Bonjour à toustes !
Vous avez été nombreuxes à me laisser une review sur le dernier chapitre, sûrement à cause du cliffhanger ^^ En tout cas un grand merci !
Après deux semaines d'attente, voici enfin la suite ! Vous serez vite rassuré·e·s sur le devenir de Harry ;)
L'écriture de l'histoire continue à avancer, bien que lentement, le chapitre 29 est achevé.
Bonne lecture !
Chapitre 9 — Le secret de Harry
Mercredi 25 décembre 2019 — Harry
Je transplane depuis mon salon et j'arrive à quelques dizaines de mètres du Terrier. Il fait si gris qu'on pourrait croire que la nuit est déjà tombée ou que le soleil ne s'est pas levé. Les lumières de la vieille maison biscornue éclairent loin dans ce brouillard, il y a du monde à l'intérieur. Par habitude, je n'atterris jamais juste devant leur portail, surtout quand je suis seul. Au cas où je serais poursuivi, je ne veux pas les mettre en danger. Ginny et les enfants doivent être arrivés depuis la veille, je suppose.
Ces quelques jours en dehors de Poudlard ont été plus qu'étranges. Mes plans initiaux étaient de sortir toutes les nuits pour profiter de ma très courte liberté sans enfants et sans travail. Mais tout a changé vendredi soir quand j'ai encore failli mourir. Je ne sais pas ce qui se serait passé si je n'avais pas été avec Malefoy ce soir-là. J'aurais sûrement été hospitalisé plusieurs jours à Sainte-Mangouste, au lieu de quelques heures. Ou bien je serais déjà enterré. Je suis resté le samedi entier au Bureau des Aurors, Tulipe m'a fait répéter d'innombrables fois ce que j'avais fais dans la journée de vendredi, et le dimanche j'ai dormi presque toute la journée. Coup de chance, mon contact d'urgence à l'hôpital est Ron depuis quelques années et il a promis de ne le dire qu'à Hermione. Je n'ai prévenu personne d'autre de ce qui s'est passé, je ne veux pas que l'on s'inquiète pour moi.
Et finalement, je ne suis pas sorti. À la place j'ai erré chez moi et j'ai ressassé ce qu'il s'était passé. Ce n'était pas la première fois qu'on essayait de m'assassiner, mais cette époque est loin maintenant. Je pensais en avoir fini avec les fanatiques qui en veulent vraiment à ma vie, jusqu'à l'arrivée de ces Partisans Noirs. Même mes dix années chez les Aurors ne m'ont pas confronté à ce genre de choses. J'ai souvent été en danger pourtant, mais je n'étais pas la cible. Je ne suis pas particulièrement inquiet, même si je suis passé très proche de la mort vendredi. Mais tous ces jours à la maison m'ont donné à réfléchir… Je crois que je vais suivre les conseils que Tulipe m'a donné l'autre fois et cesser de me comporter comme un ado en courant les bars et les boîtes de nuit dès que j'ai une soirée de libre.
Les lumières de la maison me sortent de mes pensées. C'est ici, dans cette maison que j'adore, que tout a commencé. Avec elle d'abord. Puis avec lui ensuite. Je resserre les pans de ma cape autour de moi, il fait froid et il neige un peu. Je frissonne et je me hâte vers la porte. Je suis fébrile et je ne le réalise que maintenant. Ce soir, tous les gens que j'aime, que j'ai aimés, seront là. Tous sans exception. Et ça m'effraie. Je crois que Tulipe a raison, je dois parler à ma famille de cœur, à mes amis, de ce que j'ai trop longtemps tu.
Je marche dans la neige et je me souviens. C'était il y a exactement dix ans que tout a basculé, avec cette banale invitation.
…
Dimanche 27 décembre 2009
Le portoloin m'a déposé au terminal international de Bucarest. Je ne traîne pas à sortir du bâtiment et j'attends qu'on vienne me chercher. Ce séjour à l'étranger est totalement imprévu : à l'origine je devais me reposer tranquillement à la maison. Entre le travail et les enfants, je n'ai jamais le temps de souffler. Et je ne prends que peu de congés, malgré les récriminations de tous mes proches. Mais cette année, Ginny et moi avons décidé d'être un peu égoïstes : Molly et Arthur gardent les enfants et chacun d'entre nous avons une vraie semaine de vacances. Ce qui n'arrive jamais, nous posons généralement nos congés en décalé pour pouvoir s'occuper d'eux à tour de rôle pendant les vacances scolaires. Nous faisons ainsi depuis le début, cela s'est imposé facilement. Malgré la séparation, nos décisions sont toujours communes et la plupart du temps nous tombons d'accord.
Je vérifie l'heure, il est en retard. Je ne m'inquiète pas, vu son travail, il me semblait improbable que Charlie soit à l'heure pour me récupérer. Finalement, après trente minutes d'attente, une jeune femme en tenue de dragonnière m'interpelle. Elle s'appelle Mila et parle avec un accent, elle vient me chercher parce que Charlie est occupé avec une urgence. Mila me fait transplaner et nous arrivons en plein milieu d'une immense clairière. Le dépaysement est brutal au milieu de cette forêt.
— Nous devons terminer à pied, la zone de la Réserve est protégée, nous ne pouvons y accéder avec la magie.
— C'est loin ?
— Non, un petit quart d'heure en marchant vite. Et Charlie m'a prévenue que vous êtes Auror, vous n'aurez aucune difficulté à me suivre.
