais, répondit Gavin. Je ne veux pas que tu t'endettes ou te mettes dans les problèmes même si je serais ravi, vraiment ravi que ce soit toi qui le reprenne. Je sais qu'il resterait intact.

- Ce n'est pas pour l'argent que je travaille ici Gavin, s'amusa-t-il. C'est pour le plaisir. En faite si je le voulais, je n'aurais même pas besoin de travailler pour ma vie entière, expliqua-t-il. Mes parents m'ont laissé un héritage conséquent, j'ai des investissements qui travaillent pour moi et j'ai gagné beaucoup d'argent avec mon ancien travail. Je n'ai jamais trop dépensé. J'aime vivre simplement, juste confortablement alors j'ai les moyens. Je pourrais facilement te payer le Rutsy's comptant au prix que tu voudras, dit-il en l'ahurissant. J'aime cet endroit et si tu t'en vas, j'aimerais vraiment le reprendre et continuer à le tenir comme toi. C'est exactement de ce genre de vie que j'ai toujours rêvé. Faire ce qui me plaît et ce bar est ce qui me plaît depuis le premier jours où j'y travaille. J'y ai rencontré Barney et vous tous. C'est un endroit important pour moi. C'est toi qui m'a donné ma chance ici le premier, permis de m'installer vraiment et de construire cette nouvelle vie. Le Rusty's en est un peu le symbole. Si ce n'est pas toi, je n'ai pas envie de le laisser à qui que ce soit d'autre. Enfin, si tu le veux bien.

Gavin le regarda un moment, souriant largement :

- J'en serais vraiment ravi, dit-il en le faisant sourire à son tour.

Pour Evan, il n'y avait pas à hésiter. Il n'avait pas imaginé une seule fois que Gavin puisse vouloir prendre sa retraite mais c'était normal et il approuvait. Seulement, cet endroit était vraiment devenu important pour lui et il n'avait pas du tout envie de devoir le quitter, arrêter son travail ou le voir complètement transformé par il ne savait quel investisseur. Il avait largement les moyens et il voulait vivre ici pour encore bien bien longtemps. Peut-être toujours si la vie le permettait. Alors il n'avait aucune hésitation. Ce fut pour cela que la semaine suivante, pour la première fois depuis bien longtemps, il retourna dans le monde magique, transplanant vers le Gringotts de New-York, soigneusement couvert et veillant à ce qu'on ne le reconnaisse pas. Il marcha vivement jusqu'à un comptoir, prenant la parole avec politesse et respect :

- Bonjour Gardien des Trésors, commença-t-il en attirant immédiatement l'attention surprise de la créature. J'aimerais voir le gobelin responsable de mes coffres, dit-il en avançant sa main ornée de ses chevalières.

- Bien sûr, acquiesça le Gobelin dont les yeux s'étaient éclairés en découvrant son identité.

Il contourna son comptoir et l'invita à le suivre, Griffin le faisant. Les Gobelins étaient parmi les rares en qui il avait encore confiance dans le monde magique et qui ne l'avaient jamais trahis. Son dernier passage remontait à son installation en Amérique, à la Nouvelle Orléans pour organiser ses finances dans le pays. Il se souvenait être venu après une visite au Macusa Américain pour obtenir le droit de résider dans le pays et signaler sa présence. Il avait d'ailleurs été reçu par le Président en personne qui avait été ravi de le voir et de l'accueillir. Il avait obtenu la permission d'habiter en Amérique sans délai et il pourrait même en avoir la nationalité après trois ans de résidence et de travail dans le pays, magique ou non. Et le tout était transposé dans le monde moldu. Il faudrait encore quelques mois pour obtenir la nationalité mais il y était décidé. Sa vie était ici maintenant. Il avait donc tout réglé avec Gringotts pour faire transférer sa fortune en Amérique et la faire gérer par les Gobelins de New York qui avaient été ravi. Pas étonnant au vue de son immense richesse. Mais il n'était plus revenu depuis plus de deux ans et demi. Et il n'avait pas remis les pieds ou accordé la moindre attention au monde magique depuis. Le Gobelin le conduisit dans un riche bureau où il retrouva celui en chargé de ses coffres.

