Bonjour à toustes !
Encore une fois, merci infiniment pour vos reviews, cela me touche tellement.
Il y a actuellement un bug sur ffnet qui n'envoie pas les mails d'alerte pour les nouveaux chapitres, ainsi je vous invite à vérifier que vous avez bien lu les derniers chapitres… Je ne sais pas quand le bug sera résolu mais ça semble durer depuis au moins mon chapitre 4 (Nostalgie, détente et draps étrangleurs)…
Petit moment publicité aujourd'hui : je termine en ce moment la bêta lecture d'une fanfic longue Scorbus (Scorpius/Albus), donc de la next-gen (et un petit poil de Harry et Drago, mais pas de drarry). Une histoire magnifique écrite par Havirnyrce Vince (lui même dans mon équipe de bêta). Mes cher·e·s lecteurices, si vous ne voulez pas manquer ça quand il publiera, mettez le dans vos alertes. Et je vous affirme que vous ne voudrez pas passer à côté !
De toute façon je ne manquerai pas de vous tenir au courant !
Un dernier mot : hier c'était la journée internationale de visibilité trans. J'en profite pour redire mon soutien en tant qu'alliée et à condamner de nouveau les propos de Rowling sur ce sujet.
Je vous laisse maintenant avec le chapitre 6 et Harry et Drago commencent à mettre leurs différents de côté. Un peu ^^
Bonne lecture !
Chapitre 6 — Sommeil sans rêves
Dimanche 10 novembre 2019
James est pressé. Il n'a pas beaucoup de temps pour intercepter Teddy avant d'aller chez leur père. C'est devenu une habitude, environ une fois par mois, les enfants Potter — et Teddy Lupin — passent une partie du dimanche avec Harry. Ils prennent le goûter, discutent, font des jeux de société et dînent ensemble. Comme au bon vieux temps, comme pendant les vacances scolaires. Il ne manque plus que leur mère pour que la famille soit de nouveau au complet. James n'en veut pas à ses parents de s'être séparés. Il était encore très jeune et ne s'en rappelle pas. Et ni Harry ni Ginny n'ont jamais mis leurs enfants de côté, aucun des trois. Ils étaient chez leur père ou leur mère en fonction des emplois du temps respectifs des deux adultes. Teddy est venu vivre avec sa famille quand James avait quatre ans et il était déjà chez eux presque tous les week-ends avant ça. James ne se souvient quasiment pas de la vie sans Teddy. Le jeune homme a eu une enfance heureuse, avec deux frères et deux parents qui aimaient leurs enfants, à défaut de s'aimer entre eux.
Mais cette après-midi, James est soucieux, il a entendu des rumeurs. Et il est sûr que Teddy sait quelque chose ! Il le débusque dans la cour du château, il semble revenir de l'extérieur. Il pleut à verse pourtant, le parc doit être désert.
— Hey, Ted ! Par ici !
Son frère le rejoint à l'abri d'une coursive. Il est entièrement sec et James devine un sort d'imperméabilité. Il a hâte de savoir faire ça lui aussi, rien que de traverser la cour l'a trempé jusqu'aux os.
— Tu étais où ? demande James pendant qu'ils prennent ensemble le chemin du retour.
— Avec Victoire.
— Encore ? Tu n'étais pas avec elle le week-end dernier déjà ?
— Si. Et c'est pas tes oignons, je fais bien ce que je veux. Je suis majeur, moi.
— Tu parles... C'est plutôt que ta main droite ne te suffit pas, oui !
— James ! s'étrangle Teddy.
— Ted, j'ai quinze ans ! Me prends pas pour un bébé, je sais très bien ce que vous faites. J'aimerais pouvoir aussi, d'ailleurs.
— Emily ne veut pas coucher avec toi ?
— Si si, elle est d'accord. Sauf qu'on a aucun moyen d'y parvenir, il y a trop de monde partout ici. Et j'ai pas envie que notre première fois se fasse n'importe comment...
Teddy s'arrête et pose sa main sur l'épaule de James avec un air grave. Ce dernier se sent un peu intimidé tout à coup. Pourquoi a-t-il amené ce sujet sur le tapis ? Il n'a aucune envie de parler de sexe avec son frère, c'est beaucoup trop embarrassant.
— Prochaine sortie à Pré-au-Lard, je te file les clés de mon appart' et je fais en sorte que vous soyez tranquilles. Ça te va ?
— Heu... oui.
James ne sait pas où se mettre. Il bredouille un merci, gêné, et reprend le chemin vers les appartements de leur père. Ils vont finir par être en retard. Et James n'a toujours pas parlé de ce qui l'inquiète.
— Dis-moi, pourquoi est-ce que les Aurors ont fait le tour de Poudlard mercredi ?
— Comment veux-tu que je le sache ?
Mais Teddy a une voix peu assurée. Il ment. Et James le sait.
— Encore une fois, j'ai quinze ans, pas cinq. Il se passe un truc. Et je suis sûr que tu es au courant.
— Tu promets de ne rien dire à Albus ?
— Alors ça concerne bien Papa ?
— Oui. Jure-le, James.
— Je promets de ne rien lui dire. Mais il risque de le découvrir tout de même. Ce gosse est beaucoup trop malin.
James sourit et il voit son frère en faire autant. Le petit dernier de leur fratrie est vraiment intelligent, James se demande une nouvelle fois pourquoi il n'est pas à Serdaigle avec leur cousine Rose.
— Il a reçu des menaces, confie Teddy à voix basse, des menaces de mort.
— QUOI ? hurle James en arrêtant de marcher.