Nous discutons et j'apprends que le personnel de la réserve se déplace également avec une voiture moldue sur ce chemin, en cas d'impossibilité à marcher. Mila est très bavarde et sa joie est communicative. Elle me dit spontanément qu'elle vient d'Espagne et qu'elle est passionnée par les dragons depuis son enfance, que travailler ici était un rêve. Elle me demande aussi comment je connais Charlie, ce dernier a visiblement été évasif. Je suis tout d'abord assez surpris qu'elle ne me reconnaisse pas, j'en ai tellement l'habitude en Angleterre. Et je me rends immédiatement compte que la communauté magique d'Espagne ne sait absolument pas qui je suis, cela me fait un bien fou. Puis je réponds à sa question : je suis un ami. Je n'ai pas envie de rentrer dans les détails et de dire que la sœur de Charlie est mon ex-femme, mais que je m'entends très bien avec l'ensemble des membres de cette famille qui est un peu la mienne aussi puisque je n'en ai pas. D'une part, je n'aime pas raconter ma vie et d'autre part je ne veux pas provoquer la pitié des gens. Et puis c'est vrai, Charlie est également un ami. Nous nous croisons régulièrement depuis des années, aux repas qu'organisent les Weasley pour Noël, les anniversaires et autres occasions. Depuis la Guerre, leur deuxième fils revient beaucoup plus souvent de Roumanie et ne rate presque aucune fête. C'est comme ça que nous avons pu faire réellement connaissance et nous avons tous deux constaté que nous nous entendons très bien. Cela fait plusieurs fois qu'il m'invite à venir découvrir la Roumanie et la Réserve, mais je n'avais jamais eu le temps avant. Alors cette année, quand il me l'a de nouveau proposé à Noël, j'ai sauté sur l'occasion.
Le chemin s'est fait rapidement, il est très praticable. Mila avait raison : en quinze minutes nous arrivons au milieu d'un petit village. Elle me fait visiter les lieux : il y a les maisons des dragonniers et leurs familles ainsi que quelques commerces essentiels. Il n'y a ici que des amoureux des dragons, même si tous ne travaillent pas avec eux. Les visites sont rares et réglementées, mais Charlie m'a assuré qu'il avait le droit de m'inviter. Je le soupçonne d'avoir joué la carte « Harry Potter » auprès du comité de direction, cependant je ne lui en veux pas. Je suis assez excité d'être là, j'ai hâte de voir les dragons dans leur milieu naturel. Mes expériences précédentes avec ces créatures n'ont pas été très positives.
… …
Jeudi 31 décembre 2009
La semaine est déjà presque terminée. J'ai passé ces quelques jours comme dans un rêve, je n'ai même pas eu le temps de penser au travail. Les dragons sont parfaitement fascinants et j'ai été très ému de rencontrer de nouveau Norberta, la petite protégée de Hagrid lors de ma première année à Poudlard. Elle a maintenant presque vingt ans, mais Charlie m'a expliqué que les dragons vivent parfois jusqu'à cinquante ans, surtout ici où ils sont surveillés et soignés en cas de besoin. Même la Magyar à pointes du Tournoi des Trois Sorciers est encore en vie, pourtant déjà âgée.
Il va être l'heure de dîner et je vérifie la cuisson du poulet dans le four. La peau grésille sous la chaleur et j'arrose un peu la volaille avec son jus. Ça crépite. J'en ai l'eau à la bouche, avec les pommes de terre qui rôtissent dans le fond du plat, cela va être délicieux. Aujourd'hui, je suis revenu tôt de la zone de liberté des dragons, ils avaient une urgence avec un mâle blessé. J'en ai profité pour préparer le repas du soir. J'ai été nourri et logé pendant toute la semaine et je n'aime pas me sentir trop redevable. Par ailleurs, avec ce type de situation, les dragonniers ne savent jamais à quelle heure ils vont rentrer chez eux, et je suis certain que Charlie appréciera l'attention.
En quelques jours, notre amitié s'est renforcée. C'est tout de même étrange ce qui me lie à cette famille. J'ai été d'abord ami avec Ron et il le sera pour toujours, des choses si particulières nous ont rapprochées. Puis il y a eu Ginny, qui a été mon amie avant d'être ma femme. Et je considère qu'elle l'est encore, nous nous entendons plutôt bien vu la situation. J'ai moins d'affinités avec Bill et Percy, mais Percy n'est ami avec personne de toute façon. Et Bill est trop sombre pour moi, ses propres séquelles de la Guerre font trop échos aux miennes. Et il y a George avec qui je m'entends aussi très bien.
Je n'aurais pas imaginé devenir si proche de Charlie, mais il faut croire que parfois la vie réserve des surprises. Malgré les années qui nous séparent, maintenant invisibles étant donné nos âges respectifs, il y a quelque chose qui nous rapproche. Je me suis senti vraiment apaisé durant tout mon séjour, Charlie ne se prend pas la tête, il est très posé. Tout l'opposé de sa sœur. Il a une vie simple, mais pas vide. Il est passionné par son métier et il aime profondément sa famille. Il a beaucoup d'humour et m'a raconté de multiples anecdotes de son enfance qu'il a passée essentiellement avec les jumeaux. Il est bavard et il sait également écouter. Il met en confiance et à l'aise. J'ai rarement été aussi détendu qu'ici, loin du bruit, du Ministère. Et même si je me déteste de le constater, loin de mes enfants. Je les aime plus que tout, mais le rythme quotidien m'épuise, le travail m'épuise et mes trois garçons m'achèvent. Une semaine sans tout cela est un vrai bienfait, il faudra que je revienne.
Le repas est prêt depuis longtemps et la nuit tombe. Je l'ai mis de côté et je me suis assis dans le salon, en face de la cheminée allumée, en attendant le retour de Charlie. Je ne vais tout de même pas manger sans lui alors qu'il m'accueille à bras ouverts dans sa maison. J'en profite pour essayer de fixer dans ma mémoire les agréables moments que j'ai passés dans ce coin perdu de la Roumanie. Ceux avec les dragons et ceux avec Charlie. Si je suis honnête avec moi-même, je n'aurais pas vécu un aussi bon séjour s'il n'avait pas été là. Tout le monde est très aimable avec moi ici, mais ça n'a rien à voir. Cela fait déjà un jour ou deux que j'en ai pris conscience et j'ai besoin de faire le point là-dessus.