- Je vous salue Riark, dit-il poliment en reculant sa capuche.

- Lord Potter ! remarqua le Gobelin venant à sa rencontre alors que l'autre s'éclipsait. Cela faisait bien longtemps. Bonjour.

- Cela faisait longtemps en effet, approuva-t-il en venant prendre place sur un siège face à son bureau auquel il s'installa.

- Vous n'avez pas donné de nouvelles depuis longtemps. Vous recevez bien mes comptes rendus mensuel sur vos finances j'espère.

- Oui ne vous en faîte pas et je suis très satisfait. Vous m'avez fait gagner énormément d'argent depuis que je suis ici, sourit-il.

- C'est mon travail et vous me rémunérez plus que convenablement pour cela, sourit-il. On ne vous a pas vu depuis très longtemps dans le monde magique.

- Je préfère la vie tranquille que j'ai dans le monde moldu actuellement, répondit-il. J'ai eu ma dose de sorciers et du reste. Cela ne m'importe plus aujourd'hui. Je vie pour moi même maintenant et je dois dire que je ne m'intéresse même plus au monde magique.

- Dommage mais compréhensible, soupira la créature. Les sorciers ne valent pas la peine que vous vous êtes donné. Laissez moi tout de même vous mettre au fait de certaines choses que, j'imagine, vous ignorez si vous ne prenez plus de nouvelles du monde magique.

- Dîtes moi. Il y a encore un fou qui veut dominer le monde ? Cela ne me surprendrait même pas.

- On pourrait presque dire cela, remarqua-t-il. L'extrémisme blanc a gagné l'Europe de l'ouest. Ils font la chasse à tout ce qu'ils jugent « des ténèbres ». Du coup, une résistance s'est mise en place, menée par un certain Ashton Realers. On dit que c'est un jeune vampire de charisme. Ils sont en route pour une nouvelle guerre là bas.

- Cela ne m'étonne pas, souffla-t-il. Ils le cherchent, ils le trouvent. Un risque pour le monde moldu ?

- À priori non puisque cette fois ni un camps ni l'autre ne les vise, c'est un conflit de genre magique cette fois. Il y a ça et la Confédération qui s'est mise en tête d'unifier le monde magique mondial et de le gouverner. Ils sont plutôt déterminés maintenant et cela créé déjà des tensions avec différents pays qui risquent d'empirer.

- Très réjouissant, ironisa-t-il. Rien qui ne m'étonne ou qui me fasse regretter ma vie moldue. Parle-t-on encore de moi ?

- Votre départ de la Confédération à fait grand bruit comme vous le savez. On a dit bien des choses peu agréables sur vous.

Cela, il le savait, il suivait encore les informations lors de sa remise en forme à Poudlard. On l'avait descendu et traité de lâche, de froussard et d'égoïste à son départ des forces de la Confédération. Il s'en fichait pas mal.

- Mais depuis, cela s'est calmé, continua le Gobelin. On a entendu un peu parler de vous lors des changement politiques en Europe, la population voulait votre avis et savoir où vous étiez. Mais c'était il y a longtemps et comme vous avez disparus on a fini par ne plus parler de vous. Le gouvernement Américain est resté discret sur votre présence ici et personne ne sait que vous êtes à la Nouvelle Orléans. J'ai comme l'impression qu'on vous a un peu oublié et que ça arrange bien certains qu'une personne potentiellement de grand pouvoir magique, économique, politique et social comme vous s'écarte d'elle même. Mais je serais quand même prudent à votre place, on ne sait jamais et entre votre fortune, vos titres, votre magie et tout ce que vous savez, on pourrait encore se dire que vous seriez mieux mort que simplement disparus.

- Je ferais attention, merci Riark. Des risques avec le gouvernement Américain ?

- Non, je ne pense pas, ils conservent leur politique de toujours. Bien séparé des moldus et peu enclin à l'ouverture avec eux mais tolérant de tout être magique et tenant à leur indépendance.