— James… Moins fort !
James baisse la tête, un peu penaud, et reprend son chemin. La peur s'infiltre en lui et lui gèle les entrailles, lui coupe la respiration. Ça va encore recommencer comme quand il était petit, quand son père était Auror et qu'il risquait sa vie au quotidien. Il en faisait des cauchemars.
— Il semblerait qu'il y ait eu une attaque il n'y a pas longtemps, mais je n'ai pas eu les détails.
— Tu crois que c'est sérieux ?
— Je ne sais pas, c'est possible. Dans le doute, on devrait essayer de ne jamais être seuls, tu crois pas ? Au cas où les Potter soient tous visés.
— Mais comment on va protéger Albus si tu ne veux pas qu'il le sache ?
— Tu as déjà vu Al se déplacer seul dans Poudlard, toi ?
James pouffe discrètement. Ça le détend un peu et sa peur reflue. L'idée d'imaginer son frère seul dans le château est risible : ce dernier est toujours collé à Scorpius, ou Rose, ou les deux. Ces trois-là sont quasiment indissociables. Tant mieux.
— Et les Weasley ? s'inquiète tout de même James.
— On pourrait prévenir nos cousines les plus âgées, chacun de notre côté, elles garderont un œil discret sur les plus jeunes.
— Très bien, j'en parlerai à Roxanne et Molly ce soir en Salle Commune.
— J'essaierai de trouver Dominique le plus vite possible, il m'arrive encore d'aller dans ma vieille Salle Commune, ça ne sera pas trop étrange de m'y voir.
James et Teddy arrivent rapidement à la tour Gryffondor et décident de changer de sujet de conversation pour ne pas alerter Albus ou Harry.
Le soir même, le jeune Gryffondor prévient ses cousines. Teddy fait de même en se faufilant chez les Poufsouffle. Et un réseau de surveillance et d'échange d'informations se met en place rapidement entre les membres de ce petit clan soudé. Si un Potter est attaqué, alors la famille entière est attaquée, et ça, iels ne le permettent pas !
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Lundi 11 novembre 2019
Drago est inquiet. Il ne devrait pas l'être, et pourtant, il l'est. Il est huit heures et Harry ne s'est pas montré au petit déjeuner. La Grande Salle se vide, c'est bientôt l'heure d'aller en cours. Le lundi matin, son collègue de DCFM n'a pas d'élèves, mais vu l'énorme masse de travail qu'il a, il est improbable qu'il fasse une grasse matinée. D'autant plus qu'il a déjà manqué le dîner la veille. Drago est son tuteur et son absence le tracasse. Et cela l'agace de devoir s'inquiéter pour cet espèce de troll !
— Neville, sais-tu pourquoi Potter est encore absent ?
— Aucune idée. Il est peut-être dehors ? Il court le matin.
— Oui, je suis au courant, grommelle Drago, merci Neville.
Il se souvient de ce matin-là, quand il a croisé son collègue trempé jusqu'aux os à cause de sa maladresse. Mais la vie de Harry ne l'intéresse pas. Sauf qu'il se sent obligé de savoir ce qui se trame, alors il se lève et se rend à l'extérieur. Il lance un sort pour imperméabiliser ses vêtements et un autre pour se tenir chaud et jette un coup d'œil rapide depuis la cour. Le parc semble vide, seule la cabane de Hagrid crache de la fumée grise, témoin de la présence du garde-chasse.
Drago souffle et peste intérieurement. Potter lui casse les pieds !
Il retourne dans le Hall, vérifie en passant devant la Grande Salle qu'il n'y est pas et se hâte jusqu'à la tour Gryffondor. Drago va être en retard à ce rythme-là ! Pourquoi ne peut-on pas transplaner dans Poudlard ? Il se le demande. Ça lui faciliterait grandement la tâche.
Quand il arrive devant la porte, il tambourine sans aucune délicatesse. Le battant s'ouvre au bout d'une minute ou deux. Harry a les cheveux en bataille et est en pyjama. Drago s'est inquiété pour rien, il a juste oublié de se réveiller !
— Ah, c'est toi Malefoy, qu'est-ce que tu veux ? demande Harry après avoir approché son visage de Drago.
Ce dernier se force à ne pas reculer face à cet envahissement de son espace personnel. Mais la tête se retire très vite. Et Drago réalise que l'autre n'a pas ses lunettes.
— Où sont tes binocles, Potter ?
— Hein ? Ah, je les ai oubliées sur la table de nuit. Qu'est-ce qui se passe ?
— Il est plus de huit heures quinze, tu n'étais ni au petit-déjeuner ni dehors. Je venais vérifier que tes draps n'avaient pas encore essayé de t'assassiner dans ton sommeil.
Drago ne peut pas s'empêcher de le taquiner. Vivre sans l'asticoter n'est pas possible. Mais au lieu de sourire, comme Drago s'y attend, Harry fronce les sourcils et son regard se durcit. Pourtant, le Serpentard était presque sûr que cela le ferait rire. Ils passent leur temps à s'envoyer des piques sans méchanceté et en général l'un et l'autre trouvent ça drôle, Drago le sait.
— Entre.
Harry retourne dans son appartement, lui laissant le champ libre. Intrigué, Drago le suit et ferme la porte derrière lui. Il va définitivement être en retard en cours.
Le Gryffondor revient dans le salon quelques secondes plus tard, ses lunettes sur le nez et un pull tricoté par Molly sur le dos. Et sa baguette, qu'il n'a pas lâchée.
— Pourquoi as-tu suggéré que les draps m'avaient de nouveau attaqué ?