Finalement la porte qui se referme me sort du sommeil, je me suis assoupi sans m'en rendre compte. À la lumière des lanternes magiques, la silhouette de Charlie se découpe dans l'entrée. Je m'étire et je le rejoins dans la cuisine.
— Excuse-moi de t'avoir réveillé.
— Ça ne fait rien, j'attendais que tu rentres de toute façon. J'ai fait le dîner.
Alors qu'il termine de s'essuyer les mains avec le torchon, il me regarde et sourit. Mon ventre se tord et mon cœur s'accélère.
— Tu n'aurais pas dû m'attendre, il est presque dix heures !
— C'est ma façon de te remercier de m'avoir ouvert ta maison pour la semaine.
— Merci, Harry.
Nous nous mettons à table et je réchauffe le plat d'un coup de baguette. C'est bon, le poulet est moelleux et sa peau croustille, les pommes de terre sont fondantes. Le silence règne, il n'est pas désagréable. Il est tard et nous sommes fatigués de toute façon. Mais je ne peux m'empêcher de penser à mes sentiments naissants. Je trouve malhonnête de ma part de me taire. Et surtout je n'en ai pas envie. Mon psymage m'a beaucoup encouragé à ne pas laisser passer des occasions qui pourraient me rendre heureux. Mais comment vais-je pouvoir aborder le sujet ?
Une fois le repas terminé, Charlie range la cuisine avec moi puis se dirige vers l'entrée pour se rhabiller chaudement. Que fait-il ?
— Tu ne viens pas ? s'étonne-t-il.
— Où ça ?
— Mila a organisé une soirée pour fêter la fin de l'année, tu as oublié ?
En effet. Nous sommes le dernier jour de l'année et cela m'est sorti de la tête. Je suis totalement déphasé ici et j'en ai oublié le calendrier. Je bredouille des excuses et je remets également ma cape fourrée, mon bonnet, mon écharpe et mes gants. Et nous bravons le froid et la neige sur quelques dizaines de mètres.
La maison de Mila est semblable à celle de Charlie et elle est bondée. Je me faufile parmi les gens que je ne connais que depuis le début de la semaine et je me sers un verre. Les deux petites heures qui nous séparent de minuit s'écoulent vite, beaucoup de personnes discutent avec moi. Tout le monde est content de voir une nouvelle tête, en plein cœur de l'hiver les visites à la Réserve sont rares. Mais moi je passe tout ce temps à répondre distraitement, observant Charlie de loin.
Mila vient tout à coup se coller à moi pour me souhaiter une bonne année. Je lui rends ses vœux avec plaisir et je l'embrasse sur les deux joues. Je trouve ça curieux, mais je me suis adapté à cette habitude qu'ont les gens ici. Parait que c'est français et que tout le monde a adopté ce geste quand les trois frères Langlois ont rejoint la réserve il y a dix ans.
— Pourquoi tu ne lui dis pas ? me demande-t-elle abruptement en anglais, en roulant un peu les r.
— Pardon ?
— Pourquoi est-ce que tu ne parles pas à Charlie de tes sentiments ?
— Je ne sais pas de quoi tu parles.
Je me renfrogne et je croise les bras, essayant de rester nonchalant.
— Harry, cela se voit comme les cornes d'un Magyar !
— Ah… Merde… Tu crois qu'il l'a remarqué ?
— C'est possible. Mais il n'abordera pas le sujet de lui-même.
Je suis un peu étonné, je n'ai jamais trouvé que Charlie avait l'air timide ou quelque chose du genre. Cependant, il est très respectueux d'autrui et ne voudrait sûrement pas m'imposer une discussion qui pourrait me mettre mal à l'aise. Je décide de questionner Mila, elle connaît très bien Charlie. Ils sont amis depuis des années maintenant.
— Est-ce qu'il… tu sais… est-ce qu'il est intéressé par les hommes ?
C'est l'une des choses qui me fait encore hésiter. En tout cas, on n'aborde pas ce genre de sujet de la même façon quand on est face à un homme hétéro. Si seulement je peux savoir ce qu'il en est, ça me facilitera la tâche.
— Aucune idée. Il n'a jamais parlé de ses préférences, je crois. Il n'a jamais ramené aucune conquête non plus.
— Je te remercie pour tes conseils, je vais y réfléchir.
Il se fait tard, minuit est largement passé, la foule commence à se disperser. Avant de repartir, je prends un dernier verre de Whisky-pur-feu que j'avale cul sec, en soufflant la fumée par la bouche et les narines. Cette boisson tape fort, mais j'ai besoin d'un peu de courage supplémentaire et je n'ai pas de Felix felicis sous la main pour me porter chance.
Une fois de retour chez Charlie, nous déposons nos affaires sur les patères et le propriétaire des lieux ravive le feu. Les flammes s'élèvent et le bois crépite. La chaleur se diffuse dans le salon et à l'étage, jusque dans les deux chambres, grâce à des conduits. C'est la seule source de chaleur pour toute la maison et il fait très froid dehors. L'expérience de ces quelques jours m'a appris qu'il faut environ trente minutes avant que toute la surface ait une température correcte une fois que le feu est bien vif. Alors on s'assoit juste devant l'âtre, au fond du canapé, et on attend. La chaleur des flammes me caresse, m'enveloppe.
— Charlie… Je voulais te remercier de m'avoir invité à la Réserve, j'ai passé une semaine inoubliable.
— Je t'en prie. Je trouve ça agréable de faire découvrir mon univers. Toute ma famille est déjà venue ici et mes plus proches amis aussi. Tu étais le dernier.
Je me sens touché par cette déclaration simple et sincère de son amitié pour moi. Et je risque de tout détruire en seulement quelques mots. Mais je me connais, je ne pourrais plus jamais le croiser si je ne sais pas à quoi m'en tenir avec lui. Or c'est un Weasley, je vais le côtoyer tout le reste de ma vie.