- Tant mieux, parlons plus réjouissant si vous le voulez bien, dit-il ensuite. Je suis là pour une raison bien précise. Vous savez que je travaille dans un bar moldu depuis mon installation à la Nouvelle Orléans ?

- Oui. Un choix peu commun pour une personne de votre rang d'ailleurs, s'amusa-t-il. Mais si cela vous plaît.

- Cela me plaît énormément en effet. Cela me change de la guerre et des Aurors d'élite. Une vie normale a beaucoup de charme à mes yeux.

- Je m'en doute.

- Il se trouve que j'aime énormément l'établissement dans lequel je travaille et le gérant, mon patron, a décidé de prendre sa retraite et de vendre son affaire. Je veux l'acheter et la reprendre. Cet endroit me tient vraiment à cœur.

- Vous voulez que je négocie ?

- Non, j'ai déjà fixé un prix avec lui. C'est un ami, je ne veux pas gagner d'argent à ses dépends et il a fixé un prix juste à mes yeux. J'aimerais simplement que vous vous chargiez de la transaction financière vers le monde moldu sans qu'il n'y ait de problème. Nous signerons la vente la semaine prochaine, je vous enverrai les papiers et les données nécessaires au transfert de fond. J'aimerais que cela soit fait au plus vite.

- Très bien, approuva le Gobelin. Il n'y a aucun problème je m'en charge. Voulez vous un gestionnaire pour votre affaire ?

- Non, je m'en chargerais moi même merci. Je me chargerais du reste après la vente.

- Je m'en charge dans ce cas, assura-t-il.

Rapidement, ils préparèrent le transfert de fonds et réglèrent les détails administratifs après quoi Evan remercia le Gobelin et s'en alla simplement, sa capuche bien rabattue sur son visage. Il rentra bien vite chez lui, s'y sentant bien mieux et se débarrassant de ses vêtements sorciers, de ses chevalières et de sa baguette qu'il ne portait plus dans cette vie. La semaine suivante, Gavin et lui signaient la vente, seul Barney étant au courant. Le lendemain, Gavin recevait son argent, remerciant Evan, encore très surpris qu'il puisse sortir une telle somme ainsi. Mais cela l'avait d'autant plus touché, confirmant fortement que Griffin travaillait chez lui par plaisir et par pure envie, qu'il s'y sentait bien et il avait été heureux d'avoir pu lui offrir ça en connaissant son vécu. Il était d'autant plus heureux et rassuré que ce soit lui qui reprenne le Rusty's, sachant qu'il prendrait soin du bar œuvre d'une grosse partie de sa vie. Le soir même, dans un bar bondé par les habitués, Barney et toute la bande bien présente, Gavin prit la parole, réclamant le silence et baissant un moment la musique. Il annonça qu'il prenait sa retraite et qu'il vendait le bar. Ce début de discours avait choqué tout le monde, tous souhaitant tout le bien du monde au gérant expliquant qu'il voulait profiter du reste de sa vie, mais pleurant déjà la disparition de leur bar fétiche. Aussi, lorsque Gavin reprit, annonçant que c'était Griffin qui reprenait l'endroit, ce fut l'explosion de joie. Tout les habitués connaissaient et appréciait beaucoup Evan et cela réjouis tout le monde. Ce fut d'autant plus vrai quand Griffin prit la parole à son tour pour expliquer qu'il aimait trop cet endroit pour le laisser à un autre, qu'il n'avait pas l'intention de le changer ou de changer d'équipe. Ce soir là, on fit la fête, souhaitant une super retraite à Gavin et félicitant Griffin.

Dans les semaines qui suivirent, Gavin passa la main à son successeur, faisant le point avec lui sur les comptes, les fournisseurs, l'administratif, les assurances... Ils firent les modifications nécessaires et bientôt, Griffin fut bel et bien le nouveau patron, continuant cependant à travailler normalement comme autrefois, tous appréciant de voir qu'il ne changeait pas d'attitude. Hormis l'absence de Gavin, tout aurait pu paraître exactement comme avant. Gavin libéra bientôt l'appartement vaste au dessus du bar pour vendre toute ses affaires et partir dans ce fameux roadtrip qu'il voulait tant faire depuis des années. On avait fait une grande fête pour son départ au Rusty's. Evan s'était ensuite installé dans l'appartement, y étant désormais chez lui et il avait rendu son petit appartement. Ce déménagement avait été pour lui l'occasion de demander à Barney s'il voulait bien venir vivre avec lui et l'homme n'avait pas hésité une seconde, faisant de lui le plus heureux du monde. Ils avaient donc emménagé à deux, toute l'équipe venant aider au déménagement et à l'installation, donnant des scènes parfois hilarantes comme celle de Gunnar se demandant ce qu'était un objet qu'il tenait dans sa main en rangeant. C'était une simple essoreuse à salade.