— Pour blaguer, Potter !
Mais Harry ne rit pas. Drago réalise que quelque chose est arrivé. Encore.
— Tu ne veux pas dire que...
— Si, cette nuit. J'ai passé plusieurs heures ensuite à chercher partout d'où ça pouvait venir.
Cela explique sa tête de zombi. Et son absence ce matin.
— Comment as-tu fait pour t'en débarrasser cette fois ? Et tu as trouvé quelque chose ?
— J'ai collé mon holster de baguette à la tête de lit, pour l'avoir toujours à portée de main. Et je n'ai rien détecté du tout, le sortilège a été très bien pensé. J'ai même retourné l'intégralité de la chambre pour être sûr.
Drago est atterré. Il s'assoit lourdement sur un fauteuil sans même demander la permission. Les choses sont en train de dégénérer très vite, cela fait déjà deux fois que ça arrive. Combien de temps les Aurors vont-ils mettre pour soupçonner Drago ? Avec son passé, il est le suspect le plus évident.
Harry observe Drago, étonné. Il n'a pas l'air dans son assiette.
— Malefoy, ça va ?
— Oui, oui, répond Drago distraitement.
Il faut qu'il se ressaisisse. Il n'y a pas de raison qu'on l'accuse, il est innocent. Mais s'il aide Harry, peut-être que ce dernier en fera part aux Aurors et qu'on le laissera tranquille ?
— Il s'est passé quoi exactement ? demande Drago en se redressant.
— J'ai été réveillé en plein rêve avec la sensation d'étouffer. Les draps serraient ma gorge, mes poignets et la couverture me clouait presque au lit.
Drago réfléchit. Qu'avait dit Harry la fois d'avant déjà ? Il se souvient de leur point de désaccord à propos de la situation et du cauchemar.
— Rêve ou cauchemar ?
— Cauchemar, mais je ne vois pas ce que ça cha... Oh Merlin ! Mais oui, c'est ça !
— Ça pourrait aussi être un hasard ? Deux expériences identiques ne suffisent pas à créer une règle absolue.
— Il ne s'agit pas de potions ici, Malefoy, mais d'un sort de magie noire assez puissant pour être indétectable et qui agit sur la durée. Ou qui a été lancé à plusieurs reprises, mais j'en doute. Quand j'étais Auror, j'ai appris qu'en général le hasard n'existait pas.
Drago suit des yeux son collègue qui marche en long et en large dans son salon. Harry est surexcité, il tient peut-être un semblant de piste !
— Admettons. Tu vas aller voir Neville et Minerva immédiatement avec ces nouvelles informations. Il faut transmettre aux Aurors.
Harry le regarde un instant puis finit par hocher la tête. Ils sortent de l'appartement en même temps, Harry est toujours à moitié en pyjama avec son pull, il a totalement oublié de s'habiller. Ils font une partie du chemin ensemble puis Harry bifurque pour aller au bureau de la directrice tandis que Drago se hâte de rejoindre les cachots. Il est très en retard et la première année l'attend.
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Vendredi 15 novembre 2019
Ce matin, Drago est décidé. Il a passé la semaine à faire des recherches pour parfaire son cours à la septième année. Il va leur faire préparer une potion inédite, qu'il n'a jamais testée en pratique avec ses élèves. Il en a appris la théorie et la pratique pendant ses études, mais la fabrication et surtout la vente de cette potion étant réglementée, il n'a jamais tenté de le faire avec ses élèves. Cependant, il en a besoin. Enfin, il connaît quelqu'un qui en a besoin.
Depuis la nouvelle attaque nocturne, les Aurors sont revenus à Poudlard, les mêmes que la fois précédente. Drago a encore été interrogé, mais il a bien senti qu'il n'était pas sur la liste des suspects pour le moment. Est-ce que Harry a parlé en sa faveur ? Il ne sait pas, il l'espère. En tout cas, cela fait presque une semaine et si Harry a raison, alors chaque nouveau cauchemar peut lui ôter littéralement la vie. De ce qu'il sait, ce n'est pas de nouveau arrivé, mais le risque demeure. Il devient urgent que ce dernier se débarrasse temporairement de ses rêves.
Le brouhaha des élèves qui s'installent dans la classe sort Drago de ses pensées. Le silence revient de lui-même : ces étudiant·e·s, Drago les a depuis la première année, iels connaissent les règles. Le calme est impératif pendant la théorie, mais les chuchotements sont autorisés lors des cours pratiques. Par ailleurs, l'entraide et les questions sont encouragées. Drago aime quand son cours est vivant.
— Aujourd'hui, nous allons préparer une potion que vous avez étudiée pour vos BUSE : la potion de Sommeil sans rêves. Pouvez-vous m'indiquer les restrictions règlementaires qui s'appliquent à cette décoction ?
Quelques mains se lèvent. Drago donne la parole à une jeune femme de Serpentard qui ne parle pas très souvent. Il aime soutenir les élèves timides dans leurs tentatives de se dépasser.
— Elle ne peut être confectionnée et commercialisée que par des potionnistes de niveau supérieur, soit cinq ans d'études, car elle est difficile à maîtriser. Sa vente est limitée par la prescription d'un médicomage, psymage ou infirmier-sorcier avancé.
— Bonne réponse, dix points pour Serpentard. Maintenant, qui peut me dire pourquoi elle est aussi contrôlée ?