— Charlie, je n'aurais pas passé un aussi bon séjour si tu n'avais pas été là. La Réserve est géniale, mais c'est toi qui as rendu les choses plus belles.
Je me tourne un peu vers lui, il m'observe. Il semble surpris, mais je ne perçois pas une attitude de rejet. Sans le quitter des yeux, je me lance.
— J'ai très envie de t'embrasser.
Il ne répond pas immédiatement et mon cœur bat fort. Je sens mes joues rougir lentement sous son regard scrutateur et je remercie ma peau mate qui camoufle très facilement cet état, surtout dans la pénombre de cette pièce éclairée uniquement par le feu. Je ne détourne pas les yeux, je sais ce que je veux. Et je n'ai plus quinze ans depuis longtemps, j'assume mes envies.
— Tu as déjà eu des histoires avec des hommes ?
Ah, j'avoue que je ne m'attendais pas à ça. Je lui réponds la vérité : non. Je n'ai jamais eu d'histoires avec des hommes, mais j'ai compris depuis des années maintenant que je suis bi. Peut-être un an ou deux après la séparation avec Ginny et un peu de travail sur moi-même. Avant ça, je n'avais jamais réalisé que ce que je prenais pour de l'admiration ou de la jalousie envers certains garçons à Poudlard n'étaient en fait que du désir, de simples crush d'ado. Il y avait eu Olivier Dubois et Cédric Diggory. Dean aussi. Et vu mon obsession malsaine pour lui, certainement Malefoy. Je n'ai jamais vraiment pu accepter cette idée, il était peut-être canon, mais tellement insupportable.
— Pourquoi moi, Harry ?
— Tu me plais. J'aime beaucoup la personne que tu es, ta gentillesse, ta douceur et ta tranquillité.
— Est-ce que tu penses pouvoir t'engager dans une relation durable et à distance ? Ou est-ce que tu veux juste coucher avec moi ?
— Je ne sais pas du tout ce que ça pourrait donner entre nous, je l'avoue. Mais je n'ai pas simplement envie de tirer un coup et d'en rester là, clairement.
Charlie me fixe de ses yeux bleu océan. Je suis hypnotisé. Il passe les doigts dans ses cheveux courts et je les suis du regard. Charlie se rapproche de moi, sans pour autant me toucher. Mon cœur palpite, mon ventre frémit, j'ai la chair de poule.
Lentement, presque hésitant, Charlie dépose une main sur ma cuisse et glisse la deuxième derrière ma nuque. Il se penche vers moi et j'attends. Je pressens que je dois le laisser faire ce premier pas. Ses lèvres rejoignent les miennes, elles sont douces et tièdes. Je soupire intérieurement et je lui rends son baiser. Je presse plus fermement ma bouche sur la sienne, recouvre la main qui est sur ma cuisse de la mienne et caresse légèrement son bras du bout des doigts.
Je glisse ma langue sur ses lèvres, il se laisse faire un instant puis rompt lentement le baiser. Je suis un peu frustré, j'ai envie de plus. Il pose son front contre le mien et je profite de notre proximité. Je comprends que mes désirs ne sont pas les siens pour le moment, ça n'est pas grave.
Les battements de mon cœur s'apaisent lentement et mon corps se détend alors que nous restons proches. Son pouce caresse ma nuque, c'est agréable. Puis il m'embrasse de nouveau, très brièvement. Et se lève.
— Bonne nuit, Harry.
Il monte dans sa chambre. C'est sa façon de me signifier qu'il veut être seul. J'avais compris que ce n'est visiblement pas son genre de coucher avec quelqu'un comme ça, dès le premier baiser. Ça me convient, je n'en ai pas vraiment l'habitude non plus à vrai dire.
Je vais au lit en pensant au fait qu'il ne me reste que peu de temps à passer avec lui. Après-demain, je rentre chez moi. Et je sais déjà que ça va être dur.
…
Notre histoire a duré quatre ans et demi. Et je ne l'ai pas vu depuis ma décision de rompre. C'était volontaire, on ne voulait pas remuer le couteau dans la plaie. Mais ça fait plus de cinq ans maintenant, la page est tournée.
Je tire sur le carillon de la porte familière du Terrier, j'entends déjà du bruit à travers : des enfants qui courent et des parents qui crient. Je souris, cette maison a constamment été pleine de vie, pleine d'amour. J'ai hâte de revoir tout le monde.
La lumière de l'entrée m'aveugle soudainement. Et Charlie est là, juste devant moi. Je reste stupéfait un instant, je l'observe. Il n'a pas tellement changé, ses yeux bleus demeurent fascinants et les premières marques du temps s'étalent au coin de ses paupières. De petits papillons me chatouillent le ventre, mais c'est tout. Un peu le même effet qu'avec Ginny maintenant. Je ne sais pas arrêter d'aimer complètement, mais la page est tournée pour de bon. Enfin, je pense.
— Tu n'entres pas ?
Sa voix grave me sort de ma contemplation et je sursaute. Je suis pris en flagrant délit et ça ne me plait pas. J'ai été surpris, mais j'aurais pu anticiper cette situation. Quand la famille est réunie, c'est le premier qui entend la sonnette qui ouvre, Molly et Arthur étant toujours trop occupés ailleurs.
— Bonjour Charlie.
Je monte les trois marches et je le laisse fermer derrière moi. Je pose mes affaires et je retire mes chaussures. Molly tient beaucoup à la propreté de son intérieur et lorsqu'il y a autant de monde, ça devient vite un enfer pour elle. Ainsi, nous faisons tous des efforts. Quand je me retourne, Charlie est encore là. Je dois avoir l'air étonné parce qu'il lâche un rire bref et sourit.
— Je peux ? me demande-t-il en ouvrant ses bras.