Cet épisode joyeux fit du bien à tout le monde et la transition se fit très naturellement, la clientèle fidèle continuant de venir avec joie sans soucis, approuvant le nouveau patron. Dans les semaines qui suivirent, on vit un Evan particulièrement heureux, joyeux et détendu, cela réjouissant son entourage. Et en effet, Griffin s'épanouissait comme jamais dans cette nouvelle vie et ce nouveau rôle de patron de bar qui semblait lui aller comme un gant et qui faisait son bonheur. Ses amis comprenaient aisément qu'après tout ce qu'il avait vécu depuis son enfance, cette vie normale avec ceux qu'il aimait, dans un endroit qu'il aimait avec un métier qu'il aimait était un cadeau pour lui.

Trois mois plus tard, Griffin obtenait sa nationalité américaine magique, habitant là depuis trois ans, travaillant et ayant même investit dans le pays. La procédure put donc se faire sans problème, la chose définitivement officialisée par un bref passage au Macusa où il revit le Président ravi qu'il devienne américain même si c'était pour vivre dans la société moldue. La chose fut d'ailleurs bien vite transposée dans le monde non magique et il devint bel et bien citoyen américain. Quelque jours après cela, Griffin fêtait son trente-troisième anniversaire.

Ce fut quelques temps plus tard, en novembre, que Griffin eut une sacrée surprise. On était au matin, un dimanche, le soleil brillait sur la Nouvelle Orléans. Barney dormait encore après une nuit sportive qui lui avait donné le sourire et Evan s'était installé dans le bar vide avec un peu de musique pour terminer le rangement de la soirée de la veille qui avait vu beaucoup de clients. Soudain, on avait toqué à la porte et il avait été un peu ahuris de trouver Poppy et Minerva, habillées à la moldu derrière la vitre. Il continuait à donner des nouvelles par lettre mais c'était devenu rare et les deux dames ne lui avaient pas dit qu'elles venaient. Elles étaient les seules avec Hagrid à savoir ce qu'il faisait et où il vivait. Les seules pour qui il avait encore de l'affection parmi les gens de son passé. Elles avaient été là pour l'aider à se remettre après la Confédération et il savait que sans elles et le demi géant, il ne serait plus là aujourd'hui. Ce fut donc une immense mais bonne surprise et il s'empressa d'aller leur ouvrir, souriant.

- Poppy, Miny, mais qu'est-ce que vous faîte là ? demanda-t-il en venant les étreindre.

Elles lui rendirent avec joie, l'air surprises.

- Nous venons te rendre visite par Merlin, répondit la directrice de Poudlard. Cela fait si longtemps qu'on ne t'a pas vu, remarqua-t-elle.

- C'est vrai, approuva-t-il. Entrez, bienvenu chez moi.

Elles s'avancèrent dans la salle, observant autour d'elles mais leur attention revint bien vite sur l'homme qui les rejoignait.

- Tu as l'air plus en forme que jamais Harry, remarqua Poppy visiblement très heureuse de le voir ainsi.

- C'est Evan ici, rectifia-t-il doucement. Et oui, je suis en pleine forme. La Nouvelle Orléans et surtout cette nouvelle vie me fait du bien. Je... je n'ai jamais été aussi heureux que depuis que je suis ici. Asseyez vous, proposa-t-il. Vous voulez boire quelque chose ? Un café ? Un thé ? Un chocolat peut-être ?

Elles approuvèrent et il alla chercher cela avant de venir s'asseoir avec elle à la table qu'elles avaient choisis.