— Les rêves permettent à notre cerveau de se reposer de la journée écoulée et s'en souvenir est parfois nécessaire pour diverses raisons. Or cette potion peut, en fonction de la dose, totalement supprimer les songes ou simplement empêcher qu'ils s'imprègnent dans la mémoire. Ne pas rêver du tout pendant un temps prolongé est dangereux pour la santé mentale.
— Bonne réponse, dix points pour Poufsouffle. Il manque encore un élément cependant, quelqu'un a une idée ?
Seul le silence lui répond. Drago sourit, il sait que ses élèves ont appris toute la théorie en cinquième année, mais ça fait déjà deux ans. Finalement c'est une bonne idée cette petite révision.
— En cas de surdosage, cette potion peut provoquer un coma, voire la mort. Heureusement, dans ces cas-là, les quantités à prendre sont réellement très importantes et il est interdit de vendre en une seule fois autant de potion. En théorie.
Des murmures parcourent les rangées. Visiblement, iels avaient totalement oublié ce « détail ». Drago tape dans ses mains pour attirer l'attention de ses étudiant·e·s.
— Dernière question avant de démarrer. Quels sont les ingrédients ?
Trois élèves répondent, ajoutant au fur et à mesure tous les composants à la liste. Celle-ci s'inscrit au tableau automatiquement : mucus de veracrasse, brin de lavande, brin de valériane, ingrédient standard, eau du fleuve Léthé, pierre de Lune en poudre.
— La potion étant d'une difficulté avancée, nous allons procéder un peu différemment aujourd'hui, annonce Drago. Je vais également la préparer, pendant que vous suivrez les instructions inscrites au tableau, afin de vous montrer les étapes. N'hésitez pas à poser toutes les questions que vous voudrez. C'est parti !
Tout le monde sort ses affaires et le bruit des chaudrons, des planches et des couteaux, des mallettes d'ingrédients envahissent la salle. Drago a déjà tout préparé de son côté : son chaudron est posé sur son socle, son matériel propre et ordonné sur le bureau. Il allume son feu et attend. Il ne veut pas démarrer tant que les élèves ne sont pas prêts, ça serait totalement contre-productif.
Une heure et quinze minutes plus tard, Drago passe dans les rangs pour juger d'un coup d'œil les résultats. La potion de Sommeil sans rêves est violette et un peu nacrée, quand elle est réussie. Et légèrement visqueuse : nappant la touillette. Neuf préparations sur dix sont ratées, mais Drago s'y attendait. Elle est très difficile à réaliser et exige une maîtrise et une précision extrême. Il demande aux étudiant·e·s ayant des résultats corrects de déposer un échantillon étiqueté sur son bureau, il les évaluera. Sa potion à lui est réussie, il en est certain. Mais il la testera aussi pour contrôler son innocuité.
— Vous avez très bien travaillé, c'est un exercice d'une grande difficulté que je vous ai demandé. L'épreuve d'ASPIC elle-même sera plus facile. Mais vous êtes tous très doués et je voulais vérifier vos capacités. La semaine prochaine, nous continuerons sur cette potion et nous en reverrons la théorie. Je souhaite que vous prépariez en amont un parchemin sur les différences entre la potion de Sommeil et celle de Sommeil sans rêves. Axez vos recherches sur les ingrédients et la raison de ces différences. Si vous expliquez les similitudes et les liens avec le Philtre de Paix et la potion d'Amnésie, j'accorderai des points en plus à vos Maisons. Nous corrigerons ensemble vendredi prochain.
…
Le soir même, Drago dépose une fiole d'un liquide violet dans le casier de Harry, avec une étiquette et les instructions. Il espère que son stratagème va fonctionner et qu'il ne s'est trompé nulle part. Malgré toutes ses vérifications, une infime erreur est toujours possible et les conséquences pourraient être dramatiques. Et surtout ce qu'il fait est totalement illégal. Mais Drago garde en tête l'idée un peu folle et saugrenue que, s'il l'aide, Harry le protégera d'accusations infondées. Drago ne veut surtout pas retourner en prison, pas maintenant, pas après tout ce qu'il a fait pour se réintégrer. Et surtout son fils compte sur lui, il ne peut pas le laisser.
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Dimanche 17 novembre 2019 — Harry
Je regarde cette fiole violette depuis que je l'ai trouvée. Posée sur ma table de nuit, j'hésite. Je ne sais pas où Malefoy s'est procuré cette potion, sa vente est très réglementée. Sauf que j'ai encore eu un cauchemar vendredi et j'ai de nouveau été étranglé dans mon sommeil. Cela fait trois fois. Pourtant, j'avais anticipé le problème, je n'ai pas dormi dans mon lit depuis la deuxième fois. Le canapé est plutôt confortable et je peux dormir à peu près n'importe où. Mais cette fois c'est le plaid qui a essayé de m'étouffer.
Je n'ai rien dit ce coup-ci, inutile d'inquiéter les autres et de faire revenir Tulipe pour rien. À deux reprises, les Aurors ont fouillé Poudlard et scruté mon appartement. Sans résultat. Et les examens du parchemin ne donnent pas grand-chose : pas d'empreinte digitale ou magique, pas d'ADN. Une analyse graphologique est en cours, mais les informations préliminaires ne sont pas encourageantes. Ce groupe, les Partisans Noirs, a bien préparé son coup, laissant le moins d'indices possibles.