Il ne me faut qu'une seconde pour accepter son accolade. Je ne veux pas me priver de ce genre de choses alors que nous l'avions toujours fait avant. Et les autres pourraient trouver ça bizarre. C'est comme si Ron arrêtait de me taper dans le dos et que Ginny cessait de me saluer avec un baiser sur la joue, c'est impensable.
Nous rejoignons rapidement l'immense tribu. Le couvert est dressé dans la salle à manger et les enfants sont éparpillés dans la maison en attendant le repas. Des monceaux de papier cadeau froissé tapissent le sol, le canapé et la table basse, dans le salon. Au pied du sapin, il ne reste que les présents destinés aux adultes, ce qui fait déjà pas mal. Comme chaque année, les enfants passent le réveillon ici et ouvrent leurs paquets le lendemain. Sans nous attendre la plupart du temps. Nous avons tous abandonné, ils sont grands maintenant, impossible de les en empêcher. Je ne suis pas vexé, je sais que mes trois garçons viendront me remercier d'eux-mêmes plus tard.
Je vais jusqu'à la cuisine pour aider un peu. Ron est avec sa mère, il a son affreux tablier jaune noué sur les hanches. Je me retiens de le taquiner parce que Molly est là. J'embrasse Molly sur la joue et elle me serre contre elle. Son large sourire et sa bonne humeur sont des baumes au cœur et rendraient heureux n'importe qui. Elle les avait perdus pendant quelques années après la mort de Fred, mais sa nature joviale et optimiste a repris le dessus rapidement.
— Salut vieux, je dis en mettant ma main sur l'épaule de mon meilleur ami, tu as besoin d'aide ?
— Hey ! Prends le plateau juste derrière toi, on sert l'apéro dans deux minutes !
Je repars avec mon chargement fragile : des verres et des bouteilles. Je dépose cela au salon et j'en profite pour dégager l'espace d'un coup de baguette. Aussitôt le papier cadeau usagé disparaît. Bientôt, des plats avec des toasts et des petits feuilletés arrivent aux mains de Percy et Fleur. Et tous les autres adultes nous rejoignent. Pendant que notre progéniture joue dans les étages, nous trinquons et nous distribuons nos présents. Depuis que les enfants sont grands, c'est devenu notre rituel.
Je récupère le mien sans savoir qui l'a emballé. Puisque nous sommes très nombreux, nous tirons chaque année au sort la personne à qui offrir quelque chose et normalement nous gardons le secret, même après l'ouverture. Cette fois, je devais trouver un cadeau pour Marco, le nouveau mari de Ginny. Je ne le connais pas beaucoup, mais il est sympa, et surtout il la rend heureuse. D'après mon ex-femme, il est passionné par les vêtements moldus depuis quelques années, alors j'ai choisi une belle chemise en coton égyptien qui coûte plus cher que son salaire mensuel. Mais il n'est pas censé le savoir et j'ai largement de quoi faire dans mes coffres. Et d'ailleurs, son regard pétille de joie en sentant le tissu de qualité sous ses doigts et ça me suffit. J'aime faire plaisir.
Mon paquet est une petite boîte toute simple. Elle contient une écaille noire et brillante de la taille de la paume de ma main environ. Les cadeaux sont normalement anonymes, mais il n'y a qu'une personne qui a pu m'offrir ça. Je croise le regard de Charlie qui attendait visiblement ma réaction.
— La Magyar du Tournoi des Trois Sorciers est morte l'année dernière. J'en ai gardé une pour toi.
— Merci… je chuchote, presque les larmes aux yeux.
Je ne sais même pas si mes mots ont porté assez loin pour qu'il entende. Je ne m'en préoccupe pas à vrai dire. Le geste me touche énormément et je pense qu'il l'avait anticipé, il me connaît bien. Hermione, à mes côtés, me pose une main sur l'épaule. Je crois qu'elle comprend ce qui se passe, cette période de ma vie me hante encore parfois et elle est parfaitement au courant. Heureusement, Molly vient me tendre un grand paquet tout mou et me sort de mes souvenirs. Le traditionnel pull de Noël avec mon initiale. Chaque année, elle en offre à tout le monde, certaines choses ne changent pas. Mes placards débordent de ses vieux pulls en laine toute douce, mais je ne veux en jeter aucun, même ceux qui ont trop vécu pour être portés. Je l'enfile aussitôt, il tient chaud et il sent bon, il est réconfortant comme un thé au miel et des cookies devant le feu, un jour de neige.
Puis, vient le moment des remerciements. Comme personne n'est censé savoir qui a offert à qui, tout le monde se prend dans les bras, s'embrasse, se remercie. Mais, certaines années, les cadeaux ne sont pas si anodins. La plupart du temps, je n'ai jamais su qui m'avait tiré au sort, cette année je ne peux l'ignorer. Et personne d'autre non plus. Encore un peu sous le coup de l'émotion, je serre Charlie contre moi. Probablement trop longtemps, mais je m'en moque.
Nous passons ensuite à table, les enfants à un bout, les adultes à l'autre. Sans la magie pour agrandir temporairement la pièce, nous ne tiendrions pas tous ici. Mais c'est aussi ce que j'aime depuis que j'ai découvert ce monde : l'enchantement de ce genre de chose simple, mais si pratique. Les places ne sont pas attitrées et nous nous installons selon nos affinités. De fait, à chaque repas de famille, nous sommes toujours assis à côté des mêmes personnes. Mes voisines de tables sont Hermione et Ginny, et Ron est en face avec Marco. Georges est tout près également, avec Angelina, Charlie, et Teddy qui a quitté le côté des enfants cette année. Je le soupçonne de vouloir expérimenter nos conversations d'adultes pour voir si ça vaut le coup de rester avec nous ou pas. Puis plus loin, Arthur, Molly, Andromeda, Percy, Bill, Fleur et Audrey. Il n'est pas évident de ménager les sensibilités personnelles dans une si grande famille, mais nous y parvenons malgré tout.