- Je ne savais pas que vous veniez, remarqua-t-il. Vous êtes descendu à l'hôtel ?

- Non, nous ne restons que quelques heures pour te voir, répondit Minerva. Nous devons rentrer à Poudlard ensuite.

- Je vois. Comment allez vous depuis le temps ?

- Très bien, assura Poppy.

- Et Hagrid ? questionna-t-il en les voyant soudain s'assombrir.

Immédiatement, un mauvais pré-sentiment le saisit et il déglutit péniblement.

- C'est à son sujet que nous sommes là en réalité, commença doucement Minerva. Nous ne voulions pas te l'apprendre par lettre. Rubeus est... il est décédé il y a une semaine, lâcha-t-elle.

Evan eut l'impression qu'une chape de plomb tombait sur ses épaules. Hagrid... mort ? Il savait que le demi géant avait gardé des séquelles de la guerre et qu'il ne vivrait pas aussi longtemps qu'il l'aurait dû mais il ne s'attendait certainement pas à cette nouvelle. Il sentit les larmes lui brûler les yeux et il ne chercha pas à les retenir. Hagrid avait été son ami le plus fidèle toutes ces années en Angleterre. Il l'avait protégé, jamais il ne l'avait jugé, jamais il n'avait douté de lui comme tout les autres l'avaient fait et il avait été de la plus grande bienveillance qu'il n'avait jamais vu. Pendant son sevrage, il avait toujours été là, subissant ses colères et son humeur massacrante sans jamais se plaindre, le soutenant toujours. Hagrid avait été un pilier dans sa vie et apprendre sa mort lui brisa le cœur.

- Que s'est-il passé ? bredouilla-t-il en relevant finalement les yeux.

- Sa santé s'est dégradée ces derniers temps à cause des séquelles de ses blessures, expliqua doucement Poppy. Il s'est éteint paisiblement dans son sommeil à Poudlard.

- Pourquoi ne pas m'avoir appelé plus tôt ?

- Il ne voulait pas qu'on le fasse, répondit Minerva. Il sentait sa mort arriver je crois. Il ne voulait pas que tu le vois dans cet état, que tu le vois mourir ou que tu sois à son enterrement. Il voulait que tu gardes une image de lui en vie et souriant, en bonne santé, alors il nous a demandé de ne rien te dire jusqu'à ce que l'enterrement soit passé.

- Il... il a déjà été enterré ?

- Oui, avec les honneurs, à Poudlard comme il le voulait, expliqua Minerva.

Si dans un sens, Evan s'en voulu de ne pas avoir été là pour son ami mourant, dans un autre, il remerciait Hagrid qui encore une fois l'avait protégé en ne le laissant pas assisté à ça. Il ne savait pas du tout comment il aurait réagi à cette épreuve. C'était peut-être mieux comme ça. Il laissa libre cour à ses larmes, encaissant la nouvelle et les deux dames le laissèrent avaler ça sans un mot. Minerva finit par sortir sa baguette pour faire apparaître une chose qui attira l'attention d'Evan. C'était un chiot. Un chiot mastiff napolitain comme Crokdur mais noir. L'animal sautillant se mit à courir en tous sens, percutant un pied de chaise dans son excitation, amenant un sourire sur le visage de Griffin.

- C'est un cadeau de Hagrid pour toi, expliqua la directrice. Il l'a acheté peu avant de tomber malade et il a demandé que ce soit toi qui l'ait après sa mort. Il a un peu plus de trois mois. Il est né le même jour que toi. Il s'appelle Pimousse.

Evan sourit un peu plus à ce nom typique de Hagrid. Il se leva et vint s'agenouiller au sol, appelant l'animal qui ne tarda pas à venir, la queue battant dans tout les sens. Griffin se laissa renifler un instant avant de se mettre à le caresser. Les animaux, c'était bien tout Hagrid ça et le fait qu'il lui confie son animal prouvait encore une fois à quel point le demi géant avait confiance en lui. Il prit finalement le bébé dans ses bras, retournant s'asseoir à la table. Il le serra contre lui, laissant ses larmes et sa peine couler alors qu'il cajolait le chiot calme contre lui. Il observa le gros collier de cuir qu'il portait déjà, une petite médaille avec son nom y pendant. Il y eut un long moment de silence avant qu'il ne se reprenne enfin, essuyant ses larmes d'un revers de manche.