Ce qui me pose le plus question, c'est ce sortilège. Combien de temps fait-il effet ? Et qui l'a lancé ? Il est d'une complexité élevée et indétectable. Poudlard est incartable, protégé du transplanage et des portoloins, quasiment inaccessible sans passer par les grilles du parc ou la cheminée de la directrice. Il semble logique qu'un élève — ou plusieurs — soit responsable de tout ça, mais le niveau de magie et les connaissances pour y parvenir ne sont pas compatibles avec cette hypothèse. Des adultes pourraient-ils être mêlés à cette histoire ? Dans le château ou à l'extérieur ? Où se réunit le groupe ? Je dois chercher, il y a forcément des endroits qui sont parfaits pour préparer des plans en cachettes. Je le sais, je l'ai fait.
Je me décide, je vais prendre la potion cette nuit, une gorgée seulement. Je verrais si cela suffit à empêcher mes rêves d'essayer de me tuer. Parce que je ne sais toujours pas si ce sont les lieux qui sont ensorcelés ou si mes cauchemars viennent contaminer mon appartement et donner vie au linge de maison. Je ne peux pas continuer à vivre ici si je risque ma vie au gré de mes cauchemars, il faut que la potion marche !
Et dès que possible, je me mets à la recherche de ce groupe.
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Mercredi 20 novembre — Drago
Mon casier contient un petit parchemin ce matin. Étrange. Une plume écornée a gribouillé quelques mots dessus, j'ai du mal à déchiffrer. Je m'y reprends à plusieurs fois. C'est Potter.
« Où as-tu trouvé cette potion, Malefoy ? J'ai jamais eu de Sommeil sans rêves comme ça. Je dors tellement profondément que je me réveille beaucoup trop en forme, c'est louche. Avoue, tu veux que je tombe dans le coma ? »
Je grimace, ce Gryffondor est si agaçant ! Et ce type a été Auror-détective pendant dix ans... Comment a-t-il pu résoudre une seule affaire avec si peu de jugeote ? Je me le demande. Sur une impulsion, je décide de lui répondre au dos de son parchemin froissé. Mais moi, j'écris proprement.
« Si j'avais voulu que tu sois dans le coma, tu ne te serais pas réveillé, espèce de troll décérébré ! »
Je dépose le mot dans son casier, il est fort probable qu'il vienne le chercher dans la journée. Je vais faire en sorte de rester dans le coin ce soir, je ne veux pas rater sa tête. De toute façon, je travaille beaucoup plus dans la salle des professeurs ces derniers mois, Potter a tout le temps des questions et besoin d'aide pour ses cours. Je le comprends et le tutorat est là pour ça. Donc je reste à sa disposition le plus possible. J'ai l'impression de passer ma vie avec lui depuis la rentrée, c'est insupportable.
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Jeudi 21 novembre — Drago
Malheureusement, je n'étais pas présent quand il a lu ma note, quelle déception ! En revanche il m'a répondu. Un nouveau parchemin se trouve dans le casier. Enfin si l'on peut appeler ça un parchemin : une minuscule bande de papier qui semble avoir été mâchonnée. Où a-t-il récupéré ça ?
Je le prends avec précaution, il a l'air si abîmé que je crains qu'il soit humide. Mais en fait, il ne l'est pas. Je le déplie et déchiffre avec difficulté.
« Fais gaffe, Malefoy, tu laisses des preuves »
Je m'assois brutalement, mon cœur menaçant de crever ma cage thoracique. Il me faut plusieurs minutes pour comprendre que c'est une blague et qu'il ne va pas me dénoncer aux Aurors. Il a même dessiné un genre de visage qui rigole dans le coin. Mais c'est tellement mal fait que je ne l'ai pas vu au premier abord, j'ai cru que c'était une rature. Par Salazar, je m'imaginais déjà de retour à Azkaban, j'en ai encore des sueurs froides.
Ce type me fait vraiment profondément chier !
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Harry
J'ai du mal à me l'avouer, mais j'avais hâte de finir ma journée pour aller à la salle de profs vérifier mon casier. J'ai laissé ma réponse à Malefoy assez tard hier soir et il a dû l'avoir ce matin. Cela fait deux jours qu'on s'envoie des notes totalement immatures, sans jamais en parler de vive voix quand on se croise. J'ai du mal à comprendre pourquoi j'agis ainsi avec lui. Et visiblement il n'est pas en reste. Allons-nous un jour avoir une relation saine et sans heurts ? Bien que je ne considère pas que notre relation actuelle soit problématique : je sens le respect mutuel entre nous. Je sais que c'est un jeu, un fonctionnement un peu particulier dû à notre passé.
Avec fébrilité je récupère un carré de parchemin propre et qui semble neuf. Bon, il a dû détester que je gribouille une réponse rapidement sur une chute de papier qui a subi un désastre à base de thé brûlant la semaine passée et que j'utilise du coup comme brouillon.
Sa calligraphie est toujours appliquée, élégante et très lisible. Contrairement à la mienne. Une différence de plus.
« En fait, tu aurais pu simplement me remercier pour la potion et la boucler. Même par écrit tu es incapable de réfléchir avant de parler, visiblement. Tu me les brises, Potter. »
Je jette un œil autour de moi, la salle est presque déserte. À cette heure là, mes collègues sortent juste de cours et sont souvent encore avec leurs élèves. Ça se remplira plus tard.
Je m'assois à une table, je me sens un peu mal. Je l'ai blessé je crois. À force de s'envoyer des piques, j'ai de nouveau été trop loin. Je pensais pourtant que ça ne le dérangeait pas. Je vais attendre qu'il arrive.
Pour passer le temps, je sors les devoirs que la troisième année m'a rendus ce matin, sur les Strangulots. Je pose ma correction type à côté et je commence à annoter les copies. Neville avait tellement raison, ça va beaucoup plus vite ainsi. Je suis bien plus à l'aise maintenant avec mon rythme de travail. Je ne m'ennuie pas, la préparation des cours me prend tout mon temps libre, littéralement, mais je m'en sors.