Cette année, bien que je participe aux discussions animées, qui tournent toujours autour des mêmes sujets — nos emplois, le Ministère et surtout le Quidditch — je suis un peu plus en retrait. Je passe mon temps à me demander comment je vais pouvoir enfin me libérer du secret qui me pèse. Inévitablement, mon regard se porte beaucoup sur Charlie. Il est très sollicité, cela fait cinq ans qu'il n'est pas venu le jour de Noël. À cause de moi. Il ne voulait pas qu'on se croise alors il profitait du Boxing Day pour rendre visite à sa famille. Ce jour-là, je suis toujours avec les enfants, Ginny et Andromeda, en plus petit comité. Sauf que mon attention ne passe pas inaperçue.
— Dis donc, Harry, si tu continues à me mater comme ça, je vais me poser des questions, me lance soudainement George après m'avoir envoyé une boulette de pain pour m'interpeler.
George, toujours aussi délicat, assis juste à côté de son frère, a mal interprété mes regards vers celui-ci. Je sais qu'il plaisante, parce qu'il fait ce genre de choses entre nous, mais ça semble surprendre tout le monde. Mes amis proches et Ginny le connaissent et ça nous fait rire, moi le premier. Mais habituellement, il n'y a pas ses parents et tout le reste de la famille pour y assister. Je ne cache pas mon orientation sexuelle, tout le monde est au courant, mais on en parle pas ouvertement non plus pendant nos grandes réunions. Le silence perdure quelques secondes et seuls les ados, à l'autre bout de la tablée, n'ont pas remarqué ce qu'il se passe. Je jette un regard à Teddy, mon filleul, mon premier enfant dans un sens, il a un air un peu surpris. Il n'a pas l'habitude de voir son oncle se comporter ainsi. Avec un pincement au cœur, je réalise que le moment que j'attendais est arrivé. Et j'espère que personne ne prendra mal ce que je vais annoncer. Je vérifie que j'ai l'accord de Charlie, en croisant brièvement ses yeux bleu océan. Il hoche imperceptiblement la tête. J'inspire profondément et je m'installe un peu plus confortablement dans ma chaise, pour donner l'impression que je suis détendu.
— Ce n'est pas toi que je regarde, George, tu es trop moche.
Il éclate de rire et je le fixe bien dans les yeux avant de continuer.
— Je regardais Charlie.
— Parce qu'il est moins moche que moi peut-être ? plaisante-t-il, en rentrant dans mon jeu.
— Parfaitement. Pour tout dire, je trouve que Charlie est très beau. Et je sais de quoi je parle.
Mon ton très sérieux, malgré mon attitude que j'espère nonchalante, fait mourir l'hilarité de George. Charlie est en train de devenir rouge comme une tomate. Je suis désolé pour lui, je ne voulais pas le mettre mal à l'aise, mais je n'ai rien trouvé de mieux sur le coup.
— Attends, Harry… Tu sors avec Charlie ? me demande Ron d'une voix blanche alors que tout le monde semble réaliser ce qui se passe.
Je suis étonné que mon meilleur ami soit le premier à rebondir, mais j'en suis aussi assez content. C'est Ron et je sais qu'il me soutiendra, même si mon mensonge pendant des années ne va pas lui plaire. Charlie vient à ma rescousse avant que j'aie le temps de confirmer.
— Harry et moi avons été ensemble pendant plus de quatre ans. Nous nous sommes séparés depuis 2014.
Toute la salle à manger est maintenant entièrement silencieuse. J'observe tout le monde et la surprise, ou le choc se lit sur une majorité de visages. Même nos enfants, loin de moi, ont visiblement entendu. Albus a la bouche grande ouverte et James fronce les sourcils en me lançant un regard noir. Plus près de moi, Teddy est fixé sur Charlie qui lui fait face. Et il a l'air en colère, je ne sais pas pourquoi.
Au bout d'un très long moment, la voix de Molly nous sort de l'immobilisme dans lequel nous sommes plongés.
— Cela explique certaines choses. Je vais aller chercher le pudding maintenant. Ron, George, venez avec moi. Percy, Bill et Arthur, merci de débarrasser la table et de mettre les assiettes à dessert.
Les pieds de chaises raclent le sol et les conversations reprennent. Je n'ai aucun doute sur le fait que Charlie et moi en sommes le sujet.
— Pourquoi n'as-tu jamais rien dit ?
— Je ne sais pas, Gin'. Je crois que j'avais peur qu'on me rejette parce qu'on a été mariés toi et moi. Ça fait un peu instable, le mec qui se tape d'abord la fille de la famille, puis l'un des fils.
Je constate que les personnes encore à table, et particulièrement Hermione et Teddy, écoutent ma discussion avec Ginny. Maintenant que les choses sont révélées, je n'ai plus rien à cacher.
— On ne choisit pas de qui on tombe amoureux, Harry. Est-ce que le secret est la raison de votre séparation ?
— Disons que ça a contribué, oui. Mais ça n'était pas la seule raison. Toi, mieux que personne, comprends ça.
Elle hoche la tête, bien sûr qu'elle comprend. Nous avons été ensemble pendant six ans, avons eu deux enfants, elle sait très bien que j'exige beaucoup, que mon amour est étouffant et difficile à supporter. Je ne pense pas que quiconque soit capable de partager réellement ma vie, à distance ou pas. Sa main est compatissante sur mon avant-bras. Je sens que la fin de la journée va être longue.
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Samedi 11 janvier 2020
Drago s'assoit à la table des professeur·e·s pour le dîner. Neville est déjà là et la plupart de ses autres collègues également. Les élèves mangent en bavardant et le brouhaha emplit la Grande Salle. Le Serpentard garde un œil sur Scorpius. Et sans vouloir tout à fait se l'avouer, sur son ami Albus aussi. La semaine de reprise a été tellement étrange que Drago en vient à surveiller si le gamin de Harry va bien.