- J'ai entendu dire que ça n'allait pas trop au Royaume-Unis, dit-il pour changer de sujet.

- Et bien tout recommence à déraper, soupira Minerva. Mais ce n'est pas étonnant avec la politique et la mentalité du pays. Nous espérons juste que les choses n'iront pas trop loin mais une nouvelle guerre est à craindre dans les dix prochaines années si le gouvernement persiste.

- Qui est Ministre ?

- On est en pleine élection et c'est Hermione Granger la mieux placée pour gagner, répondit Poppy en le surprenant.

- Elle aura fait vite dans ses ambitions et la connaissant, ça n'arrangera pas les choses avec elle et son idée très arrêtée sur tout ce qui ne lui convient pas, dit-il avec une grimace.

Si Hermione avait autrefois été comme une sœur pour lui, ce n'était plus du tout le cas bien au contraire et il savait qu'elle était vraiment une extrémiste blanche très ambitieuse maintenant. Elle ferait certainement la chasse aux mages noirs ou sois-disant et à toutes les créatures magiques qu'elle jugeait mauvaises.

- Malheureusement, soupira Minerva. Je n'aurais jamais cru qu'elle pouvait devenir une telle personne à l'école.

- Personne ne s'en doutait, remarqua Evan. Il a fallu que je me le prenne en pleine face pour réaliser à quel point ils étaient tous faux, gronda-t-il sans qu'elles ne relèvent. Enfin, ce n'est plus mon problème maintenant. Tout ça ne me concerne plus.

- C'est vrai, approuva Poppy bien d'accord avec ses nouveaux choix de vie qui en plus le rendaient visiblement très heureux. Tu as bien eu ta nationalité américaine ?

- Oui, tout en bien en ordre maintenant que ce soit dans le monde magique ou moldu. Pourquoi ?

- On ne sait jamais, répondit-elle. Je préfère te savoir sous l'autorité et la protection d'un pays qui te respecte et qui n'est pas devenu fou, expliqua-t-elle en les faisant sourire.

- Tout ira bien pour moi ne vous en faîte pas. J'ai vraiment une super vie ici maintenant. J'ai le bar, j'ai des amis, des vrais cette fois, une famille qui me comprend, qui me protège et qui ne me demande rien. Je vis dans une ville magnifique. C'est ce dont j'ai toujours rêvé, dit-il avec un doux sourire.

- C'est un bel endroit, remarqua Minerva en regardant autour d'elle. Un peu exotique pour nous, s'amusa-t-elle, mais très beau.

- Merci, dit-il.

- Ev' ! appela soudain une voix. T'es où bébé ?

- Dans le bar ! répondit-il.

Il pouffa un peu à l'expression surprise et ahurie des deux dames au surnom. Après tout, il n'avait jamais vraiment parlé de Barney et des autres. Il leur avait dit qu'il avait trouvé un merveilleux compagnon et des amis mais il n'avait donné aucun détail. Toute deux parurent encore plus surprises en voyant Barney arriver tout en muscle et visiblement bien plus vieux que leur protégé. L'homme sembla lui même surpris de les voir mais il se concentra entièrement sur Evan, se faisant inquiet en voyant les traces de larmes sur ses joues.

- Ev' ? Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il en accourant.

Evan déposa le chiot et se leva pour plonger dans l'étreinte protectrice et chaude de son homme, y trouvant immédiatement une bonne dose de réconfort. Barney le serra contre lui et lui caressa les cheveux en sentant qu'il n'était pas bien, Minerva et Poppy observant attentivement celui qui était vraisemblablement le compagnon de leur protégé. Elles savaient qu'il en avait un mais elles ne s'attendaient pas à une telle montagne de muscle et surtout, elles ne s'attendaient pas à une telle différence d'âge. Cependant, l'évident amour qu'elles voyaient en lui pour Evan les convainquis sur le champs. Il avait deviné d'un coup d'œil qu'il n'allait pas bien et Evan ne cherchait pas du tout à se cacher avec lui, la chose inédite pour elles. Elles virent l'homme resserrer son étreinte autour de lui avec affection et une protection évidente. Trouver Evan dans cet état ne sembla pas lui plaire du tout et il releva un regard lourd sur elles :

- Qui êtes vous ? demanda-t-il durement.