Le temps passe sans que je m'en rende compte, la pièce s'est remplie. Je lève soudain les yeux et je vois Malefoy assis à deux chaises de moi. Il m'observe. Depuis quand ? J'ouvre la bouche puis je la referme avant de faire une autre bourde. À la place je me souviens du parchemin.
— Merci, je dis simplement en le fixant droit dans les yeux.
Il hausse un sourcil, visiblement perdu. Puis son regard s'éclaire : il a compris. J'attends un peu qu'il réponde, mais il laisse passer du temps. Je ne sais pas s'il réfléchit ou s'il me fait volontairement mariner. Histoire de m'embêter. Et ça marche très bien. Je sens l'agacement monter doucement, mes doigts se mettent à tapoter la table d'eux même.
— Je t'en prie, finit par lâcher Malefoy.
— Comment te l'es-tu procurée ?
Il regarde à droite et à gauche. Il semble inquiet.
— Tu vas le répéter aux Aurors ?
— Bien sûr que non. De toute façon, ça n'a pas de rapport avec l'enquête.
Je tente de le rassurer comme je peux, je veux vraiment savoir d'où ça vient. Une qualité pareille, ça ne court pas les rues. Il commence à me répondre à voix basse, mais je n'entends rien. Je lui demande de répéter et je me penche vers lui. Il fait de même. On doit avoir l'air de comploter quelque chose. Une odeur florale chatouille mes narines, il sent bon ce bougre. Comment fait-il pour sembler sortir de sa douche alors qu'il a une journée de cours de potions dans les pattes ?
— C'est moi qui l'ai préparée.
Je me redresse et le regarde avec de grands yeux. Je suis très impressionné, mais je ne dis rien. À tous les coups, il prendrait ça pour un sarcasme. J'étais pas très bon en potions à Poudlard, mais pendant mes études d'Auror je me suis un peu amélioré. Nous avons eu des cours de base sur le sujet puisque nous sommes confrontés très souvent à des tas de philtres et décoctions lors des enquêtes. Par ailleurs, j'ai déjà utilisé de la Sommeil sans rêves après la Guerre, sinon je ne dormais pas sereinement. Et je peux affirmer avec certitude que celle-ci est d'une qualité rare. Et précieuse. Je réalise le talent caché de Malefoy. Et le gâchis de cette carrière de professeur alors qu'il pourrait être un potionniste très renommé. Je me doute que son choix ne doit pas vraiment en être un, avec son passé les portes n'ont pas dû s'ouvrir facilement pour lui.
— Tu m'en feras d'autres ? Parce que ça marche, pas de draps maléfiques depuis dimanche soir. Et je ne me souviens plus de mes rêves.
— Je n'ai pas le choix de toute façon. Si je te file la recette, tu vas la foirer et t'empoisonner. Et je finirais ma vie à Azkaban.
Je réprime un rire. Je ne sais pas à quel point il est sérieux. Mais le défi me titille. Je ne pourrais sûrement pas parvenir à un résultat aussi parfait que le sien, mais je pense être capable d'avoir une potion correcte avec de l'aide.
— Tu n'as qu'à m'apprendre alors !
Son regard est éloquent. Ses yeux gris me fixent comme si des joncheruines avaient envahi ma cervelle.
— Tu ne crois pas qu'on passe déjà assez de temps ensemble avec le tutorat ? Tu as envie de t'enfermer avec moi dans les cachots pendant des heures ? Tu ne crains pas de finir au fond d'un chaudron parce que tu m'auras exaspéré une fois de trop ?
Cette fois je ris sans retenue. Il ne peut pas être vraiment sérieux. Ses petites menaces voilées n'en sont pas, je le sais parfaitement. S'il veut me faire peur, c'est raté. J'ai été Auror pendant dix ans, je ne m'effraie pas pour si peu. J'essuie une larme qui perle aux coins de mes yeux.
— Non, je réponds très sincèrement.
— Très bien. Rendez-vous samedi à vingt-et-une heures dans ma classe.
Son regard pétille de malice et il a un sourire en coin pour moi avant de partir. Sa robe de sorcier vole un peu autour de ses jambes tandis qu'il sort de la salle, sa tresse se balance dans son dos. Et je ne peux pas m'empêcher de le suivre des yeux avec une pointe de désir.
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Samedi 23 novembre 2019
Harry se rend aux cachots pour le cours de potions. Quand il y pense, la situation est complètement absurde. Sur le chemin il songe aux Partisans Noirs. À part les attaques du drap étrangleur, il n'y a eu aucun autre indice. Il a mis de côté l'idée que l'un·e de ses collègues puisse être impliqué·e, même s'il sait que Tulipe les garde dans son viseur. Il est très probable que des élèves soient impliqué·e·s alors il a commencé à noter les endroits où iels pourraient se réunir. Il n'a pas encore eu le temps de vérifier, mais la liste est déjà longue : des salles vides et désaffectées, la Salle sur Demande — à condition qu'elle soit toujours active —, la Cabane Hurlante, la Tour d'Astronomie, Pré-au-Lard les jours de sortie et, même si ça lui paraît extrêmement improbable, la Chambre des Secrets. Ou, à tout le moins, les toilettes de Mimi.