Dès son retour à Poudlard, Drago a compris que quelque chose s'était passé dans la famille Potter, James et Albus semblent faire la tête et Edward Lupin n'a pas adressé la parole à son parrain de toute la semaine. Drago a tenté de faire parler Scorpius, mais ce dernier a refusé de trahir la confiance de son meilleur ami. Pourtant, Drago est certain que son fils est au courant et ça le ronge. Depuis la rentrée, le directeur de Gryffondor tire une tête de six pieds de long et a raté la moitié des repas dans la Grande Salle. Ce soir ne fait pas exception.
Et lors du cours de Potions qu'il lui donne en privé, Harry a à peine décroché un mot et il l'a regardé bizarrement en permanence. Il a passé deux heures dans les cachots avec lui cette après-midi, il a évidemment complètement foiré sa préparation, deux fois de suite. Ce n'est pas encore gagné pour qu'il arrive à fabriquer de la Sommeil sans rêves, surtout s'il n'y met aucune bonne volonté. Cependant, Drago en a gardé quelques fioles de côté, histoire que ses draps ne tentent pas une fois de plus de l'assassiner. Vu son humeur, Drago est prêt à parier que ses rêves ne seront pas remplis de licornes et de vol sur balais. Si ce sont bien les cauchemars qui provoquent le sortilège, autant essayer de s'en prémunir.
— Dis-moi, Neville. Il se passe quoi avec Potter ?
— Tu es bien curieux… En quoi est-ce que ça t'intéresse ? Répond Neville avec un clin d'œil.
— La famille entière a l'air d'avoir enterré quelqu'un pendant les vacances, je trouve ça inquiétant. Rien que pour les gamins, déjà. Et puis je me suis habitué à avoir Potter dans les pattes maintenant…
— Je ne crois pas que j'ai le droit de t'en parler, c'est une histoire très privée.
— Pourtant tu sembles au courant !
— Drago, Harry et moi sommes amis depuis notre première année ici. Je suis le parrain d'Albus, aussi. Il est logique que je le sache et toi pas. Si ça peut te rassurer, ce n'est pas grave, personne n'est mort comme tu sembles le craindre.
— OK.
Drago est frustré de ne pas savoir ce qui se trame, mais il ne peut pas y faire grand-chose. Il ne va tout de même pas demander à Harry !
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Teddy a quitté la Grande Salle en ayant à peine touché à son assiette. Il n'a pas faim. Depuis deux semaines, il a l'appétit coupé et ne peut se défaire de cette colère, de ce sentiment de trahison. La bombe lâchée par son père à Noël a chamboulé tout le monde. Depuis, James et Albus sont choqués et Harry semble avoir de nouveau sombré dans un épisode de déprime. Malgré son ressentiment, Teddy s'inquiète pour Harry qui ne mange plus beaucoup non plus. Il a vu son père se battre toute sa vie contre des moments de tristesse intense, contre des démons intérieurs. Il sait que c'est à cause de ce qu'il a vécu dans l'enfance et pendant sa scolarité.
Le jeune homme toque à la porte des appartements de Harry. En continu. Jusqu'à ce que ce dernier ouvre. Son regard s'éclaire à peine à la vue de Teddy. Inquiétant.
— Je peux entrer ? Je voudrais te parler.
— Tu as des reproches à me faire à propos de mes mensonges ?
— Non, c'est autre chose. Mais ça a un lien avec ce que vous nous avez appris à Noël.
Harry se décale et laisse Teddy se faufiler. La porte est verrouillée dans son dos. Cela convient au jeune homme, ainsi ils ne seront pas dérangés.
— Tu veux un thé ? Un Whisky-pur-feu ?
— Allons-y pour un Whisky.
Teddy s'assoit à la petite table et attend que Harry les serve. Pour que ce dernier propose aussi spontanément de l'alcool, c'est qu'il n'est vraiment pas en forme.
— Tu n'es pas venu manger. Encore une fois.
— Je n'ai pas faim. Et puis, tu peux difficilement me le reprocher, tu ne bouffes rien non plus.
Teddy ne peut rien répondre à ça, c'est vrai. Il boit une gorgée et grimace.
— Je m'inquiète pour toi, Papa. Qu'est-ce qui te rend aussi triste ?
— Ce sont des problèmes d'adulte, Ted…
— Je suis un adulte moi aussi, Harry. Tu viens de me servir un Whisky, je te rappelle.
— Il s'agit de ma vie privée et tu es comme mon fils, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de te raconter ça.
— Laisse-moi t'aider, je ne veux pas que tu sois mal. Encore une fois.
— Encore, hein ? J'ai été un mauvais père pour vous, toutes ces années, n'est-ce pas ?
Teddy sent son cœur se serrer. Comment Harry peut-il dire une chose pareille ?
— Tout le contraire. Tu es un père formidable. Mais tu as des problèmes, comme tout le monde. Écoute, moi aussi j'avais quelque chose à te dire. Quelque chose d'important. On pourrait s'aider mutuellement, tu ne crois pas ?
— Est-ce que ça a un rapport avec la colère que tu essaies de cacher depuis Noël ?
— Oui.
Harry boit une gorgée puis accepte. Il sait qu'il a besoin de s'ouvrir et de parler. Il n'aurait jamais pensé que son Teddy puisse être la personne qui viendrait le sortir de ce mauvais pas. Son petit a vraiment bien grandi, pas de doute là-dessus. Harry chérit le fait d'avoir des enfants aussi merveilleux. Il décide de commencer.
— Mes deux histoires d'amour se sont soldées par des échecs. En grande partie parce que je demande beaucoup à mes partenaires et parce que j'ai encore pas mal de séquelles de mon passé. Je suis assez chiant à supporter au quotidien, il parait. J'ai besoin de quelqu'un qui comprenne ce que j'ai traversé, mais personne ne peut faire ça.
Teddy écoute avec attention et se tait. Il hoche doucement la tête pour l'inciter à continuer.