Elles sursautèrent sous son regard perçant et Minerva se décida a répondre mais Evan l'interrompit :

- Ce sont des amies, répondit-il. Tu sais, les seules amies que j'ai et qui m'ont aidé à me soigner dont je t'ai parlé.

- Alors qu'est-ce qui ne va pas ? lui demanda-t-il.

- Tu sais, je t'avais dit qu'ils étaient trois et ben, elles sont venues m'annoncer la mort du troisième, dit-il doucement.

Immédiatement, le visage de Barney s'éclaira de compréhension et il resserra son étreinte sur lui, embrassant sa tempe. Ils restèrent ainsi un moment avant que le plus jeune ne recule.

- Je vais te présenter, dit-il en forçant un sourire.

Il se tourna vers la table, prenant la main de Barney dans la sienne :

- Je te présente Minerva et Poppy, dit-elle. Ce sont elles qui m'ont aidé après ma démission et c'est Poppy qui m'a soigné. Minerva, Poppy, je vous présente Barney Ross, mon compagnon depuis deux ans et demi maintenant.

- Enchanté, salua Barney. Ça va aller ? demanda-t-il ensuite à Evan.

- Ouais... ouais, dit-il avec un sourire. Je savais qu'il ne vivrait pas éternellement mais je ne m'y attendais pas. Tu veux un café ? demanda-t-il.

- Je vais me le chercher, assied toi, répondit-il en allant vers le bar.

- Est-ce qu'il sait ? demanda Minerva tout bas lorsqu'il fut occupé à son café.

- La version moldu en partie seulement, répondit Evan en se rasseyant pour qu'elles sachent ce qu'elles pouvaient dire ou non. Les grandes lignes.

- Eh ! s'exclama soudain Barney en attirant l'attention.

On le vit se baisser derrière le bar et se redresser en tenant un chiot par la peau du cou.

- Qu'est-ce que tu fais là toi ? demanda-t-il.

- C'est Pimousse, expliqua Evan en souriant à la scène. C'est notre nouveau compagnon. Mon ami voulait me l'offrir, dit-il tristement.

- Alors bienvenu à la maison Pimousse, dit-il simplement en le prenant correctement dans ses bras pour le caresser un instant.

Griffin sourit, se disant encore une fois qu'il avait un compagnon vraiment génial pour accepter si simplement. Barney reposa le chiot lorsque son café fut prêt, revenant ensuite vers eux avec une boule de poil trottinant derrière lui. Il vint s'asseoir près d'Evan, posant une main sur sa cuisse.

- Tu as vraiment l'air en meilleure forme que lorsque tu es parti, remarqua Poppy. Tu as repris du poids et des couleurs.

- Oui, sourit-il. Je vais beaucoup mieux maintenant et Barney s'occupe bien de moi, dit-il en regardant son amant. Je n'ai fait que deux crises sérieuses depuis que je vie ici et la dernière remonte déjà à deux ans.

- Mais tu en fais toujours des petites n'est-ce pas ? s'inquiéta-t-elle.

- Oui mais ça va, assura-t-il. Et puis on savait que je traînerais ça à vie. C'est devenu largement supportable aujourd'hui alors ne t'en fais pas Poppy. Et je ne fais presque plus de cauchemar non plus.

- Et bien cette ville semble te réussir, sourit Minerva.

- Non, c'est Barney et les autres qui me réussissent, dit-il en prenant la main de son homme. Ils ont changé ma vie. J'irais bien maintenant, dit-il.