Harry imagine un instant organiser une surveillance accrue des allées et venues dans des endroits censés être vides. Si seulement il avait la Carte du Maraudeur avec lui ! Il sait que James lui a piqué un jour où il avait oublié de verrouiller son bureau l'année passée, mais il n'a jamais essayé de la récupérer. Il considère que cela fait partie de la « vie » de cet objet. Du moment que son fils n'en profite pas pour faire de trop grosses bêtises. Il abandonne l'idée de lui emprunter la Carte, Harry sait parfaitement qu'il n'a de toute façon pas le temps de scruter le bout de papier pour trouver des indices. Il a déjà du mal à faire face à la masse de travail que lui demande son poste. Et il a retenu la leçon, stalker les gens n'est pas très sain. Il va donc faire ses recherches sur son temps libre et poser quelques sorts de détection à des endroits stratégiques. Il soupire, avec son planning chargé, il ne sait pas quand il pourra vraiment s'y mettre.
Harry pousse la porte de la classe de Potions, à peu près à l'heure. Drago lui tourne le dos, visiblement occupé à préparer le matériel. Harry note immédiatement la tenue décontractée de son collègue : jean bleu foncé ajusté, chemise dont le col gris dépasse d'un pull bleu marine. Il a attaché ses cheveux en chignon un peu fouillis et des mèches rebelles s'en échappent. Harry se demande bien ce qui lui a pris de défier Drago pour lui apprendre cette fichue potion. Il est assez lucide pour comprendre que cet homme l'attire, physiquement tout au moins. Et passer encore plus de temps avec lui, en tête à tête en plus, ne va certainement pas arranger les choses.
— Hey !
— Potter, répond Drago sans se retourner. Viens par là, on commence tout de suite.
Harry s'approche, constate que des instructions précises sont écrites sur le tableau noir, avec une liste d'ingrédients. Et sur la paillasse, tout est prêt.
— Je te préviens, cette potion est vraiment difficile. Je doute que tu y arrives du premier coup.
— Aucun problème, je suis persévérant.
Drago observe Harry, qui s'est placé à côté de lui. Une lueur taquine brille dans ses yeux. Ce n'est pas la première fois que Drago remarque que sa réponse semble avoir un double sens qu'il n'est pas vraiment certain de saisir. C'est étrange et cela le met mal à l'aise. Pour dissiper son malaise, il se lance dans les explications pour la préparation de la potion. Et il s'éloigne un peu du chaudron pour laisser de la liberté à son « élève ».
Harry est très appliqué et suit bien les instructions. Il pose aussi des questions et Drago est surpris de leur pertinence. Il aurait dû se douter que le niveau du Gryffondor n'est plus le même qu'à l'époque de Poudlard. Sauf peut-être en sixième année, quand il réussissait tout du premier coup sans que personne ne comprenne pourquoi.
Drago se demande aussi si les Aurors ont communiqué à leur ancien collègue les avancées de l'enquête. Iels sont venu·e·s deux fois au château, mais celle qui est en charge ne laisse absolument rien paraître quand elle l'interroge. Elle ne l'accuse pas, mais Drago sent une retenue, une réticence. Il a l'habitude, c'est systématique de la part des gens qui ne le connaissent pas. Mais ça le fatigue moralement que cette méfiance persiste encore plus de vingt ans après cette foutue Guerre.
— Au fait, Potter, tu as l'air de bien connaître l'Auror en charge de ton affaire. Elle t'a dit où ça en était ?
— Tulipe est une amie en effet. Elle m'a donné quelques informations, mais malheureusement, il n'y a quasiment rien pour le moment.
— Et toi, tu en penses quoi ?
Drago est curieux. Cette histoire est sordide quand on y réfléchit bien, mais se retrouver mêlé à une enquête officielle, sans être accusé, c'est un peu palpitant tout de même. Harry, en tant qu'ex-Auror, doit avoir les méninges qui tournent en permanence sur cette affaire. Et si Drago peut l'aider alors il le fera. Ça pourrait avoir des retombées positives. Et puis, il est bien obligé d'avouer qu'après presque trois mois à le côtoyer quotidiennement, Harry n'est pas si désagréable que ça. Il est même plutôt sympa finalement. Ça le ferait chier qu'il parte sous la pression ou que les Partisans Noirs réussissent à le tuer. Les gamin·e·s sont visiblement content·e·s de leur professeur de DCFM et Poudlard a besoin d'une personne compétente à long terme.
Harry ne répond pas tout de suite, mais Drago sait pourquoi. Il est à un stade un peu délicat. Une fois qu'il a passé ce moment, il faut laisser la potion bouillonner doucement pendant quarante minutes.
Harry se tourne sur le côté pour faire face à son collègue qui l'observe depuis le début. Pour l'instant, il n'a rien dit alors Harry suppose qu'il n'a pas trop fait d'erreurs. Mais le plus dur sera sûrement pour après. En attendant, il sait qu'il a du temps à tuer. Il hésite à faire part de ses conclusions personnelles à Drago. Est-il vraiment digne de confiance ? S'il est mêlé, même de loin, à tout ça, Harry peut signer dès à présent son arrêt de mort. Cependant ça lui semble totalement improbable. Il peut toujours essayer, si ça se trouve le Serpentard a une vision des choses différentes et pourrait faire avancer l'enquête que mène Harry en solo.
— Tulipe attend encore l'analyse graphologique du parchemin, mais les premières informations ne donnent aucun indice sur l'identité de celui ou celle qui a écrit. Le choix des lettres capitales rend les choses plus complexes, mais je sais que les analyses du papier et de l'encre pourront peut-être donner quelque chose. Personnellement, vu le type de maléfice qui a été jeté chez moi, je pense que des adultes sont impliqués. À mon avis ils sont à l'extérieur et très versés en magie noire. Avec des comparses dans l'établissement, probablement des sixième ou septième années.