— Le deuxième gros problème c'est que je ne sais pas arrêter d'aimer. D'une certaine façon, j'aime encore Ginny et j'aime encore Charlie. Pas comme avant, mais quand même. Et ça me renvoie à ces échecs, à toutes ces mauvaises décisions que j'ai prises. Et à côté de ça, il y a… Non, je ne peux pas te dire ça.
— Quoi ?
— Je ne veux pas te choquer.
— Je ne suis pas un gosse innocent, Harry. À moins que ce soit un truc vraiment tordu, je peux tout entendre.
— Il y a cet homme, qui m'attire terriblement. C'est un collègue, Ted. Je suis complètement dans la merde !
Harry se cache le visage dans ses mains un instant. Puis il attrape son verre et le finit cul sec, rejetant une abondante fumée par la bouche, le regard levé vers le plafond. Heureusement qu'il y a le Whisky, sinon il n'aurait jamais pu avouer tout ça à Teddy. Quand il y pense, Harry est en train de parler de ses fantasmes à ce tout jeune homme qui est comme son fils. Il ne pourrait pas être un plus mauvais père.
— Qui est-ce ?
— Je ne te le dirai pas. Tu en sais bien assez comme ça.
Teddy accepte, mais il sait déjà qu'il va chercher. Et il se doute de qui ça peut être, pas besoin d'être à Serdaigle pour deviner.
Il a bien fait de venir discuter avec Harry. Ses propres griefs contre ce dernier ont disparu. Ne reste que l'envie de parler de ce qui le tourmente.
— Alors, que souhaitais-tu me dire ? demande Harry, qui semble avoir compris ce qui se passe dans la tête de Teddy.
— Il y a quelque chose que je voulais annoncer à toute la famille à Noël. Votre petite « surprise » m'en a empêché. Et j'en ai particulièrement voulu à Charlie parce qu'il le savait.
— Il savait quoi ?
Teddy regarde son verre, joue avec et le termine. Il secoue un peu la tête et grimace. Et il décide de changer sa couleur de cheveux. Il s'est beaucoup entraîné pour ça, malgré sa capacité de métamorphomage c'est complexe. Aussi complexe que de contrôler sa pilosité faciale. Qu'il maîtrise maintenant assez pour se passer de rasoir. Il se concentre et fait apparaître trois bandes : violet, blanc et vert.
— Oh, joli ! Depuis quand arrives-tu à changer tes cheveux de plusieurs couleurs en même temps ? s'enthousiasme Harry avant de froncer les sourcils et de continuer. Le choix de couleur n'est pas un hasard, n'est-ce pas ?
Teddy secoue la tête. Évidemment que non, ce n'est pas le hasard. Et il se doute que Harry va rapidement comprendre. Après tout, ce dernier a emmené Teddy en Pride moldue quand il avait une quinzaine d'années. Ces couleurs, Harry les a déjà vues même s'il ne s'en souvient peut-être pas.
— Tu peux continuer à m'appeler Teddy, Ted, Edward ou même Ed, ça n'a pas d'importance. Mais je préfère que tu utilises le pronom ael pour parler de moi à partir de maintenant. À défaut, tu peux continuer à me genrer au masculin à l'oral.
Il faut quelques secondes à Harry pour assimiler ce que Teddy vient de dire. Et la culpabilité ne tarde pas à faire surface : combien de temps a-t-ael gardé ça secret ? Peut-être a-t-ael souffert de ne pas pouvoir en parler comme ael voulait ? Et Harry qui n'a rien vu ! Mais Ted ne lui reproche rien, alors Harry fait la seule chose essentielle : lae soutenir.
— Oh ! Je ne pensais pas que tu étais genderfluid… Vas-tu le dire à nos collègues ? À tes frères ? Au reste de la famille ?
— Plutôt non-binaire pour moi. Charlie, James, Albus et Victoire sont au courant. J'informerai les autres au fur et à mesure. J'aimerai que l'année prochaine, puisque je serai titulaire, mes élèves sachent me genrer sans difficulté.
— Je serai là pour toi si tu as besoin d'aide.
— Merci.
Harry prend un peu le temps de mûrir ce que Ted lui a révélé. À propos de Charlie. Il n'a pas bien saisi ce que ce dernier faisait dans cette histoire.
— Il y a une chose que je voudrais que tu m'expliques. Tu as dit que Charlie était déjà au courant ? Pourquoi lui ?
— Harry, ce n'est pas à toi que je vais apprendre que Charlie est bien placé pour me comprendre. Tu es forcément au courant, puisque vous avez été ensemble, n'est-ce pas ?
— Oui, je suis au courant. Tu aurais pu m'en parler, tu sais. J'aurais compris, je fais aussi partie de ces minorités.
— Ce n'est pas pareil. Désolé, Harry, je ne veux pas minimiser que tu as pu subir de la biphobie ou que tu te sentes différent, mais quand j'ai appris par hasard pour Charlie, je savais qu'il était celui à qui je pourrais me confier en premier. Être bi, c'est beaucoup plus connu et admis, mais lui et moi sommes des personnes qui vivons des choses totalement inconnues des gens normaux, même si ce n'est pas la même situation.
— Je comprends. Merci de m'en avoir parlé également, je suis fier de toi. Je suis désolé de t'avoir empêché de le dire à tout le monde à Noël… Et je t'aime.
Teddy rougit un peu. Ça lae met mal à l'aise, mais ael adore quand Harry se comporte comme son père.
— Je t'aime aussi. Je vais y aller, maintenant. Essaie de dormir, tu as une tête de zombi.
Teddy repart de la tour Gryffondor avec le cœur plus léger. Ael se sent soulagé·e. Maintenant, il faut qu'ael trouve James et Albus, ael a des choses à leur dire et a une idée pour aider Harry à être moins triste.
N'oubliez pas de me laisser une petite review :)
On se retrouve dans deux semaines, 27 mai 2022 avec le chapitre 10 : « Élixir d'Euphorie ».
En attendant, portez vous bien !