Les deux dames sourirent, ravies de le trouver en si bonne forme et l'air vraiment heureux pour une fois dans sa vie. Elles discutèrent un moment avec le couple avant de devoir repartir, Evan les étreignant avec affection en leur promettant de prendre soin de lui et de donner des nouvelles. Il se retrouva ensuite seul avec Barney et ils regagnèrent leur appartement avec une boule de poil noire qui les suivait. Griffin donna de l'eau au chiot avant de venir se terrer dans les bras de son amant qui l'accueilli bien volontiers, sentant sa tristesse. Ils restèrent ainsi un moment dans le canapé avant que Barney ne demande :

- Il avait quel âge ton ami ?

- Quatre vingt cinq ans. Il aurait certainement vécu encore bien longtemps si des séquelles de la guerre ne s'étaient pas rappelées à lui. C'est un roc, sourit-il doucement. Il était encore plus grand et plus costaud que toi, rit-il. Mais c'était quelqu'un de profondément gentil et bienveillant, incapable de faire du mal à une mouche. Il m'a connu, j'étais à peine né et il a toujours été un ami fidèle. Il a encaissé mes plus gros accès de fureur et d'instabilité pendant mon sevrage, sans jamais se plaindre. Il était toujours là, toujours. C'était vraiment quelqu'un de remarquable qui a eu la vie dure. Il adorait les animaux.

- D'où le toutou, dit-il en regardant le chiot qui dormait sur le tapis.

- Oui. Quand j'étais ado, il avait un autre chien comme ça qui s'appelait Crokdur. Le plus grand froussard du monde, rit-il. Mais un super compagnon. Il a acheté celui là juste avant que son état ne se dégrade d'après Minerva. Il voulait que ce soit moi qui l'ait. On ne peut le savoir qu'en le connaissant mais pour lui, confier son animal à un autre, c'est comme confier son bébé. Encore une preuve de sa confiance. Ça ne te dérange pas qu'il reste ?

- Pas du tout. Il paraît que c'est une super race de chien de garde en plus. Comme ça il veillera sur toi quand je ne serais pas là. Par contre, je ne suis pas sûr que Pimousse soit un non approprié pour un molosse comme lui.

- Il avait toujours le chic pour trouver des noms simples à des animaux dangereux, s'amusa Evan. C'est tellement lui. Moi je trouve ça drôle.

- Alors va pour Pimousse, approuva-t-il.

Un silence plus tranquille tomba entre eux, Barney câlinant son amant.

- Tu es sûr que ça ira ? demanda-t-il finalement.

- Ouais, répondit Griffin. Je sais qu'il n'aurait pas voulu que je déprime pour sa mort. Il n'a pas voulu qu'on me prévienne avant l'enterrement parce qu'il voulait que je garde cette image de lui que j'avais. Quelqu'un de fringuant et souriant. Il ne voudrait pas je sois trop triste et je sais qu'il n'avait pas de regrets. Il est bien une des seules personnes que je connaisse qui a toujours fait ce que lui dictait son cœur, avec sincérité. C'était vraiment un grand homme. Je ne serais peut-être plus là sans lui.

Ce soir là, lorsque l'équipe vint au bar, tous remarquèrent que Griffin n'était pas dans son assiette et Barney leur glissa qu'il avait reçu la nouvelle de la mort d'un vieil ami. Evan fut touché que chacun à leur manière, ils lui apportèrent leur réconfort et leur soutient. Ce n'était pas de grandes effusions, juste un geste, un regard, un mot même maladroit mais il savait qu'ils étaient là pour lui et cela lui suffisait très largement. Ce fut aussi cette soirée là que l'équipe et les clients du bar découvrirent Pimousse présenté par Evan. Seulement, le chiot qui semblait avoir déjà adopté son nouveau maître et Barney, ne semblait pas très enclin à aller voir les autres. Ce fut l'hilarité générale lorsqu'il se mit à grogner sur Gunnar qui tentait de le caresser, les grognements ressemblant plus à des couinements. Mais le petit bout semblait déjà avoir pas mal de courage. Evan expliqua à ses amis d'où il venait et tous comprirent qu'il était un cadeau et un souvenir de son ami disparu. Et il devint donc habituel de voir le chien dans la salle du Rusty's, Evan lui ayant installé un panier derrière le bar.