— Tu as des élèves en particulier en tête ?
— Tu veux dire : est-ce que je pense que ce sont des Serpentard ?
Harry est persuadé que c'est ce que sous-entendait Drago. Ce dernier le croit sûrement encore porté sur certains préjugés. Mais Harry ne lui en tient pas rigueur.
Drago ne répond pas, mais il n'aime pas la tournure que prend la discussion. Est-ce que ça va de nouveau mal finir en engueulade ?
— Franchement, je n'écarte aucune piste. J'ai vu assez de choses pendant mes années au Bureau des Aurors pour savoir qu'une Maison à Poudlard ne définit pas du tout le profil type du criminel.
Drago se détend. Il décroise les bras et relâche la mâchoire qu'il n'avait pas vraiment eu conscience de serrer.
Et Harry a une idée.
— Dis-moi, Malefoy, est-ce déjà arrivé que des élèves en vraie difficulté morale viennent te demander de l'aide depuis que tu leur parles de la Marque dès le premier jour ?
Drago tressaille. Son regard se porte très brièvement vers son bras puis revient fixer Harry.
— C'est arrivé de temps en temps. Ceux qui doutaient de leurs mauvaises décisions, qui regrettaient parfois. Où veux-tu en venir ?
— Si des étudiants sont impliqués dans cette affaire, il n'est pas impossible qu'il y ait un ou une tête de groupe et des suiveurs qui pourraient finir par avoir des doutes. Il faudrait pouvoir détecter ces gamins-là précisément. Est-ce que tu avais deviné que les élèves qui sont venus te voir avaient des problèmes ? Si oui, que dois-je surveiller ?
— En cas de gros ennuis, un signe prépondérant c'est les résultats scolaires, souvent en baisse. Parfois une attention dirigée ailleurs qu'en cours. Mais c'est difficile de savoir si un élève qui n'écoute pas est en pleine crise existentielle, s'il est juste fatigué ou s'il n'en a strictement rien à foutre de ce que tu racontes.
— Je vais essayer d'être plus attentif. Mais je ne connais pas très bien mes étudiants, ça va être difficile de détecter un comportement inhabituel.
— Il est plausible que ceux qui sont concernés te détestent. Soit ils vont t'ignorer au maximum pour ne pas interagir avec toi, soit ils feront tout l'inverse pour noyer la sirène.
Harry sourit, ça lui évoque quelqu'un.
— Et tu en sais quelque chose, n'est-ce pas ? dit-il en appuyant d'un clin d'œil pour être certain que Drago ne le prendra pas mal cette fois.
Et il a bien fait. Parce que l'autre sourit aussi. Drago ne répond pas, c'est inutile. La haine est derrière eux, mais le souvenir ne disparaîtra pas et ce n'est pas nécessaire de revenir dessus.
L'attention de Harry se fixe ensuite sur sa potion qui va bientôt être à une phase critique. Cela va être le moment d'ajouter la poudre de Pierre de Lune. Il prévoit une petite pincée et se tient prêt. Quand le liquide change de couleur, il jette l'ingrédient et regarde la potion arrêter instantanément de bouillir. Et il attend. Trop longtemps.
— Baisse le feu ! alerte Drago.
Mais c'est trop tard, la mixture a tourné. La préparation est ratée, Harry le sait. Elle ne devrait pas avoir cette couleur et cette consistance de boue glaireuse. Harry soupire, il espérait pourtant y arriver. Mais Drago l'avait prévenu, et même anticipé, que ça serait un échec.
D'un coup de baguette, Harry fait disparaître le contenu du chaudron puis le nettoie.
— Vas-y, ne te gêne pas pour dire que tu me l'avais dit, grommelle Harry.
— Ce n'est pas du tout ce que je comptais faire, mais si tu insistes : je te l'avais dit !
— Que comptais-tu faire alors ?
Harry est surpris, il a mal jugé la réaction de Drago. Il le pensait plus revanchard que ça. Il garde son regard sur lui alors qu'il se rapproche du bureau où s'étalent encore des tas d'ingrédients et de matériel sale. Il s'arrête un peu trop près au goût de Harry et commence à ranger. Méticuleusement. Ses mains fines volent sur le plateau de bois brut et les petites fioles et boîtes trouvent rapidement leur place dans une sacoche. Ainsi que les instruments de découpe, le pilon, le mortier et la balance. Harry reste silencieux tout du long. La proximité avec le Serpentard lui permet de l'observer sans être vu et sans que ce soit inconvenant. Harry repère un grain de beauté juste sous la ligne de la mâchoire de Drago, regarde les mèches blondes voleter au gré des mouvements de la tête et a envie de les toucher. Il est sûr que ses cheveux sont fins et doux. Et il peut sentir l'odeur qu'il dégage. La même senteur florale que l'autre jour.
— Voilà, déclare soudainement Drago.
Harry sursaute, il s'était totalement perdu dans sa contemplation. Il a presque honte de s'être laissé aller.
— Tu veux retenter ta chance ou tu t'avoues déjà vaincu ? demande Drago d'un ton taquin.
— Je ne te ferai pas le plaisir d'abandonner, Malefoy. Je suis persévérant, je te l'ai dit.
— Vendredi soir alors ?
— Parfait. Bonne nuit, Malefoy.
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On se retrouve dans deux semaines, 15 avril 2022 avec le chapitre 7 : « L'enquête se poursuit ».
En attendant, portez vous bien !
